Le cheese-cake de Caton et autres histoires romaines

Juriste et historienne spécialisée dans le droit antique (grec et romain), Eva Cantarella se passionne pour cette époque dans tous ses aspects. Elle fait notamment partager sa passion aux lecteurs du Corriere della Sera au travers de différentes chroniques. Ce livre, Le cheese-cake de Caton, les rassemble en suivant quatorze thématiques différentes couvrant tous les aspects de la vie quotidienne : l’hygiène, l’amour, la cuisine, les loisirs, les croyances, etc. Contrairement au titre français, Eva Cantarella ne se limite pas à la période romaine, mais raconte également des anecdotes grecques, réelles ou tirées de la mythologie, de la plus haute Antiquité jusqu’à la période byzantine.
Même si j’ai lu ce livre d’une traite, vous pouvez le lire comme les acheteurs du Corriere della Sera, une anecdote par-ci, une par-là. Sachant qu’à chaque fois, Eva Cantarella raccroche celle-ci à des faits de société actuels. C’est ainsi que nous découvrons que la GPA (grossesse pour autrui) était déjà pratiquée par les Romains, et que la propre femme de Caton (le jeune, pas l’amateur de cheese-cake) a rendu ce service à l’un des proches de son mari, sans qu’on lui demande son avis au passage. Vous apprendrez également que les Romains étaient de grands lecteurs avec 28 bibliothèques publiques dans la ville. Chacune contenant entre 10 000 et 30 000 ouvrages disponibles à la consultation ou en prêt !
De la naissance à la mort en passant par les revendications des matrones romaines et les bienfaits d’Homère sur le rythme cardiaque, vous apprendrez une multitude de choses sur les lointains ancêtres de la civilisation européenne. Tout en vous amusant et sans jamais vous ennuyer une seconde.

Le cheese-cake de Caton et autres histoires romaines
de Eva Cantarella
Traduction de Patrizia Sirignano
Éditions Albin Michel

Notes de lectures estivales

Les vacances sont également le temps de lire ou relire des livres. Tous ne méritent pas une chronique dédiée, par leur qualité, leur sujet ou par le fait qu’ils se rattachent à d’autres livres. Voici néanmoins un aperçu de mes dernières lectures

Lies Sleeping

Je vous ai parlé de Rivers of London, n’est-ce pas ? Depuis les deux premiers livres de la série lus et chroniqués, j’ai continué les aventures de Peter Grant (en romans uniquement je n’ai pas plongé dans les comics). Cette dernière histoire, Lies Sleeping, marque la fin de l’affrontement de Peter Grant avec Mr Punch d’un côté et avec The Faceless Man de l’autre, en attendant l’entrée dans un nouveau cycle d’aventure à l’automne. Ici, le jeune homme se débrouille de mieux en mieux avec la magie et la psychologie des créatures surnaturelles. Il a tout de même quelques difficultés pour effectuer correctement son travail de policier et gérer sa vie de famille, et surtout sa belle-famille. Passé l’effet de surprises de Rivers of London, le reste de la saga de Peter Grant constitue une série d’urban fantasy plaisante à lire et solide. Même si chaque volume se distingue peu des précédents. À lire pour les amateurs du genre.
Lies Sleeping
de Ben Aaronovitch
Éditions Gollancz

Noire Magie

En été, je consomme beaucoup de livres d’horreur. Et la vieille collection Pocket Terreur reste l’une de mes sources favorites. Ce Noire Magie de Tom Tryon est un cas à part. Entamé dans la plus haute antiquité égyptienne, il se déroule ensuite dans une version moderne de New York avec la rencontre entre un magicien de rue et un sorcier hors d’âge. Plaisant à lire avec des tournures de phrases virevoltantes, le rythme est en revanche plutôt lent et l’action tarde à décoller. Ce qui est dommage pour ce type d’ouvrage. Attention si le texte a été écrit à la fin du 20e siècle, il y a dans certaines descriptions des relents racistes assez désagréables.
Noire Magie
de Tom Tryon
traduction de
Elisabeth Vonaburg
Éditions
Pocket

Moi, Lucifer

Voici un livre que j’aurais aimé aimer. Hélas, le texte est tellement décousu et répétitif que je l’ai abandonnée en cours de route sans la moindre envie de le reprendre. L’histoire se veut une autobiographie de Lucifer lui-même, coincé dans le corps d’un écrivain raté pour un mois avant de potentiellement regagner sa place au Paradis. N’est pas John Milton qui veut, et Glen Duncan est loin d’avoir le talent de son prédécesseur. L’accumulation d’allusions grossières pour choquer le lectorat ne fait que le lasser sans être justifiée par une vraie intrigue. À éviter !
Moi, Lucifer
de Glen Duncan
traduction de Michelle Charrier
Éditions Folio SF

C’est dans la poche !

