The 7 1/2 Deaths of Evelyn Hardcastle

Que se passerait-il si Agatha Christie avait écrit le scénario d’Un jour sans fin ? Certainement une histoire très similaire à celle contée par Stuart Turton dans The 7 1/2 Deaths of Evelyn Hardcastle.
Tout commence au petit matin dans une forêt automnale. Un homme amnésique se réveille avec un nom en tête, Anna, et la sensation d’avoir assisté à un meurtre. Il aura une journée et huit corps pour résoudre cette énigme et retrouver sa vie d’avant.
Plongé au cœur d’un manoir isolé en pleine campagne anglaise, The 7 1/2 Deaths of Evelyn Hardcastle nous plonge au cœur du gratin de l’aristocratie et de la haute bourgeoise anglaise avec tous ses vices et de ses bataillons de serviteurs. Le roman vole de rebondissement en rebondissement, non seulement en raison des changements d’hôtes réguliers du narrateur, mais également parce que les fils de l’intrigue à dénouer ont leur origine dans un lointain passé familial.
Premier roman particulièrement touffu, The 7 1/2 Deaths of Evelyn Hardcastle réussit l’exploit de ne pas perdre le lecteur en chemin malgré sa densité, alors que le narrateur lui-même nage souvent en pleine mélasse. Avec un style volontairement désuet, le livre balance entre la science-fiction, la fresque historique et le roman policier à tiroir. Pour autant, il arrive aà trouver un équilibre et un ton qui n’appartient qu’à lui tout en plaisant aux amateurs des différents genres. Rassurez-vous ! À la fin, tous les secrets seront dévoilés et vous n’aurez plus qu’une envie. En lire plus du même auteur.

The 7 1/2 Deaths of Evelyn Hardcastle
de Stuart Turton
Éditions Bloomsbury

Tout au milieu du monde

Qu’est ce que Tout au milieu du monde ? Un roman graphique, mais pas une bande dessinée. Un récit préhistorique ou au contraire un voyage post-historique. Définir ce tout petit livre s’avère difficile. Et pourtant…
Pourtant dès la première ligne, Tout au milieu du monde happe son lecteur et l’emmène en voyage — mi-réel, mi-rêvé — sur les traces de ses randonneurs de personnages. Qui sont-ils ? Un chamane et son apprenti et une chasseuse. Où vivent-ils ? Entre la mer et le volcan. Quand vivent-ils ? À l’aube de l’humanité ou à son crépuscule. Que font-ils ? Ils partent en quête. De quoi ? Eux-mêmes ont du mal à le savoir. Trouveront-ils la réponse ? À la fin du récit, chaque lecteur aura une réponse différente.
Vous l’aurez compris, Tout au milieu du monde résiste à toutes les définitions. Il résiste également à vos habitudes de lectures. Personnellement, j’ai commencé par me faire prendre par le texte, et revenant parfois sur mes pas pour vérifier une image. Et la fin m’a poussée à reparcourir tout le livre en commençant ce coup-ci par les images et en guettant les codes couleurs pour trouver d’autres nuances, d’autres indices d’interprétation. Une expérience étrange et plus qu’agréable. Et qui change des récits chamaniques de Carlos Castaneda,  à la présentation plus universitaire, et moins enjôleuse.

Tout au milieu du monde
Texte de Julien Bétan et Mathieu Rivero
Illustrations de Melchior Ascaride
Éditions Les moutons électriques

First-Person Singularities

Peu d’écrivains maîtrisent parfaitement  l’écriture sous forme de romans comme sous forme de nouvelles. Peu d’écrivains ont une carrière vieille de près de soixante ans, à l’occasion de laquelle ils ont changé complètement de style, de direction sans jamais perdre le cœur de lecteurs fidèles. Robert Silverberg est de ceux-là. Si vous ne le connaissez pas, ou si vous ne connaissez que quelques romans de lui, First-Person Singularities est une excellente porte d’entrée pour découvrir toute la palette de son talent.
Cette anthologie, parue mi-octobre, rassemble dix-huit de ses nouvelles toutes déjà parues ailleurs et pour huit d’entre elles au moins déjà traduites en français. Toutes ces nouvelles, écrites entre 1956 et 1996, ont pour point commun d’être écrites à la première personne. Que ce narrateur soit humain, dauphin ou extraterrestre, homme ou femme, jeune adolescent ou âgé de plusieurs millénaires, vivant ou machine. Certaines d’entre elles sont écrites en hommage au style d’autres auteurs comme Henry James (The Martian Invasion journal of Henry James) ou Roger Zelazny (Call me Titan), d’autres pour répondre à des contraintes imposées par l’éditeur qui les avaient commandé à l’époque (tels The Dibbuk of Mazel Tov IV ou The Iron Star) ou d’autres encore pour aller à contrepied de ce qu’attends sa cible comme avec Push no more, une histoire d’adolescent puceau écrite pour une anthologie érotique.
Lues l’une après l’autre, ces nouvelles montrent la progression stylistique de Robert Silverberg et sa capacité à émouvoir ou à faire rire d’un paragraphe à l’autre. De plus, étant aussi bon conteur qu’écrivain, le simple fait de lire les introductions qu’il a écrites en 2017 sur des nouvelles écrites bien avant est un pur moment de bonheur. Et comme tous les recueils de nouvelles, celui-ci a l’avantage de se lire d’une traite ou de se picorer suivant ses envies.

