Dino Hunter

J’avoue : en présence d’un dinosaure dans un ouvrage de fiction, je perd rapidement toute objectivité. Ce qui me permet d’apprécier largement l’intégralité des Jurassic Park et autres Jurassic World au cinéma sans m’arrêter sur les gouffres logiques des scénarios. Ce qui fait que j’ai un faible pour Sauron en tant que méchant des X-Men. Et qui fait que je me suis régalée à lire Dino Hunter d’Olivier Saraja, avant de me le faire piquer par toute la famille.
Publié dans la collection Pulp des défuntes Éditions Walrus, Dino Hunter ne se prend pas au sérieux. Il y a de l’action, des dinosaures, des extra-terrestres et des situations invraisemblables à gogo. Pour autant, avec ce titre Olivier Saraja ne prend pas ses lecteurs pour des idiots. Bien au contraire, il les rend complices de son délire en jouant habilement avec les clichés du genre et en les entraînant là où ils ne s’attendent pas.
Tout commence pourtant par une simple balade le long du Rio Grande avant de virer au Jurassic Park moderne pour se terminer en invasion extra-terrestre grandiloquente… Et visiblement, une fin ouverte pour, éventuellement, lire un jour la suite des aventures d’Howard Buck. Comme tout bon roman pulp, ne vous attendez pas à des explications logiques : des vaisseaux sortent tout droit du cœur du soleil, des ptéranodons vivent encore à l’état sauvage à la frontière entre le Mexique et les États-Unis, et les motels américains laissent des squatteurs s’installer chez eux sans pantalon à l’heure du déjeuner… Laissez-vous simplement porter par les aventures de Buck et d’Amanda, imaginez-vous chevauchant votre dinosaure favori dans un décor de Far West et appréciez ce livre.
En revanche, comme les éditions Walrus ont fermé, si vous voulez vous le procurer je vous conseille de prendre directement contact avec l’auteur et de suivre ses explications ici : https://oliviersaraja.wordpress.com/2018/06/27/walrus-ferme-ses-portes/. A priori dès septembre, il devrait être réédité ailleurs, mais nous en saurons plus à ce moment-là.

Dino Hunter
de Olivier Saraja

L’Effet domino

Si vous êtes nostalgique des Brigades du Tigre, si vous aimez l’histoire, si vous avez adoré l’Aliéniste (le livre de Caleb Carr comme la série), ou si tout simplement vous cherchez un bon livre policier, laissez-vous tenter par L’Effet domino de François Baranger. L’ayant acquis lors de la toute dernière #GrosseOP des éditions Bragelonne, j’ai lu d’une traite ce livre lors d’un voyage.
En bon thriller, il oppose un flic taciturne et sa petite équipe à un tueur violent et maniaque. Sauf que là où les histoires de tueurs en série se situent généralement soit dans le monde anglo-saxon, soit à partir de la fin du XXe siècle, François Baranger a choisi pour L’Effet domino une période méconnue de l’histoire : le Paris de 1907 pris entre la Commune de 1871 et la montée vers la Première Guerre mondiale. À mi-chemin entre le XIXe siècle et les esquisses des méthodes modernes de police, l’enquête de l’inspecteur Lacinière sur les traces du « tueur à répétition », le Domino, oscille également entre le récit historique et le polar bien noir classique. De fausses pistes en frein politique, celle-ci va buter contre un certain nombre d’obstacles avant d’arriver par des chemins détournés, et une touche de magie, au dénouement final.
L’Effet domino, comme tout bon polar, ne se lâche plus une fois entamé. Hormis quelques descriptions historiques qui ont agacé la lectrice que je suis, traumatisée par une étude scolaire de Zola, il apporte une touche de dépaysement bienvenue dans les thrillers. Ayant découvert l’auteur, je suivrais, s’il y en a, la suite des aventures de son inspecteur de près.

