A Key, an Egg, an Unfortunate Remark

Après une lecture aussi exigeante que la dernière chronique, j’avais besoin de quelque chose de plus léger. Et pourquoi pas un « whodunit » policier à la Agatha Christie ? En y ajoutant de la magie, des vampires et des loups-garous ? Bonne idée. Et c’est ainsi que suite à un article publié sur Tor.com, A key, an Egg, an Unfortunate Remark d’Harry Connolly a atterri dans ma liseuse.
Ce roman policier d’urban fantasy diffère du reste du genre par sa protagoniste principale. Marley Jacobs est en effet une vieille femme riche et excentrique. Refusant d’ouvrir elle-même les portes, elle est connue pour ses bonnes œuvres et ses soirées extravagantes. Quand l’un de ses neveux est retrouvé la gorge tranchée, semble-t-il, suite à une attaque de vampire, elle va mener sa propre enquête avec l’aide de son autre neveu. Et retrouver au passage ses talents de sorcière et de négociatrice au sein du demi-monde surnaturel de Seattle.
Comme dans les romans d’Agatha Christie, nous allons suivre son enquête dans les pas de son assistant de neveu. Celui-ci va découvrir le vrai visage de sa tante et du monde qui l’entoure à cette occasion. Toutefois le fait d’avoir une vieille dame devenue adepte de la non-violence comme personnage principal n’empêche pas A key, an Egg, an Unfortunate Remark d’être bourré d’action et de péripétie. J’avoue ne pas m’être ennuyée une seule seconde durant les 416 pages de ce livre. Même si certains personnages, comme Nora et Audrey, pêchent par l’incohérence de leurs réactions, l’histoire est très agréable. Certaines des explications sur les phénomènes surnaturels que sont les fantômes ou les dragons ne sont pas inintéressantes du tout. Et j’ai apprécié d’avoir enfin une histoire d’urban fantasy sans une once de romance dedans. Le parfait intermède entre deux lectures denses.

A key, an Egg, an Unfortunate Remark
d’Harry Connolly
http://harryjconnolly.com

Children of Ruin

En reprenant son histoire quelques mois à peine après la fin de Children of Time, Adrian Tchaikovsky réussit l’exploit d’écrire avec Children of Ruin, un roman prenant sans se répéter. Et pourtant…
Le départ est similaire. Nous suivons un autre voyage de colonisation comme celui accompli par Avrana Kern au début de Children of Time. Ici, ce ne sont ni des singes ni des araignées qui accèderont à la civilisation mais des poulpes sur l’un des deux mondes terraformables du système où est arrivé le vaisseau. L’autre monde abrite lui déjà la vie.
Les humains qui y atterrissent vont d’ailleurs y faire une bien mauvaise rencontre.
Des millénaires plus tard, le vaisseau lancé à la fin de Children of Time arrive dans ce système solaire. Ce qui commence comme une confrontation entre araignées et humains d’un côté et poulpes de l’autre finira par une alliance difficile pour
affronter la menace réellement extraterrestre.
Divisé entre le passé et le présent avec des intermèdes poétiques venus d’on ne sait où dans un premier temps, Children of Ruin n’est pas d’un abord facile. J’ai d’ailleurs eu plus de mal à rentrer dedans que pour le précédent. D’autant plus que le mode de pensée des poulpes, même si fortement inspiré des découvertes scientifiques exposées dans Le Prince des profondeurs, est encore plus déroutant pour les lecteurs humains que nous sommes que celui des araignées. Et même, et c’est peut être là le point faible du livre, plus étrange que celui de la seule espèce non liée à la Terre de l’histoire qui, elle, avec son «
We’re going on an adventure » sera au contraire familière à tout amateur de Tolkien. En revanche, pour ce qui est de l’intrigue, l’auteur réussit brillamment son coup. Jusqu’aux dernières pages, il est impossible de deviner la fin de l’histoire. Dans ce tome, l’accent est mis sur les problèmes de communication entre toutes les parties : humains et araignées, humains et poulpes, entité extraterrestre et les autres, poulpes et araignées avec, dans le lot, la version simulée d’Avrana Kern. À chaque fois une question se pose : qu’est-ce qu’être conscient d’exister ? De faire partie d’une société ? Et comment reconnaître un autre être sentient et s’en faire comprendre ?
Pourtant malgré l’épilogue ouvert, et malgré le grand plaisir que j’ai pris à retrouver une fois de plus, Portia et les autres, j’espère qu’Adrian Tchaikovsky résistera à l’envie de donner une suite à Children of Ruin. Ou alors qu’il partira dans une direction totalement différente sans chercher à intégrer une autre espèce animale terrestre dans son cortège de civilisation. Pour moi, les deux romans sont se suffisent à eux-mêmes en l’état.