En lectrice de science-fiction de longue date, le nom de Sadoul ne m’était pas inconnu que ce soit par la fille, Barbara, spécialiste des vampires ou par le père, Jacques, grâce à qui bien des noms de la science-fiction anglo-saxonne ont été découverts en France. Ce livre de souvenirs raconte les aventures professionnelles du père de ses débuts à la faculté à Paris à son départ à la retraite. Le tout est traité par année en mettant face à face la grande actualité et le quotidien de Jacques Sadoul. Que le personnage vous soit sympathique ou non (et vous changerez plusieurs fois d’
avis au cours de ces pages), cette autobiographie se lit avec grand plaisir. Elle fourmille d’anecdotes non seulement sur le monde de la science-fiction, mais également sur celui de la BD et le milieu de l’édition et de la presse en général. À charge pour le lecteur de démêler la réalité des enjolivements.
C’est dans la poche !
de Jacques Sadoul
Éditions
J’ai Lu

Literary Life

Si vous travaillez de près ou de loin dans le monde du livre, ou si vous avez des personnes de cet univers dans votre entourage, cette BD est un petit bijou. Elle vous fera sourire, rire, mais également grincer des dents au fil des pages. À travers de différentes chroniques, la caricaturiste Posy Simmonds se moque des travers des auteurs, des éditeurs, des chroniques, des libraires, bref de tout le petit microcosme littéraire. Mais toujours avec une certaine tendresse, mélangeant douceur et acidité à la manière des meilleures marmelades britanniques.
Literary Life
de Posy Simmonds
traduction de Lili Sztajn et Corinne Julve
Éditions Denoël

Le Troqueur d’âmes

Roger Zelazny fait partie des auteurs qui m’intriguent. Que ce soit dans ses longues sagas ou dans ses romans plus mineurs, généralement je ne m’ennuie jamais en lisant. En revanche, j’avoue ne conserver aucun souvenir d’Alfred Bester même si je suis quasiment certaine de l’avoir déjà lu. Au hasard d’une visite à un nouveau bouquiniste, je suis tombée sur ce livre réunissant leurs deux signatures : Le Troqueur d’âmes.
Je l’ai littéralement dévoré en une bonne sieste. Pourtant je serais bien en peine de vous le résumer simplement. Tout commence lorsqu’un journaliste américain, Alf, est envoyé à Rome en reportage dans une étrange boutique. Là, dans le Lieu Noir du Troqueur d’âmes, le tenancier et son assistante échangent traits de caractère et personnalités au gré des rencontres et au fil du temps. Dans cet endroit, rien n’est ce qu’il semble être au premier abord : ni la boutique et ses occupants, ni les visiteurs, ni même
le journaliste chargé de l’enquête…
Fruit d’une collaboration post-mortem, Le Troqueur d’âmes est un cadavre exquis foisonnant de mille idées à la minute et où seuls les personnages principaux et leurs variations font le lieu entre les différentes scènes. Il faut dire que l’histoire a été entamée par Alfred Bester, et qu’à la mort de celui-ci en 1987 le manuscrit a été repris par Roger Zelazny. La version finale ne sera publiée aux États-Unis qu’en 1998 soit trois ans après la propre mort de Zelazny. Dans la préface de cette édition, Greg Bear compare ce texte à une improvisation de free jazz entre deux grands auteurs de SF. Effectivement, cela semble l’idée générale, même si à la différence d’une improvisation entre deux musiciens ou même d’une écriture à quatre mains comme De bons présages, ici il n’y a pas de dialogues entre les auteurs. Les obsessions de l’un suivent celles de l’au
tre en s’y raccrochant, mais sans réelle fusion entre les deux. Et les erreurs de traduction, comme « œil privé » pour « private eye » là où un « détective » semblait pourtant évident, n’aident pas à bien amalgamer le tout.
Le résultat donne néanmoins un livre plaisant, très riche, échevelé et parfois très drôle, facile à lire, mais impossible à résumer. Ce n’est certainement pas le meilleur de ce que pouvaient écrire seuls Alfred Bester et Roger Zelazny, mais il se laisse découvrir.

