Avis d’invité : Capitaine Albator – Le pirate de l’espace

Aujourd’hui, séquence nostalgie. Ludovic, 46 ans tout juste, revisite un pan de sa jeunesse avec un manga culte. Et pour tout dire un pavé de 1082 pages. Laissons-lui la parole…

Pour celles et ceux qui comme moi ont grandi devant la télévision en suivant les épisodes d’Albator, cet intégral du manga (regroupant les 5 tomes parus initialement entre 1977 et 1979) est un vrai retour aux sources… Jusqu’à présent, je n’avais jamais eu la curiosité de rechercher ces mangas, me contentant de la série. Une grosse erreur ! Même si le manga ne va pas aussi loin que la série TV, et que l’histoire ne colle pas tout à fait, les personnages principaux sont au rendez-vous, les beuveries au saké (les femmes y boivent plus que les hommes d’ailleurs… Ce qui n’apparait pas dans la série TV française, du moins dans mon souvenir… sans doute un coup de la censure ?) et orgies de nouille rivalisent avec les batailles spatiales et les courses-poursuites avec des extra-terrestres sans pitié d’origine végétale,mais au physique à damner un saint aveugle et paraplégique.

Dès les premières pages, j’ai eu l’impression de replonger dans la série TV tellement la patte du dessinateur Leiji Matsumoto est présente. Il ne manquait que la couleur… Et pourtant… il y a de nombreuses pages sans texte que j’ai dévoré des yeux sans m’en lasser… J’ai également découvert quelques anecdotes intéressantes sur certains personnages que je ne me souvenais pas avoir vues dans la série. Mais chuuut, je n’en dirai pas plus…

L’équipe Kana a fait un travail de traduction formidable en respectant au maximum l’œuvre originale. Du coup, certains noms « francisés » ont disparu mais cela ne m’a pas perturbé. D’autres sont restés.

Si vous aimez les histoires de pirates dans l’espace, laissez-vous tenter !

Capitaine Albator « Le pirate de l’espace » – l’intégrale
de Leiji Matsumoto
Traduction de Sylvain Chollet
Éditions Kana

Rivers of London

En dehors des livres, j’aime beaucoup les films impliquant le duo Simon Pegg et Nick Frost. Et donc quand j’ai lu que leur maison de production voulait adapter une série de romans d’urban fantasy, Rivers of London, le nom m’est resté en tête. Quelque temps plus tard, je tombe à nouveau sur Rivers of London avec une promotion sur les livres en numérique (2,45 € l’un pour les titres les plus anciens), je saisis l’occasion de découvrir donc la prose de Ben Aaronovitch en achetant les deux premiers : Rivers of London et Moon Over Soho.

Comme beaucoup d’histoires d’urban fantasy récentes, il s’agit à chaque fois d’une enquête policière à laquelle se mêlent des éléments surnaturels. Sauf que… Ici, l’histoire se passe à Londres et non aux États-Unis. La bureaucratie de la Met ne permet pas certaines libertés et certains dérapages que peuvent se permettre les détectives privés ou les policiers américains, du moins dans les œuvres de fiction. Sauf que… Le personnage principal, Peter Grant, vient de terminer sa formation initiale de policier et ne sait pas s’il poursuivra sa carrière à patrouiller en uniforme, parmi les détectives ou en gratte-papier dans l’administration. Sauf qu’enfin… Il n’a aucune prédisposition pour le surnaturel, jusqu’à ce qu’un soir il assiste à un meurtre sur Covent Garden, et le principal témoin est un fantôme. Le premier roman, Rivers of London, va introduire Peter Grant à l’univers de la magie telle qu’elle est pratiquée dans les forces de police de Sa Majesté. Il devra résoudre le meurtre de Covent Garden et gérer les rivalités entre deux avatars locaux de la Tamise et leurs descendances. Le deuxième, Moon Over Soho, le montre déjà plus installé dans son rôle d’apprenti sorcier officiel de la police. Il va devoir là se pencher sur de vieilles affaires criminelles du Soho des années 60 et dévoiler un pan du passé de personne qui lui sont proche : son père, ancien jazzmen, et son mentor, bien plus vieux qu’il n’en a l’air.
J’avoue que Rivers of London est une excellente surprise. Le livre est suffisamment original dans son explication de la magie et dans la description des différentes divinités et créatures surnaturelles vivant dans Londres. Et j’avoue que l’écriture de Ben Aaronovitch, très
british avec pas mal d’argot local, se dévore très bien. En revanche, même si j’ai apprécié Moon Over Soho, certains clichés apparaissent, notamment celui du héros amoureux de celle qui ne devrait pas, et j’ai peur qu’au final, l’histoire de Peter Grant s’enlise dans des complications de vie privée au détriment des enquêtes. D’autant que Rivers of London est prolifique : outre les romans principaux (sept à ce jour), l’histoire se décline également en comics (six) et une multitude d’histoires courtes éparpillées entre les différentes éditions et le web. De quoi s’y perdre ou se préparer à des heures de lectures intenses. En attendant, j’ai entamé le troisième de la série : Whispers Underground.

