Roma Eterna

Et si nous venions de fêter la nouvelle année 2774 ? Et si l’Empire romain ne s’était pas effondré, mais avait perduré au moins jusqu’au XXe siècle ? C’est le postulat que Robert Silverberg utilise pour son uchronie, Roma Eterna (ou Roma Æterna dans la traduction française), une collection de nouvelles sur ce thème écrites au film des ans et rassemblées dans un même recueil en 2003. Chacune d’entre elles s’intéresse à une période différente de l’Histoire et souvent à une partie différente de l’Empire même si tous les regards se tournent toujours inévitablement vers l’éternelle Rome. Le prologue, simple discussion entre érudits, nous montre le point de divergence choisi : Moïse n’a pas réussi à traverser la Mer rouge et les Hébreux ne sont qu’une peuplade parmi d’autres de l’Égypte. Le monothéisme ne s’est pas développé hors de leur rang et donc plus tard, le christianisme n’a pas envahi l’Empire. Et la morale judéo-chrétienne n’aura jamais cours. Ce qui dans les histoires à venir apparaît clairement dans les relations des personnages entre eux.
With Caesar in the Underworld s’intéresse sur le ton du polar aux bas-fonds de Rome alors que la division entre Empire de l’Ouest (avec Rome pour capitale) et Empire de l’Est (avec Byzance) est déjà actée, mais où les deux moitiés s’entendent encore suffisamment pour que les Romains de l’Est aident ceux de l’Ouest à repousser définitivement les barbares.
A Hero of the Empire change de ton. Sous forme d’une longue lettre à mi-chemin entre le récit de voyage et la plaidoirie, cette nouvelle raconte comment un homme à la vie trop dissolue pour la cour de l’Empereur se retrouve en exil à La Mecque. Là, il se lie avec les notables locaux pour éliminer un jeune marchand charismatique un peu trop zélé dans son prosélytisme du monothéisme. Et qui, selon lui, à terme menacerait la stabilité de l’Empire. The Second Wave nous fait faire un bond de cinq siècles et traverser un océan. À travers les yeux d’un jeune légat, nous assistons à la deuxième tentative de conquête dans un univers hostile et totalement étranger aux habitudes de la légion. Entre récit de voyage et histoire militaire, ce court texte est celui qui offre le plus de dépaysement à son lecteur.
Waiting for the End est le récit mélancolique des derniers jours de l’Empire romain d’Occident. Épuisé par les conquêtes du précédent texte, et en proie à une guerre fratricide entre Grecs et Romains, l’Empire s’effondre sous les yeux d’un secrétaire de l’Empereur pris entre plusieurs loyautés.
Trois siècles plus tard, An Outpost of the Realm nous offre pour la première fois le point de vue d’une femme. Nous sommes dans la peau d’une noble veuve vénitienne (longtemps sous la partie byzantine de l’Empire) qui doit se faire à l’hégémonie de Rome dans l’Empire alors que le nouveau proconsul envoyé dans sa ville est si séduisant. Ici, c’est par petites touches que l’uchronie se fait sentir : la liberté de ton et d’action de la veuve, les différents cadeaux et récits de voyages du proconsul… Un intermède plus calme, mais très agréable. Contrairement à Getting to know the Dragon qui est, à mon goût, la nouvelle la moins intéressante du récit. Elle n’a pour seul mérite que de nous faire passer l’équivalent dans cette trame temporelle des Grandes découvertes et des Lumières d’un seul coup, sans oublier une description clinique des horreurs commises durant la rencontre avec les « bons sauvages ». The Reign of Terror est lui un texte haletant et dur sur la façon dont l’Empire doit se maintenir coûte que coûte malgré la folie de ceux qui le dirigent. Via Roma, écrit comme le journal de voyage d’un jeune lord britannique, en est le pendant. En nous mettant dans le rôle d’un ingénu découvrant l’Italie et les mœurs de la haute société romaine, il nous fait vivre les derniers jours de l’Empire et l’instauration de la Seconde République. Tales from the Venia Woods en prend la suite avec un conte de fées crépusculaire au plus profond de la forêt autrichienne et la fin de celui qui fut le dernier Empereur. Enfin To The Promised Land nous ramène aux Hébreux d’Égypte et à leur rêve de nouvel exode dans les étoiles.
À chaque nouvelle ou presque de Roma Eterna correspond une période historique identifiable dans notre ligne temporelle. Et chaque récit est écrit dans le style en vogue à cette période (mais dans un anglais moderne). Certains se dévorent plus vite que d’autres, mais tous captivent par l’attention accordée aux petits détails, et la psychologie de leurs personnages à la fois si proche et si différente de la nôtre. Les Romains sont tour à tour présentés avec un mélange de stoïcisme et d’hédonisme tout en ayant conscience du poids de leur histoire et des responsabilités et de l’immobilisme qu’elle entraine.


