Après l’effondrement

Cela faisait longtemps que je ne vous avais pas parlé d’un livre autoédité dans ces pages. Réparons cet oubli avec Après l’effondrement de Christophe Martinolli. Jusqu’ici connu pour le thriller politique avec sa trilogie, Corps d’État, l’auteur s’essaye au récit post-apocalyptique.
Ici, l’Humanité sait depuis des dizaines d’années que si elle reste sur Terre, elle est condamnée à disparaître. Une comète se dirige droit sur la planète qui entraînera une série de catastrophes naturelles similaires à celles ayant entraîné la fin des dinosaures. La solution est toute trouvée : migrer vers l’espace. Là où avec un point de départ similaire, dans Lady Astronaut of Mars, Mary Robinette Kowal va se concentrer sur l’aventure spatiale et la façon dont l’Humanité se prépare, pour Christophe Martinolli dans Après l’effondrement, tout est déjà joué. Chaque pays capable de se lancer dans le voyage spatial a construit de grandes arches conçues pour aller coloniser une exoplanète habitable directement au bout d’un millénaire de voyage. Ces arches ne peuvent emporter qu’un nombre limité de personnes et sont donc réservées à l’élite (monétaire, intellectuelle et/ou physique) et à leur famille. Le reste de la population est rejeté à l’extérieur des chantiers de construction tandis que toutes les ressources planétaires sont détournées pour assurer le succès de la migration spatiale. À charge pour eux de se débrouiller comme ils peuvent pour survivre en attendant le météore et éventuellement après.
Sauf que… Une adolescente naïve, mais néanmoins ayant déjà de solides bagages en médecine et au corps d’athlète, refuse au dernier moment de partie et veut rejoindre l’unique bastion de civilisation encore debout hors de la Cité-Arche, 48 h avant le dernier grand départ. Ses parents monteront une véritable expédition militaire pour la ramener au bercail avant l’heure H. Traversant au passage, la campagne alentour dévastée, ses camps de réfugiés et ses bandes redescendues dans la barbarie la plus sanglante pour asseoir leur pouvoir.
Après l’effondrement ne révolutionne pas le genre post-apocalyptique. Les zombies en moins et les Alpes en plus, il lorgne assez fortement du côté de Walking Dead au point d’avoir des « grands méchants » aux noms similaires (Nolan d’un côté de l’Atlantique, Negan de l’autre). Très court, il a également les défauts de sa brièveté : l’action est condensée et l’auteur passe trop rapidement sur des points qui auraient nécessité plus d’explication ou tout simplement d’exposition pour que je m’attache aux personnages. Néanmoins, il pose le problème économique et humain en termes assez clairs, si manquant parfois de nuances. A quel prix êtes-vous prêts à sauver l’Humanité ? Quel équilibre trouver entre confort à court terme et survie à long terme ? Et le retournement final qui annonce un deuxième tome apporte lui aussi son lot d’interrogations.

Après l’effondrement
de Christophe Martinolli
https://christophemartinolli.blogspot.com/

Engrenages et sortilèges

Des automates ? De la magie ? Deux adolescents et leurs familiers contre le reste du monde ? Décidément, en ce moment, la littérature jeunesse française aime le steampunk. Après l’excellent Rouille, je me suis laissée tenter par la couverture d’Engrenages et Sortilèges d’Adrien Tomas en trainant sur Netgalley.
Bien m’en a pris. J’ai suivi en quelques trop courtes heures les aventures de Grise, la mécanicienne et de Cyrus, l’apprenti magicien. Tous deux issus de la bonne société de leur empire d’origine, ils étudient dans une école tenant à la fois de Poudlard et du CNAM. Quatre personnages mystérieux cherchent alors à les enlever. Fuyant, ils découvriront les bas-fonds de la société avant d’être embringués dans un complot pour faire tomber l’Empire. Et revoir au passage leurs certitudes et leurs idées reçues sur le fonctionnement de leur société.
Concédons-le, ce roman a quelques faiblesses : la trame de l’histoire est on ne peut plus classique et certains retournements sont prévisibles longtemps à l’avance. Et si les différents choix politiques sont stylisés à l’extrême, la résolution finale du problème a le mérite de n’être pas aussi tranchée que d’habitude dans ce genre de littérature. En revanche, Engrenages et sortilèges a également de nombreux mérites. Le choix du monde, et du fonctionnement aussi bien de la technologie que de la magie en son sein ne manque pas d’originalité, les personnages bien campés. Et l’action, qui ne faiblit jamais, ne manque pas d’humour. Au final, ce livre arrive à surprendre son lectorat, même en étant habitué du genre.

