Évariste

Si malgré son appellation, le héros du précédent roman n’avait pas le moindre talent paranormal, ce n’est pas le cas d’Évariste, héros du roman du même nom d’Olivier Gechter et authentique occultiste. Ce qui ne l’empêche pas d’être lui non plus un escroc. Pardon, il se définit comme ingénieur-conseil ayant fondé son propre cabinet d’expertise en sciences occultes au sein d’une pépinière de La Défense. Et, de son propre aveu, ayant appris et perfectionné l’art de la fumisterie pour embobiner le client en grandes écoles. La nuance est mince, non ?
Tout commence lorsque venant de monter sa société, l’une de ses premières clientes lui demande de véritables extra-lucides pour ajouter un service « premium » à son service de voyance téléphonique classique.
Hélas, la prescience ne rime pas toujours avec santé mentale, et la recherche de la perle rare ne plait pas à tout le monde. Une voyante comtesse du 16arrondissement et son étrange secrétaire à verres miroirs n’apprécient pas l’activité d’Évariste et n’hésitent pas à recourir à la manière forte pour lui faire savoir. Heureusement, l’ingénieur pourra compter sur le soutien d’un sorcier de Papouasie échoué dans le 17e, de ses parents morts, mais toujours prévenants, et de pigeons parisiens drôlement affranchis pour en venir à bout et finir son recrutement.
Mon seul bémol à la lecture d’Évariste est que la fin est un peu trop rapide à mon goût et que les motivations du principal adversaire sont vite expédiées. C’est un bémol très léger tellement Évariste s’avère un roman de fantaisie urbaine plus qu’agréable à lire. Sa galerie de personnages loufoques, mais souvent attachants — sauf Dolorès et Bruno — arrive toujours à faire rire et sourire le lecteur sans jamais le lasser devant trop d’excès. Les différents systèmes de magie présentés sont intéressants, compatibles dans cet univers avec la science traditionnelle et les smartphones (y compris dans l’Au-delà), et suffisamment originaux pour ne pas avoir l’impression de les avoir déjà lus des centaines de fois. Et le protagoniste lui-même a un côté Pierre Richard de l’occulte, période Grand blond avec une chaussure noire, plutôt touchant. Et tant mieux, car il semblerait qu’il revienne dans les mois à venir pour de nouvelles aventures… À suivre ?

Évariste
d’Olivier Gechter
Éditions Mnémos

L’argot du bistrot

Ce n’est pas parce que les troquets sont fermés, sauf à se les geler sur le pas de porte « à emporter » et que nul ne sait quand on pourra enfin prendre un crème adossé au zinc qu’il faut oublier la langue qu’on y parle et qu’on y a parlé. Certains, connaissant mon amour pour les dictionnaires et le langage fleuri, ont eu la bonne idée de m’offrir L’argot du bistrot. Dans ce petit recueil, Robert Giraud débine les mots propres aux guinguettes, rades, estaminets et autres assommoirs et aux boissons, qu’elles soient alcoolisées ou non.
À chaque fois, il propose une définition illustrée d’une citation issue de journaux ou de la littérature. Et dans certains cas, il l’agrémente d’une explication sur l’origine réelle (loufiat) ou supposée (tuer le ver pour boire un verre de vin blanc ou d’eau-de-vie en guise de petit-déjeuner) du terme. Que vous fréquentiez assidument les débits de boissons en temps normal ou que vous n’y mettiez jamais les pieds, que vous ai
miez la langue verte ou que vous soyez juste curieux, ce petit livre est à la fois une mine d’information et une source de fous rires devant certaines définitions ou citations. Sans oublier une muse qui va vous inspirer pour vous plonger dans les romans cités. De François Villon à Alphonse Bourdin en passant par Eugène Sue, Émile Zola ou Georges Simenon, Robert Giraud ratissent large et n’hésite pas à sortir des textes surprenants de derrière les fagots. Une précision cependant quand un terme comme « empéguer » a plusieurs sens, L’argot du bistrot ne cite que ceux ou celui en rapport avec son sujet et non les autres. Ne vous en offusquez pas et bonne lecture !

