The Devil in the White City

Quittons un peu le monde de la fiction pour le monde bien réel. Et plus exactement le Chicago de la fin du 19e siècle. Les coulisses de l’Exposition universelle de 1893 et les agissements d’un des premiers serial killers américains vont se croiser, et inspirer bien des histoires dont le fameux Gotham by Gaslight de Mike Mignola et Brian Augustyn récemment réinterprété en film d’animation et disponible en VOD sous le titre Batman : Gotham by Gaslight. Dans The Devil in the White City, point de justicier masqué. Erik Larson suit au plus près deux personnages que tout semble opposer : Daniel Hudson Burnham, architecte de renom et directeur des travaux pour l’Exposition universelle de Chicago, et H.H.Holmes, avide de profit dont l’hôtel meurtrier ouvert à l’occasion de cette exposition hantera longtemps la culture populaire et policière des États-Unis.
Chaque chapitre alterne entre l’un et l’autre homme, et entre les deux facettes de Chicago. D’un côté, la ville industrieuse et en plein essor qui lève tous les obstacles pour montrer ses plus beaux atours et accueillir le monde entier au bord du lac Michigan. De l’autre, une ville mangeuse d’hommes et de femmes pauvres attirés dans ses rues pour vivre décemment, et qui peinent à y survivre avant de disparaître souvent sans laisser de trace.
Particulièrement bien documenté, Erik Larson utilise les faits à sa disposition pour rendre son livre aussi palpitant que n’importe quel thriller. Cela peut sembler facile quand on parle d’H.H.Holmes et de la façon dont peu à peu ses crimes seront découverts et où il sera finalement arrêté. Cela relève du tour de force quand on parle architecture et organisation d’une exposition universelle. Pour autant, l’attention que porte Erik Larson aux détails, que ce soit la coupe des vêtements ou la composition des repas, fait entrer ses lecteurs dans le Chicago de cette époque aussi bien en recréant les images, le son, mais également l’odeur et le goût de la ville, sans oublier ses bourrasques de vent glacial ou sa chaleur étouffante suivant la période de l’année où se passe l’action. Que vous vous apprêtiez à visiter Chicago, ou que vous connaissiez déjà bien la ville, que vous vous intéressiez à l’architecture ou à l’histoire criminelle, ce livre factuel se lit aussi vite qu’un bon roman.

The Devil in the White City
Erik Larson
Éditions The Vintage Books.

Prodige

Sans être prodigieux, Prodige de Ginn Hall est un roman steampunk — mais pas trop ! – qui mérite qu’on s’y arrête pour les amateurs du genre. L’histoire me direz vous ? Les démons, anciens anges perdus, se sont convertis sous les coups de l’Inquisition et se sont installés à la surface (ou juste en dessous) d’un Brighton éclairé à la bougie et aux lampes à gaz. Une jeune femme disparaît. Son frère, capitaine de l’Inquisition (à mi-chemin entre le prêtre défroqué et le détective juste, mais prêt à tout des séries TV américaines) demande l’aide d’un Prodigal, descendant de démon, drogué et rejeté par les deux populations, pour la retrouver. Contraints et forcés, les deux hommes vont se rapprocher, mener à bien deux enquêtes et crever l’abcès de corruption qui enserre les hautes sphères de la ville.
Originale, chaque enquête est relatée du point de vue de l’un des deux hommes : le Prodigal puis le Capitaine, sans pour autant que cette narration ne se croise. À la différence d’un univers steampunk classique, les technologies liées à la vapeur ou les miracles de la science ne sont que très peu présents dans ce livre. Il s’attache plus aux personnages, et aux relations entre les différentes castes de cette société, où la main mise d’une Église se fait sentir même sur les démons. En ce sens, j’ai trouvé une certaine ressemblance avec le Castlevania diffusé sur Netflix. En revanche, certains éléments du livre m’ont gênée. À chaque fois, la fin de l’enquête semble bâclée en quelques pages, et les différents happy ends de la fin tiennent plus d’une production Disney classique que du livre steampunk assez adulte qui l’a précédé. De plus, je regrette que les talents et faiblesses des Prodigals ne soient pas mieux utilisés par l’intrigue, hormis deux trois clichés vampiriques.

