Perhaps the Stars

Avec son cycle Terra Ignota, commencé dans Trop semblable à l’éclair, Ada Palmer invitait son lecteur dans un récit épique de politique-fiction futuriste mêlant philosophie des Lumières et transhumanisme. En octobre 2021, le voyage s’achève pour les lecteurs anglophones avec la sortie du quatrième tome, Perhaps the Stars (à partir en deux parties l’an prochain chez Le Bélial’ tellement le livre est copieux !)
Les deux premiers tomes nous racontaient l’effondrement d’une civilisation à partir d’une simple liste de noms parus dans le journal. Le troisième convoquant Thomas Hobbes au passage narrait La Volonté de se battre et les prémisses d’un nouveau conflit planétaire. Le quatrième va nous chroniquer ce conflit et ouvrir sur la façon dont l’Humanité et ses Dieux vont voir leurs conceptions de l’univers changer. Pour l’occasion, Ada Palmer bouscule les habitudes de son lectorat. Si Hobbes est bien présent en dialoguistes et commentateurs des péripéties, ce ne plus les œuvres des Philosophes du XVIIIe siècle qui constituent le filigrane de son récit, mais les chants d’un certain aède grec aveugle bien bien plus ancien. Et son narrateur initial, Mycroft Canner, cède sa place à une plume plus jeune, plus naïve, mais pas toujours plus fiable, à moins que…
Certes commencer par Perhaps the Stars pour découvrir Terra Ignota serait une très mauvaise idée. Mais si vous avez lu ne serait-ce que le premier, ou si vous souhaitez savoir avant de vous lancer à l’assaut de cette montagne de pages, si cela vaut le coup, sachez-le : malgré le « coup de mou » à mon goût dans Sept redditions, le deuxième volume, la série se conclut parfaitement bien. Sans intrigue non résolue ni solution bâclée pour tenir dans les dernières pages. Tous les lecteurs ne seront pas satisfaits. Certaines pertes, certains renoncements pourront sembler des choix durs et difficiles à lire pour qui s’est attaché aux personnages et aux concepts de cette Terre du XXVe siècle. Mais ces décisions sont logiques et amènent vers un épilogue plus que satisfaisant. Et petit bonus personnel, les deux personnages au phrasé si exaspérant dans les précédents volumes ont des rôles actifs, mais de second plan et muets, donc ils sont bien moins pénibles à lire. Perhaps the Stars est un final en beauté qui donne envie de repartir du début.

Perhaps The Star
d’Ada Palmer
Éditions Tor

The Scar

Après Perdido Street Station, continuons notre voyage en Bas-Lag en compagnie de China Miéville. Sauf que ne trouvant plus la version française (toujours traduite par Nathalie Mège) Les Scarifiés, j’ai donc lu cette deuxième histoire, The Scar, dans sa version originale.
L’action démarre quelques mois ou semaines après les événements de Perdido Street Station. La milice ayant repris en main la ville, la narratrice fuit de peur d’être interrogée un peu trop durement sur ses accointances passées avec Isaac Dan der Grimnebulin, l’un des protagonistes du roman précédent. Rassurez-vous. À part une ou deux allusions les romans peuvent se lire de façon totalement indépendante l’un de l’autre. Ici, La Nouvelle-Crobuzon n’est que mentionnée. La ville principale y sera l’Armada, la cité flottante pirate qui va capturer le bateau où se trouve notre narratrice Bellis, un zoologue spécialiste d’espèces multidimensionnelles et un lot de ReCréés destinés à être esclave dans les colonies. Une fois éliminé le commandement du bateau, l’Armada ne laisse plus le choix aux passagers et à l’équipage : rejoignez nos citoyens ou bien…
Tout au long du récit qui raconte l’épopée de l’Armada voguant vers le bout du monde, ou The Scar (la Balafre) du titre original, Bellis va être le témoin récalcitrant des événements, refusant de donner sa loyauté à cette nouvelle ville et de rester coincée toute sa vie à son bord. Contrairement à d’autres personnages, comme Tanner Sack qui y trouve enfin un sens à sa vie et une certaine liberté, elle n’est active que sous la contrainte, manipulée par les événements et son entourage. Ce qui donne ainsi au livre un point de vue à la fois extérieur et au cœur de l’histoire qui diffère pleinement de la façon dont Perdido Street Station était construit.

