Le Poulpe

Si vous voulez découvrir des polars à la française, courts et incisifs, en vous faisant une idée des talents d’un auteur, pourquoi ne pas commencer par une aventure du Vous. Du surnom de son personnage principal, Gabriel Lecouvreur dit Le Poulpe, cette collection d’histoires courtes, entre 100 et 250 pages en moyenne, rassemble de 1995 à 2016 les meilleurs auteurs du genre. Le principe présenté dès les trois premiers récits — La petite écuyère a cafté de Jean-Bernard Pouy, Saigne-sur-Mer de Serge Quadruppani et Arrêtez le carrelage de Patrick Raynal — est simple : Gabriel Lecouvreur, détective anarchiste découvre un fait divers en lisant le journal dans son bistrot favori du 11e arrondissement de Paris et part enquêter. Souvent seul, il sera parfois accompagné par sa compagne officielle, Cheryl, coiffeuse et grande amatrice de rose et de peluches de son état. Et le titre du livre est souvent un jeu de mots (outre les trois premiers, citons Arrête tes six magrets, Saké des brumes ou Un poison nommé Rwanda).
La structure des livres est toujours similaire et les personnages sont souvent connus (Le Poulpe, Cheryl, le patron et le personnel du bar, Pedro l’ami de Gabriel et fournisseur en armes et faux papiers), mais chaque écrivain — qu’il vienne du monde du polar, de la littérature générale ou autre — peut facilement mettre sa patte dans ce canevas, vite connu et reconnu. Même si souvent l’humour et l’ironie sont au rendez-vous. Du coup, la collection Le Poulpe est une bonne occasion de découvrir une plume et de se faire une opinion. D’autant que, publiés originellement chez La Baleine, de nombreux titres du Poulpe ont été réédités ailleurs, notamment dans la collection Librio noir de Flammarion vendus neufs 10F puis 3 €, et trouvable très facilement dans les brocantes, vide-greniers, bouquinistes ou boîtes à livre un peu partout. Pourquoi se priver ?

Le Poulpe
Collectif (le plus souvent un auteur par titre)
Éditions La Baleine
Certains titres sont également réédité chez Flammarion (Librio Noir)
ou chez Gallimard

Une histoire naturelle des dragons

Les soldes numériques sont décidément une bonne occasion de découvrir des séries que l’on n’osait essayer en version papier. Et contrairement à l’essai précédent, celui-ci fut un succès. Les couvertures des différents volumes des Mémoires, par Lady Trent de Marie Brennan m’avaient déjà tapée dans l’œil, mais je n’avais jusqu’ici jamais cédé à la tentation. C’est désormais chose faite et le premier tome, Une histoire naturelle des dragons, a rejoint ma liseuse avant d’être encore plus vite lu.
Comme dans Lady Helen : le Club des Mauvais jours, l’histoire débute dans
une famille de la bonne société d’un pays rappelant furieusement la Grande-Bretagne du 19e siècle avec le destin d’une jeune fille : Isabelle, qui deviendra la fameuse Lady Trent. Mais la comparaison s’arrête là. Ici, point de romance exacerbée, ni atermoiements sur ce que peuvent ou ne peuvent pas faire les filles. Seule fille au milieu d’une nombreuse fratrie, Isabelle sait très jeune ce qu’elle veut : elle étudiera les dragons et autres créatures volantes. Et, malgré les préjugés ambiants, son père et plus tard son mari ne feront rien pour l’arrêter. Au contraire, la voilà partie avec ce dernier pour une mission d’études des dragons d’Europe de l’est. Débarquant à 19 ans dans un village perdu au milieu d’une campagne ressemblant fort à la Transylvanie telle que décrite par Bram Stocker, elle et ses compagnons vont se retrouver mêlés à une enquête où les dragons seront tour à tour suspects, victimes ou alliés.
Le style même choisi pour le livre n’est pas sans rappeler celui de Bram Stocker. En effet, Une histoire naturelle des dragons est écrite sous la forme de mémoire issu de la plume acide de Lady Trent au soir de sa vie. Non seulement nous y avons une enquête fantastico-policière, mais également un récit de voyage et une étude des mœurs draconique et humaines de l’époque. Le tout parsemé de réflexions mordantes sur les préjugés des hommes que Lady Trent rencontre ou des remarques douces-amères sur ses erreurs de jeunesse. Même en version numérique, Une histoire naturelle des dragons est richement illustrée et, malgré un ton unique ou peut-être grâce à lui, se lit avec un très grand plaisir. Je me laisserais surement tenter par la suite, à l’occasion.