Engrenages et sortilèges
d’Adrien Tomas
Éditions Rageot

Opération Sabines — Monts et merveilles t.1

Imaginez un monde où l’Empire romain est toujours bien actif au XXe siècle. Imaginez un monde où Arthur, roi d’Angleterre est parti pour Avalon laissant à des vice-rois successifs la tâche de gouverner l’Empire britannique. Imaginez un monde où la frontière entre notre dimension physique et les dimensions des dieux, des enfers et des fées est si faible que les habitants d’une dimension voyagent relativement aisément dans les dimensions voisines. Ce monde existe dans l’imaginaire de Nicolas Texier et sa série Monts et merveilles.
Le 4e de couverture du tome 1 Opération Sabines étant prometteur, je me suis plongée dans les aventures de Julius Khool, soldat de métier reconverti en majordome et de son jeune employeur Carroll Mac Maël, étudiant enchanteur dilettante. Les deux vont devoir traverser l’Europe des années 30 sur la piste d’un savant de génie, dont les découvertes pourraient faire basculer le monde dans un chaos magique ou une entropie matérialiste suivant la faction qui s’en emparera. De la lagune de Venise aux tréfonds des enfers en passant par Londres et la Forêt noire dans une aventure d’espionnage où les différents intervenants tiennent plus d’Au Service de la France et de Johnny English que de James Bond.
Le tout se lit allégrement malgré le style fleuri, ou plutôt franchement surchargé du narrateur, Julius Khool. Et comme l’ex-soldat a une haute opinion de lui-même, il en rajoute encore quelques couches à la gloire de ses exploits passés. L’univers de Nicolas Texier est un vaste fourre-tout qui mélange dieux gréco-romains et hindous, divinités et monstres celtes (de Gaule, du pays de Galles comme d’Irlande), vampires et Jack l’éventreur. Il y a de quoi perdre le lecteur novice, surtout ce que certains choix de vocabulaire, comme siodh pour sidh (terme désignant l’outre-monde et ses habitants dans la mythologie irlandaise) sont déroutant de prime abord. Au final, l’Opération Sabines se révèle néanmoins très agréable même si sa fin abrupte m’a laissée un peu sur ma faim. Je n’ai plus qu’à mettre la main sur le tome 2 de Monts et Merveilles – Opération Jabberwock quand celui-ci sortira. 

Opération Sabines — Monts et merveilles t.1
de Nicolas Texier
Éditions Les Moutons électriques

Les Chroniques de l’étrange

Débutons l’année avec un genre que j’affectionne particulièrement bien qu’on y trouve du très bon comme du très mauvais : l’urban fantasy. Et plus exactement l’urban fantasy française avec Les Chroniques de l’étrange de Romain D’Huissier. Vous vous doutez que celles-ci appartiennent à la première catégorie.
Cette trilogie a une particularité originale : elle ne se déroule ni à Paris, ni à Londres, ni même en Europe et vous n’y trouverez aucun vampire, elfe, fée ou nain. En effet, les trois romans des
Chroniques de l’étrange (Les 81 frères, La Résurrection du Dragon et Gardiens Célestes) se passent à Hong Kong de nos jours. Ici, la magie et la sorcellerie sont dérivées du syncrétisme religieux propre à l’Asie (animisme, taoïsme, bouddhisme et ses différentes variantes font leurs apparitions) et les monstres sont issus de la mythologie chinoise (même les zombies qui n’ont pas grand-chose à voir ni avec The Walking Dead ni avec les créations de Georges Romero).
Le héros des romans, Johnny Kwan, est exorciste de profession et vend ses talents au plus offrant : mafieux des triades, businessman prospère, simple particulier voulant retirer le mauvais œil de sa maison ou de son échoppe ou encore services de police. Au début de
Les 81 frères c’est justement un inspecteur de police qui le met en relation avec un homme d’affaires amateur d’antiquités pour enquêter sur un cambriolage sanglant. Une relique magique antique a été volée et Johnny Kwan va devoir la retrouver avant qu’elle ne serve dans un rituel qui pourrait plonger Hong Kong d’abord et le reste de l’Asie ensuite dans le chaos. Les deux romans suivants, La Résurrection du Dragon et Les Gardiens célestes sont des suites directes du premier même s’il s’écoule quelques jours à quelques mois entre chaque volume.
L’univers des
Chroniques de l’étrange est plaisant. Ici, même si la vaste majorité des Hongkongais ne savent pas que des créatures magiques existent, celles-ci circulent parmi eux et vivent leur train-train quotidien, prenant métro et ferry au milieu des humains et fréquentant les mêmes restaurants et boutiques. En fait, la plupart des esprits hantant Hongkong sont de bons citoyens, seuls quelques nouveaux venus désorientés et des criminels retors (comme la femme araignée de La Résurrection du Dragon) troublent l’ordre public et nécessite l’intervention d’un exorciste. L’histoire, très calquée dans ses péripéties sur une campagne de jeu de rôle, se lit sans problème. Elle a juste tendance à ouvrir l’appétit, Johnny Kwan ayant la fâcheuse habitude de donner ses rendez-vous professionnels au restaurant et de détailler ce qu’il dévore avec délice. En revanche, les personnages manquent d’un je-ne-sais-quoi pour gagner en profondeur. A deux ou trois exceptions près (la nonne, le fils du parrain d’une des triades), les second rôles sont très rapidement tracés. Dommage.