First-Person Singularities de Robert Silverberg
Éditions Three-Rooms Press

Artemis: A Novel

Avec The Martian, lu dans une version à 0,99 $ bien avant sa reprise dans une grande maison d’édition et bien avant le film, Andy Weir m’avait scotchée dans le genre livre d’ingénieur bien fichu et très très drôle (bien mieux que le film vous dis-je !). Avec Artemis: A Novel, il confirme sur sa lancée tout en s’essayant à un autre genre : l’intrigue policière avec en guise de héros un criminel au grand cœur. Ou plutôt une criminelle, Jazz, contrebandière établie sur la seule ville lunaire, Artemis, et embrigadée sans le vouloir dans une tentative de prise de contrôle mafieuse des lieux.
Comme pour The Martian, Andy Weir dresse un portrait ultraréaliste et particulièrement détaillé de la vie sur la Lune. Les esprits les moins scientifiques parmi les lecteurs risqueront d’ailleurs de décrocher au moins de comprendre les différents points de fusion des métaux et pourquoi la soudure dans le vide est autrement plus pénible que la soudure dans une atmosphère classique même à 1/6e de G. Il le fait avec un ton humoristique et sarcastique qui rend les passages techniques nettement plus digestes. Quant à l’intrigue policière, elle est solide et assez bien menée pour que la solution finale n’apparaisse pas comme une évidence à mi-chemin du livre. En revanche, le choix du personnage me pose un léger problème. Andy Weir ne sait tout simplement pas écrire les personnages féminins. Certains auteurs peuvent écrire des hommes, des femmes ou des extraterrestres de tout âge sans que cela ne gêne le lecteur. D’autres ont du mal à se mettre dans la peau de l’autre. Là où Andre Norton ou Robin Hobb peuvent écrire des personnages masculins avec justesse, et là où Glenn Cook peut écrire plusieurs tomes de sa Compagnie noire en prenant la plume d’une capitaine, Andy Weir a un personnage féminin trop stéréotypé pour qu’il soit crédible en tant que lectrice. Même si je suis quasiment certaine que les maniérismes de Jazz et des autres personnages féminins ont été placés là de façon inconsciente par l’auteur. Rien de bien grave en tout cas. Sur ses 242 pages, Artemis vous emporte sur la Lune et vous mène d’un bout à l’autre d’une bonne petite opération criminelle à la Ocean’s Eleven. Un vrai régal pour les amateurs du genre.

Artemis: A Novel d’Andy Weir
Éditions Crown

The Wrong Side of Goodbye

Le plus souvent, ce sont les livres qui me guident vers une adaptation au cinéma ou à la télévision, avec plus ou moins de bonheur. Avec l’œuvre de Michael Connelly, c’est l’inverse. J’ai découvert l’homme en tombant par hasard sur un épisode de Castle où il tenait son propre rôle. Et j’ai découvert son personnage, Bosch, sous les traits de Titus Welliver dans la série éponyme sur Amazon Prime. Après deux saisons et demi dévorées en un rien de temps, je me suis laissée tenter par The Wrong Side of Goodbye, le dernier roman le mettant en scène en le trouvant dans un rayon de supermarché du Nevada. Sept heures de vol plus tard, je refermais le livre avec un sourire et sans avoir vu les kilomètres défiler.

