Hollywood Monsters

Ce blog a déjà parlé récemment d’Estelle Faye avec son thriller fantastico-historique, Widjigo. La voici de retour en compagnie de Fabien Legeron pour une œuvre destinée à un public plus jeune (grosso modo à partir du collège), mais autorisée également aux adultes. Celle-ci, Hollywood Monsters, nous plonge dans les coulisses du cinéma des années 30.
Si pour les films de l’époque « tout n’est qu’illusion », pour Hollywood Monsters « l’illusion est tout ». En effet, si le résumé
fait songer à une histoire de zombie à la Romero, le début du roman commence comme un polar noir avec de mystérieux incidents sur le tournage d’un film d’horreur. La jeune vedette du film et un accessoiriste guère plus vieux qu’elle vont enquêter pour sauver leur travail dans une Californie durement touchée par la Grande dépression. Et ils découvriront l’envers du décor : un monde où la magie est réelle et où les sorciers s’affrontent pour le contrôle de puissances occultes. Un monde où à l’instar de ce qui se joue sur grand écran, il est bien difficile de démêler le vrai du faux, le réel de l’illusion, le Bien du Mal. Seulement, dans ce monde, le sang versé n’a pas le goût sucré du sirop de maïs des effets spéciaux.
Hollywood Monsters est un livre court (à peine plus de 200 pages), mais dense où l’action se met en place très vite. Les personnages sont souvent à peine esquissés, mais avec suffisamment de vie pour les rendre crédibles, avoir envie d’en savoir plus sur les deux protagonistes, et ne pas tomber dans les clichés. Certes,
c’est un livre destiné à un jeune public dont il faut des figures aisément identifiables, mais les deux auteurs en jouent pour souvent détourner le personnage et faire croire que l’intrigue va dans une direction avant de faire volte-face. De même, lectorat oblige, ne vous attendez pas à des scènes trop graphiques avec des monceaux de sang et de viscères. Les affrontements entre sorciers sont impressionnants et palpitants, mais la description reste juste à la limite pour écoper d’un « interdit aux moins de 12 ans » sans entrer dans le territoire des « interdit aux moins de 16 ans. » En somme, de quoi largement jouer à se faire peur sans être terrifié.
Adulte comme adolescent, Hollywood Monsters divertira même les plus exigeants des lecteurs. Et leur apprendra au passage, deux ou trois choses sur le cinéma, son histoire et ses trucs et astuces. Notons d’ailleurs la présence d’un glossaire très intéressant en toute fin d’ouvrage !

Hollywood Monsters
d’
Estelle Faye et Fabien Legeron
É
ditions Gulf Stream

Eschatologie du vampire

Si à la fin de Humain.e.s, trop humain.e.s vous pensiez en avoir fini avec Navarre et les autres personnages de l’Altermonde et des différents royaumes, réjouissez-vous. Ceux-ci sont de retour dans le recueil Eschatologie du vampire, paru tout récemment. Regroupant dix nouvelles parues de façon éparpillées entre 2006 et 2015, ce recueil peut également se lire comme un roman de la première nouvelle, Mosquito Coast, à la dernière, Gilles au bûcher.
En effet, elles sont classées par ordre chronologique et si ce cher Navarre n’apparait pas dans toutes, les histoires se répondent de l’une à l’autre. Le ton peut être parfois primesautier comme dans Le Sceau d’Alphonse ou dans Jingle Hells, ou au contraire dur et âpre comme dans L’Ogre de ciment.
Le style varie également du western crépusculaire de Mosquito Coast à la science-fiction post-apocalyptique, en passant par le conte de fées urbain de Mémorial en prime avec une gentille sorcière. La galerie de personnages, tant les humains que les autres, qui y sont présentés ne manque pas de différentes nuances. Il n’y a guère que ce cher Gilles qui soit pleinement détestable. Il faut dire que Jeanne-A Debats n’hésite pas à les malmener et leur faire subir les pires des souffrances. En quelques mots, quelques lignes, elle vous fait comprendre l’horreur qu’ils ont subie ou réalisée, et vous laisse gérer émotionnellement votre empathie ou votre dégoût vis-à-vis d’eux. Certains des textes ne sont donc pas à mettre entre toutes les mains, tenez-en compte. En revanche, même si comme le titre l’indique, il s’agit de parler de la fin des temps, le recueil Eschatologie du vampire n’est pas si désespéré que ça… La plupart des personnages humains s’en sortent au final pas si mal, et Navarre mord encore à la fin des pages. Laissant présager une suite ? Rien n’est moins sûr… Mais sait-on jamais avec ce blondinet aussi attachant qu’irritant ? D’autant qu’avec sa longévité, il est certainement possible de revenir sur des époques encore peu abordées dans ses différentes apparitions.