L’Effet domino
de François Baranger
Éditions Bragelonne

Fil rouge 2018 : L’étrange affaire Nottinger

Oui je sais, j’avais promis de ne plus relire de livre «lovecraftien» avant le prochain The Laundry Files de Charles Stross cet octobre. Mais j’ai voulu profiter de la thématique Fil rouge de juillet (un auteur francophone) pour découvrir une plume que je ne connaissais que par Twitter interposé. J’ai donc pris L’étrange affaire Nottinger de Claire Billaud sans même savoir de quoi parlerait l’intrigue. Je me doutais juste que le livre aborderait l’un de mes genres de prédilection — SF, fantastique ou policier — sans savoir lequel. Et ce fut les deux derniers genres qui sont abordés.
Sur une trame très classique pour un récit dans l’univers lovecraftien — un étranger entre en contact avec une famille maudite et se retrouve piégé par cette malédiction — L’étrange affaire Nottinger restitue un récit solide et résolument moderne. En effet, l’histoire se place dans l’Angleterre du XXIe siècle et non dans
la campagne américaine du début du XXe siècle. Et le personnage principal est une femme, détective de son état. De plus, nous ne sommes pas surpris. Dès les premières pages, le prologue nous informe que l’histoire se terminera mal pour presque tous les personnages. Sauf que…
Comme dans tout bon polar, Claire Billaud revient sur ses pas pour nous raconter comment le drame s’est noué, avec une intrigue en deux parties : d’abord du point de vue de la détective, puis de celui de l’inspecteur adjoint. Si comme moi, vous avez lu de nombreux récits sur le mythe de Cthulhu vous ne serez peut-être pas surpris par les différentes évolutions de l’histoire. Mais l’écriture fluide et la construction très bien imbriquée des différentes pièces
et indices. De plus, pour une fois ce ne sont pas les plus connus des Grands Anciens qui ont la vedette, mais l’obscur Hastur l’indicible, dont au fil des nouvelles on ne sait pas s’il est complètement mauvais ou juste légèrement. Je vous laisse découvrir quelle version a choisie Claire Billaud dans L’étrange affaire Nottinger. Au passage, ce récit relativement court est également une très bonne porte d’entrée dans l’univers de Lovecraft pour un jeune lecteur adolescent ou préadolescent.

L’étrange affaire Nottinger
de Claire Billaud
Éditions

Lucide — T.1 : Initiation

Quelquefois, il est bon de lire un livre léger et sans prétention. Ayant particulièrement apprécié Le Collectionneur chez Alter Real, j’ai voulu tester un autre livre chez cet éditeur et ai porté mon choix sur Lucide de Soraya Doye. Même si je ne suis pas franchement le cœur de cible marketing pour de la littérature young adult, la couverture m’a attirée. J’avoue un faible pour les améthystes. Ce sont des petits détails dans ce genre qui font parfois pencher la balance…
Si Lucide — T.1 Initiation est une bonne surprise, ce livre n’est pas exempt de quelques défauts comme une romance très convenue avec un retournement final évident, et un équilibre assez étrange entre trop de détails (a-t-on réellement besoin de savoir les moindres détails du mascara ou de la tenue de A. ?) et des incohérences (Depuis quand on peut démarrer en trombe en plein Paris pour aller en voiture au lycée ? Et où Maya trouve-t-elle la place de garer son véhicule en arrivant à l’heure en cours ?). Malgré tout, et si vous n’êtes pas Parisien ces réflexions ne vous viendront pas forcément à l’esprit, Lucide se lit très
bien et raconte une version originale de l’adolescente qui découvre que le monde qui l’entoure n’est pas celui qu’elle connaît et qui va devoir apprivoiser ses nouveaux pouvoirs.
Le jour de ses 18 ans, A.
découvre une étrange marque sur son épaule et rencontre des problèmes de sommeil qui n’ont rien à voir avec l’arrivée du bac dans quelques semaines. Elle va apprendre que, comme sa mère disparue lorsqu’elle avait douze ans, elle fait partie des Lucides, une catégorie d’humain capable d’avoir des rêves conscients et de vivre dans le monde du sommeil comme dans le monde de l’éveil. Certains de ces Lucides ont des pouvoirs dignes de superhéros (dont, ô surprise, A.) et suscitent l’envie d’une mystérieuse faction, les Quartz, qui les fait disparaître. Cette faction s’intéresse très vite à A. et celle-ci va devoir s’allier avec des Lucides sans jamais être sure de pouvoir leur faire confiance tout en n’éveillant pas les soupçons de sa famille et de ses amies.
L’ensemble écrit à la première personne donne une aventure à dévorer très vite, où peu à peu l’on s’attache aux personnages, même si leurs défauts apparaissent de plus en plus flagrants. Ce qui les rend plus réels ? Comme le titre l’indique, Lucide — T.1 Initiation, ce livre est le premier d’une série. Pour ne pas laisser le lecteur sur sa faim, Soraya Doye a justement un peu trop précipité la fin de ce volume. Celle-ci aurait mérité un ou deux chapitres de plus pour être moins embrouillée pour le lecteur. Histoire à suivre au tome 2 ?

