Thin Air

Le futur est sale et poussiéreux comme une ville frontière sur le sol martien… Dans Thin Air de Richard K Morgan, simili-suite à Black Man et située 300 ans plus tard, Mars a été colonisé. L’opération, peut être sponsorisée par Tesla s’il l’on en croit la marque de certains véhicules, a vite abandonné ses rêves de grandeur pour des questions de rentabilité. La terraformation de l’atmosphère n’a pas été terminée, condamnant la majeure partie de la population à vivre sous une verrière et privilégiant la colonisation par des populations andines ou himalayennes plus adaptées à l’air raréfié.
Les quelques industries martiennes exportables sur Terre, dont une cosmétique à base de nanotechnologie, sont à la charge de travailleurs ultraquali
fiés qui passent quelques années expatriés avant de rentrer chez eux sur la planète mère. Si tout va bien… La population locale se débrouille entre servage dans des postes peu qualifiés, services publics dans une administration largement corrompue ou petits boulots et autres activités en marge de la loi.
Dans Thin Air, Hakan Veil génétiquement modifié pour servir de mercenaire à de grandes entreprises colonisatrice a été licencié, dépouillé de ses talents et abandonné sur Mars il y a quatorze ans (sept années locales). Depuis, entre deux périodes d’hibernation, il sur
vit en rendant service aux différentes pègres locales. À son dernier réveil, les commanditaires terriens de l’industrie martienne déclenchent un audit planétaire. Il se retrouve chargé de la protection rapprochée d’une de ces comptables. Comme dans tout bon western ou roman noir, la mission en apparence simple va dérailler et le statu quo va voler en éclats.
Du cyberpunk qui fit le succè
s de Carbone modifié et de Black man, Richard K Morgan reprend certaines idées : des corps adaptés à chaque profession, des assistants personnels surpuissants et ultraportables (intégré, sous forme de lentilles ou pour les plus cheap de lunettes), une publicité omniprésente et classiquement dans ce genre, mais également dans notre monde actuel, de grandes corporations prêtes à tout pour conserver leurs profits et assurer le train de vie de leurs dirigeants face à des populations survivants plus qu’elles ne vivent. Calquez-y une série de révélations et des retournements d’alliance à la Chandler ou l’Ellroy et vous obtiendrez un récit oscillant entre polar et western, assez lent à démarrer. Il gagne en solidité au fil des pages et de l’évolution de l’intrigue. Un reproche cependant ? Hormis Hakan Veil, les autres personnages humains n’ont pas réellement de personnalités et remplissent des rôles prédéterminés. Les deux exceptions sont Hannu, le « dieu bouc » un ancien hacker de la Navy devenu tenancier de bar sur Mars et Osiris, l’IA militaire greffée dans le corps de Veil et sa compagne fidèle depuis l’enfance.