Si le premier volume de la trilogie de Bas-Lag était un thriller urbain dans un monde fantastique, The Scar est une épopée navale. Ce récit contient tous les éléments d’une bonne histoire de pirate : une quête mythique, des batailles navales impressionnantes, des combats à coups de sabre, des iles lointaines peuplées d’êtres étranges (comme les anophelii si tragiquement terrifiants), des coups tordus et des trahisons en cascade. Le tout vu principalement par les yeux d’une ex-universitaire linguiste et citadine jusqu’au bout de sa longue jupe noire. Donc aussi à l’aise dans cet élément qu’un poisson dans les sables du désert.
Dans sa description de l’Armada et de ses différents districts, China Miéville laisse libre cours à sa passion pour la politique dans les différents systèmes de gouvernance qu’il présente (avec une mention spéciale pour l’impôt très concret levé dans le district de Dry Fall). Il montre également un foisonnement de races qui reprennent en partie celles déjà rencontrées à La Nouvelle-Corbuzon et en présente d’autres. Le tout se faisant toujours de façon très imagée et parfaitement cohérente. Le résulta est que, même si Bellis est particulièrement remontée contre ce qui l’entoure, elle nous entraîne dans son sillage dans The Scar et nous donne à rêver un monde fascinant.

The Scar
d
e China Miéville
Éditions
Del Rey

I Keep My Worries in My Teeth

Parfois le titre d’un livre est assez intrigant pour vous donner envie de le lire, même sans regarder le résumé. Le premier roman d’Anna Cox, professeure de photographie par ailleurs, en est l’exemple parfait. Malgré une couverture standard tout droit sortie d’une sitcom des années 80, I Keep My Worries in My Teeth m’a tapé dans l’œil, sans même savoir à quel genre il se raccrochait.
Été 1979,
dans une petite ville de l’Ohio au bord du lac Érié, le principal employeur de la ville est une fabrique de crayons. Quand celle-ci explose dans un accident absurde, le quotidien de tous les habitants s’en trouve bouleversé. Et plus particulièrement celui de trois femmes. Esther, d’abord, est la femme justifiant le titre. Trentenaire célibataire, elle calme ses angoisses en mordant tout et n’importe quoi. Quand, testeuse de crayons, elle se retrouve soudain au chômage technique, elle va devoir trouver un sens à sa vie. Ou peut-être un petit ami ? Frankie l’adolescente, ensuite. Fille de la propriétaire de l’usine. Elle a été privée de voix par l’explosion et va devoir se reconstruire et prendre son indépendance par rapport à sa mère. Ruth, enfin, qui tient le laboratoire photographique juste en face de l’usine. En aidant à sa façon la ville à surmonter ses traumatismes, elle va enfin faire le deuil de son mari mort des années auparavant.
I Keep My Worries in My Teeth est un roman très court, à l’opposé de mes lectures habituelles. Et pourtant, dense et loufoque, il parle de façon douce-amère de sujets graves : le deuil, le handicap, la solitude, l’indépendance des femmes…
Mais il utilise pour ce faire un ton léger et privilégie l’action à la description détaillée des sentiments, avec au passage des explications particulièrement limpides sur l’optique et l’art de la photographie. Comme Ruth, il montre à voir plutôt que dire ce que doit ressentir le lecteur. Chaque chapitre étant raconté à la première personne par l’une des trois héroïnes, le rythme varie en fonction d’elles. Si personnellement je n’ai que moyennement apprécié Esther, la vigueur de Frankie et la sagesse têtue de Ruth m’ont séduite. Plein de fantaisie, ce premier roman est un bonbon feel-good qui ne tombe jamais dans les clichés nostalgiques.

I Keep My Worries in My Teeth
d’
Anna Cox
Éditions
Little A

Trois livres légers pour la plage

Parmi mes lectures de vacances, voici trois livres plus ou moins récents qui m’ont occupé le temps d’un séjour au bord de l’eau.

Des chrétiens et des Maures

Longue nouvelle de Daniel Pennac, ce récit nous entraîne une fois de plus au sein de la famille Malaussène (Au bonheur des ogres, La fée Carabine, etc.). Il se savoure plus si vous connaissez déjà Benjamin Malaussène et sa fratrie haute en couleur, mais peut s’apprécier également seul. Ici, il s’agit de retrouver le géniteur du dernier-né, le Petit. Et au terme d’une histoire rocambolesque mêlant gangsters, gastronomie et médecine, le récit tend un miroir littéraire à Jerome Charyn, romancier new-yorkais. Un régal qui se dévore le temps d’un bronzage.