Rivers of London
de Ben Aaronovitch
Éditions
Gollancz

The Dark Phoenix Saga

Le passage des pages à l’écran est toujours hasardeux. Si fin mai, Good Omens a montré qu’il était possible de faire une adaptation filmée fidèle et modernisée d’un classique,  en début juin la Fox s’est, semble-t-il, ratée avec X-Men : Dark Phoenix, deuxième adaptation et deuxième échec d’une saga culte des X-Men. Autant revenir aux fondamentaux et relire plutôt l’original non ? The Dark Phoenix Saga, scénarisée par Chris Claremont et dessinée par John Byrne est l’une des premières grandes sagas des X-Men, parue de janvier à octobre 1980 dans Uncanny X-Men. C’est également l’un de mes tout premiers souvenirs de bande dessinée quand je l’ai lue enfant au moment de sa parution en français. Et c’est une madeleine que j’ai relue dès que possible adulte en version originale. Avec toujours autant de bonheur et d’émotion.
De quoi s’agit-il ? Après une mission dans l’espace avec le reste de l’équipe de super-héros mutants, Jean Grey a été exposée à un vent solaire trop fort
et pour survivre a du libéré son plein potentiel télépathique et télékinésique. Sauf que la jeune femme n’a même pas 25 ans et qu’elle a bien du mal à contenir une telle puissance. Et que d’autres acteurs (comme le Hellfire Club) essaient de détourner ses pouvoirs à leurs profits, quitte à réveiller le monstre qui dort en elle !
Enfant, cette histoire m’avait présenté l’univers des X-Men, et par extension des superhéros à l’américaine, par le biais de Kitty Pride (Shadowcat), une jeune mutante capable de traverser les surfaces solides et qui se retrouve embarquée dans cette aventure bien malgré elle. J’adorais les pouvoirs des différents héros, et la façon dont venus d’horizons divers (l’Afrique, l’Europe, l’URSS, l’Amérique, etc.), ils ont reconstitué une famille autour de Jean Grey.
Le tout en passant d’une histoire d’espionnage et d’infiltration à une aventure spatiale peuplée d’extra-terrestres aux looks et pouvoirs impressionnants. De plus, à la différence des histoires de superhéros classiques, The Dark Phoenix Saga est une tragédie. Elle se termine mal donc. Si la fin de cet arc narratif a eu un impact durable — au moins durant quelques années — sur l’histoire des X-Men, elle a aussi eu un impact assez fort sur la jeune lectrice que j’étais, l’aidant complètement à sortir d’un monde de fiction ou les « gentils » gagnent toujours à la fin.
Adulte, même si le style est très daté, et
même si Chris Claremont est très bavard par rapport à un scénariste de comics moderne en rappelant notamment sans cesse les capacités de personnage, The Dark Phoenix Saga se lit toujours aussi bien. C’est après tout une version modernisée et adaptée au monde des comics d’un scénario connu depuis au moins la mythologie gréco-romaine : la chute d’un héros devenue trop puissant qui se veut à l’égal des dieux. À l’exception notable qu’il s’agit ici d’une héroïne, Jean Grey, et non de Jason ou de Bellérophon, et que c’est elle qui reprendra en main son destin dans les dernières cases. C’est elle qui décide de rester humaine au lieu de vivre comme une déesse, et d’en payer le prix.
De plus, le style particulier de John Byrne donne une ampleur flamboyante à l’action quitte à passer à une version épurée pour faire ressortir les émotions. Au fil des ans, The Dark Phoenix Saga a été réédité plusieurs fois tant en français qu’en version originale, et mis en image avec plus ou moins de succès (la version
réalisée pour X-Men : The Animated Serie est la meilleure ou la moins pire suivant votre point de vue). Ne vous privez pas de la lire ou de la relire, ou tout simplement d’en admirer l’esthétisme des pages.

