Monstress – Haven

Bien souvent quand une série commence, les premiers épisodes sont excellents puis au fil du temps, la qualité se dégrade. Dans le cas de Monstress de Marjorie Liu et Sana Takeda, ce n’est pas le cas du tout. Alors que viens de sortir le troisième TPB (trade paperback ou en bon français gros album regroupant plusieurs numéros réguliers d’une série de comics) du titre, l’intérêt reste toujours aussi soutenu, et l’histoire aussi riche.
Résumons les épisodes précédents, Si le premier volume – Awakening – nous présentais Maika Halfwolf et son univers actuel, le deuxième volume – The Blood — plus violent, levait le voile sur les origines de Maika, des arcaniques et en partie de Zinn, la créature hantant le corps de Maika.
Ce troisième volume – Haven — commence juste après le deuxième. Devant trouver un refuge face à la vindicte des Blood Queen, Maika, Kippa, Master Ren et les autres se font héberger à Pontus, ville-territoire neutre où les Chats, les humains et les Arcaniques vivent en bonne intelligence. Ville surtout où l’ancêtre lointaine de Maika responsable de la venue de Zinn dans ce monde avait son laboratoire et ses secrets. Et pendant ce temps, et les Arcaniques et l’Imperatrix se battent pour récupérer les différents morceaux du masque, et les Vieux Dieux sortent de leurs sommeils. Et du côté des chats ? Malgré son nom, Master Ren obéit à plus d’un maître et se retrouve pris entre deux ordres contradictoires qui ne mettront pas que lui en danger.
Pour contrebalancer le volume deux, ici Maika Halfwolf mais également Zinn font preuve d’un peu plus d’émotion et d’empathie. De façon logique, mais ce voyage é
motionnel apporte encore un éclairage nouveau sur l’histoire et rend le sacrifice final encore plus impressionnant. Me laissant une fois de plus l’envie folle de savoir la suite à la fin de l’ouvrage.
À noter que comme dans les albums précédents, chaque chapitre se termine par une petite présentation de l’univers de Monstress par le professeur Tam Tam, grande lettrée chez les Chats. Les présentations de ce numéro sont particulièrement réussies : intense après un passage léger, ou au contraire arrachant un sourire après un passage particulièrement sombre. Si certaines pages dénotent une certaine précipitation dans le dessin, le style de Sana Takeda est toujours aussi beau. Parmi les nouveaux personnages, Vihn Nem, l’ingénieure en chef de Pontus m’a particulièrement impressionnée. Sera-t-elle présente dans un des volumes suivants ?

Monstress – Volume Three Haven
É
crit par Marjorie Liu, dessiné par Sana Takeda
É
ditions Image Comics

Lethal White (A Strike Novel)