L’argot du bistrot
de Robert Giraud
Éditions La Table Ronde

L’Anomalie

Si j’avais besoin d’une confirmation pour savoir que les prix littéraires (généraliste comme ici ou plus spécialisé comme le Hugo, le Locus ou autres en imaginaire) ne devraient pas être un critère de choix pour moi, L’Anomalie d’Hervé Le Tellier qui a reçu le Goncourt pour l’année 2020 coche toutes les cases. Et pourtant, elle parle d’une thématique SF qui m’a pas mal occupée en 2020 justement. Un retour aux sources du prix comme le note Xavier Dollo dans sa BD.
Sans dévoiler le nœud de l’intrigue, nous suivons différents passagers et membres d’équipage d’un vol Paris-New York parti en mars 2021 de Paris et, après une zone de turbulence particulièrement forte, ayant atterri en juin 2021. La première partie du roman, presque un bon tiers, est d’ailleurs consacré à la mise en place des personnages : le tueur en série/restaurateur végan et bon père de famille, le vieux bellâtre architecte et sa conquête de trente ans plus jeune que lui, l’avocate aux dents longues qui se sert de sa carrière pour prendre sa revanche sur son enfance, la petite famille banlieusarde américaine, etc. Puis arrive l’incident, la réaction des autorités — et mon seul fou rire du livre avec les règlements de compte de l’auteur avec notre président actuel et un de ses anciens ministres —, des passagers et de leurs proches.
Même si l’explication de L’Anomalie est différente, en lisant ce livre vous aurez peut-être l’impression de lire une version pensée pour Le Quartier latin et St-Germain des prés des Langoliers de Stephen King. En moins palpitant. Hervé Le Tellier écrit très bien, sait jouer des clins d’œil (comme donner le nom de Mitnick à un expert de la NSA)… Mais… Si vous lisez comme moi énormément d’imaginaire, vous ne serez jamais surpris d’une page à l’autre et si en plus vous n’êtes pas sensible au mouvement oulipien, une bonne partie du jeu d’écriture vous passera au-dessus de la tête. Mais… l’auteur donne l’impression de cocher minutieusement une check-list pour être sûr d’avoir le prix. Une mention de véganisme ? Fait. Un tueur implacable ? Fait. Un personnage homosexuel ? Fait et bonus, il est africain. Un bon équilibre entre homme et femmes, une dose classique de diversité (et bourrée de clichés coucou Tina l’ex-geek gothique asiatique qui a su se reconvertir en femme d’affaires avisée et faire un beau mariage) ? Fait. Une mention de pédophile puni ? Fait, et on se demande pourquoi cela arrive comme un cheveu sur la soupe aux deux tiers du roman. Vous aurez la recette pour vous retrouver avec un beau bandeau rouge : prix Goncourt au bas de votre couverture. Les lecteurs qui ne lisent jamais de science-fiction trouveront le retournement et la fin intelligemment amenée et pourront prendre beaucoup de plaisir à cette lecture. Les autres regretteront qu’elle traine beaucoup trop en longueur, liront L’Anomalie sans difficulté et en passant un moment plaisant, mais l’auront vite oublié dans une boîte à livres quelconque une fois achevée… Finalement en matière de Goncourt, je vous conseille plutôt de lire ou relire Texaco de Patrick Chamoiseau ou Les Filles du Calvaire de Pierre Combescot. Ce ne sont pas des livres de SF, mais ils sont passionnants.