The Dark Phoenix Saga
Scénario de Chris Claremont et John Byrne
Dessin de John Byrne
Éditions Marvel

L’Ensorceleur des choses menues

Récemment un article fit couler beaucoup d’encre en se demandant pourquoi la fantasy française se vend mal par rapport à l’anglo-saxonne. Que l’on soit d’accord ou non avec les conclusions du journaliste, le manque de qualité ou d’originalité n’est certainement pas en cause. L’Ensorceleur des choses menues de Régis Goddyn en est la preuve parfaite. Repéré sur un stand de Livre Paris, il ne m’a pas déçue, moi qui déteste la fantasy qui rejoue un énième copié/collé de Tolkien ou réinvente encore un voyage avec un jeune paysan destiné à sauver le monde.
Avec seulement quelques dragons de labour, L’Ensorceleur des choses menues sait éviter avec adresse tous les clichés du genre. Certes, il raconte un voyage initiatique, mais celui qui l’entreprend n’est pas un jeune adolescent. C’est un vieil homme déclassé qui a passé sa vie d’adulte à utiliser la magie pour rendre de menus services (résoudre des problèmes de plomberie, consolider une porte ou porter ses commissions sans se fatiguer). À la retraite, il prend sous son aile Prune, une jeune fille rebelle qui l’entraîne bien malgré lui aux confins de ce monde et du suivant. Le vieil enchanteur finira par renverser l’ordre établi, basé sur un commerce millénaire particulièrement immonde.
So
us un titre léger et plaisant, Régis Goddyn signe avec L’Ensorceleur des choses menues un roman profond où se mêlent plusieurs thématiques : le bilan d’une vie, la place de chacun dans la société, et notamment celle des femmes dans un univers de fantasy classique (même si, à la lecture de quelques détails, on reste bien conscient que c’est un homme qui écrit), la transmission d’une génération à l’autre. Le ton lui-même est crépusculaire, mais le roman n’est pas triste pour autant. Il se termine en demi-teinte sur une note finalement assez heureuse. Et j’avoue que pour une fois, me pencher sur les problèmes de la classe moyenne et de ceux qui font le plus souvent office de figurants dans les romans de fantasy habituels, m’a énormément plu.

L’Ensorceleur des choses menues
de Régis Goddyn
Editions L’Atalante

Apocalypse Nyx

Les lectures se suivent et ne se ressemblent pas. Après un roman jeunesse explorant les mœurs de la bonne société londonienne au 19e siècle, Apocalypse Nyx de Kameron Hurley est noir, très noir. Sentant la sueur, la poussière, la lavande et le sang, Apocalypse Nyx est une collection de novellas, ces récits trop gros pour être de simples nouvelles mais trop courts pour être vendus en romans. Ils s’inscrivent dans l’univers de Bel Dame Apocrypha, une trilogie de science-fantasy non traduite en français à ma connaissance. Toutes les novellas ont en commun leur personnage principal : Nyxnissa so Dasheem, mercenaire dans un monde en guerre perpétuelle où la magie se mêle à la biotechnologie de pointe. Chaque histoire relate une mission de Nyx et de son équipe. Chacune met en avant, sur un fond particulièrement graphique et sanglant, leur relation. À tout juste 30 ans, Nyx a déjà survécu à la guerre, à l’incorporation dans un commando d’assassins d’élite, à la prison et à une situation familiale plutôt tordue. Tout ce qu’elle veut c’est boire, manger et forniquer, pas forcément dans cet ordre-là. Et si elle se dit prête à tout pour mener à bien les missions pour entretenir son train de vie, elle a tout de même ses limites morales. Chaque récit va se charger de lui rappeler l’une d’entre elles.
À première vue, Apocalypse N
yx n’est qu’un récit militariste noir de plus. Pourtant ce n’est pas le cas. L’autrice, car oui Kameron Hurley est une femme, a choisi d’inverser les rôles. Sur ce monde perdu dans l’espace et jamais nommé, les femmes sont le sexe fort. Les préjugés vis-à-vis des hommes (faibles et inconstants, devant être guidés constamment dans la bonne direction, bons uniquement pour servir de chair à canon et de reproducteurs) sont un calque avec juste ce qu’il faut de différences pour ne pas tomber dans la caricature de la situation actuelle des femmes dans beaucoup de sociétés. Pourtant, les femmes n’ont pas non plus le beau rôle dans Apocalypse Nyx. Elles y sont veules, alcooliques, droguées, sadiques, égoïstes ou enfermées dans un fondamentalisme militaro-religieux terrifiant. Au milieu de tout ceci, Nyx, désabusée et violente, sert de porte d’entrée au lecteur pour découvrir cet univers. Et j’avoue que Kameron Hurley a réussi son coup. Ces cinq vignettes de la vie de Nyxnissa so Dasheem m’ont rendue curieuse et je tenterai sûrement à l’occasion une plongée dans la trilogie de Bel Dame Apocrypha.