Children of Ruin
d’Adrian Tchaikovsky
Éditions Tor

Vamp City

L’un de mes « plaisirs coupables » en littérature reste la bit-lit, à condition qu’elle ne s’encombre pas trop de romances. Quand Gryphonwood Press a laissé un message sur Twitter pour dire que le premier roman d’une nouvelle série était diffusé gratuitement pendant 24 h, je me suis laissée tenter. Et finalement, même si ce n’est pas de la grande littérature, ce Vamp City de C.D.Brown se lit très bien et permet de passer agréablement une paire d’heures. Il s’agit même plutôt d’un mélange des genres dans ce que, de ce côté de l’Atlantique, nous appelons les romans de gare.
Née en Louisiane au 19
siècle, la vampire Sophia Fontanelle doit quitter La Nouvelle-Orléans où sa cabale a été décimée par des loups-garous et refaire sa vie à Los Angeles. Dans cette ville ouverte où toutes les variations du vampire existent, de l’adorateur du soleil perdu au cliché ambulant de l’âge d’or hollywoodien, elle doit refaire sa vie de zéro. Et, étant la plus ancienne des vampires, la voici propulsée shérif chargé de maintenir la paix entre les différents groupes vampiriques. Alors que certains s’agitent dans l’ombre pour prendre le pouvoir.
Reprenant les codes des séries policières, Vamp City transporte la guerre des gangs dans un milieu vampir
ique, sans pour autant être un décalque de Vampire la Mascarade. Nous y retrouvons des mafieux, des hippies, des Glamazones, des gangs de latinos et de Noirs de South Central, des petits génies de l’informatique. Et des avocats aux dents aussi longues métaphoriquement que physiquement.

opossum avec un raisin
Imaginez ceci faisant 1m80 et suspendu d’un lampadaire en plein Los Angeles. Vous avez le garou de C.D.Brown devant vous.

 

Certains clichés de la bit-lit sont bien présents, notamment la protagoniste, Cajun pur jus ex-prostituée du Quartier français sauvée par un vampire au grand cœur, ou des attirances compliquées entre vampires et garou, ou encore  une tendance au « véganisme » à la sauce vampire (c’est-à-dire boire du sang animal plutôt que du sang humain si possible). Mais pour une fois, C.D.Brown les détourne avec humour. Ainsi son garou n’est pas un croisement entre un humain et un loup, mais entre un homme et un opossum, qui conserve sa taille humaine une fois transformé. De même, le fait que certains vampires préfèrent se rabattre sur du sang animal donne l’occasion d’avoir de véritables dégustations des différents liquides avec des commentaires dignes des meilleures publicités pour le Beaujolais nouveau. Ainsi, le sang de thon a une fraîcheur de « sushi », celui de poulet a un goût de maïs et de foin et celui de canard colvert de sauvagine et de vase.
C.D.Brown modernise également le genre en imaginant une version vampirique de Facebook dont les pages s
ont régulièrement piratées et détournées à des fins politiques par les différents gangs ou l’usage des outils de communication et surveillance moderne pour pallier certains inconvénients de la condition vampirique. Il utilise aussi certains clichés du vampire comme la possibilité de se changer en brume ou en chauve-souris avec une certaine malice.
Vous l’aurez compris, Vamp City de C.D.Brown ne révolutionnera ni la littérature vampirique ni l’urban fantasy. Mais ce roman propose suffisamment d’originalité, d’action et d’humour pour en faire une lecture plus qu’agréable dans les transports ou lors d’une nuit d’insomnie.

