2312

Lire un livre de Kim Stanley Robinson est toujours, pour moi, un jeu de quitte ou double. Soit j’accroche de suite comme avec Chroniques des années noires et je me laisse porter, quelle que soit la difficulté du texte ; soit j’y suis totalement hermétique comme avec Mars la rouge. Autant dire que quand je me suis lancée dans les 624 pages de 2312, je ne savais pas de quel côté allait pencher la balance.
Finalement, l’histoire de Swan m’a happée et scotchée jusqu’à la toute dernière ligne du récit. À la fois space opera, enquête policière à l’échelle du système solaire, et réflexion sur le devenir de l’humanité et des espèces animales ou informatiques qui lui sont associées, j’ai dévoré ce pavé avec délectations.
Certes il y a certains passages qui tirent en longueur où les personnages sont coincés à attendre une solution. Du coup, la lectrice que j’étais sentait presque ligne par ligne le décompte des heures écoulées durant ces chapitres. Mais 2312 recèle également de morceaux de poésie pure : le surf sur les anneaux de Saturne ou le parachutage des animaux sur Terre.
L’intrigue elle-même semble très simple. C’est un classique cas de « whodunit », à savoir qui a cherché à détruire Terminateur, la ville roulant autour de Mercure ? L’enquête va avoir des ramifications complexes sur la politique au sein du système solaire et de ses différents habitats, sur la restauration de l’écosystème terrien ou sur la vie sentimentale de Swan, personnage principal de l’histoire.
Cette bascule incessante de l’épique à l’échelle spatiale ou planétaire à l’intime et au quotidien le plus terre-à-terre m’a particulièrement plu dans ce roman. Et le fait que, comme souvent dans les romans de Kim Stanley Robinson, les personnages ne sont pas à priori, ni particulièrement aimables (Swan a souvent un comportement odieux avec ses proches), ni particulièrement héroïques. Malgré toutes les évolutions et modifications génétiques faites en deux siècles, les acteurs de 2312 sont des gens très ordinaires plongés dans des situations qui le sont moins. Ils essaient juste de reprendre la main sur un quotidien qui leur échappe. Ici, juste après avoir chamboulé tout un système solaire.

2312
De Kim Stanley Robinson
Traduction Thierry Arson
Éditions Actes Sud

Moi quand je me réincarne en slime

« Tu aimes les jeu de rôle ? Lis-le, ça va te plaire… » Décidément mes proches trouvent tout et n’importe quel prétexte pour augmenter ma pile de livres à lire pourtant déjà bien assez longue… Mais bon, quand c’est la famille, on se laisse plus facilement tenter. Surtout quand une amie m’en parle en plus et m’en dit du bien. Et me voici donc près de six mois plus tard à prendre Moi, quand je me réincarne en slime en cherchant quelque chose de léger à lire.
Bonne pioche ! Le manga de Taiki Kawakami adapté d’un roman de Fuse est plutôt léger, drôle et bien vu. Comme Koro Quest! il détourne les codes du jeu de rôle et de la fantasy classique, mais ici sans en plus reprendre la trame d’une histoire connue (Assassination Classroom) racontée dans un autre univers. Ici, l’histoire commence par la mort Satoru, salaryman sans réelle vie hors du bureau. Poignardé, il se retrouver réincarné dans une boule de gelée sans autre sens au départ que celui du goût et deux compétences : « prédateur » et « grand sage ». Le voici dans un jeu de rôle non pas comme un personnage joueur, mais comme un monstre de premier niveau : une boule de slime baptisée Limule Tempest. Au fil des tomes, il va découvrir le nouvel univers qui l’entoure, bouleverser quelque peu l’équilibre monstres (pnj pour personnages non joueurs)/joueur, se faire des amis et compagnons, trouver une quête à accomplir, etc..
On y retrouve quelques clichés du manga pour jeunes adolescents, mais Moi, quand je me réincarne en slime n’est pas le pire du genre — loin de là — et convient à un public à partir de 10 ans. En revanche, si les lecteurs ne sont pas joueurs, ils perdront une partie du sel de cette histoire. Limule est l’incarnation idéale du lecteur : sans muscle et avec juste deux capacités attribuées un peu au hasard, il n’aurait même pas dû sortir vivant de la grotte où il s’est réincarné. Et pourtant à force d’intelligence, de gentillesse et d’humour, il va finir par s’imposer à la tête de son coin de forêt. Sa méthode pour acquérir de nouvelles capacités — avaler tout rond l’adversaire — n’est certes pas ragoûtante, mais elle est efficace. Au fur et à mesure des tomes, on se demande même s’il y a quelque chose qu’il ne sait pas faire. Mais l’humour, la variété des espèces représentées — et j’avoue un grand coup de cœur pour les loups-tempêtes — et la qualité des dessins font qu’on s’y attache assez vite pour lire les tomes au fur et à mesure de la sortie.
À l’heure où j’écris ces lignes, la série est toujours en cours au Japon, et en France les six premiers tomes sont sortis. Il existe également une version anime si vraiment vous êtes allergique au format manga. Petit plus, chaque tome comprend un court récit -non illustré – de l’auteur du roman original. Attention, si le manga se lit de droite à gauche, ce récit est écrit dans le sens européen de gauche à droite. Avoir les deux sens de lecture dans un même volume est un peu perturbant au début.