Vous avez déjà eu des moments où vous êtes débordé, mais où vous venez de recevoir la suite d’un livre que vous attendiez depuis longtemps ? Ceux qui ont grandi au rythme de la saga Harry Potter connaissent bien le problème : attendre le livre avec impatience pendant des mois puis le dévorer une fois mit la main dessus en quelques jours ou en quelques heures. Voilà ce qui m’est arrivé cette semaine avec la même autrice, JK Rowling, mais son autre série, les polars mettant en scène Cormoran Strike écrits sous son pseudonyme de Robert Galbraith.
Dans le quatrième volet de la série, Lethal White, nous retrouvons donc les personnages là où nous les avions laissés quelques minutes après la fin de Career of Evil. Après un prologue de deux chapitres assez longuets pour qui est plus intéressé par l’intrigue policière que par la vie sentimentale de Robin Ellacott et de son fiancé hypocrite et guindé, l’histoire commence réellement un an après et au chapitre trois. Un jeune homme dérangé, Billy, déboule dans le bureau de Cormoran Strike et lui demande d’enquêter sur une histoire floue d’enfant étranglé des années auparavant, avant de s’enfuir brusquement. Quelque temps plus tard, alors que Londres est en pleine fièvre olympique, le ministre de la Culture ultraconservateur confie une enquête payante à l’agence : trouver des détails croustillants sur sa collègue des Sports et sur le frère de Billy, qui le feraient chanter pour une raison indéterminée.
Encore une fois dans Lethal White, Robert Galbraith (puisque tel est le nom que JK Rowling utilise ici) nous promène à travers toutes les couches de la société anglaise : des coulisses du parlement britannique à Westminster au fin fond de la campagne, en passant par les échoppes de Camden ou par les affres de la classe moyenne pour se loger à Londres. L’affaire, qui de simple chantage évolue en meurtre camouflé en suicide, est particulièrement bien alambiquée. Elle a des ramifications qui partent dans tous les sens, et permettent à Robert Galbraith d’y rattacher certains éléments de la vie sentimentale de Cormoran Strike et de Robin Ellacott. Ce dont franchement, surtout concernant le mari de cette dernière, je me serais personnellement bien passée.
Si vous avez aimé les trois autres livres mettant en scène Cormoran Strike, Lethal White vous ravira tout autant. D’autant que, même si Robert Galbraith a gardé l’habitude de tenter de retranscrire par écrit les différents accents, réels ou factices, de ses interlocuteurs, contrairement à Career of Evil, nous n’avons pas droit à un road trip à travers toute la Grande-Bretagne et donc la variété est moindre. Le texte est plus facile à comprendre pour l’œil non britannique qui n’a que quelques phrases par-ci, par-là à essayer de prononcer à voix haute pour en comprendre le sens. Le vocabulaire équestre est également très présent, à commencer par le Lethal White du titre, mais Cormoran Strike étant aussi ignorant que le lecteur lambda du domaine, les autres personnages donnent toutes les explications nécessaires. En revanche, j’avoue que je ne lis pas les Cormoran Strike pour les déboires sentimentaux des personnages principaux, et que cet aspect-là de l’histoire était un peu trop fort à mon goût par rapport au reste. L’aventure reste néanmoins plus que plaisante et j’entame joyeusement l’attente pour une cinquième aventure. Ou pour l’adaptation télévisuelle de celle-ci.

Lethal White (a Strike novel)
de Robert Galbraith
Éditions Sphere

The Soldier

J’ai souvent vu passer le nom de Neal Asher en science-fiction, mais hormis Grindlinked, lu au moment de sa sortie et oublié depuis, je ne m’étais jamais plongée dans son œuvre. Quand Netgalley proposa The Soldier en lecture avancée, je fus suffisamment intriguée pour tenter l’aventure.
Comme Grindlinked, et d’après Wikipédia quatorze autres romans et de multiples nouvelles, The Soldier se situe dans l’univers de Polity. Si vous le connaissez bien, vous y trouverez vite vos marques, même si Ian Cormac n’est plus du tout présent dans ce livre. Si vous n’avez lu aucun livre dans cet univers, ou si comme moi vous avez quasiment tout oublié, pas de panique. The Soldier est le premier volume d’une nouvelle série, Rise of the Jain, et semble se situer quelques siècles après les autres. Les différents protagonistes (humains, IA, extra-terrestres ou mélange de deux ou trois catégories) sont présentés en préambule du roman, juste avant un lexique expliquant certains concepts. De plus, tout au long du livre, les explications d’une particularité ou d’un point d’histoire arrivent pour mettre au courant tel ou tel personnage de ce qu’il s’est passé en son absence sans que cela ne soit fait de manière trop lourde. Une phrase bien placée suffit parfois à comprendre un élément présenté trois pages auparavant.
Et l’histoire de The Soldier ? Accrocheuse est le seul mot qui me vient à l’esprit. Je ne suis pas particulièrement friande de science-fiction militaire et pourtant cette histoire narrant les préparations d’une guerre spatiale d’une ampleur encore non mesurée m’a séduite. Même si je dois reconnaître avoir survolé les descriptifs de combats stellaires quitte à revenir quelques pages en arrière si besoin.
La variété des points de vue m’a plu. Nous avons des humains (Cog, Trike, Ruth, Orlandine), des IA (Earth Central, Angel, Pragus, The Wheel), des extraterrestres (Dragon, The Client, les Pradors). Chacun a son propre agenda, ses propres peurs et ambitions, ses propres sentiments. Et étrangement, ce ne sont pas forcément les humains les plus proches des lecteurs. J’avoue avoir eu un petit coup de cœur pour Bludgeon et Cutter, deux drones de combats vétérans reconvertis dans la construction de mégastructures stellaires. L’histoire concentrée sur quelques mois trouve son origine cinq milliards d’années auparavant lorsque les Jains, race d’extraterrestres si belliqueux que même leurs reliques abandonnées peuvent détruire des civilisations, ont disparu. Sauf que… de vieilles IA se réveillent et des armes antiques refont leurs apparitions.
Malgré l’ampleur épique du récit, le changement permanent de points de vue dans The Soldier apporte la touche personnelle qui permet au lecteur de s’attacher à l’histoire et à ses personnages. Que ce soit Trike au bord de la folie cherchant sa femme Ruth ou The Client seule survivante de sa race à la poursuite de ses origines, tous aident le lecteur à s’ancrer dans cet univers si loin du nôtre.
Et du coup, je vais peut-être relire Grindlinked et d’autres histoires du Polity.