Des chrétiens et des Maures
de
Daniel Pennac
Éditions
Folio

Blues pour Irontown

Changement de décor pour cette pseudo-enquête policière au cœur de la Lune. Avec Blues pour Irontown, John Varley revient dans son univers des Huit Mondes (Le canal Ophite, Gens de la Lune, Le système Valentine). Vous n’avez pas besoin d’avoir lu les autres livres pour comprendre celui-ci. Sachez juste que les Humains ont été éjectés de la Terre par des extra-terrestres. Sur Luna, Chris et son chien Sherlock travaillent comme détectives privés. Une mystérieuse cliente va les forcer à pénétrer dans le quartier le plus dangereux de la ville. Oscillant entre parodie de roman noir et cyberpunk, se voulant humoristique, Blues pour Irontown est un hommage un peu trop appuyé aux romans de Robert Heinlein. Vous raterez de nombreux clins d’œil si vous ne connaissez pas bien l’auteur, et au contraire l’action vous semblera bien trop prévisible si avez déjà lu un ou deux livres de lui. Seule l’alternance des chapitre entre le point de vue du maître et celui du chien apporte de l’originalité à un livre qui se lit très vite, mais s’oublie tout aussi vite.

Blues pour Irontown
de John Varley
traduction de Patrick Marcel
Éditions Folio

A Big Ship at the Edge of the Universe

Space opera léger, ce premier volet de la trilogie The Salvagers d’Alex White se distingue par l’intégration de la magie à un univers de SF plutôt technologique. Nous y suivons deux femmes (une pilote de course gâtée et m’as-tu-vu, et une vétérane devenue arnaqueuse) alors qu’elles vont se retrouver à devoir chasser un navire mythique tout en échappant à une cabale meurtrière surpuissante. L’ensemble des personnages est plutôt attachant et l’intégration de la magie à la technologie ne manque pas de piment. La quête reste en revanche très classique. L’histoire ravira les fans de Star Wars et Firefly ou les personnes cherchant à s’évader quelques heures.

A Big Ship at the Edge of the Universe
d’Alex White
Editions Orbit

Prayer

De Philip Kerr, je ne connaissais que sa série mettant en scène Bernie Gunther, l’inspecteur de police berlinois. Pourtant l’auteur écossais s’est essayé à bien des genres. Avec Prayer (paru en France sous le nom de Pénitence), il propose un thriller ésotérique au cœur des États-Unis, traumatisés par le 11 septembre et marqués par les différentes fractures autour des croyances au sein même de la population.
Ayant quitté adolescent son Écosse natale, Gil Martins a depuis intégré le FBI. Par amour pour sa femme Ruth, il a rejeté sa foi catholique pour le protestantisme évangélique que celle-ci pratique. Mais après des années de vie commune et autant à traquer la lie de l’humanité, il a tout simplement perdu la foi et penche de plus en plus pour un athéisme militant. En vivant au plein cœur du Texas à Houston, ce n’est pas forcément une bonne idée. D’autant que différents meurtres à connotations religieuses se produisent. Et si l’explication de ces crimes n’était pas humaine ?
Avec Prayer, Philip Kerr livre deux romans en un, et la liaison de l’un à l’autre n’est pas forcément évidente. La première partie suit Gil dans ses différentes enquêtes et dans la fin de son couple, jusqu’à ce qu’il comprenne que son athéisme est peut-être erroné, et que le monde est plus vaste que la simple logique. La seconde partie est sa lutte contre l’ennemi surnaturel et ses revirements intérieurs, jusqu’à une fin en demi-teinte et particulièrement pessimiste. Que vous soyez croyant prosélyte ou athée militant, Prayer a de quoi vous fâcher. Philip Kerr présente en effet les uns comme les autres sous un jour particulièrement peu reluisant, hormis peut-être Helen Caruso, la coéquipière de Gil. Si vous êtes en revanche indifférent à la religion, ou capable de séparer vos croyances personnelles et vos loisirs ; ce roman, bien que déséquilibré entre les deux parties et avec quelques longueurs par endroit ou des raccourcis étranges par d’autres, se lit tout seul et, sans être le meilleur de cet auteur, reste parfait comme compagnon polar pour la plage. Mais sur le fond, le post-apocalyptiques Les Somnambules de Chuck Wendig m’ a plus convaincue avec une thématique similaire.