Thin Air
de Richard K Morgan
Editions Del Rey

Moxyland

Attention, ce livre est une vraie claque ! Premier roman d’une journaliste sud-africaine, Lauren Beukes écrit en 2008, Moxyland reste cruellement d’actualité treize ans plus tard.
Que raconte-t-il ? Une tranche de vie de quatre jeunes adultes dans une version du Cap dystopique. Un nouvel apartheid s’est abattu sur l’Afrique du Sud, et en creux sur le monde entier. Soit vous appartenez à une grande entreprise (qui vous emploie, vous loge, vous soigne et vous nourrit) ; soit vous vivez hors de son monde. Au sens littéral du terme : vous n’avez pas accès aux restaurants, écoles et commerces que les entreprises réservent à leurs employés, ni aux lignes de transports et immeubles d’habitations dédiés également aux employés. Soit vous avez un smartphone qui vous sert non seulement à vous connecter au réseau, mais également à prouver votre identité ou à accéder à votre argent ; soit vous n’êtes pas connecté et vous êtes à la frange, condamné à vivre d’expédients et à vous faufiler entre les mailles du filet. Dans ce monde outre ces fractures au sein de la société, la nanotechnologie est tellement développée que les chiens policiers augmentés sont devenus de véritables armes de guerre et que des compagnies utilisent des nanorobots pour greffer de la publicité au sein de votre ADN s’affichant sous forme de tatouage sur votre peau.
Dans Moxyland, les quatre personnages principaux  – Toby, Tendeka, Kendra et Lerato – servent de narrateurs à tour de rôle et son
t placés à travers les différentes classes de cette nouvelle société. Kendra, jeune artiste photographe vient d’être recrutée par un grand groupe pour tester un nouveau jeu de nanobots publicitaires. Lerato, issue d’un orphelinat sponsorisé par un autre grand groupe est prête à tout pour grimper dans l’échelle sociale quitte à pirater son entreprise et faire un peu d’espionnage industriel. Toby, ancien étudiant attardé et fils désœuvré de parents fortunés, vit à la marge et se rêve journaliste indépendant animateur de sa propre chaîne vidéo. Tendeka, rebelle des nouveaux townships est prêt à tout pour renverser l’ordre socio-policier qui gouverne le pays. Il va y être aidé par un mystérieux skyward* rencontré sur un monde virtuel, mais ira-t-il trop loin ? Son action va forcer les quatre narrateurs à interagir ensemble et déclencher une chaîne d’événements qui prendront un tour dramatique.
Moxyland reprend la trame classique d’un bon roman de cyberpunk : l’utilisation de l’informatique et de biomodifications à tous les échelons de la société même les plus bas, une lutte des classes entre les grandes corporations et les « déclassés » et une bonne dose d’action assez soutenue pour tenir le lecteur en haleine. Et pourtant Lauren Beukes y apporte un vent de fraîcheur. Déjà d’une façon cosmétique, en se passant dans l’ancienne « nation arc-en-ciel », les différents personnages ne sont pas tous d’une même couleur de peau. Et là, où cela devient intéressant, c’est qu’avant que l’autrice ne le révèle au détour d’un détail, vous ne pouvez pas deviner la couleur de chacun d’entre eux. Les divisions de cette nouvelle Afrique du Sud ne sont pas tant liées à la teinte de leur peau (sauf peut-être pour Emily, personnage secondaire et réfugiée d’un des multiples conflits qui ravagent encore le reste du continent) qu’à leurs places dans l’échelle sociale (Avec ou sans carte SIM ? Intégré à une corporation ou non ?). Elle vous place dans un univers à la fois très familier, même si assez futuriste, et avec juste ce qu’il faut de décalage pour vous
bousculer dans vos préjugés et retenir votre attention jusqu’à la fin de ce livre. Puis vous faire réfléchir un bon moment.
Précision, j’ai lu ce livre en version originale, mais il a été traduit en français chez Presse de la Cité.