Prodige de Ginn Hale
Traduction de Timothé Amancy
Éditions MxM Bookmark

Skin Food

Depuis Train to Busan, la Corée du Sud est devenue le nouveau terrain de jeu des zombies. Skin Food ne fait pas exception à la règle. Si ce n’est que son auteur, le mystérieux Type A, n’est pas coréen. Il a grandi entre les deux Amériques (du Nord comme du Sud) et vit désormais en Corée.
L’histoire de ce très court roman est simple : un groupe de jeunes touristes rentrant d’une soirée arrosée dans Séoul se retrouve coincé dans la ville quand se déclare une épidémie zombie. Pourtant l’histoire ne manque pas d’originalité : des faiblesses des zombies à la façon de les tuer (d’un coup perforant dans le dos pour atteindre les poumons) pour les plus évidentes au choc des cultures entre des étudiantes originaire de Floride et le monde moderne coréen, tout y passe par petites touches.
En revanche, ceux qui veulent comprendre d’où viennent ces zombies resteront sur leur faim. Tout au plus sauront-ils que selon la légende locale : « Quand le haineux meurt, la haine peut survivre et des torrents de rage peuvent inonder la terre. » Virus, mauvais karma ou sorcellerie, vous n’en saurez pas plus.
J’ai particulièrement apprécié que l’ampleur de l’invasion reste à taille humaine. Même si le lecteur comprend vite qu’une grande partie de la péninsule est concernée, les zombies croisés restent en petits groupes. Les grands rassemblements à la World War Z ne sont entraperçus que de loin. Cela rend la progression des personnages un minimum crédible, à défaut d’être parfaitement réaliste. Ceux-ci ne sont pas non plus des fous de la gâchette et à la différence de Walking Dead, les humains croisés ne sont pas des psychopathes uniquement préoccupés par leurs gains personnels. Qu’ils aident ou non les héros, ils se comportent de façon logique dans cette situation. Mon seul bémol est plus sur la forme. Je ne sais pas si la raison provient du fait que le livre soit autoédité, ou parce que l’auteur a essayé de mettre des caractères coréens dans son manuscrit, mais le début a quelques problèmes de lecture. Il reste néanmoins très compréhensible.

Skin Food de Type A
thetypea.com

Pour le #100defislecture2018 de Dame Ambre : 61 points avec celui-ci.

Children of Time

Cela faisait très longtemps que je n’avais pas lu un space opera et un planet-opera de la qualité de Children of Time d’Adrian Tchaikovsky. Original, il a même réussi à me faire sentir plus proches des personnages non humains malgré nos différences physiques et de communication évidentes que des personnages humains, sauf peut être Isa Lain la chef ingénieure qui semble être la seule à savoir réagir et prévoir sans tout casser au passage.
L’histoire commence dans les dernières heures de l’humanité telle que nous la connaissons. Fracturée, elle s’aventure dans l’espace en terraformant les planètes et le Dr Kern veut y ajouter une espèce intelligente prête à servir l’homme quand il reviendra : des singes. Malheureusement, les singes n’atterriront jamais sur le vert paradis fait pour les accueillir à la différence du nanovirus chargé de les rendre intelligents. Une attaque d’une autre faction prônant la non-manipulation de la nature détruit la station d’observation à l’exception d’un satellite et du Dr Kern, placée en suspension. Des millénaires plus tard, les derniers survivants d’une humanité dévastée par la guerre arrivent sur cette planète. Celle-ci est occupée par une espèce intelligente et le Dr Kern, croyant qu’il s’agit de ses singes, les protège à tout prix. Qui va survivre à cette impasse ?
Dans Children of Time, Adrian Tchaikovsky présente en parallèle l’histoire des derniers humains, et celle des habitants de la planète en suivant principalement trois lignées : Portia, Bianca et les mâles Fabian. Cette partie est particulièrement intéressante, car on se dit – tient là la planète a quitté le Moyen-âge pour la Renaissance, tiens là elle fait sa Révolution industrielle, tiens voici son Mai 68, et voilà la conquête spatiale. Tout en ayant des différences marquantes avec l’histoire terrestre. Ainsi, il n’y pas une espèce intelligente, mais plusieurs (dont des crevettes dans l’océan que nous suivons peu, car détachées des problèmes de la surface), l’atmosphère plus riche en oxygène et plus inflammable est moins propice au développement de la métallurgie et de l’électronique telles que nous les connaissons, et comble de la difficulté à la différence des humains les espèces intelligentes ne communiquent pas avec la voix et très peu avec l’écriture, mais à travers des odeurs, des postures des vibrations et par la transmission de savoirs directement dans le matériel génétique.
Cetensemble fait de Children of Time un livre très original et particulièrement agréable à lire. La conclusion, logique pourtant dans cet univers, est particulièrement surprenante et rafraîchissante. Et à mille lieues des space operas militaires qui envahissent la science-fiction actuelle.