Les Chroniques de l’Étrange
de Romain D’Huissier
Editions Critic

Hot Space vol.1 — Crash Program

Il y a quelque chose d’étonnant à tenir entre ses mains une histoire achevée alors qu’on la découvre petit bout par petit bout depuis presque le début. C’est l’effet que m’a fait le fait de lire d’une traite Hot Space vol 1. — Crash Program de Le Pixx. J’avais parlé de l’élaboration de cette BD au début de ce blog. Elle est désormais prête à être éditée et sortira en version colorisée en février 2019 chez Kamiti. Cette chronique se base sur la version collector en noir et blanc vendue lors des 15e Rencontres de l’imaginaire.
Nous sommes en 2018 (2019 pour la version classique) et Hot Space vous propose un bon gros pulp spatial comme au meilleur de la SF des années 50 à 70. Avec quand même une différence notable : les héroïnes ne sont pas des potiches, mais de vraies casse-cous (pour ne pas dire pire) à part entière. Avec un caractère bien frappé. Au-delà de ces dames, ne comptez pas sur Hot Space pour arrondir les angles : les dialogues sont cash et le sang gicle très souvent en gros plan.
L’histoire, elle, a un départ assez classique. Nohraïa, l’héroïne principale, pilote de l’armée est mutée dans une station spatiale au fin fond de l’univers connu. Et se crashe dès sa première mission sur une planète aride et hostile. Au fur et à mesure des pages, l’étendue du coup monté qui l’a amené là se dévoile tandis que nous suivons sa progression pour survivre sur la planète. Entre action à la James Bond, western spaghetti et tout simplement aventure spatiale à grande envergure, Crash Program donne envie d’en savoir plus. Il faudra encore attendre pour avoir le volume 2.

Hot Space vol 1 — Crash Program
de Le Pixx
Éditions Kamiti

L’Étrange cabaret des fées désenchantées

Les frimas de décembre incitent à se réfugier dans un fauteuil profond avec un bon livre et une boisson chaude pour y lire des histoires magiques. Pour cette saison, notre quête mythologique nous porte vers L’Étrange cabaret des fées désenchantées écrit et illustré par Hélène Larbaigt.
Dans ce cabaret fondé en 1884 par la fée galloise Morte Vanité et sa fille demi-humaine, Guinevra Applewood, les fées des quatre coins du monde et de tous les âges de l’humanité trouvent un refuge. Un endroit pour y retrouver un peu de leur lustre magique d’antan, quitte à ensorceler et gober l’âme de quelques spectateurs. De la Baba Yaga russe à la Circé grecque en passant par une fille de Gorgone, une déesse féline et son ami crocodile, une banshie adepte du vaudou ou 3 Nornes ayant troqué fils et runes contre des cartes de tarot et des chouettes pour lire le destin des visiteurs, ce bel ouvrage nous présente les particularités de chacune des membres de la troupe et nous conte son histoire. Cha
que récit est indépendant, mais il s’intègre tel un maillon dans la longue chaîne de la destinée de L’Étrange Cabaret et ses liens avec l’existence même de ses fondatrices.
Les différents récits sont tous richement illustrés. Ma préférence va au portrait de Morte Vanité et à la double page représentant Memory et les Jackrabbits dansant sur le pont de Prague. Des affiches de spectacles, des billets, des programmes ou des menus issus de l’Étrange cabaret accompagnent les différentes parties. Ils rythment la progression de la lecture à la manière des respirations du conteur lors d’une veillée ou de l’alternance des différents numéros dans un spectacle de music-hall. Ajoutez-y une préface de Claudine Glot et une postface de Pierre Dubois en Mme et M.Loyal de cet
Étrange Cabaret des fées désenchantées et vous obtiendrez le cadeau idéal à offrir à toutes les amoureuses et tous les rêveurs de Féérie.

