L’Ensorceleur des choses menues

Récemment un article fit couler beaucoup d’encre en se demandant pourquoi la fantasy française se vend mal par rapport à l’anglo-saxonne. Que l’on soit d’accord ou non avec les conclusions du journaliste, le manque de qualité ou d’originalité n’est certainement pas en cause. L’Ensorceleur des choses menues de Régis Goddyn en est la preuve parfaite. Repéré sur un stand de Livre Paris, il ne m’a pas déçue, moi qui déteste la fantasy qui rejoue un énième copié/collé de Tolkien ou réinvente encore un voyage avec un jeune paysan destiné à sauver le monde.
Avec seulement quelques dragons de labour, L’Ensorceleur des choses menues sait éviter avec adresse tous les clichés du genre. Certes, il raconte un voyage initiatique, mais celui qui l’entreprend n’est pas un jeune adolescent. C’est un vieil homme déclassé qui a passé sa vie d’adulte à utiliser la magie pour rendre de menus services (résoudre des problèmes de plomberie, consolider une porte ou porter ses commissions sans se fatiguer). À la retraite, il prend sous son aile Prune, une jeune fille rebelle qui l’entraîne bien malgré lui aux confins de ce monde et du suivant. Le vieil enchanteur finira par renverser l’ordre établi, basé sur un commerce millénaire particulièrement immonde.
So
us un titre léger et plaisant, Régis Goddyn signe avec L’Ensorceleur des choses menues un roman profond où se mêlent plusieurs thématiques : le bilan d’une vie, la place de chacun dans la société, et notamment celle des femmes dans un univers de fantasy classique (même si, à la lecture de quelques détails, on reste bien conscient que c’est un homme qui écrit), la transmission d’une génération à l’autre. Le ton lui-même est crépusculaire, mais le roman n’est pas triste pour autant. Il se termine en demi-teinte sur une note finalement assez heureuse. Et j’avoue que pour une fois, me pencher sur les problèmes de la classe moyenne et de ceux qui font le plus souvent office de figurants dans les romans de fantasy habituels, m’a énormément plu.

L’Ensorceleur des choses menues
de Régis Goddyn
Editions L’Atalante

Trois nouvelles pour deux découvertes

La nouvelle est un formidable outil pour découvrir un auteur comme j’ai déjà eu l’occasion de le vérifier ici, ici ou ici. C’est également une bonne solution pour trouver de nouveaux éditeurs. C’est ce qui s’est passé récemment avec trois nouvelles qui m’ont permis de découvrir deux maisons d’édition.

Too much…
Je suis tombée sur cette nouvelle de Jean-Bernard Pouy suite à une conversation avec Deidre Ambre. Ce fut non pas l’occasion de découvrir l’auteur, mais la maison d’édition. Spécialisée dans le polar et l’érotisme, Ska a la particularité de ne vendre que des livres numériques sans DRM. Comme il s’agit le plus souvent de nouvelles, les prix sont plutôt doux et l’on y trouve dans les deux genres suscités une assez grande variété. Que vaut Too much… ? C’est la quintessence de l’humour burlesque et vachard de Jean-Bernard Pouy.
Il y réunit l’espace de quelques trop courtes pages des rockers normands perdus au milieu de punks, des toros échappés d’un encierro et un régiment de parachutistes près à tout casser. Je ne vous en dirais pas plus pour ne pas gâcher l’histoire. Sachez juste que ce texte est un remède assuré contre les coups de blues. C’est également la première marche idéale pour faire découvrir Jean-Bernard Pouy à qui ne le connaît pas. L’auteur y joue avec humour des mots et des situations pour se moquer une nouvelle fois d’un certain ordre établi. Tout en légèreté et sans la noire amertume qui sourde de certains autres de ses écrits.