Roma Eterna
de Robert Silverberg
Éditions Harper Voyager

The Only Good Indians

J’en ai lu des histoires de fantômes et de possession. J’en ai lu des histoires de vengeance. Mais je dois dire que The Only Good Indians est la première du style où le monstre est un grand herbivore peu connu pour son caractère offensif au naturel : le wapiti. Et on ne parle pas d’un vieux mâle voulant protéger sa harde, non. Mais d’une jeune femelle tuée avant même sa première mise bas.
En résumé, le dernier roman en date de Stephen Graham Jones n’a rien d’impressionnant : quatre Indiens Blackfeet ont braconné le dernier samedi avant Thanksgiving
sur les terres des Anciens. Ils ont fait un carton sur un troupeau de wapitis, tuant neuf bêtes avant d’être rattrapés par le garde-chasse. Dix ans plus tard, les wapitis tués et en particulier l’une d’entre eux, se vengent…
À la lecture, The Only Good Indians est un mélange détonnant entre l’horreur gothique de Shirley Jackson ou d’Henry James, du sens du détail et du grotesque du quotidien de John Irving et d’une plongée dans la vie d’Indiens Blackfeet (et Crow pour partie) au 21
siècle, qu’ils soient encore dans la réserve ou non.
Le roman ne se lit pas d’une traite, et il met du temps à se dévoiler. La mort du premier chasseur, Ricky,
peut paraître comme un banal fait divers dû à une consommation excessive d’alcool. Lorsqu’on passe à Lewis, les premiers indices sont posés, mais une fois de plus : tout est ambiguë. Est-il hanté par un fantôme animal ? Ou sa culpabilité le fait-elle halluciner ? Il n’y a qu’une fois de retour dans la réserve que le voile est levé. Même si pour vengeresse qu’elle soit, l’âme du wapiti reste une cervidé dans sa tactique. Elle ne se révèle au grand jour que rarement et n’agit le plus souvent que dans l’ombre, soit quand aucun témoin ne sortira vivant de la scène soit en manipulant ses victimes.
Attention cependant, ayez le cœur bien accroché. Pour un livre de genre, The Only Good Indians ne contient que peu de scènes horribles. Cependant, quand elles sont présentes, l’auteur ne prend pas de gants et, sans rajouter de l’hémoglobine à outrance, ne lésine pas sur les détails. Quant à l’atmosphère du roman,
elle varie d’un chapitre à l’autre suivant les personnages suivis, mais offre à chaque fois une plongée dans la vie et l’âme de l’intéressé passionnante. J’avoue avoir eu un gros coup de cœur pour Denorah et son père. Et, à la différence de Galeux, j’ai aimé mettre un nom sur les narrateurs.
Si vous ne lisez pas en anglais, patientez quelques mois, il semblerait qu’un éditeur français le publie prochainement. À suivre ?

