Carnaval

1919. Au lendemain de la Première Guerre mondiale, La Nouvelle-Orléans est une ville marquée par son passé esclavagiste, la ségrégation et la Mafia. Alors que la mairie tente de débarrasser la ville de son image de vice et de violence, un tueur en série sévit : le Tueur à la hache.
Partant d’un fait divers réel, Ray Celestin va mêler dans Carnaval la petite et la grande histoire de la Louisiane et du jazz dans un polar poisseux. S’y entrecroisent plusieurs destins : deux policiers – l’un honnête, l’autre ripou sortant de prison, une métisse sur les traces de Sherlock Holmes et un journaliste véreux. Mais également un certain Louis Armstrong qu
elques semaines avant son ascension vers la gloire.
Si dans la réalité, les crimes du Tueur à la hache n’ont jamais été élucidés, dans Carnaval l’enquête suit son terme. Elle est surtout l’occasion de dresser le portrait d’une ville vivante, terre d’immigration et de fusion des cultures au tournant du siècle dernier dans toute sa splendeur et toute sa crasse.
Chaque narrateur de l’histoire apporte un prisme différent pour aborder la ville, qu’il soit homme ou femme, noir ou blanc, immigré irlandais ou italien ou créole installé depuis plusieurs générations. Le tout étant inscrit dans une époque et une atmosphère bouillante et tumultueuse. Si vous aimez les bons polars solides avec une composante historique, n’hésitez pas, ce Carnaval de Ray Celestin va vous régaler.

Carnaval
de Ray Celestin
Traduction de Jean Szlamowicz
Éditions 10/18

Acadie

Si la collection Une Heure-Lumière est spécialisée dans les courts récits inédits, Acadie de Dave Hutchinson est doublement inédit, car c’est le premier texte traduit de cet auteur britannique.
La nouvelle a un présupposé classique : une colonie fondée au fin fond de l’espace par des renégats craint d’être découverte par la maison-mère. Jusqu’au jour où un vaisseau pénètre les défenses de leur système. Ce jour est arrivé et c’est à Duke, le Président malgré lui, de sortir la colonie de ce mauvais pas. Quitte à en découvrir la face cachée.
Le récit est très court, rondement mené et raconté avec quelques flashbacks par Duke lui-même et toute sa faconde d’ex-avocat. Jusqu’au retournement final. Et là, vous vous surprendre
z à repasser dans votre tête les pages déjà lues pour y retrouver peu à peu les indices glissés en toute discrétion, avant de vous dire que vous auriez dû le deviner avant. Dave Hutchinson est un écrivain malin. Il intègre tellement de personnalité et de vie dans l’action se déroulant au premier plan du récit que le lecteur ne voit pas les quelques fausses notes indiquant que la vérité n’est peut-être pas aussi simple. Saurez-vous éviter les pièges, sans lire de suite la fin ?

Acadie
de Dave Hutchinson
traduction de Mathieu Prioux
Éditions Le Bélial’

Scary stories – Histoires effrayantes à raconter dans le noir

Ayant vu Scary Stories le film, je me suis précipitée sur le livre une fois trouvé en librairie. Sauf que Scary Stories d’Alvin Schwartz n’est pas un roman, ni même un recueil de nouvelles d’horreur, comme pouvait le laisser entendre le film. C’est une compilation d’histoires effrayantes, de racontars et de légendes urbaines à se raconter entre amis la nuit autour d’un feu de bois ou lors d’une soirée pyjama.
Les visiteurs réguliers de ce blog connaissent mon amour pour les mythes, anciens ou modernes.
Ils se doutent donc déjà que j’allais me régaler avec ce livre. Alvin Schwartz était un folkloriste et un écrivain jeunesse américain spécialisé dans les contes pour enfants et adolescents à faire hurler. De peur, de surprise ou de rire, et parfois des trois à la fois. Le recueil français rassemble les trois tomes américains de Scary Stories, parus entre 1981 et 1991. Et que contient-il ? Beaucoup de légendes urbaines (Le crochet, Le bouton rouge), d’histoire de fantômes (Les invités, L’arrêt de bus) ou autres récits. Certains sont assez anciens comme La robe de satin blanc ou Merveilleuse saucisse, d’autres plus récents. À chaque fois, Alvin Schwartz les a modernisés et rendus accessibles pour un jeune public. Les histoires sont très courtes, ne dépassant pas cinq pages pour la plus longues, L’Enfant-loup. Elles sont souvent magnifiquement illustrées par des dessins en noir et blanc de Stephen Gammell. D’ailleurs certains ont été parfaitement intégrés au film comme la dame pâle dans Le Rêve. Et pour aller plus loin, dans ses notes, Alvin Schwartz explique d’où viennent les récits qu’il a choisis, les changements qu’il y a apportés ou les versions plus connues ou plus anciennes (comme la légende de Romulus et Remus pour L’Enfant-loup).
Le résultat final est un livre parfait pour enfants et adolescents voulant jouer à se faire peur. Et un bon point de départ pour qui s’intéresse aux légendes urbaines et à leurs formations. À lire bien entendu le soir, si possible seul dans une maison venteuse. Si vous l’osez…