Eschatologie du vampire
de Jeanne-A Debats
Éditions
ActuSF

Ammuin karhua

Parfois l’actualité vous choque, vous pousse à réagir et vous ne savez pas comment faire. Puis vous vous dites que vous pouvez peut-être aider tout simplement en faisant votre métier. C’est le raisonnement qu’a tenu Emmanuel Chastellière, l’auteur — entre autres — de Célestopol et Célestopol 1922. Choqué par l’invasion de l’Ukraine par la Russie le 24 février dernier, il a cherché comment aider et a fini par écrire une nouvelle dont il reversera l’intégralité des bénéfices à la Croix-Rouge pour son action en Ukraine. La nouvelle est donc vendue au format numérique (PDF, epub et mobi dans le même zip, suivant vos préférences) au prix suggéré de 2 € en suivant ce lien.
Bon,
vous l’avez acheté et fait une bonne action, mais y prendrez-vous plaisir ? Si vous avez aimé les deux recueils de nouvelles situés dans l’univers de Célestopol, cette cité slave lunaire du début du XXe siècle, vous allez adorer y retourner avec Ammuin karhua. Nous y suivons les traces d’Irina une des multiples vendeuses des grands magasins Sabline. Réfugiée depuis trois ans à Célestopol, elle s’habitue peu à peu à la vie dans la ville lunaire tout en essayant d’affronter les démons de son passé. Et de comprendre ce qui explique le comportement étrange d’un certain mannequin automate.
Même si elle parle en filigrane de guerre et des blessures que celle-ci laisse dans la vie des gens,
Ammuin karhua n’est pas une nouvelle tragique. Elle est certes pleine de mélancolie, comme quasiment toutes les nouvelles dans l’univers de Célestopol à mon avis, mais parle de renouveau, de reconstruction et finalement se termine sur une note d’espoir. C’est un très beau complément qui se déroule deux mois après la fin de Célestopol 1922. Et si vous ne connaissez pas encore l’univers, c’est également une très belle introduction.

Ammuin karhua
d’Emmanuel Chastellière
https://utip.io/emmanuelchastelliere/ammuinkarhua

