Un Monde d’azur

Il n’y a pas que des nouveautés dans mes lectures, et parfois j’aime me plonger dans un vieux livre retrouvé au fond de ma bibliothèque. C’est notamment le cas avec Un Monde d’azur de Jack Vance trouvé dans feue la collection Presse Pocket (et depuis retraduit et réédité plusieurs fois). Il faut dire que les planètes océan ont une place à part dans la science-fiction. L’immensité des flots agit sur l’âme humaine… Souvent, comme dans Le Programme conscience de Frank Herbert, une intelligence incompréhensible se cache dans ces eaux étrangères et communique ou se fait révérer par les humains. Il n’est donc pas surprenant qu’un grand conteur comme Jack Vance se soit emparé de ce thème.
Avec Un Monde d’azur, il se sert de ce thème pour mieux dénoncer les travers de son époque (1966 pour la première publication de ce roman) et de la nôtre. Ce monde bleu n’est jamais nommé. C’est une planète marine où s’est échoué, quelques générations auparavant, un vaisseau plein d’exilés fuyant la tyrannie de leur monde natal (ou plus vraisemblablement des forçats en route vers une planète-prison). Leurs descendants ont reconstruit une civilisation rudimentaire, mais où il fait bon vivre, en s’installant sur les îles flottantes de l’équateur, sans métal ni électricité. Un accord avait été trouvé avec l’une des créatures peuplant l’océan, le kragen. En échange de sa protection contre les autres prédateurs, ce kragen vient se nourrir en éponge et en poissons dans les lagons habités. Sauf que le kragen devient de plus en plus gros et de plus en plus gourmand, et que la caste chargée de communiquer avec lui a des illusions de grandeurs. Un jour, un rebelle décide de tuer le kragen… Deux camps vont alors s’affronter et deux modes de vie se développer.
Sous des dehors très simples, et des ressorts scénaristiques classiques, Jack Vance pose avec Un Monde d’azur des questions importantes. Jusqu’à quel point faut-il se conformer aux traditions ? Le changement est-il à tout prix nécessaire ? Comment l’autoritarisme se met-il en place dans l’apathie générale ? La violence est-elle une réponse envisageable ? Si le protagoniste, Sklar Hast, apparaît d’abord comme une tête brûlée, au fur et à mesure de l’aventure, il assouplit ses positions et finit par voir un peu plus loin que le bout de son nez. Un Monde d’azur fait partie de ces romans de science-fiction à l’écriture certes datée, mais qui, à quelques détails près, sont toujours d’actualité aujourd’hui.

Un Monde d’azur
de Jack Vance
traduction de Jacqueline Remillet
Éditions Presse Pocket

Avance rapide

Dans la salve de promotions liées au Mois de l’imaginaire qui vient de se terminer, je me suis laissée tenter par Avance Rapide de Michael Marshall Smith, pour deux raisons : il y a un chat en couverture et l’auteur ne me disait rien. Ce dernier point était faux puisqu’en fait j’ai lu il y a des années La Proie des rêves de lui, mais la couverture de Siudmak m’avait alors plus marquée que le nom de l’auteur.
Et loin d’être décevant, le résultat m’a agréablement surprise. Avance rapide est de ces romans de science-fiction qui semblent vous mener quelque part et au final retournent toutes les idées préconçues de départ. Contrairement à Acadie de Dave Huchintson, ce retournement n’est pas une révélation brutale en fin de livre, mais plus un grand virage entamé à mi-parcours. Vous vous trouvez alors perdu dans votre lecture, mais, porté par une écriture fluide, vous continuez pour comprendre où Michael Marshall Smith veut vous mener.
Dans un lointain futur, Stark vit dans la Cité, une mégapole couvrant presque toute l’Angleterre où chaque quartier joue selon ses propres règles en quasi autarcie par rapport aux autres. Certains quartiers reproduisent « l’âge d’or » d
u milieu du 20e siècle en occultant le reste du monde derrière une fausse catastrophe nucléaire, d’autres bannissent tout bruit entre leurs murs à l’exception d’une heure par jour, et d’autres encore sont dédiés aux formes de criminalité les plus extrêmes. Au début de cette histoire, Stark apparaît comme une sorte de détective privé qui se voit chargé de retrouver un vieux cadre enlevé de son quartier d’affaires. Il va se servir de sa connaissance de la Cité et de sa capacité entre elle et le Jeamland, un monde où se mêlent rêves et souvenir, pour aller jusqu’au bout de son enquête. Sauf que… À la manière d’un bon roman de Philip K. Dick, la réalité est différente de ce que les personnages en perçoivent, et que le passé de Stark le rattrape.
Mélangeant à parts égales l’humour, le polar et l’horreur pure, Avance rapide est un roman
plutôt complexe, mais d’une lecture très facile. Premier roman de Michael Marshall Smith, on y retrouve en germe les thématiques qu’il développera par la suite (les rêves, l’horreur, un certain questionnement de la réalité). Pour autant, il est également plus léger que ses livres suivants. Certains passages, notamment ceux dans le quartier Chat ou les démêlés de Stark avec son électroménager, sont franchement cocasses. Du coup, Avance rapide est une bonne porte d’entrée pour découvrir en douceur cet auteur britannique.