Too much …
de Jean-Bernard Pouy
Éditions SKA

Un vampire
J’avoue, ce petit ouvrage certainement pris pour agrémenter un trajet en métro s’est retrouvé à trainer très longtemps sur ma table de nuit. Une blessure à l’épaule gênant pour la lecture de grands formats plus tard, il a fini après quelques années par être lu. Et là ce fut une double
découverte : celle d’un auteur italien, Luigi Capuana, et d’une maison d’édition, La Part Commune. Contrairement à la précédente, cette maison se spécialise surtout dans les livres papier avec une grande variété de genres : essai, poésie, romans et nouvelles. Et de nombreux textes anciens réédités.
Quant à l’auteur, Luigi Cap
uana, c’est un contemporain d’Émile Zola qui s’inscrit dans un courant assez similaire d’écriture au plus près de la société. Avec dans les deux nouvelles de ce petit recueil, Un Vampire et Un cas de somnambulisme, une touche de fantastique pour faire passer la pilule. La première parle de mariage arrangé, de remariage et de gêne du mari à « n’avoir pas été le premier » (sic), la deuxième sous couvert de raconter une intrigue policière mêlé de fantastique peut se lire comme une critique des rapports entre la bourgeoisie et la domesticité. Contrairement à Émile Zola que mes années d’études m’ont rendu totalement indigeste, le style de Luigi Capanua est sobre. J’ai apprécié la juste dose d’absurde qui saupoudre chaque nouvelle.

Un vampire
de Luigi Capuana
traduction de Baldassare Anghiari
Éditions La Part Commune

Trois coracles cinglaient vers le couchant

Après Eschatôn, j’avoue que j’étais curieuse de voir à quoi allait ressembler le nouveau roman d’Alex Nikolavitch. Une chose est sure. Ou plutôt deux. Trois coracles cinglaient vers le couchant a un titre à rallonge difficile à oublier. Et surtout ce livre est à l’opposé du précédent. Là où le premier nous lançait dans un space opéra lovecraftien, celui-ci repart aux sources de la légende arthurienne et de la Grande-Bretagne. Et si pour vous les chevaliers de la Table Ronde ne sont qu’un souvenir lointain ravivé de temps en temps à coup de Kaamelott, Trois coracles cinglaient vers le couchant va vous dérouter. Déjà, parce que le héros de l’histoire n’est pas Arthur (mentionné sans être nommé en une ligne), mais son père Uther. Hormis un nom familier aux amateurs de la série d’Alexandre Astier, et Uther donc, vous n’y trouverez aucun nom connu. Même cette chère Excalibur change de nom et devient Calibourne (une variante du nom latinisé de l’épée au XIIe siècle), ce n’est d’ailleurs pas le seul élément à changer de nom, voire de genre…
Cette impression étrange entre familiarité et dépaysement totale persiste presque d’un bout à l’autre du roman, donnant au lecteur l’impression de se perdre dans les brumes d’Avalon (encore un endroit non nommé et pourtant bien présent). Ajoutez-y une alternance entre un Uther vieillissant dans un chapitre et un plus jeune au début de sa « conquête », défense de l’île et de son peuple, et vous revoilà encore plus perdu dans les méandres de la légende.
Et pourtant… Pourtant, comme souvent avec les textes d’Alex Nikolavitch, tout coule de source. Le récit en lui-même est limpide tant qu’on n’essaie pas de replacer sur carte mentale les différents lieux et personnages. L’île britannique en cette fin d’Empire romain n’a en effet que peu à voir avec la Grande-Bretagne que nous connaissons actuellement ni avec celle popularisée par la plupart des variations de la geste arthurienne. Oubliez donc ce que vous savez déjà et laissez-vous porter par les mots. Le récit se veut une fresque historique mâtinée de quelques détails la faisant entrer dans le domaine de la légende et de la fantasy. Suffisant pour qui aime se promener en Féérie sans pour autant apeurer qui préfère une aventure humaine solide. Souvent oublié de l’histoire ou présenté comme un bourrin plutôt rustre (merci John Boorman et Excalibur), l’Uther de Trois coracles cinglaient vers le couchant est touchant que ce soit dans sa naïveté de jeune homme livrant ses premières batailles à la place de son père, ou dans son amertume et sa lassitude d’homme mûr embarqué dans une dernière quête. Il n’en devient pas un héros à la Lancelot ou à la Perceval pour autant et conserve un côté ours et sanguinaire, mais il gagne dans ce roman en humanité.