Vamp City
de C.D.Brown
Éditions
Gryphonwood Press

Howl’s Moving Castle

Avant de voir il y a quelques années Le Château ambulant d’Hayao Miyazaki, je n’avais jamais entendu parler de Diane Wynne Jones. Il m’a fallu relire The Books of Magic de Neil Gaiman et tomber sur une interview où il citait l’autrice comme source d’inspiration pour que je me penche à nouveau sur elle.
Naturellement j’ai commencé par Howl’s Moving Castle, le premier volume de la trilogie mettant en scène Sophie et le magicien Howl. Oubliez le film d’Hayao Miyazaki, l’histoire en est au final très différente. Ici nous suivons les aventures de Sophie, une jeune fille s’ennuyant ferme dans un magasin de chapeau. Elle croise la route de
la Sorcière des landes qui lui donne l’aspect d’une vieille femme et atterrit dans un drôle de château où, bon gré mal gré, elle va briser la malédiction entourant Howl et son démon du feu, Calcifer.
L’histoire est compliquée par les origines mêmes de Howl, Gallois bon teint de notre monde qui a trouvé la porte vers un monde magique et sauvé la vie de Calcifer. Mais également par la vie de famille de Sophie, de sa belle-mère et de ses sœurs qui vont toutes à des degrés divers se retrouver mêlées aux manigances de la Sorcière des landes. Le caractère des personnages n’a rien à voir avec l’anime qu’en a fait Hayao Miyazaki : Sophie jeune est nettement plus effacée ; et surtout le Howl du titre est certes gentils et un puissant magicien, mais il donne l’impression d’impression d’être un dandy sans cervelle trop préoccupé par son apparence et son petit confort pour être réel
lement utile à l’histoire. Au contraire, ses non-dits sont un obstacle plus qu’autre chose. Calcifer lui se révèle à la hauteur de son statut de démon : terrifiant, changeant et puissant. C’est, avec Sophie, le personnage le plus intéressant de ce livre.
Touffu, le roman Howl’s Moving Castle cumule tous les ingrédients d’une bonne histoire pour enfant autour de la sorcellerie : un château dont les portes ouvrent sur plusieurs mondes, une série d’êtres humains déguisés en animaux et objets, des combats de sorcellerie, un royaume enchanté ayant perdu son prince, trois jeunes sœurs et leur belle-mère, et même des sirènes ! Pour autant, l’histoire reste très facile à lire avec une bonne alternance entre les moments comiques et l’action. Elle convient aussi bien aux adultes cherchant un roman de fantasy original qu’aux collégiens voulant découvrir l’anglais autrement qu’avec Harry Potter de J.K. Rowling.

Howl’s Moving Castle
de Diane Wynne Jones
Éditions Harper’s Collins

Snow, Glass, Apples

Et si dans Blanche-Neige, la Reine n’était pas si méchante ? Et si, au lieu de simplement haïr sa belle-fille en raison de sa beauté, elle tentait simplement de sauver son royaume d’un monstre cruel sous ses dehors innocents ? Loin de l’adaptation Disney enfantine du conte, avec Snow, Glass, Apples, Neil Gaiman et Colleen Doran reviennent aux sources de l’histoire pour en faire un récit érotico-gothique de toute beauté.
Dans Snow, Glass, Apples, avec ses cheveux noirs, sa peau blanche et ses lèvres rouge sang, Blanche-Neige devient une vampire mutique et perverse. La Reine, plus jeune que dans les dernières versions du conte, est une adolescente puis une jeune femme qui utilise ses talents de sorcières pour tenter de sauver son mari, puis le royaume qu’il lui a légué de cette créature.
En nous mettant à la place de la Reine, en nous faisant lire ses pensées, Neil Gaiman entretient jusqu’aux dernières pages le doute. Faut-il croire l’imagerie populaire ou la Reine a-t-elle raison de se méfier de sa belle-fille ? Les dessins de Collen Doran, inspirés l’Art déco et le travail de l’illustrateur et artiste verrier irlandais Harry Clarke, sont somptueux et valent le coup de revenir une nouvelle fois sur ce court roman graphique pour en admirer les images après en avoir lu le texte. Attention, ne le confiez pas aux plus jeunes, mêmes fans de la version de Blanche Neige telle que contée par les frères Grimm. En effet, même si les illustrations érotiques sont finalement assez pudiques dans leur genre, certains des thèmes suggérés peuvent être assez dérangeants pour de jeunes esprits. Gardez pour vous cette merveille, cela évitera en plus aux pages d’être abimées.