The Soldier
de Neal Asher
Éditions Skyhorse

Shades of Magic

Quand plusieurs personnes de votre entourage vous parlent d’un livre ou d’une série de livres en bien, qu’ils vous disent, connaissant vos goûts littéraires, qu’elle va vous plaire, vous feriez quoi ? Généralement, moi je les écoute. Parfois, j’ai effectivement de très belles surprises comme Children of the Time d’Adrian Tchaikovsky. Et parfois de très grandes déceptions comme The Dark Tower de Stephen King. Ici, la trilogie Shades of Magic de V.E.Schwab est entre les deux. Alors que le troisième tome est sorti depuis peu en français aux éditions Lumen, un ami m’a prêté les trois livres en version originale : A Darker Shade of Magic, A Gathering of Shadows et A Conjuring of Light.
Disons-le tout de suite, si j’avais dû dépenser de l’argent pour lire ces livres, je ne l’aurais pas fait ou tout du moins je n’aurais pas dépassé le premier tome. Là, puisqu’ils étaient prêtés, j’ai lu les trois. Et bien m’en a pris.
Si les deux personnages principaux, Kell et Lila, restent des têtes à claques d’un bout à l’autre de la trilogie, ils deviennent
nettement plus supportables dans les deux derniers tomes. Et surtout V.E.Schwab étoffe ses personnages secondaires et en ajoute des nouveaux dans A Gathering of Shadows et A Conjuring of Light, nettement plus intéressants. Le postulat de base de A Darker Shade of Magic est intéressant en soi : une ville – Londres et quatre mondes différents (certains sans magie, d’autres avec) normalement étanches entre eux sauf à quelques rares initiés qui ne se connaissent pas, mais où les actions dans l’un vont avoir des conséquences funestes pour tous les autres. Sauf que… Comme dans toute bonne trilogie, A Darker Shade of Magic commence par un volume qui fonctionne surtout comme une longue introduction de trois des différents Londres et de leurs particularités. L’intrique à proprement parler ne commence doucement qu’au deuxième tiers du roman et tout se précipite et s’enchaine dans le dernier tiers avant une fin particulièrement abrupte. Bien dans la manière de Lila Bard, mais en tant que lectrice, j’ai très moyennement apprécié.
A Gathering of Shadows, le deuxième volume, nous plonge lui directement dans l’action. Et s’il se passe quatre mois après la fin de A Darker Shade of Magic, son action est resserrée en l’espace de quelques jours et presque entièrement dans l’un des Londres. De plus, certains personnages comme mon favori, Alucard Emery, apparaissent enfin. Et la magie qui donne son titre à la trilogie est nettement plus explorée, montrée et expliquée. Si je me suis traînée pour lire A Darker Shade of Magic, j’ai littéralement dévoré A Gathering of Shadows en riant parfois aux éclats. Et toujours en me demandant comment une fille aussi imbuvable et imbue d’elle-même que Lila Bard a pu survivre aussi longtemps. Si vous n’aimez pas les Mary-Sue, passez votre chemin, elle en est un parfait exemple avec toujours le don approprié au bon moment pour faire avancer l’intrigue.
Mais des trois, je crois qu’
A Conjuring of Light est mon favori. L’heure est grave, le Londres principal risque d’être englouti dans l’ombre, les personnages ont muri et doivent — enfin ! – faire face à leurs responsabilités ou gagner leurs indépendances quitte à en payer le prix. L’action est moins resserrée, mais mieux construite et j’ai apprécié de découvrir le monde « rouge » au-delà de la ville de Londres. En revanche, je cherche encore l’intérêt des passages dans le monde « gris » (le notre au début du 19e siècle) qui n’apportent quasiment rien à l’intrigue. Et la conclusion est une vraie conclusion. Suffisamment ouverte sur le devenir de certains personnages pour laisser place à l’imagination, mais pas trop pour se sentir frustrée par la fin du livre.
Si votre genre de prédilection est la fantasy classique légère et que vous cherchez quelque chose sans elfe, troll ou gobelin, n’hésitez pas :
Shades of Magic est calibré à la perfection pour vous plaire. Sinon, ce n’est peut-être pas la trilogie à mettre en priorité de pile de livres à lire.