Moi qui avait peur de trouver avec Michael Connelly un nouvel auteur de polar à formule comme Harlan Coben, Kathy Reichs (cas unique où Bones la série TV est nettement meilleure que Bones les livres) ou Patricia Cornwell, je ne suis pas déçue. J’y trouve un auteur complet hanté par un certain passé américain et par une ville, Los Angeles. Le tout avec un talent descriptif qui va au-delà du pageturner et du coup de théâtre à chaque fin de chapitre.
Dans ce roman, l’intrigue, ou plutôt les deux enquêtes menées en parallèles par Bosch, est le reflet de cette hantise avec des allers-retours constants entre le passé et le présent. Elle étudie également un angle intéressant des relations entre les communautés blanches et latinos.

Là où avec ces mêmes thématiques, James Ellroy écrirait un roman touffu, sombre comme une lente descente aux enfers et truffés de détails, Michael Connelly signe un livre nerveux, précis mais où les personnages principaux, récurrents ou non, finissent sur une note d’espoir. Tous deux amoureux de Los Angeles, tous deux fins connaisseurs de ses services de polices, James Ellroy et Michael Connelly sont à l’opposé en matière de foi en l’humanité. J’ai beau adorer le style d’Ellroy, un peu de chaleur humaine fait parfois du bien à lire.
Du coup, comme The Wrong Side of Goodbye met également en scène l’autre héros récurrent de Michael Connelly, l’avocat Mike Haller, je passerait sûrement du livre au film en regardant La Défense Lincoln, de 2011 avec Matthew McCanaughey.

The Wrong Side of Goodbye de Michael Connelly
Éditions Grand Central Publishing

Et si la BD devenait mouvante ?

J’ai beau lire aussi bien en version numérique qu’en version papier, pour la BD à quelques exceptions près je préfère de loin le papier. Pourquoi ? Tout simplement parce que je passe suffisamment de temps pour le travail à regarder des écrans, sans en plus me coltiner des reflets brillants sur l’ordinateur ou la tablette en lisant un comics. Surtout si je dois en plus pincer l’écran pour zoomer et dézoomer sans arrêt afin d’apprécier chaque case.

À moins que la BD ne soit pensée directement pour ces supports. Plusieurs expériences sont en cours. Et celle d’André Bergs est particulièrement intéressante. Il propose en effet une très courte BD à télécharger gratuitement — sous iOS uniquement hélas — et particulièrement bien pensée. Avec l’accéléromètre, les personnages bougent en fonction de l’action. Les dessins sont en 2D et en 3D ce qui donne de la profondeur à l’action, et si vous voulez voir plus de finesse vous pouvez taper pour zoomer sur une case. Qui plus est l’histoire, à l’humour assez grinçant, est courte et bien trouvée.  Une expérience à suivre ? Vous pouvez tester par vous-même la BD en téléchargeant l’application sur l’AppStore ou regarder la bande-annonce ci-dessus. N’hésitez pas à me donner votre avis sur cette façon de lire des BD.

Origins: fourteen billion years of cosmic evolution

Dans toute bonne histoire de science-fiction, il y a de la fiction et de la science, en proportion variable suivant les auteurs et les récits. Délaissons pour une fois la fiction pour nous intéresser à la partie science, avec Origins: fourteen billion years of cosmic evolution, de Neil DeGrasse Tyson, l’astrophysicien chouchou de la télévision américaine, et Donald Goldsmith. En 295 pages, les deux compères ambitionnent de nous raconter la plus longue et formidable histoire jamais narrée : celle de l’univers de ses débuts explosifs à nos jours. Ou plus exactement à l’an 2004, année où ce texte a été rédigé. Depuis certaines avancées scientifiques, notamment la découverte de planètes extra-solaires de type terrestre et le déclassement de Pluton de planète à planète naine en 2006, ont rendu quelques pages de ce récit obsolètes. Comme tout ouvrage scientifique au fur et à mesure que la recherche progresse.
Le texte d’Origins: fourteen billion years of cosmic evolution se divise en cinq parties inégales : l’origine de l’univers, l’origine des galaxies et de la structure cosmique (paradoxalement la plus ardue à aborder pour un néophyte), l’origine des étoiles, l’origine des planètes et enfin l’origine de la vie elle-même. A chaque fois, les auteurs ne prétendent pas donner une réponse définitive. Ils expliquent ce que l’on sait dans chaque partie, la façon dont on est arrivé là, quelles sont les différentes hypothèses que l’on peut formuler, et quels types d’expérience seraient nécessaires pour les valider. Le tout parsemé agréablement de traits d’humour et de paraboles bien trouvées pour faire comprendre certains sujets ardus (comme la physique quantique) aux lecteurs que nous sommes. Loin d’être une thèse scientifique entre pairs où le texte se noie sous les équations et les références, là il s’agit d’une vraie histoire, même si le glossaire et les références bibliographiques représentent à eux seuls près d’une quarantaine de pages vers la fin. Après avoir laissé traîner ce livre dans ma PAL (pile à lire pour les non-initiés) depuis un passage au Museum of Science and Industry de Chicago en avril dernier, je l’ai dévoré en quelques jours cette semaine. Comme un bon roman.