Sur les bouts de la langue

Parmi les livres qui m’ont été conseillé comme ressources sur l’écriture inclusive, figurait Sur les bouts de la langue, sous-titré Traduire en féministe/s de Noémie Grunenwald. Et l’amie qui me l’a conseillé de préciser : “attention ce n’est pas un manuel de grammaire inclusive !” Et effectivement, à la différence de Le français est à nous !, Sur les bouts de la langue ne se veut pas un essai de linguistique pure. Noémie Grunenwald y livre le fruit de sa réflexion et de son expérience en tant que traductrice tout en présentant des éclairages venues d’œuvres diverses et de sources variées, aussi bien dans le monde de la traduction que dans celui des militantes féministes.
C’est donc, et le sous-titre le précise bien, un texte militant, et par là même subjectif. C’est d’ailleurs ce qui en fait toute la saveur et l’intérêt à mes yeux de femme et de traductrice. C’est un témoignage étayée de comment Noémie Grunenwald conçoit son travail de traductrice en tant que femme “entrée par effraction” dans le métier. Et même si nous n’avons ni le même vécu, ni le même parcours, et encore moins les mêmes types de traductions à faire, étant moi-même une femme arrivée un peu par hasard dans la traduction, ce témoignage m’a touché et interpellé. Ses réflexions, les difficultés qu’elle mentionne à se mettre en jambe dans les premières dizaines de pages à traduire d’un livre, les interrogations annexes pour comprendre le terme précis qui vous entraîne parfois dans des recherches sans fin, tout cela correspond aussi en partie à mon propre vécu…
Et la composante féministe ? Elle la pousse à interroger les langues (celle source du texte à traduire et celle cible du rendu final), à les retourner pour en trouver la bonne nuance et à trouver de nouvelles façons de marquer une différence ou de démasculiniser le fameux pseudo-neutre du français.
À travers son récit, Noémi Grunenwald trace également en filigrane une histoire du mouvement féministe en France et à l’étranger, ainsi que des différents courants qui le traversent. Elle se penche ainsi sur la façon dont des éditeurs et des éditrices blanches ont retranscrit le propos de femmes de couleur (ou racisées suivant vos préférences de terme, ceci aussi est abordé dans le livre) avec leurs propres biais cognitifs. Et la façon dont la traduction et l’adaptation du message ont évolué au fil du temps.
Que la traduction ou la production de texte soit votre métier, que vous vous définissiez comme féministe ou que simplement vous vous intéressiez à la façon dont la langue peut être maniée et évolue à travers le temps, dont les langues co-évoluent par les allers et retours au gré des traductions, ce livre très court est parfait. Extrêmement personnel et parfois émouvant, il est également très clair sur un sujet qui pourrait en rebuter plus d’une. Et la bibliographie très longue qui l’accompagne donne l’idée d’aller voir d’autres lectures. Je crois d’ailleurs que je vais commencer par le roman de Dorothy Allison.

Sur les bouts de la langue – Traduire en féministe/s
de Noémie Grunenwald
Éditions La Contre Allée

La Cité des ténèbres

La science-fiction en s’intéressant à l’évolution future (ou parallèle) de la société en partant d’un point précis dans le temps et dans le développement technologique peut vite apparaître très datée et se retrouver dépasser quelques décennies plus tard. C’est, notamment, le cas de certains romans historiques du cyberpunk toujours passionnants, mais assez datés avec leurs câblages et leurs disquettes. Alors que dire d’un livre paru en 1926 ? Eh bien, si ce livre est La Cité des ténèbres de Léon Groc, il n’a pas tant vieilli que ça. Certes le point de départ semble assez peu crédible, comme celui du Monde perdu de Sir Arthur Conan Doyle ou du Voyage au centre de la Terre de Jules Verne. Mais le récit est plaisant et une fois admis le postulat de base, la cohérence est suffisante pour ne pas sortir une lectrice du XXIe siècle – certes bon public – de sa lecture.
Quel est donc ce postulat ? Un magnat de l’industrie corse ayant le mal des transport veut construite une route entre son ile natal et le continent, le tout en passant sous la Méditerranée. Les travaux vont se heurter à certaines difficultés et lui, sa fille, son ingénieur et quelques autres vont se retrouver prisonniers sous Terre avec la foreuse. Et ils découvriront que la vie sous la Méditerranée est aussi mouvementée qu’en surface.
Pensé au départ comme un feuilleton, La Cité des ténèbres sait tenir son lectorat en haleine. Et même si cette version a été retravaillée deux ans après sa première parution dans la presse, elle se révèle riche en rebondissement
s. Certes les technologies sont datées (qui utilise encore régulièrement du carbure de calcium de nos jours?) mais l’histoire elle-même a un ton plutôt moderne. Ainsi, même si les hommes font assaut de galanterie auprès de la seule femme du groupe, ils ne la traitent pas avec paternalisme (sauf… son père et même lui sait qu’il n’aura pas toujours le dernier mot) et elle prend un rôle actif dans l’expédition sans être réduit à l’état de potiche. Si l’on n’évite pas certains clichés sur les sauvages, l’écueil du racisme est évité en raison de la nature même des individus impliqués.
Bref, La Cité des ténèbres est un excellent roman d’aventure scientifique qui vous distraira quelques heures… C’est l’essentiel, non ?