The Only Good Indians
de Stephen Graham Jones
Éditions Simon and Schuster

Harrow the Ninth

Après avoir dévoré Gideon the Ninth, le premier roman de Tamsyn Muir, j’attendais avec impatience et crainte sa suite, Harrow the Ninth. En effet, les deuxièmes épisodes d’une trilogie sont toujours des moments délicats où il est si facile de se reposer sur ses lauriers en accentuant les points forts du premier roman et en laissant doucement l’intrigue évoluer vers sa conclusion.
Ce n’est pas du tout la voie choisie par l’autrice bien au contraire. Là où le premier était un mélange entre le huis clos psychologique et l’horreur avec la découverte d’un palais mortel pour ses visiteurs, le second plonge plus clairement dans le space opera, mais également l’étude de caractère et une bonne vieille énigme policière.
Fin du tome un oblige, nous changeons de narratrice. Nous changeons également d’époque et l’histoire commence quelques semaines ou mois après la dernière page du livre précédent, même si elle ne manquera pas de flashbacks vers un passé récent ou nettement plus lointain. Et, pour ajouter à la confusion vécue par la narratrice, certains chapitres sont racontés à la deuxième personne tandis
que s’intercalent d’autres qui semblent revisiter les événements passés le sont à la troisième personne. Et l’histoire y est différente notamment avec un changement important dans le duo cavalier/nécromancienne de la IXe maison. Cette confusion est entretenue pour le lecteur jusqu’au milieu de l’ouvrage où à la fin d’un chapitre, deux petites lettres fournissent un éclairage totalement différent pour comprendre tout ce qui vient de s’écouler : « me ».
Ce qui ne semblait être que le deuil délirant d’une jeune nécromancienne ayant perdu/absorbé son âme sœur et plongée dans une guerre spatiale (avec des fantômes de planètes !) dont elle ne maîtrise pas les règles va alors prendre tout son sens. Il s’agit en réalité d’une arnaque d’une profondeur rarement atteinte pour déjouer les plans de Dieu lui-même, à savoir un empereur nécromant du nom de John Gaius grand amateur de thé et de biscuits au gingembre. Ajoutez y que les plans de notre chère Harrow, la nécromancienne de l’histoire, vont se retrouver mêlés à une intrigue politico-sentimentalo-familiale qui prend ses origines 10 000 ans dans le passé et vous serez sûr d’être accrochés jusqu’à la dernière page tout en allant de surprise en surprise.
Et si Harrow n’a pas la fougue et la verve de Gideon, Tamsyn Muir fait toujours preuve d’une écriture brillante dans ce deuxième tome. Elle mêle intimement les références les plus incongrues, les scènes de la vie ordinaire (comme Harrow s’essayant à la cuisson d’une soupe de légumes) et la débauche d’os, de sang et de revenants qui se justifient pleinement dès que des nécromanciens veulent vider leurs querelles. Elle y fournit également ce qui, à mes yeux, manquait dans le premier : une explication semi-rationnelle sur la façon dont la magie fonctionne dans ce futur galactique avec deux puissances opposées (thanergy et thalergy) q
ui peuvent se compléter et un ancrage génétique à la magie du sang. À dévorer d’urgence en attendant le tome 3 : Alecto the Ninth prévu en 2022.

Harrow the Ninth
de Tamsyn Muir
Éditions Tor

Judge Dee and the Limits of the Law

©Red Nose Studio

Les histoires de vampires se suivent et ne se ressemblent pas sur le blog. Après une vision particulière du voyage du Demeter dans Dracula, voici Judge Dee and the Limits of the Law, une vignette vampirique préparée par Lavie Thidar. Loin du cyberpunk de son roman Central Station, l’auteur joue ici avec des figures mythiques et littéraires venues d’un peu partout.
Commençons par le Judge Dee du titre calqué sur un détective de fiction chinois connu tant en littérature qu’au cinéma. Il est accompagné par Jonathan, un jeune anglais qui lui sert de greffier. Dans un rôle similaire à celui de Jonathan Harker dans Dracula. Tous les deux parcourent l’Italie du Nord à la manière d’un certain Guillaume de Baskerville dans Le Nom de la rose.
Sauf que… ce Judge Dee est un vampire et sert à la fois d’enquêteur, de juge et d’exécuteur (comme un certain Judge Dredd en passant) pour les crimes de ses semblables contre la loi vampirique. Dans cette histoire, il va être amené à régler de manière sanglante un conflit de territoires entre deux barons vampiriques. À moins qu’on ne se soit joué de lui ?
Même si l’univers est à l’opposé de Central Station, Lavie Tidhar traite ses personnages, même les plus rustres, avec délicatesse et humanité. L’histoire nous est d’ailleurs rapportée par Jonathan, un être humain. Et contée comme un récit de veillée au coin du feu… Pour rire aux dépens des vampires, ou avec eux ? Cette courte nouvelle est disponible gratuitement en ligne sur le site de l’éditeur.