Apocalypse Nix
de Kameron Hurley
Éditions Tachyon

Lady Helen : le Club des Mauvais jours

Couverture livre Lady Helen : le Club des Mauvais JoursVendu par l’éditeur français comme un livre entre « romance à la Jane Austen et fantasy noire », Lady Helen : le Club des Mauvais jours d’Alison Goodman a de quoi intriguer. Roman jeunesse, il se passe principalement dans la bonne société londonienne en 1812, au lendemain des affrontements entre la Grande-Bretagne et l’Empire de Napoléon Bonaparte. Lady Helen Wrexhall, jeune orpheline de 18 ans, vit chez son oncle et sa tante en attendant d’être mariée. Sauf que la fougue et le caractère curieux qui ont entraîné la perte de sa mère commencent également à se manifester chez elle, au grand déplaisir de son oncle puritain et passablement misogyne (même pour l’époque). Par la même occasion, elle va découvrir une lutte clandestine entre démons et espions aux superpouvoirs dont sa mère faisait partie. Que va-t-elle choisir ? Le destin d’une jeune femme de la bonne société tenant la maisonnée de son époux sans faire de vague ou la carrière maternelle et s’engager dans cette guerre souterraine au risque d’y perdre son âme ? Lady Helen mettra bien 400 pages à se décider, même si, en sachant que ce livre st le premier d’une trilogie, le résultat final n’est pas une surprise.
L
ady Helen : le Club des Mauvais Jours se lit néanmoins extrêmement vite et de façon très agréable, que vous aimiez les études de mœurs à la Jane Austen (ce qui n’est pas mon cas) ou les romans d’aventures rehaussés de fantastique (ce qui est déjà plus dans mes goûts). Il faut quand même attendre une petite centaine de pages pour apercevoir un élément surnaturel. En revanche, vous y croiserez également des personnes historiques comme Lord Byron ou Beau Brummel en personnages secondaires et néanmoins utiles à l’intrigue. Et la partie surnaturelle, les fameux démons, est assez originale pour retenir votre attention. J’ai apprécié le mélange d’optique et d’alchimie nécessaire pour les combattre. Le tout est écrit dans un rythme soutenu, avec juste ce qu’il faut de retournement de situations pour conserver l’attention du lecteur. En revanche, dans mon cas particulier, l’histoire se suffit à elle-même. Le résumé du tome suivant, Lady Helen : le Pacte des Mauvais Jours, indique encore une valse-hésitation de la jeune fille entre ses talents et son beau (mais bien fade) duc. N’étant pas fan de romance pure, je pense que je ferai l’impasse sur la suite.

Lady Helen : le Club des Mauvais Jours
d’Alison Goodman
Traduction de Philippe Giraudon
Éditions Gallimard Jeunesse

Trois nouvelles pour deux découvertes

La nouvelle est un formidable outil pour découvrir un auteur comme j’ai déjà eu l’occasion de le vérifier ici, ici ou ici. C’est également une bonne solution pour trouver de nouveaux éditeurs. C’est ce qui s’est passé récemment avec trois nouvelles qui m’ont permis de découvrir deux maisons d’édition.

Too much…
Je suis tombée sur cette nouvelle de Jean-Bernard Pouy suite à une conversation avec Deidre Ambre. Ce fut non pas l’occasion de découvrir l’auteur, mais la maison d’édition. Spécialisée dans le polar et l’érotisme, Ska a la particularité de ne vendre que des livres numériques sans DRM. Comme il s’agit le plus souvent de nouvelles, les prix sont plutôt doux et l’on y trouve dans les deux genres suscités une assez grande variété. Que vaut Too much… ? C’est la quintessence de l’humour burlesque et vachard de Jean-Bernard Pouy.
Il y réunit l’espace de quelques trop courtes pages des rockers normands perdus au milieu de punks, des toros échappés d’un encierro et un régiment de parachutistes près à tout casser. Je ne vous en dirais pas plus pour ne pas gâcher l’histoire. Sachez juste que ce texte est un remède assuré contre les coups de blues. C’est également la première marche idéale pour faire découvrir Jean-Bernard Pouy à qui ne le connaît pas. L’auteur y joue avec humour des mots et des situations pour se moquer une nouvelle fois d’un certain ordre établi. Tout en légèreté et sans la noire amertume qui sourde de certains autres de ses écrits.