Children of Time
d’Adrian Tchaikovsky
Éditions Pan Macmillan

Pour le #100defislecture2018 de Dame Ambre : 53 points avec celui-ci.

The Discworld: The Fifth Elephant

L’univers du Discworld de Terry Pratchett (Les Annales du Disque-monde en français) a ceci de pratique que, malgré une trame commune, tous les livres peuvent se lire un peu dans n’importe quel ordre, et qu’il y en a pour tous les goûts. Certains livres, notamment ceux avec Tiffany Archer s’adressent plus particulièrement au jeune public. Néanmoins en pratique, n’importe quel lecteur à partir de 10 ans et doté d’un bon sens de l’humour pourra y prendre beaucoup de plaisir. Et chaque relecture ajoute une petite touche d’ironie et de satire de notre monde contemporain qui n’apparaissait pas forcément à la première lecture.
The Fifth Elephant en est le parfait exemple. Classé dans les livres concernant la garde (les forces de police) d’Ankh-Morpork (la principale ville du Discworld qui concentre tous les défauts et les avantages d’une grande métropole de fantasy et moderne), The Fifth Elephant nous propose une enquête bien loin des rues pavées de la ville, dans les bois d’Überwald. Hors de son élément, Samuel Vimes va tout à la fois devoir comprendre la diplomatie d’une région sans loi où nains, loups-garous et vampires s’affrontent en coulisse pour le pouvoir suprême et résoudre un crime qui officiellement n’a pas eu lieu. Le tout comme d’habitude en découvrant non sans mal les coutumes locales et en les faisant coexister avec sa vision particulièrement citadine du monde.

Si à la première lecture ce livre est, sous couvert d’une enquête policière, une parodie à la fois des films de la Hammer et du Seigneur des Anneaux, à y lire d’un peu plus près, comme souvent avec Terry Pratchett, c’est une critique féroce sur le choc des civilisations, sur la place des femmes (tant chez les nains que chez les loups-garous ou dans la noblesse de quelques espèces que ce soit) et sur le rôle de la diplomatie au quotidien. Ajoutez-y quelques réflexions sur la survie matrimoniale et la cuisine, et vous obtiendrez un livre extrêmement drôle difficile à lâcher. Qui, j’espère, vous donnera envie d’explorer d’autres aspects du Discworld.

The Fifth Elephant de Terry Pratchett
Éditions Harper Collins

Pour le #100defislecture2018 de Dame Ambre : 39 points avec celui-ci.

The 7 1/2 Deaths of Evelyn Hardcastle

Que se passerait-il si Agatha Christie avait écrit le scénario d’Un jour sans fin ? Certainement une histoire très similaire à celle contée par Stuart Turton dans The 7 1/2 Deaths of Evelyn Hardcastle.
Tout commence au petit matin dans une forêt automnale. Un homme amnésique se réveille avec un nom en tête, Anna, et la sensation d’avoir assisté à un meurtre. Il aura une journée et huit corps pour résoudre cette énigme et retrouver sa vie d’avant.
Plongé au cœur d’un manoir isolé en pleine campagne anglaise, The 7 1/2 Deaths of Evelyn Hardcastle nous plonge au cœur du gratin de l’aristocratie et de la haute bourgeoise anglaise avec tous ses vices et de ses bataillons de serviteurs. Le roman vole de rebondissement en rebondissement, non seulement en raison des changements d’hôtes réguliers du narrateur, mais également parce que les fils de l’intrigue à dénouer ont leur origine dans un lointain passé familial.
Premier roman particulièrement touffu, The 7 1/2 Deaths of Evelyn Hardcastle réussit l’exploit de ne pas perdre le lecteur en chemin malgré sa densité, alors que le narrateur lui-même nage souvent en pleine mélasse. Avec un style volontairement désuet, le livre balance entre la science-fiction, la fresque historique et le roman policier à tiroir. Pour autant, il arrive aà trouver un équilibre et un ton qui n’appartient qu’à lui tout en plaisant aux amateurs des différents genres. Rassurez-vous ! À la fin, tous les secrets seront dévoilés et vous n’aurez plus qu’une envie. En lire plus du même auteur.

