Tiamat’s Wrath

Alors que nous attendons encore la date de sortie de la saison 4 de The Expanse, la série TV, The Expanse la série de romans s’achemine elle vers la fin. Le huitième roman, Tiamat’s Wrath, est censé être l’avant-dernier de la série. Il démarre quelque temps après Persepolis Rising. Sur Laconia, James Holden est retenu prisonnier de l’empire galactique de Winston Duarte, et des intrigues de palais déstabilisent le pouvoir en place ; ailleurs, Naomi, Bobbie et Alex résistent chacun à leur manière face à l’hégémonie militaire des Laconiens ; les portes spatiales deviennent de plus en plus instables et Amos est porté disparu. Si comme moi vous vous êtes attachés au fil des romans aux différents membres du Rocinante, dès la première ligne, Tiamat’s Wrath va vous briser le cœur et se révèlera au fil des pages une véritable montagne russe émotionnelle. Les deux écrivains derrière le pseudonyme James SA Corey sont passés par l’école Georges R.R. Martin (avec nettement plus de talent dans l’écriture elle-même à mon avis) et aucun personnage n’est à l’abri de la mort. Pour autant quand celle-ci survient, aussi douloureuse qu’elle soit à lire, elle est logique et n’enlève rien à l’intégrité des personnages. Tiamat’s Wrath n’est pas qu’un véhicule à émotions, c’est également la suite directe de Persepolis Rising : comment finir une guerre. Ou plutôt comment mener une guérilla face à un empire puissant, sans y perdre trop de plumes et sans laisser de vieilles rancœurs couver pour que le conflit renaisse plus tard ? Ici, les méthodes de Naomi et de Bobbie semblent s’opposer avant finalement de se rejoindre. Et si la guerre était menée sur deux fronts : entre humains d’un côté, mais également avec les entités ayant détruit les créateurs de la protomolécule ? Comment se battre contre des créatures dont on ne sait rien, capables de manipuler des systèmes solaires à leurs guises ? Comment survivre face à elles ? Si à la fin de Tiamat’s Wrath un nouveau statu quo est restauré, le roman ouvre la porte sur de nombreuses questions vis-à-vis de ces mystérieuses entités et toujours sur les pouvoirs de la protomolécule. Notons au passage comme les auteurs arrivent à raccrocher au récit principal, le thème évoqué dans leur nouvelle Strange Dogs avec un retour inattendu des personnages de celles-ci. Et je me demande vraiment si les auteurs pourront répondre à toutes ces questions en un seul roman. Et surtout quand aurons-nous la suite ?

Tiamat’s Wrath
de James SA Corey
Editions Orbit

Binti

Quand un récit est recommandé par des écrivains que j’admire (Neil Gaiman, John Scalzi), j’ai tendance à leur faire confiance. Ayant vu une promotion sur Binti, la novella de Nnedi Okorafor, je l’ai donc lu…
Et je suis partagée. D’un côté, le ton fluide, passionnant rend un récit court très facile à lire. Presque trop facile même, et surtout beaucoup trop court. De l’autre côté, l’histoire en elle-même est tellement condensée que cela en devient frustrant. Ce serait une vignette dans un ensemble beaucoup plus vaste comme le sont The Churn et Strange Dogs dans la série The Expanse de James SA Corey, je ne n’aurai aucun problème avec cette brièveté. Ce n’est pas le cas ici. Binti est présentée comme la première partie d’une trilogie (suivi de Binti: Home et Binti: The Night Masquerade guère plus longs). Du coup, je me suis retrouvée plongée dans un récit où il me manquait des informations essentielles : quelle est la relation entre les Himba et les Khoush ? Comment les Khoush ont rencontré les Méduse ? Ou même tout simplement Comment cet empire ou fédération galactique a pu se créer ? Et à quelle époque sommes-nous ? Sans parler de Third Fish, le vaisseau vivant qui m’a immédiatement fait penser aux baleines de l’espace de Marvel ou aux vaisseaux de Farscape. Comment a-t-il été conçu ? Est-il conscient d’héberger des passagers ?
Ces frustrations mises à part, j’ai découvert avec Binti, la plume de Nnedi Okorafor et je pense que j’en lirai plus d’elle. Certainement dans un format plus long. J’avoue que sa manière de mélanger science-fiction et traditions africaines m’a beaucoup plus.