Avance rapide
de Michael Marshall Smith
traduction de Ange
Éditions Bragelonne

L’Homme de la quatrième dimension

« Il est une dimension au-delà de tous les mondes connus, une dimension aussi vaste que l’univers et aussi éternelle que l’infini. Une zone intermédiaire entre la lumière et l’ombre, entre la science et la superstition… » Un monologue d’introduction, un homme fumant une cigarette comme narrateur, des histoires étranges et effrayantes en noir et blanc… La Quatrième dimension (The Twilight Zone en version originale) est un programme TV qui a marqué des générations de fans de science-fiction et de fantastique. Il a ensuite donné naissance à une flopée de programmes anthologiques (Les Contes de la crypte, Chair de poule, Creepshow, voire Black Mirror). Mais qui est à l’origine de cette émission ?
Dans son roman graphique, L’
Homme de la quatrième dimension, Koren Shadmi dresse le portrait de Rod Serling, le scénariste, producteur et narrateur de la série. De son passage dans l’armée au cours de la Seconde Guerre mondiale à l’extrême fin de sa carrière, il arrive à rendre la vie de Rod Serling passionnante. Et au fil des pages, l’on croise des noms connus comme Ray Bradbury, Richard Matheson, Joan Crawford, Robert Redford ou Steven Spielberg. Cette biographie montre bien le processus créatif de Rod Serling et les difficultés qu’il rencontrait aussi bien dans sa vie professionnelle que privée, mais elle ne passe pas sous silence certains aspects moins reluisants de son caractère ou de sa carrière. Notamment une certaine forme d’hypocrisie qui a poussé le jeune homme intransigeant et soupe au lait à mettre tellement d’eau dans son vin, qu’il enchaîne en fin de carrière les spots publicitaires et l’animation de jeux télévisés.
J’ai particulièrement apprécié l’histoire de Rod Serling et la manière dont Koren Shadmi a choisi de la raconter. Notamment les nombreuses références à sa série fétiche aussi bien dans la trame principale du récit que dans certains effets visuels pour montrer les états d’âme de Rod Serling. En revanche, j’ai nettement moins apprécié le style même du dessin trop éloigné de mes goûts personnels. J’ai trouvé les personnages trop plats, même si le choix du noir et blanc est particulièrement adapté à l’époque choisie. En revanche, l’exemplaire que j’ai entre les mains a un défaut d’impression avec un doublon de la planche 107 et l’insertion d’une planche 106 sous forme d’une feuille volante cartonnée. Je ne sais si ce défaut affecte toutes les BD disponibles, à vous de vérifier en librairie.

L’Homme de la quatrième dimension
de Koren Shadmi
Traduction de Simon Hureau
Éditions La Boîte à Bulles