L’Anomalie
d’Hervé Le Tellier
Éditions Gallimard

Le dossier Arkham

Si vous comptiez découvrir l’histoire de Cthulhu et des autres Grands Anciens en vous évitant la prose d’H.P. Lovecraft ou de ses successeurs immédiats, passez votre chemin. Le dossier Arkham d’Alex Nikolavitch est certes d’une lecture très facile et très agréable, mais il présuppose que son lecteur a un minimum de connaissance dans la mythologie bâtie par le « rêveur de Providence ». Et au-delà de l’univers maudit du Necronomicon, une bonne connaissance de la pop-culture du 20e comme du 21siècle n’est pas un luxe pour comprendre tous les jeux de mots, toutes les allusions et tous les clients d’œil du texte, y compris le retournement final.
Si vous avez les bases, de quoi parle Le dossier Arkham ? D’une enquête policière menée par un certain Agent Chris Carter (oui dès le départ, la vérité est ailleurs) sur la mort mystérieuse d’un détective privé visiblement déchiqueté par une bête invisible dans son bureau fermé. Pour résoudre ce mystère, l’agent — et vous qui lisez l’ouvrage par la même occasion — devra reprendre le dossier constitué à l’occasion de sa dernière affaire : la disparition d’un certain Kurt Plissen, étudiant à l’université Miskatonic. De coupure de presses en rencontre pittoresque dans les villages côtiers de Nouvelle-Angleterre ou à l’ombre des mesa du Far-West, en passant par des récits de pulp hauts en couleur, ce dossier dresse en filigrane l’affrontement entre deux sectes à l’aube et durant la Seconde Guerre mondiale pour profiter d’une mystérieuse configuration astrale et activer la venue d’une tout aussi mystérieuse entité. En clair, hâter la venue du fameux Case Nightmare Green des Laundry Files de Charles Stross. Sauf que l’entité en question n’atterrira pas franchement dans le même hôte et la face du 20
siècle en sera bouleversée.
Le dossier Arkham est un court livre richement illustré très plaisant, sorte d’Almanach Vermot de l’univers Lovecraftien, raconté sans les inévitables lourdeurs de style de l’écrivain américain. Si vous avez la moindre connaissance des êtres et personnages évoqués, ne serait-ce qu’en ayant joué à L’Appel de Cthulhu, vous serez vite en terrain familier. Et plutôt que d’affronter des terreurs indicibles, vous risquerez de mourir de rire…

Le dossier Arkham
d’Alex Nikolavitch
Éditions Léha

C’est l’Inuit qui gardera le souvenir du Blanc

Après un livre dense, partons pour une lecture plus légère, mais tout autant riche : C’est l’Inuit qui gardera le souvenir du Blanc de Lilian Bathelot. Ce roman sorti une première fois en jeunesse en 2006 a été revu et corrigé par l’auteur pour cette nouvelle version, tout public, chez Pocket. N’ayant pas lu la première version, j’ai abordé celle-ci sans a priori. Il faut dire que je ne l’ai choisi que sur le titre qui m’intriguait et sur sa promesse d’évasion pour une région du monde que je ne connais pas : le Groenland.
De ce côté-ci, c’est raté. Pendant toute la première moitié, les chapitres très courts alternent entre l’étendue glacée du Groenland et un département que je connais comme ma poche : l’Hérault. Pour le dépaysement entre Montpellier, Lunel et Palavas-les-flots, on repassera. En revanche, côté originalité, Lilian Bathelot nous sert un récit
bien troussé et philosophique raconté sur un rythme de thriller. Nous sommes en 2089, la société de surveillance est à son paroxysme et tous les êtres vivants en zone sécurisés ont un implant, sorte de smartphone directement greffé en eux dès la naissance et servant de plus de carte d’identité et d’outils de pistage. Ils ne peuvent pas faire un pas, même une randonnée en haute montagne sans avoir toutes les autorisations et assurances nécessaires. Seules les zones franches (les quartiers défavorisés en France, certaines régions du monde peu peuplées comme le Groenland) échappent à cette surveillance mondiale. Sur la banquise, Kisimiipunga réalise sa Première Chasse, celle qui marque son passage à l’âge adulte quand elle trouve un Européen blessé et inconscient. À Montpellier, la Sécurité nationale est sur les dents, l’un de ses meilleurs éléments a disparu et des continents entiers semblent échapper à la surveillance satellite. Les deux événements seraient-ils liés ?
Selon que l’on lise le côté inuit de l’affaire ou le côté police française, le ton de l’auteur change radicalement. Il se fait rêveur et contemplatif côté Kisimiipunga, même si celle-ci est capable de prendre rapidement les décisions qui s’imposent. Et plus série B d’actions avec le ton qui convient pour la police que l’on suive La Gaufre ou Damien. La résolution de l’énigme va mêler science et chamanisme pour une fin en demi-teinte plutôt optimiste.
Court roman destiné en priorité aux adolescents, C’est l’Inuit qui gardera le souvenir du Blanc est une réflexion intéressante sur les limites du tout technologique et de la cyber-surveillance, par rapport à un retour à la Nature et aux modes de vie ancestraux. Même si les Inuits du livre le prouvent : l’un et l’autre ne sont pas obligatoirement opposés et peuvent cohabiter en harmonie.