Shades of Magic
(A Darker Shade of Magic, A Gathering of Shadows et A Conjuring of Light)
de V.E.Schwab
Éditions Titan Books
(disponibles en français chez Lumen)

The Science of Science-Fiction

Les livres mélangeant science réelle et science-fiction ne manquent pas. Que ce soit la série des « Georges et… » de Stephen et Lucy Hawking ou la future collection Parallaxe de Le Belial’ expliquant scientifiquement des concepts utilisés par la science-fiction, ils racontent souvent comment tel ou tel aspect de la science-fiction est ou n’est pas possible en l’état actuel de la science. Avec The Science of Science-fiction, Mark Brake fait l’exercice inverse. Il regarde comment la science elle-même a nourri la science-fiction et comment celle-ci inspire en retour les scientifiques. Plus qu’un livre de science, The Science of Science-Fiction est un livre d’histoire explorant la façon dont fonctionne l’imaginaire humain et un livre de prospective sur l’évolution de nos sociétés, tant au point de vue technologique qu’au point de vue politique et comportemental. Le tout étant découpé en quatre grandes thématiques : l’espace, le temps, la machine et les monstres (les superhéros Marvel et DC étant classés dans cette catégorie). Écrit très récemment, et peut être parfois un peu trop vite, The Science of Science-Fiction a quelques chapitres au contenu assez léger comme Battlestar Galactica and Star Trek: Why Are Wars in Space so Wrong? Ou Dr. Strangelove: From Reagan’s Star Wars to Trump’s Space Force. Mais le plus souvent, il reste très intéressant et truffé d’informations. Saviez-vous que Johannes Kepler en plus d’être un astronome avait écrit un proto-livre de science-fiction ? Ou quelle était la relation entre Charles Darwin et Aldous Huxley, l’auteur du Meilleur des mondes ? Non seulement The Science of Science-Fiction se lit aussi facilement qu’un bon roman, mais en plus il risque de vous donner envie de vous replonger dans de nombreux livres, comics, anime ou films de science-fiction.