Scary stories–Histoires effrayantes à raconter dans le noir
d’A
lvin Schwartz
Illustrations de Stephen Gammel

Traduction d
e Maxime Le Dain
Éditions
Castelmore

Passage des ombres

Figure connue des polars islandais, Arnaldur Indridason s’intéresse avec Passage des ombres aux affaires classées. Loin du sordide et du sanglant qui caractérisent souvent les polars nordiques, ce roman parle d’un meurtre presque en douceur, en catimini. En effet, un nonagénaire meurt étouffé dans son sommeil avec un oreiller. Ancien policier, il avait repris une enquête datant de 1944. À l’époque, l’Islande n’était pas encore indépendante, et servait de base arrière aux troupes alliées (principalement américaines) durant la Seconde Guerre mondiale.
Tout au long de Passage des ombres, les deux époques s’entremêlent. Au 21
siècle, Konrad policier à la retraite va retracer les derniers jours du nonagénaire et de son enquête pour aider son ancienne collègue. En 1944, Flovent et Thorson enquêtent sur la mort de Rosamunda retrouvée étranglée derrière le théâtre de Reykjavík. Qui a tué cette jeune couturière ? Pourquoi ? Cela a-t-il un rapport avec la « situation », l’euphémisme utilisé pour décrire le rapprochement sentimental entre les jeunes Islandaises et les soldats stationnés sur l’île ?
Au-delà d’un polar solide et bien mené, mais à l’intrigue somme toute banale, Passage des ombres est l’occasion pour
Arnaldur Indridason de revenir sur un moment charnière de l’histoire de son pays. En 1944, nous sommes à quelques mois de l’indépendance par rapport au Danemark et de la fondation de la République d’Islande. En 1944, en Islande comme ailleurs, l’effort de guerre va moderniser le pays et favoriser la prise d’indépendance des femmes. Ce sont cette modernité et ces changements de mentalités qui vont être aux sources du crime de 1944, et qui vont avoir des répercussions sur trois générations jusqu’à l’époque actuelle. À découvrir…

Passage des ombres
d’Arnaldur Indridason
Traduction d’Éric Boury
Éditions
Métailié

ADN

Découvrir un nouvel auteur de polar nordique s’apparente à ouvrir une pochette surprise. Parfois la trouvaille sera excellente, et parfois d’une triste banalité. Après avoir refermé ADN d’Yrsa Sigurðadottir, je ne sais pas encore dans quelle case caser cette écrivaine islandaise.
ADN est en effet un polar solide commençant en 1987 par le placement de trois enfants dans trois familles différentes suite à une histoire sordide dont l’étendue ne sera révélée qu’à la fin. Puis en 2015, une jeune mère de famille meurt assassinée de façon originale même si particulièrement douloureuse sous les yeux de sa fille de sept ans. La police va devoir se confronter à un crime rare en Islande et comble de malchance l’enquête est confiée à un inspecteur novice qui n’a les meilleures relations du monde avec la psychologue qui a pris en charge la jeune témoin. Et d’autres crimes vont se poursuivre.
Le récit, comme tout bon polar nordique, ne se contente pas de suivre l’un ou l’autre des enquêteurs. Entremêlés à ce récit, nous avons celui de Karl, un étudiant en chimie et radioamateur esseulé, ou de personnages qui seront peu à peu les nouvelles victimes. Comme souvent également, le sens du détail est très poussé. Quitte à noyer la lecture sous une avalanche d’informations sans intérêt pour l’enquête. Comme pour La Cité des jarres de son concitoyen A
rnadul Indriðason, au cœur d’ADN se trouvent, comme le titre l’indique, les problèmes de consanguinité propre à l’île et les maladies génétiques qu’elles entrainent quand le lien de parenté entre les géniteurs est trop proche. Avec juste ce qu’il faut de hasard glauque pour bien interpeller le lecteur !
J’ai particulièrement apprécié les personnages de Freyja la psychologue et d’Huldar le policier, appelés à devenir les héros récurrents d’une série de romans (cinq déjà écrits dont deux traduits). Et j’avoue, question créativité des meurtres, j’étais servie.
Mais le rythme même du roman m’a paru assez inconsistant et si la révélation finale est d’un côté très bien vue par rapport à l’enquête, de l’autre le côté famille malsaine est assez lu et relu dans ce genre de littérature. Je testerais surement à l’occasion le deuxième, Succion, avant de décider s’il faut continuer à suivre les histoires d’Yrsa Sigurðadottir.