C’est l’Inuit qui gardera le souvenir du Blanc
de Lilian Bathelot
Éditions Pocket

Histoire de la science-fiction en bande dessinée

Écrire une histoire mondiale de la science-fiction est en soi un projet ambitieux. Le faire sous la forme d’un album de bande dessinée est carrément périlleux. C’est pourtant le pari qu’ont relevé Xavier Dollo (au scénario) et Djibril Morissette-Phan (à l’illustration) avec leur Histoire de la science-fiction en bande dessinée. Avec succès ?
Commençons par une évidence. Avec la meilleure volonté du monde, il est impossible de faire tenir toute la science-fiction depuis ses origines dans un seul album, même si celui-ci est un pavé de 218 pages. Les auteurs ont donc fait des choix, privilégiés certains moments clés, certains noms et certaines œuvres. Les puristes y trouveront matière à pinailler sans fin, chacun avançant que son écrivain fétiche aura dû être mieux mis en valeur ou que tel autre personnage n’avait pas besoin d’autant de place, suivant ses préférences. En revanche, pour le simple amateur qui veut se faire une idée du genre, l’essentiel est là : mission accomplie. En revanche, même si les autres origines sont abordées plus particulièrement en fin d’ouvrage, cette histoire se concentre principalement — et depuis les origines — sur ce qu’il se passe dans la littérature anglo-saxonne et francophone, qui sont les sources les plus connues du genre. Précisons que malgré des vignettes en bas de pages sur les films, série TV ou bande dessinée, ce livre a une définition stricte de la littérature : nouvelles, romans, magazine ou fanzine. Du coup, il aurait peut-être mieux valu le renommer Histoire de la littérature de science-fiction…
Un gros pan du livre est d’ailleurs consacré aux éditeurs et directeurs de collection qui seront les véritables sages-femmes du genre. Du coup, cet album est également une découverte des coulisses de la ou les naissances de la SF à ses évolutions les plus récentes. Ouvrage roboratif, ce livre multiplie les inventions pour ne pas perdre le lecteur en route comme une maison de la SF avec sa galerie où les écrivains de l’Âge d’or rencontrent leurs œuvres ou l’idée de rentrer dans certains grands maîtres plus récents (dont deux de mes plumes favorites personnelles) pour mieux découvrir leurs univers. Malgré tout, le lecteur s’égare par fois — pour qui n’a jamais vu Doctor Who, un tournevis sonique ou une cabine bleue ne font aucun sens — et il y a quelques passages longuets suivant les intérêts de chacun. Toutefois, après avoir parcouru une première fois cette BD, vous risquez fortement d’avoir envie d’y revenir pour approfondir telle période, admirer les détails de telle case, râler car vous n’êtes pas d’accord avec tel parti-pris ou simplement prendre en note telle référence et l’ajouter à votre propre pile à lire.

Histoire de la science-fiction en bande dessinée
de Xavier Dollo et Djibril Morrissette-Phan
Éditions Critic et Les Humanoïdes associés

(confinement oblige, le livre est également disponible en numérique, si vous ne pouvez accéder à votre libraire, à partir du 25 novembre.)