Le Troqueur d’âmes
d’Alfred Bester et Roger Zelazny
traduction de Bernadette Emerich et Pierre Bayart
Éditions J’ai Lu

La schismatrice

Certains auteurs font partie des pères fondateurs d’un genre. C’est le cas de Bruce Sterling pour le cyberpunk anglo-saxon. Et La schismatrice est l’une de ses œuvres phares dans le domaine. L’ayant trouvé par hasard dans la « boite à lire » de la plage, j’ai décidé de tenter l’aventure.
À la différence de mes lectures estivales habituelles, je ne l’ai pas lu d’une traite.
La schismatrice tient plus du concept littéraire que l’on admire que du roman passionnant qui vous plonge dans ses pages sans vous lâcher jusqu’à la fin. En effet, aucun des personnages de Bruce Sterling, à commencer par le « héros » de l’histoire Abélard Lindsay, n’a éveillé de sympathie en moi. Les raisons de la vendetta qui l’opposent à Philip Constantin au fil des décennies sont assez maigres, et sa tendance à fuir systématiquement n’est pas des plus héroïques. En revanche, l’univers dépeint par Bruce Sterling est foisonnant d’idées. Se plaçant dans un système solaire où une partie de l’humanité a fui une catastrophe climatique dans des habitats autour de la Lune ou dans la ceinture d’astéroïdes, Bruce Sterling imagine une humanité tiraillée entre les tenants d’améliorations cybernétiques (les mécanistes) et ceux misant tout sur la biologie (les formationnistes). Au fur et à mesure chaque tendance va aller jusqu’à des solutions toujours plus radicales, comme les électro-câblés ayant abandonnés leurs corps physiques pour être des fantômes des réseaux d’information ou la geisha se transformant en astéroïde de chair humaine. Dans ces conditions, l’ajout d’extra-terrestres en devient presque superflu, si ce n’est pour la transcendance finale de Lindsay.
Faut-il lire La schismatrice ? À la manière des Voyages de Gulliver, l’histoire n’est qu’un prétexte pour que l’auteur présente sa vision de l’évolution de l’humanité et des sous-espèces qu’elle engendrera. Si vous aimez ce genre d’évocation, ou si vous adorez le cyberpunk mâtiné ici d’une bonne dose de space opera, n’hésitez pas. En revanche, si vous avez besoin d’une intrigue solide pour
vous plonger dans un livre, passez au large. Si le livre ne manque pas de rebondissements ni d’action, les liens entre chaque séquence seront trop lâches pour retenir votre intérêt.

La schismatrice
de
Bruce Sterling
Traduction de
William Desmond
Éditions
Denoël

Le bibliomancien

Quel amoureux de livres n’a pas rêvé que le monde décrit entre les pages soit aussi réel, voire plus, que celui dans lequel il se trouve ? Qui n’a pas voulu posséder un objet magique comme l’épée vorpale chère à Lewis Carroll ou Le Guide du routard galactique et sa couverture si rassurante ? Lecteur avide en plus d’être écrivain, Jim C. Hines a inventé un univers d’urban fantasy où la magie est tirée au sens propre des livres.
Dans Le
bibliomancien, premier tome de la série Magie Ex Libris, il nous présente Isaac Vainio, bibliothécaire dans un coin perdu du Michigan et son araignée inflammable, Titache. Lorsque trois vampires « pailletés » attaquent et démolissent son lieu de travail, il va devoir réutiliser sa magie après deux ans d’abstinence. Et comme tout bon livre de fantasy, cette action va le lancer dans une quête pour savoir qui se trouve derrière la guerre en cours entre les différentes espèces de vampires et les Gardiens, l’ordre qui empêche les créatures surnaturelles de se dévoiler et de détruire ou asservir l’humanité. Et si le problème se trouvait justement niché au cœur de cette organisation.
Avec une telle trame, Jim C. Hines aurait pu écrire un roman d’urban fantasy de plus vite lu et vite oublié. Si effectivement Le bibliomancien se lit très vite, il reste en mémoire. En effet, c’est une véritable ode aux littératures de l’imaginaire dans leur ensemble.
Il mêle habilement les références, l’action et l’humour pour finir par faire un livre plus profond qu’il n’y paraît au premier abord. Personnellement je ne pouvais qu’approuver la façon dont Isaac utilise les boucliers personnels sortis de Dune, et j’avoue avoir été étonnée de trouver Ponce de León dans un rôle clé aux côtés de Johannes Gutenberg, imprimeur ayant ici pris la place de Merlin comme sorcier suprême. Au final, Le bibliomancien forme une histoire plaisante qui pourra donner aux plus jeunes l’envie de découvrir les livres dont sont tirés certains artefacts. L’Atalante y a d’ailleurs songé en listant à la fin de l’ouvrage l’ensemble des livres cités dedans, et en précisant lesquels sont fictifs.