Une histoire naturelle des dragons (Mémoires, par Lady Trent 1)
de
Marie Brennan
traduction de S
ylvie Denis
Éditions L’Atalante

Nous sommes Légion (Nous sommes Bob 1)

Certains livres encensés par la critique, et plus importants par les copains fans du même genre ne sont en fait pas pour moi. Si je l’avais oublié, l’opération Ebooks et Crustacés des éditions Bragelonne me l’a rappelé en installant gratuitement Nous sommes Légion – Nous sommes Bob 1 de Dennis E. Taylor.
Tout commence avec Robert
Johansson, dit Bob, qui venant de vendre son entreprise d’informatique a signé un contrat pour se faire cryogéniser à sa mort. À peine le contrat signé, et sa retraite dorée fêtée, il se fait renverser par une voiture. Et se réveille plus d’un siècle plus tard dans une Amérique du Nord qui a bien changé. Le pire ? Il n’est plus humain, mais juste une simulation logicielle de sa personnalité. Monté dans un vaisseau spatial, il va devoir explorer le cosmos alentour. Et bien entendu, tout ne se passera pas comme prévu.
Autant j’ai apprécié la première partie et la façon dont Bob s’acclimate à son nouveau statut d’intelligence artificielle, autant la seconde m’a ennuyée. Certes, celle-ci a plus d’action
s. En se dupliquant, Bob peut couvrir plus de terrain : explorer d’autres systèmes solaires, découvrir une espèce intelligente ou deux, poursuivre les conflits terriens dans l’espace ou revenir sur Terre aider les survivants. Et chaque itération de Bob a sa propre personnalité, et son nom pour faciliter la compréhension de l’histoire. Sauf que… J’ai trouvé le tout très répétitif. Et que les blagues de fanboy de pop culture SF et série TV, me font rire cinq minutes, mais pas tout un livre. Et encore moins une trilogie entière. Surtout quand l’auteur se permet de bien insister sur les jeux de mots qu’il trouve pour les noms de ses différents Bob. Ayant achevé le premier tome, les différentes aventures que vivent les Bob ne sont pas suffisamment originales à mes yeux pour en lire les deux suivants. À vous de voir ce que vous en pensez…

Nous sommes Légion (Nous sommes Bob 1)
de Dennis E. Taylor
traduction de Sébastien Baert
Éditions Bragelonne

The Murders of Molly Southborne

La couverture de la traduction française (Les Meurtres de Molly Southborne) m’avait tapé dans l’œil comme souvent avec la collection Une Heure-Lumière, mais une chose en entrainant une autre, je n’ai pas eu le temps de l’acheter depuis sa sortie. Heureusement, son éditeur américain a temporairement mis gratuitement The Murders of Molly Southborne de Tade Thompson en numérique (et sans DRM !) quelques jours avant la sortie de la suite – The Survivals of Molly Southborne – attendue pour le 9 juillet. Autant en profiter pour rattraper mon retard non ?
Comment résumer cette expérience : déroutante, empathique, clinique, sanglante ? Tous ces mots peuvent définir le court récit de Tade Thompson, à mi-chemin entre fantastique et thriller sanglant, avec juste une touche de
science-fiction pour ajouter encore un peu de confusion. Molly Southborne, fille unique élevée dans l’isolement d’une ferme par des parents au mystérieux passé, ne doit pas saigner. Ou, si elle le fait, elle doit en détruire toute trace jusqu’à la dernière goutte. Sinon, tôt ou tard, la mort viendra la chercher, toujours, systématiquement, dans les minutes, les heures ou les jours qui suivent. Pour prévenir les conséquences de cette « condition », Molly subit un entraînement à la survie et des cours d’anatomie bien plus poussés que la moyenne. Une fois hors du domicile familial, cela suffira-t-il à la sauver ?
Alternant entre récit à la première personne et à la troisième personne, Tade Thompson écrit toujours au plus près de son personnage. Le format court, et le fait que ce soit une quadrilogie en préparation, laisse de nombreuses zones d’ombre : qui est la mère de Molly,
comment cette « condition » si particulière est restée sans conséquence légale si longtemps, quelle mystérieuse société privée protège Molly. Néanmoins, Tade Thompson signe ici une novella oppressante où le monstre est également la victime. Malgré sa froideur et son inaptitude à la vie sociale complète, Molly est un personnage attachant plongé dans un cauchemar intime depuis l’enfance. La fin, avec son retournement en miroir laisse la voie ouverte pour un récit bien différent, où l’on en saura un peu plus sur l’origine de sa malédiction ? Réponse dans quelques jours…