Judge Dee and the Limits of the Law
de Lavie Thidar
Éditions Tor

Dead Lies Dreaming

Actualité britannique oblige, le dernier volume de la série The Laundry Files de Charles Stross n’est pas une suite à The Labyrinth Index, mais un épisode concomitant aux événements racontés dans les derniers livres. Dans Dead Lies Dreaming en effet, nous ne suivons plus les aléas d’espions au service de l’administration qu’elle soit ancienne ou nouvelle aux ordres du Pharaon Noir, mais de citoyens presque ordinaires de Londres qu’ils soient voleurs à la petite semaine, ancienne inspectrice de police recyclée dans le secteur privé ou bras droit d’un multimillionnaire aux ambitions démesurées.
Sauf que… Ces citadins ordinaires n’en sont pas et ont des superpouvoirs liés à la résurgence de la magie. Certains en sont conscients et savent les risques encourus à trop l’utiliser (à savoir une forme particulièrement sévère de démence précoce) et les autres non et se révèle très créatifs avec. Partant de trois directions différentes, ils vont se lancer dans une quête pour mettre la main non pas sur le Necronomicon, mais sur son index tout aussi redoutable, croisant au passage la route de Jack L’Éventreur, de Peter Pan et de la Fée Clochette et d’une version de 007 qui ne brille pas par son intelligence.
Même si l’on n’y retrouve pas Bob Howard ni aucun des personnages habituels de la série, Dead Lies Dreaming reprend le cocktail qui fait le succès de The Laundry Files : de l’action, une critique de la société britannique assez féroce, un mélange improbable entre informatique, comptabilité et magie (avec l’une des démonstrations les plus claires qui soient du moteur de recherche Shodan et des dangers des outils connectés non sécurisés) et des personnages qui sont loin d’être parfaits, mais qui sont tous très attachants. Le jeune Game Boy avec sa passion pour les jeux vidéos, sa façon de chercher l’affection de sa famille choisie pour oublier les exigences de sa famille d’origine en particulier m’a émue et fait trembler alors qu’il est loin d’être l’un des moteurs de l’action. Sans oublier, comme souvent avec Charles Stross, une bonne dose de sarcasme, d’ironie et de comique de situation qui fait que même en plein cœur d’un roman fantastique tirant sur l’horreur, vous allez éclater de rire au milieu d’une page ou de la nuit…