Binti
de Nnedi Okorafor
Editions Tor

The Five — The untold lives of the women killed by Jack the Ripper

J’avoue, j’avoue. L’histoire de Jack l’Éventreur (ou Jack the Ripper en anglais) m’a toujours fascinée. L’enquête elle-même avec le mystère toujours non résolu 130 ans plus tard sur son identité, les histoires qu’il a inspirées, du From Hell d’Alan Moore au Anno Dracula de Kim Newman, tout m’intrigue. Et pourtant, plus mystérieuses encore que l’identité du tueur est la personnalité des victimes. Polly Nichols, Annie Chapman, Elizabeth Stride, Kate Eddows, Mary Jane Kelly : si leurs noms sont connus, leur vie avant de rencontrer en 1888 le couteau du tueur l’est moins. C’est cette lacune qu’a voulu réparée l’historienne Hallie Rubenhold dans son livre, The Five — The untold lives of the women killed by Jack the Ripper. Extrêmement bien documenté, avec même des photos d’époque, ce livre se lit comme un roman. Ou plutôt comme cinq longues nouvelles retraçant l’histoire de chacune de ses femmes.
Hallie Rubenhold ne s’attarde pas sur les meurtres et ne les décrit même pas. Ce qui l’intéresse c’est le parcours de ses femmes et comment il les a guidés jusqu’à Whitechapel et ses bas-fonds. Vous pensiez que les cinq victimes avaient en commun leurs professions ? Détrompez-vous ! Sur les cinq, seules deux étaient des prostituées avérées (Elizabeth Stride alors qu’elle était encore en Suède, et Mary Jane Kelly) et rien n’indique que les trois autres aient, même occasionnellement, vendu leurs charmes. En revanche, à l’exception de Mary Jane Kelly morte dans son lit, elles avaient toutes la particularité de n’avoir pas d’endroit où dormir ce soir-là. Et toutes, sans exception, n’avaient pas la « protection » d’un homme au moment des faits. Plus qu’une supposée profession ou un mode de vie douteux, ce qui a précipité leur fin se résume en deux choses : elles étaient nées femmes et dans un milieu où le moindre accident de parcours (une maladie, un compagnon qui vous quitte, des grossesses trop nombreuses, un emploi perdu) peut vous entraîner dans une spirale descendante sans possibilité de remonter.
The Five est surtout un témoignage de la vie à l’ère victorienne bien loin des fantasy steampunk, des enquêtes de Sherlock Holmes ou de l’histoire mettant souvent en scène la noblesse ou la haute bourgeoisie. Avec chacune des victimes, Hallie Rubenhold s’intéresse à une nouvelle facette de la vie des classes pauvres et moyennes de la société, qu’elles soient originaires de Londres, menant une vie nomade dans toute la Grande-Bretagne ou issue de l’immigration. Vous y apprendrez énormément de choses sur le mode de vie et les habitudes alimentaires de l’époque, sur le type d’éducation prodigué aux uns et aux autres et même sur la récolte du houblon ! Que vous soyez comme moi fasciné par ces crimes anciens, ou simplement amateur d’histoire intéressé plus par le quotidien que par les grandes dates, ce livre est indispensable. Et une fois entamé, vous ne le lâcherez plus de sitôt.