Snow, Glass, Apples
de Neil Gaiman (scénario) et Colleen Doran (illustration)
Éditions Dark Horse

Gideon the Ninth

Premier roman d’une autrice néo-zélandaise, Tamsyn Muir, Gideon the Ninth est un coup de maître. Où le classer ? Est de l’horreur fantastique comme la série de jeu vidéo Dead Space avec ce palais planétaire empli de chausse-trappes mortelles toutes plus épouvantables les unes que le autres ? De la fantasy noire avec ces huit duos d’escrimeurs et de nécromanciens entrés dans une compétition pour atteindre les plus hautes fonctions de l’Empire ? Ou un bon vieux space opéra avec un Empire galactique vieillissant qui a trouvé de nouvelles sources d’énergie ? Tamsyn Muir mélange tous ces genres et produit un livre de 450 pages que vous ne lâcherez pas.
Dès le début, Gideon the Ninth plonge son lecteur au coeur de l’action alors que Gideon, la narratrice principale, cherche à tout prix à quitter la planète sombre et glaciale où elle a grandi. Si, comme la protagoniste, nous sommes souvent perdus au cours des pages jusqu’au dénouement final, la plume de Tamsyn Muir et les fantaisies qu’elle s’autorise accrochent durablement le regard. Moi qui adore le sarcasme finement amené, ce livre en est rempli. Est-ce parce que les personnages sont à la fin d’une époque ? Ils s’affrontent tout autant à coup d’épée ou de nécromancie qu’à coup de répliques bien senties et de dialogue
empoisonnés. Même les personnages secondaires, voire les objets inertes (si,si) ont cette pointe d’acerbité et d’humour au pire moment qui produit un mélange savoureux. Sans ce talent d’écriture, avouons-le, Gideon the Ninth ne serait qu’une succession de scènes sanglantes et osseuses entrecoupées de passages assez oiseux. Avec, Tamsyn Muir nous dépeint des personnages attachants ou odieux, mais toujours avec de multiples facettes. Elle nous donne envie de poursuivre notre lecture jusqu’au bout. Et à la fin d’attendre avec impatience la suite. Belle réussite !