Moxyland
de
Lauren Beukes
Éditions
Angry Robots

The Murderbot diaries — Network Effect

Vu la vitesse à laquelle j’avais enchaîné les différentes novellas de Martha Wells mettant en scène l’unité de sécurité la plus bougonne et la plus accro aux soap opéra de la galaxie, je ne pouvais que me procurer son premier roman presque le jour de sa sortie. Et donc j’ai dévoré Network Effet, mettant de nouveau en scène Murderbot quelques semaines après la fin de Exit Strategy. Désormais libre et vivant avec ses anciens clients, l’unité travaille en consultant en sécurité en indépendant et comme garde du corps pour une partie de la famille du Dr Mensah. Quand à l’occasion d’une mission hors système leur vaisseau d’étude est arraisonné par un autre vaisseau supposé amical, Murderbot va devoir revoir ses priorités, et faire le tri entre ses amis et ses ennemis.
En changeant de format, Martha Wells a pris un risque. Là où les novellas permettaient de restreindre l’action quitte à frustrer le lecteur comme dans All Systems Red, Network Effect présente lui quelques longueurs. Soyons honnêtes, la prise d’otage du premier chapitre et une bonne partie du deuxième ne servent qu’à présenter le personnage principal et ses particularités au cas où vous n’auriez pas lu les novellas précédentes. Le début du roman m’a laissé une forte impression de déjà-vu… Même si les remarques de MurderBot sont toujours plaisantes à lire, j’avais un peu l’impression de tourner en rond jusqu’à l’arrivée du vaisseau ami ou ennemi. A ce moment là, on entre de plain-pied dans l’aventure. Et Martha Wells arrive de nouveau à nous surprendre. Aussi bien dans l’histoire elle-même de Network Effect qui se déroule
dès cet instant sans temps morts et avec des retournements de situation imprévus, que dans l’évolution de son personnage principal. Dans les novellas, le problème de l’unité de sécurité était de comprendre les êtres humains et d’arriver à se fondre parmi eux. Dans Network Effect, celle-ci s’interroge plus sur les interactions entre les différentes entités artificielles, et sur les limites de la vie et du libre arbitre. Comme toujours, l’histoire est contée sur un ton léger, mais c’est cette réflexion en filigrane qui fait tout le charme de cette série. Martha Wells a déjà annoncé un nouveau roman mettant en scène MurderBot en 2021. Je le lirai surement, en espérant que les problèmes de rythme de celui-ci seront résolus d’ici là. Et j’aurais aimé en savoir plus sur cette forme de vie ni humaine ni artificielle rencontrée pour la première fois dans Network Effect, mais je doute qu’elle soit au programme du prochain épisode. A suivre ?

The Murderbot diaries—Network Effect
 de Martha Wells
Éditions
Tor

The Last Emperox

Confinement lecture ou non, ayant déjà dévoré les deux premiers livres de la trilogie The Interdependency (The Collapsing Empire et The Consuming Fire) de John Scalzi, je ne pouvais que lire The Last Emperox quelques jours après sa sortie. Et le moins que l’on puisse dire c’est que la conclusion est à la hauteur des deux autres. Jusqu’au petit défaut près. The Last Emperox reprend l’histoire à la fin de The Consuming Fire. Le coup d’État a échoué, Grayland II roucoule avec son scientifique en cherchant un moyen de préserver la population de l’Empire de la disparition des routes galactique, notre chère Lady Kiva profite d’un moment de calme tout en administrant la maison dont elle a la charge. Et dans l’ombre, certains adversaires rêvent de revanche et complotent de nouveau.
Encore une fois, The Last Emperox part d’un postulat connu pour aboutir à une intrigue qui n’est absolument pas celle qu’on aurait pu espérer à la fin du deuxième livre. Écrit en 2019, le livre est comme les deux autres affreusement prémonitoires sur l’actualité, même s’il ne parle pas à proprement parler de pandémie. Dans The Last Emperox, la perte des routes galactiques menace la vie de toute l’Humanité dans un univers connu où il n’y a qu’une planète habitable naturellement pour des millions de milliards d’habitants. Et pourtant, à de très rares exceptions près, chacun cherche son profit immédiat à court terme, quitte à
laisser le reste du monde sombrer. Toute ressemblance avec certaines stratégies politiques — notamment d’un certain président des États-Unis actuel — est bien entendu parfaitement volontaire. À un petit détail près, les protagonistes devant rester sympathiques pour le lectorat, ce sont leurs adversaires (ici le Parlement, presque toutes les familles de la noblesse passée ou présente, et les grandes guildes commerciales) qui vont endosser les défauts modernes. D’autres défauts sont poussés à l’extrême comme le comportement monopolistique de chaque guilde qui est à la base même de cet empire galactique. Il est à noter qu’à la fin de cette trilogie, le problème des routes galactiques reste intact, même si une solution à long terme semble émerger pour sauver l’Humanité. Du moins dans ce coin de l’Univers.
Au-delà de la critique sociale toujours intéressante, The Last Emperox est un bon roman de John Scalzi avec des personnages bien campés, une action soutenue même s’il s’agit surtout d’intrigues de palais, des dialogues piquants et
une bonne dose d’humour. Si vous aimez ce genre de cocktails, vous dévorerez sans problème The Last Emperox. Et son défaut ? Comme les deux premiers, il se lit trop vite. Et personnellement, j’ai trouvé la fin vite expédiée, malgré une scène d’anthologie dans la cathédrale de Xi’an.