The Five — The untold lives of the women killed by Jack the Ripper
de Hallie Rubenhold
Editions Doubleday

Clean Room

Et si X-Files, Project Blue Book, V et autres histoires d’enlèvements par des extraterrestres n’étaient que de gentilles fables destinées à nous rassurer sur ce que veulent réellement les « aliens » ? Avec Clean Room, une série écrite pour DC Vertigo, Gail Simone au scénario et Jon Davis-Hunt puis Walter Geovani au dessin, lèvent le voile sur ces entités : démons, anges, extraterrestres ou créatures extradimensionnelles ? Celles-ci s’attachent à l’humanité depuis des millénaires, attirées par la mort et la douleur. Elles s’infiltrent parmi nous en possédant des corps, les remodèlent et s’en servent pour infliger encore plus de peine autour d’elle. Invisibles pour les humains, sauf pour les personnes ayant vécu une expérience de mort imminente, elles vont trouver Astrid Mueller sur leurs routes. Sous couvert d’une organisation quasi sectaire de développement personnel, celle-ci a mis au point une façon de les combattre et de sauver une partie de l’humanité.
Quand Philip, le fiancé de Chloé Pierce se suicide après avoir suivi les enseignements d’Astrid, la journaliste enquête prête à faire tomber toute l’organisation. À moins que…
Clean Room fait partie des séries sacrifiées lors de la remise à plat de Vertigo, la collection adulte de DC Comics. Du coup, la série s’est arrêtée au bout de 18 numéros (soit trois grands formats). Heureusement, Gail Simone a eu le temps de conclure de façon satisfaisante l’histoire qu’elle voulait raconter, même s’il reste des questions annexes sans réponse.
Si vous avez aimé X-Files et La Malédiction, si pour vous l’horreur en BD ou ailleurs ne se limite pas à l’accumulation de scènes gore, n’hésitez pas à vous jeter sur Clean Room. Les différentes protagonistes sont fortes, têtues et prêtes à tout pour arriver à leurs fins. Sauveuse de l’humanité, Astrid Mueller est tout sauf une sainte. De mon côté je peux même dire que les deux seules choses bonnes en elle sont sa préférence pour le thé Earl Grey et sa passion pour les échecs. Les entités monstrueuses ne ressemblent à rien de connu et se révèlent pourtant effroyables. Notons quelques clins d’œil de leur part, comme la pire d’entre elle, le Chirurgien, qui adopte comme apparence humaine, un corps très proche de L’Homme à la Cigarette dans X-Files.
Attention, Clean Room est libellée comme une série « suggested for mature readers » c’est-à-dire « à réserver aux adultes ». Ou je dirais plutôt à réserver aux personnes ayant l’estomac bien accroché. L’avertissement est largement justifié. Certaines images vous hanteront longtemps, comme le Ponyman pour moi. Et la thématique sous-jacente a de quoi faire frémir. Malgré tout si vous commencez, vous ne pourrez plus arrêter de le lire. Et vous refermerez la dernière page avec un mélange de soulagement pour les personnages survivants et de satisfaction. Celle d’avoir lu une excellente histoire d’épouvante moderne, originale, humaine et horriblement terrifiante.


Clean Room
Scénario de Gail Simone
Dessins de Jon Davis-Hunt et Walter Geovani
Éditions DC/Vertigo

