Les Seigneurs de l’Instrumentalité

Les éditions Mnémos se sont lancées dans des travaux colossaux : rééditer en un seul volume certaines intégrales cultes de la science-fiction. Notamment un cycle que j’avais lu, adolescente, par petits bouts chez Presse Pocket, mais qui m’avait marqué en me laissant des petites phrases en tête comme un « pensez bleu, comptez deux » murmuré rituellement au moment d’entrer en salle d’examen ou avant un entretien professionnel : Les Seigneurs de l’Instrumentalité de Cordwainer Smith.
Cet énorme pavé — près de mille pages, 97
6 exactement en comptant les annexes — n’est pourtant pas malgré la mention de couverture, une édition intégrale. De son propre aveu, Timothée Rey explique dans la préface avoir écarté deux nouvelles, car la paternité de Cordwainer Smith en est douteuse. Vous pouvez les lire dans les éditions Presse Pocket si vous le souhaitez. En revanche, il a l’avantage de les présenter de manière chronologique autant que possible par rapport à l’histoire du futur que raconte Cordwainer Smith. Concrètement, cet ouvrage se divise en quatre livres. Deux recueils de nouvelles (Les Sondeurs vivent en vain et La Planète Shayol) et un roman (Norstralie, paru chez Presse Pocket sous le titre L’homme qui acheta la Terre), le tout suivi de nouvelles moins faciles à caser dans la continuité, des annexes et du glossaire. Vous pouvez piocher une nouvelle par-ci, une nouvelle par-là, commencer par la fin (Norstralie), ou tout simplement partir du début à la découverte d’une des œuvres de science-fiction les plus poétiques qui soient.
Personnellement, je vous conseillerais de commencer par
Norstralie si vous ne connaissez pas du tout Les Seigneurs de l’Instrumentalité. Vous découvrirez les concepts les plus importants en même temps que Rod McBan, le personnage principal, et vous aurez une vue d’ensemble de l’univers de Cordwainer Smith avec les principales factions impliquées. De plus, le roman ne manque pas d’humour et reprend une trame classique de « passage à l’âge adulte » d’un adolescent sortant de la norme avec moult aventures au programme. Personnellement, les ayant déjà lus, j’ai préféré recommencer du début. Et voir ainsi, touches par touches, la mise en place de l’univers qui se situe à l’époque de Norstralie entre 20 000 et 30 000 ans après la Seconde guerre mondiale. J’avoue que certaines nouvelles fondatrices comme Mark Elf, Non, non, pas Rogov ! ou Les Sondeurs vivent en vain m’ont ennuyée. En revanche, je me suis laissé happer par les autres histoires. Certaines comme La Planète de Gustible m’ont bien fait rire. Et d’autres comme Pensez bleu, comptez deux, Le jeu du Rat et du Dragon ou Sur la planète des Sables m’ont surprise à la relecture par leurs cruautés enrobées de poésie.
C’est ce mélange de barbarie et de douceur qui fait la force de Cordwainer Smith. Dans un univers de science-fiction remplit de vaisseau traversant l’espace, de planètes étranges et de créatures encore plus étranges (comme le sous-peuple, ces animaux évolués de force à la manière de L’Ile du Docteur Moreau, la douleur en moins), les histoires qu’il raconte dans Les Seigneurs de l’Instrumentalité ont la puissance des contes de fées de Perrault, d’Andersen ou de Grimm. Et parfois, la même noirceur présente également dans ces contes. Le jour de la pluie humaine, La Dame défunte de la Ville des Gueux ou La mère Hitton et ses chatons en sont des exemples parfaits.
Qu’il s’agisse d’une première lecture ou d’une relecture, ce livre est un régal. À offrir, s’offrir ou se faire offrir pour toute personne aimant la science-fiction ou voulant découvrir ce genre sans s’embarrasser de terminologie technique.