Dead Lies Dreaming
De
Charles Stross
Éditions
Orbit

The Relentless Moon

À l’heure où l’univers de Lady Astronaut of Mars fait ses premiers pas en version française avec la sortie de Vers les étoiles (The Calculating Stars) chez Denoël et de Lady Astronaute, une collection de nouvelles dans le même univers, chez Folio SF, penchons nous sur le troisième roman de cette série conçu par Mary Robinette Kowal : The Relentless Moon.
L’action débute en 1963 et Elma York, l’héroïne des deux premiers romans est en route pour Mars. Sur la Lune, la base est devenue une véritable colonie avec des résidents permanents, un musée et un restaurant (qui comme tout bon cliché américain qui se respecte s’appelle Le Restaurant et est tenu par un couple de Français)… Sur Terre, le programme spatial se poursuit tant bien que mal malgré des tensions croissantes entre les pays membres et une activité renouvelée des Earth First, terroristes voulant arrêter la course à l’espace au profit des populations terriennes.
Dans The Relentless Moon, nous suivons le point de vue de Nicole Wargin, ancienne WASP et faisant partie des six « astronettes » originales comme Elma York, mais également ancienne espionne durant la Seconde Guerre mondiale et femme du gouverneur du Kansas. C’est également une femme fragile, égoïste et entêtée voulant à tout prix cacher son arthrite et son anorexie pour rester dans le programme spatial. Alors que les sabotages se multiplient sur Terre, elle est chargée d’accompagner de nouveaux colons sur la Lune pour s’assurer qu’Earth First ne s’y est pas implanté également. Évidemment, les sabotages sur la Lune commencent dès l’arrivée et, pour corser le tout, une épidémie de polio se déclenche dans la population. La colonie va-t-elle survivre ?
Si The Relentless Moon se lit tout aussi bien que les deux premiers romans, je lui ai trouvé quelques longueurs par rapport aux autres. Sur Terre, l’action tarde à démarrer et sur la Lune, les sabotages s’enchaînent les uns après les autres avant d’être « miraculeusement » résolus dans les deux derniers chapitres. Et personnellement, je me serais passée de l’épilogue en forme de « happy end » de contes de fées. Pour autant, The Relentless Moon arrive à renouveler la série en s’orientant vers une trame différente. Nous ne sommes plus dans un récit pur de conquête spatiale, mais dans un roman d’espionnage qui se passe pour partie dans un environnement clos à 1/6e de G. En changeant de protagoniste, le ton de l’histoire a changé. Nicole Wargin est nettement moins sympathique qu’Elma York, mais elle est également beaucoup plus nuancée. Si le couple qu’elle forme avec son mari est clairement inspiré par celui de Jackie et John Fitzgerald Kennedy, la femme elle-même n’est pas parfaite. Elle fait des erreurs, peut se laisser aveugler par ses obsessions ou sa colère, mais elle en est consciente et les individus qui l’entourent aussi. Du coup, du point de vue des personnages, ce troisième roman est le plus équilibré des trois et humainement le plus intéressant. Le fait est qu’il présente également la vie de ceux et celles restant à terre pendant que leurs conjoints s’engagent dans des missions longue durée, mais également un moment souvent oublié dans les œuvres de science-fiction : la deuxième et la troisième étape de la colonisation. La Lune n’y est plus simplement un but d’exploration scientifique, mais devient un lieu de vie permanent où il faut commencer à réfléchir à une autosuffisance à long terme par rapport à la planète mère… Sans reproduire les mêmes erreurs. Un quatrième roman, The Derivative Base, est annoncé pour 2022 et nous y verrons peut être la deuxième étape sur Mars, à moins d’explorer une autre partie du système solaire ?

The Relentless Moon
De
Mary Robinette Kowal
Éditions Tor

Rich Larson en trois nouvelles

Certains éditeurs ont la bonne idée de proposer des nouvelles gratuites pour donner envie de lire les livres dont elles sont extraites. C’est le cas de Le Belial’ qui propose jusqu’au 15 novembre, un extrait de son prochain recueil dédié à Rich Larson, La Fabrique des lendemains (en vente le 29 octobre). Ne connaissant pas l’auteur et avant de savoir si j’allais investir dans un autre gros pavé, j’ai donc téléchargé Rentrer par tes propres moyens et je me suis aperçue à la lecture que j’en avais une autre sur ma liseuse (récupérée gratuitement grâce à Tor.com cette fois-ci) Painless, qui sera également traduite dans le recueil précité sous le nom de Indolore et qu’une troisième, un peu plus longue est disponible également sur Tor.com, How Quini the Squid Misplaced His Klobučar.
Né en Afrique, ayant vécu en Europe et en Amérique du Nord, Rich Larson est un auteur particulièrement cosmopolite et ces trois nouvelles en sont la preuve. Chacune d’entre elles se passe sur un continent différent : l’Amérique pour Rentrer par tes propres moyens, l’Afrique pour Painless et l’Europe pour How Quini the Squid Misplaced His Klobučar. Dans ces trois récits, Rich Larson se classe résolument dans un univers cyberpunk. Des consciences sont téléchargées directement dans des puces en attendant d’être clonées dans Rentrer par tes propres moyens, le personnage de Painless est doté d’implant et a subi une manipulation génétique qui en fait un soldat d’un genre très particulier, et les arnaqueurs de How Quini the Squid Misplaced His Klobučar ont plus d’implants et de piratages possibles que dans les rêves les plus fous de Neuromancien et du Samouraï virtuel réunis.
Et pourtant, chacune de ces nouvelles a une tonalité différente : mélancolique parlant du passage du temps et du sens de la vie dans la première, guerrière à la limite de l’horreur pour Painless (avec une histoire de double que ne renierait pas Tade Thompson et sa Molly Southeborne), très rythmée reprenant le déroulé d’une arnaque classique où le plan ne se déroule pas sans accroc dans la troisième. À chaque fois, le style de l’auteur change comme un caméléon pour s’adapter à l’univers de ses personnages.
Et en soi, le suivre d’une nouvelle à l’autre est un exercice de lecture intéressant. Notez ce nom, Rich Larson, vous en entendrez surement parler prochainement.