The Murders of Molly Southborne
de Tade Thompson
Éditions Tor

Fables

L’annonce de la fermeture de sa collection Vertigo, destinée à un lectorat adulte, par DC m’a laissée songeuse… Même si j’ai découvert les comics avec Marvel, c’est Vertigo qui m’a fait découvrir que la BD américaine ne se limitait pas à des histoires de superhéros. J’y ai dévoré avec plaisir Sandman, Hellblazer et bien d’autres titres. Parmi eux, la série Fables de Bill Willingham, achevée en 2015. De plus ce titre combine deux autres éléments que j’apprécie énormément : les contes de fées et une bonne dose de sarcasme dans les dialogues entre les personnages.
En effet, dans Fables, les personnages de contes de fées (dont Blanche-Neige et le Grand Méchant Loup) ont été chassés des Royaumes enchantés par l’Adversaire et se sont sauvés dans notre dimension. Ceux qui ne peuvent passer pour humains (Colin, le dernier survivant des 3 petits cochons, Ma Mère L’Oye, etc.) sont condamnés à vivre dans des endroits
reculés loin des hommes (comme La Ferme en Nouvelle-Angleterre). Les autres s’adaptent tant bien que mal à la vie sur notre Terre. Le Grand Méchant Loup, Bigby pour les intimes, est devenu détective privé/shérif de la communauté des Fables (rassemblant tous ces personnages magiques), Cendrillon vend des chaussures et est une espionne redoutable, Raiponce passe tous les jours chez le coiffeur pour dompter sa crinière et le Prince Charmant use de ses talents de séduction sur l’aristocratie et la bourgeoisie locale pour maintenir son train de vie.
Mais tout n’est pas pour le mieux dans le meilleur des mondes. Entre terroristes magiques, attaques de l’Adversaire ou autres
créatures maléfiques (comme la Baba Yaga), histoire de cœur, d’espionnage ou de crime, les 150 épisodes de Fables ne laissent pas le temps de s’ennuyer. J’ai juste trouvé la fin de la série un peu moins passionnante, surement parce que Bigby y est moins présent.
En gardant d’un bout à l’autre la main sur le scénario, Bill Willingham a donné une cohérence à sa série et garantit une évolution naturelle de ses personnages. Le ton est lui à l’image de Vertigo sans concession, mais avec une bonne dose d’humour, parfois désabusé. Certaines histoires, notamment les flash-back de Blanche-Neige face aux sept nains et ceux de Frau Totenkinder sont particulièrement éprouvants, d’autres sont nettement plus légè
res comme une grande partie des histoires mettant en scène Jack ou Flycatcher.
Toute la série est disponible en albums reliés, en version originale comme je l’ai lu ou en traduction. Il existe également de nombreuses séries dérivées qui ne sont pas toutes à la hauteur de l’originale.

Fables
Scénario de Bill Willingham
Dessins de Mark Buckingham, Lan Medina, Steve Leialoha et autres
Éditions DC