The 7 1/2 Deaths of Evelyn Hardcastle
de Stuart Turton
Éditions Bloomsbury

Tout au milieu du monde

Qu’est ce que Tout au milieu du monde ? Un roman graphique, mais pas une bande dessinée. Un récit préhistorique ou au contraire un voyage post-historique. Définir ce tout petit livre s’avère difficile. Et pourtant…
Pourtant dès la première ligne, Tout au milieu du monde happe son lecteur et l’emmène en voyage — mi-réel, mi-rêvé — sur les traces de ses randonneurs de personnages. Qui sont-ils ? Un chamane et son apprenti et une chasseuse. Où vivent-ils ? Entre la mer et le volcan. Quand vivent-ils ? À l’aube de l’humanité ou à son crépuscule. Que font-ils ? Ils partent en quête. De quoi ? Eux-mêmes ont du mal à le savoir. Trouveront-ils la réponse ? À la fin du récit, chaque lecteur aura une réponse différente.
Vous l’aurez compris, Tout au milieu du monde résiste à toutes les définitions. Il résiste également à vos habitudes de lectures. Personnellement, j’ai commencé par me faire prendre par le texte, et revenant parfois sur mes pas pour vérifier une image. Et la fin m’a poussée à reparcourir tout le livre en commençant ce coup-ci par les images et en guettant les codes couleurs pour trouver d’autres nuances, d’autres indices d’interprétation. Une expérience étrange et plus qu’agréable. Et qui change des récits chamaniques de Carlos Castaneda,  à la présentation plus universitaire, et moins enjôleuse.

Tout au milieu du monde
Texte de Julien Bétan et Mathieu Rivero
Illustrations de Melchior Ascaride
Éditions Les moutons électriques

First-Person Singularities

Peu d’écrivains maîtrisent parfaitement  l’écriture sous forme de romans comme sous forme de nouvelles. Peu d’écrivains ont une carrière vieille de près de soixante ans, à l’occasion de laquelle ils ont changé complètement de style, de direction sans jamais perdre le cœur de lecteurs fidèles. Robert Silverberg est de ceux-là. Si vous ne le connaissez pas, ou si vous ne connaissez que quelques romans de lui, First-Person Singularities est une excellente porte d’entrée pour découvrir toute la palette de son talent.
Cette anthologie, parue mi-octobre, rassemble dix-huit de ses nouvelles toutes déjà parues ailleurs et pour huit d’entre elles au moins déjà traduites en français. Toutes ces nouvelles, écrites entre 1956 et 1996, ont pour point commun d’être écrites à la première personne. Que ce narrateur soit humain, dauphin ou extraterrestre, homme ou femme, jeune adolescent ou âgé de plusieurs millénaires, vivant ou machine. Certaines d’entre elles sont écrites en hommage au style d’autres auteurs comme Henry James (The Martian Invasion journal of Henry James) ou Roger Zelazny (Call me Titan), d’autres pour répondre à des contraintes imposées par l’éditeur qui les avaient commandé à l’époque (tels The Dibbuk of Mazel Tov IV ou The Iron Star) ou d’autres encore pour aller à contrepied de ce qu’attends sa cible comme avec Push no more, une histoire d’adolescent puceau écrite pour une anthologie érotique.
Lues l’une après l’autre, ces nouvelles montrent la progression stylistique de Robert Silverberg et sa capacité à émouvoir ou à faire rire d’un paragraphe à l’autre. De plus, étant aussi bon conteur qu’écrivain, le simple fait de lire les introductions qu’il a écrites en 2017 sur des nouvelles écrites bien avant est un pur moment de bonheur. Et comme tous les recueils de nouvelles, celui-ci a l’avantage de se lire d’une traite ou de se picorer suivant ses envies.