Kiki la petite sorcière

Kiki la petite sorcière est depuis longtemps l’un de mes films préférés du studio Ghibli. Mais je n’ai appris que très récemment qu’il était adapté d’un livre du même nom écrit par Eiko Kadono. D’ailleurs le succès du film réalisé par Hayao Miyazaki va pousser l’autrice à reprendre l’histoire de son héroïne pour cinq livres de plus déjà en cours de traduction chez Ynnis, l’éditeur de celui-ci.
Mais revenons à ce premier tome, et oublions un peu l’anime pour se pencher sur le livre. Il s’agit tout simplement d’une jolie histoire classique d’entrée dans l’âge adulte. En effet dans l’univers de Kiki, à 13 ans, après trois ans de formation auprès de leur mère, les sorcières doivent s’envoler vers une autre ville pour s’établir, accompagnée de leur chat noir. Elles ne peuvent revoir leur famille avant qu’une année entière ne se soit entièrement écoulée. C’est désormais autour de Kiki, jeune sorcière espiègle et débrouillarde, mais quelque peu étourdie et rêveuse, de s’envoler.
Certaines péripéties (le chat en peluche, le tableau) sont communes au livre et au film. D’autres importantes dans le film n’apparaissent pas du tout dans le livre. Les aventures de Kiki sont en revanche nettement plus nombreuses et variées que dans le film avec, comme tout bon roman d’apprentissage, à chaque fois un niveau de difficulté supplémentaire pour la sorcière et son chat.
Écrit en 1985, Kiki la petite sorcière a un petit parfum « old school » pas désagréable, mais pour l’avoir fait lire à de jeunes générations actuelles, il passe aussi très bien auprès d’adolescentes du 21e siècle. Et que vous ayez vu le film ou non, à condition de garder une âme d’enfant, il s’avère aussi très drôle. Les différentes livraisons de Kiki et les dialogues avec son chat Jiji sont assez colorés. Le tout est raconté avec beaucoup de tendresse, sans pour autant tomber dans la mièvrerie.
La fin douce-amère voit la petite Kiki enfin devenue presque adulte et impatiente de repartir du nid familial vers le foyer qu’elle s’est elle-même créée au bord de la mer.

Kiki la petite sorcière
de Eiko Kadono
traduction de Déborah Pierret Watanabe
Éditions Ynnis

Carnaval

1919. Au lendemain de la Première Guerre mondiale, La Nouvelle-Orléans est une ville marquée par son passé esclavagiste, la ségrégation et la Mafia. Alors que la mairie tente de débarrasser la ville de son image de vice et de violence, un tueur en série sévit : le Tueur à la hache.
Partant d’un fait divers réel, Ray Celestin va mêler dans Carnaval la petite et la grande histoire de la Louisiane et du jazz dans un polar poisseux. S’y entrecroisent plusieurs destins : deux policiers – l’un honnête, l’autre ripou sortant de prison, une métisse sur les traces de Sherlock Holmes et un journaliste véreux. Mais également un certain Louis Armstrong qu
elques semaines avant son ascension vers la gloire.
Si dans la réalité, les crimes du Tueur à la hache n’ont jamais été élucidés, dans Carnaval l’enquête suit son terme. Elle est surtout l’occasion de dresser le portrait d’une ville vivante, terre d’immigration et de fusion des cultures au tournant du siècle dernier dans toute sa splendeur et toute sa crasse.
Chaque narrateur de l’histoire apporte un prisme différent pour aborder la ville, qu’il soit homme ou femme, noir ou blanc, immigré irlandais ou italien ou créole installé depuis plusieurs générations. Le tout étant inscrit dans une époque et une atmosphère bouillante et tumultueuse. Si vous aimez les bons polars solides avec une composante historique, n’hésitez pas, ce Carnaval de Ray Celestin va vous régaler.

Carnaval
de Ray Celestin
Traduction de Jean Szlamowicz
Éditions 10/18

Acadie

Si la collection Une Heure-Lumière est spécialisée dans les courts récits inédits, Acadie de Dave Hutchinson est doublement inédit, car c’est le premier texte traduit de cet auteur britannique.
La nouvelle a un présupposé classique : une colonie fondée au fin fond de l’espace par des renégats craint d’être découverte par la maison-mère. Jusqu’au jour où un vaisseau pénètre les défenses de leur système. Ce jour est arrivé et c’est à Duke, le Président malgré lui, de sortir la colonie de ce mauvais pas. Quitte à en découvrir la face cachée.
Le récit est très court, rondement mené et raconté avec quelques flashbacks par Duke lui-même et toute sa faconde d’ex-avocat. Jusqu’au retournement final. Et là, vous vous surprendre
z à repasser dans votre tête les pages déjà lues pour y retrouver peu à peu les indices glissés en toute discrétion, avant de vous dire que vous auriez dû le deviner avant. Dave Hutchinson est un écrivain malin. Il intègre tellement de personnalité et de vie dans l’action se déroulant au premier plan du récit que le lecteur ne voit pas les quelques fausses notes indiquant que la vérité n’est peut-être pas aussi simple. Saurez-vous éviter les pièges, sans lire de suite la fin ?