Trois coracles cinglaient vers le couchant
d’Alex Nikolavitch
Éditions Les Moutons électriques

Parasite

Depuis 1974, l’amour d’Arnaud Codeville pour Stephen King n’est plus à présenter. Et son dernier roman, Parasite, est une ode aux Stephen King de la grande période et plus particulièrement à IT (Ça en VF). Une ode et non un plagiat. Parasite se passe en effet en partie dans les années 80 avec un groupe d’adolescents et en partie de nos jours avec l’un d’entre eux devenu adulte, mais ce n’est pas un décalque du roman de Stephen King.
Déjà parce que Parasite est pleinement ancré dans son terroir (le nord de la France) et son époque (la fin de la grande industrie minière dans la région et ses conséquences sur les familles). Mais également parce que le parasite du titre n’a pas les mêmes motivations, les mêmes cibles ni même les mêmes moyens d’action que Pennywise ou plus récemment que L’Outsider.
Plus court que 1974, Parasite n’en est pas moins dense. Alternant d’une époque à l’autre au fil des chapitres, ce livre raconte une histoire de possession démoniaque particulièrement horrible aussi bien par les victimes que le démon fait que par celles qu’il choisit comme véhicule pour exister dans ce monde. Ben, le personnage principal, est nettement plus sympathique à mes yeux que celui de 1974. Du coup, ce qui lui arrive enfant comme adulte, se révèle plus touchant et encore plus angoissant. Et, même si vous y croiserez des personnages du roman précédent dans celui-ci, vous pourrez lire les deux de façon indépendante et dans l’ordre que vous voulez. Sachez juste une chose : une fois entamé, vous ne lâcherez plus Parasite avant la dernière page.

Parasite
d’Arnaud Codeville
Autoédition

Les Encombrants

Les opérations promotionnelles massives de Bragelonne ont deux avantages : faire le plein de livres pour sa liseuse à bas coût et faire découvrir des auteurs nouveaux. Elles ont aussi un inconvénient : vous entassez tellement de nouveaux livres qu’il s’écoule parfois beaucoup de temps entre l’arrivée d’un livre et sa lecture. C’est ce qui s’est produit avec Les Encombrants de Jeanne Faivre d’Arcier. Je ne sais plus lors de quelle promotion je l’ai acheté, mais je ne l’ai lu que récemment au creux de la nuit.
De quoi parle Les Encombrant
s ? De Pigalle, de ses habitants et de sa faune mêlant bobos, haute bourgeoisie déclassée, prostitué·e·s, ivrognes. Et d’un bébé, trouvé dans le tiroir d’un meuble jeté sur le trottoir en attendant le ramassage des encombrants ? Qui est-elle ? Comment est-elle arrivée là ? Que va-t-elle devenir ?
Les Encombrants est un polar typiquement parisien où l’on suit en parallèle la vie du voisinage ayant recueillis le nourrisson et tentant coûte que coûte de s’en occuper et de trouver sa mère sans pour autant que la police ne le trouve et ne l’envoie aux services sociaux, et celle de l’adolescente prostituée à la dérive qui l’a mise au monde et abandonnée. Si le fond est très dur — notamment sur les raisons ayant poussé l’adolescente à la rue et à l’abandon de son enfant, la forme est, elle, plus enjouée.
Et l’autrice, même en n’hésitant pas à dépeindre une réalité assez sordide, ne s’attarde pas plus que le strict nécessaire sur les détails. Elle se consacre plus à dépeindre et rendre vivant le coin de Pigalle où l’action se passe. Vous croiserez dans Les Encombrants une galerie de personnages hauts en couleur de tous les côtés de la barrière. Et il y a de vraies fulgurances comiques, notamment avec la paire de pieds nickelés qui recueillent en premier l’enfant et la baptisent Cerise. L’intrigue elle-même est solide et l’on devine la solution ultime qu’à la toute fin en se maudissant de n’avoir pourtant pas vu les indices avant.
Au final, ce roman est une lecture parfaite pour les transports en commun ou ce creux de la nuit où vous vous réveillez sans pouvoir vous rendormir. Ou si vous aimez les polars à l’ancienne.