Moi, quand je me réincarne en slime
de Taiki Kawakami d’après Fuse
création des personnages Mitz Vah
Traduction de Erica Moriya
Éditions Kurokawa

 

Je suis la reine

Six nouvelles. Six textes froids à la mécanique parfaitement huilée. Avec son recueil, Je suis la reine, Anna Starobinets propose un fantastique à la fois innovant et pétri de traditions.
Ici vous ne trouverez aucun monstre, aucune créature hantant ordinairement les pages d’un récit fantastique. Nul vampire, nul fantôme et encore moins de goules, de loup-garou de zombies ou autres créatures tentaculaires. À peine un domovoï, localisation en Russie oblige, est mentionné dans la dernière nouvelle, L’Éternité selon Yacha, mais ce n’est qu’à titre de comparaison. Et pourtant, les nouvelles d’Anna Starobinets dégagent une certaine familiarité pour qui aime Kafka ou Buzatti. Il y a une progression naturelle dans l’histoire qui bascule dans le fantastique presque par surprise pour le lecteur. Les thèmes de ces six nouvelles sont également très familiers. Elles parlent de la famille ou de son absence, de l’identité, de ce que c’est qu’être humain ou tout simplement être vivant. Elles sont toutes douces-amères, et malgré leurs impressions de familiarité toutes surprenantes. De toutes, il n’y a guère que L’Agent que je n’ai pas apprécié. Elle est, à mon goût, à la fois trop froide et trop confuse, comme si cette version n’était qu’un premier jet pas retouché par la suite.
N’ayant jamais été en Russie, je ne sais si l’univers moscovite que décrit Anna Starobinets est typique, mais il y a un désenchantement certain dans ses personnages qui les poussent à prendre avec philosophie l’inacceptable. Comme la mère de famille de Je suis la reine, l’une des nouvelles fantastiques les plus dérangeantes que j’ai lu depuis longtemps. Et pourtant le monstre est une créature bien ordinaire qui ne fait que quelques millimètres à peine.

Je suis la reine
de Anna Starobinets
Traduction de Raphaëlle Pache
Éditions Folio SF

Allez tous vous faire foutre !

Le moins que l’on puisse dire est que l’éditeur Sonatine a le sens du titre et de la couverture qui accrochent le regarde du spectateur. En traduisant The Price To Pay d’Aidan Truhen, le pseudonyme d’un écrivain britannique habitué à un genre plus sérieux, par Allez tous vous faire foutre !, il est sûr que le titre allait accrocher l’œil du lectorat. Et disons-le tout de suite, il correspond assez bien à l’état d’esprit de ce roman même si le langage de son narrateur, Jack Price est nettement plus policé. Du moins au début de son aventure.
Jack Price est en effet le prototype du criminel en col blanc tendance « start-up nation ». Ancien trader spécialisé dans le café, il s’est reconverti dans la distribution de cocaïne en s’appuyant sur un réseau très lâche de coursiers à vélo, d’applications de messagerie, d’indépendant de l’informatique, du graphisme ou du bâtiment. Il se définit comme l’Uber du trafic de drogue… Et mène une petite vie bien tranquille, jusqu’au jour où… Sa voisine du dessous, une vieille mégère qu’il n’apprécie même pas, meurt tuée par balles. Ce qui fait ne bien mauvaise publicité pour ses affaire. Il décide donc d’enquêter et, ce faisant, croise sur son chemin des assassins d’élite, les Sept démons. Sauvera-t-il sa peau ? Comment ? À quel prix ? Voici tout l’enjeu de ce livre.
Le rythme soutenu d’Allez tous vous faire foutre !, la narration — assez décousue — à la première personne et le sujet même du livre font largement penser à la série des John Wick en film. Sauf que Jack Price n’a ni le flegme ni le talent au tir ou en combat rapproché du personnage de Keanu Reeves, mais qu’il a en revanche un bagout de vendeur de voitures et une imagination débordante assortie à une absence totale de sens moral et de loyauté. Le résultat fait du roman d’Aidan Truhen une farce grotesque de violence, bardée de bons mots et de petites piques en passant à se tordre de rire. Sans pour autant, vous infliger une forte réflexion sur la psychologie des personnages ou l’évolution de la société. À noter que si l’auteur ne s’appesantit pas sur les différentes astuces technologiques utilisées par Jack, celles-ci — comme notamment le réseau Poltergeist — restent techniquement assez crédibles sans tomber dans les raccourcis de l’IT magique de nombreux livres, films ou séries TV, à l’exclusion de la série des Laundry Files où l’IT est réellement magique et dangereuse.  Si vous aimez les images outrancières et le style gonzo, ce livre est fait pour vous. Si vous êtes allergique à l’hémoglobine fictive — passez votre chemin.