Safari dans la 5ème Avenue

J’ai des voisins sympathiques et grands lecteurs. Bien avant que les boîtes à livres ne se répandent à tous les coins de rue, nous avons pris l’habitude de laisser livres, DVD ou CD dont nous n’avons plus l’usage (voire magazines pour une voisine) dans le hall d’entrée pour que les passants se servent. C’est ainsi que j’ai récupéré trois polars la semaine dernière dont deux Série Noire. Un classique de Raymond Chandler, Fais pas ta rosière !, et Safari dans la 5ème Avenue de Thomas H.Cook. Ce dernier auteur ne me disais rien, mais je trouvais un charme rétro à la couverture et le résumé m’intriguait. Autant se laisser tenter donc…
Safari dans la 5ème Avenue
est un polar new-yorkais classique de la fin des années 70, mais étonnamment moderne dans sa thématique et dans son traitement. Nous suivons les pas de John Reardon, vieil inspecteur de la Criminelle et jeune veuf, alors qu’on lui confie une nouvelle enquête : qui a massacré à coups de hache les deux daims donnés au zoo de Central Park par un philanthrope richissime ? Quelque temps plus tard, un couple de lesbiennes se fait massacrer exactement de la même manière. S’agit-il du même tueur ? Et quel est le rapport avec le philanthrope ? Au milieu des embûches de sa hiérarchie et face aux préjugés racistes, sexistes et autres de ses collègues et des principaux témoins, John Reardon va mener son enquête méthodiquement, jusqu’au bout quitte à ce que ses conclusions déplaisent.
Si vous vous attendez à
un livre avec beaucoup d’actions, des courses-poursuites et des échanges de coups de feu, passez votre chemin. John Reardon n’est pas l’inspecteur Harry. C’est un policier à l’ancienne, posé et qui n’a pas un goût prononcé pour le sang, et encore moins la poudre. Pour autant, son métier lui a donné une bonne connaissance de l’âme humaine. Ce qui lui permettra d’écarter le coupable désigné d’office pour retrouver le vrai meurtrier. Dans les temps ?
Safari dans la 5ème Avenue était le premier livre de Thomas H. Cook, depuis devenu un auteur prolifique de romans policiers. Malgré quelques défauts, cet ouvrage est très bon et vaut largement le coup de se pencher sur le reste de l’œuvre de cet auteur.
À suivre ?

Safari dans la 5ème Avenue
de Thomas H.Cook
traduction de Madeleine Charvet
Éditions Gallimard

Studio 6 – Une enquête d’Annika Bengtzon

J’ai un péché mignon : les polars nordiques, et plus particulièrement suédois. Même si le rythme de lecture est toujours assez particulier, j’avoue que l’hiver scandinave va souvent dans mon imaginaire avec une ambiance glauque et criminelle propice aux frissons. Quand NetGalley France a mis en accès libre Studio 6 – Une enquête d’Annika Bengtzon, le premier roman d’une série policière par une autrice suédoise, Liza Marklund, que je ne connaissais pas, je me suis jetée dessus.
Le résultat se lit très bien et très vite, ce qui est toujours bon pour un polar. Mais j’ai un avis plus mitigé sur le titre lui-même. L’enquête est assez faible, on sait assez rapidement qui est le coupable et le fait d’y mêler un scandale politique réel comme l’affaire IB est intéressant, mais ne fait pas grand-chose pour alimenter l’intrigue.
En revanche, le personnage même d’Annika Bengtzon est intéressant. Au début de Studio 6, elle est intérimaire dans un grand tabloïd de la capitale et découvre peu à peu le métier de journaliste spécialiste des faits divers. Elle va donc enquêter sur la mort de Joselyn dans le parc avec son lot d’erreurs de débutantes, d’embûches professionnelles et d’errements sentimentaux. La description du fonctionnement de la rédaction et des différentes institutions suédoises, avec notamment l’obligation de transparence totale qui laisse songeuse dans nos contrées plus méridionales, est extrêmement intéressante et bien menée. Pour le coup, je me suis souvent retrouvée à encourager mentalement Annika pour qu’elle se fasse sa place au soleil. La fin plus personnelle est aussi classique d’un certain sous-genre de la littérature policière suédoise (Camilla Läckberg est également coutumière du fait par exemple), mais je l’ai trouvé personnellement assez téléphonée. Malgré tout, j’ai passé un bon moment avec ce livre, troisième réédition en France du titre. Je tenterais peut-être d’autres enquêtes d’Annika Bengtzon, si je les trouve chez un bouquiniste, dans une bibliothèque ou en promotion.

