Les nourritures extraterrestres

En ce mois d’octobre propice à l’imaginaire, et alors que la météo se refroidit de plus en plus, pourquoi ne pas faire un petit tour en cuisine ? Les livres de recettes inspirés par des œuvres de fiction se multiplient de nos jours : avec le succès des différentes déclinaisons de Gastronogeek dont le dernier vient de sortir, les adaptations de recettes tirées de Star Wars ou même pour les plus aventureux du Disque-Monde, il y a de quoi faire. Mais les livres de science-fiction mêlant recette de cuisine et véritable romans sont nettement moins fréquents. Paru aux Éditions Denoël en 1994, Les nourritures extraterrestres de René et Dona Sussan est à la fois un précurseur des ouvrages précédemment cités et une petite intrigue policière très agréable.

Côté intrigue policière, l’histoire se passe sur Apicius où des jeux interstellaires de gastronomie sont organisés. Un jeune cuisinier terrien va disparaître alors qu’il cherche un ingrédient secret, et son patron, chroniqueur gastronomique refusant absolument de manger autre chose que de la nourriture terrestre, se lance sur ses traces. Au fur et à mesure de son enquête, il croisera des populations bien connues du lecteur amateur de fantasy et de science-fiction que ce soit les Elfes du Seigneur des Anneaux, les Fremen d’Arrakis ou même Valentin de Majipoor. Et il se servira des notes laissées par son cuisinier pour retracer son parcours. Ici nous avons la transition vers le livre de cuisine classique. Les notes en question sont des fiches permettant de réaliser les plats extraterrestres avec des aliments bien terrestres et trouvables assez facilement en France à condition d’avoir une ou deux épiceries exotiques à proximité.

Côté cuisine donc, comment sont ces recettes ? J’avoue, je n’ai pas testé les 102 recettes que retranscrit ce livre. Certaines comme les papillons glacés de Chula sont trop longues et minutieuses à réaliser pour ma non-patience légendaire, d’autres comme les coquelicots de la zone crépusculaires par manque de goût pour les ingrédients terrestres utilisés, voire par manque d’attrait pour le plat originel. Qui donc voudrait manger le bourron égalitaire servi à tous et à chaque repas sur la Wyst inventée par Jack Vance ? D’autres recettes sont en revanche devenues des classiques de ma cuisine, comme le gâteau au cassis de l’Amas d’étoiles issu également de l’imagination fertile de Jack Vance, la rascasse sanzaret de Douglas Adams, le coulis au paradan de Caraban de mon cher Frank Herbert (qui accompagne à merveille un poulet grillé) ou les œufs de Korvil dont la couleur impressionnante fait toujours son petit effet au moment d’Halloween. Du salé au sucré, en passant par les boissons chaudes et froides, avec ou sans alcool, ce livre a de quoi satisfaire tous les goûts. Et que vous fassiez un repas (ou plusieurs) autour de votre genre littéraire préféré, ou simplement que vous tentiez une recette ou deux pour épater le voisinage sans rien dire, il vaut le coup d’être conservé précieusement. La trame de l’histoire est plaisante, mais convenons-en, ce n’est pas le point fort de ce livre. Qui m’a fait au passage découvrir Damon Knight, comme sa nouvelle Comment servir l’homme joue un rôle important dans l’enquête. Bonne lecture et bon appétit !

