Journal des années de poudre

Certains auteurs sont connus pour un genre littéraire particulier et du coup se retrouvent systématiquement classés dans les collections dédiées à ce genre, même lorsque l’ouvrage n’y correspond pas du tout. Le dernier exemple en date est Journal des années de poudre de Richard Matheson. Auteur et scénariste américain connu pour ses récits de science-fiction ou fantastique (Je suis une légende, L’Homme qui rétrécit, Le Jeune homme, la Mort et le Temps…), il a également écrit de la littérature généraliste dont ce Journal des années de poudre qui se retrouve dans la collection Lunes d’encre des éditions Denoël, spécialisée dans la SF et la fantasy. Et pourtant, malgré la couverture avec peu de rapport avec l’histoire, Journal des années de poudre est un western pur et dur. De la tendance désabusée que produisait le cinéma hollywoodien dans les années 1970. Richard Matheson y dresse le portrait de Clay Halser, jeune homme démobilisé à la suite de la Guerre de Sécession et qui s’ennuyant dans sa petite ville de l’Est décide de tenter sa chance dans l’Ouest sauvage. De garçon de salle dans un saloon à marshall et pistolero légendaire en quelques années, en passant par gibier de potence et évidemment cow-boy, Richard Matheson nous narre la gloire et la déchéance de Clay Halser avec ses propres mots. En effet, il choisit de présenter l’histoire de Clay Halser à travers ses journaux intimes de 1864 à 1876, assemblés, commentés et édités par un journaliste ami du pistolero. Et comme dans tout bon western, l’histoire se termine de façon tragique dans le sang et le bourbon, ce que nous savons depuis les premières pages du livre. Si comme moi, vous avez été bercé aux vieux westerns qu’ils soient Américains ou spaghetti version Sergio Leone, vous y retrouverez l’ambiance, la poussière et la violence pratique des films. Loin d’un Ouest idéalisé à La Petite maison dans la Prairie, Richard Matheson nous présente à travers les yeux d’un adolescent trop vite grandi comment l’Ouest américain s’est construit en forgeant ses propres lois au gré des circonstances et des hommes. À lire absolument, même s’il n’est pas habituellement dans votre genre de prédilection.

Journal des années de poudre de Richard Matheson Traduction de Brigitte Mariot Éditions Denoël

Fil rouge 2018 : Le regard des Furies

En farfouillant dans l’une de mes librairies favorites, je suis tombée sur Le regard des Furies de Javier Negrete. Je me suis dit que ce roman espagnol de science-fiction serait parfait comme entrée pour la sélection d’août du fil rouge (après le coup de cœur manga de mardi), d’autant que j’ai une totale méconnaissance de cette branche de la science-fiction. Après lecture, ce roman écrit en 1997 m’est apparu comme un OVNI, à la fois très visionnaire par certains côtés, et très old school tendance machiste pour le traitement de ses personnages. De quoi s’agit-il ? Dans Le regard des Furies, l’Humanité a atteint l’espace, mais elle dépend pour ses déplacements interstellaires du bon vouloir d’une autre espèce, les Tritons, jaloux du secret de ses compétences. Quand un vaisseau Triton s’échoue sur une colonie pénitentiaire terrienne, la sentence tombe : l’Humanité a 13 jours pour le rendre ou elle sera annihilée. S’engage alors une course contre la montre entre multinationales pour s’emparer de l’objet avant le délai imparti. Le tout se faisant à coup d’armes illégales depuis une vingtaine d’années : les génètes, des humains génétiquement modifiés. Et c’est là que commence la partie « old school »/« OSS117 ne répond plus » du roman avec l’apparition du personnage principal. Celui-ci, Eremos, est l’un de ces génètes, employé comme tueur sur gage par l’une des multinationale qui s’affrontent et croisement improbable entre Superman et James Bond. Manipulateur, il utilisera tous les moyens mis à sa disposition, y compris un sex-appeal au regard froid ravageur (sic) pour accomplir sa mission. Il croisera la route de deux « Eremos girls » qui l’aideront et d’une assassine sadique et vénéneuse, elle aussi génétiquement modifiée. L’originalité du roman vient de l’imbrication entre la mythologie et la linguistique, et l’intrigue de SF pure et dure du roman (comment réussir à aller plus vite que la lumière). Ce sont ces connaissances remontant à l’Antiquité humaine qui montreront au « héros » la voie pour comprendre le mystérieux objet échoué et sauver l’humanité. Au final, Le regard des Furies est un livre plaisant à lire pour se distraire et trouver une version assez James Bondienne des aventures spatiales. En revanche, il ne fera pas partie des titres que je relirai, de peur que ses faiblesses n’en deviennent encore plus visibles.