Darwin’s Blade

Je ne sais pas vous, mais j’ai l’habitude d’acheter toujours un ou deux bouquins avant de longs voyages. Et parfois, une chose en entrainant une autre, je n’ai pas le temps de les lire sur le coup et retrouve le ou les livres en question des années plus tard au fond d’une valise ou d’un sac à dos. C’est ce qui est arrivé à ce pauvre Darwin’s Blade que j’ai dû acheté en même temps que The Wrong Side of Goodbye de Michael Connelly, principalement parce que je connaissais Dan Simmons l’auteur de science-fiction et d’horreur. Autant vous dire tout de suite qu’après l’avoir vu traduit en français (l’Épée de Darwin) et m’être rappelé l’existence du livre dans ma pile à lire, j’ai dévoré les 464 pages de Darwin’s Blade en deux nuits et je regrette amèrement de l’avoir laissé traîner si longtemps de côté.
Avec ce roman, c’est une nouvelle facette du talent de Dan Simmons que j’ai découvert : l’auteur de polar. Entendons-nous bien, Darwin’s Blade n’arrive ni à la hauteur de L’Échiquier du Mal (Carrion Comfort) ni à celles des Cantos d’Hypérion dans l’œuvre de Dan Simmons. Ce n’est pas l’un de ses chefs-d’œuvre qui vous hanteront longtemps après avoir tourné la dernière page. En revanche, c’est un polar très solide à l’américaine, bien documenté, plein d’actions et avec un postulat original. Ici le personnage principal, Darwin Minor, est un spécialiste des accidents, plus particulièrement automobiles. Basé à San Diego, il travaille pour une compagnie d’assurance et essaie de déterminer les causes d’accidents tous plus saugrenus les uns que les autres (avec une mention spéciale pour la tentative de nonnicide à coups de canon à poulet). Il va se retrouver peu à peu impliqué dans une vague d’arnaques à l’assurance à grande échelle et va, pour protéger sa propre vie, remonter à la tête de ce réseau mafieux.
Écrit dans au début des années 2000, ce livre date un peu en ce qui concerne la technique (surtout quand on parle d’un ordinateur portable Gateway dernier cri), mais il ne manque ni d’humour, ni d’action. Évidemment le héros a un passé militaire mystérieux qui l’aidera bien (surtout sur la fin du roman), et Darwin’s Blade n’est pas à l’abri de quelques clichés. Mais il se lit très bien et accroche le lecteur dès les premières reconstitutions d’accident qui n’ont pourtant aucun lien avec l’intrigue principale. Si vous cherchez un bon polar pour vous changer les idées, celui-ci est fait pour vous.

Darwin’s Blade
de Dan Simmons
Éditions Mulholland Books

Dr Jekyll and Mr Seek

Et si L’Étrange cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde de Robert Louis Stevenson ne s’était pas terminé par la mort du bon docteur ? Et si, sept ans après les événements, un homme prétendant être Henry Jekyll reprenait possession de ses biens ? Tel est le point de départ de Dr Jekyll and Mr Seek d’Anthony O’Neill, un court roman entre suite et pastiche du célèbre texte fondateur du fantastique.
Ici, le narrateur principal est Gabriel Utterson, le juriste qui avait enquêté sur les agissements de Jekyll et de Hyde avant la fin tragique du docteur. Et qui depuis devait hériter de son client. Le voir réapparaître n’arrange donc pas ses affaires personnelles. Gabriel Utterson va donc mener une croisade personnelle pour prouver que ce Jekyll 2.0 est un imposteur alors même que les autres proches du scientifique semblent convaincus que celui-ci est bien de retour.
Similaire dans sa structure au texte original de Stevenson, Dr Jekyll et Mr Seek est un jeu littéraire plaisant qui se lit plutôt vite. Malgré sa fin plutôt ambigüe, le style de l’époque est assez bien respecté hormis l’un des rêves d’Utterson au ton peut-être trop moderne. Pour pleinement apprécier ce livre, mieux vaut avoir lu le texte de Stevenson auparavant. Comme ce dernier est désormais dans le domaine public, il se trouve à petit prix en poche voire gratuitement en numérique.

Dr Jekyll and Mr Seek
Anthony O’Neill
Éditions Skyhorse publishing

The Unadulterated Cat

Terry Pratchett n’a pas écrit que de la fantasy seul ou accompagné. L’écrivain britannique était également un amoureux fou de la gent féline, sans illusion sur les travers de ses compagnons à quatre pattes. De ses années de cohabitation avec les chats, il a tiré The Unadulterated Cat. Ce court livre est un retour des chats authentiques : des matous et minettes à poils, à griffes, à fort caractère et à l’esprit de contradiction bien campé. Par opposition aux boules de poils propres sur elles et pomponnées que nous montre la télévision à longueur de publicité (et depuis l’importance croissante d’Internet, par rapport aux innombrables Grominets ridiculisés à longueur de Lolcats). Le tout est illustré avec des caricatures très exagérées, mais ô combien criantes de vérité, de Gray Jolliffe.
Dans ce livre, vous apprendrez comment trouver un chat (ou plutôt comment vous faire mettre le grappin dessus par un chat), comment le nourrir, le transporter, le soigner, le faire cohabiter avec d’autres animaux ou pire pour votre santé mentale avec vos enfants.
Au passage, Terry Pratchett y expose ses théories sur les chats. Et comment l’animal est devenu le plus apte à survivre car 1-en raison de l’expérience de Schrödinger, il est devenu apte à se faufiler par les coins de l’espace-temps, et 2- c’est le seul animal qui nous a convaincu de le nourrir non en raison de son utilité ou de sa puissance, mais parce qu’il ronronne et a l’air heureux de manger.
Ajoutez-y quelques pages sur l’histoire du monde vu par les chats, ou les races de chats auxquelles nous avons échappé et vous obtiendrez un monument de drôlerie à offrir à tous les amoureux des chats. Ou tous les masochistes envisageant d’en adopter un.

