La commode aux tiroirs de couleurs

Parfois je quitte mes genres de prédilection pour m’aventurer vers des romans plus classiques. Découvert au détour d’un supermarché cévenol, La commode aux tiroirs de couleurs d’Olivia Ruiz a suffisamment éveillé ma curiosité pour que je le glisse dans mon panier. De l’autrice, je ne connaissais que quelques mélodies plaisantes et piquantes à fredonner en cuisinant.

Avec ce récit, elle s’essaie pour la première fois à l’écriture d’un format plus long, largement inspiré de sa propre histoire familiale.

L’histoire s’ouvre alors que la narratrice, trentenaire vivant seule à Paris avec sa fille vient de perdre son Abuela, sa grand-mère qui l’a élevé. Celle-ci lui a légué un meuble : la fameuse commode multicolore où chaque tiroir renferme des souvenirs. Ceux-ci sont autant de fenêtres sur la vie de cette ancêtre haute en couleur.

En effet, fille d’un couple de républicains qui choisit le suicide plutôt que la prison, la fameuse Abuela, Rita, fuit l’Espagne de Franco à dix ans avec ses deux sœurs pour atterrir à Narbonne. De ce point de départ, Olivia Ruiz va nous raconter la vie en France de cette femme libre courant en permanence après le bonheur et l’amour. Mais également des autres femmes qui l’entourent et l’aident, qu’elles soient de sa famille ou non.

Plus qu’un énième récit sur la Retirada (dont on ne parle plus passé les tout premiers chapitres) et la difficile intégration des réfugiés espagnols en France, Olivia Ruiz choisit de se consacrer au portrait de Rita. De l’enfant rebelle qui grandit trop vite à la femme en quête d’indépendance puis à la mère et à la matriarche de la famille, celle-ci mène une vie la vie bien remplie à défaut d’être pleinement heureuse.

Le récit est à l’image des chansons de l’autrice : pétillant et enlevé, léger même au moment d’aborder des thèmes graves, il parle joyeusement des choses de la vie qu’elles soient tristes ou gaies. Il n’en faudra pas plus pour que certains esprits chagrins y trouvent matière à critiquer. La commode aux tiroirs de couleurs se lit néanmoins très vite. Olivia Ruiz y donne une vraie épaisseur à l’ensemble de ses personnages. Ce premier essai littéraire a été transformé avec brio !

La commode aux tiroirs de couleurs
d’Olivia Ruiz
Éditions JC Lattès

La divine proportion

Polar futuriste, La divine proportion de Céline Saint-Charle commence de façon assez légère pour finir dans une atmosphère très noire. En cette fin du 21siècle, l’Amérique a sombré dans une théocratique phallocrate. Par réaction, en France, un certain Rollin a été élu président malgré ses élucubrations philosophiques sur le nombre d’or et la loi du Talion (le fameux « œil pour œil, dent pour dent » de l’Ancien Testament). Justement cette dernière est devenue, grâce à de nouveaux développements dans les interfaces homme-machine la pierre angulaire du système judiciaire français. Les criminels sont soumis à un Talion psychique où ils revivent les souffrances de leurs victimes. Pendant ce temps, des flots d’Américaines fuient leur pays et se réfugient en France, condamnées elles et leurs enfants à vivre sans existence légale. Dans ce monde, Lena, jeune journaliste Web au caractère bien trempé (comprendre comme souvent pas facile à vivre pour son entourage) et un inspecteur de police à une semaine de la retraite, vont enquêter sur la disparition de Cerysette de son orphelinat. Et découvrir un complot autour du système du Talion.
Habituée aux polars, j’ai vu assez rapidement où allait mener l’intrigue, mais je me suis laissé
e porter par l’écriture de Céline Saint-Charle et par sa galerie de personnage haut en couleur. Si les deux protagonistes m’ont laissée assez indifférente, car trop classiques, la mère maquerelle, son homme à tout faire et la médecin légiste sont de véritables réussites. L’univers même de cette France à la fois si différente et pourtant si proche de la notre fut une découverte agréable, même si La Divine proportion ne nous en montre qu’un petit bout. La fin en demi-teinte ne promet pas réellement de suite, mais peut-être pourrait-on retrouver d’autres histoires, policières ou non, dans cet univers ?

