Black Sun

À lire les pages de ce blog, vous vous en êtes peut-être aperçus, la fantasy épique n’est pas mon genre de prédilection. Mais quand la nouvelle saga d’une autrice dont j’ai apprécié l’urban fantasy post-apocalyptique est recommandée par un auteur que je lis régulièrement, il est probablement temps de se pencher dessus non ?
Remontons donc ce Black Sun de Rebecca Roanhorse du fin fond de ma liseuse et regardons ensemble ce qu’il vaut. Premier bon point, il ne s’agit pas d’un énième livre de fantasy s’inspirant plus ou moins vaguement de l’Europe médiévale en saupoudrant ses péripéties de créatures de types orcs, trolls, elfes, nains ou fées, même si les noms sont différents. L’univers choisi par l’autrice s’inspire des Amériques (du Nord et surtout du Sud), mais des populations des îles du Pacifique. Pour une lectrice européenne, le dépaysement est assuré. Non seulement, les systèmes de magie et les règles en place sont différents, mais même les créatures présentes se distinguent par leur originalité : corbeaux géants et bavards, mais également araignées d’eau utilisées comme bêtes de trait, avatars divins et
pseudo-sirène aux joyaux en guise d’yeux, le tout est varié.
Côté histoire, en revanche, nous sommes dans une trame classique de vengeance et de querelles politico-religieuse. Et ce d’autant plus qu’il s’agit du premier volume d’une trilogie et qu’il se termine sur un cliffhanger plutôt frustrant. Heureusement le tome 2, Fevered Star, est déjà disponible pour qui veut enchaîner les deux romans à la suite.
Le ferais-je ? Je pense bien. Black Sun souffre peut être d’un
léger défaut de rythme comme l’histoire est éparpillée entre quatre points de vue avec en prime des flashbacks, mais les personnages sont particulièrement intéressants, car pas du tout manichéens. La violence de Serapio s’explique par celle qu’il a subie et le destin qu’on lui a imposé. Xiala la paria Teek ne se révèle que peu mais ses pouvoirs et son caractère curieux m’attirent. Seule la prêtresse du Soleil, Narampa, m’a agacé par sa naïveté tellement importante qu’elle confine souvent à la stupidité. Peutêtre se réveillera-t-elle par la suite, comme semblent le suggérer ses actions dans les derniers chapitres ? À bientôt pour la suite…