Les nourritures extraterrestres de René et Dona Sussan
Éditions Denoël

Les Histoires de Franz

Avez-vous un ou des auteurs qui vous font acheter leurs livres sans même regarder le résumé en couverture sachant que vous ne serez pas déçu ? Personnellement j’en ai plusieurs, et le plus souvent ces auteurs comme John Irving ou Fred Vargas sont souvent synonymes de temps de sommeil écourté tant j’ai du mal à lâcher leurs univers. Martin Winckler fait parti des élus, depuis que je suis tombée par hasard sur La Maladie de Sachs. Autant vous dire que le dernier en date, Les Histoires de Franz, aussitôt aperçu en vitrine d’une de mes librairies fétiches s’est retrouvé tout en haut de ma pile à lire (grâce à un cadeau d’anniversaire tardif).
Ce nouveau roman est la suite d’Abraham et Fils et reprend les mêmes personnages : Abraham, le père médecin rapatrié venu d’Algérie reprendre un cabinet dans la Beauce, Franz son fils, Claire sa deuxième épouse et Luciane, la fille de cette dernière. Et là où le premier roman décrivait l’installation du père et du fils au milieu des années soixante dans une petite ville de province, le deuxième s’intéresse plus particulièrement à l’adolescence du fils à la fin de cette même décennie, avec les changements radicaux entre la période pré-Mai 68 et la bourrasque de liberté post-Mai 68 qui retombera bien assez vite.
La construction du roman est particulièrement intéressante : il s’agit d’un dossier d’inscription envoyé par Franz à un mystérieux organisme (dont nous ne saurons de quoi il s’agit qu’à la fin). Retranscrivant ses journaux intimes, des extraits de ses fictions, ou les lettres de recommandation adressées par ses proches, le portrait de Franz et de sa famille se dresse par touches impressionnistes, même si certaines scènes sont plus chargées en action et en émotion. La seule chose qui ne m’a pas semblé indispensable sont les passages contés par la maison elle-même. La touche de fantastique qu’elle apporte semble un peu hors de propos par rapport au reste du récit, tant par la forme que par le fond.
Notons qu’il n’est pas nécessaire d’avoir lu Abraham et Fils pour apprécier Les Histoires de Franz. Avec les mêmes personnages et se suivant chronologiquement, les récits restent largement indépendants l’un de l’autre et les quelques références sont expliquées directement sans accrocs. Vous pouvez même lire le premier après Les Histoires de Franz si ce dernier vous a plu. Ou le relire en attendant le troisième volume des aventures de Franz Fargas. Changement de continent, changement de décennie, j’ai déjà hâte de connaître la suite.

Les Histoires de Franz de Martin Winckler
Éditions P.O.L

Le Paris des Merveilles – Les enchantements d’Ambremer

De Pierre Pevel, j’avais lu le tome premier du Haut-Royaume et celui des Lames du Cardinal. Le style était assez clair et enlevé pour m’emmener jusqu’au bout des livres, mais mon peu d’intérêt pour ces histoires de fantasy sommes toute très convenues ne m’avait pas donné envie d’aller plus loin. Or, si je ne suis pas une grande amatrice de fantasy dite « classique », j’ai un très très gros faible pour la littérature steampunk et la fantasy humoristique. Profitant d’une des GrosseOP de Bragelonne, j’ai donc pris le tome 1 du cycle Le Paris des Merveilles en promotion à 0,99 €.

Et là, Pierre Pevel s’est révélé beaucoup plus intéressant à mes yeux que lors de mes précédentes tentatives. Certes je n’y retrouve pas l’ironie, les bons mots ou l’inventivité dont fit preuve Terry Pratchett dans sa saga Discworld, mais j’ai dévoré ce court roman en quelques heures d’insomnie avec grand plaisir. Pour une fois qu’un roman steampunk ne se passe pas à Londres ni à la toute fin du 19e siècle, cela change !

J’ai particulièrement aimé la création de créatures originales comme les chats-ailés ou les arbres parlant, ainsi que certains clin d’œil comme l’apparition de la fine équipe des Brigades du Tigre en précurseur de la police scientifique. L’histoire, à la différence du souvenir que j’avais gardé des deux autres livres, est également moins prévisible (sauf la fin) , tout en progressant assez rapidement.

Pour autant, certains détails m’ont agacée, comme le fait que le narrateur parle directement à son lecteur pour lui faire remarquer tel ou tel détail de son récit. Frédéric Dard était certes coutumier du fait, dans ses San-Antonio, mais comme il le faisait en tant que Commissaire San-Antonio racontant ses aventures avec toute l’exagération liée à son caractère, ces écarts ne sortaient pas le lecteur du récit en cours. Ici ce ne sont ni Griffont, ni Isabel de Saint-Gil ni aucun autre des personnages qui écrivent après coup les aventures. Ces interventions arrivent comme un cheveu sur la soupe. La fin semble aussi très vite amenée et emballée. Du coup, dans l’édition de Bragelonne (je ne sais si cela était déjà le cas dans l’édition originale), on se retrouve avec une courte nouvelle liée à l’univers de Jules Verne. Certes la nouvelle est plaisante, mais j’aurais préféré une fin un poil plus longue pour être moins bâclée.
Du coup, vais-je lire les deux autres tomes ? Oui, certainement si Bragelonne les ajoute à sa prochaine GrosseOP, ou si je les trouvent à l’occasion. Mais je ne précipiterai pas pour aller les commander de suite chez mon libraire.