 

Les Seigneurs de l’Instrumentalité
de Cordwainer Smith
Traductions de Michel Demuth, Alain Dorémieux, Denise Hersant, Yves Hersant, Simone Hilling, Michel Deutsch et Pierre-Paul Durastanti, révisées par Pierre-Paul Durastanti pour la présente édition.
Éditions Mnémos

 

Le Cycle des Épées

Le Cycle des Épées de Fritz Leiber est l’une des œuvres fondatrices de la fantasy. Écrite entre les années 30 et la fin des années 60, cette série a donné naissance à sept recueils de nouvelles mettant en scène deux personnages si opposés qu’ils sont devenus des archétypes du genre et ont essaimé depuis dans le jeu de rôle et le jeu vidéo : Fafhrd le grand guerrier barbare et Le Souricier gris, petit voleur rusé habile à l’épée et à la magie.
Cette série a inspiré une bande dessinée écrite par Howard Chaykin et dessinée par Mike Mignola, le créateur d’Hellboy. C’est cette dernière, également intitulée Le Cycle des Épées, qui fait l’objet du présent billet.
En effet, si vous n’avez jamais lu l’œuvre de Fritz Leiber, cet album rassemble sept des nouvelles les plus marquantes de la série : Mauvaise rencontre à Lankhmar, La Malédiction circulaire, La Tour qui hurle, Le Prix de l’oubli, Le Bazar du bizarre, Jours maigres à Lankhmar et Quand le roi des mers est au loin. De plus, ces histoires sont présentées dans l’ordre chronologique des aventures des deux héros en commençant par leurs rencontres, et non dans l’ordre de leurs parutions originelles. C’est une excellente introduction aux personnages principaux : Fafhrd, Le Souricier gris et leurs deux mentors ennemis Sheelba au visage aveugle et Ningauble aux sept yeux. Ainsi qu’à l’univers de Nowhen où se situent leurs aventures.
Si comme moi, vous connaissez déjà l’œuvre de Fritz Leiber, cette réinterprétation de son univers par Howard Chaykin et Mike Mignola est un pur régal. Il n’y a guère que La Malédiction circulaire qui semble un peu faible pour une véritable histoire, mais elle sert de présentation générique de Nowhen, hors des murs de Lankhmar. En revanche, le trait si particulier de Mike Mignola fournit le juste équilibre entre le détail marquant dans une case et le non-dit suggestif assez proche du texte original. Du coup, attention après avoir lu l’album vous risquez de vouloir vous replonger dans le texte de Fritz Leiber.

Le Cycle des Épées
d’après Fritz Leiber
scénario de Howard Chaykin
dessins de Mike Mignola
traduction d’Anne Capuron
Éditions Delcourt

Corruption

Dans le genre polar bien noir, Don Winslow frappe fort avec Corruption. Dans la lignée des films US des années 70, ce livre décrit une version au ras du bitume de la police new-yorkaise. Sauf que l’action se passe au 21e siècle, dans un New York post-11 septembre en plein mouvement Black Lives Matter. Sauf que le « héros », Denny Malone est un inspecteur irlando-américain membre d’une unité d’élite opérant en plein cœur de Harlem.
On le découvre assis dans une cellule, déchu et abandonné de tous. Et l’ancien « Roi de New York » va alors de chapitre en chapitre nous raconter sa vie lorsqu’il régnait à la tête de son équipe de flics d’élite « ripoux ». Tout a basculé lors d’une descente chez un dealer où l’un des policiers de son équipe meurt et dont les autres membres repartent en ayant détourné 50 kg d’héroïne et des millions de dollars. A cet instant, sa chance va tourner. La petite vie de Denny Malone partagée entre sa femme et ses deux enfants à Staten Island, et sa maîtresse infirmière dans Harlem, va partir en vrille. Un pas après l’autre, il va perdre tous ses repères, tous ses appuis.
Mais Corruption n’est pas que le récit d’un flic corrompu de plus. Le livre démontre comment l’ensemble du système (police de la ville et ses différents services, administration municipale, système judiciaire, fédéraux, etc.) est entièrement à vendre et à la solde des uns et des autres. Et comment ce sont toujours les petits, « ceux qui acceptent un café ou un sandwich pour fermer les yeux, mais redescendre risquer leurs peaux dans la rue » comme le dit Malone, qui payent pour les gros intouchables. Si l’histoire est donc assez classique, elle est suffisamment bien racontée pour qu’on enchaîne les pages les unes derrière les autres, jusqu’au rebondissement final. Certaines scènes ne manquent pas de panache (la visite du chien chez l’avocat par exemple), d’autres sont assez violentes, juste ce qu’il faut pour renouveler l’attention. Les personnages, même les plus secondaires, sont bien campés et assez mémorables. Suffisamment parfois pour mettre d’autres noms plus réels dessus.