 

 

Marmite et micro-ondes : une mise en bouche

La plate-forme de crowdfunding Ulule regorge d’œuvres littéraires ou de magazines cherchant à financer leur publication par leurs lecteurs. Certaines d’entre elles ont attiré mon œil et ma carte bancaire, comme l’anthologie Marmite et micro-ondes qui mêle récits de l’imaginaire et cuisine. En guise d’apéritif, j’ai eu le privilège de lire La Troisième dimension, la nouvelle de Romain Lucazeau figurant parmi les vingt textes de cette anthologie.
Courte, La Troisième dimension mélange habilement des thématiques à mi-chemin entre certains textes de Mark Twain (qui n’a pas écrit que Les aventures de Tom Sawyer) et ceux d’Adrian Tchaïkovsky, avec un style penchant vers le steampunk sauf que… Anthologie oblige, tout se passe à l’intérieur d’un réfrigérateur parisien… Et je ne vous en dirais pas plus pour ne pas divulgâcher toute la saveur de ce texte d’une vingtaine de pages. Elle est tout bonnement alléchante et donne envie de poursuivre sa dégustation par les autres textes de cette anthologie. Et qui sait, si le palier des 8500 € est franchi, avoir droit à une double ration avec une deuxième tome ?

Marmite et micro-ondes
Anthologie coordonnée par Vincent Corlaix et Olivier Gechter
À paraître aux éditions Gephyre

Nos héros sont malades

Attirée par la couverture à l’occasion d’une discussion sur Twitter, j’ai finalement craqué pour ce livre parlant psychiatrie et cinéma. Signé par le Dr Christophe Debien et illustré par Ben Fligans, Nos héros sont malades est à la fois très amusant à lire et très didactique.
Attention, vous ne sortirez pas de ce livre en étant capable de poser un quelconque diagnostic sur l’état mental de vos concitoyens. En revanche, vous aurez appris énormément sur les différentes maladies mentales et découvert les différences, voire les oppositions, entre les représentations classiques telles que nous les montre
nt le cinéma et les séries TV et la réalité du terrain.
Plutôt que d’étudier un personnage ou un film après l’autre, l’auteur s’attache à présenter plusieurs thématiques regroupées en séances, après une introduction sur le développement parallèle du cinéma
et de la psychiatrie. La première séance s’intéresse au stress post-traumatique sous toutes ses formes, la deuxième à la schizophrénie trop souvent présentée dans le monde de la culture comme un trouble de personnalités multiples ou le fait d’entendre des voix, la troisième se penche sur la dépression, la quatrième sur les troubles bipolaires, la cinquième est entièrement consacrée au suicide et à la série 13 reasons why sur Netflix (que je n’ai pas vu), la sixième s’occupe des psychopathes et sociopathes et la dernière s’intéresse aux thérapeutes et aux thérapies telles qu’elles sont montrées à l’écran.
Nos héros sont malades ne se veut pas exhaustif et n’aborde pas tous les troubles possibles : on n’y parle pas des représentations de l’autisme ou des troubles du comportement tels que l’anorexie ou les TOC par exemple, même si ceux-ci sont
aussi représentés à l’écran. En revanche, dans les thèmes abordés, il est passionnant et vous donnera forcément envie de voir ou revoir certains films comme Bringing Out The Dead de Martin Scorsese, Une femme sous influence de John Cassavetes ou Donnie Darko de Richard Kelly. De plus, l’auteur propose à la fin de chaque « séance » une sélection de films et séries illustrant les thèmes abordés. De quoi prolonger votre lecture par quelques heures devant l’écran.