Origins: fourteen billion years of cosmic evolution
de Neil DeGrasse Tyson et Donald Goldsmith
Editions Norton

 

Et en bonus, la bande-annonce de Cosmos, la série documentaire présentée par Neil DeGrasse Tyson en 2014 sur Discovery Channel et disponible actuellement sur Netflix.

 

Avis d’invitée : Drawings from the gulag

Ce blog s’ouvre parfois à des invités qui nous font partager leurs coups de coeur. Ici, Tris a délaissé pour un temps sa plate-forme, Projet Arcadie, pour nous parler d’un livre qu’elle juge dure mais essentiel, Drawings from the gulag de Danzig Baldaev. Je lui laisse la parole.

En France et dans d’autres pays de l’Europe de l’Ouest, il existe encore et toujours des nostalgiques de l’URSS, qui aiment souvent vous expliquer à quel point, cette période était fantastique. Pour toutes les personnes qui viennent d’Europe de l’Est, la réalité était tout autre. Nulle rivière de miel, aucune douceur dans ce qui faisait le quotidien des prisonniers du Rideau de Fer et encore moins pour les personnes qui ont connu les goulags.

La question est : comment le raconter ? Comment détailler le vécu de ces milliers d’hommes, de femmes et d’enfants qui ont été enfermés, torturés, battus, sans tomber dans le misérabilisme et en esquivant l’habituel procès en divagation ?

Drawings from the gulag, par Danzig Baldaev, y arrive. Il convient de s’attarder un instant sur l’auteur. Orphelin — ses parents étaient considérés comme « ennemis du peuple » — il grandira dans un orphelinat pour enfants de prisonniers politiques. Il sera soldat pendant la Seconde Guerre mondiale. Après la guerre, il sera gardien à Kresty.

C’est dans ce camp qu’il commencera à dessiner les tatouages des prisonniers, nous laissant une encyclopédie très riche en la matière et toujours utilisée, ainsi que des dessins sur la réalité des goulags.

L’ouvrage n’existe pas en français, les textes russes ont été traduits en anglais, mais les images sont suffisamment explicites pour ne pas avoir besoin de plus de détails. Ce livre n’est pas à mettre entre toutes les mains. Il n’est certainement pas pour des enfants et j’aurais même tendance à penser qu’il ne convient pas à tous les adultes.

De façon générale, les œuvres de Danzig Baldaev ne sont pas à mettre entre toutes les mains, mais elles sont essentielles. Les régimes totalitaires des pays de l’Est ne sont tombés que très récemment. Que ce soit en Russie, en Ukraine, en Roumanie, en Moldavie ou ailleurs, nous n’avons pas encore fait notre travail de deuil et notre devoir de mémoire. Nos archives ne sont pas encore ouvertes, nous ne savons pas ou plutôt, nous savons, mais dans les grandes lignes. On connaît l’histoire, mais on ne connait pas les détails et il est compliqué de tout mettre sur la table quand les protagonistes sont encore vivants.

Dessiner le goulag, pour comprendre ce qu’était l’URSS et comme ce pays — pour reprendre l’un des chapitres du livre — est devenu un goulag à lui tout seul.

Drawings from the gulag de Danzig Baldaev
Traduction de Polly Gannon & Ast A. Moore, sous la coordination de Julia Goumen.
Éditions
Fuel

 

 

 