La Cité des ténèbres
de L
éon Groc
Éditions Le
s Moutons électriques

Tè Mawon

De prime abord, l’histoire de Tè Mawon de Michael Roch est un classique du cyberpunk. Au sein d’une mégalopole, différents individus se démènent pour découvrir ce qui se cache sous la surface et derrière les lumières de la ville. Certains vivent dans les bas-fonds, d’autres dans les étages bourgeois aux mains des corporations, et d’autres encore sont à la marge, ni tout à fait dans cette conurbation, ni tout à fait en dehors.
Et pourtant, Tè Mawon est une expérience de lecture très différente. Pourquoi ? Déjà parce que Lanvil, la mégapole du récit, couvre une bonne partie des Caraïbes de Cuba au Vénézuela, en passant par la Guadeloupe et la Martinique. Dans ce récit, la métropole et l’Europe en général sont à peine mentionnés, comme étant un lieu que des migrants fuient pour se réfugier à Lanvil. Tout comme l’Asie, les Etats-Unis et le reste du monde. Tout se déroule en vase clos dans cette ile bétonnée gigantesque ceinte par la mer et ses sargasses, sous la lumière artificielle d’un monde qui a oublié la lueur des étoiles et la chaleur du soleil, sauf en réalité virtuelle.
Deuxièmement parce que le langage et les multiples interprétations qu’il propose sont au cœur du récit. Chacun des personnages principaux de Tè Mawon utilise sa propre langue, son propre dialecte. Même ceux parlant créole et, on le comprend assez vite, formant une famille, n’utilisent pas tout à fait les mêmes mots. Ainsi, Pat au créole le plus prégnant auquel se mêlent des mots de son cru comme le tétral pour la tête ne parle pas la même langue que son fils Patson qui va ajouter au créole martiniquais et au français des expressions espagnoles et quelques termes anglo-saxon glanés au cours de ses pérégrinations. Joe, l’exilé venu d’Europe va, lui, parler un argot mâtiné de francitan comme bouléguer. La lecture du récit n’est jamais simple, elle demande soit de faire un effort (et de subvocaliser) pour déchiffrer chaque mot, soit d’accepter de lâcher prise et de se laisser porter par le sens global de l’histoire. Quitte à revenir plus tard sur une séquence. Ce n’est pas pour rien que deux des protagonistes sont d’ailleurs des traductrices bardées de prothèses et habituées à naviguer sans cesse entre le monde réel et des couches de virtuels variant d’un lieu à l’autre, d’une personne à l’autre. Et ce n’est pas pour rien qu’elles nous avertissent que le réel ne peut s’appréhender que par le prisme de sa propre expérience, de sa propre interprétation, et de ce que l’on sait de l’expérience et de l’interprétation qu’en font à leur tour ses interlocuteurs.
Derrière son vernis cyberpunk, Tè Mawon cache un message d’indépendance, aussi bien par rapport à son passé qu’à ses racines géographiques ou à ses attaches familiales. Il ne s’agit pas de renier d’où l’on vient, ni d’idéaliser un utopique âge d’or, mais au contraire de se bâtir une vie meilleure avec son héritage. Finalement un roman presque optimiste, non ?