The Last Emperox
de 
John Scalzi
Éditions
Tor

Neuromancer

Certains livres vous marquent plus que d’autres. Et certains sont même tellement marquants qu’ils sont à l’origine de mots passés dans le langage courant. C’est le cas de Neuromancer de William Gibson, qui nous a donné le cyberespace ou la matrice au sens informatico-culturelle du terme (Matrix en VO comme les films de la fratrie Wachowsky). Ayant découvert un bout de la nouvelle traduction dans le Bifrost n°96 (elle paraîtra normalement cet automne chez Au diable vauvert), je me suis replongée à la source dans le texte en VO.
Si vous ne connaissez pas Neuromancer, sachez qu’il s’agit d’un des premiers livres de science-fiction estampillés « cyberpunk ». Et certainement le plus connu du genre. De quoi parle-t-il ? De Case, un cowboy habitué à faire des casses dans les systèmes informatiques des grandes entreprises. Un braquage qui a mal tourné l’a laissé sur le carreau incapable physiquement de se reconnecter au réseau et errant, suicidaire, dans les bas-fonds d’une grande métropole japonaise. Un homme mystérieux, Armitage, le soigne et le recrute pour sa prochaine grosse opération. Il sera associé à une tueuse avec des verres-miroirs en guise d’yeux et à un autre cow-boy déjà décédé et réduit à l’état de conscience virtuelle sur une barrette mémoire. Et évidemment, comme dans toutes les histoires d’arnaque, rien ne se passera comme prévu…
Écrit en 1983 et publié en 1984 (1988 pour la première publication française), Neuromancer a sur un plan technique vieilli. Heureusement pour l’informatique actuelle, les interfaces homme/machines même quand elles font appel à la réalité augmentée ou virtuelle, sont nettement moins invasives anatomiquement parlant que dans le livre. Et Microsoft n’est toujours pas devenue un mot commun pour désigner un support de stockage. En revanche, ses thématiques sont toujours intéressantes en 2020. La lutte contre les grandes corporations, une certaine déshumanisation de la société liée à l’intégration technologique et à l’ultracapitalisme, ou la réflexion autour de l’intelligence artificielle, sont des sujets qui alimentent toujours la science-fiction actuelle. Et le point de vue soutenu par William Gibson en 1983 reste d’actualité en 2020, malgré l’obsolescence technique de certaines idées. Sans parler de ses descriptions du cyberespace ou des différents habitats urbains qui hanteront longtemps l’imaginaire de ses lecteurs.

Neuromancer
de William Gibson
Éditions ACE (Penguin)

The Institute

Décidément, il ne fait pas bon être un enfant dans les livres de Stephen King. Son dernier en date, The Institute (L’Institut en français) en est la preuve formelle. Reprenant l’idée de Charlie avec des enfants dotés de pouvoirs psychiques rassemblés et soumis à des expériences pour le « bien commun », dans son dernier roman Stephen King modernise l’idée et montre ce qu’on pourrait en faire en 2019. Sa Charlie s’appelle désormais Luke Ellis et, à défaut d’allumer des feux, peut bouger les plats à pizza -vides- d’une pensée. Le jeune Luke, 12 ans, est également un prodige s’apprêtant à entrer simultanément au MIT et à Harvard, mais cela n’intéresse pas l’Institut. Seuls ses quelques talents télékinétiques et sa télépathie latente intéressent l’organisme qui le gère. Sauf que… à force d’expérimentation et de séances de tortures, les membres de l’Institut vont réveiller leur pire ennemi et amener ainsi leur destruction complète. Voire, s’ils disent vrais, peut être plus…
Est-ce la période ? Lire confinée une histoire où l’enfermement et l’isolation tient une si grande place n’est pas des plus faciles. Est-ce le fait que Stranger Things, hommage plus qu’appuyé à l’œuvre précédente
de Stephen King, soit passé par là ? Toujours est-il que The Institute est un roman solide de l’auteur, mais pas un roman inoubliable ou marquant. La rencontre entre le flic désabusé et le jeune mutant échappé (Hopper et Eleven dans Stranger Things, Tim et Luke dans The Institute) m’a donné l’impression d’avoir été vue et relue plus d’une fois. Plutôt dense (859 pages dans la version anglaise), le roman a une construction éclatée entre le Maine et la Caroline du Sud passant d’un protagoniste à l’autre. Cette narration permet d’apercevoir cet Institut sous toutes ses facettes, mais n’est pas des plus faciles à suivre. En revanche, j’ai apprécié qu’à part une vague mention en passant à Jerusalem’s Lot (la ville de Salem entre autres), les autres œuvres de Stephen King ne soient pas mêlées à l’histoire. Et contrairement à L’Outsider, même si l’auteur reprend des thèmes qu’il a maintes fois abordés, The Institute reste suffisamment original pour que même le lecteur le plus averti de Stephen King ne puisse prévoir complètement ce qu’il va se passer dans les pages suivantes. Toujours aussi bien écrit, le roman se lit très facilement et ne se lâche pas aisément. Une valeur sure sans être un chef-d’œuvre.