Gideon the Ninth
de Tamsyn Muir
Éditions
Tor

Dark Sacred Night

Il est des auteurs qui maîtrisent parfaitement leur genre, et dont on sait qu’ils ne nous décevront jamais. Dans le monde du polar, l’un de ces noms est Michael Connelly. Et j’avoue avoir tendance à prendre en voyage les livres avec son nom en couverture surtout s’ils mettent en scène Harry Bosch, l’un de ses personnages récurrents. Dans Dark Sacred Night, il lui adjoint Renée Ballard, une détective appelée à devenir également récurrente (et déjà présente dans trois romans).
Dark Sacred Night narre la rencontre entre les deux personnages, et peut-être le début d’un passage de témoins entre les deux policiers : Bosch, désormais en semi-retraite à San Fernando et Ballard, ex-étoile montante du LAPD mutée dans un service de seconde zone pour une sombre affaire de harcèlement sexuel. Les deux vont être réunis par un vieil homicide jamais résolu : une f
ugueuse retrouvée morte nue et trempée dans l’eau de Javel neuf ans plus tôt. Outre cette intrigue principale, Dark Sacred Night se révèle très intéressant par ses à-côtés. Et effet, le récit suit tour à tour Ballard et Bosch dans l’enquête, mais également dans leur travail quotidien. Ce qui donne lieu à différentes mini-enquêtes : certaines assez comiques et d’autres finalement plus tragiques. C’est également l’occasion pour Michael Connelly d’aborder certains sujets comme le mouvement #MeToo et ses ramifications dans la police. Parfois avec de gros sabots et parfois par petites touches révélatrices comme la mention des coupes de cheveux des agentes.
Les deux personnages principaux sont toujours aussi attachants l’un que l’autre, avec leurs forces, mais aussi leurs faiblesses comme une tendance partagée à se laisser emporter par leurs émotions. Mais Dark Sacred Night m’a également énormément plu par ses personnages secondaires sur lesquelles Michael Connelly s’attarde un peu plus, il me semble. La pilote d’hélicoptère amie de Renée Ballard est l’une d’entre eux, et j’aimerais bien la revoir prochainement.

Ce ne sera pas le titre phare de la bibliographie de Michael Connelly. Echo Park ou La Défense Lincoln resteront ceux que je conseillerais pour découvrir l’auteur. Mais Dark Sacred Night mérite votre attention si vous aimez les polars, et souhaitez vous plonger au cœur de Los Angeles pour quelques heures.

Dark Sacred Night
de Michael Connelly

Éditions
Orion

Children of Blood and Bone

Quand Audrey de New kids on the geek m’avait parlé de Children of Blood and Bone de Tomi Adeyemi, elle n’y était pas allé par quatre chemins : « Lis-le, il va te plaire… » J’avais alors admiré la couverture, mais plongé dans une autre lecture, j’avais laissé le titre de côté. Puis sont arrivés les Hugo 2019. J’avais déjà lu la catégorie du meilleur roman, celle de la meilleure novella, celle du meilleur roman graphique et je suis quasiment à jour de la meilleure série (de Becky Chambers). Il ne me restait donc à découvrir que Jeannette Ng et le meilleur roman jeunesse : Children of Blood and Bone de Tomi Adeyemi. Pas moyen d’y couper, je plonge donc dedans.
Disons-le de suite, les quatre personnages principaux (Zélie, Amari, Tzain et Inan) ont chacun un côté tête à claques bien prononcé tout autant qu’ils peuvent être très attachants. Et j’ai souvent interrompu ma lecture en me disant « Non, mais il/elle est impossible là ». Néanmoins, je ne regrette absolument pas de l’avoir poursuivie, même si ce fut plus lent que d’habitude.
L’histoire de Children of Blood and Bone
se déroule en Orïsha, un pays imaginaire d’Afrique de l’Ouest. La magie y existait jusqu’au Raid, onze ans auparavant. Le roi du pays a alors passé au fil de l’épée tous les mages adultes, coupé le lien entre les dieux et les hommes et fait des enfants de mages des citoyens de seconde catégorie, quasi réduit en esclavage. Menacée, faute d’argent pour payer un nouvel impôt, d’être vendue, Zélie, l’une de ces descendantes de mage devenue adolescente, part à la capitale trouver de quoi payer les dettes de son père. Elle y rencontre Amari, princesse qui s’est enfuie du palais en emportant une précieuse relique. Talonnées par les hommes du roi, les deux filles avec leurs frères respectifs vont se lancer dans une quête pour restaurer la magie dans le royaume.
L’histoire en elle-
même ne manque pas de rebondissement et de surprises de pages en pages. Jusqu’au bout, l’issue est incertaine et le but même des personnages varie d’un chapitre à l’autre. Destiné aux adolescents, Children of Blood and Bone convient aussi aux adultes, notamment car Tomi Adeyemi n’hésite pas à parler de sujets difficiles. À l’échelle du pays, elle y aborde le racisme, le nettoyage ethnique et les différents moyens de lutter contre l’oppression, ainsi que la réaction des différents personnages face à cette situation. D’un point de vue plus intime, elle montre comment survivre et se reconstruire face à la violence. Zélie et Tzain ont vu leur mère torturée et mise à mort sous leurs yeux enfants, et leur père brisé de souffrance, avant de vivre dans un monde qui rejette Zélie en raison de la couleur de ses cheveux. Amari et Inan, ont grandi eux au palais, mais sans amour sous la férule d’un père violent et intolérant dont ils ont toujours cherché désespérément l’approbation et l’amour. Ce sont donc quatre adolescents traumatisés que nous suivons. La quête pour restaurer la magie, ou la paix, dans Orïsha se double d’une tentative pour surmonter ces blessures et devenir adulte. À la différence de nombre de romans d’initiation, cette tentative ne sera pas toujours une réussite pour tous les adolescents. N’eût été la fin trop abrupte, Children of Blood and Bone est, ainsi qu’on me l’avait annoncé, un roman puissant et particulièrement agréable à lire.