Le Paris des Merveilles – Les enchantements d’Ambremer
de Pierre Pevel
Éditions Bragelonne

Cinq nouvelles fantastiques du XXIème siècle

Si souvent fantastique rime avec horreur ou épouvante dans l’esprit des gens, en littérature européenne ce n’est pas toujours le cas. Que ce soit Le Horla de Guy de Maupassant, La Peau de Chagrin d’Honoré de Balzac, Le K de Dino Buzzati ou Le Vicomte pourfendu d’Italo Calvino, le fantastique est souvent l’intrusion d’un élément étrange dans un univers pourtant bien réel. Étrange et féérique, étrange et épouvantable ou simplement étrange et portant matière à réflexion. Et qu’en est-il du genre dans ce début de 21e siècle ? Cinq écrivains et deux illustrateurs français ont chacun, à leur façon, apporté un début de réponse dans les textes du recueil Cinq nouvelles fantastiques du XXIème siècle.
À la lecture, on peut en conclure que le fantastique se porte toujours aussi bien. Que la trame du récit soit finalement assez classique comme dans Personne d’Alain Sevestre ou Poupée à sorts de Xavier Mauméjean, plus tortueuses comme Froid de Gaëlle Obiégly ou Vie posthume d’Edward Markham, ou hélas un peu trop ancrée dans le réel à mon goût pour À l’horizon des événements d’Éric Pessan, les récits de ce court livre ne se lisent pas d’une traite. Chaque texte, et les illustrations qui vont avec, se déguste lentement et se savoure. Pour tout vous dire, moi qui d’habitude dévore les livres que j’aime très vite – trop vite parfois- là j’ai pris mon temps : au mieux une nouvelle par jour. Certes la reprise du travail est là, mais il s’agissait surtout de digérer les textes, de les laisser reposer pour mieux les apprécier. D’ailleurs, je pense que je reviendrais à ce recueil d’ici quelques mois. En y lisant une nouvelle par-ci, une autre par-là.

Cinq nouvelles fantastiques du XXIème siècle
de Alain Sevestre, Éric Pessan, Gaëlle Obiégly, Pierre Cendors et Xavier Mauméjean
Illustrations d’Adrien Demon et Élise Dupeyrat
É
ditions Capricci

Sorcières associées

Des détectives enquêtant dans un monde de fantasy, c’est assez classique. C’est même devenu l’un des clichés de l’urban fantasty, voire de la bit-lit, comme le prouvait encore récemment Dirty Magic. Pour autant, Sorcières associées d’Alex Evans arrive habilement à détourner le genre. Premièrement, nous ne sommes ni dans un environnement urbain moderne ni dans un Moyen-âge revisité à la sauce fantastique. Jarta, la cité où s’activent nos sorcières est une version steampunk de Singapour ou de Hong Kong, sans que les machines à vapeur n’y soient omniprésentes.
Deuxièmement, nos protagonistes, Tanit et Padme ne sont pas à proprement parler des détectives, mais deux sorcières dans la force de l’âge (fin de trentaine, début de quarantaine). Vétérans des guerres meurtrières ayant déchiré il y a quelques années leur monde, elles ne sont pas des donzelles s’agitant en tout sens en attendant l’âme sœur, n’est-ce pas Charlaine Harris et Laurell K Hamilton ?
Certains clichés de polars sont quant à eux respectés. Comme dans Amicalement Votre, l’une est issue d’un milieu aisé, l’autre a grandi dans la misère et la criminalité. Comme dans Des Agents très spéciaux, elles furent avant de se connaître combattantes dans des camps opposés. Il en reste d’ailleurs de nombreux non-dits entre elles. Et comme dans la majorité des histoires policières, les deux affaires présentées au début n’en font qu’une et ont des ramifications avec le passé des sorcières. De quelles affaires s’agit-il ? Oh trois fois rien. D’une part, trouver qui a attiré et piégé un vampire dans la dimension des humains, tout en empêchant son client de tuer pour se nourrir. D’autre part, enquêter sur une série de dysfonctionnement dans une usine automobile où les ouvriers ont été remplacés par des zombies.
Le tout est particulièrement bien écrit avec un ton propre à chacune des narratrices. Et les 276 pages se dévorent en quelques heures. Action, humour (notamment avec la fille de l’une des sorcières qui se décide à apprivoiser un gremlin) et réflexion, tous les ingrédients pour une lecture de détente de fin d’été sont réunis avec goût.