Black Sun
de Rebecca Roanhorse
Édition
s Saga Press

My Heart Is a Chainsaw

Depuis Galeux, Stephen Graham Jones est un auteur que je suis et qui ne m’a jamais déçu. Mélangeant discours social et horreur, son style pourtant purement américain parle à l’Européenne fan de films de genre que je suis. Autant dire que lorsque son dernier livre en date est vendu sur la couverture (enfin la page rouge derrière) comme « un hommage aux films d’horreur classique », il fallait que je me le procure.
Et donc My Heart Is a Chainsaw s’annonce comme le premier livre de la trilogie d’Indian Lake. Il pose d’entrée de jeu des bases familières à tout fan de Vendredi 13 : un lac perdu au milieu des bois, un ancien camp de vacances, une petite ville moribonde et un nouveau quartier en construction de l’autre côté du lac pour servir de résidence secondaire à des milliardaires. Très vite, les cadavres vont surgir. Dans un premier temps, ces crimes seront vus comme de simples accidents. Sauf pour Jennifer Daniels, dite Jade, paria de la ville et du lycée et fan absolue des films de slashers, qui veut croire que les événements de ses divertissements favoris se produisent chez elle, le dernier été de son enfance.
Comme dans Night of the Mannequins, Stephen Graham Jones écrit l’histoire du point de vue d’un de ses personnages, comme si nous étions au cœur d’un film d’horreur. Jusqu’au bout, Jade se voit comme l’une des acolytes de l’héroïne : elle est celle qui sait, qui veut avertir du danger, mais que personne ne croit comme Crazy Ralph dans Vendredi 13 ou le Dr Loomis dans le premier Halloween. Jusqu’à la dernière page, le doute règne sur son rôle véritable, mais également sur l’identité du (ou des ?) tueur.
En filigrane, comme souvent dans les très bons films d’horreur comme ceux de Georges Romero ou de Wes Craven (entre autres), Stephen Graham Jones donne un fondement sociétal à son récit. Ici, il s’incarne surtout dans le personnage de Jade, métisse suicidaire et laissée aux « bons soins » d’un père ivrogne et maltraitant tandis que le reste de la ville détourne le regard et ne s’en inquiète pas préférant la classer comme « ado à problèmes. » En revanche, l’auteur ne fait pas dans le pathos et, comme son héroïne qui s’évade de sa réalité glauque dans les films d’horreur, il nous en dit juste assez pour apporter du contexte sans nous faire tomber dans le voyeurisme malsain.
Plus qu’un énième récit d’horreur somme tout ultra-classique dans son déroulé et son dénouement, My Heart Is a Chainsaw est une histoire d’amour aux films d’horreur et à leurs différents rôles : formateurs, cathartiques, ludiques, etc. Comme Scream, premier du nom, démontait les mécanismes du film d’horreur tout en incarnant l’essence même des slashers, ce roman va s’appuyer sur tous les poncifs du genre pour les sublimer, les retourner et finir en une apothéose sanglante (le fameux troisième acte qui voit la « Final girl » vaincre le monstre) particulièrement jouissive.
Et, pour offrir des pauses à son lectorat, Stephen Graham Jones inclut entre les chapitres les essais que Jade envoie à son professeur d’histoire, véritables introductions aux bases des films d’horreur.
En résumé, si vous aimez l’horreur et le cinéma des années 80, ce livre est fait pour vous. À tel point que certaines ont même listé tous les films cités dedans, si vous voulez vous offrir quelques séquences de rattrapage. Et, bien qu’il soit le premier d’une trilogie, il se tient tout seul sans avoir l’impression d’un manque à la fin. Du coup, soyez rassurés et direction Indian Lake pour une bonne dose de frisson ! En attendant, je pars pré-réserver le tome 2 : Don’t Fear The Reaper.

My Heart Is a Chainsaw
de Stephen Graham Jones
Éditions
Saga Press

Blackwater

Que serait-il passé si la Vouivre avait pris un amant humain et s’était inséré au sein de sa famille ? Et si cet amant était l’héritier d’une famille aisée de l’Alabama peu après la fin de la Première Guerre mondiale ? Michael McDowell a répondu en 1983 à ces questions avec sa série de courts romans gothiques : Blackwater. Ceux-ci sont en cours de traduction en français par Monsieur Toussaint Louverture au rythme d’un roman tous les quinze jours (comme la parution d’origine étalée de janvier à juin), mais si vous êtes impatients comme moi et si vous n’avez pas peur des pavés en anglais, Valancourt Books l’a rassemblé en un seul volume. C’est sur ce dernier qu’est basée ma chronique.
Tout commence donc en 1919 à Perdido, petite ville de l’Alabama dont les deux rivières qui la traversent – la Perdido et la Blackwater – sont en crue. Alors qu’il évalue les dégâts sur la scierie familiale en bateau, Oscar Caskey découvre Elinor dans une chambre d’hôtel entourée par les eaux. La jeune femme aux cheveux roux comme la boue de la Perdido semble l’attendre, et va finir par l’épouser au grand dam de la matriarche du clan, la mère d’Oscar, Mary-Love.
Commence alors une saga courant sur 50 ans centrée sur Oscar et Elinor, mais également sur leur famille étendue, et celle des Sapp, d’où proviennent tous leurs domestiques noirs et qui sont également les dépositaires des secrets de leurs patrons.  À travers Blackwater, Michael McDowell va nous raconter la façon dont ces riches propriétaires du Sud vont s’adapter aux différents événements du monde extérieur (guerres, découverte du pétrole, combats pour les droits civils), mais également aux péripéties et particularités de cette famille dominée par des femmes (Elinor, Mary-Love, Miriam, Grace, Lilah…) et où tous les coups sont permis pour obtenir le contrôle et l’affection de la famille. Avec quelques éléments fantastiques : la nature d’Elinor, un peu de magie hoodoo aux conséquences parfois imprévues, et autres spectres…
En revanche, ne vous attendez pas à un roman purement horrifique. Les scènes horribles sont là et bien là, mais elles ne représentent qu’une petite partie du récit de Blackwater. D’autant qu’au fil des années, elles nous sont présentées tantôt du côté de la victime, tantôt du côté du monstre ou du lieu. Blackwater tient plus de la grande saga familiale historique avec cet élément fantastique insidieux, mais finalement passé sous silence dans la famille Caskey et tout autant acceptée que l’homosexualité de certains de ses membres ou les échanges d’enfants entre les trois maisons du clan.
Un mot cependant sur la sérialisation. Même si les couvertures de la version française sont particulièrement alléchantes, personnellement je ne sais pas si j’aurais eu la patience de lire cette histoire de façon feuilletonesque (même si c’est la façon dont l’a pensé l’auteur, rappelons le). Le premier roman, La Crue, sert d’introduction à l’univers de Perdido et aux personnages et le deuxième, La Digue, pose les bases des différentes intrigues au-delà de l’affrontement initial entre Mary-Love et Elinor. Ce n’est que parce que je ne me suis pas arrếtée aux fins prévues des différents romans et que j’ai ainsi enchaîné le tome 2 et le tome 3 d’une traite que j’ai été jusqu’au bout. Si j’avais dû attendre, je ne sais si j’aurais fait l’effort de replonger à chaque fois dans Perdido. Là, en revanche, il est fort probable que j’y retourne d’ici quelques années avec grand plaisir.