Lucide — T.1 Initiation
de Soraya Doye
Éditions Alter Real

Le prince des profondeurs

Avant toutes choses, je dois vous avouer une chose : j’ai détesté mes cours de philosophie en terminale, et ce dégoût de la discipline m’est resté depuis. Pourtant, Peter Godfrey-Smith avec Le prince des profondeurs – l’intelligence exceptionnelle des poulpes m’a presque réconciliée avec la philosophie.
Il faut dire que le livre n’est pas vendu comme un ouvrage philosophique à moins d’aller chercher sur le verso, sous la bannière bleue annonçant une préface de Jean-Claude Ameisen, la mention « Peter Godfrey-Smith est professeur d’histoire et de philosophie des sciences à l’université de Sydney. » D’autant qu’il part de sa propre expérience — des plongées répétées sur le site d’Octopolis — pour nous amener sur le terrain des idées. Avec Le prince des profondeurs, Peter Godfrey-Smith m’a piégée. Je comptais lire un documentaire sur l’intelligence des céphalopodes aux lumières des dernières découvertes scientifiques, histoire d’en savoir un peu plus sur les animaux qui ont inspiré Cthulhu à H.P. Lovecraft et d’autres récits horrifiques dont je suis friande. Et je me suis retrouvée embarquée dans une grande épopée sur l’apparition de l’intelligence dans le monde vivant. Le tout entrecoupé d’interrogations sur ce que c’est l’intelligence, la conscience de soi et le rôle du dialogue intérieur et du langage dans le développement de l’intelligence. Loin de se contenter de comparer les poulpes, les seiches et les humains, Peter Godfrey-Smith repart aux tout débuts de la vie animale au moment où certains organismes unicellulaires se sont regroupés pour former un amas de cellules, et explique les différents mécanismes qui ont peu à peu abouti à la création d’un système nerveux organisé de façon totalement différente entre les céphalopodes et les vertébrés. Il tente également de comprendre ce que ces différences d’organisations et les modes de vie très différents impliquent pour le développement d’une intelligence et d’une forme de conscience, mais également sur les limites de la reconnaissance mutuelle de cette intelligence entre les espèces.
Si le fait de lire un ouvrage scientifique ou philosophique pour le plaisir peut vous sembler rébarbatif, détrompez-vous. Le style de Peter Godfrey-Smith est très clair, largement accessible et bien rythmé. L’auteur émaille ses explications de schémas semblables à des dessins d’enfant ou à des idées griffonnées sur un coin de table comme s’il nous parlait autour d’un café. Et il les entrecoupe de photos prises sur le site d’Octopolis et ailleurs dans ses plongées. La présence de ces supports visuels est un vrai plus humoristique pour entrer dans le bain de ce livre, finalement plutôt court.