Cormoran Strike – J.K.Rowling lâche la magie pour le policier

J.K.Rowling n’est pas que la créatrice d’Harry Potter et de son monde magique. Sous le pseudonyme de Robert Galbraith, elle s’est essayée dès 2013 au polar et a créé son détective, Cormoran Strike. Adaptées en ce moment par BBC One avec Tom Burke dans le rôle-titre, les enquêtes de Cormoran Strike font à l’origine l’objet de trois livres : The Cuckoo’s Calling (L’Appel du coucou), The Silkworm (Le Ver à soie), Career of Evil (La Carrière du mal). En attendant un quatrième qui devrait sortir sous peu, enfin dès que J.K.Rowling en aura fini l’écriture.
Tout aussi british que les histoires policières de Sir Arthur Conan Doyle ou d’Agatha Christie, ces romans sont pourtant bien ancrés dans ce début de 21e siècle. Et contrairement à ses prédécesseurs, les enquêtes emmènent les protagonistes dans toutes les strates de la société anglaise, des beaux quartiers de Londres au fin fond de la campagne en passant par les taudis et le milieu des petites frappes.
Comme Sherlock Holmes et Hercule Poirot, Cormoran Strike est un détective privé. Il ne se distingue pas par ses capacités de déduction exceptionnelles, mais tout simplement par sa ténacité et ses expériences passées qui lui donnent une bonne connaissance de l’humanité. Ancien policier militaire, il est revenu amputé d’une jambe d’Afghanistan et a ouvert son agence. Au début du premier roman, sa vie est au plus bas. Sa jambe le fait souffrir, une rupture sentimentale l’a contraint à emménager dans son agence, et les clients ne se bousculent pas tandis que les dettes s’accumulent. Et comble de malchance, une erreur d’agence d’intérim lui met dans les pattes, Robin Ellacott, une jeune femme fraichement arrivée de sa province comme secrétaire. Le duo d’enquêteur ainsi constitué va apprendre à s’apprivoiser au fil des romans et des enquêtes.
Si vous aimez les policiers britanniques, vous l’aurez compris, vous serez servis. Le troisième roman particulièrement nous entraîne en différents lieux de Grande-Bretagne, avec en version originale une restitution assez fidèle des phrasés et du vocabulaire qui leur sont propres. Les amateurs de polars nordiques bien noirs également. Si The Cuckoo’s Calling a des moments un peu glauques, ce n’est rien par rapport à The Silkworm et à Career of Evil et son tueur en série. Pour autant, J.K.Rowling n’est pas tombée dans les travers de certains auteurs de thriller qui mettent page sur page de gore au détriment de l’intrigue elle-même.
Sans commune mesure avec les Harry Potter, l’univers de Cormoran Strike n’échappe peut-être pas aux clichés classiques du genre choisi, mais il a sa propre voix. À la différence d’Une place à prendre (The Casual Vacancy), son autre roman pour adultes, J.K.Rowling a trouvé ici le ton juste. Ses personnages sortent naturellement de sa plume, et l’on s’y attache sans qu’ils deviennent prévisibles, trop guimauve ou trop dur.

The Cuckoo’s Calling, The Silkworm & Career of Evil de Robert Galbraith (J.K.Rowling)
Éditions Sphere

En bonus, la bande-annonce des téléfilms diffusés par BBC One (en attendant une diffusion en France)

Urban Enemies

Si la fantasy classique n’est, à quelques exceptions près, pas mon genre de prédilection, j’ai un faible pour les romans d’urban fantasy, en particulier ceux qui mêlent le genre policier et des éléments fantastiques. En revanche, j’ai une profonde détestation pour la bit-lit où la romance prend le pas sur le reste de l’action. Hélas, la bit-lit tend à prendre de plus en plus de place dans les rayons. Comment faire son choix alors ? En mettant le nez dans une anthologie récente, comme Urban Enemies. Choisie parce qu’elle s’ouvre sur un texte de Jim Butcher dans l’univers de ses Dresden Files, celle-ci comprend 17 nouvelles. Toutes s’inscrivent dans des univers plus vastes de sagas d’urban fantasy déjà existantes, et toutes ont pour particularité de prendre des antagonistes et non les héros principaux (ou secondaires) de ces univers.

L’avantage est donc d’avoir des histoires à lire sans accroc, même si l’on ne connaît pas les univers d’origine, et d’avoir une bonne mise en bouche pour faire son choix sur les sagas à lire ou non. Ainsi, même si toutes se lisent très bien et savent accrocher le lecteur, cette sélection m’a permis de faire mon choix. Ainsi The Hellhound Chronicles de Caitlinn Kittredge, Black Magic Outlaw de Domino Finn ou Jill Kismet de Lilith Saintcrow pourront faire partir de mes lectures. Le texte dans l’univers de InCryptid m’a suffisamment intriguée pour que je me penche un peu plus sur l’œuvre de Seanan McGuire et son univers rappelant la série TV Sanctuary. En revanche, l’univers trop « macho » de Lawson Vampire de Jon F Merz, celui trop lu et relu des Horngate Witches de Diana Pharaoh Francis et celui de Kelley Amstrong m’ont laissée de marbre. Outre quelques heures de détente, cette anthologie a donc brillamment rempli sa mission.

Urban Enemies édité par Joseph Nassise
Éditions Gallery Books