Tè Mawon
De Michael Roch
Éditions La Volte

Douve

Ne vous fiez pas à la phrase d’accroche en couverture. Les seuls points commun entre Douve et Twin Peaks sont les sapins et la pluie omniprésente. Pour le reste, nous sommes dans un polar bien français sans l’ombre d’une trace de surnaturel.
Tout commence quand Hugo Boloren, policier parisien, trouve un journal devant chez lui relatant l’homicide de l’ancien maire de Douve, un petit village perdu du Pilat qui tient une place importante et mystérieuse dans son histoire familiale. Il décide alors de solder ses congés pour se rendre sur place enquêter et comprendre quels liens entretenaient ses parents avec ce village « maudit ».
Deux intrigues vont alors se mêler : celle qui à la fin des années 70 tourne autour d’un médecin islandais installé à Douve et dont on retrouva la femme et les deux filles massacrées, et le séjour à notre époque d’Hugo dans le village.
Et comme dans tous les petits villages, Douve recèle de nombreux secrets (certains remontant à la Deuxième Guerre mondiale), de liaisons adultérines et de vieilles rancoeurs de famille. Ajoutez-y une défiance naturelle envers les étrangers et une tendance locale à se complaire dans son malheur et vous obtiendrez un cocktail explosif au XXe comme au XXIe siècle. Quant au policier ? Sans être aussi atypique dans son errance que le commissaire Adamsberg de Fred Vargas, Hugo Boloren se laisse porter par les événements quitte à se laisser malmener par eux. Il attend que la petite « bille » dans sa tête tombe dans le bon trou pour lui indiquer la solution.
Le résultat est un livre qui, presque sans à-coup, embarque le lecteur pour une balade pluvieuse dans les bois et lui propose un polar solide sans être ni trop sanglant malgré une fin à la Délivrance, ni particulièrement humoristique. Efficace et qui tient au corps comme un plat de terroir. L’auteur a depuis publié une nouvelle aventure d’Hugo Boloren, elle vaudra surement la peine de se pencher dessus également.

Douve
de Victor Guilbert
Éditions J’ai Lu

Le Carnaval des vampires

Une histoire mystérieuse de vampires en plein Venise au 18siècle, cela vous tente ? Venez donc découvrir Le Carnaval des vampires, roman policier d’Olivier Barde-Cabuçon pour découvrir de quoi il retourne. Mais avant, sachez déjà qu’il s’agit du huitième roman d’une série mettant en scène M. de Volnay, commissaire aux morts étranges et son compagnon plus âgé, Guillaume, présenté comme un moine hérétique.
Si vous avez déjà lu d’autres livres de cette série, vous connaissez déjà les liens qui unissent les deux hommes. Sinon, vous le découvrirez, comme moi, bien assez tôt avec les quelques allusions faites aux événements des livres précédents.
Or donc… Ayant dû fuir la France, le commissaire et le moine viennent d’arriver à Venise retrouver une jeune comédienne, Violetta, quand un des hauts magistrats de la cité leur confie une enquête urgente. Ils doivent trouver qui se cache derrière une série de morts et résurrections suspectes à seulement quelques jours du carnaval, événement commercial majeur.
Évidemment, comme dans tout bon polar, les choses ne sont pas aussi simples. Et comme tout se passe en 1760, la science et la médecine légale ne sont pas aussi avancées qu’au XXe ou au XXIe siècle, et la superstition est parfois plus forte qu’elles quitte à faire disparaître des preuves essentielles ou à jeter encore plus de confusion. L’enquête suivra donc deux fils distincts : celui du commissaire qui refuse de voir l’œuvre de quelconques créatures maudites ; et celui du moine qui, ayant déjà vécu à Venise et connaissant bien les fantômes qui la hantent, ne ferme pas obligatoirement la porte à une explication surnaturelle. À ces différentes hypothèses, l’auteur croise de multiples sous-intrigues : que cache Violetta, quelle est l’ampleur de ce soudain héritage, que veulent les Turcs ennemis ancestraux et partenaires commerciaux de la Sérénissime ? Le lecteur, lui, se retrouve souvent perdu dans les méandres du roman comme dans les ruelles de la ville, toujours à deux doigts de tomber dans un canal. Et pourtant, l’expérience est réussie et séduisante : jouant de masques et d’ombre avant les révélations finales, ce Carnaval des vampires est un livre prenant qui ne se lâche pas facilement. Et dont les 484 pages se dévorent le temps d’une escapade hors du temps au bord de la lagune…