Blackwater
de Michael McDowell
Éditions Valancourt

The Cartographers

Après avoir lu Le Livre de M, j’étais curieuse de lire plus de textes de Peng Shepherd. Son deuxième roman, The Cartographers, n’a donc pas tardé à rejoindre ma liseuse (et la couverture anglais est juste magnifique).
Alors ? Il ne ressemble pas du tout au précédent. Exit le post-apocalyptique onirique, bienvenue à une chasse au trésor passionnante avec juste une touche de merveilleux pour faire basculer l’histoire dans le fantastique. Dans The Cartographers, Peng Shepherd part d’un postulat : la carte est le territoire. Elle exploite également une astuce des cartographes modernes (pré-smartphones et Interne) pour lutter contre les contrefaçons : les erreurs volontaires (ou « phantom settlements » en anglais) qui indiqueront sur une carte un placard, un immeuble, une île ou une ville qui n’existe pas dans la réalité. Si le cartographe qui a créé la carte avec une telle erreur la retrouve chez un concurrent, il peut alors facilement prouver que son travail a été plagié.
Avec ces deux bases, l’autrice nous raconte l’histoire de Nell, fille de cartographes dont la brillante carrière et la vie amoureuse ont été terrassées sept ans plus tôt par une dispute autour d’une vulgaire carte routière. Sept ans plus tard, son père, directeur de la section Cartes de la prestigieuse bibliothèque publique de New York, meurt soudainement à son bureau. Et la vieille carte routière réapparait soudain au fin fond d’un tiroir secret. Pourquoi ? Et si celle-ci était la clé pour comprendre ce qui a causé la mort de la mère de Nell, trente ans plus tôt ? Et si son père avait été tué à cause d’elle ?
Dans The Cartographers, Peng Shepherd nous entraîne dans un monde de géographes et d’universitaires qui pourrait sembler austère au premier abord, mais qui dévoile très vite une part de rêverie et de passion. À la manière d’un Umberto Eco ou d’un Arturo Pérez-Reverte, elle mêle enquête policière, romance et récit sur la filiation, l’amitié et les liens qui se font et se défont… Avec juste ce qu’il faut d’étrangeté et de fan
taisie pour fasciner le lectorat. Et, à la différence du Livre de M, sans ventre mou dans son récit qui pourrait le perdre à mi-chemin. Elle confirme donc ainsi toute l’étendue de son talent, tout en ne s’enfermant pas dans un seul genre. Bravo !