Le prince des profondeurs
de Peter Godfrey-Smith
Traduction de Sophie Lem
Éditions Flammarion

En bonus une petite vidéo filmée par l’auteur sur le site d’Octopolis

Un tombeau sur l’île rouge

Souvent un bon roman policier, en plus de proposer un puzzle criminel à résoudre, ouvre une tranche de vie dans les profondeurs de ses personnages. Dans Un tombeau sur l’île rouge, Jean Ely Chab réalise parfaitement ces deux objectifs, mais l’ensemble manque de liant à mon goût. Même si ce roman est une suite de La vallée du saphir, il peut se lire de façon indépendante. À quelques détails près, comme les origines de la rencontre entre Mamabé et Monza, les deux histoires sont indépendantes.
Ici, l’inspecteur Monza a pris de l’expérience, mais il est toujours aussi fougueux. D’une simple mission, rapporter un sac d’ossements au village d’où ils sont originaires, il va faire une enquête avec potentiellement des ramifications internationales. Au fur et à mesure de celle-ci, il croisera des personnages hauts en couleur aussi bien dans les villages de brousse des hauts plateaux qu’à la capitale, Antananarivo. Dans les couches populaires, voire les bas-fonds, comme dans la haute bourgeoisie.
La description des scènes quotidiennes (le dialogue chez le coiffeur du marché ou le passage avec Mamabé chez l’herboriste) et les portraits faits des différents personnages sonnent tous très juste. En revanche, l’ensemble manque de liant. Les errances de Monza au cours de son enquête, ou dans ses relations avec son père, sont certes très agréables à lire, mais bien peu compatibles avec une enquête policière. L’inspecteur semble plus tâtonner sans savoir où il va que prendre la vie comme elle vient à la manière d’un Jean-Baptise Adamsberg. Du coup, la solution finale de l’énigme laisse une impression d’insatisfaction. Loin d’être un gros trafic, tout partait d’une envie mesquine d’un seul homme. Dont les conséquences sont encore plus glaçantes quand on y pense.

Un tombeau sur l’île rouge
De Jean Ely Chab
Éditions du Masque (JC Lattès)

InCarnatis – Le retour d’Ethelior

Le livre ne se limite plus au format papier ou au fichier numérique simple. Au-delà des différentes expérimentations croisées dans ma vie professionnelle, j’ai voulu tester sur un plan plus personnel la chose. En tant que lectrice, le livre augmenté va-t-il me séduire ? C’est chose faite avec InCarnatis – La Vénus d’Emerae et son premier tome Le Retour d’Ethelior de Marc Frachet.
Sur le fond, il s’agit d’un roman de science-fiction post-apocalyptique assez original, tant par la cause de l’apocalypse que par ses conséquences. Et, fait rare en 2018, garanti sans zombie ! Le style d’écriture m’a fait penser à certains romans francophones parus dans les années 80/90 dans la collection Anticipation. J’aurais apprécié un peu plus de profondeur dans les personnages secondaires et peut-être un peu moins de manichéisme. Et j’avoue avoir été très frustrée par la fin abrupte de cette première partie. L’histoire se met à peine en place et l’on rentre enfin dans le vif du sujet quand… « la suite au prochain numéro. » Les concepts présentés sont néanmoins suffisamment intrigants pour donner envie de lire cette fameuse suite.
Sur la forme, j’ai utilisé l’application maison fournie gratuitement pour lire sur mon smartphone le contenu multimédia. Chez soi et en plein jour, cela fonctionne très bien. Il suffit de scanner le QR code et l’image apparaît ou l’animation sonore se lance. L’écoute peut se faire en même temps que la lecture du texte se poursuit sans que cela pose problème. Même les séquences radio passent bien et les informations reçues par ce biais ne m’ont pas gênée pour comprendre ce que je lisais ou vice-versa. En revanche, de nuit ou dans les transports en commune, cela manque vraiment de discrétion. Certes vous pouvez ajouter un casque à votre smartphone, mais personnellement j’ai préféré m’en passer : casque, smartphone et bouquin, ça commence à faire beaucoup en équipement à mon goût ! Et la qualité médiocre du réseau mobile de la RATP interdit tout simplement toute connexion Web dans le métro pour récupérer les éléments. Dans ces cas-là, je me suis contentée de la lecture simple, en cochant les pages avec QR Code pour y revenir plus tard.
Fond et forme réunis, cette expérience fut agréable. Est-ce que je lirais d’autres livres augmentés, hormis les tomes 2 et 3 de InCarnatis – La Vénus d’Emerae ? Pourquoi pas, si les médias sont justifiés et apportent un complément à l’histoire sans freiner la lecture ? Mais ils ne remplaceront pas de sitôt mes autres formes de lectures. Ils n’en ont pas l’ambition d’ailleurs.