Le regard des Furies de Javier Negrete
Traduction de Christophe Josse
Éditions L’Atalante

Fil rouge 2018 : Koro Quest! 1

Si vous êtes passé à côté du phénomène Assassination Classroom de Yusei Matsui, il est temps de rattraper votre retard avec le manga fini depuis 2016 ou l’anime dont les deux saisons sont disponibles sur Netflix. Sinon, vous pourrez lire le fil rouge d’août : Koro Quest! 1 de Kizuku Watanabe et Jo Aoto, mais sans les références à l’œuvre originale vous allez avoir un peu de mal à comprendre.
Dans Koro Quest! 1, nous retrouvons une classe de bras cassés, la 3-E, et leur prof principal si particulier qu’ils ont pour mission de tuer en guise d’examen de fin de passage. Mais dans cette version, la classe 3-E fait partie d’un collège chargé de la formation de héros de RPG (role-playing game – jeux de rôles) qui regroupent tous les élèves atteints de bugs informatiques (un ne pouvant avoir qu’une demi-armure, un autre perdant des points d’intelligence en encaissant des dégâts au combat, etc.) Et leur professeur, qui sera lui aussi surnommé Koro Sensei, est le Roi Démon, un PNJ (personnage non-joueur dans les jeux vidéo) monstrueux lui aussi affligé d’un bug, une vitesse supersonique le rendant résistant à toutes les attaques. L’ensemble des personnages d’Assassination Classroom se retrouvent dans Koro Quest! 1, chacun adapté à ce nouvel univers vidéoludique. Ce premier volume, paru en juillet, comprend cinq quêtes principales à savoir des histoires indépendantes, et des histoires très courtes servant de bonus ou de présentations plus détaillées de certains élèves.
Alors qu’un seul des trois volumes déjà parus au Japon n’est encore traduit en français, il est un peu tôt pour dire si la qualité de Koro Quest! sera au niveau de celle d’Assassination Classroom. Le dessin est lui aussi de bonne facture, et jusqu’à présent l’humour — parfois grivois, mais restant largement dans les normes du manga shonen pour jeunes ados — est assez conforme. Il manque encore un peu de profondeur dans les personnages pour juger si l’émotion sera au rendez-vous de ce spin-off comme elle l’était à celle de l’original. Et notamment savoir pour quelle raison, un Roi démon si atypique s’est décidé à enseigner à des apprentis héros. En attendant, les Champirits ont réussi l’exploit d’être les monstres de premier niveau les plus perturbants depuis les scorpides qu’affrontent les trolls dans leur zone de départ dans World of Warcraft. Et ce n’est pas une mince affaire !

Koro Quest! 1
de Kizuku Watanabe et Jo Aoto
Traduction de Frédéric Mallet
Éditions Kana

Les Pièges de l’exil

Mêlant polar, espionnage et intrigue historique, Philip Kerr faisait partie de ces auteurs dont la lecture ne me déçoit que très rarement. Les Pièges de l’exil, onzième aventure de l’ex-flic berlinois Bernie Gunther, en est la confirmation. Alors que nous avions découvert Bernhard Gunther, jeune et prêt à défendre ses idéaux dans une Allemagne s’enfonçant de plus en plus dans le nazisme au cours de La Trilogie berlinoise (l’Été de cristal, La Pale Figure, Un requiem allemand), Les Pièges de l’exil nous le montre à l’aube de la soixantaine désabusé et concierge de palace dans la Côte d’Azur d’après-guerre. Son passé le rattrape et il va se trouver mêlé à une sombre affaire de chantage ainsi qu’à un jeu de dupes entre espions anglais, russes et est-allemands. Tout en croisant la route du vieil écrivain, Somerset Maugham, et de son entourage plus que trouble.
Comme d’habitude, Philip Kerr excelle dans l’art de rendre compte d’une époque révolue comme si elle était actuelle avec un luxe de détail. De l’odeur d’un parfum aux événements historiques obscurs (comme le naufrage du Wilhem Gustloff coulé par un sous-marin russe), le plus petit détail sonne juste et replonge instantanément le lecteur dans le passé, même s’il ne l’a pas connu. Ce n’est pour autant pas un livre d’histoire, les aventures de Bernie Gunther sont suffisamment touffues pour tenir en haleine jusqu’à la dernière ligne. Quitte à se demander en refermant le livre si cette histoire sera finalement la dernière aventure. Rassurez-vous, ce n’est pas le cas. Avant sa mort en mars dernier, Philip Kerr a prévu trois autres aventures pour son détective préféré. Donc la dernière était prévue pour une parution en anglais en 2019.