Prayer
de
Philip Kerr
Éditions
Querçus

The Boy with Fire

Vendu par Netgalley comme un mélange entre Dune et La guerre du Pavot, The Boy with Fire est surtout un excellent premier roman et début de trilogie. Aparna Verma y décrit ce qui semble un thème assez classique en fantasy : une histoire de vengeance, de rédemption et de découverte de ses propres pouvoirs. Mais elle le place dans un univers résolument de science-fiction avec des holopads en guise de smartphones, des robots et armures à retour de force pour l’entraînement des soldats, toute une série de véhicules flottants (avec ou sans utilisation du champ magnétique) et des armes à impulsion laser.
The Boy with Fire est basé
sur Sayon, une planète qui à l’image de Madripoor et ou de celles de l’Empire dans Dune, a été colonisée depuis des millénaires par l’espèce humaine (et assez longtemps pour que certains membres changent d’apparence comme les Yumi aux cheveux tranchants ou les Jantari aux yeux décolorés). Nous y suivons en parallèle deux destins : celui d’Elena, héritière du trône de Ravence à quelques semaines de son couronnement, qui se révèle incapable de maitriser la voie du feu (ou Agneepath) comme l’ensemble des monarques avant elle ; et celui de Yassen, orphelin métis de deux nations en guerre et assassin en fuite qui tente de se reconstruire et de trouver sa liberté en acceptant l’offre d’un vieil ami. Et pourtant, rien ne se passera comme prévu. Les deux protagonistes auront leurs lots d’épreuve et devront remettre en cause certaines de leurs certitudes. Mais, The Boy with Fire n’est pas aussi prévisible que prévu et l’ensemble des personnages — et pas uniquement Elena et Yassen — sont attachants, et tout en nuances. Si les parallèles avec Dune (Yassen en Dr Yueh jeune par exemple, Elena en mélange entre Paul et sa fille Ghanima, etc.) et La guerre du Pavot (que je n’ai pas aimé) sont évidents, ils ne gênent pas la lecture et surtout, The Boy with Fire n’est pas une énième resucée de ces histoires. L’utilisation d’éléments de la culture desi (c’est à dire venant du sous-continent Indien – Inde, Pakistan, Sri Lanka, Bangladesh et la diaspora qui en découle) par petites touches dans le mode de vie de Ravence et par l’utilisation de certains concepts et non en calquant des dieux et des avatars connus dans l’histoire, aide également à se plonger dans cette épopée très originale. Pris un peu au hasard, j’ai eu un gros coup de cœur pour ce livre et je guette déjà la sortie du tome 2.

The Boy with Fire
d’ 
Aparna Verma
Éditions
New Degree Press

We Have Always Been Here

Nouvelle chronique, et nouveau premier roman d’une autrice. Ici, nous partons de l’autre côté de l’Atlantique avec Lena Nguyen et We Have Always Been Here. Ce récit coche toutes les cases de ce qui pourrait être soit une bonne histoire de SF soit un pavé mortellement ennuyeux. Si vous lisez ces lignes, rassurez-vous, il s’agit de la première option.
De qui parle ce livre ? De Grace Park, psychologue profondément asociale, embarquée à bord du Deucalion, un vaisseau d’exploration devant déterminer sur la planète glacée Eos est propice à l’accueil d’une nouvelle colonie humaine. Sauf que Grace n’est pas autorisée à poser un pied à la surface de la planète.
De quoi parle ce livre ? D’un équipage de vaisseau qui perd peu à peu tous ses repères. Les humains semblent contaminés par un virus mental qui trouble leur sommeil et modifie leurs comportements. Les androïdes de bord se dérèglent et semblent se doter d’ébauches de sentiments. La source de ces ennuis est-elle à chercher sur la planète même ? Dans les entrailles du vaisseau, interdites également au Dr Park ? Ou dans son propre passé sur Terre ?
Tour à tour, ce récit de Lena Nguyen va évoquer le huis clos du Dragon sous la mer, l’angoisse des couloirs sombres et hantés d’Alien ou les interrogations sur l’empathie des machines de Blade Runner. Bien qu’humaine, sa narratrice n’a que peu de points communs avec les autres
membres « naturels » de l’équipage. Élevée par des androïdes en l’absence de figure parentale sous un biodome terrien, elle ne comprend pas les colons nés hors du système solaire qui, en retour, se méfient d’elle.
Les choix narratifs de Lena Nguyen sont aussi déroutants que la situation dans laquelle est plongée sa protagoniste. Comme elle, nous découvrons l’histoire par petites touches. Les chapitres flashback s’intercalent à la narration principale et tous ne concernent pas toujours Gr
ace ou le Deucalion. Si la fin justifie pleinement ces détours, ceux-ci entraînent parfois un problème de rythme dans la lecture. Comme dans tout bon récit de terreur psychologique, la tension monte doucement par petites touches avant le dernier tiers du livre où toutes les trames se rejoignent pour une conclusion pas aussi convenue et prévisible qu’on pouvait le craindre. À lire et une plume à suivre…