PS : Confinement lecture oblige, le roman est disponible en numérique aussi bien dans la version originale que dans sa traduction française.

The Institute
de 
Stephen King
Éditions
Scribner

Dr. Greta Helsing

Souvent l’urban fantasy soit joue la carte de la romance soit reprend les codes du polar en plongeant le ou la privé dans un monde où ses suspects sont des êtres surnaturels. Pour sa trilogie autour du Dr Greta Helsing, Vivian Shaw choisit elle l’angle médical. À l’image de son illustre ancêtre, et en ayant laissé tomber le Van de son patronyme, Greta Helsing est médecin généraliste à Londres. Ce sont ses clients qui ne correspondent pas à la norme. Entre croquemitaines allergiques et bébé goule atteint d’otites, elle doit aussi traiter des sanguinovores dépressifs de différentes espèces, des démons atteints de bronchites chroniques ou des momies aux os fragiles.
Loin d’être une simple série de cas assemblés les uns derrière les autres, la vie du Dr Helsing va se trouver mêlée à plusieurs ruptures de la réalité, et il faudra l’aide de ses amis humains ou non pour restaurer la situation.
Le premier livre, Strange Practice, nous entraîne à Londres et dans ses sous-sols à la poursuite d’un ordre religieux dévoyé ; le deuxième, Dreadful Company se passe à Paris où un clan de vampire sème la zizanie dans les catacombes ; et le troisième, Grave Importance nous entraîne à Marseille dans une maison de santé pour momies. Attention pour les lecteurs français connaissant ces deux dernières villes,
il y a quelques belles incohérences. Ainsi, même si l’autrice a visiblement visité les lieux et fait quelques recherches, j’attends toujours de voir comment faire en 45 minutes l’aller-retour entre Montmartre et le cimetière du Père-Lachaise dans le noir du sous-sol et sans grimpette ou descente excessive.
Cette précision apportée, que retenir de cette trilogie ? Qu’elle est finement drôle ! En effet, Vivian Shaw connaît ses classiques de l’horreur tant en livres (Le Vampire de Polidori, Entretien avec un Vampire d’Anne Rice, Le Fantôme de l’Opéra de Gaston Leroux et bien d’autres) qu’en films (avec les apparences de ses différents personnages). Et elle en détourne les clichés avec intelligence, tout en proposant des histoires
légères à lire sans tomber dans les travers des pages turners anglo-saxons. Seul reproche, elle vous donne envie de relire certains classiques. Pour ma part ce sera le théâtre de Goethe avec Faust. Et vous ?