Acadie
de Dave Hutchinson
traduction de Mathieu Prioux
Éditions Le Bélial’

Scary stories – Histoires effrayantes à raconter dans le noir

Ayant vu Scary Stories le film, je me suis précipitée sur le livre une fois trouvé en librairie. Sauf que Scary Stories d’Alvin Schwartz n’est pas un roman, ni même un recueil de nouvelles d’horreur, comme pouvait le laisser entendre le film. C’est une compilation d’histoires effrayantes, de racontars et de légendes urbaines à se raconter entre amis la nuit autour d’un feu de bois ou lors d’une soirée pyjama.
Les visiteurs réguliers de ce blog connaissent mon amour pour les mythes, anciens ou modernes.
Ils se doutent donc déjà que j’allais me régaler avec ce livre. Alvin Schwartz était un folkloriste et un écrivain jeunesse américain spécialisé dans les contes pour enfants et adolescents à faire hurler. De peur, de surprise ou de rire, et parfois des trois à la fois. Le recueil français rassemble les trois tomes américains de Scary Stories, parus entre 1981 et 1991. Et que contient-il ? Beaucoup de légendes urbaines (Le crochet, Le bouton rouge), d’histoire de fantômes (Les invités, L’arrêt de bus) ou autres récits. Certains sont assez anciens comme La robe de satin blanc ou Merveilleuse saucisse, d’autres plus récents. À chaque fois, Alvin Schwartz les a modernisés et rendus accessibles pour un jeune public. Les histoires sont très courtes, ne dépassant pas cinq pages pour la plus longues, L’Enfant-loup. Elles sont souvent magnifiquement illustrées par des dessins en noir et blanc de Stephen Gammell. D’ailleurs certains ont été parfaitement intégrés au film comme la dame pâle dans Le Rêve. Et pour aller plus loin, dans ses notes, Alvin Schwartz explique d’où viennent les récits qu’il a choisis, les changements qu’il y a apportés ou les versions plus connues ou plus anciennes (comme la légende de Romulus et Remus pour L’Enfant-loup).
Le résultat final est un livre parfait pour enfants et adolescents voulant jouer à se faire peur. Et un bon point de départ pour qui s’intéresse aux légendes urbaines et à leurs formations. À lire bien entendu le soir, si possible seul dans une maison venteuse. Si vous l’osez…

Scary stories–Histoires effrayantes à raconter dans le noir
d’A
lvin Schwartz
Illustrations de Stephen Gammel

Traduction d
e Maxime Le Dain
Éditions
Castelmore

Passage des ombres

Figure connue des polars islandais, Arnaldur Indridason s’intéresse avec Passage des ombres aux affaires classées. Loin du sordide et du sanglant qui caractérisent souvent les polars nordiques, ce roman parle d’un meurtre presque en douceur, en catimini. En effet, un nonagénaire meurt étouffé dans son sommeil avec un oreiller. Ancien policier, il avait repris une enquête datant de 1944. À l’époque, l’Islande n’était pas encore indépendante, et servait de base arrière aux troupes alliées (principalement américaines) durant la Seconde Guerre mondiale.
Tout au long de Passage des ombres, les deux époques s’entremêlent. Au 21
siècle, Konrad policier à la retraite va retracer les derniers jours du nonagénaire et de son enquête pour aider son ancienne collègue. En 1944, Flovent et Thorson enquêtent sur la mort de Rosamunda retrouvée étranglée derrière le théâtre de Reykjavík. Qui a tué cette jeune couturière ? Pourquoi ? Cela a-t-il un rapport avec la « situation », l’euphémisme utilisé pour décrire le rapprochement sentimental entre les jeunes Islandaises et les soldats stationnés sur l’île ?
Au-delà d’un polar solide et bien mené, mais à l’intrigue somme toute banale, Passage des ombres est l’occasion pour
Arnaldur Indridason de revenir sur un moment charnière de l’histoire de son pays. En 1944, nous sommes à quelques mois de l’indépendance par rapport au Danemark et de la fondation de la République d’Islande. En 1944, en Islande comme ailleurs, l’effort de guerre va moderniser le pays et favoriser la prise d’indépendance des femmes. Ce sont cette modernité et ces changements de mentalités qui vont être aux sources du crime de 1944, et qui vont avoir des répercussions sur trois générations jusqu’à l’époque actuelle. À découvrir…