Incarnatis – La Vénus d’Emerae
T.1 Le retour d’Ethelior
de Marc Frachet
Éditions ACCI Entertainment

Celle qui n’avait pas peur de Cthulhu

Nous sommes fin mars en cette année dédiée à HP.Lovecraft et je commence déjà à saturer malgré tout mon amour pour l’œuvre d’H.P.L et ses créatures monstrueuses. Pourtant, j’ai craqué lors de Livre Paris 2018 pour un énième livre mettant en scène Cthulhu (et je prévois un craquage en octobre pour le prochain livre de Charles Stross dans la série des Laundry Files avec Nyarlathotep en personnage principal). Pourquoi ? Tout simplement parce que je fais confiance à Karim Berrouka depuis Le club des punks contre l’apocalypse zombie pour me distraire et me faire rire avec une histoire surprenante et rondement menée.
Celle qui n’avait pas peur de Cthulhu tient toutes ses promesses. Ingrid, trentenaire parisienne entre deux jobs et entre deux bars découvre un jour qu’elle est l’élément clé pour enfin réveiller Cthulhu et peut-être détruire l’humanité. Pour celle qui a tendance à se laisser porter par la vie et qui n’a jamais lu une ligne de Lovecraft, l’affaire est surprenante. Surtout quand cinq factions d’hurluberlus mettent tout en œuvre pour la convaincre, la séduire, la menacer ou la kidnapper. Et pourquoi une statuette de scribe volée au Louvre a un rôle primordial dans cette histoire ?
Si vous connaissez aussi peu l’œuvre de Lovecraft qu’Ingrid et que vous n’avez jamais mis les pieds à Paris, ce livre est déjà très réjouissant de drôlerie. Karim Berrouka a un sens inné de la formule. Son « Monjoie ! Saint-Denis ! Fuck the patronat ! » du livre précédent, m’amuse encore. Dans celui-ci, Ingrid a quelques fulgurances linguistiques à rire à gorge déployée dans le métro.
Si en plus, vous êtes fin connaisseur du mythe de Cthulhu ou que vous maîtrisez la géographie parisienne comme votre poche, Celle qui n’avait pas peur de Cthulhu s’avérera encore plus riche et plus drôle. J’ai trouvé la fin en pied de nez particulièrement bien trouvée, même si, Cthulhu, malgré son sommeil profond, est finalement assez bon bougre au réveil.