Le bibliomancien
de Jim C. Hines
Traduction de Lionel Davoust
Éditions L’Atalante

Une histoire naturelle des dragons

Les soldes numériques sont décidément une bonne occasion de découvrir des séries que l’on n’osait essayer en version papier. Et contrairement à l’essai précédent, celui-ci fut un succès. Les couvertures des différents volumes des Mémoires, par Lady Trent de Marie Brennan m’avaient déjà tapée dans l’œil, mais je n’avais jusqu’ici jamais cédé à la tentation. C’est désormais chose faite et le premier tome, Une histoire naturelle des dragons, a rejoint ma liseuse avant d’être encore plus vite lu.
Comme dans Lady Helen : le Club des Mauvais jours, l’histoire débute dans
une famille de la bonne société d’un pays rappelant furieusement la Grande-Bretagne du 19e siècle avec le destin d’une jeune fille : Isabelle, qui deviendra la fameuse Lady Trent. Mais la comparaison s’arrête là. Ici, point de romance exacerbée, ni atermoiements sur ce que peuvent ou ne peuvent pas faire les filles. Seule fille au milieu d’une nombreuse fratrie, Isabelle sait très jeune ce qu’elle veut : elle étudiera les dragons et autres créatures volantes. Et, malgré les préjugés ambiants, son père et plus tard son mari ne feront rien pour l’arrêter. Au contraire, la voilà partie avec ce dernier pour une mission d’études des dragons d’Europe de l’est. Débarquant à 19 ans dans un village perdu au milieu d’une campagne ressemblant fort à la Transylvanie telle que décrite par Bram Stocker, elle et ses compagnons vont se retrouver mêlés à une enquête où les dragons seront tour à tour suspects, victimes ou alliés.
Le style même choisi pour le livre n’est pas sans rappeler celui de Bram Stocker. En effet, Une histoire naturelle des dragons est écrite sous la forme de mémoire issu de la plume acide de Lady Trent au soir de sa vie. Non seulement nous y avons une enquête fantastico-policière, mais également un récit de voyage et une étude des mœurs draconique et humaines de l’époque. Le tout parsemé de réflexions mordantes sur les préjugés des hommes que Lady Trent rencontre ou des remarques douces-amères sur ses erreurs de jeunesse. Même en version numérique, Une histoire naturelle des dragons est richement illustrée et, malgré un ton unique ou peut-être grâce à lui, se lit avec un très grand plaisir. Je me laisserais surement tenter par la suite, à l’occasion.

Une histoire naturelle des dragons (Mémoires, par Lady Trent 1)
de
Marie Brennan
traduction de S
ylvie Denis
Éditions L’Atalante

Nous sommes Légion (Nous sommes Bob 1)