Passage des ombres
d’Arnaldur Indridason
Traduction d’Éric Boury
Éditions
Métailié

ADN

Découvrir un nouvel auteur de polar nordique s’apparente à ouvrir une pochette surprise. Parfois la trouvaille sera excellente, et parfois d’une triste banalité. Après avoir refermé ADN d’Yrsa Sigurðadottir, je ne sais pas encore dans quelle case caser cette écrivaine islandaise.
ADN est en effet un polar solide commençant en 1987 par le placement de trois enfants dans trois familles différentes suite à une histoire sordide dont l’étendue ne sera révélée qu’à la fin. Puis en 2015, une jeune mère de famille meurt assassinée de façon originale même si particulièrement douloureuse sous les yeux de sa fille de sept ans. La police va devoir se confronter à un crime rare en Islande et comble de malchance l’enquête est confiée à un inspecteur novice qui n’a les meilleures relations du monde avec la psychologue qui a pris en charge la jeune témoin. Et d’autres crimes vont se poursuivre.
Le récit, comme tout bon polar nordique, ne se contente pas de suivre l’un ou l’autre des enquêteurs. Entremêlés à ce récit, nous avons celui de Karl, un étudiant en chimie et radioamateur esseulé, ou de personnages qui seront peu à peu les nouvelles victimes. Comme souvent également, le sens du détail est très poussé. Quitte à noyer la lecture sous une avalanche d’informations sans intérêt pour l’enquête. Comme pour La Cité des jarres de son concitoyen A
rnadul Indriðason, au cœur d’ADN se trouvent, comme le titre l’indique, les problèmes de consanguinité propre à l’île et les maladies génétiques qu’elles entrainent quand le lien de parenté entre les géniteurs est trop proche. Avec juste ce qu’il faut de hasard glauque pour bien interpeller le lecteur !
J’ai particulièrement apprécié les personnages de Freyja la psychologue et d’Huldar le policier, appelés à devenir les héros récurrents d’une série de romans (cinq déjà écrits dont deux traduits). Et j’avoue, question créativité des meurtres, j’étais servie.
Mais le rythme même du roman m’a paru assez inconsistant et si la révélation finale est d’un côté très bien vue par rapport à l’enquête, de l’autre le côté famille malsaine est assez lu et relu dans ce genre de littérature. Je testerais surement à l’occasion le deuxième, Succion, avant de décider s’il faut continuer à suivre les histoires d’Yrsa Sigurðadottir.

ADN
d’Yrsa Sigurðadottir
traduction de Catherine Mercy
Éditions
Actes Sud

Abimagique

Lucius Shepard est un auteur déroutant. Les livres qu’il écrit se suivent et ne se ressemblent absolument pas, même si ce sont deux novellas parues dans une même collection. Après m’être régalée du classique Les Attracteurs de Rose Street, j’étais particulièrement impatiente de lire Abimagique du même auteur. Et pourtant…
Même si j’ai lu d’une traite Abimagique et que la puissance de la plume de Lucius Shepard m’a une nouvelle fois emportée, arrivée à la dernière ligne, je n’étais pas plus avancée qu’au début. Qu’ai-je lu ? Une histoire d’amour qui finit tragiquement ? Les élucubrations hallucinées d’un étudiant tombé dans la drogue dure et psychédélique ? Ou le récit d’une sorcière cherchant à éviter l’Apocalypse à coup de sexe tantrique? Lucius Shepard laisse la fin ouverte et propose à son lecteur de faire son choix. D’une page à l’autre, les délires du narrateur évoquent tour à tour John Updike, Clive Barker ou même les horreurs d’Innsmouth chères à H.P.Lovecraft. Le choix d’avoir raconté cette histoire à la deuxième personne renforce cette impression qu’il s’agit d’une hypnose guidée, dont le narrateur ou le lecteur serait la victime.
Finalement, faut-il se laisser tenter par Abimagique ? Si vous n’avez pas peur d’être bousculé dans vos convictions et ne craignez pas d’aventurer vos lectures en terre inconnue, pourquoi pas ? Si vous êtes novices dans l’œuvre de Lucius Shepard ou si vous préférez les récits moins décousus, mieux vaut rester sur Les Attracteurs de Rose
Street.

Abimagique
de Lucius Shepard
traduction de Jean-Daniel Brèque

Éditions
Le Bélial’