La divine proportion
de Céline Saint-Charle
Éditions
Livr’S

Cyborgs versus androïdes

Amatrice de films de genre, je ne pouvais qu’être intriguée par un livre consacré aux androïdes et cyborgs et autres robots humanoïdes sur grand et petit écran. Cyborgs versus Androïdes – l’homme-machine au cinéma de Claude Gaillard a donc rejoint ma bibliothèque…
Disons le tout de suite, si vous voulez une anthologie exhaustive ou un panorama complet du genre, passez votre chemin. Malgré la présence de
Terminator en couverture, certains des androïdes et cyborgs les plus célèbres manquent à l’appel, notamment ceux de la saga Alien ou les réplicants de Blade Runner. Quant à la partie Asie, elle est réduite à la portion congrue avec une vague présentation de Ghost in the Shell (plus axé sur le film US que sur les anime) alors que cette thématique est centrale dans le cinéma japonais depuis belle lurette comme le prouvent Tetsuo : The Iron man (1989) et ses suites ou les saga Appleseed et Neon Genesis Evangelion. Il est vrai qu’il faudrait multiplier le nombre de pages par 10 pour avoir une vision d’ensemble du sujet.
En revanche, l’auteur offre son point de vue sur la robotique sur grand et petit écran avec beaucoup de bagoût et une connaissance pointue des films et séries qu’il a sélectionné. Vous ne vous ennuierez pas un instant en le lisant, même si quelques remarques ou avis tranchés peuvent hérisser le poil, en particulier des lectrices. Et vous y découvrirez quelques chef-d’oeuvres ou bons nanars à regarder en bonne compagnie. Et personnellement, une anthologie qui n’oublie pas de mentionner l’une des meilleures comédies SF britanniques qu’est Red Dwarf ne peut que me plaire.

Cyborgs vers Androïdes
de Claude Gaillard
Éditions Omaké

Les tribulations d’Esther Parmentier – Cadavre haché, vampire fâché

Après un gros pavé de science-fiction très littéraire et politique, il faut parfois se délasser les neurones avec une lecture bien plus légère. Profitant d’une opération Masse Critique de Babelio, j’ai alors jeté mon dévolu sur Les tribulations d’Esther Parmentier – Cadavre haché, vampire fâché de Maëlle Desard.
Bonne pioche ! À peine reçu, il a fallu que je le récupère des mains de ma référence adolescente. Il est, en effet vendu dans sa cible, même si celle-ci qui l’a dévoré en une après-midi le trouve sanglant et avec un vocabulaire fleuri (quand je vous dis que les ados sont souvent plus moralisateurs que nous… et plus hypocrite, cette même référence adore les polars gore à souhait). Finalement, posée dans mon canapé je me suis plongée dedans.
Comme son titre l’indique, nous sommes dans de l’urban fantasy. Esther, jeune Bretonne volontairement exilée à Strasbourg s’ennuie dans son stage de comptabilité. De passage par un centre commercial, elle apprend tour à tour qu’elle est une sorcière (sans grand talent), que les créatures surnaturelles (banshee, loup-garous, djinns, goules et autres mélanges…) existent, que certaines sont responsables de la disparition d’adolescents, et qu’elle change de stage pour se retrouver à enquêter sur ces enlèvements avec un vampire particulièrement imbuvable et accro au sucre caféiné.
Au début, le lecteur ne voit pas bien où Maëlle Desard veut l’emmener. Mais, dès les premières lignes, le ton est donné : loufoque, entraînant et mettant à mal certains clichés du genre… Ainsi l’héroïne est magiquement nulle au début de l’histoire et le restera à la fin, ce sont ses talents de détective et son sens de la répartie qui l’aideront, pas des capacités physiques, catastrophiques elles aussi, ou surnaturelles découvertes comme par miracle en cours d’histoire. Outre Esther et le vampire, Loan, l’ensemble des personnages ne manque pas de piquant et de surprises. Réservons une mention spéciale à Mozzie le fantôme à la conduite plus que farfelue et adepte d’emoji et de jeux massivement multijoueurs qui en fait un ectoplasme aussi sympathique que Slimey dans SOS Fantômes. Pour un premier roman, Maëlle Desard a réussi son pari. Je l’ai lu avec grand plaisir, et nous serons au moins deux à guetter la suite ici.