Sorcières associées d’Alex Evans
Éditions ActuSF

Astérix – Les citations latines expliquées de A à Z

Si vous lisez ces pages, vous savez désormais qu’outre la science-fiction, j’ai un gros faible pour la bande dessinée. Et si en temps normal, ce sont plutôt les comics qui m’attirent en premier (qu’ils soient signés Marvel, DC ou qu’ils émanent d’éditeurs nettement plus petits), certains « monuments » de la bande dessinée européenne me font fondre. C’est notamment le cas des Astérix de la grande époque Uderzo et Goscinny qui peuvent être lus, relus et redévorés à intervalles réguliers. Tombant chez Nature et Découvertes sur cet ouvrage, Astérix — Les citations latines expliquées de A à Z, je me suis penchée sur la question.
Deux heures plus tard, j’en suis ressortie avec un grand sourire et pleine de nouvelles informations plus ou moins utiles sur les citations latines (et au moins une en grec !) présentes dans les albums d’Astérix. Qu’elle soit d’époque, postérieure, voire totalement apocryphe, chaque citation est illustrée par la ou les cases où elle est présente, sa signification et l’origine de son histoire. Ne ratez pas non plus les explications du légionnaire Petitplus pour aller parfois plus loin. Enfin, ce petit livre de référence offre aussi un lexique des graffiti et inscriptions latines trouvées dans les BD, et une présentation brève des auteurs officiels des citations et de l’histoire du monde romain.
Que vous soyez fan d’Astérix ou que vous vouliez découvrir le latin (à l’occasion de l’entrée en 5e par exemple), ce petit livre intelligent et amusant est fait pour vous.

Astérix – Les citations latines expliquées de A à Z de Bernard-Pierre Molin
Editions du Chêne – Hachette

Arelate

« Tu aimes les films sur les gladiateurs ? » Si vous répondez oui, avant même que le commandant de bord de votre avion ne finisse sa phrase, si vous avez vu Ben-Hur, Spartacus (le film comme la série) ou Gladiator, cette bande dessinée est faite pour vous. Non parce que vous y retrouverez les clichés hollywoodiens musclés, huilés et assoiffés de vengeance, mais parce que vous y lirez une histoire bien plus proche de la réalité historique. Rassurez vous, la vengeance, l’huile et les combats restent bien présents tout au long des pages. Mais ils ne sont pas les seuls intérêts de cette bande dessinée. Outre la vraisemblance historique, et le fait que l’action se déroule principalement à Arles (l’Arelate du titre), les héros ne sont pas tous gladiateurs : la femme de Vitalis, le jeune Neiko ou même Atticus l’entraîneur y tiennent un rôle tout aussi important.
Du coup, l’intrigue ne se limite pas à l’arène et autre salle de banquets pour péplum des années 50. Du port au forum en passant par les différentes tavernes et échoppes du coin, l’histoire se construit peu à peu.
A dire vrai, j’avoue avoir eu un peu de mal à entrer dans l’intrigue. Au départ, le héros principal – joueur, ivrogne au coup de poing facile me semblait un mauvais précurseur de Clint Eastwood période orang-outan. Et pour une habituée des comics depuis toute petite, lire un triple tome en dégradé de noir, blanc et sépia… Rapidement, le charme agit. L’idée que le sépia indique le temps présent alors que le noir et blanc pur renvoie au passé marche bien. Le bagarreur met de l’eau dans son vin, les autres personnages prennent de l’importance, et mon attrait pour la vie romaine, mais également la découverte du sport de combat antique qu’était la gladiature m’ont emporté au premier siècle de notre ère sur les traces de Vitalis et des autres membres de son équipe.
Attention, si vous choisissez comme moi de prendre directement le premier cycle, ne sautez pas les pages post-histoire pour en apprendre plus sur Arelate, ses bâtiments et la vie de ses habitants gallo-romains. Richement illustrés, ils sont très instructifs sans pour autant être ennuyeux.
Maintenant que le premier cycle est terminé, je vais rapidement poursuivre la lecture avec le tome 4 et les aventures de Neiko.

Arelate — premier cycle de Laurent Sieurac et Alain Genot
Éditions 100 Bulles

Avis d’invitée : La mécanique du coeur

Ce blog s’ouvre parfois à des invités qui nous font partager leurs coups de coeur. Ici, Fiona, 10 ans, nous explique pourquoi lire La Mécanique du cœur de Mathias Malzieu


Jack est né le jour le plus froid du monde, en 1874 à Édimbourg et son cœur en reste gelé. Le D
r Madeleine lui installe une horloge à la place. Du coup, son cœur fait toujours : tic-tac tic-tac. Jack n’a pas le droit de se mettre en colère ou de tomber amoureux, ce qui déréglerait son horloge-cœur. Mais le jour ou il voit une petite danseuse de flamenco à l’âge de 10 ans, il en tombe instantanément amoureux ; il va donc aller à l’école pour la retrouver, mais ne la trouve pas et subit beaucoup de moqueries de la part de ses camarades, surtout par un dénommé Joe (ancien amoureux de la petite danseuse). Trois ans après, ça dégénère et Jack est obligé de partir. Il va se mettre en tête de retrouver Miss Acacia, la petite danseuse de flamenco et va découvrir de nouvelles personnes… Et en retrouver certaines.