We Have Always Been Here
de 
Lena Nguyen
Éditions
Daw

The tale of the Wicked

Courte histoire d’un maître de l’humour en SF, The tale of the Wicked de John Scalzi commence comme un épisode de Star Trek par une bataille entre un vaisseau de la Confédération et un vaisseau ennemi de, supposons nous une espèce différente de la nôtre. Celle-ci, de saut d’un système à l’autre en tir de sommation, dure déjà depuis une semaine. Au moment où débute l’histoire, le capitaine n’a plus assez d’énergie que pour un tir et deux sauts, et décide de se lancer une dernière fois à l’assaut de l’ennemi, quitte à se retrouver en panne sèche dans l’espace après.
Ses plans, tout audacieux et soigneusement élaborés qu’il
s soient, vont être contrecarrés par une trahison particulière. Son vaisseau doté de conscience et ayant accès à toute la bibliothèque de bord, y compris la fiction, a décidé de faire des trois lois d’Asimov sa religion et a parlementé en douce avec son homologue ennemi.
Comment l’équipage humain va-t-il réagir ? Et quelles conséquences cette décision aura pour l’ensemble de la flotte, et la poursuite de la guerre ? Une I.A. peut elle se syndiquer et se mettre en grève ? Après avoir récemment lu The God Engine, une novella horrifique du même auteur qui m’a déçu, j’ai retrouvé avec The tale of the Wicked
ce que j’aime chez cet auteur : une histoire simple bien ficelée qui se tient parfaitement, une satire menée jusqu’à l’absurde et une certaine bienveillance vis-à-vis de l’ensemble de ses personnages. C’est un parfait petit hors d’oeuvre de lecture à consommer sans modération.

The tale of the Wicked
de 
John Scalzi
Éditions
Subterranean Press

A Wizard’s Guide to Defensive Baking

Il y a quelques mois, un ami de Twitter m’a offert un livre jeunesse, que j’ai lu avec grand plaisir. Le week-end dernier, ce même livre reçoit le Andre Norton Nebula Award For Middle Grade and Young Adult Fiction (équivalent pour la littérature jeunesse du Nebula Award récompensant chaque année le roman d’imaginaire anglo-saxon — cette année c’est Network Effect de Martha Wells qui l’a emporté). Il est peut être donc enfin temps de vous parler de A Wizard’s Guide to Defensive Baking de T.Kingfisher (pseudonyme utilisé par l’autrice Ursula Norton pour ses livres « adultes », ceci dit).
Effectivement, si la protagoniste est une adolescente et si le récit est un passage assez classique à l’âge adulte, ce petit conte fantastique est à la fois très drôle et étrangement violent pour de la littérature jeunesse récente. De quoi s’agit-il ? Nous sommes dans une cité-État médiévale fantastique où des sorciers puissants assurent la protection des lieux pour le compte d’une dirigeante et de ses conseillers. Dans cette ville, Mona est une orpheline de 14 ans a bien quelques talents magiques, mais ils ne s’appliquent qu’à la boulangerie et la pâtisserie. Ce n’est pas en faisant danser des bonshommes en pain d’épices et en apprivoisant du levain qu’on protège une cité. À moins que ? Quand elle découvre un corps dans
la boutique de sa tante, sa vie est en danger. Dans sa fuite, elle va découvrir un complot contre la Couronne et protéger l’ensemble des citoyens de la ville, qu’ils soient doués de magie ou non.
Sur cette trame simple lue et relue, T. Kingfisher narre un récit d’aventure haletante, drôle et touchant. Ses sorciers ont finalement des talents bien limités et plutôt étranges (parler à l’eau, animer des chevaux morts, contrôler les roses, etc.). Sa Mona par son inventivité et sa persévérance, n’est pas sans rappeler les héroïnes chères à Hayao Miyazaki : notamment Chihiro/Sen dans Le Voyage de Chihiro ou Kiki la petite sorcière. D’autant plus que si Mona a un compagnon masculin pendant une bonne partie de son aventure, toute romance entre les deux est parfaitement exclue. Autre ressemblance avec les œuvres du studio Ghibli : T. Kingfisher ne passe pas sous silence les réalités de la guerre où se retrouver mêlée son héroïne : que celle-ci la subisse
ou qu’elle en soit responsable… Qui eût cru que des cookies puissent devenir si destructeurs ? Ou que le levain se révéler anthropophage ?
Court, car il s’agit d’une novella, A Wizard’s Guide to Defensive Baking est une réussite du genre. Et avec son vocabulaire riche, mais son écriture assez simple, il peut servir de support d’apprentissage aux adolescents découvrant l’anglais.