Les tribulations d’Esther Parmentier t.1
Cadavre haché, vampire fâché
de Maëlle Desard
Éditions Rageot

Dark was the night

Les légendes urbaines sont fascinantes, notamment celles tournant autour de la musique. Parmi elles, celle de Robert Johnson, bluesman de son état, occupe une place à part. Fondateur involontaire du « club des 27 », il était réputé pour avoir vendu son âme au diable pour améliorer son jeu à la guitare.
Dans Dark was the night, Grégoire Hervier ne se penche pas sur cette rumeur précise, mais sur la trentième chanson qu’aurait ou n’aurait pas enregistrée Robert Johnson. Dans cette nouvelle, il nous met dans la peau d’un musicologue, historien du blues qu’un mystérieux coup de film met sur la piste de cette chanson. Après toute une vie de traque, il trouvera que celle-ci aurait énormément voyagé.
À la lisière entre le polar et le fantastique, Dark was the night nous offre une plongée dans l’histoire du blues américain. La nouvelle étant très courte, l’éditeur et l’auteur ont agrémenté le livre d’une playlist de douze morceaux, qui ne sont pas tous de Robert Johnson, présentés et commentés par l’auteur. Le tout en étant à écouter pendant votre lecture. Une expérience originale et plaisante.

Dark was the night
de Grégoire Hervier
Éditions Au Diable vauvert

En bonus, un morceau de Robert Johnson qui n’est pas dans la playlist du Diable.

Avis d’invité : L’ascension d’Horus

Une fois de plus, Olivier, qui connaît bien l’univers de Warhammer 40 000 et les fictions écrites autour, continue sa présentation des livres de Dan Abnett. Au programme, L’ascension d’Horus.

 » Nous sommes au tout début du 31e millénaire, 2 siècles après le début de la Grande Croisade. Après avoir unifié les peuples de la Terre grâce à des légions de soldats génétiquement modifiés, l’Empereur de l’Humanité a en effet lancé ses troupes à l’assaut des étoiles, pour retrouver les colonies humaines égarées dans la galaxie et les réunifier sous son autorité. Pendant deux siècles, l’Empereur a conduit ses légions de Space Marines, chacune sous la houlette d’un primarque, un « fils » de l’Empereur. Mais voilà que l’Empereur, après le triomphe d’Ullanor, où les légions impériales ont massacré des « peaux vertes » (car bien évidemment seul le massacre des xenos, de toutes les races extraterrestres, assurera la tranquillité de l’humanité), annonce qu’il doit retourner sur Terra. Il nomme l’un de ses « fils », Horus, Maître de Guerre, avec pour tâche de continuer sa Croisade.
Voici comment est présenté en général ce livre, laissant penser qu’on va assister à une succession de batailles homériques entre des hommes génétiquement modifiés pour la guerre en armures complètes, les Space Marines (ou Astartes), et des ennemis de l’Humanité. Il n’en est rien. D’une part parce que l’ouvrage est écrit par le talentueux Dan Abnett, à qui l’on doit déjà la subtile trilogie Eisenhorn. D’autre part parce que ce livre ouvre une saga épique, l’Hérésie d’Horus, forte d’une cinquantaine de livres ! Tous ne sont pas indispensables, mais la collection regorge de véritables bijoux (on en reparlera…). L’ascension d’Horus a beau mettre en scène des vaisseaux spatiaux gigantesques, des armées titanesques, des hordes de xenos en tout genre ou encore des dieux et des démons, l’essentiel se passe au niveau des hommes, de leurs aspirations, de leurs faiblesses, de leur orgueil, de leur besoin d’être rassurés…
Dans L’ascension d’Horus, Dan Abnett prend bien soin d’ancrer son récit à ce niveau en s’attachant, plus qu’à celle d’Horus, à l’ascension de l’un de ses légionnaires, Garviel Loken. Un guerrier de l’Astartes remarqué pour ses prouesses, ce qui lui fait intégrer le cercle fermé des conseillers officieux d’Horus. Mais aussi un homme fidèle à l’Empereur et aux valeurs qu’il porte : l’éradication du mysticisme et de la religion, par exemple, ou encore la nécessité de garantir la paix pour l’ensemble de l’Humanité. Intelligent, cultivé, Garviel montre même de l’amitié pour de simples mortels qui partagent son vaisseau : itérateurs portant la bonne parole de l’Empereur, commémorateurs chargés d’immortaliser et de chanter les louanges de la Croisade. Confronté à des événements que la raison et la science ne peuvent expliquer, peiné de constater que certains guerriers de la Légion cachent des secrets, bouleversé de devoir tuer son prochain, Garviel s’interroge.
Au cours de l’hérésie, certains guerriers resteront loyaux à leur primarque, d’autres à l’Empereur, la galaxie s’embrasera, mais toujours ce sont les sentiments des hommes et leurs doutes qui seront au cœur de l’histoire. Sans eux, les dieux du Chaos n’auraient aucune influence. Ce premier roman de l’hérésie peut se lire comme une tranche de vie, en cette 203e année de la Croisade, au sein de la légion des Luna Wolves — qui deviendra les Sons of Horus. Mais c’est surtout la scène d’introduction d’une tragédie shakespearienne à l’échelle de la galaxie, qui 10 000 ans plus tard laissera l’Humanité dans l’état tragique où on l’a trouvée dans le 41e millénaire, tel que décrit par Dan Abnett dans Eisenhorn. »