Les Encombrants
de Jeanne Faivre d’Arcier
Éditions Bragelonne

Après l’effondrement

Cela faisait longtemps que je ne vous avais pas parlé d’un livre autoédité dans ces pages. Réparons cet oubli avec Après l’effondrement de Christophe Martinolli. Jusqu’ici connu pour le thriller politique avec sa trilogie, Corps d’État, l’auteur s’essaye au récit post-apocalyptique.
Ici, l’Humanité sait depuis des dizaines d’années que si elle reste sur Terre, elle est condamnée à disparaître. Une comète se dirige droit sur la planète qui entraînera une série de catastrophes naturelles similaires à celles ayant entraîné la fin des dinosaures. La solution est toute trouvée : migrer vers l’espace. Là où avec un point de départ similaire, dans Lady Astronaut of Mars, Mary Robinette Kowal va se concentrer sur l’aventure spatiale et la façon dont l’Humanité se prépare, pour Christophe Martinolli dans Après l’effondrement, tout est déjà joué. Chaque pays capable de se lancer dans le voyage spatial a construit de grandes arches conçues pour aller coloniser une exoplanète habitable directement au bout d’un millénaire de voyage. Ces arches ne peuvent emporter qu’un nombre limité de personnes et sont donc réservées à l’élite (monétaire, intellectuelle et/ou physique) et à leur famille. Le reste de la population est rejeté à l’extérieur des chantiers de construction tandis que toutes les ressources planétaires sont détournées pour assurer le succès de la migration spatiale. À charge pour eux de se débrouiller comme ils peuvent pour survivre en attendant le météore et éventuellement après.
Sauf que… Une adolescente naïve, mais néanmoins ayant déjà de solides bagages en médecine et au corps d’athlète, refuse au dernier moment de partie et veut rejoindre l’unique bastion de civilisation encore debout hors de la Cité-Arche, 48 h avant le dernier grand départ. Ses parents monteront une véritable expédition militaire pour la ramener au bercail avant l’heure H. Traversant au passage, la campagne alentour dévastée, ses camps de réfugiés et ses bandes redescendues dans la barbarie la plus sanglante pour asseoir leur pouvoir.
Après l’effondrement ne révolutionne pas le genre post-apocalyptique. Les zombies en moins et les Alpes en plus, il lorgne assez fortement du côté de Walking Dead au point d’avoir des « grands méchants » aux noms similaires (Nolan d’un côté de l’Atlantique, Negan de l’autre). Très court, il a également les défauts de sa brièveté : l’action est condensée et l’auteur passe trop rapidement sur des points qui auraient nécessité plus d’explication ou tout simplement d’exposition pour que je m’attache aux personnages. Néanmoins, il pose le problème économique et humain en termes assez clairs, si manquant parfois de nuances. A quel prix êtes-vous prêts à sauver l’Humanité ? Quel équilibre trouver entre confort à court terme et survie à long terme ? Et le retournement final qui annonce un deuxième tome apporte lui aussi son lot d’interrogations.

Après l’effondrement
de Christophe Martinolli
https://christophemartinolli.blogspot.com/