L’Étrange Cabaret des fées désenchantées
de Hélène La
rbaigt
Éditions Mnémos

Cartographie du désastre

Continuons notre découverte des éditions L’Alchimiste avec un autre recueil de nouvelles dans le genre science-fiction/fantastique cette fois : Cartographie du désastre de Cyril Amourette. Recueil très court de nouvelles, elles-mêmes plutôt brèves même pour ce genre de récit, Cartographie du désastre présente neuf version de la fin du monde ou de la fin d’un monde. Ou plutôt huit, puisque le dernier texte Le jour où Ballard est mort est plus un compte-rendu de l’état du monde et de l’auteur le jour où J.G.Ballard est mort, à savoir le 19 avril 2009 qu’une véritable histoire.
Des huit désastres présentés, comme souvent dans les recueils il y en a pour tous les goûts. Commençons par d’habitude par celles que je n’ai pas aimées, Sans-Pattes et Bienvenue au centre commercial, que j’ai trouvé inutilement choquantes sans être réellement originales. Et franchement Bienvenue au centre commercial m’a fait l’effet d’une resucée du Jour des morts-vivants, zombification et Georges Romero en moins. Avec un style d’écriture nettement en deçà des autres textes du livre. Le dernier voyage, premier récit assez classique donne bien le ton de ce recueil en racontant un homme qui vient d’expédier le dernier vaisseau de colons humains hors de la terre et se retrouve seul sur la planète. Eva, Nicolina et La nuit où le sommeil s’en est allé sont aussi de bonnes nouvelles à lire avec plaisir, mais qui ne resteront pas marquées dans mon esprit. En revanche dans deux genres différents, La Guerre des arbres et Sainte Maggie des Acides, sont deux petits bijoux que je relirais avec grand plaisir. Même si la trame de La Guerre des arbres fait évidemment songer à JG Ballard (encore lui !) et à Brian Aldiss, j’y ai trouvé des échos d’Italo Calvino et une certaine fin poétique. Quant à Sainte Maggie des Acides, n’importe quel lecteur ayant grandi dans les années 80 et se souvenant de la politique intransigeante de Margaret Thatcher ne peut que glousser en imaginant la Dame de fer plonger dans un grand trip sous acide. Et en voyant Alan Moore lui succéder au poste de Premier ministre anglais, j’avoue avoir eu un très grand éclat de rire. Mission accomplie ?

Cartographie du désastre
de Cyril Amourette
Éditions l’Alchimiste

Rouille

Encore un livre que j’ai choisi uniquement sur sa couverture. La demoiselle mécanique embrumée de Rouille de Floriane Soulas me faisait de l’œil depuis longtemps. J’ai profité des 15e Rencontres de l’imaginaire pour craquer. Et le moins que l’on puisse dire est que j’ai bien fait. Il a suffi d’une après-midi pluvieuse pour le dévorer.
Encore une enquête steampunk me direz vous ? Eh oui, Rouille se déroule dans un Paris de la fin du 19e siècle où la Lune et ses ressources minières ont été conquises, et où une série de meurtres assez répugnants met la police sur les dents. Pour autant, le roman ne manque pas d’originalité. Là où généralement, le personnage principal est une personne de la bonne société qui se mêle volontairement ou non aux bas-fonds, dans Rouille, le personnage est une prostituée amnésique. Alors qu’elle s’échappe régulièrement de sa maison close à la recherche de sa mémoire, sa meilleure amie se fait massacrer. Elle va décider de mener l’enquête auprès de ses clients, mais également en faisant du chantage à son souteneur.
Dans Rouille point de magie, juste des métaux lunaires aux propriétés étranges et des bricolages biomécaniques franchement peu ragoûtants. Étrangement les chats et les pigeons, pourtant légions à Paris, échappent aux expériences des uns et des autres. Même si la résolution finale de l’enquête se laisse deviner aux deux tiers du roman, l’histoire est suffisamment originale pour accrocher la lectrice que je suis jusqu’au bout. J’apprécie notamment, la fin ouverte qui pousse l’héroïne vers d’autres horizons. Et certaines idées me semblent particulièrement intéressantes, comme le dôme enserrant les beaux quartiers de Paris ou la façon dont la symbiose entre le métal et la chair est utilisée tout au long du roman. Malgré le métier de sa protagoniste principale, Rouille est vendue par son éditeur comme un roman pour jeunes adultes. Vous n’y trouverez donc pas de présentation explicite de son travail. En revanche, suivant un aphorisme cher aux séries TV, aux films et aux jeux vidéo, la violence semble moins choquante que le sexe. Et les descriptions des cadavres et des différentes bagarres sont elles très détaillées, sanglantes et assez violentes. Je ne suis pas sure du bien fondé de cet aphorisme, mais soit. Soyez donc prévenus que la rouille n’est pas la seule matière rouge à couler dans ce roman. Et régalez-vous de cette balade dans les bas-fonds de Paris.