L’ascension d’Horus
de
Dan Abnett
Editions
Black Library

Avis d’invité : Le Bâtard de Kosigan

En ce mois de mai, je laisse la parole à un amateur de fantasy historique, Ludovic, qui cherche depuis longtemps à me convaincre de lire la saga de Fabien Cerutti, Le Bâtard de Kosigan. Avec comme vous pouvez le lire ci-dessous des arguments de poids.

En achetant le premier tome de cette série (L’ombre du pouvoir), je m’attendais à lire un roman de fantasy historique assez similaire à un Gagner la guerre de Jean-Philippe Jaworski. Dès les premières pages, la différence se fait sentir : le style est plus fluide, les personnages plus colorés et, surtout, l’action est omniprésente. Bref, il se lit vite – l’auteur l’a lui-même reconnu lorsque je l’ai rencontré aux Rencontres de l’imaginaire à Sèvres en 2018 – et je ne pouvais que trépigner pour lire les trois tomes suivants qui sont fort heureusement un peu plus volumineux : Le fou prend le roi, Le marteau des sorcières et Le testament d’involution. Mais l’histoire me direz-vous ? Ces romans alternent successivement entre deux époques : le XIVe siècle où nous suivons les aventures mouvementées du chevalier assassin Pierre Cordwain de Kosigan, bâtard d’un noble de Bourgogne doté de quelques dons biens utiles et capitaine audacieux d’une compagnie de mercenaires et la fin du XIXe/début du XXe siècle avec Kergaël de Kosigan, homme au passé trouble, mais plein de ressources qui tente au péril de sa vie de découvrir ses origines… Et une explication sur la disparition pure et simple de sa lignée pendant plusieurs générations. N’étant pas à la base passionné par les histoires de fantasy pures avec des elfes et autres créatures du genre – et ceux-ci ne sont pas légions dans ce livre -, j’avoue avoir été agréablement surpris par la manière dont l’auteur a intégré ces peuplades dans les différentes phases de notre Histoire, puis justifier leur disparition, ne laissant derrière elles que le folklore – le tout savamment orchestré par l’Inquisition. Vous découvrirez ainsi de nombreuses intrigues, beaucoup d’actions, de belles joutes verbales, des situations cocasses mais aussi pleins de menus détails sur la vie au bas Moyen-âge.