Corruption
de Don Winslow
Traduction de Jean Esch
Éditions Harper Collins

Les Chroniques de l’étrange

Débutons l’année avec un genre que j’affectionne particulièrement bien qu’on y trouve du très bon comme du très mauvais : l’urban fantasy. Et plus exactement l’urban fantasy française avec Les Chroniques de l’étrange de Romain D’Huissier. Vous vous doutez que celles-ci appartiennent à la première catégorie.
Cette trilogie a une particularité originale : elle ne se déroule ni à Paris, ni à Londres, ni même en Europe et vous n’y trouverez aucun vampire, elfe, fée ou nain. En effet, les trois romans des
Chroniques de l’étrange (Les 81 frères, La Résurrection du Dragon et Gardiens Célestes) se passent à Hong Kong de nos jours. Ici, la magie et la sorcellerie sont dérivées du syncrétisme religieux propre à l’Asie (animisme, taoïsme, bouddhisme et ses différentes variantes font leurs apparitions) et les monstres sont issus de la mythologie chinoise (même les zombies qui n’ont pas grand-chose à voir ni avec The Walking Dead ni avec les créations de Georges Romero).
Le héros des romans, Johnny Kwan, est exorciste de profession et vend ses talents au plus offrant : mafieux des triades, businessman prospère, simple particulier voulant retirer le mauvais œil de sa maison ou de son échoppe ou encore services de police. Au début de
Les 81 frères c’est justement un inspecteur de police qui le met en relation avec un homme d’affaires amateur d’antiquités pour enquêter sur un cambriolage sanglant. Une relique magique antique a été volée et Johnny Kwan va devoir la retrouver avant qu’elle ne serve dans un rituel qui pourrait plonger Hong Kong d’abord et le reste de l’Asie ensuite dans le chaos. Les deux romans suivants, La Résurrection du Dragon et Les Gardiens célestes sont des suites directes du premier même s’il s’écoule quelques jours à quelques mois entre chaque volume.
L’univers des
Chroniques de l’étrange est plaisant. Ici, même si la vaste majorité des Hongkongais ne savent pas que des créatures magiques existent, celles-ci circulent parmi eux et vivent leur train-train quotidien, prenant métro et ferry au milieu des humains et fréquentant les mêmes restaurants et boutiques. En fait, la plupart des esprits hantant Hongkong sont de bons citoyens, seuls quelques nouveaux venus désorientés et des criminels retors (comme la femme araignée de La Résurrection du Dragon) troublent l’ordre public et nécessite l’intervention d’un exorciste. L’histoire, très calquée dans ses péripéties sur une campagne de jeu de rôle, se lit sans problème. Elle a juste tendance à ouvrir l’appétit, Johnny Kwan ayant la fâcheuse habitude de donner ses rendez-vous professionnels au restaurant et de détailler ce qu’il dévore avec délice. En revanche, les personnages manquent d’un je-ne-sais-quoi pour gagner en profondeur. A deux ou trois exceptions près (la nonne, le fils du parrain d’une des triades), les second rôles sont très rapidement tracés. Dommage.