Studio 6 – une enquête d’Annika Bengtzon
de Liza Marklund
traduction de Christopher Burjström
Éditions Hachette

Avis d’invité : Capitaine Albator – Le pirate de l’espace

Aujourd’hui, séquence nostalgie. Ludovic, 46 ans tout juste, revisite un pan de sa jeunesse avec un manga culte. Et pour tout dire un pavé de 1082 pages. Laissons-lui la parole…

Pour celles et ceux qui comme moi ont grandi devant la télévision en suivant les épisodes d’Albator, cet intégral du manga (regroupant les 5 tomes parus initialement entre 1977 et 1979) est un vrai retour aux sources… Jusqu’à présent, je n’avais jamais eu la curiosité de rechercher ces mangas, me contentant de la série. Une grosse erreur ! Même si le manga ne va pas aussi loin que la série TV, et que l’histoire ne colle pas tout à fait, les personnages principaux sont au rendez-vous, les beuveries au saké (les femmes y boivent plus que les hommes d’ailleurs… Ce qui n’apparait pas dans la série TV française, du moins dans mon souvenir… sans doute un coup de la censure ?) et orgies de nouille rivalisent avec les batailles spatiales et les courses-poursuites avec des extra-terrestres sans pitié d’origine végétale,mais au physique à damner un saint aveugle et paraplégique.

Dès les premières pages, j’ai eu l’impression de replonger dans la série TV tellement la patte du dessinateur Leiji Matsumoto est présente. Il ne manquait que la couleur… Et pourtant… il y a de nombreuses pages sans texte que j’ai dévoré des yeux sans m’en lasser… J’ai également découvert quelques anecdotes intéressantes sur certains personnages que je ne me souvenais pas avoir vues dans la série. Mais chuuut, je n’en dirai pas plus…

L’équipe Kana a fait un travail de traduction formidable en respectant au maximum l’œuvre originale. Du coup, certains noms « francisés » ont disparu mais cela ne m’a pas perturbé. D’autres sont restés.

Si vous aimez les histoires de pirates dans l’espace, laissez-vous tenter !

Capitaine Albator « Le pirate de l’espace » – l’intégrale
de Leiji Matsumoto
Traduction de Sylvain Chollet
Éditions Kana

Rivers of London

En dehors des livres, j’aime beaucoup les films impliquant le duo Simon Pegg et Nick Frost. Et donc quand j’ai lu que leur maison de production voulait adapter une série de romans d’urban fantasy, Rivers of London, le nom m’est resté en tête. Quelque temps plus tard, je tombe à nouveau sur Rivers of London avec une promotion sur les livres en numérique (2,45 € l’un pour les titres les plus anciens), je saisis l’occasion de découvrir donc la prose de Ben Aaronovitch en achetant les deux premiers : Rivers of London et Moon Over Soho.

Comme beaucoup d’histoires d’urban fantasy récentes, il s’agit à chaque fois d’une enquête policière à laquelle se mêlent des éléments surnaturels. Sauf que… Ici, l’histoire se passe à Londres et non aux États-Unis. La bureaucratie de la Met ne permet pas certaines libertés et certains dérapages que peuvent se permettre les détectives privés ou les policiers américains, du moins dans les œuvres de fiction. Sauf que… Le personnage principal, Peter Grant, vient de terminer sa formation initiale de policier et ne sait pas s’il poursuivra sa carrière à patrouiller en uniforme, parmi les détectives ou en gratte-papier dans l’administration. Sauf qu’enfin… Il n’a aucune prédisposition pour le surnaturel, jusqu’à ce qu’un soir il assiste à un meurtre sur Covent Garden, et le principal témoin est un fantôme. Le premier roman, Rivers of London, va introduire Peter Grant à l’univers de la magie telle qu’elle est pratiquée dans les forces de police de Sa Majesté. Il devra résoudre le meurtre de Covent Garden et gérer les rivalités entre deux avatars locaux de la Tamise et leurs descendances. Le deuxième, Moon Over Soho, le montre déjà plus installé dans son rôle d’apprenti sorcier officiel de la police. Il va devoir là se pencher sur de vieilles affaires criminelles du Soho des années 60 et dévoiler un pan du passé de personne qui lui sont proche : son père, ancien jazzmen, et son mentor, bien plus vieux qu’il n’en a l’air.
J’avoue que Rivers of London est une excellente surprise. Le livre est suffisamment original dans son explication de la magie et dans la description des différentes divinités et créatures surnaturelles vivant dans Londres. Et j’avoue que l’écriture de Ben Aaronovitch, très
british avec pas mal d’argot local, se dévore très bien. En revanche, même si j’ai apprécié Moon Over Soho, certains clichés apparaissent, notamment celui du héros amoureux de celle qui ne devrait pas, et j’ai peur qu’au final, l’histoire de Peter Grant s’enlise dans des complications de vie privée au détriment des enquêtes. D’autant que Rivers of London est prolifique : outre les romans principaux (sept à ce jour), l’histoire se décline également en comics (six) et une multitude d’histoires courtes éparpillées entre les différentes éditions et le web. De quoi s’y perdre ou se préparer à des heures de lectures intenses. En attendant, j’ai entamé le troisième de la série : Whispers Underground.