J’ai beaucoup aimé ce livre, qui exprime bien les pensées de quelqu’un qui est différent (en l’occurrence Jack) et qui se lit facilement. Il y a évidemment quelques passages où l’on se perd un peu, mais dans l’ensemble, il est très bien. Il est drôle, émouvant, avec parfois une pointe de dureté. Je vous le conseille vivement.

La mécanique du coeur par Mathias Malzieu
Editions Flammarion (et J’ai lu en poche)

Eschatôn

Si mes années lycée m’ont bien appris une chose, c’est que la prière est totalement inutile pour changer le cours d’une dérivée ou parvenir à absoudre n’importe quelle équation mathématique. En revanche, les coups de gueule et les tapotages au pifomètre de claviers peuvent soit dompter les ordinateurs les plus rétifs soit les précipiter dans des abysses insondables du plantage irrécupérables. Lire Eschatôn, c’est en quelque sorte revivre ces mêmes expériences en 269 pages. Ou plutôt regarder les différents personnages de cette saga futuriste incongrue les vivre à la place du lecteur. Sur à une rupture du multivers dans un voyage interstellaire jusqu’ici sans histoire, deux espaces-temps différents sont entrés en collision et l’humanité a du se confronter à des êtres gluants, visqueux, tentaculaires et sans forme (toute ressemblance avec les Grands Anciens d’un certain HPL étant parfaitement volontaire). Des générations plus tard, la confrontation avec ces Puissances étrangères s’est déplacée sur le champ de bataille religieux. Puisque la science – pardon la sapience – est responsable de cette catastrophe stellaire, bannissons toute science (y compris le calcul autre que compter sur ses doigts ou les machines dépassant la carriole) et comptons sur la prière, et une variation de la Force échappée de Star Wars pour nous en sortir. Toute tentative pour quitter le chemin sacrée est punie de mort. Et pourtant quelques soldats croisés vont se retrouver confrontés à l’impensable. Pris entre la science, leurs propres systèmes de croyances et l’esclavage des Puissances, abandonnés dans une planète perdue au milieu de nulle part, ils devront faire leurs propres choix. Et au final, sortir l’humanité de cette nouvelle période d’obscurantisme. Si la mise en place de l’histoire est un peu lente à se mettre en place, alors que la fin est expédiée en — soyons généreuses — trois pages et un épilogue d’une page, le livre se déguste très bien. Le postulat de base est original et, une fois qu’on apprend à les connaître les personnages sont attachants, particulièrement dans mon cas, Alania et Lothe. Il y a tout de même un grand manque, j’aurais aimé avoir le point de vue d’une des Puissances échouées dans notre univers.

 

Eschatôn de Alex Nikolavitch
Editions Les Moutons électriques

Le marchand d’âmes

Lors de notre rencontre sur un salon, l’auteure m’avait prévenue : ce livre est dédalesque, tout en faux-semblant et en retournement. Elle n’a pas menti. Autant dire qu’il faut s’accrocher le long des pages pour ne pas perdre le fil. Bouclez votre ceinture, ce voyage du fond des Enfers jusqu’à une version future de notre réalité n’est pas sans détour. Mélangeant la mythologie grecque, parfois la plus obscure comme Héméra ou Ceto, et science-fiction pure et dure, Le Marchand d’âmes nous offre à la fois une aventure initiatique somme toute classique dans la littérature imaginaire, et une réflexion sur la définition même d’un être vivant et conscient. Est-on encore vivant quand on passe plus de temps dans un monde imaginaire que dans le réel, ici abandonné totalement à la toute-puissance de corporations multinationales ? À quel moment peut-on dire d’une entité artificielle qu’elle a dépassé sa programmation et est devenue pleinement consciente ? Comment différencier dans un environnement virtuel, les individus d’origines humaines de ceux générés par ce même environnement ? Sur ces interrogations classiques en SF, Chris Rigell arrive à créer une histoire attachante, alors que son personnage principal, Orion, se laisse porter par les évènements durant les deux tiers du livre. Ses questions, ou souvent son obstination à les éviter, ses peurs, ses élans émotionnels nous le rendent particulièrement humain. À noter : outre le texte, le livre est magnifiquement illustré. Il ne s’agit pas juste de décorations, mais, tout comme les choix typographiques, d’un second niveau de lecture par rapport à l’intrigue.

Le marchand d’âmes de Chris Rigell
Editions Underground