First-Person Singularities de Robert Silverberg
Éditions Three-Rooms Press

Artemis: A Novel

Avec The Martian, lu dans une version à 0,99 $ bien avant sa reprise dans une grande maison d’édition et bien avant le film, Andy Weir m’avait scotchée dans le genre livre d’ingénieur bien fichu et très très drôle (bien mieux que le film vous dis-je !). Avec Artemis: A Novel, il confirme sur sa lancée tout en s’essayant à un autre genre : l’intrigue policière avec en guise de héros un criminel au grand cœur. Ou plutôt une criminelle, Jazz, contrebandière établie sur la seule ville lunaire, Artemis, et embrigadée sans le vouloir dans une tentative de prise de contrôle mafieuse des lieux.
Comme pour The Martian, Andy Weir dresse un portrait ultraréaliste et particulièrement détaillé de la vie sur la Lune. Les esprits les moins scientifiques parmi les lecteurs risqueront d’ailleurs de décrocher au moins de comprendre les différents points de fusion des métaux et pourquoi la soudure dans le vide est autrement plus pénible que la soudure dans une atmosphère classique même à 1/6e de G. Il le fait avec un ton humoristique et sarcastique qui rend les passages techniques nettement plus digestes. Quant à l’intrigue policière, elle est solide et assez bien menée pour que la solution finale n’apparaisse pas comme une évidence à mi-chemin du livre. En revanche, le choix du personnage me pose un léger problème. Andy Weir ne sait tout simplement pas écrire les personnages féminins. Certains auteurs peuvent écrire des hommes, des femmes ou des extraterrestres de tout âge sans que cela ne gêne le lecteur. D’autres ont du mal à se mettre dans la peau de l’autre. Là où Andre Norton ou Robin Hobb peuvent écrire des personnages masculins avec justesse, et là où Glenn Cook peut écrire plusieurs tomes de sa Compagnie noire en prenant la plume d’une capitaine, Andy Weir a un personnage féminin trop stéréotypé pour qu’il soit crédible en tant que lectrice. Même si je suis quasiment certaine que les maniérismes de Jazz et des autres personnages féminins ont été placés là de façon inconsciente par l’auteur. Rien de bien grave en tout cas. Sur ses 242 pages, Artemis vous emporte sur la Lune et vous mène d’un bout à l’autre d’une bonne petite opération criminelle à la Ocean’s Eleven. Un vrai régal pour les amateurs du genre.

Artemis: A Novel d’Andy Weir
Éditions Crown

The Wrong Side of Goodbye

Le plus souvent, ce sont les livres qui me guident vers une adaptation au cinéma ou à la télévision, avec plus ou moins de bonheur. Avec l’œuvre de Michael Connelly, c’est l’inverse. J’ai découvert l’homme en tombant par hasard sur un épisode de Castle où il tenait son propre rôle. Et j’ai découvert son personnage, Bosch, sous les traits de Titus Welliver dans la série éponyme sur Amazon Prime. Après deux saisons et demi dévorées en un rien de temps, je me suis laissée tenter par The Wrong Side of Goodbye, le dernier roman le mettant en scène en le trouvant dans un rayon de supermarché du Nevada. Sept heures de vol plus tard, je refermais le livre avec un sourire et sans avoir vu les kilomètres défiler.

Moi qui avait peur de trouver avec Michael Connelly un nouvel auteur de polar à formule comme Harlan Coben, Kathy Reichs (cas unique où Bones la série TV est nettement meilleure que Bones les livres) ou Patricia Cornwell, je ne suis pas déçue. J’y trouve un auteur complet hanté par un certain passé américain et par une ville, Los Angeles. Le tout avec un talent descriptif qui va au-delà du pageturner et du coup de théâtre à chaque fin de chapitre.
Dans ce roman, l’intrigue, ou plutôt les deux enquêtes menées en parallèles par Bosch, est le reflet de cette hantise avec des allers-retours constants entre le passé et le présent. Elle étudie également un angle intéressant des relations entre les communautés blanches et latinos.

Là où avec ces mêmes thématiques, James Ellroy écrirait un roman touffu, sombre comme une lente descente aux enfers et truffés de détails, Michael Connelly signe un livre nerveux, précis mais où les personnages principaux, récurrents ou non, finissent sur une note d’espoir. Tous deux amoureux de Los Angeles, tous deux fins connaisseurs de ses services de polices, James Ellroy et Michael Connelly sont à l’opposé en matière de foi en l’humanité. J’ai beau adorer le style d’Ellroy, un peu de chaleur humaine fait parfois du bien à lire.
Du coup, comme The Wrong Side of Goodbye met également en scène l’autre héros récurrent de Michael Connelly, l’avocat Mike Haller, je passerait sûrement du livre au film en regardant La Défense Lincoln, de 2011 avec Matthew McCanaughey.

The Wrong Side of Goodbye de Michael Connelly
Éditions Grand Central Publishing