Rivers of London
de Ben Aaronovitch
Éditions
Gollancz

The Dark Phoenix Saga

Le passage des pages à l’écran est toujours hasardeux. Si fin mai, Good Omens a montré qu’il était possible de faire une adaptation filmée fidèle et modernisée d’un classique,  en début juin la Fox s’est, semble-t-il, ratée avec X-Men : Dark Phoenix, deuxième adaptation et deuxième échec d’une saga culte des X-Men. Autant revenir aux fondamentaux et relire plutôt l’original non ? The Dark Phoenix Saga, scénarisée par Chris Claremont et dessinée par John Byrne est l’une des premières grandes sagas des X-Men, parue de janvier à octobre 1980 dans Uncanny X-Men. C’est également l’un de mes tout premiers souvenirs de bande dessinée quand je l’ai lue enfant au moment de sa parution en français. Et c’est une madeleine que j’ai relue dès que possible adulte en version originale. Avec toujours autant de bonheur et d’émotion.
De quoi s’agit-il ? Après une mission dans l’espace avec le reste de l’équipe de super-héros mutants, Jean Grey a été exposée à un vent solaire trop fort
et pour survivre a du libéré son plein potentiel télépathique et télékinésique. Sauf que la jeune femme n’a même pas 25 ans et qu’elle a bien du mal à contenir une telle puissance. Et que d’autres acteurs (comme le Hellfire Club) essaient de détourner ses pouvoirs à leurs profits, quitte à réveiller le monstre qui dort en elle !
Enfant, cette histoire m’avait présenté l’univers des X-Men, et par extension des superhéros à l’américaine, par le biais de Kitty Pride (Shadowcat), une jeune mutante capable de traverser les surfaces solides et qui se retrouve embarquée dans cette aventure bien malgré elle. J’adorais les pouvoirs des différents héros, et la façon dont venus d’horizons divers (l’Afrique, l’Europe, l’URSS, l’Amérique, etc.), ils ont reconstitué une famille autour de Jean Grey.
Le tout en passant d’une histoire d’espionnage et d’infiltration à une aventure spatiale peuplée d’extra-terrestres aux looks et pouvoirs impressionnants. De plus, à la différence des histoires de superhéros classiques, The Dark Phoenix Saga est une tragédie. Elle se termine mal donc. Si la fin de cet arc narratif a eu un impact durable — au moins durant quelques années — sur l’histoire des X-Men, elle a aussi eu un impact assez fort sur la jeune lectrice que j’étais, l’aidant complètement à sortir d’un monde de fiction ou les « gentils » gagnent toujours à la fin.
Adulte, même si le style est très daté, et
même si Chris Claremont est très bavard par rapport à un scénariste de comics moderne en rappelant notamment sans cesse les capacités de personnage, The Dark Phoenix Saga se lit toujours aussi bien. C’est après tout une version modernisée et adaptée au monde des comics d’un scénario connu depuis au moins la mythologie gréco-romaine : la chute d’un héros devenue trop puissant qui se veut à l’égal des dieux. À l’exception notable qu’il s’agit ici d’une héroïne, Jean Grey, et non de Jason ou de Bellérophon, et que c’est elle qui reprendra en main son destin dans les dernières cases. C’est elle qui décide de rester humaine au lieu de vivre comme une déesse, et d’en payer le prix.
De plus, le style particulier de John Byrne donne une ampleur flamboyante à l’action quitte à passer à une version épurée pour faire ressortir les émotions. Au fil des ans, The Dark Phoenix Saga a été réédité plusieurs fois tant en français qu’en version originale, et mis en image avec plus ou moins de succès (la version
réalisée pour X-Men : The Animated Serie est la meilleure ou la moins pire suivant votre point de vue). Ne vous privez pas de la lire ou de la relire, ou tout simplement d’en admirer l’esthétisme des pages.

The Dark Phoenix Saga
Scénario de Chris Claremont et John Byrne
Dessin de John Byrne
Éditions Marvel