Le Carnaval des vampires
d’Oliver Barde-Cabuçon
Éditions Babel Noir/Actes Sud

L’Enterrement des étoiles

Attention, titre trompeur ! L’Enterrement des étoiles n’est pas un roman de science-fiction que la fin de l’univers, mais bien un titre de fantasy avec mages et créatures fantastiques. Attention, couverture trompeuse ! Même si elle est magnifique, l’illustration d’Abel Klaer ne se rapporte pas réellement à l’histoire elle-même et ne vous donne aucune indication dessus. Attention enfin, roman trompeur ! L’Enterrement des étoiles n’est qu’une immense supercherie. Vous vous en doutez en lisant ces lignes, j’ai suffisamment apprécié de me faire mener en bateau pour prendre le temps de parler du livre et de vous le conseiller. Sachez toutefois que vos attentes seront détrompées de page en page.
De prime abord, nous partons sur une histoire classique d’élu et de prophétie sur fond d’affrontement entre le Bien et le Mal dans une ambiance de fin d’un monde. Et pourtant au fur et à mesure que les fils de la toile de Christophe Guillemin se tissent, la vue d’ensemble que nous avons de l’histoire bouge sans cesse. La ligne entre les « amis » et les « ennemis » se déplace sans arrêt, à l’exception peut-être de Poppie, Sébaste et Jaran. Et quasiment jusqu’au bout l’on se demande où l’auteur veut nous mener.
Pour un premier roman, L’Enterrement des étoiles est une réussite. Son style poétique est certes parfois trop maniéré, ce qui ne facilite pas une lecture dévorante. Mais son univers assez original et son intrigue retorse m’ont convaincue, m’évoquant je ne sais pourquoi Les Instrumentalités de la nuit de Glen Cook. A suivre donc…

L’Enterrement des étoiles
de Christophe Guillemin
Éditions Mnémos

Underdog Samurai

Découvert pour ma part avec I Am Vampire, Romain Ternaux confirme avec Underdog Samurai qu’il maîtrise à la perfection le style foutraque, largement exubérant, chaotique et plutôt vert. Âmes sensibles s’abstenir ! Ce livre est l’équivalent d’une série Z produite par Troma au plus fort de son succès. Si vous avez aimé The Toxic Avenger ou Tromeo and Juliet, ne cherchez plus, vous avez trouvé le livre qu’il vous faut.
Une fois de plus, ce roman met en scène un personnage de loser qui raconte ses aventures à la première personne, et n’étant pas du tout le plus fiable des narrateurs. Ici, il s’agit d’un fan d’arts martiaux et de films de kung-fu, obsédé par le Japon (et donc pas très doué en géographie, mais également très obsédé par la serveuse du restaurant japonais) qui s’est fait délester de quelques milliers d’euros pour acheter un « authentique » katana dans les bas-fonds du Web. Las, ce n’était que du toc. Et, ni une, ni deux, le tocard décide de devenir un pur génie du combat pour aller réclamer son dû aux yakuzas responsables de l’arnaque. Rien que ça…
Encombré d’un vieux grand-père antipathique et d’un clochard alcoolique en guise de
sensei, il se lance dans une quête qui le conduira de la banlieue parisienne à Dallas en passant par les bas-fonds de Tokyo. Saupoudrez le tout de quelques sumos, d’un docteur ayant un sérieux problème de drogues et ajoutez y un affrontement millénaire entre yokaïs. Vous obtiendrez un récit épique qui, s’il est loin de sentir la rose, aura au moins le mérite de vous faire rire. Le protagoniste va y vivre des aventures de plus en plus rocambolesques et hallucinantes jusqu’à perdre de vue son objectif premier et le descendre en flamme. Étrangement comme l’auteur, qui donne l’impression avec sa fin abrupte d’avoir atteint son quota de pages et de loufoquerie. Dommage, un peu de rabs n’auraient pas été de refus, après un petit passage à la douche ?

Underdog Samurai
de
Romain Ternaux
Éditions
Aux Forges de Vulcain