Les Chroniques de l’Étrange
de Romain D’Huissier
Editions Critic

Eymerich ressuscité

S’il est une série de science-fiction étrange, c’est bien Le cycle de Nicolas Eymerich de Valerio Evangelisti. Alors que le onzième roman, Eymerich ressuscité, est sorti il y a quelques semaines chez La Volte, penchons-nous sur cet ensemble de livres qui fascinent les amateurs du genre tout comme ceux qui y sont farouchement réfractaires.
Au départ du cycle, il y a Nicolas Eymerich, inquisiteur catalan. Le personnage historique a réellement existé et n’était pas un tendre. Il est en effet surtout connu pour avoir écrit le Directorium Inquisitorium, le manuel du parfait inquisiteur qui sera utilisé du 14
e siècle à la fin de l’Inquisition. Son éponyme de fiction s’inspire de sa vie et arrive à être encore plus sanglant et austère. Les romans de Valerio Evangelisti suivent la trame de la vie de Nicolas Eymerich. Mais l’inquisiteur se retrouve à démêler des intrigues politiques souvent entrelacées d’un élément fantastique ou même horrifique, tandis qu’à deux époques ultérieures (l’une qui pourrait passer au début pour notre présent, et l’autre étant un lointain futur), des événements étranges viennent éclairer ce qu’affronte Nicolas Eymerich dans l’histoire principale. Et au fur et à mesure des romans, la trame globale des intrigues secondaires se poursuit.
Dans Eymerich ressuscité, l’enquête principale porte sur l’apparition soudaine d’un agitateur politique en Provence liée à des phénomènes inexpliqués (incendie d’églises, apparitions lumineuses dans le ciel, personnages tantôt vieux tantôt jeunes, etc.), celle dans une variante de notre présent se déroule en Arizona et suit l’arrivée de Marcus Frullifer (un autre personnage récurrent des romans) dans un observatoire bâti sur un cimetière indien. Et celle dans le lointain futur porte sur une mystérieuse expérience scientifico-religieuse dans un laboratoire sur la Lune. Comme d’habitude, les
trois intrigues se rejoignent, et le lecteur aura revisité au passage un moment de l’histoire médiévale, aussi bien dans sa complexité politique et religieuse que dans les détails de la vie quotidienne. Si le Nicolas Eymerich du roman est ascétique, intransigeant et glacial dans ses relations avec ses semblables, des petits détails comme sa peur phobique des insectes ou ses accès de compassion inopinés le rendent humain et donnent envie de connaître toujours plus son histoire. Pour guetter les failles dans son armure inquisitoriale ?

Eymerich ressuscité
de Valerio
Evangelisti
Traduction de Jacques Barberi
(les premiers romans ont été traduits par
Serge Quadruppani)
Éditions La Volte

Les Attracteurs de Rose Street

Si vous n’avez jamais lu de texte de Lucius Shepard, profitez de la parution des Attracteurs de Rose Street dans la collection Une heure-lumière pour vous faire une idée. Si vous connaissez déjà l’auteur, cet inédit est à découvrir.
Ce très court roman fantastique est en effet la quintessence aigre-douce du style de Lucius Shepard. Qu’il écrive de la fantasy dragonesque, de la SF ou des histoires de vampire, il y a toujours un petit côté souvenir mélancolique bien présent également dans cette histoire. Pourtant, dans Les Attracteurs de Rose Street, tout semble indiquer une trame steampunk classique ou peut-être un penny dreadful de l’époque victorienne. Un jeune aliéniste gallois monté à la capitale faire fortune est engagé par un autre membre de son club pour soigner une étrange patiente dans les bas-fonds de Londres. Sous couvert d’une enquête médicale, se dessine peu à peu une véritable enquête policière au milieu des spectres hantant une ancienne maison close.
Sans jamais totalement basculer dans l’horreur, Les Attracteurs de Rose Street dégage une atmosphère délétère et embrumée. Au fur et à mesure des pages, l’intrigue se déroule sans grande surprise passé le postulat initial, mais reste toujours assez captivante pour vous entraîner de page en page. Pour être parfaitement dans l’ambiance, je vous recommande de le lire le soir au fond de votre fauteuil préféré en écoutant la pluie tomber.

Les Attracteurs de Rose Street
de Lucius Shepard
traduction de Jean-Daniel Brèque
Éditions Le Bélial’