Nos héros sont malades
De
Christophe Debien et Ben Fligans
Editions
Humensciences

Clément Coudpel contre les spectres de la Samain

Connaissant principalement Livr’S à travers les deux plus récents livres de Graham Masterton et un polar futuriste, je me suis laissé tenter par la couverture de celui-ci. Signé Manon d’Ombremont, Clément Coudpel contre les spectres de la Samain a tout d’un roman fantastique jeunesse. Et quoi qu’en dise l’autrice, c’en est un, même si son protagoniste principal, grand amateur de manga et d’anime, dirait qu’il commence comme un shonen pour finir en seinen. Ou plus exactement qu’il ne se termine ni sur un happy end parfait, ni sur une tragédie, mais sur une fin douce-amère comme l’est souvent la vie.
De quoi parle Clément Coudpel contre les spectres de la Samain ? Du jeune Clément C., issu d’une famille de macrales (c’est à dire sorciers en wallon) qui, traumatisé par la mort de sa mère lors d’un rituel, rejette son héritage magique et veut vivre comme n’importe quel autre adolescent de 13 ans : à s’ennuyer en cours, jouer sur son ordinateur et lire des mangas. Sauf que les autres macrales de la région insistent pour qu’il prenne sa place au Cénacle, que sa sœur perd la mémoire, que sa tutrice bien que réduite à l’état de spectre lui mène la vie dure et que l’oncle de la famille est un immortel plus tellement très frais. À l’approche de la Samain, sa rébellion adolescente va libérer d’anciennes rancœurs et avoir des conséquences désastreuses. Y survivra-t-il ?
Après deux livres aussi denses que passionnants, lire
Clément Coudpel contre les spectres de la Samain fut une respiration bienvenue. Très agréable, il se dévore très vite grâce à des chapitres particulièrement courts. Son mélange constant entre différents univers magiques et culture geek est très plaisant. Et l’autrice évite les clichés avec des personnages qui ressemblent à des oignons : chaque couche en cache une autre…

Clément Coudpel contre les spectres de la Samain 
De
Manon d’Ombremont
Éditions L
ivr’S

Le Chant des Fenjicks

Dans le même univers que La Débusqueuse de mondes, Le Chant des Fenjicks de Luce Basseterre n’est pas une suite, mais une préquelle, quelques années ou siècles auparavant, longévité des personnages oblige.
Ici, Luce Basseterre va revenir à un classique du space opera : la guerre spatiale. Ou plutôt la guérilla de libération des cybersquales, ces grandes baleines cosmiques transformées en taxi robotisé et lobotomisé par les Chaleks, un empire regroupant plusieurs peuples sentients, mais dominé par des caméléons hermaphrodites et plutôt psychorigides dans leurs comportements et leurs conceptions de la vie.
Pour autant, l’autrice ne va pas nous livrer une histoire classique avec d’un côté les bons et de l’autre les méchants, ou même les méchants
affrontant d’autres, encore plus méchants. Luce Basseterre nous plonge dans un récit choral nous invitant à suivre plusieurs personnages qui seront impliqués dans cette libération. Chacun d’eux part avec ses idées préconçues et pense être du bon côté de la barrière, avant d’évoluer au fil des événements. Pire, le premier tiers du récit nous fait suivre Waü Nak Du, jeune Chalek affecté à la conversion des Fenjiks en cybersquale, et Smine Furr, jeune félidé sur une planète en train d’être colonisée par les Chaleks. Par la suite, ils seront rejoints par d’autres personnages : squales, félidés, humains, reptiles ou plantes divers et variés… Dont un nom bien connu des lecteurs de La Débusqueuse de mondes.
Si le ton entre les deux livres est différent, Luce Basseterre réussit encore son pari. Même plongés en pleine guerre avec une grande capacité destructive, les personnages sont tout sauf des guerriers : ce sont des hackers, des bricoleurs ou tous simplement des gens qui, pris dans des événements qu’ils ne contrôlent pas, veulent reprendre le cours de leur vie. Et si certains en sortent meurtris comme Waü Nak Du ou Samtol, et d’autres ne s’en sortiront pas, à la fin de la lecture de ce livre, c’est l’optimisme, l’espoir et la satisfaction qui domine. Malgré la multiplication des personnages et le passage incessant d’un endroit à l’autre, Le Chant des Fenjicks se lit sans encombre et presque sans escale, une bonne tasse de thé à la main…

Le Chant des Fenjiks
de
Luce Basseterre
Éditions
Mnémos