ADN
d’Yrsa Sigurðadottir
traduction de Catherine Mercy
Éditions
Actes Sud

Abimagique

Lucius Shepard est un auteur déroutant. Les livres qu’il écrit se suivent et ne se ressemblent absolument pas, même si ce sont deux novellas parues dans une même collection. Après m’être régalée du classique Les Attracteurs de Rose Street, j’étais particulièrement impatiente de lire Abimagique du même auteur. Et pourtant…
Même si j’ai lu d’une traite Abimagique et que la puissance de la plume de Lucius Shepard m’a une nouvelle fois emportée, arrivée à la dernière ligne, je n’étais pas plus avancée qu’au début. Qu’ai-je lu ? Une histoire d’amour qui finit tragiquement ? Les élucubrations hallucinées d’un étudiant tombé dans la drogue dure et psychédélique ? Ou le récit d’une sorcière cherchant à éviter l’Apocalypse à coup de sexe tantrique? Lucius Shepard laisse la fin ouverte et propose à son lecteur de faire son choix. D’une page à l’autre, les délires du narrateur évoquent tour à tour John Updike, Clive Barker ou même les horreurs d’Innsmouth chères à H.P.Lovecraft. Le choix d’avoir raconté cette histoire à la deuxième personne renforce cette impression qu’il s’agit d’une hypnose guidée, dont le narrateur ou le lecteur serait la victime.
Finalement, faut-il se laisser tenter par Abimagique ? Si vous n’avez pas peur d’être bousculé dans vos convictions et ne craignez pas d’aventurer vos lectures en terre inconnue, pourquoi pas ? Si vous êtes novices dans l’œuvre de Lucius Shepard ou si vous préférez les récits moins décousus, mieux vaut rester sur Les Attracteurs de Rose
Street.

Abimagique
de Lucius Shepard
traduction de Jean-Daniel Brèque

Éditions
Le Bélial’

Natsuko no Sake

À l’occasion d’une soirée découverte sur le saké au Renard doré, le premier volume de Natsuko no Sake est arrivé entre mes mains. Ayant grandi dans les années 80 et 90 en regardant des anime « tranches de vie » comme Jeanne et Serge ou Olive et Tom, le graphisme m’a tout de suite paru familier et je me suis plongée dedans dès mon retour.
Natsuko no Sake est un manga qui a été effectivement été écrit à cette époque, entre 1988 et 1991, mais qui n’avait jusqu’ici jamais été traduit en français. S’adressant de par son thème alcoolique aux adultes, il sortira en six volumes. Ce premier tome s’intéresse au retour au pays de Natsuko Saeki, fille de brasseur de saké partie tenter sa chance à la capitale. Elle revient dans l’exploitation familiale après la mort de son frère, mue mi par la culpabilité d’avoir abandonné les siens, mi par la nostalgie d’une vie à la campagne idéalisée. Et elle va s’atteler à réaliser le rêve de son frère : faire un saké issu d’un riz légendaire qui n’est plus cultivé depuis la Seconde Guerre mondiale.
Sous des dehors très simples et en suivant une trame, avouons le, très convenue dans ce style de manga « découverte d’un univers », Natsuko no Sake aborde une grande variété de thèmes : la misogynie de la société japonaise, l’incompréhension universelle entre ceux qui sont « montés à la ville » et ceux qui sont « restés au pays », mais également l’alcoolisme et le difficile équilibre entre vie privée et vie professionnelle. Et le saké dans tout ça ? Même si vous n’avez jamais goûté ce vin de riz (et si vous ne buvez pas d’alcool), Natsuko no Sake peut capter votre attention si vous êtes curieux et si vous aimez les documentaires. En effet, le manga est très détaillé sur la fabrication de cette boisson et sur les différentes catégories existantes. L’équilibre entre l’histoire elle-même et le côté explicatif reste toujours très juste jusqu’au bout. Quitte à utiliser certaines informations, comme la nécessité de tremper les grains de riz dans l’eau pendant plusieurs jours avant de les semer comme ressort narratif.
Graphiquement, le style d’Akira Oze est très daté, mais très agréable. Certaines pages, comme Nastuko labourant sous la pluie, sont même magnifiques. J’ai pris beaucoup de plaisir à lire les presque 500 pages de ce premier volume. Est-ce que j’irai jusqu’au bout de la série ? Il est encore trop tôt pour le dire.