The Unadulterated Cat
de Terry Pratchett
illustré par Gray Jolliffe
Éditions Gollancz

Fil rouge 2018 : Hogfather

Et voici la dernière édition de notre fil rouge 2018 avec une thématique d’actualité — Noël et plus exactement le Père Noël. Plutôt que de m’intéresser à notre gentil ogre porteur de cadeaux habituel, je me suis penchée sur la façon dont le Disque-monde célèbre Noël. Et j’ai relu l’un de mes livres favoris, hors ceux mettant en scène la garde d’Ankh-Morpork : Hogfather de Terry Pratchett (pour ceux qui lisent en français, il est paru sous le titre Le Père porcher chez l’Atalante).
Là-bas, Noël ou plutôt Hogswatch se célèbre le 32 décembre et Hogfather dans son traineau tiré par des porcs distribue des cadeaux à tous les enfants sages du Disque-Monde. Sauf que… Les Auditeurs de la réalité ont mis sa tête à prix et c’est Teatime, l’assassin le plus fêlé de la Guilde des Assassins, qui se charge du contrat. Du coup, la Mort doit le remplacer au pied levé et apprendre sur le tas le concept de Noël. Et sa petite-fille, Susan Sto
Helit doit retrouver le Hogfather, aidée par Bilious, le tout nouveau dieu des Gueules de bois, quitte à remettre de l’ordre au passage dans la cosmogonie du Discworld et menacer quelques croquemitaines de son tisonnier.
Tout rentrera finalement dans l’ordre, sans qu’au passage Terry Pratchett ne dise ses quatre vérités sur l’esprit de Noël qui ne souffle qu’une fois par an
et l’aspect très commercial de cette fête. Il n’oublie pas de rappeler les origines païennes et sanglantes d’une fête qui n’est au fond qu’une célébration pour demander au soleil de revenir éclairer le monde au cœur de l’hiver froid et sombre. Si les adultes peuvent y lire ce double sens, et apprécier certaines digressions assez dures sur la différence entre cadeau rêvé et cadeau véritable, ou entre fantasme et réalité, les plus jeunes eux se laisseront porter par l’intrigue et les nombreuses créatures invraisemblables engendrées par la disparition de Hogfather, comme un éléphant miniature aspirateur de chaussettes solitaires ou un oiseau gobeur de bout de crayon. Si Susan Sto Helit en Mary Poppins revisitée par Tim Burton est l’une des créations les plus réussies de Terry Pratchett, j’avoue néanmoins que mes passages favoris étaient ceux où la Mort essaie de remplir son rôle de pourvoyeur de cadeau tout en tentant de comprendre l’esprit de Noël.