Les Pièges de l’exil
de Philip Kerr
Traduction de Philippe Bonnet
Éditions du Seuil

Mulengro

Si dans la vie courante, les Gitans ont mauvaise presse ; dans la littérature, le nomadisme et toutes les traditions et mythologies qui leur sont associés sont une source d’inspiration pour les écrivains gadje avec plus ou moins de bonheur. Pour qui aime frissonner, le conte horrifique de Charles de Lint, Mulengro, en est l’exemple parfait.
Avec des fantômes, des meurtres horribles et inexpliqués, une vengeance, des sorciers et un chat qui parle, Mulengro mélange tout ce qui fascine chez les Gitans : mode de vie différent des sédentaires, traditions, magie réelle ou supposée… Tous les ingrédients sont réunis pour en faire un parfait récit à lire au coin du feu ou à se réciter à la veillée. Pour nous Européens, Mulengro a une touche d’exotisme supplémentaire. L’histoire ne se passe ni en Europe, ni aux États-Unis (terre habituelle des récits horrifiques des Pockets Terreur), mais à Ottawa et dans la campagne de l’Ontario, une zone du Canada assez peu mise en avant dans les fictions.
L’histoire commence par deux faits divers : un incendie criminel auquel la victime réagit en prenant la fuite, et la découverte d’un cadavre atrocement mutilé en ville, avec un témoin peu fiable parlant d’un homme en noir et de créatures sorties du brouillard. Peu à peu, en adoptant le point de vue d’une multitude de personnages, tant Gitans que Gadjé, Charles de Lint nous raconte une course contre la montre pour arrêter ces meurtres, et un affrontement entre deux conceptions de ce qu’est « être Gitan ». Même si, pour la beauté du récit, il oublie la partie de la population s’étant sédentarisée. De l’enquête criminelle, on passe ainsi à la réflexion sur la vie bucolique et le temps qui passe, avant de basculer dans l’aventure magique et l’horreur pure. La multitude de personnages et des sous-intrigues ne gênent en rien le récit. Au contraire, elles l’enrichissent et finissent par se ficeler quasi parfaitement à la fin. Malgré l’arrivée d’une sorcière, sorte de Deus ex machina, à la toute fin pour guider les héros.
Comme le dit lui-même Charles de Lint, Mulengro est un récit écrit par un non-Gitan sur l’une des variations de la communauté gitane. Il prévient qu’il a essayé le plus possible d’être fidèle à ce qu’il en a appris, à la différence de Paddy Briggs, son policier bourré de préjugés, mais il ne prétend pas ne pas avoir fait d’erreurs. Prenez-le comme tel, et savourez cette histoire horrifique à la fin pas si prévisible que ça au cours des longues siestes estivales.

Mulengro
de Charles de Lint
Traduction d’Arnaud Mousnier-Lompré
Éditions Presse Pocket

The Science of Science-Fiction

Les livres mélangeant science réelle et science-fiction ne manquent pas. Que ce soit la série des « Georges et… » de Stephen et Lucy Hawking ou la future collection Parallaxe de Le Belial’ expliquant scientifiquement des concepts utilisés par la science-fiction, ils racontent souvent comment tel ou tel aspect de la science-fiction est ou n’est pas possible en l’état actuel de la science. Avec The Science of Science-fiction, Mark Brake fait l’exercice inverse. Il regarde comment la science elle-même a nourri la science-fiction et comment celle-ci inspire en retour les scientifiques. Plus qu’un livre de science, The Science of Science-Fiction est un livre d’histoire explorant la façon dont fonctionne l’imaginaire humain et un livre de prospective sur l’évolution de nos sociétés, tant au point de vue technologique qu’au point de vue politique et comportemental. Le tout étant découpé en quatre grandes thématiques : l’espace, le temps, la machine et les monstres (les superhéros Marvel et DC étant classés dans cette catégorie). Écrit très récemment, et peut être parfois un peu trop vite, The Science of Science-Fiction a quelques chapitres au contenu assez léger comme Battlestar Galactica and Star Trek: Why Are Wars in Space so Wrong? Ou Dr. Strangelove: From Reagan’s Star Wars to Trump’s Space Force. Mais le plus souvent, il reste très intéressant et truffé d’informations. Saviez-vous que Johannes Kepler en plus d’être un astronome avait écrit un proto-livre de science-fiction ? Ou quelle était la relation entre Charles Darwin et Aldous Huxley, l’auteur du Meilleur des mondes ? Non seulement The Science of Science-Fiction se lit aussi facilement qu’un bon roman, mais en plus il risque de vous donner envie de vous replonger dans de nombreux livres, comics, anime ou films de science-fiction.