Le Bâtard de Kosigan :
L’ombre du pouvoir,
Le fou prend le roi, Le marteau des sorcières, Le testament d’involution 
de Fabien Cerruti
Éditions Folio SF/ Mnémos

Manitou

Dans la série relecture confinée, je demande la première partie de la série Manitou de Graham Masterton. Ayant acheté les trois premiers romans lors de leur parution chez Pocket Terreur, j’ai profité du week-end pour m’y replonger avec délice.
De quoi s’agit-il ? Tout simplement de la série qui lança Graham Masterton dans le domaine de l’horreur avec la sortie de Manitou en 1975 (1978 en France). Chaque épisode met en scène Harry Erskine, un voyant new-yorkais de pacotille, aux prises face à un homme-médecine
amérindien du 17siècle bien décidé à éradiquer la présence de l’homme blanc sur les terres de son peuple. Si la structure reste grosso modo la même d’un titre à l’autre, les moyens mis en œuvre et l’échelle de la menace vont crescendo dans le niveau d’horreur. Attention, je vous l’ai déjà dit plusieurs fois, mais je le répète : Graham Masterton ne fait pas dans l’horreur suggestive ou indicible, même si Lovecraft et son mythe des Grands Anciens servent clairement d’inspiration pour une partie de la saga de Manitou. Ses descriptions sont détaillées et viscérales. Si vous avez l’estomac sensible, ne le lisez pas aux heures de repas.
Pour un premier roman, Manitou est tout simplement une réussite. L’idée d’avoir un sorcier du passé en train de se réincarner dans un monde moderne peut sembler a priori assez clichée, mais la méthode choisie
pour ce faire est plutôt originale. De même, si l’antagoniste est un homme-médecine et que le protagoniste reçoit l’aide dans ces trois romans d’un homme-médecine du XXe siècle, Graham Masterton est britannique et pas du tout américain. Et cela se sent dans son écriture. Il peut se permettre des réflexions sur le passé de l’Amérique du Nord ou sur les relations entre les différentes ethnies qui composent les États-Unis qu’un auteur américain ne pourrait pas faire, ou n’aurait tout simplement pas l’idée de faire. Quitte à changer la fin du roman entre l’édition originale anglaise et la réédition américaine. Personnellement, même si l’affrontement entre un manitou sous Unix et un vieux démon indien m’a fait beaucoup rire, je préfère également la fin américaine nettement plus hollywoodienne.
Le deuxième roman, La Vengeance du Manitou, se lit également très bien, malgré une scène impliquant des draps de lit dont je me demande si elle était franchement nécessaire. Il reprend la même structure que le premier. Misquamacus, le sorcier venu du passé dans le premier, cherche à nouveau à se réincarner et à invoquer les pires démons de la mythologie amérindienne contre l’Amérique moderne. Il sera ici accompagné de vingt-et-un autres sorciers venus de différentes tribus, avec au passage un bel aperçu des différences dans les croyances d’une tribu à l’autre, et d’une grande variété dans les démons présentés. L’action passe de New York à la Californie et monte en puissance, mais ce livre reste une transition.
Écrit près de vingt ans après le premier, L’Ombre d
u Manitou est le récit d’une apocalypse version amérindienne. Une fois de plus Misquamacus en est le principal responsable, et une fois de plus Harry Erskine va devoir l’affronter rappelé par certains personnages du premier roman. Ici le terrain de jeu n’est plus une ville ou un état, mais l’intégralité du pays avec des villes entières qui sont englouties. Et là, vous aurez votre lot de scènes cauchemardesques : comme un amalgame de vaches avançant dans la prairie ou l’ensemble du centre-ville de Chicago s’effondrant un gratte-ciel après l’autre. Des trois livres, L’Ombre de Manitou, malgré ses longueurs, reste mon favori. Justement parce qu’on y retrouve le Misquamacus inquiétant et sardonique des débuts, un Harry Erskine plus perdu et maladroit que jamais, et la juste dose entre violence, action, gore et tout ce qui en fait un excellent récit d’horreur signé Masterton. Si je les ai lus en version de poche, Bragelonne a réédité les trois romans y compris en version numérique, donc vous pouvez en profiter facilement. C’est d’ailleurs dans la version de Bragelonne que vous trouverez les deux fins écrites pour Manitou.