Hogfather
de Terry Pratchett
Editions Corgi

Lady Astronaut of Mars

Et si le plus important dans un voyage n’était pas la destination, mais le trajet pour y arriver ? À lire les deux premiers romans de la série Lady Astronaut of Mars de Mary Robinette Kowal, c’est exactement le propos de l’histoire : la conquête spatiale vue par les yeux du Dr Elma York, ex-WASP (Women Airforce Service Pilot) durant la Seconde guerre mondiale et mathématicienne de génie.
Dans son univers, une météorite
atterrissant en plein Atlantique nord en 1951 enclenche un cycle de catastrophes climatiques qui à terme rendra la surface du globe inhabitable. La fuite dans l’espace est la seule solution possible pour l’humanité, mais le projet ne se fera pas sans risques, ni sans combattre les préjugés de l’époque. Le premier roman, The Calculating Stars, débute lors de la chute du météore et se termine avec le lancement de la première mission lunaire. Le deuxième, The Fated Sky, commence trois ans après le premier et se termine sur le sol martien. Deux autres romans sont prévus et une nouvelle est disponible en ligne. Celle-ci se déroule trente ans plus tard à l’heure d’un nouveau départ.
Se lisant d’une traite, et encore mieux l’un derrière l’autre, les deux romans de
Lady Astronaut of Mars sont un mélange de hard science old school avec un petit côté Histoire du futur à la Robert Heinlein mâtinée d’Étoffe des héros, et de critique féroce de la société actuelle sous couvert de dénoncer les travers historiques. À noter d’ailleurs que l’écriture de The Calculating Stars était déjà terminée avant la sortie du film Hidden Figures (Les Figures de l’ombre) sur les calculatrices (« computer » en VO) de la NASA. Un rôle similaire à celui que tient Elma York au sein de l’IAC. Étrangement, seuls deux points m’ont gênée : la relation de couple entre Elma York et son mari, et celle de rivalité qu’Elma York entretient avec Stenston Parker. La première est bien trop idéaliste et est visiblement conçue de façon à faciliter la progression d’Elma. La deuxième passe beaucoup trop rapidement de la haine et du mépris pur et dur à une amitié basée sur la confiance et le respect réciproque à la fin de The Fated Sky. Je veux bien que 18 mois enfermés dans un même vaisseau rapprochent les gens, mais au point de faire un virage à 180°, j’avoue avoir un gros doute. Hormis ces points de détails, je ne peux que vous encourager à lire ces deux livres. Surtout si vous êtes fascinés par la conquête spatiale et que vous rêviez régulièrement en gardant le nez en l’air.

Lady Astronaut of Mars
de Mary Robinette Kowal
Editions Tor

The Frighteners

Netgalley a un avantage certain pour les lecteurs voraces. On y trouve toute sorte de livres, même certains qui pourraient largement échapper à notre perspicacité. The Frighteners de Peter Laws est de ceux-là. Ni roman, ni essai scientifique, ce livre est entre la découverte d’un genre, un plaidoyer pour l’art macabre et une ode à ses appréciateurs, lecteurs, joueurs ou spectateurs.
Il ne vous a pas échappé en lisant ces pages que je n’aie rien contre une bonne histoire de fantôme ou d’horreur pure. Je sais ce que j’y trouve, mais pourquoi ces histoires sanglantes fascinent tant de monde ? C’est la question à laquelle tente de répondre dans The Frighteners, Peter Laws, révérend de son état, obnubilé par l’horreur depuis l’enfance et auteur de thrillers. En dix chapitres, il explore différentes thématiques : les monstres classiques (vampires, loups-garous, démons), les revenants, les zombies, l’envoutement qu’exerce les faits des serial killers ou l’intérêt des jeux et histoires violentes dans le développement des jeunes enfants.
À travers sa propre expérience, mais également ses rencontres aussi diverses que des furs en convention, un guide touristique spécialisé dans les fantômes anglais ou un couple ayant une boutique très spécialisée, Peter Laws présente les différentes raisons qui peuvent se cacher derrière cette passion pour le macabre dans son ensemble, ou pour certains de ses aspects. Et pourquoi d’une certaine façon, cette fascination, cathartique, est saine pour la construction de notre personnalité, mais également de notre société.
Loin d’être un pensum, The Frighteners se lit très facilement. C’est en quelque sort le pendant de Danse Macabre (Anatomie de l’Horreur) de Stephen King. Là où l’écrivain américain avait un point de vue avant tout de créateur d’histoires à faire peur, Peter Laws se place résolument du côté des consommateurs de tels récits. Il parsème son propos d’anecdotes souvent très drôles et aussi parfois surprenantes. Ainsi, Peter Laws a entendu l’appel de la religion en regardant L’Exorciste !

The Frighteners
de Peter Laws
Editions Skyhorse