Rentrer par tes propres moyens
De
Rich Larson
Traduction de Pierre-Paul Durastanti
Éditions L
e Bélial’
Painless
How Quini the Squid Misplaced His Klobučar
De Rich Larson
Éditions Tor

The Hollows

En 2020, ce n’est pas une, mais deux de mes séries d’urban fantasy favorites qui ont repris du service. Après vous avoir parlé des Dresden Files de Jim Butcher, examinons désormais la série The Hollows de Kim Harrison. En effet, six ans après ce qui aurait dû être le treizième et dernier livre de la série, The Witch With No Name, l’autrice revient dans cet univers avec un American Demon franchement réussi et a déjà annoncé un prochain roman pour l’été 2021.
Pourquoi parler de The Hollows en octobre ? Parce que c’est la série parfaite pour Halloween ou Samain. L’héroïne principale est une sorcière, travaillant et vivant avec une vampire et un pixie (pensez lutin ailé du même type que la fée Clochette, mais au masculin avec des ailes de dragon et très doué en escrime et manipulation de la vidéosurveillance). Au fil de la série, vous allez y croiser des démons, des elfes, des fantômes, des loups-garous et même des tricksters celtes ou amérindiens et un esprit asiatique manipulateur de rêve. Le tout étant placé dans une dystopie de science-fiction où des tomates génétiquement modifiées ont
causé la mort d’un quart de la population humaine. Les différentes races surnaturelles, les Inderlanders, étant désormais aussi nombreuses que les humains, elles se sont révélées au grand jour, et certaines ayant accumulé puissance et fortune au fil des siècles ont pris les rênes du pouvoir pour éviter de tomber dans le chaos total. Un quart de siècle plus tard, humains et Inderlanders vivent côte à côte. Et à Cincinnati où se passe principalement la série, ils vivent chacun d’un côté du fleuve et ont chacun leur force de police.
Sorcière qui a quitté l’une de ces forces de police, ce qui est l’objet du premier roman De
ad Witch Walking, Rachel Morgan veut gagner sa vie comme chasseuse de prime, garde du corps et détective privé. Sauf que son passé médical d’enfant fragile toujours entre deux hôpitaux va la plonger au cœur de la guerre multimillénaire que se livrent démons et elfes, dans cette réalité et la suivante. De roman en roman, elle a va également démêler les intrigues politico-mafieuses des vampires, bousculer le statu quo des garous et changer la vie d’une banshee et d’une dryade. Le tout avec un mélange de puissance et de maladresse qui fait que chaque livre se dévore très très vite avec de grands éclats de rire. Si la romance est nettement plus présente dans The Hollows que dans The Dresden Files, elle n’est pas le moteur majeur de la série, certes axée sur les relations personnelles entre ses personnages, mais portée principalement par les liens amicaux ou familiaux des uns et des autres. Le tout dans des romans plutôt gros où l’action est suffisamment présente pour vous tenir en haleine jusqu’à la dernière page.
Attention, cette série – comme The Dresden Files –  a commencé à être traduite chez Bragelonne, mais elle a été vite abandonnée depuis. Il ne reste pour l’instant que la possibilité de la suivre en anglais.