Dr Greta Helsing
(Strange Practice, Dreadful Company et Grave Importance)

d
e Vivian Shaw
Éditions
Orbit

Nevertheless She Persisted

À l’occasion de la journée internationale des droits des femmes, le 8 mars dernier, Tor a proposé un court recueil de nouvelles, gratuitement. Intitulé Nevertheless She Persisted, il fait allusion au comportement de la sénatrice américaine Elizabeth Warren qui ne s’est pas laissée faire alors que ses collègues voulaient lui couper la parole en 2017. L’idée de cette anthologie est simple : demander à des autrices d’écrire un très court texte en se basant sur le tweet d’Hillary Clinton commentant l’événement : « She was warned. She was given an explanation. Nevertheless, she persisted. So must we all. », soit en français « Elle a été prévenue. On lui a donné une explication. Néanmoins, elle a continué. Comme nous le devrions toutes. »
Le résultat est onze très courtes nouvelles dans différents genres : fantasy, horreur pour
God Product d’Alyssa Wong, SF ou surréalisme. Onze nouvelles très variées, partant toutes du même point de départ, mais explorant toutes des chemins très différents. Jo Walton propose même avec The Jump Rope Rhyme une poésie fantastique. Pour moi, ce recueil fut l’occasion de retrouver une Kameron Hurley bien plus douce que dans Apocalypse Nyx et lire Seanan McGuire hors de ses sentiers habituels. Ce fut surtout l’occasion de découvrir de nouvelles plumes. Toutes les nouvelles ne m’ont pas plu, mais toutes m’ont touchée. En particulier Astronaut de Maria Dahvana Headley ou Margot and Rosalind de Charlie Jane Anders. Je ne peux que vous encourager à télécharger ce recueil chez votre libraire numérique favori et à le lire.Vous pouvez retrouver l’ensemble des sites où il est disponible sur cette page.

Nevertheless she persisted
collectif (Kameron Hurley, Alyssa Wong, Carrie Vaughn, Seanan McGuire, Charlie Jane Anders, Maria Dahvana Headley, Nisi Shwal, Brooke Bolander, Jo Walton, Amal El-Mohtar, Catherynne M. Valente)
Éditions
Tor

False Value

Quand j’ai découvert la série Rivers of London de Ben Aaronovitch, il y a quelque temps j’étais d’un avis mitigé… Mais suffisamment attirée pour lire l’ensemble de la série principale, à savoir les livres narrant les aventures de Peter Grant, et pour précommander le dernier en date False Value.
Celui-ci se rapproche plus de l’esprit des Laundry Files en mélangeant informatique et magie. Sous couverture, Peter Grant enquête sur une start-up qui vient d’ouvrir dans Londres avec un mystérieux projet en cours. Serait-ce la création d’une véritable intelligence artificielle généraliste ? Et quel rapport ce projet entretient-il avec Ada Lovelace et une magicienne née à La Nouvelle-Orléans au 18
siècle ?
Dans un livre mélangeant joyeusement les références (Le Guide du routard galactique, les James Bond, la série TV The Librarians, et j’en passe), Ben Aaronovitch nous raconte un épisode encore très agréable des aventures de Peter Grant. Ce n’est pas le meilleur point d’entrée pour découvrir la série, car il fait sans cesse référence à des événements antérieurs. En revanche, s’il joue avec beaucoup de concepts IT à la mode : impression 3D, drones, HPC, intelligence artificielle et autres, l’auteur ne fait pas semblant d’être un grand spécialiste. Il se met, à travers son personnage principal, au niveau du lecteur de base et arrive à rester dans le domaine des généralités sans dire ou faire de grosses bêtises à
la série TV américaine comme CSI Cyber ou Scorpion.
Au final, la sauce prend-elle ? Étrangement, le choix de commencer le roman avec deux lignes temporelles différentes m’a gênée légèrement pour entrer dans l’histoire d’autant plus qu’au départ, Peter Grant n’est pas entouré des personnages familiers que j’avais appris à apprécier au fil des autres romans. Une fois cette alternance abandonnée, quand False Value entre donc dans le vif du sujet, oui l’histoire est prenante et se dévore toute seule. Ce n’est cependant pas le meilleur roman de la série, mais un bon épisode de transition avant un retour aux péripéties fluviales dans le prochain.