The Science of Science-Fiction
de Mark Brake
Éditions Skyhorse

Psychose 13

Il y a des livres que vous prenez chez le bouquiniste ou en rayon en vous disant « Bon, ça ira très bien pour la plage… » sans en attendre des merveilles. Et certains de ces livres vous prennent par la main, chassent Morphée et vous forcent à les finir dans la nuit. C’est exactement le sale tour que m’a joué Psychose 13 (traduction incompréhensible de Psycho House) de Robert Bloch.
Cette suite de la suite de Psychose, le roman du même Robert Bloch qui avait inspiré le fameux film d’Alfred Hitchcock, peut se lire indépendamment, même si vous n’avez pas vu le film. Ou si, comme moi, il vous a laissé de marbre.
L’histoire se passe trente ans après la folie meurtrière de Norman Bates, alors qu’un promoteur a reconstruit le motel et la maison du psychopathe pour en faire un parc d’attractions et faire venir les touristes à Fairvale. La mort d’une jeune adolescente poignardée dans la maison quelques jours avant l’ouverture relance l’affaire. Est-ce que le fantôme de Norman Bates hante à nouveau la ville ? Est-ce qu’un autre tueur en série s’est inspiré de ses œuvres ? Amelia Haynes, écrivain venue de Chicago, va mener l’enquête dans cette petite ville du Sud et en dévoiler au passage certains de ses secrets.
Très court, le roman de Robert Bloch fait certes des allusions aux deux précédents, mais sans que cela gêne le lecteur qui ne les a pas lus. Et jusqu’au bout, il oscille entre une explication surnaturelle et une autre bien terre-à-terre des événements. Je ne vous dévoilerais pas celle choisie pour vous laisser le plaisir de l’intrigue. Sachez simplement qu’à chaque retournement, vous vous direz que finalement l’une ou l’autre des solutions est possible. Avant la révélation finale et son « Bon sang, mais c’est bien sûr ! » finement amené.

Psychose 13
de Robert Bloch
Traduction de Gérard Coisne
Éditions Presse Pocket

De bons présages (Good Omens)

S’il est des livres qui font partie du patrimoine culturel de la littérature de genre, De bons présages (Good Omens) de Terry Pratchett et Neil Gaiman fait largement partie du lot. Écrit à quatre mains par deux des plus grands auteurs de l’imaginaire britannique, ce livre est un petit bijou d’humour et d’ironie qui rassemble les thèmes chers aux deux auteurs. C’est aussi la première apparition de la Mort, qui deviendra par la suite un personnage emblématique du Disque-monde. Tout en étant comme souvent accessible avec autant de bonheur pour les jeunes ados et les adultes, avec tellement de niveaux de lecture que reprendre des années plus tard ce livre reste un plaisir. De quoi s’agit-il ? D’une alliance entre un démon, Crowley, et d’un ange, Aziraphale, tous deux à mi-chemin dans leurs hiérarchies respectives et devenus amoureux de la Terre depuis le temps qu’ils sont stationnés dessus. Alors quand l’heure de l’Apocalypse est venue, quitter leurs petits conforts terrestres (belle voiture pour l’un, librairie de rêve pour l’autre) est devenu impensable. Ils vont donc tout faire pour dérailler la Fin du monde. Ajoutez-y : une erreur à la maternité qui fait que l’Antéchrist n’est pas élevé par la bonne famille ; une prophétesse du 17e siècle aux prédictions parfaitement exactes et précises ; quatre cavaliers de l’Apocalypse qui ne manquent pas de piquants, dont Pollution qui remplace au pied levé Pestilence mis à la retraite par la découverte des antibiotiques… Et vous avez un cocktail détonnant qui provoquera de grands éclats de rire. À la relecture (en VO ce coup-ci), certains passages m’ont paru tirer un peu à la ligne, mais l’ensemble passe toujours aussi bien. Je me suis en revanche énormément amusée à voir les éléments de De bons présages qui ont été repris dans d’autres œuvres, dont la série TV Supernatural avec son Crowley, même si c’est loin d’être la seule. En attendant l’arrivée de la minisérie tirée du livre en 2019 sur la BBC et Amazon Prime, avec Neil Gaiman au scénario, je ne peux que vous encourager à lire ou relire cette merveille. Surtout si vous souhaitez découvrir l’un ou l’autre de ses auteurs. Ce livre est une bonne porte d’entrée vers leurs œuvres respectives.