Allez tous vous faire foutre !
d’Aidan Truhen
Traduction de Fabrice Pointeau
Éditions Sonatine

Après l’effondrement

Cela faisait longtemps que je ne vous avais pas parlé d’un livre autoédité dans ces pages. Réparons cet oubli avec Après l’effondrement de Christophe Martinolli. Jusqu’ici connu pour le thriller politique avec sa trilogie, Corps d’État, l’auteur s’essaye au récit post-apocalyptique.
Ici, l’Humanité sait depuis des dizaines d’années que si elle reste sur Terre, elle est condamnée à disparaître. Une comète se dirige droit sur la planète qui entraînera une série de catastrophes naturelles similaires à celles ayant entraîné la fin des dinosaures. La solution est toute trouvée : migrer vers l’espace. Là où avec un point de départ similaire, dans Lady Astronaut of Mars, Mary Robinette Kowal va se concentrer sur l’aventure spatiale et la façon dont l’Humanité se prépare, pour Christophe Martinolli dans Après l’effondrement, tout est déjà joué. Chaque pays capable de se lancer dans le voyage spatial a construit de grandes arches conçues pour aller coloniser une exoplanète habitable directement au bout d’un millénaire de voyage. Ces arches ne peuvent emporter qu’un nombre limité de personnes et sont donc réservées à l’élite (monétaire, intellectuelle et/ou physique) et à leur famille. Le reste de la population est rejeté à l’extérieur des chantiers de construction tandis que toutes les ressources planétaires sont détournées pour assurer le succès de la migration spatiale. À charge pour eux de se débrouiller comme ils peuvent pour survivre en attendant le météore et éventuellement après.
Sauf que… Une adolescente naïve, mais néanmoins ayant déjà de solides bagages en médecine et au corps d’athlète, refuse au dernier moment de partie et veut rejoindre l’unique bastion de civilisation encore debout hors de la Cité-Arche, 48 h avant le dernier grand départ. Ses parents monteront une véritable expédition militaire pour la ramener au bercail avant l’heure H. Traversant au passage, la campagne alentour dévastée, ses camps de réfugiés et ses bandes redescendues dans la barbarie la plus sanglante pour asseoir leur pouvoir.
Après l’effondrement ne révolutionne pas le genre post-apocalyptique. Les zombies en moins et les Alpes en plus, il lorgne assez fortement du côté de Walking Dead au point d’avoir des « grands méchants » aux noms similaires (Nolan d’un côté de l’Atlantique, Negan de l’autre). Très court, il a également les défauts de sa brièveté : l’action est condensée et l’auteur passe trop rapidement sur des points qui auraient nécessité plus d’explication ou tout simplement d’exposition pour que je m’attache aux personnages. Néanmoins, il pose le problème économique et humain en termes assez clairs, si manquant parfois de nuances. A quel prix êtes-vous prêts à sauver l’Humanité ? Quel équilibre trouver entre confort à court terme et survie à long terme ? Et le retournement final qui annonce un deuxième tome apporte lui aussi son lot d’interrogations.