The Cartographers
d
e Peng Shepherd
Éditions Orion Books

Amongst Our Weapons

Dernier volume de la série des Rivers of London de Ben Aaronovitch, Amongst Our Weapons donne l’impression de retrouver un vieil ami perdu de vue et de reprendre la conversation là où elle s’était arrêtée. Plus précisément, l’histoire reprend quelques temps après False Value. Peter Grant ne travaille plus sous couverture et en attendant d’un jour à l’autre l’arrivée de sa descendance a repris un travail de police presque ordinaire. Mais un crime en vase clos, en plein cœur d’un centre commercial souterrain (et hyperspécialisé) va perturber quelque peu son futur congé paternité et va le confronter à de vieux ennemis et d’autres plus inattendus.
Si vous n’avez pas lu les précédents livres de Rivers of London, ou si vous avez sauté quelques épisodes, Amongst Our Weapons est, à la différence de l’enquête précédente de Peter, une bonne porte d’entrée dans cet univers. En effet, avec l’arrivée de différents personnages du passé de Peter Grant, l’auteur prend le temps de résumer brièvement l’essentiel à savoir sur eux, sans pour autant appesantir son récit.
Si vous êtes des fidèles depuis le début,
c’est l’occasion de revoir d’anciennes têtes et de vous étonner des interactions entre elles. Ben Aaronovitch a en effet l’intelligence de ne pas s’endormir sur ses lauriers et de rester imprévisible. Sous des oripeaux confortablement familiers, il propose une histoire qui va surprendre et bousculer encore une fois le statu quo. Non seulement pour les besoins de l’enquête en cours, mais également pour ajouter un peu plus de profondeur à un univers d’urban fantasy déjà riche et toujours aussi étonnant et drôle. Même si personnellement, j’aurais deux ou trois mots à dire aux renards de Londres concernant leur vendetta envers les chats domestiques. Et si une nouvelle fois, Ben Aaronovitch m’a donné envie de retourner à Londres explorer d’autres recoins de la capitale britannique.

Amongst Our Weapons
de
 Ben Aaronovitch
Éditions
Orion Books

Kaiju Preservation Society

Que faire quand vous êtes écrivain à succès en plein milieu d’une pandémie et d’une période troublée pour votre pays et que vous êtes bloqué sur l’écriture de votre prochain roman ? Quand vous êtes John Scalzi, vous jetez à la poubelle le roman qui vous bloque, et pondez en deux mois un livre très drôle avec de grosses bestioles radioactives ! Et c’est ainsi que Kaiju Preservation Society est né.
Depuis le temps que ce blog vous parle de John Scalzi, vous le savez l’auteur n’a pas sa langue dans sa poche et sa plume est souvent acide parlant – même au fin fond des étoiles – du monde qui l’entoure. C’est d’autant plus vrai que l’histoire de ce nouveau roman commence dans le New York de 2020 au moment où l’épidémie de Covid se répand. Comme le patron de sa start-up de livraison de nourriture l’a mis à la porte avec perte et fracas, Jamie Gray se retrouve en pleine pandémie sans emploi stable avec des dettes jusqu’au coup. Lorsqu’une ancienne connaissance lui propose de le rejoindre dans son organisation de sauvegarde animale, Jamie va découvrir une autre terre où les kaïjus sont bien réels.
Ces véritables réacteurs nucléaires vivants doivent être confinés à leur dimension d’origine, sont une source d’étude sans fin par une bande de scientifiques fondus de science-fiction et de pop culture (au point de surnommer deux des créatures ailées Edward et Bella) mais attisent également la convoitise des militaires et de certains gros consortiums financiers sans scrupule…
Dans Kaiju Preservation Society, John Scalzi s’amuse énormément. En bon nerd lui-même, il multiplie les clins d’œil à l’imaginaire… Aux films de monstres, avec les Godzilla de la Toei en tête, mais également à la musique, à la SF et à la pop culture au sens large. Il s’en prend également au monde qui l’entoure dénonçant les travers des start-ups lancées sur du vent avec pour seul but de leurs dirigeants de les revendre contre un très gros chèque, l’économie du gig aux travailleurs exploités, les accointances sans scrupules entre militaires et industriels ou l’effet nocif des « enfants de… » qui après avoir acheté leurs diplômes avec l’argent parental se croient au-dessus de tout.
Et à la lecture ? Si vous êtes réceptif à l’humour de John Scalzi, vous apprécierez énormément ce nouveau livre. Ce n’est pas un de ses grands romans, notamment car les ficelles de l’intrigue se devinent assez vite, mais il est toujours très enlevé avec des répliques qui font mouche. Et au final, alors que cette pandémie n’en finit plus de faire des vagues, le rire est une médication plus que salutaire !