Natsuko no Sake
de Akira Oze
Traduction de Satoko Fujimoto

Éditions
Vega/Steinkis

Soul Kitchen

J’ai découvert Poppy Z. Brite avec ses romans de fantastique gothique (Âmes perdues, Sang d’encre…) qui relèguent aisément Anne Rice, ses vampires et ses sorcières au rang de bluette enfantine. Le choc fut donc grand quand j’entamais Soul Kitchen. À tel point, qu’à la première lecture lors de sa sortie, je l’ai laissé derrière moi à la faveur d’un déménagement sans même le finir. L’ayant retrouvé récemment, j’ai fait une deuxième tentative. Ce fut un vrai régal, très dépaysant.
Je précise qu’avec Soul Kitchen, Poppy Z. Brite signe le dernier volet d’une trilogie, mais que je n’ai pas lu les deux précédents. Ce n’est pas grave, Soul Kitchen se lit très bien tout seul. L’auteur nous y offre une tranche de vie dans le milieu des grandes tables de La Nouvelle-Orléans, pré-Katrina.
Soul Kitchen raconte donc la vie de Rickey et G-Man, co-propriétaires d’un restaurant et couple uni loin des fourneaux depuis seize ans. En offrant une seconde chance dans leur équipe à Milford, un chef noir tout juste sorti de prison après dix ans derrière les barreaux alors qu’il était innocent, le couple
déclenche une suite d’événements qui vont bouleverser son train-train quotidien. Entre enquête policière, addiction aux opiacés et commis de cuisine un peu trop entreprenant, Rickey et G-Man verront leur couple mis à mal avant de retrouver une nouvelle stabilité.
Si Soul Kitchen m’a plu, ce n’est pas tant par l’action assez lente que par ses dialogues percutants, virevoltants et bourrés d’humour et sa galerie de portraits surprenants.
Moi qui n’aime pas lire de la romance, j’ai été touchée par ce couple de restaurateurs tourtereaux. Même si Rickey et G-Man s’aiment depuis presque toujours, ils ont des attentions et des incertitudes l’un envers l’autre dignes des passions adolescentes. Le tout compliqué par le fait qu’ils ont également des problèmes d’adulte et que leurs vies ne sont pas que liées personnellement, mais également professionnellement. D’ailleurs la description des coulisses de la restauration et de la façon dont fonctionne une brigade de cuisine sont l’autre gros atout de ce roman. Vous êtes prévenus, comme pour Les Chroniques de l’étrange de Romain d’Huissier, Soul Kitchen va vous donner faim tout au long de ses 400 pages. Et soif.
Une précision toutefois, si comme moi vous connaissiez le Poppy Z. Brite d’antan, vous trouverez son écriture dans Soul Kitchen assagie. Le sang n’y coule pas à flots, et s’il ne s’embarrasse pas d’euphémisme, l’écriture n’y est pas torride non plus. Par rapport à Âmes perdues, c’est limite reposant, même si j’ai également beaucoup d’affection pour Steve et Ghost. Bonne lecture !