The Science of Science-Fiction
de Mark Brake
Éditions Skyhorse

Addict – The Cassie Tam files: One


De nos jours, il est difficile de trouver une bonne série cyberpunk qui n’aligne pas les clichés en permanence. Avec Addict, premier livre d’une série policière The Cassie Tam files, Matt Doyle réussit ce tour de force. À plus d’un titre…
Détective privé d’origine sino-canadienne, Cassie Tam a échoué à New Hopeland, ville perdu du Midwest américain et vitrine technologique des prouesses futuristes où monde virtuel et monde réel sont imbriqués en permanences, où les robots sont dotés d’IA suffisamment avancées pour servir de familiers ou de garde du corps, et où la cybernétique aident surtout à la réalisation de ses fantasmes plus ou moins avouables. Lorsque Lori Redwood vient trouver Cassie pour rouvrir l’enquête sur la mort par overdose de son frère, la face cachée de New Hopeland va remonter à la surface et, ce faisant Cassie Tam va devoir également affronter son passé pour se redonner le droit au bonheur.
Matt Doyle réalise avec ce livre un beau portrait de femme forte sans tomber dans les clichés les plus évidents. La romance est abordée en douceur, ainsi que les différents fétichismes qui sont au cœur de l’intrigue. Sans jugement de valeur dans un sens ou dans l’autre. Et sans non plus tomber dans l’eau de rose. Côté technologie, même si Matt Doyle ne noie pas son lecteur sous les détails, l’ensemble est assez réaliste pour être crédible. Notamment grâce à de petits détails, comme la lenteur du système informatique de Cassie Tam qui n’est plus de première jeunesse. Et l’intrigue elle-même, sous ses dehors très classiques, utilise parfaitement bien les ressorts techniques de ce futur pour arriver à une conclusion plus que satisfaisante. Après avoir découvert Addict grâce à Netgalley, je n’ai qu’une hâte lire la suite à paraître ce jour même, The Fox, the Dog and the King.

Addict
de Matt Doyle
Editions Nine Star Press

The Isle of Gold

Prendre la mer sur un bateau pirate, c’est savoir où commence le voyage, mais rarement où il finira. Et lire un roman autour de la piraterie, surtout The Isle of Gold de Seven Jane, offre peu ou prou la même expérience aventureuse, les dangers des océans en moins. Quand la narratrice de The Isle of Gold commence son récit, le voyage qu’elle entame semble classique. Jeune orpheline sur une île des Caraïbes à l’âge d’or de la piraterie, elle cherche à échapper à sa carrière toute trouvée dans un bordel et s’engage sur un bateau pirate en se faisant passer pour un adolescent. Sauf que… Ce bateau ne navigue pas à la recherche d’or ou de richesse, mais d’une île mystérieuse aux confins de l’océan et de la femme perdue de son capitaine.
Avec The Isle of Gold, Seven Jane crée un roman surprenant glissant peu à peu du roman d’aventures classique à l’épopée mythologique. En effet, la première partie concernant les premiers pas de la narratrice en mer est plutôt bien documentée d’un point de vue historique. Et peu à peu, à mesure que le récit avance et que la narratrice progresse dans sa quête personnelle, des éléments fantastiques apparaissent. Petit à petit, Seven Jane va convoquer toutes les mythologies européennes liées à la mer : Circé, les selkies, le Kraken ou le capitaine Davy Jones et son vaisseau fantôme. Même cette pauvre Mélusine (d’origine pourtant bien terrestre) répond à l’appel et se trouve mêlée à cette histoire de famille fantastique. Comme tout bon récit de voyage en mer, l’aventure dans The Isle of Gold va crescendo jusqu’à l’épilogue final. Seven Jane a même le talent de nous éviter le calme plat, ce moment du voyage ou du récit où rien n’arrive et tout stagne faute de vent ou d’action. Elle passe alors du déroulé des évènements à une galerie de portraits aussi variés les uns que les autres, et loin des clichés classiques de la piraterie. À l’abordage ?