A Wizard’s Guide to Defensive Baking
de 
T. Kingfisher
Éditions A
rgyll

Tailchaser’s Song

Parce que la version française, étrangement intitulée La Légende du noble chat Piste-Fouet, vient de ressortir chez Mnémos, j’ai ressorti ma vieille édition en VO pour me replonger dans une livre de pure fantasy… Eh oui, moi qui ne suis pas du tout amatrice de J.R.R. Tolkien et des histoires du même genre, je me suis plongée avec délice dans cet hommage animalier au Seigneur des anneaux. Peut-être, car les chats y sont à l’honneur ?
Premier roman de Tad Williams, Tailchaser’s Song est à ma connaissance, le seul de son genre
dans l’ensemble de son œuvre. Si la trame vous rappelle La Guerre des clans, c’est principalement parce que les deux histoires parlent de chats harets, c’est-à-dire des chats domestiques redevenus sauvages. Mais Tailchaser’s Song a été publié en 1985 alors que La Guerre des clans a commencé sa saga en 2003. Et le premier a un traitement plus adulte que le second plus destiné à la jeunesse.
De quoi parle Tailchaser’s song ? De Tailchaser (Piste-Fouet en français), un jeune chat tigré roux avec une étoile blanche sur le front.
Vivant à moitié avec une famille d’humains, à moitié comme un chat sauvage, il va se lancer dans une quête pour savoir où ont disparu plusieurs de ses amis, dont Hushpad, une jeune chatte à qui il devait se lier. Chemin faisant, il rencontrera plusieurs alliés : le chaton Pouncequick qui l’a suivi depuis le départ, Eatbug un vieux chat miteux à moitié-fou mais plus utile qu’il n’y paraît et Roofshadow, une chatte calme et obstinée qui elle-même sa propre quête à mener. Il va aussi être confronté à une menace terrible issue du tréfonds des mythes fondateurs félins et rencontrer toutes sortes de créatures fantastiques.
La trame de Tailchaser’s Song est donc celle d’un roman de fantasy épique classique. Sauf que toute l’histoire est vue à hauteur de moustaches et que les chats et les autres animaux, même quand la magie est impliquée, ne se départissent jamais d’un comportement félin : ils ne se dressent pas soudain sur deux pattes et n’utilisent pas d’outils. En revanche, si le roman avec ses 364 pages est bien plus court que les livres de JRR Tolkien, sa mythologie est tout aussi riche avec ses premiers-nés, ses explications sur la création du soleil et de lune
ou de l’homme et sur l’importance des trois noms du chat : le nom de cœur donné par la mère à ses chatons, le nom du visage connu de tous donné par les membres du clan et le nom de queue que le chat doit découvrir et qui résume sa vie. Tailchaser — ou Fritti de son nom de cœur — est ainsi appelé, car il veut avoir son nom de queue avant d’avoir réellement vécu sa vie. Entrecoupé de poésie et de « chants » des différents animaux, Tailchaser’s song pourrait être un livre jeunesse, si l’action n’y était pas par moment réellement brutale et si des thèmes tels que l’esclavage, l’acculturation ou le deuil n’étaient pas si cruellement présents. Mieux vaut le réserver donc à des adolescents ou des adultes qui en apprécieront plus le mélange d’humour, d’action et de mélancolie. En revanche, ce lectorat, pour peu qu’il soit amateur de chats, devrait se régaler avec ce premier roman, avant d’enchaîner avec plaisir avec les autres livres de Tad Williams.

Tailchaser’s Song
de 
Tad Williams
Éditions
Daw