Kaiju Preservation Society
de John Scalzi
Éditions Tor

American Vampire

Jusqu’en 2011, à la question « quel est ton vampire préféré ? », ma réponse aurait surement été Dracula ou peut être Lestat de Lioncourt (mais uniquement les trois premiers livres des Chroniques des Vampires). Depuis, les créations de Bram Stoker ou d’Anne Rice ont été supplantées dans mon cœur par un sale gosse sans foi ni loi : Skinner Sweet, vampire américain de son état.
Alors que son histoire s’est achevée récemment avec American Vampire 1976, revenons un peu sur l’une des meilleures séries d’horreur récentes en comics, et qui, contrairement à Clean Room, a été jusqu’au bout de son histoire.
De quoi parle American Vampire ? De Skinner Sweet donc, outlaw du Far West accédant à l’immortalité par accident à la fin du XIXe siècle et de Pearl Jones, jeune actrice qu’il transforme à sa ressemblance dans les années 20. Et à travers leurs aventures, nous découvrirons l’histoire des États-Unis dans sa splendeur, mais également ses horreurs ; ainsi que l’histoire occulte des monstres qui se cachent au sein de l’humanité. Qu’est-ce qu’un vampire américain ? Une sous-espèce de l’homo abominum hématophage et propre au continent américain, dont Skinner Sweet est le principal représentant. Ne craignant pas la lumière du soleil, cette variante du vampire voit sa puissance varier en fonction des phases de la Lune et n’a que l’or comme véritable faiblesse.
Des premières histoires centrées sur Skinner et Pearl, le récit prend vite une ampleur plus globale en y intégrant les VMS (Vassals of the Morning Star), organisation secrète qui a longtemps combattu toutes les formes d’homo abominum pour finir par passer quelques alliances avec certains d’entre eux (dont Pearl et parfois Skinner) pour repousser un mal plus ancien et plus profond.
Avec American Vampire, vous trouverez plusieurs niveaux de lecture. Au premier plan, il s’agit de bandes dessinées mêlant action et horreur avec une grande diversité de créatures et de nombreux hommages aux références de l’imaginaire vampirique (mythe, littérature, cinéma ou série télé, tout y passe). Au deuxième niveau, une histoire occulte des États-Unis se dessine qui réjouira les fans de James Ellroy ou de X-Files, avec des luttes de pouvoirs entre créatures, mais également entre agences fédérales ou entre grandes puissances, avec même une incursion dans l’espace. Le tout en maintenant d’un bout à l’autre des 55 épisodes de la série principale et des 13 numéros spéciaux (rassemblés en neuf albums grands formats en VO et traduits chez Panini puis Urban Comics) une qualité égale tant dans le scénario que dans le dessin. Les deux créateurs, Scott Snyder (scénario) et Rafael Albuquerque (dessin) ont en effet assuré l’essentiel des récits. Des invités comme Stephen King ou Dustin N’Guyen infusait du sang frais dans l’œuvre sans en dénaturer ce qui faisait la saveur.
Et la conclusion, American Vampire 1976, rassemble tous les fils laissés en suspens (certains depuis la genèse du récit) pour proposer un final grandiose là où tout a commencé. Comme dirait Skinner Sweet : « Off we go ! »