The Isle of Gold
de Seven Jane
Éditions Black Spot Books

Women & Power: A Manifesto

Spécialiste du monde antique, Dame Mary Beard a le don de provoquer la réflexion sur notre époque moderne à partir d’un simple détail du passé. Même si ce n’était pas le propos de SPQR, certains affrontements politiques de la République romaine sonnaient étrangement proches de nos dernières campagnes électorales. Pour Women & Power: A Manifesto, cette corrélation entre passé et présent est au cœur même de l’argumentaire. Mary Beard y prend volontairement position. Elle y démontre pourquoi l’inégalité homme/femme actuelle provient en droite ligne du monde gréco-romain et comment certains schémas comportementaux se perpétuent de nos jours.
Ce très court livre rassemble deux discours, pour l’un fait en 2014 et pour l’autre en 2017, où elle abordait ce sujet sous deux angles différents : d’abord la prise de parole publique, ensuite l’exercice effectif du pouvoir.
Dans les deux cas, les conclusions sont glaçantes. Malgré toutes les avancées faites sur le terrain de l’émancipation, les préjugés et habitudes prises depuis la plus haute Antiquité ont la vie dure et tentent perpétuellement de nous ramener en arrière, y arrivant d’ailleurs parfois. Il suffit de voir comment le simple fait d’avoir la mention « féministe » dans sa biographie, peut susciter des moqueries voire pire sur les réseaux sociaux, même venus de la part d’autres femmes. Comme Télémaque enjoignant à sa propre mère, Pénélope, de se taire en public alors qu’on parle de son sort dans l’Odyssée. Mary Beard y parle de son expérience personnelle
et des attaques violentes sur Twitter qui suivent chacune de ses interventions. Expériences qui ne sont pas limitées au monde anglo-saxon comme le prouve par exemple cette affaire en France.
Dans le deuxième chapitre, Mary Beard démontre les différences de traitements entre deux candidats, deux représentants de pouvoir selon leur genre. Devinez quel genre subit le plus de violence et de menaces ? À ce sujet, les exemples montrant comment le mythe de Persée décapitant la Gorgone a été utilisé en politique contre Hillary Clinton et Angela Merkel sont effarants.
Hélas, même si ce livre très bref suffit pour que Mary Beard pointe du doigt les obstacles issus de notre héritage antique, et
livre quelques stratégies de contournement mises en place par certaines femmes de pouvoir pour s’imposer, elle n’offre que peu de solutions pour lever lesdits obstacles. Juste quelques ébauches de pistes. À charge pour nous, lectrices et lecteurs, de trouver nos propres solutions. En regardant en face nos préjugés et en comprenant comment ceux-ci influencent nos décisions. Et également en ne réservant pas ce livre à un public féminin, mais en encourageant aussi les hommes de notre entourage (pères, fils, amants, amis) à le lire.

Women & Power: A Manifesto
de Mary Beard
Editions Profile Books.

Notes de lectures récentes

Ayant eu des lectures très fragmentées ces derniers jours, voici quelques notes rapides sur mes dernières aventures littéraires :

– Parfois les écrivains profitent de leurs anniversaires pour faire de beaux cadeaux à leurs lecteurs. C’est le cas de John Scalzi qui le 10 mai dernier a publié sur son blog une très courte nouvelle gratuite : Regarding Your Application Status. Très drôle et corrosive, elle a également la note politique et le franc-parler qui caractérisent John Scalzi hors de ses romans (et notamment sur Twitter).

– C’est également le cas de Stephen King qui nous livre avec Laurie une nouvelle à télécharger en PDF qui ne parle pas d’horreur, mais de vieillesse, de deuil et de résilience. Et de chiens. En trente-deux pages, Stephen King pose ses personnages et nous fait entrer dans leur univers, avec beaucoup de douceur et de mélancolie. Un petit bijou !