Manitou
La vengeance de Manitou
L’ombre de Manitou

de 
Graham Masterton
Traduction de François Truchaud
Éditions Pocket terreur/Bragelonne

ChronoPages – Morceaux choisis

Dans le cadre de l’Opération Bol d’Air, les éditions 1115 ont rassemblé dans un même recueil, Morceaux choisis, cinq nouvelles parues dans leur collection ChronoPages. Et le résultat est varié mais de grande qualité.
Qu’y trouvons nous ? C’est Luce Basseterre qui ouvre le bal avec Visite fantôme, une version inversée de la maison hantée.
Une entrée en matière onirique et intéressante pour ce livre assez court. Elle est suivi par l’une des nouvelles les plus longues et la plus dure du recueil, Orwell m’a tu de Bruno Pochesci. Ici, l’auteur dépeint un monde où un parti d’extrême-droite a pris le pouvoir en France et va jusqu’au bout de sa logique. Dire que le résultat fait froid dans le dos est un euphémisme. J’avoue que j’ai trouvé cette nouvelle bien trop réaliste pour ma tranquillité d’esprit. La troisième nouvelle, Odregan #1 de Nicolas Le Breton est celle que j’ai le moins apprécié. Une histoire de voyage temporel et de dédoublement de personnes qui m’a laissé de marbre. Bois Hurlant de Frédéric Czilinder est une incursion dans le fantastique plutôt originale et très bien trouvée. D’autant que la créature en question est, me semble-t-il rare dans le paysage magique marseillais. Enfin, lnfiniment de Louise Rouiller est une réflexion triste, mais bien amenée sur le mythe de l’immortalité et ses risques.
Passé les
quelques jours où le recueil est disponible sur l’Opération Bol d’air dans le cadre du confinement lecture, vous pouvez retrouver chacune de ces nouvelles dans la collection ChronoPages des éditions 1115, en vente à l’unité en papier ou en numérique.

ChronoPages – Morceaux choisis
nouvelles de
Luce Basseterre, Bruno Pochesci, Nicolas Le Breton, Frédéric Czilinder et Louise Rouiller
Éditions
1115

L’homme truqué

Assez discrète, l’Opération Bol d’air dévoile de petits bijoux littéraires durant cette période de lecture confinée. Elle proposait notamment la semaine dernière de découvrir un texte historique de la science-fiction française : L’Homme truqué de Maurice Renard. Et pourtant, écrit en 1921, le texte portait sur une thématique qui ne m’attire pas particulièrement : la Première Guerre mondiale et ses « gueules cassées ». Mais je me devais de lire l’un des pionniers de la science-fiction française.
Et je ne fus pas du tout déçue. L’histoire a un style daté proche des feuilletons paraissant alors dans les journaux, mais l’écriture est claire, légère et peu encombrée. À peine ai-je dû jeter un œil dans le dictionnaire pour me faire une idée du son d’une serinette. Courte, l’histoire commence comme un polar par la découverte du corps du narrateur,
visiblement tombé dans un traquenard le long d’une route de campagne. Par miracle, son récit caché dans une poche intérieure de son costume n’a pas disparu.
Et là, le récit entre de plain-pied dans la science-fiction avec le retour miraculeux d’un voisin que l’on croyait mort au front. En réalité, l’homme devenu aveugle lors d’une bataille a été récupéré par les Allemands et envoyé vers l’arrière dans un mystérieux château. Là, on lui greffa des yeux mécaniques d’un genre nouveau. Ayant réussi à s’évader, il est revenu dans son village natal
pour y finir ses jours. En paix ?
Très court, avec à peine 145 pages, L’Homme truqué est un récit pourtant complet avec des bases scientifiques solides (pour l’époque), sans être trop jargonneux, et un équilibre plutôt bon entre l’action, la description des états d’âme des différents personnages et l’aspect scientifique. S’il n’entre pas dans les détails, la honte ressentie par cet aveugle défiguré par la guerre et la science est bien décrite, ainsi que son envie légitime de ne plus servir de cobaye, même vis-à-vis de son ami médecin, pourtant bien intentionné. Tout juste peut-on reprocher à l’auteur un retournement de situation plutôt prévisible, et au narrateur une certaine naïveté ?

L’Homme truqué
de
Maurice Renard
Éditions L’A
rbre vengeur