Après l’effondrement
de Christophe Martinolli
https://christophemartinolli.blogspot.com/

Le Gambit du renard

Énième livre de guerre spatiale se plaçant du point de vue du soldat, Le Gambit du renard de Yoon Ha Lee n’avait a priori rien pour me plaire. Et pourtant, vous êtes en train de lire ces lignes. Pourquoi ? Tout simplement parce que Yoon Ha Lee m’a surprise. À la façon de The Soldier de Neal Asher, Le Gambit du renard ne joue pas que sur les ressorts classiques de la guerre. Ainsi, du côté militaire des choses, le mélange entre singularité correctement exploitée et calcul de calendriers assez proche du tirage d’horoscope antique comme arme est arrivé à retenir mon attention. Enfin un livre où il ne s’agit pas de savoir qui a la plus grosse batterie d’artillerie pour devenir dix pages avant la fin l’issue des combats !
Et surtout, Le Gambit du renard n’est pas un livre de science-fiction militariste de plus. C’est tout autant le récit d’un siège que celui d’un duel psychologique entre deux fortes personnalités, Kel Cheris et Shuos Jedao. Devant par la force des choses partager le même corps, ils se retrouveront à devoir lancer un assaut a priori perdu d’avance. Entre le combat à l’extérieur et leur propre lutte interne, jusqu’au bout du récit, l’issue est indécise. Et le résultat final particulièrement étonnant. Ne connaissant pas du tout Yoon Ha Lee avant, je n’ai pas lu ses nouvelles situées dans le même univers. Le Gambit du renard avec ses différentes factions, ses serviteurs robotiques bien plus intelligents que tout le monde ne le croie et son fonctionnement politique délicieusement retors ne pouvait que me plaire. Évidemment, les passionnés purs et durs de SF guerrière auront également leurs lots de batailles spatiales, d’affrontement dans les corridors de station et de descriptifs d’armes improbables. Le contrat est donc rempli sur tous les plans. Premier volet d’une trilogie annoncé, Le Gambit du renard peut se suffire à lui-même. Mais je me laisserais surement tenter par le deuxième volume.

Le Gambit du renard
de Yoon Ha Lee
Traduction de Sébastien Raizer
Éditions Denoël

Dr Jekyll and Mr Seek

Et si L’Étrange cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde de Robert Louis Stevenson ne s’était pas terminé par la mort du bon docteur ? Et si, sept ans après les événements, un homme prétendant être Henry Jekyll reprenait possession de ses biens ? Tel est le point de départ de Dr Jekyll and Mr Seek d’Anthony O’Neill, un court roman entre suite et pastiche du célèbre texte fondateur du fantastique.
Ici, le narrateur principal est Gabriel Utterson, le juriste qui avait enquêté sur les agissements de Jekyll et de Hyde avant la fin tragique du docteur. Et qui depuis devait hériter de son client. Le voir réapparaître n’arrange donc pas ses affaires personnelles. Gabriel Utterson va donc mener une croisade personnelle pour prouver que ce Jekyll 2.0 est un imposteur alors même que les autres proches du scientifique semblent convaincus que celui-ci est bien de retour.
Similaire dans sa structure au texte original de Stevenson, Dr Jekyll et Mr Seek est un jeu littéraire plaisant qui se lit plutôt vite. Malgré sa fin plutôt ambigüe, le style de l’époque est assez bien respecté hormis l’un des rêves d’Utterson au ton peut-être trop moderne. Pour pleinement apprécier ce livre, mieux vaut avoir lu le texte de Stevenson auparavant. Comme ce dernier est désormais dans le domaine public, il se trouve à petit prix en poche voire gratuitement en numérique.

Dr Jekyll and Mr Seek
Anthony O’Neill
Éditions Skyhorse publishing

Engrenages et sortilèges

Des automates ? De la magie ? Deux adolescents et leurs familiers contre le reste du monde ? Décidément, en ce moment, la littérature jeunesse française aime le steampunk. Après l’excellent Rouille, je me suis laissée tenter par la couverture d’Engrenages et Sortilèges d’Adrien Tomas en trainant sur Netgalley.
Bien m’en a pris. J’ai suivi en quelques trop courtes heures les aventures de Grise, la mécanicienne et de Cyrus, l’apprenti magicien. Tous deux issus de la bonne société de leur empire d’origine, ils étudient dans une école tenant à la fois de Poudlard et du CNAM. Quatre personnages mystérieux cherchent alors à les enlever. Fuyant, ils découvriront les bas-fonds de la société avant d’être embringués dans un complot pour faire tomber l’Empire. Et revoir au passage leurs certitudes et leurs idées reçues sur le fonctionnement de leur société.
Concédons-le, ce roman a quelques faiblesses : la trame de l’histoire est on ne peut plus classique et certains retournements sont prévisibles longtemps à l’avance. Et si les différents choix politiques sont stylisés à l’extrême, la résolution finale du problème a le mérite de n’être pas aussi tranchée que d’habitude dans ce genre de littérature. En revanche, Engrenages et sortilèges a également de nombreux mérites. Le choix du monde, et du fonctionnement aussi bien de la technologie que de la magie en son sein ne manque pas d’originalité, les personnages bien campés. Et l’action, qui ne faiblit jamais, ne manque pas d’humour. Au final, ce livre arrive à surprendre son lectorat, même en étant habitué du genre.