Celle qui n’avait pas peur de Cthulhu
de Karim Berrouka
Éditions ActuSF

Art et jeux vidéo

L’art ludique existe-t-il ? Quelle relation entretiennent le jeu vidéo et les différentes formes d’art (peinture, cinéma, littérature, musique ou architecture par exemple) ? Dans Art et Jeux vidéo, Jean Zeid, journaliste spécialisé à France Info et commissaire de l’exposition Game l’an dernier, tente de répondre à ces questions.
Que vous soyez joueurs assidus ou occasionnels de jeu vidéo, ou que vous préfériez l’art classique ou contemporain, ce livre, à paraître le 28 mars prochain, est fait pour vous. Que vous le feuilleter comme un beau livre oui que vous le lisiez de bout en bout pour tout savoir sur les relations entre l’univers vidéoludique et le reste du monde artistique et culturel, il se révélera vite un indispensable à votre bibliothèque.
En pratique, il se divise en trois parties. La première, « De l’art, de l’art, de l’art », qui montre les parallèles entre le jeu et certains courants artistiques comme le cubisme, le romantisme ou l’Art Déco. La deuxième, « l’art du jeu vidéo : du clonage au libre arbitre », s’intéresse plutôt aux particularités du jeu vidéo qui pourraient ou non le faire considérer comme un art en soi, et non comme un médium s’inspirant d’autres formes d’arts. C’est dans cette partie que se montrent les différents courants du jeu vidéo : ceux qui mettent d’abord l’accent sur le plaisir et la difficulté de jouer, ceux qui privilégient le côté narratif du support, ceux qui imposent des contraintes fortes aux joueurs (quitte à ce que ceux-ci les détournent pour se réapproprier le jeu) ou ceux qui offrent un monde aussi ouvert que possible. Enfin, la troisième partie, « Hors Jeu », s’intéresse à l’impact du jeu vidéo dans la culture actuelle, dans les musées, les salles de spectacles ou chez le libraire du coin.
Plutôt complet et très instructif, Art et Jeux vidéo n’en demeure pas moins un livre très personnel et subjectif où les goûts de son auteur transparaissent. Ainsi, Heavy Rain de David Cage et la saga de Assassin’s Creed sont fréquemment utilisés comme exemple, alors que Myst, Sybéria ou la série des Resident Evil ne sont presque pas mentionnés. Suivant si vous aimez tel ou tel titre vidéoludique, ces partis pris peuvent vous semblez un manque. Personnellement je reconnais qu’à l’aune du sujet abordé, pour être totalement exhaustif, il aurait fallu bien plus que les quelque 92 pages qui composent Art et Jeux vidéo. En revanche, c’est une porte d’entrée fabuleuse, soit vers le jeu vidéo, soit vers l’art en général.

Art et jeux vidéo
de Jean Zeid
Éditions Palette

1974

Que s’est-il passé en 1974 dans cette maison abandonnée de Sebourg dans le Nord de la France ? Pourquoi les pompiers y viennent-ils un jour la réduire en cendres au lieu d’éteindre l’incendie. Ce roman pourrait sembler un remake de Fahrenheit dès les premières pages, mais non. Avec 1974, Arnaud Codeville signe ici un mélange audacieux de polar bien noir et d’horreur. Preuve s’il en est que l’horreur est un genre qui se porte bien, tant dans le cinéma français que dans la littérature.
Même si je ne trouve pas le personnage principal très sympathique, marcher dans ses pas pour démêler l’intrigue est un véritable plaisir, pour peu que l’on résiste à l’idée de lui hurler dessus par moment pour qu’il se reprenne. Ce que semble être au départ un cas de hantise lié à la disparition d’une adolescente en 1974, se révèle par la suite tenir plus de la sorcellerie et de la possession démoniaque, avec dans la coulisse une créature Lovecraftienne qui n’est pas pour une fois ce cher Cthulhu. Et Arnaud Codeville est assez malin pour donner l’impression au lecteur qu’on va aller dans une direction et virer complètement de bord en quelques lignes. Le tout non pas une ou deux fois, mais une bonne dizaine de fois dans l’ouvrage. En revanche, au bout des 500 pages je sais qu’il aime le cinéma de genre des années 80/90 et Stephen King, tellement les références sont flagrantes.

1974
de Arnaud Codeville
Autoédition