Rouille
de Floriane Soulas
Éditions Scrineo

Sorcière de Chair

Si vous aimez les thrillers bien noirs et si le fantastique ne vous rebute pas, notez le nom de Sarah Buschmann. Sa Sorcière de Chair a de quoi donner des cauchemars à Maxime Chattam ou Jean-Christophe Grangé sans aucun souci.
Lors de notre rencontre au Salon fantastique, l’autrice m’avait prévenue que son livre était sombre. En effet, il l’est, très noir même, mais également très prenant. Sous couvert d’une réinterprétation originale de la sorcellerie, elle signe ici une vengeance familiale implacable.
Le point de départ ? Des meurtres sanglants où seul un type bien particulier de sorcellerie a pu être utilisé comme arme secouent Melbourne. Pour le lieutenant Arabella Malvo de la police criminelle, ces tueries sont encore plus choquantes, car elles lui rappellent un autre massacre par sorcellerie dans lequel elle fut personnellement impliquée sept ans auparavant à l’autre bout du pays.
De flashback en scène de crime, Arabella Malvo va devoir chercher dans son passé la réponse aux crimes du présent, sans pour autant ni dévoiler son secret à ses collègues, ni perdre pied en affrontant ses fantômes.
Dès les premières pages, le lecteur se doute que la fin sera tragique, et que l’héroïne n’est peut-être pas si incorruptible que ça. Tout l’intérêt de la lecture réside dans le cheminement vers la chute finale. Trouver quelle sera cette chute, qui trahira qui. Et deviner qui se cache réellement derrière ces meurtres. Et là, j’avoue que Sorcière de Chair m’a surprise, même si en reprenant l’histoire depuis le début, les indices étaient présents dès les premières pages. Après un démarrage assez lent, mais bien sanglant pour les amateurs du genre, je me suis prise au jeu et ai dévoré la suite de ce roman en quelques heures. Bonne lecture !

Sorcière de Chair
de Sarah Buschmann
Éditions Noir d’absinthe

Le château

L’Alchimiste est une nouvelle maison d’édition qui veut relier l’imaginaire à l’humain. Et donc qui publiera de la science-fiction, de la fantasy et du fantastique. Autant de genres qui m’intéressent, et quand l’attachée de presse m’a confié quelques titres à lire, j’avoue ne pas avoir refusé. Et pour le premier critiqué, j’ai choisi celui dont le titre m’inspirait le plus sur le moment, sans même en lire le résumé : un véritable OVNI. Découvrons ensemble Le Château de Laurent Hellot, dont je ne sais trop s’il est une bonne piste pour comprendre la ligne éditoriale de cette nouvelle maison, pour nous faire une opinion.
Déjà, il faut définir ce qu’est Le Château. Est-ce une fiction ? Est-ce un long poème ? Pour moi, le livre de Laurent Helliot est à mi-chemin entre les deux genres. Ce n’est pas un roman, mais plutôt une longue nouvelle divisée en plusieurs chapitres. L’histoire en elle-même n’est pas captivante : un homme seul garde l’entrée d’un mystérieux château à l’intérieur duquel il n’a jamais mis les pieds. Au fil du récit, il fera des rencontres étranges : une belle dame, une météorite, un vaisseau pirate fantôme… Et chaque rencontre le changera peu à peu, jusqu’au retournement final.
En revanche, plus que la trame en elle-même, le rythme du récit m’a séduite. Sa musicalité proche de la berceuse est intéressante. Certains personnages évoquent les légendes celtiques, d’autres sont plus proches de la science-fiction traditionnelle ou même de l’imaginaire hollywoodien. Il y a en donc pour tous les goûts et l’auteur passe d’un style à l’autre de façon fluide.  Que vous le picoriez chapitre par chapitre, ou que vous le lisiez d’une traite, ce beau texte vous laissera rêveur…

Le Château
de Laurent Hellot
Éditions L’Alchimiste