Engrenages et sortilèges

Des automates ? De la magie ? Deux adolescents et leurs familiers contre le reste du monde ? Décidément, en ce moment, la littérature jeunesse française aime le steampunk. Après l’excellent Rouille, je me suis laissée tenter par la couverture d’Engrenages et Sortilèges d’Adrien Tomas en trainant sur Netgalley.
Bien m’en a pris. J’ai suivi en quelques trop courtes heures les aventures de Grise, la mécanicienne et de Cyrus, l’apprenti magicien. Tous deux issus de la bonne société de leur empire d’origine, ils étudient dans une école tenant à la fois de Poudlard et du CNAM. Quatre personnages mystérieux cherchent alors à les enlever. Fuyant, ils découvriront les bas-fonds de la société avant d’être embringués dans un complot pour faire tomber l’Empire. Et revoir au passage leurs certitudes et leurs idées reçues sur le fonctionnement de leur société.
Concédons-le, ce roman a quelques faiblesses : la trame de l’histoire est on ne peut plus classique et certains retournements sont prévisibles longtemps à l’avance. Et si les différents choix politiques sont stylisés à l’extrême, la résolution finale du problème a le mérite de n’être pas aussi tranchée que d’habitude dans ce genre de littérature. En revanche, Engrenages et sortilèges a également de nombreux mérites. Le choix du monde, et du fonctionnement aussi bien de la technologie que de la magie en son sein ne manque pas d’originalité, les personnages bien campés. Et l’action, qui ne faiblit jamais, ne manque pas d’humour. Au final, ce livre arrive à surprendre son lectorat, même en étant habitué du genre.

Engrenages et sortilèges
d’Adrien Tomas
Éditions Rageot

Opération Sabines — Monts et merveilles t.1

Imaginez un monde où l’Empire romain est toujours bien actif au XXe siècle. Imaginez un monde où Arthur, roi d’Angleterre est parti pour Avalon laissant à des vice-rois successifs la tâche de gouverner l’Empire britannique. Imaginez un monde où la frontière entre notre dimension physique et les dimensions des dieux, des enfers et des fées est si faible que les habitants d’une dimension voyagent relativement aisément dans les dimensions voisines. Ce monde existe dans l’imaginaire de Nicolas Texier et sa série Monts et merveilles.
Le 4e de couverture du tome 1 Opération Sabines étant prometteur, je me suis plongée dans les aventures de Julius Khool, soldat de métier reconverti en majordome et de son jeune employeur Carroll Mac Maël, étudiant enchanteur dilettante. Les deux vont devoir traverser l’Europe des années 30 sur la piste d’un savant de génie, dont les découvertes pourraient faire basculer le monde dans un chaos magique ou une entropie matérialiste suivant la faction qui s’en emparera. De la lagune de Venise aux tréfonds des enfers en passant par Londres et la Forêt noire dans une aventure d’espionnage où les différents intervenants tiennent plus d’Au Service de la France et de Johnny English que de James Bond.
Le tout se lit allégrement malgré le style fleuri, ou plutôt franchement surchargé du narrateur, Julius Khool. Et comme l’ex-soldat a une haute opinion de lui-même, il en rajoute encore quelques couches à la gloire de ses exploits passés. L’univers de Nicolas Texier est un vaste fourre-tout qui mélange dieux gréco-romains et hindous, divinités et monstres celtes (de Gaule, du pays de Galles comme d’Irlande), vampires et Jack l’éventreur. Il y a de quoi perdre le lecteur novice, surtout ce que certains choix de vocabulaire, comme siodh pour sidh (terme désignant l’outre-monde et ses habitants dans la mythologie irlandaise) sont déroutant de prime abord. Au final, l’Opération Sabines se révèle néanmoins très agréable même si sa fin abrupte m’a laissée un peu sur ma faim. Je n’ai plus qu’à mettre la main sur le tome 2 de Monts et Merveilles – Opération Jabberwock quand celui-ci sortira. 

Opération Sabines — Monts et merveilles t.1
de Nicolas Texier
Éditions Les Moutons électriques