De bons présages de Terry Pratchett et Neil Gaiman Traduction de Patrick Marcel Éditions J’ai lu

En bonus, la première bande-annonce de la série… J’avoue que David Tennant en Crowley et Michael Sheen en Aziraphale forme un casting d’enfer.

Dino Hunter

J’avoue : en présence d’un dinosaure dans un ouvrage de fiction, je perd rapidement toute objectivité. Ce qui me permet d’apprécier largement l’intégralité des Jurassic Park et autres Jurassic World au cinéma sans m’arrêter sur les gouffres logiques des scénarios. Ce qui fait que j’ai un faible pour Sauron en tant que méchant des X-Men. Et qui fait que je me suis régalée à lire Dino Hunter d’Olivier Saraja, avant de me le faire piquer par toute la famille.
Publié dans la collection Pulp des défuntes Éditions Walrus, Dino Hunter ne se prend pas au sérieux. Il y a de l’action, des dinosaures, des extra-terrestres et des situations invraisemblables à gogo. Pour autant, avec ce titre Olivier Saraja ne prend pas ses lecteurs pour des idiots. Bien au contraire, il les rend complices de son délire en jouant habilement avec les clichés du genre et en les entraînant là où ils ne s’attendent pas.
Tout commence pourtant par une simple balade le long du Rio Grande avant de virer au Jurassic Park moderne pour se terminer en invasion extra-terrestre grandiloquente… Et visiblement, une fin ouverte pour, éventuellement, lire un jour la suite des aventures d’Howard Buck. Comme tout bon roman pulp, ne vous attendez pas à des explications logiques : des vaisseaux sortent tout droit du cœur du soleil, des ptéranodons vivent encore à l’état sauvage à la frontière entre le Mexique et les États-Unis, et les motels américains laissent des squatteurs s’installer chez eux sans pantalon à l’heure du déjeuner… Laissez-vous simplement porter par les aventures de Buck et d’Amanda, imaginez-vous chevauchant votre dinosaure favori dans un décor de Far West et appréciez ce livre.
En revanche, comme les éditions Walrus ont fermé, si vous voulez vous le procurer je vous conseille de prendre directement contact avec l’auteur et de suivre ses explications ici : https://oliviersaraja.wordpress.com/2018/06/27/walrus-ferme-ses-portes/. A priori dès septembre, il devrait être réédité ailleurs, mais nous en saurons plus à ce moment-là.

Dino Hunter
de Olivier Saraja

Addict – The Cassie Tam files: One


De nos jours, il est difficile de trouver une bonne série cyberpunk qui n’aligne pas les clichés en permanence. Avec Addict, premier livre d’une série policière The Cassie Tam files, Matt Doyle réussit ce tour de force. À plus d’un titre…
Détective privé d’origine sino-canadienne, Cassie Tam a échoué à New Hopeland, ville perdu du Midwest américain et vitrine technologique des prouesses futuristes où monde virtuel et monde réel sont imbriqués en permanences, où les robots sont dotés d’IA suffisamment avancées pour servir de familiers ou de garde du corps, et où la cybernétique aident surtout à la réalisation de ses fantasmes plus ou moins avouables. Lorsque Lori Redwood vient trouver Cassie pour rouvrir l’enquête sur la mort par overdose de son frère, la face cachée de New Hopeland va remonter à la surface et, ce faisant Cassie Tam va devoir également affronter son passé pour se redonner le droit au bonheur.
Matt Doyle réalise avec ce livre un beau portrait de femme forte sans tomber dans les clichés les plus évidents. La romance est abordée en douceur, ainsi que les différents fétichismes qui sont au cœur de l’intrigue. Sans jugement de valeur dans un sens ou dans l’autre. Et sans non plus tomber dans l’eau de rose. Côté technologie, même si Matt Doyle ne noie pas son lecteur sous les détails, l’ensemble est assez réaliste pour être crédible. Notamment grâce à de petits détails, comme la lenteur du système informatique de Cassie Tam qui n’est plus de première jeunesse. Et l’intrigue elle-même, sous ses dehors très classiques, utilise parfaitement bien les ressorts techniques de ce futur pour arriver à une conclusion plus que satisfaisante. Après avoir découvert Addict grâce à Netgalley, je n’ai qu’une hâte lire la suite à paraître ce jour même, The Fox, the Dog and the King.

Addict
de Matt Doyle
Editions Nine Star Press