Avis d’invitée : Drawings from the gulag

Ce blog s’ouvre parfois à des invités qui nous font partager leurs coups de coeur. Ici, Tris a délaissé pour un temps sa plate-forme, Projet Arcadie, pour nous parler d’un livre qu’elle juge dure mais essentiel, Drawings from the gulag de Danzig Baldaev. Je lui laisse la parole.

En France et dans d’autres pays de l’Europe de l’Ouest, il existe encore et toujours des nostalgiques de l’URSS, qui aiment souvent vous expliquer à quel point, cette période était fantastique. Pour toutes les personnes qui viennent d’Europe de l’Est, la réalité était tout autre. Nulle rivière de miel, aucune douceur dans ce qui faisait le quotidien des prisonniers du Rideau de Fer et encore moins pour les personnes qui ont connu les goulags.

La question est : comment le raconter ? Comment détailler le vécu de ces milliers d’hommes, de femmes et d’enfants qui ont été enfermés, torturés, battus, sans tomber dans le misérabilisme et en esquivant l’habituel procès en divagation ?

Drawings from the gulag, par Danzig Baldaev, y arrive. Il convient de s’attarder un instant sur l’auteur. Orphelin — ses parents étaient considérés comme « ennemis du peuple » — il grandira dans un orphelinat pour enfants de prisonniers politiques. Il sera soldat pendant la Seconde Guerre mondiale. Après la guerre, il sera gardien à Kresty.

C’est dans ce camp qu’il commencera à dessiner les tatouages des prisonniers, nous laissant une encyclopédie très riche en la matière et toujours utilisée, ainsi que des dessins sur la réalité des goulags.

L’ouvrage n’existe pas en français, les textes russes ont été traduits en anglais, mais les images sont suffisamment explicites pour ne pas avoir besoin de plus de détails. Ce livre n’est pas à mettre entre toutes les mains. Il n’est certainement pas pour des enfants et j’aurais même tendance à penser qu’il ne convient pas à tous les adultes.

De façon générale, les œuvres de Danzig Baldaev ne sont pas à mettre entre toutes les mains, mais elles sont essentielles. Les régimes totalitaires des pays de l’Est ne sont tombés que très récemment. Que ce soit en Russie, en Ukraine, en Roumanie, en Moldavie ou ailleurs, nous n’avons pas encore fait notre travail de deuil et notre devoir de mémoire. Nos archives ne sont pas encore ouvertes, nous ne savons pas ou plutôt, nous savons, mais dans les grandes lignes. On connaît l’histoire, mais on ne connait pas les détails et il est compliqué de tout mettre sur la table quand les protagonistes sont encore vivants.

Dessiner le goulag, pour comprendre ce qu’était l’URSS et comme ce pays — pour reprendre l’un des chapitres du livre — est devenu un goulag à lui tout seul.

Drawings from the gulag de Danzig Baldaev
Traduction de Polly Gannon & Ast A. Moore, sous la coordination de Julia Goumen.
Éditions
Fuel

 

 

 

Arelate

« Tu aimes les films sur les gladiateurs ? » Si vous répondez oui, avant même que le commandant de bord de votre avion ne finisse sa phrase, si vous avez vu Ben-Hur, Spartacus (le film comme la série) ou Gladiator, cette bande dessinée est faite pour vous. Non parce que vous y retrouverez les clichés hollywoodiens musclés, huilés et assoiffés de vengeance, mais parce que vous y lirez une histoire bien plus proche de la réalité historique. Rassurez vous, la vengeance, l’huile et les combats restent bien présents tout au long des pages. Mais ils ne sont pas les seuls intérêts de cette bande dessinée. Outre la vraisemblance historique, et le fait que l’action se déroule principalement à Arles (l’Arelate du titre), les héros ne sont pas tous gladiateurs : la femme de Vitalis, le jeune Neiko ou même Atticus l’entraîneur y tiennent un rôle tout aussi important.
Du coup, l’intrigue ne se limite pas à l’arène et autre salle de banquets pour péplum des années 50. Du port au forum en passant par les différentes tavernes et échoppes du coin, l’histoire se construit peu à peu.
A dire vrai, j’avoue avoir eu un peu de mal à entrer dans l’intrigue. Au départ, le héros principal – joueur, ivrogne au coup de poing facile me semblait un mauvais précurseur de Clint Eastwood période orang-outan. Et pour une habituée des comics depuis toute petite, lire un triple tome en dégradé de noir, blanc et sépia… Rapidement, le charme agit. L’idée que le sépia indique le temps présent alors que le noir et blanc pur renvoie au passé marche bien. Le bagarreur met de l’eau dans son vin, les autres personnages prennent de l’importance, et mon attrait pour la vie romaine, mais également la découverte du sport de combat antique qu’était la gladiature m’ont emporté au premier siècle de notre ère sur les traces de Vitalis et des autres membres de son équipe.
Attention, si vous choisissez comme moi de prendre directement le premier cycle, ne sautez pas les pages post-histoire pour en apprendre plus sur Arelate, ses bâtiments et la vie de ses habitants gallo-romains. Richement illustrés, ils sont très instructifs sans pour autant être ennuyeux.
Maintenant que le premier cycle est terminé, je vais rapidement poursuivre la lecture avec le tome 4 et les aventures de Neiko.

Arelate — premier cycle de Laurent Sieurac et Alain Genot
Éditions 100 Bulles