Children of Blood and Bone
de Tomi Adeyemi
Éditions Macmillan

Notes de lectures estivales

Les vacances sont également le temps de lire ou relire des livres. Tous ne méritent pas une chronique dédiée, par leur qualité, leur sujet ou par le fait qu’ils se rattachent à d’autres livres. Voici néanmoins un aperçu de mes dernières lectures

Lies Sleeping

Je vous ai parlé de Rivers of London, n’est-ce pas ? Depuis les deux premiers livres de la série lus et chroniqués, j’ai continué les aventures de Peter Grant (en romans uniquement je n’ai pas plongé dans les comics). Cette dernière histoire, Lies Sleeping, marque la fin de l’affrontement de Peter Grant avec Mr Punch d’un côté et avec The Faceless Man de l’autre, en attendant l’entrée dans un nouveau cycle d’aventure à l’automne. Ici, le jeune homme se débrouille de mieux en mieux avec la magie et la psychologie des créatures surnaturelles. Il a tout de même quelques difficultés pour effectuer correctement son travail de policier et gérer sa vie de famille, et surtout sa belle-famille. Passé l’effet de surprises de Rivers of London, le reste de la saga de Peter Grant constitue une série d’urban fantasy plaisante à lire et solide. Même si chaque volume se distingue peu des précédents. À lire pour les amateurs du genre.
Lies Sleeping
de Ben Aaronovitch
Éditions Gollancz

Noire Magie

En été, je consomme beaucoup de livres d’horreur. Et la vieille collection Pocket Terreur reste l’une de mes sources favorites. Ce Noire Magie de Tom Tryon est un cas à part. Entamé dans la plus haute antiquité égyptienne, il se déroule ensuite dans une version moderne de New York avec la rencontre entre un magicien de rue et un sorcier hors d’âge. Plaisant à lire avec des tournures de phrases virevoltantes, le rythme est en revanche plutôt lent et l’action tarde à décoller. Ce qui est dommage pour ce type d’ouvrage. Attention si le texte a été écrit à la fin du 20e siècle, il y a dans certaines descriptions des relents racistes assez désagréables.
Noire Magie
de Tom Tryon
traduction de
Elisabeth Vonaburg
Éditions
Pocket

Moi, Lucifer

Voici un livre que j’aurais aimé aimer. Hélas, le texte est tellement décousu et répétitif que je l’ai abandonnée en cours de route sans la moindre envie de le reprendre. L’histoire se veut une autobiographie de Lucifer lui-même, coincé dans le corps d’un écrivain raté pour un mois avant de potentiellement regagner sa place au Paradis. N’est pas John Milton qui veut, et Glen Duncan est loin d’avoir le talent de son prédécesseur. L’accumulation d’allusions grossières pour choquer le lectorat ne fait que le lasser sans être justifiée par une vraie intrigue. À éviter !
Moi, Lucifer
de Glen Duncan
traduction de Michelle Charrier
Éditions Folio SF

C’est dans la poche !