Fil rouge 2018 : Hogfather

Et voici la dernière édition de notre fil rouge 2018 avec une thématique d’actualité — Noël et plus exactement le Père Noël. Plutôt que de m’intéresser à notre gentil ogre porteur de cadeaux habituel, je me suis penchée sur la façon dont le Disque-monde célèbre Noël. Et j’ai relu l’un de mes livres favoris, hors ceux mettant en scène la garde d’Ankh-Morpork : Hogfather de Terry Pratchett (pour ceux qui lisent en français, il est paru sous le titre Le Père porcher chez l’Atalante).
Là-bas, Noël ou plutôt Hogswatch se célèbre le 32 décembre et Hogfather dans son traineau tiré par des porcs distribue des cadeaux à tous les enfants sages du Disque-Monde. Sauf que… Les Auditeurs de la réalité ont mis sa tête à prix et c’est Teatime, l’assassin le plus fêlé de la Guilde des Assassins, qui se charge du contrat. Du coup, la Mort doit le remplacer au pied levé et apprendre sur le tas le concept de Noël. Et sa petite-fille, Susan Sto
Helit doit retrouver le Hogfather, aidée par Bilious, le tout nouveau dieu des Gueules de bois, quitte à remettre de l’ordre au passage dans la cosmogonie du Discworld et menacer quelques croquemitaines de son tisonnier.
Tout rentrera finalement dans l’ordre, sans qu’au passage Terry Pratchett ne dise ses quatre vérités sur l’esprit de Noël qui ne souffle qu’une fois par an
et l’aspect très commercial de cette fête. Il n’oublie pas de rappeler les origines païennes et sanglantes d’une fête qui n’est au fond qu’une célébration pour demander au soleil de revenir éclairer le monde au cœur de l’hiver froid et sombre. Si les adultes peuvent y lire ce double sens, et apprécier certaines digressions assez dures sur la différence entre cadeau rêvé et cadeau véritable, ou entre fantasme et réalité, les plus jeunes eux se laisseront porter par l’intrigue et les nombreuses créatures invraisemblables engendrées par la disparition de Hogfather, comme un éléphant miniature aspirateur de chaussettes solitaires ou un oiseau gobeur de bout de crayon. Si Susan Sto Helit en Mary Poppins revisitée par Tim Burton est l’une des créations les plus réussies de Terry Pratchett, j’avoue néanmoins que mes passages favoris étaient ceux où la Mort essaie de remplir son rôle de pourvoyeur de cadeau tout en tentant de comprendre l’esprit de Noël.

Hogfather
de Terry Pratchett
Editions Corgi

Hot Space vol.1 — Crash Program

Il y a quelque chose d’étonnant à tenir entre ses mains une histoire achevée alors qu’on la découvre petit bout par petit bout depuis presque le début. C’est l’effet que m’a fait le fait de lire d’une traite Hot Space vol 1. — Crash Program de Le Pixx. J’avais parlé de l’élaboration de cette BD au début de ce blog. Elle est désormais prête à être éditée et sortira en version colorisée en février 2019 chez Kamiti. Cette chronique se base sur la version collector en noir et blanc vendue lors des 15e Rencontres de l’imaginaire.
Nous sommes en 2018 (2019 pour la version classique) et Hot Space vous propose un bon gros pulp spatial comme au meilleur de la SF des années 50 à 70. Avec quand même une différence notable : les héroïnes ne sont pas des potiches, mais de vraies casse-cous (pour ne pas dire pire) à part entière. Avec un caractère bien frappé. Au-delà de ces dames, ne comptez pas sur Hot Space pour arrondir les angles : les dialogues sont cash et le sang gicle très souvent en gros plan.
L’histoire, elle, a un départ assez classique. Nohraïa, l’héroïne principale, pilote de l’armée est mutée dans une station spatiale au fin fond de l’univers connu. Et se crashe dès sa première mission sur une planète aride et hostile. Au fur et à mesure des pages, l’étendue du coup monté qui l’a amené là se dévoile tandis que nous suivons sa progression pour survivre sur la planète. Entre action à la James Bond, western spaghetti et tout simplement aventure spatiale à grande envergure, Crash Program donne envie d’en savoir plus. Il faudra encore attendre pour avoir le volume 2.