Certains livres encensés par la critique, et plus importants par les copains fans du même genre ne sont en fait pas pour moi. Si je l’avais oublié, l’opération Ebooks et Crustacés des éditions Bragelonne me l’a rappelé en installant gratuitement Nous sommes Légion – Nous sommes Bob 1 de Dennis E. Taylor.
Tout commence avec Robert
Johansson, dit Bob, qui venant de vendre son entreprise d’informatique a signé un contrat pour se faire cryogéniser à sa mort. À peine le contrat signé, et sa retraite dorée fêtée, il se fait renverser par une voiture. Et se réveille plus d’un siècle plus tard dans une Amérique du Nord qui a bien changé. Le pire ? Il n’est plus humain, mais juste une simulation logicielle de sa personnalité. Monté dans un vaisseau spatial, il va devoir explorer le cosmos alentour. Et bien entendu, tout ne se passera pas comme prévu.
Autant j’ai apprécié la première partie et la façon dont Bob s’acclimate à son nouveau statut d’intelligence artificielle, autant la seconde m’a ennuyée. Certes, celle-ci a plus d’action
s. En se dupliquant, Bob peut couvrir plus de terrain : explorer d’autres systèmes solaires, découvrir une espèce intelligente ou deux, poursuivre les conflits terriens dans l’espace ou revenir sur Terre aider les survivants. Et chaque itération de Bob a sa propre personnalité, et son nom pour faciliter la compréhension de l’histoire. Sauf que… J’ai trouvé le tout très répétitif. Et que les blagues de fanboy de pop culture SF et série TV, me font rire cinq minutes, mais pas tout un livre. Et encore moins une trilogie entière. Surtout quand l’auteur se permet de bien insister sur les jeux de mots qu’il trouve pour les noms de ses différents Bob. Ayant achevé le premier tome, les différentes aventures que vivent les Bob ne sont pas suffisamment originales à mes yeux pour en lire les deux suivants. À vous de voir ce que vous en pensez…

Nous sommes Légion (Nous sommes Bob 1)
de Dennis E. Taylor
traduction de Sébastien Baert
Éditions Bragelonne

Safari dans la 5ème Avenue

J’ai des voisins sympathiques et grands lecteurs. Bien avant que les boîtes à livres ne se répandent à tous les coins de rue, nous avons pris l’habitude de laisser livres, DVD ou CD dont nous n’avons plus l’usage (voire magazines pour une voisine) dans le hall d’entrée pour que les passants se servent. C’est ainsi que j’ai récupéré trois polars la semaine dernière dont deux Série Noire. Un classique de Raymond Chandler, Fais pas ta rosière !, et Safari dans la 5ème Avenue de Thomas H.Cook. Ce dernier auteur ne me disais rien, mais je trouvais un charme rétro à la couverture et le résumé m’intriguait. Autant se laisser tenter donc…
Safari dans la 5ème Avenue
est un polar new-yorkais classique de la fin des années 70, mais étonnamment moderne dans sa thématique et dans son traitement. Nous suivons les pas de John Reardon, vieil inspecteur de la Criminelle et jeune veuf, alors qu’on lui confie une nouvelle enquête : qui a massacré à coups de hache les deux daims donnés au zoo de Central Park par un philanthrope richissime ? Quelque temps plus tard, un couple de lesbiennes se fait massacrer exactement de la même manière. S’agit-il du même tueur ? Et quel est le rapport avec le philanthrope ? Au milieu des embûches de sa hiérarchie et face aux préjugés racistes, sexistes et autres de ses collègues et des principaux témoins, John Reardon va mener son enquête méthodiquement, jusqu’au bout quitte à ce que ses conclusions déplaisent.
Si vous vous attendez à
un livre avec beaucoup d’actions, des courses-poursuites et des échanges de coups de feu, passez votre chemin. John Reardon n’est pas l’inspecteur Harry. C’est un policier à l’ancienne, posé et qui n’a pas un goût prononcé pour le sang, et encore moins la poudre. Pour autant, son métier lui a donné une bonne connaissance de l’âme humaine. Ce qui lui permettra d’écarter le coupable désigné d’office pour retrouver le vrai meurtrier. Dans les temps ?
Safari dans la 5ème Avenue était le premier livre de Thomas H. Cook, depuis devenu un auteur prolifique de romans policiers. Malgré quelques défauts, cet ouvrage est très bon et vaut largement le coup de se pencher sur le reste de l’œuvre de cet auteur.
À suivre ?