American Vampire
créé par Scott Snyder (scénario) et Rafael Albuquerque (dessin)
Éditions DC Comics

Legends and Lattes

Comme vous pouvez le constater à la décoration de ce blog, ici le café est une boisson appréciée que ce soit avec un bon livre à portée de main ou non. Or si étrangement le café est assez présent en science-fiction, même à des années-lumière de la Terre, ce n’est que rarement le cas en fantasy. Celui-ci n’y est que rarement mentionné, à l’exception notable du cycle des princes d’Ambre où c’est une boisson exotique rapportée du monde de villégiature favori de la famille régnante. Sans parler des cafés ou troquets matinaux auxquels les auteurs préfèrent les pubs et tavernes rustiques nocturnes comme point de rencontre pour leurs personnages. Autant dire qu’un livre appelé Legends and Lattes ne pouvait que m’intriguer.
D’autant que le roman de Travis Baldree commence là où les autres livres de fantasy héroïques se terminent : la quête est achevée, le monstre est mort et les différents aventuriers se partagent le butin. Viv, une orc prend alors sa part et tourne le dos à plus de 20 années d’aventures. Elle décide de s’établir, une ville universitaire et cosmopolite traversée par une rivière. Pour sa retraite, elle va ouvrir un café, du nom de l’endroit et de la boisson qu’elle a découverts au loin parmi les gnomes. Nous la suivrons dans son projet, de la recherche d’un local à l’ouverture et à la conquête des premiers clients. Peu à peu, au fil des rencontres, elle va se créer un réseau de soutien : Cal, le charpentier hobgobelin ; Tandri, la succube artiste qui postule pour un poste de serveuse, un chat de gouttière gris fumé de la taille d’un loup ou la bande de la Madrigal, la mafia locale de la ville. Outre les aléas de la vie d’entrepreneuse, le passé et les instincts violents de Viv la rattrapent. Arrivera-t-elle à se forger une nouvelle vie et à trouver la paix ? Tel est l’enjeu de cette histoire.
Legends and Lattes ne prétend pas être une fresque épique, mais simplement dévoiler une facette méconnue de la vie dans un monde de fantasy. C’est une lecture légère, très drôle
avec ce qu’il faut d’action et des personnages bien campés, dans un univers à peine esquissé, mais que l’on devine assez riche. Sans être une critique voilée de notre société, elle propose de nombreux clins d’œil à notre monde réel et à certaines chaines multinationales de café, même si elle contient beaucoup moins de jeux de mots qu’un épisode des annales du Disque-Monde de Terry Pratchett. Si vous cherchez de quoi vous détendre pendant que vous sirotez votre boisson chaude favorite, ce roman plein de douceur et de sourires est l’idéal.

Legends and Lattes
de 
Travis Baldree
Éditions
Cryptid Press

Escape from Yokaï Land

Après deux livres dédiés à la vie des civils, Charles Stross revient aux personnages principaux de sa série The Laundry Files, avec cette novella Escape from Yokaï Land. Celle-ci se situe entre le septième roman de la série, The Nightmare Stacks et le huitième, The Delirium Brief. Elle met en scène Bob Howard, l’informaticien malchanceux qui nous a fait découvrir l’univers de The Laundry. Devant remplacer son supérieur suite à la mort inopinée de celui-ci, il est appelé à la rescousse par l’équivalent japonais de son administration pour les aider à régler un problème de surpopulation de yokaïs.
Hors de son élément naturel et en plein décalage horaire, il va devoir régler son compte à la pire des créatures du panthéon nippon à savoir une Hello Kitty qui se rêve en Godzilla.
Vous l’aurez compris, cette nouvelle itération de The Laundry Files est surtout un pur moment de détente et pour l’auteur et pour ses lecteurs. Tous les clichés de l’Européen en plein décalage horaire et culturel perdu à Tokyo y passent. Et c’est une fois de plus l’occasion de pour l’auteur de se moquer du mercantilisme à outrance de nos sociétés. Ici par le biais des parcs d’attractions dédiés aux créations d’une marque : ici Puroland (dont je vous laisse regarder à vos risques et périls le site https://en.puroland.jp/ et dont la visite avec sa femme a inspiré l’auteur) mais une certaine souris à grandes oreilles pourrait tout aussi bien faire l’affaire.
Si j’ai pris beaucoup de plaisir à retrouver Bob dans cette aventure, je n’ai qu’un regret : qu’elle soit trop courte (pour un prix de vente quasi équivalent à celui d’un roman complet ceci dit en passant).