Hot Space vol 1 — Crash Program
de Le Pixx
Éditions Kamiti

Lady Astronaut of Mars

Et si le plus important dans un voyage n’était pas la destination, mais le trajet pour y arriver ? À lire les deux premiers romans de la série Lady Astronaut of Mars de Mary Robinette Kowal, c’est exactement le propos de l’histoire : la conquête spatiale vue par les yeux du Dr Elma York, ex-WASP (Women Airforce Service Pilot) durant la Seconde guerre mondiale et mathématicienne de génie.
Dans son univers, une météorite
atterrissant en plein Atlantique nord en 1951 enclenche un cycle de catastrophes climatiques qui à terme rendra la surface du globe inhabitable. La fuite dans l’espace est la seule solution possible pour l’humanité, mais le projet ne se fera pas sans risques, ni sans combattre les préjugés de l’époque. Le premier roman, The Calculating Stars, débute lors de la chute du météore et se termine avec le lancement de la première mission lunaire. Le deuxième, The Fated Sky, commence trois ans après le premier et se termine sur le sol martien. Deux autres romans sont prévus et une nouvelle est disponible en ligne. Celle-ci se déroule trente ans plus tard à l’heure d’un nouveau départ.
Se lisant d’une traite, et encore mieux l’un derrière l’autre, les deux romans de
Lady Astronaut of Mars sont un mélange de hard science old school avec un petit côté Histoire du futur à la Robert Heinlein mâtinée d’Étoffe des héros, et de critique féroce de la société actuelle sous couvert de dénoncer les travers historiques. À noter d’ailleurs que l’écriture de The Calculating Stars était déjà terminée avant la sortie du film Hidden Figures (Les Figures de l’ombre) sur les calculatrices (« computer » en VO) de la NASA. Un rôle similaire à celui que tient Elma York au sein de l’IAC. Étrangement, seuls deux points m’ont gênée : la relation de couple entre Elma York et son mari, et celle de rivalité qu’Elma York entretient avec Stenston Parker. La première est bien trop idéaliste et est visiblement conçue de façon à faciliter la progression d’Elma. La deuxième passe beaucoup trop rapidement de la haine et du mépris pur et dur à une amitié basée sur la confiance et le respect réciproque à la fin de The Fated Sky. Je veux bien que 18 mois enfermés dans un même vaisseau rapprochent les gens, mais au point de faire un virage à 180°, j’avoue avoir un gros doute. Hormis ces points de détails, je ne peux que vous encourager à lire ces deux livres. Surtout si vous êtes fascinés par la conquête spatiale et que vous rêviez régulièrement en gardant le nez en l’air.

Lady Astronaut of Mars
de Mary Robinette Kowal
Editions Tor

L’Étrange cabaret des fées désenchantées

Les frimas de décembre incitent à se réfugier dans un fauteuil profond avec un bon livre et une boisson chaude pour y lire des histoires magiques. Pour cette saison, notre quête mythologique nous porte vers L’Étrange cabaret des fées désenchantées écrit et illustré par Hélène Larbaigt.
Dans ce cabaret fondé en 1884 par la fée galloise Morte Vanité et sa fille demi-humaine, Guinevra Applewood, les fées des quatre coins du monde et de tous les âges de l’humanité trouvent un refuge. Un endroit pour y retrouver un peu de leur lustre magique d’antan, quitte à ensorceler et gober l’âme de quelques spectateurs. De la Baba Yaga russe à la Circé grecque en passant par une fille de Gorgone, une déesse féline et son ami crocodile, une banshie adepte du vaudou ou 3 Nornes ayant troqué fils et runes contre des cartes de tarot et des chouettes pour lire le destin des visiteurs, ce bel ouvrage nous présente les particularités de chacune des membres de la troupe et nous conte son histoire. Cha
que récit est indépendant, mais il s’intègre tel un maillon dans la longue chaîne de la destinée de L’Étrange Cabaret et ses liens avec l’existence même de ses fondatrices.
Les différents récits sont tous richement illustrés. Ma préférence va au portrait de Morte Vanité et à la double page représentant Memory et les Jackrabbits dansant sur le pont de Prague. Des affiches de spectacles, des billets, des programmes ou des menus issus de l’Étrange cabaret accompagnent les différentes parties. Ils rythment la progression de la lecture à la manière des respirations du conteur lors d’une veillée ou de l’alternance des différents numéros dans un spectacle de music-hall. Ajoutez-y une préface de Claudine Glot et une postface de Pierre Dubois en Mme et M.Loyal de cet
Étrange Cabaret des fées désenchantées et vous obtiendrez le cadeau idéal à offrir à toutes les amoureuses et tous les rêveurs de Féérie.

L’Étrange Cabaret des fées désenchantées
de Hélène La
rbaigt
Éditions Mnémos