Safari dans la 5ème Avenue
de Thomas H.Cook
traduction de Madeleine Charvet
Éditions Gallimard

Studio 6 – Une enquête d’Annika Bengtzon

J’ai un péché mignon : les polars nordiques, et plus particulièrement suédois. Même si le rythme de lecture est toujours assez particulier, j’avoue que l’hiver scandinave va souvent dans mon imaginaire avec une ambiance glauque et criminelle propice aux frissons. Quand NetGalley France a mis en accès libre Studio 6 – Une enquête d’Annika Bengtzon, le premier roman d’une série policière par une autrice suédoise, Liza Marklund, que je ne connaissais pas, je me suis jetée dessus.
Le résultat se lit très bien et très vite, ce qui est toujours bon pour un polar. Mais j’ai un avis plus mitigé sur le titre lui-même. L’enquête est assez faible, on sait assez rapidement qui est le coupable et le fait d’y mêler un scandale politique réel comme l’affaire IB est intéressant, mais ne fait pas grand-chose pour alimenter l’intrigue.
En revanche, le personnage même d’Annika Bengtzon est intéressant. Au début de Studio 6, elle est intérimaire dans un grand tabloïd de la capitale et découvre peu à peu le métier de journaliste spécialiste des faits divers. Elle va donc enquêter sur la mort de Joselyn dans le parc avec son lot d’erreurs de débutantes, d’embûches professionnelles et d’errements sentimentaux. La description du fonctionnement de la rédaction et des différentes institutions suédoises, avec notamment l’obligation de transparence totale qui laisse songeuse dans nos contrées plus méridionales, est extrêmement intéressante et bien menée. Pour le coup, je me suis souvent retrouvée à encourager mentalement Annika pour qu’elle se fasse sa place au soleil. La fin plus personnelle est aussi classique d’un certain sous-genre de la littérature policière suédoise (Camilla Läckberg est également coutumière du fait par exemple), mais je l’ai trouvé personnellement assez téléphonée. Malgré tout, j’ai passé un bon moment avec ce livre, troisième réédition en France du titre. Je tenterais peut-être d’autres enquêtes d’Annika Bengtzon, si je les trouve chez un bouquiniste, dans une bibliothèque ou en promotion.

Studio 6 – une enquête d’Annika Bengtzon
de Liza Marklund
traduction de Christopher Burjström
Éditions Hachette

Avis d’invité : Capitaine Albator – Le pirate de l’espace

Aujourd’hui, séquence nostalgie. Ludovic, 46 ans tout juste, revisite un pan de sa jeunesse avec un manga culte. Et pour tout dire un pavé de 1082 pages. Laissons-lui la parole…

Pour celles et ceux qui comme moi ont grandi devant la télévision en suivant les épisodes d’Albator, cet intégral du manga (regroupant les 5 tomes parus initialement entre 1977 et 1979) est un vrai retour aux sources… Jusqu’à présent, je n’avais jamais eu la curiosité de rechercher ces mangas, me contentant de la série. Une grosse erreur ! Même si le manga ne va pas aussi loin que la série TV, et que l’histoire ne colle pas tout à fait, les personnages principaux sont au rendez-vous, les beuveries au saké (les femmes y boivent plus que les hommes d’ailleurs… Ce qui n’apparait pas dans la série TV française, du moins dans mon souvenir… sans doute un coup de la censure ?) et orgies de nouille rivalisent avec les batailles spatiales et les courses-poursuites avec des extra-terrestres sans pitié d’origine végétale,mais au physique à damner un saint aveugle et paraplégique.

Dès les premières pages, j’ai eu l’impression de replonger dans la série TV tellement la patte du dessinateur Leiji Matsumoto est présente. Il ne manquait que la couleur… Et pourtant… il y a de nombreuses pages sans texte que j’ai dévoré des yeux sans m’en lasser… J’ai également découvert quelques anecdotes intéressantes sur certains personnages que je ne me souvenais pas avoir vues dans la série. Mais chuuut, je n’en dirai pas plus…

L’équipe Kana a fait un travail de traduction formidable en respectant au maximum l’œuvre originale. Du coup, certains noms « francisés » ont disparu mais cela ne m’a pas perturbé. D’autres sont restés.

Si vous aimez les histoires de pirates dans l’espace, laissez-vous tenter !

Capitaine Albator « Le pirate de l’espace » – l’intégrale
de Leiji Matsumoto
Traduction de Sylvain Chollet
Éditions Kana