Escape from Yokaï Land
de Charles Stross
Éditions Tor

Magilumiere Co. Ltd

Ne cherchez pas le manga dont je vais vous parler en librairie. Il n’est pas encore sorti en France. Mais c’est l’une des pépites que j’ai découvert sur la version anglaise de Manga Plus donc partons d’abord à la découverte de l’œuvre avant d’en savoir plus sur le service ?
Magilumiere Co. Ltd est un récit imaginant que la « magical girl », ce personnage de manga et d’anime qui se transforme et acquiert des pouvoirs grâce à un objet magique et une incantation, est l’objet d’une véritable industrie avec ses grandes entreprises multinationales et ses start-ups débutantes qui se battent pour arriver les premières sur les sites d’extermination des monstres. Dans cet univers, Kana Sakuragi vient de quitter la fac et malgré tous ses efforts n’arrive pas à décrocher un emploi passé le premier entretien. De guerre lasse, elle finit par renouer avec ses rêves d’enfants et entre comme « magical girl » débutante dans une toute petite start-up. Cette série n’en est qu’à son début : sept chapitres ont été mis en ligne. Mais elle démarre sur les chapeaux de roues, en balançant agréablement la critique du monde du travail et des start-ups, l’action des scènes de voltige aérienne et de combat contre les « Kaii » (les monstres, proies des magical girls) et l’humour (notamment dans les relations entre les différents membres de la start-up). Graphiquement, le style est propre sans être révolutionnaire, mais il passe très bien sur iPad et surtout colle parfaitement à l’humour de la série. Si vous avez besoin de 5 minutes de détente, vous les aurez en lisant les chapitres de cette série au fur et à mesure.
Et donc Manga Plus ? Lancé par Shueisha (principal éditeur de magazine de prépublication de manga japonais) ce site permet de lire – en toute légalité ! – des mangas chapitres par chapitres en plusieurs langues (français anglais, espagnol, russe, thaï, malais…) et gratuitement. Pour cela, soit vous allez sur le site
dédié, soit vous téléchargez l’application pour Android ou iOS (personnellement donc j’ai l’application sur mon vieil iPad). Vous créez un compte et vous choisissez vos langues de lectures. Vous pouvez en cumuler plusieurs ce qui peut être utile pour avoir du choix car si l’anglais propose 126 séries différentes et l’espagnol 71, le français n’en propose que 10 (Kaiju n°8, Mashle, My Hero Academia, Sakomoto Days, One Piece, Black Clover, Mission : Yozakura family, The Elusive Samurai et Undead Unluck). Attention, toutefois, cette lecture n’est pas comme un livre. Le service est là pour vous donner envie de découvrir les titres et par la suite, de les acheter. A l’exception de vieux titres et des trois premiers chapitres de chaque série, les chapitres ne sont plus lisibles passés un certain temps. Généralement, suivant les accords entre éditeurs, et d’un pays à l’autre, les trois ou les six derniers chapitres sont disponibles à la lecture. Mais c’est une bonne solution 1- pour faire travailler ses langues étrangères à un ado rétif, 2- découvrir des titres nouveaux avant qu’ils ne débarquent dans la librairie ou la bibliothèque la plus proche de chez vous ou 3- tester un titre par petits bouts avant d’investir dans un album ou une série complète. Et si vous avez un titre qui vous plaît particulièrement, entrez le dans vos favoris et l’application vous enverra une notification à chaque fois qu’un nouveau chapitre sera disponible.

Magilumiere Co. Ltd
de Sekka Iwata et Yu Aoki
Traduction de Medibang Inc.
Disponible sur Manga Plus