False Value
de
Ben Aaronovitch
Éditions
Orion Books

The Indranan War

Récemment Chut.. Maman lit ! m’a invité à participer à un article avec trois autres blogueurs concernant les livres que nous avions aimés en VO et non encore traduits. Curieuse, j’ai été voir ce que proposaient les autres. Et c’est ainsi que j’ai découvert sur le blog de Lianne, la trilogie de The Indranan War de K.B.Wagers.
N’étant pourtant pas fan de science-fiction militaire ou d’intrigues politiques, je dois avouer que je me suis laissée emportée par cette histoire, dévorant les trois romans les uns à la suite des autres sur ma liseuse.
Behind the throne pose les bases de l’histoire. Dans un lointain futur, Hail Bristol est ramenée de force chez elle. Cette trafiquante d’arme de 38 ans est en effet la dernière fille en vie de l’impératrice d’Indrana. Or ce conglomérat planétaire est une monarchie absolue et un matriarcat. Hail Bristol va donc devoir remplacer au pied levé ses sœurs disparues tout en enquêtant sur leurs morts prématurées. Intrigue de cours et clash des civilisations seront au programme.
After the Crown commence quelques jours après la fin du tome précédente. Devenue impératrice, Hail Bristol va devoir imposer ses changements tout en tentant d’éviter un conflit avec l’empire spatial d’à côté. Ici, ses connaissances de trafiquante d’armes deviendront un atout plus qu’un obstacle sur son parcours.
Enfin
Beyond the empire conclut la trilogie en montrant Hail et son équipe disparate reconquérir le trône d’Indrana perdu dans le tome précédent. Tout en ouvrant la porte à d’autres aventures qui, elles, ne se limiteront plus à la sphère humaine de la galaxie.
La trame de
The Indranan War est assez classique. Une personne qui ne s’y attendait pas du tout doit prendre sa place à la tête d’un royaume, se retrouve embringuée dans une guerre dont elle ne voulait pas et finit par triompher de ses ennemis. Sauf que… L’empire d’Indrana est un matriarcat avec une inversion complète des rôles et un déséquilibre entre les genres, tout en respectant le principe des castes strictes propre à l’Inde sur laquelle il se base. Mariages arrangés, force des traditions et de l’honneur, et révoltes demandant une plus grande égalité entre les sexes forment la toile de fond qui parcourt l’intégralité des romans. Dans After the Crown et Beyond the empire, K.B. Wagers élargit le champ culturel en explorant la mafia Cheng où a œuvré son héroïne comme trafiquante d’armes, l’empire saxon (plutôt d’inspiration viking et slave, mais avec, lui, un très fort patriarcat) et une race extra-terrestre aux pouvoirs étranges, les Farians.
Sauf également que… K.B.Wagers ne se contente pas d’aligner les batailles spatiales, les duels ou les combats au corps à corps. Si l’action ne manque pas dans aucun des livres de cette trilogie, celle-ci est également suffisamment variée pour ne pas lasser le lecteur.
D’autant que derrière tout, se cachent une vengeance et une énigme policière bien tordue comme je les aime. Et la galerie de portraits vaut également son pesant de cacahuètes. À commencer par l’héroïne. Quand elle se faire rappeler au service de l’Empire, Hail Bristol n’est pas une jeune écervelée qu’il faut rappeler à l’ordre malgré ses cheveux vert un peu trop voyants pour une personne de son rang. C’est une femme d’âge mûr (qui frôle la quarantaine), qui a vécu plus longtemps de manière indépendante dans un milieu plutôt hostile que dans le cocon/nid de vipères de la cour impériale. Que ce soit les autres membres de la Cour, le personnel censément sous ses ordres (mais assez têtu pour lui tenir tête comme Emmory et Zin), ses anciens contacts dans le milieu interlope ou ses ennemis, chaque personnage de The Indranan War a une certaine épaisseur et de multiples facettes. Et je ne vous en dirais pas plus de peur de trop en dévoiler.
Je n’ai qu’un conseil : lisez-les !

The Indranan War: Behind the throne, After the crown & Beyond the empire
de 
K.B.Wagers
Éditions Orbit