The Hollows
De
Kim Harrison
Éditions
Harper-Collins

Night of the Mannequins

Que l’on l’appelle Samain, Halloween ou Jour des Morts, la fin octobre et le début novembre est une période propice pour les amateurs d’horreur. Du coup, il y a de fortes chances pour que le fantastique, l’étrange et l’horreur s’invitent un peu plus souvent que d’habitude sur ce blog.
En grande amatrice de film de genre, en particulier ceux de slasher
s, je ne pouvais que me laisser tenter par le dernier titre paru de Stephen Graham Jones, Night of the Mannequins. Très court roman, ce titre est une ode aux Michael Myers, Ghostface ou autre Freddy Krueger. Et il a la particularité de nous placer dans la peau… du meurtrier.
Dans une petite ville paumée au fin fond du Texas, quatre amis d’enfance en fin de lycée décident de ressortir l’un de leurs vieux jouets, un mannequin, et de faire une blague à la cinquième de la bande en l’infiltrant dans la salle de cinéma où celle-ci travaille. Sauf qu’en cours de séance, la créature de plastique se lève et sort… Quelque temps plus tard, un camion fou dévaste la maison d’un des membres de la bande, tuant toute la maisonnée, chiens compris. Est-ce la vengeance du mannequin pour avoir été oublié pendant si longtemps ? Et s’il fallait tuer, un à un, les responsables de la blague pour éviter que le mannequin ne fasse encore plus de dommages collatéraux ?
Raconté entièrement à la première personne, Night of the Mannequins nous permet de comprendre comment un adolescent somme toute normal finit par se livrer à un bain de sang et à tuer les personnes qui lui sont les plus proches, tout en pensant agir pour la bonne cause. Tous les moments clés des films d’horreur sont présents dans ce récit, y compris la fameuse « final girl », et feront sourire les amateurs du genre. Et comme pour les bons films d’horreur, cette grosse nouvelle arrive non seulement à détendre le lecteur, mais également à lui donner quelques pistes de réflexion sur le temps qui passe, l’amitié qui se délite, le danger posé par les fous des armes, ou tout simplement l’ennui profond des petites villes… Une courte pépite à lire avant ou après entamer un marathon devant votre série horrible fétiche… Ou dans mon cas, revoir une fois de plus La Cabane dans les bois.

Night of the Mannequins
De
Stephen Graham Jones
Éditions
Tor

Fangs

De Sarah Andersen, je ne connaissais jusqu’ici que ses tranches de vie, compilées sous le nom de Sarah’s Scribbles, souvent très drôles, mais à lire principalement sur le Web, et personnellement à petites doses. Puis j’ai découvert Fangs au coup de crayon radicalement différent et je fus subjuguée. Et pourtant, la comédie romantique n’est pas du tout un genre que j’affectionne. Fangs raconte l’histoire d’amour d’Elsie, vampire de son état, et de Jimmy, un loup-garou ordinaire, de leur rencontre dans un bar jusqu’aux premiers mois de vie commune où le mariage commence à être évoqué. L’histoire est donc celle classique de deux jeunes gens vivant une première histoire d’amour (ou non pour Elsie), entremêlée de problèmes plus spécifiques à leurs conditions. Que ceux-ci soient macabres, comme lorsque Elsie explique qu’elle a saigné et enterré l’ex qui l’a trompé. Ou plus drôle comme la méthode de séchage après la douche très canine de Jimmy. Le tout étant à la fois très sarcastique, teinté d’humour noir et en même temps débordant de tendresse et de bonne humeur.
Si la série a commencé comme l’autre sur le Web, vous pouvez désormais en commander une version reliée chez Andrews McMeel publishing. L’ouvrage, à peine plus grand qu’un livre de poche, est très beau avec sa couverture rouge en tissu et sa tranche noire. Et il met merveilleusement en valeur les planches de l’artiste. C’est à la fois une belle histoire et un beau livre.

Fangs
De Sarah Andersen
Éditions
Andrews McMeel