Soul Kitchen
de Poppy Z. Brite
traduction de Morgane Saysana

Éditions
Au Diable Vauvert

Terminus

Le voyage temporel est à la fois l’un des classiques des littératures de l’imaginaire et l’un de ses chemins parsemés d’écueils les plus périlleux à négocier. Entre paradoxe du grand-père et inconsistance dans la logique des dits déplacements, il est facile de se perdre dans l’histoire. Ajoutez-y un bon thriller avec des meurtres tous plus horribles les uns que les autres, et vous mesurerez la difficulté que s’est imposée Tom Sweterlitsch avec son roman Terminus.
Shannon Moss a vu le Terminus au bout du temps : l’instant où l’humanité s’autodétruit dans un suicide collectif. Shannon Moss est l’une des agentes du NCIS (
Naval Criminal Investigative Service—bureau spécialisé dans les enquêtes criminelles impliquant des membres de la marine militaire des États-Unis) et doit enquêter sur le massacre à la hache de la famille d’un marin censément disparu en action des années auparavant. Le tout dans une maison qu’elle a bien connue enfant. Shannon Moss est habilitée à plonger chercher les réponses dans les Eaux profondes du temps. Son enquête actuelle lui permettra-t-elle d’éviter le Terminus ? Tout le roman de Tom Sweterlitsch est le récit d’une course contre la montre pour sauver l’humanité ou trouve l’un des tueurs en série les plus déterminés que Shannon Moss ait jamais rencontrés.
Passant d’une ligne temporelle à l’autre, Terminus n’est pas exempt de confusion. En particulier dans ses dernières pages avant la résolution finale. Cela correspond à la frénésie de la narratrice et du monde qui l’entoure, mais le tout donne parfois l’impressio
n que l’auteur s’est emmêlé les pinceaux dans les différentes périodes et les différents indices avant de retomber sur ses pattes avec une pirouette. En revanche, Terminus reste un roman prenant et particulièrement efficace. Il dose agréablement le futurisme et un certain côté rétro : une grande partie de l’action se situe entre 1985 et 2000, et les vaisseaux temporels disposent certes d’intelligences artificielles, mais aussi de magnétoscopes VHS. Si vous êtes amateurs de voyage dans le temps, ou si vous aimez les bons polars avec une traque palpitante, ajoutez ce Terminus à votre liste de lecture.

Terminus
de
Tom Sweterlitsch
Traduction de Michel Pagel
Éditions
Albin Michel

Zodiac Station

Quoi de plus isolé qu’une station scientifique au Pôle ? Peu de chose. Et ce ne sont pas les amateurs d’horreur, avec The Thing de John Carpenter en tête ou la version originale de 1951, qui diront le contraire. C’est pourtant ici que Tom Harper a choisi de placer son thriller, Zodiac Station.
Tout commence lorsqu’en pleine tempête, un brise-glace des garde-côtes américains récupère un homme se déplaçant à ski sur la banquise, à moitié mort de froid. Il dit venir de Zodiac Station, un laboratoire de recherche scientifique sur une ile perdue au beau milieu de l’océan Arctique. Et que celui-ci a été détruit dans une explosion criminelle, dont il est le dernier survivant.
Peu à peu, le récit des derniers jours de la station se dévoile, et d’autres rescapés apportent un éclairage différent sur ce qu’il s’est réellement produit. Tout comme le capitaine du brise-glace, vous allez devoir démêler le vrai du faux au fur et à mesure du récit. Simple rivalité sentimentalo-professionnelle, nouvelle évolution de la Guerre froide ou réelle explication du troisième type ? Je ne vous donnerais qu’un indice. Tom Harper connaît sur le bout des doigts le Frankenstein
de Mary Shelley et sait en jouer pour dérouter ses lecteurs. La structure du livre n’est d’ailleurs pas sans rappeler son illustre modèle. Et la fin en est tout aussi abrupte. Si celle-ci conclut assez bien l’histoire du narrateur principal, elle ne répond pas à la question première : pourquoi Zodiac Station a explosé. Ou plutôt elle évacue trop rapidement la réponse en quelques lignes.
Zodiac Station est le premier roman de Tom Harper. On lui pardonnera donc ce défaut de construction, ainsi que les deux ou trois autres pistes lancées en l’air et vite abandonnées. L’action, malgré les multiples changements de narrateurs et de cadre temporel, reste claire tout en gardant un rythme soutenu. Outre Frankenstein et The Thing, Tom Harper a glissé
des allusions à d’autres œuvres cultes du fantastique nettement moins faciles à détecter. Celles-ci laissent planer le doute sur le genre du livre jusqu’à la fin.

Zodiac Station
de Tom Harper
Traduction de Claude Marnier
Éditions Bragelonne