– J’ai enfin trouvé le temps de lire le tome 2 de Monstress : The Blood, dont j’avais chroniqué le premier volume aux tout débuts de ce blog ici. L’action se déroule quelques semaines ou mois après la fin de Monstress : The Awakening. Maika Halfwolf revient sur ses terres d’origine toujours suivie par Master Ren le chat, et Kippa l’enfant-renard. Elle veut retrouver ses souvenirs et comprendre d’où vient le monstre qu’elle contient. Ses pouvoirs suscitent également bien des convoitises parmi toutes les races en présence : humains, arcaniques de tous poils ou écailles, dieux anciens. Ce tome 2 plus violent que le premier joue entre le passé et le présent pour lever un voile sur les protagonistes de l’histoire et sur l’origine de leurs fêlures. Maika y apparaît plus froide et moins aimable que dans Monstress : The Awakening, mais son attitude s’explique — sans être excusable ! – par son passé. À noter que le dessin de Sana Taneka est encore une fois sublime de précision et de richesse. Le tome 3 devrait paraître en septembre.

– J’ai profité de la collection Une Heure-Lumière de Le Bélial’ pour lire Cookie Monster de Vernor Vinge et traduit par Jean-Daniel Brèque. Peut-être est-ce en raison de ma vie professionnelle en partie truffée d’IA et de simulation ? Peut-être est parce que depuis 2004, la date à laquelle a été écrite cette histoire, l’informatique a évolué et certains usages cités dans cette novella apparaissent comme préhistoriques ? Toujours est-il que même si j’ai pris beaucoup de plaisir à lire Cookie Monster, il ne m’a pas autant bouleversée que Un Pont sur la Brume. L’histoire est tout de même très classique et la chute prévisible assez vite.

– Toutefois, ce livre m’a donné envie de relire Cat le Psion de Joan D.Vinge, ex-femme du précédent auteur, mais puisque leur divorce date de 1979, il y a largement prescription, d’autant que le livre lui est postérieur. La version choisie était parue chez J’ai Lu traduite à l’époque par Michel Deutsch. J’avoue avoir toujours été fascinée par la télépathie et les histoires de télépathes. Et cette histoire d’adolescent issu d’une race télépathe forcé de collaborer avec les gens qui ont quasiment détruit son peuple et qui le haïssent m’avait beaucoup plus à la première lecture. Impression confirmée à la relecture, malgré un démarrage de l’action un peu lent. Un cran au-dessous de L’Oreille interne pour la description des affres du télépathe, mais beaucoup plus rythmé en termes d’aventures.

– Enfin, intriguée par la bande-annonce de Meg, le prochain gros film de bêbêtes monstrueuses avec Jason Statham, j’ai lu le livre écrit par Steve Alten. Résultat des courses, je n’irai pas voir le film. J’ai beau être bon public, les personnages sont une collection de clichés ambulants, entre la bimbo blonde ambitieuse jusqu’au crime, l’ami richissime alcoolique et stupide, et le père et la fille américano-japonais caricaturaux à un niveau quasi raciste. N’oublions pas le personnage principal qui de spécialiste de la plongée sous-marine en grande profondeur se révèle grand connaisseur en tous les domaines. Y compris dans l’anatomie des tissus mous d’un animal préhistorique au point de pouvoir retrouver dans le noir complet l’emplacement du cœur dudit animal en situation plus que stressante. L’écriture ne sauve même pas l’histoire. Fuyez !