En lectrice de science-fiction de longue date, le nom de Sadoul ne m’était pas inconnu que ce soit par la fille, Barbara, spécialiste des vampires ou par le père, Jacques, grâce à qui bien des noms de la science-fiction anglo-saxonne ont été découverts en France. Ce livre de souvenirs raconte les aventures professionnelles du père de ses débuts à la faculté à Paris à son départ à la retraite. Le tout est traité par année en mettant face à face la grande actualité et le quotidien de Jacques Sadoul. Que le personnage vous soit sympathique ou non (et vous changerez plusieurs fois d’
avis au cours de ces pages), cette autobiographie se lit avec grand plaisir. Elle fourmille d’anecdotes non seulement sur le monde de la science-fiction, mais également sur celui de la BD et le milieu de l’édition et de la presse en général. À charge pour le lecteur de démêler la réalité des enjolivements.
C’est dans la poche !
de Jacques Sadoul
Éditions
J’ai Lu

Literary Life

Si vous travaillez de près ou de loin dans le monde du livre, ou si vous avez des personnes de cet univers dans votre entourage, cette BD est un petit bijou. Elle vous fera sourire, rire, mais également grincer des dents au fil des pages. À travers de différentes chroniques, la caricaturiste Posy Simmonds se moque des travers des auteurs, des éditeurs, des chroniques, des libraires, bref de tout le petit microcosme littéraire. Mais toujours avec une certaine tendresse, mélangeant douceur et acidité à la manière des meilleures marmelades britanniques.
Literary Life
de Posy Simmonds
traduction de Lili Sztajn et Corinne Julve
Éditions Denoël

The Survival of Molly Southbourne

Ayant lu récemment The Murders of Molly Southbourne, j’attendais avec impatience la suite. Intitulée The Survival of Molly Southbourne, cette nouvelle de Tade Thompson est disponible depuis début juillet chez Tor, et est d’ores et déjà au programme de Le Bélial’ pour 2020 dans sa collection Une Heure-Lumière.
Vaut-elle le coup ? Disons le tout net, l’effet de surprise du premier ne joue plus dans The Survival of Molly Southbourne. D’autant que l’histoire reprend immédiatement à la fin de The Murders of Molly Southbourne. Attention, ne lisez pas la suite si vous n’avez pas lu le premier livre. Allez plutôt l’acheter ou l’emprunter, lisez-le et revenez…

Le livre est lu ? Bien, continuons. Donc dans The Survival of Molly Southbourne, une Molly Southborne a survécu à l’incendie. L’originale ou une copie ? Une copie peut-elle supplanter l’originale et la dépasser ? Molly Southbourne devra trouver la réponse à ces questions si elle veut survivre. Dans cet opus, nous en apprenons plus sur la condition dont souffrent Molly Southbourne et le passé de sa mère. Mais nous découvrons — et elle aussi — qu’elle n’est pas unique et que d’autres femmes ont le même don. Et que toutes ne le vivent pas comme une malédiction. Souffrant de stress post-traumatique en réaction aux événements du livre précédent, Molly va devoir établir de nouvelles tactiques pour survivre. Et peut-être enfin commencer à vivre réellement ?
Encore une fois en refermant
The Survival of Molly Southbourne, vous vous retrouverez avec une multitude de questions sur l’avenir de la protagoniste et sur l’univers dans lequel elle vit, à la fois si proche du notre et si différent. Ici, l’accent est mis sur l’évolution psychologique de la protagoniste (l’auteur est psychiatre de formation) et sur la façon dont elle interagit avec les autres. L’écriture reste toujours aussi fluide et il contient moins de scènes sanglantes que le précédent. J’ai donc dévoré The Survival of Molly Southbourne en deux petites heures d’insomnie. Même si je préfère pour l’instant le précédent, j’attends avec impatience la suite pour avoir enfin une vue d’ensemble sur cette Molly Southborne, étonnamment attachante.

The Survival of Molly Southbourne
de Tade Thompson
Éditions Tor