Les Chroniques de l’étrange

Débutons l’année avec un genre que j’affectionne particulièrement bien qu’on y trouve du très bon comme du très mauvais : l’urban fantasy. Et plus exactement l’urban fantasy française avec Les Chroniques de l’étrange de Romain D’Huissier. Vous vous doutez que celles-ci appartiennent à la première catégorie.
Cette trilogie a une particularité originale : elle ne se déroule ni à Paris, ni à Londres, ni même en Europe et vous n’y trouverez aucun vampire, elfe, fée ou nain. En effet, les trois romans des
Chroniques de l’étrange (Les 81 frères, La Résurrection du Dragon et Gardiens Célestes) se passent à Hong Kong de nos jours. Ici, la magie et la sorcellerie sont dérivées du syncrétisme religieux propre à l’Asie (animisme, taoïsme, bouddhisme et ses différentes variantes font leurs apparitions) et les monstres sont issus de la mythologie chinoise (même les zombies qui n’ont pas grand-chose à voir ni avec The Walking Dead ni avec les créations de Georges Romero).
Le héros des romans, Johnny Kwan, est exorciste de profession et vend ses talents au plus offrant : mafieux des triades, businessman prospère, simple particulier voulant retirer le mauvais œil de sa maison ou de son échoppe ou encore services de police. Au début de
Les 81 frères c’est justement un inspecteur de police qui le met en relation avec un homme d’affaires amateur d’antiquités pour enquêter sur un cambriolage sanglant. Une relique magique antique a été volée et Johnny Kwan va devoir la retrouver avant qu’elle ne serve dans un rituel qui pourrait plonger Hong Kong d’abord et le reste de l’Asie ensuite dans le chaos. Les deux romans suivants, La Résurrection du Dragon et Les Gardiens célestes sont des suites directes du premier même s’il s’écoule quelques jours à quelques mois entre chaque volume.
L’univers des
Chroniques de l’étrange est plaisant. Ici, même si la vaste majorité des Hongkongais ne savent pas que des créatures magiques existent, celles-ci circulent parmi eux et vivent leur train-train quotidien, prenant métro et ferry au milieu des humains et fréquentant les mêmes restaurants et boutiques. En fait, la plupart des esprits hantant Hongkong sont de bons citoyens, seuls quelques nouveaux venus désorientés et des criminels retors (comme la femme araignée de La Résurrection du Dragon) troublent l’ordre public et nécessite l’intervention d’un exorciste. L’histoire, très calquée dans ses péripéties sur une campagne de jeu de rôle, se lit sans problème. Elle a juste tendance à ouvrir l’appétit, Johnny Kwan ayant la fâcheuse habitude de donner ses rendez-vous professionnels au restaurant et de détailler ce qu’il dévore avec délice. En revanche, les personnages manquent d’un je-ne-sais-quoi pour gagner en profondeur. A deux ou trois exceptions près (la nonne, le fils du parrain d’une des triades), les second rôles sont très rapidement tracés. Dommage.

Les Chroniques de l’Étrange
de Romain D’Huissier
Editions Critic

Hot Space vol.1 — Crash Program

Il y a quelque chose d’étonnant à tenir entre ses mains une histoire achevée alors qu’on la découvre petit bout par petit bout depuis presque le début. C’est l’effet que m’a fait le fait de lire d’une traite Hot Space vol 1. — Crash Program de Le Pixx. J’avais parlé de l’élaboration de cette BD au début de ce blog. Elle est désormais prête à être éditée et sortira en version colorisée en février 2019 chez Kamiti. Cette chronique se base sur la version collector en noir et blanc vendue lors des 15e Rencontres de l’imaginaire.
Nous sommes en 2018 (2019 pour la version classique) et Hot Space vous propose un bon gros pulp spatial comme au meilleur de la SF des années 50 à 70. Avec quand même une différence notable : les héroïnes ne sont pas des potiches, mais de vraies casse-cous (pour ne pas dire pire) à part entière. Avec un caractère bien frappé. Au-delà de ces dames, ne comptez pas sur Hot Space pour arrondir les angles : les dialogues sont cash et le sang gicle très souvent en gros plan.
L’histoire, elle, a un départ assez classique. Nohraïa, l’héroïne principale, pilote de l’armée est mutée dans une station spatiale au fin fond de l’univers connu. Et se crashe dès sa première mission sur une planète aride et hostile. Au fur et à mesure des pages, l’étendue du coup monté qui l’a amené là se dévoile tandis que nous suivons sa progression pour survivre sur la planète. Entre action à la James Bond, western spaghetti et tout simplement aventure spatiale à grande envergure, Crash Program donne envie d’en savoir plus. Il faudra encore attendre pour avoir le volume 2.

Hot Space vol 1 — Crash Program
de Le Pixx
Éditions Kamiti