Fil rouge 2018 : Dune

En ce mois de juin orageux, la thématique du fil rouge apparaît un peu décalée. Ce n’est pas grave, arpentons le sable pour nous sécher avec une saga mythique de la science-fiction : Dune de Frank Herbert.
Comment parler d’un livre qui vous a fait découvrir un genre littéraire entier ? Comment aborder une série de romans qui vous tient tellement à cœur que vous les avez lu une bonne vingtaine de fois pour les plus anciens ? C’est l’exercice difficile auquel je me livre dans ces lignes, soyez indulgents. Vous l’aurez compris, Dune et ses suites écrites par Frank Herbert (Le Messie de Dune, Les Enfants de Dune, L’Empereur-Dieu de Dune, Les Hérétiques de Dune, La Maison des Mères) occupent une place à part dans ma bibliothèque et dans mon cœur de lectrice. Je l’ai découvert à 10 ans avec la première édition de poche en français. La couverture de Suidmak et ce visage aux yeux bleus sur bleus m’a attirée et je me suis laissée happer par l’écriture. Depuis, je le relis régulièrement, en redécouvrant à chaque fois quelque chose de neuf au creux de ses lignes. Grâce à Dune, j’ai découvert la littérature russe, les tragédies grecques, je me suis sensibilisée à l’écologie et à la politique. Et j’ai surtout entamé avec ce livre ma longue histoire d’amour avec la science-fiction grâce à laquelle vous lisez ces lignes.
Dune, le premier roman, est l’histoire d’une tragédie (un duc trahi sur une planète hostile) et de la vengeance menant son fils adolescent au trône de l’Empire galactique. Le deuxième roman, Le Messie de Dune, narre la fin d’un règne et montre comment lorsqu’on mêle politique et religion, tout s’emballe et mène au désastre. Le tout au milieu d’intrigues de Palais n’ayant rien à envier à Shakespeare. Chaque livre, chaque cycle de cette série aborde des thèmes forts : l’écologie, la survie de l’espèce, l’addiction aussi bien au niveau de l’individu que de la structure économique (il suffit de remplacer « Épice » par « pétrole » ou « nucléaire » pour reconnaître dans les problèmes de l’Empire des échos de notre monde actuel), la prédestination face au libre arbitre, la place de l’éducation, etc. Pour autant, Dune et les autres romans écrits par Frank Herbert ne sont pas des pensums. Les personnages sont tous – à l’exception notable du baron Harkonnen et de Wensicia Fenring – très attachants, même les plus effrayants ou les plus tordus d’entre eux. L’action est également bien présente, même dans le livre le plus intimiste de la série (L’Empereur-Dieu de Dune), au point que je ne m’y ennuie jamais que ce soit en relisant en français ou en anglais. J’aime aussi beaucoup les Appendices (à la fin de Dune et du Messie de Dune) qui expliquent le monde où l’histoire commence : lexique et glossaire des personnages, mais également écologie de Dune et place de la religion dans l’Empire.
Si vous lisez les six romans (sept en français, car Dune a été divisé en deux tomes), vous vous embarquez pour 15 000 ans d’histoire, avec parfois de grands sauts temporels d’un livre à l’autre. Et pourtant, vous ne serez jamais déstabilisés. Mon seul regret est que la mort a interrompu Frank Herbert alors qu’il donnait une nouvelle direction à sa saga. Et les livres écrits par son fils et Kevin Anderson, me direz-vous ? Faites-vous votre propre opinion. Personnellement, j’ai lu les deux premiers, et je n’ai pas reconnu les personnages que Frank Herbert m’avait fait aimer ni retrouvé la puissance évocatrice de la saga originale. Je préfère considérer qu’ils n’existent pas, ce que d’autres font très bien avec les films (déjà sorti ou à venir) et la minisérie.
Dune n’est pas un livre facile à aborder. Soit on entre dedans et on se laisse porter, soit on reste hermétique à la lecture des premiers chapitres. Dans ce deuxième cas, faites l’effort d’aller un peu plus loin. Comme le plus précieux des joyaux, Dune dévoile tout son éclat et sa richesse après quelques efforts.

Dune de Frank Herbert
Éditions Berkley
Traduction de Michel Demuth
Éditions Presse Pocket*

*Il y a de nombreuses autres éditions du livre tant en français qu’en anglais, certaines nettement plus récentes, mais j’ai préféré indiquer celles en ma possession.