Engrenages et sortilèges
d’Adrien Tomas
Éditions Rageot

Opération Sabines — Monts et merveilles t.1

Imaginez un monde où l’Empire romain est toujours bien actif au XXe siècle. Imaginez un monde où Arthur, roi d’Angleterre est parti pour Avalon laissant à des vice-rois successifs la tâche de gouverner l’Empire britannique. Imaginez un monde où la frontière entre notre dimension physique et les dimensions des dieux, des enfers et des fées est si faible que les habitants d’une dimension voyagent relativement aisément dans les dimensions voisines. Ce monde existe dans l’imaginaire de Nicolas Texier et sa série Monts et merveilles.
Le 4e de couverture du tome 1 Opération Sabines étant prometteur, je me suis plongée dans les aventures de Julius Khool, soldat de métier reconverti en majordome et de son jeune employeur Carroll Mac Maël, étudiant enchanteur dilettante. Les deux vont devoir traverser l’Europe des années 30 sur la piste d’un savant de génie, dont les découvertes pourraient faire basculer le monde dans un chaos magique ou une entropie matérialiste suivant la faction qui s’en emparera. De la lagune de Venise aux tréfonds des enfers en passant par Londres et la Forêt noire dans une aventure d’espionnage où les différents intervenants tiennent plus d’Au Service de la France et de Johnny English que de James Bond.
Le tout se lit allégrement malgré le style fleuri, ou plutôt franchement surchargé du narrateur, Julius Khool. Et comme l’ex-soldat a une haute opinion de lui-même, il en rajoute encore quelques couches à la gloire de ses exploits passés. L’univers de Nicolas Texier est un vaste fourre-tout qui mélange dieux gréco-romains et hindous, divinités et monstres celtes (de Gaule, du pays de Galles comme d’Irlande), vampires et Jack l’éventreur. Il y a de quoi perdre le lecteur novice, surtout ce que certains choix de vocabulaire, comme siodh pour sidh (terme désignant l’outre-monde et ses habitants dans la mythologie irlandaise) sont déroutant de prime abord. Au final, l’Opération Sabines se révèle néanmoins très agréable même si sa fin abrupte m’a laissée un peu sur ma faim. Je n’ai plus qu’à mettre la main sur le tome 2 de Monts et Merveilles – Opération Jabberwock quand celui-ci sortira. 

Opération Sabines — Monts et merveilles t.1
de Nicolas Texier
Éditions Les Moutons électriques

The Unadulterated Cat

Terry Pratchett n’a pas écrit que de la fantasy seul ou accompagné. L’écrivain britannique était également un amoureux fou de la gent féline, sans illusion sur les travers de ses compagnons à quatre pattes. De ses années de cohabitation avec les chats, il a tiré The Unadulterated Cat. Ce court livre est un retour des chats authentiques : des matous et minettes à poils, à griffes, à fort caractère et à l’esprit de contradiction bien campé. Par opposition aux boules de poils propres sur elles et pomponnées que nous montre la télévision à longueur de publicité (et depuis l’importance croissante d’Internet, par rapport aux innombrables Grominets ridiculisés à longueur de Lolcats). Le tout est illustré avec des caricatures très exagérées, mais ô combien criantes de vérité, de Gray Jolliffe.
Dans ce livre, vous apprendrez comment trouver un chat (ou plutôt comment vous faire mettre le grappin dessus par un chat), comment le nourrir, le transporter, le soigner, le faire cohabiter avec d’autres animaux ou pire pour votre santé mentale avec vos enfants.
Au passage, Terry Pratchett y expose ses théories sur les chats. Et comment l’animal est devenu le plus apte à survivre car 1-en raison de l’expérience de Schrödinger, il est devenu apte à se faufiler par les coins de l’espace-temps, et 2- c’est le seul animal qui nous a convaincu de le nourrir non en raison de son utilité ou de sa puissance, mais parce qu’il ronronne et a l’air heureux de manger.
Ajoutez-y quelques pages sur l’histoire du monde vu par les chats, ou les races de chats auxquelles nous avons échappé et vous obtiendrez un monument de drôlerie à offrir à tous les amoureux des chats. Ou tous les masochistes envisageant d’en adopter un.

The Unadulterated Cat
de Terry Pratchett
illustré par Gray Jolliffe
Éditions Gollancz