Too much …
de Jean-Bernard Pouy
Éditions SKA

Un vampire
J’avoue, ce petit ouvrage certainement pris pour agrémenter un trajet en métro s’est retrouvé à trainer très longtemps sur ma table de nuit. Une blessure à l’épaule gênant pour la lecture de grands formats plus tard, il a fini après quelques années par être lu. Et là ce fut une double
découverte : celle d’un auteur italien, Luigi Capuana, et d’une maison d’édition, La Part Commune. Contrairement à la précédente, cette maison se spécialise surtout dans les livres papier avec une grande variété de genres : essai, poésie, romans et nouvelles. Et de nombreux textes anciens réédités.
Quant à l’auteur, Luigi Cap
uana, c’est un contemporain d’Émile Zola qui s’inscrit dans un courant assez similaire d’écriture au plus près de la société. Avec dans les deux nouvelles de ce petit recueil, Un Vampire et Un cas de somnambulisme, une touche de fantastique pour faire passer la pilule. La première parle de mariage arrangé, de remariage et de gêne du mari à « n’avoir pas été le premier » (sic), la deuxième sous couvert de raconter une intrigue policière mêlé de fantastique peut se lire comme une critique des rapports entre la bourgeoisie et la domesticité. Contrairement à Émile Zola que mes années d’études m’ont rendu totalement indigeste, le style de Luigi Capanua est sobre. J’ai apprécié la juste dose d’absurde qui saupoudre chaque nouvelle.

Un vampire
de Luigi Capuana
traduction de Baldassare Anghiari
Éditions La Part Commune

Le cycle des Saboteurs

L’œuvre de Frank Herbert ne se limite pas au cycle de Dune ou à une série de romans et nouvelles indépendants. Il a également écrit d’autres grandes sagas comme Le Programme Conscience ou Le cycle des Saboteurs. Ce dernier est le plus court puisqu’il se compose de deux nouvelles mineures (dont une inédite en français) et de deux romans, L’Étoile et le Fouet et Dosadi. L’ensemble du cycle se passe dans un même univers : la CoSentience (assez proche, les IA en moins, de ce que sera plus tard, la Culture de Iain M. Banks). Et, à la différence des autres cycles de Frank Herbert, toutes les histoires peuvent se lire de façon indépendante. Chacune d’entre elles suit une enquête de l’humain Jorj X. McKie, Saboteur extraordinaire.
Comme sa fonction l’indique, celui-ci travaille pour le Bureau des Sabotages, un organisme mis en place expressément pour mettre des bâtons dans les roues des administrations et des gouvernements. Dans chaque enquête du cycle des Saboteurs, Jorj X. McKie va se heurter à des difficultés de compréhension interespèces et des situations telles que la survie même de la CoSentience est menacée. Étonnamment, au moins dans les deux romans du cycle, L’Étoile et le Fouet et Dosadi, la solution viendra une fois que les barrières du langage et de la compréhension seront levées grâce à l’amour : qu’il soit platonique dans L’Étoile et le Fouet ou fusionnel dans Dosadi.
Appartenant au même cycle et avec un même protagoniste, les deux romans ont des tons diamétralement opposés. L’Étoile et le fouet est un texte intimiste essentiellement basé sur les dialogues entre les différents personnages. L’urgence est certes présente, mais hormis un court passage, l’essentiel du roman est aussi peu mouvementé qu’une enquête de Sherlock Holmes ou un bon roman d’Agatha Christie. Ce sont surtout les échanges de Jorj X. McKie avec Fanny Mae, Cheo ou Mliss Abnethe qui en font tout le sel. À l’opposé, Dosadi est un roman nerveux oscillant entre l’infiltration sur une planète étrangère et la mise en branle d’un système judiciaire étrange. Une sorte de New York District de l’espace ou Jorj X. McKie serait tour à tour enquêteur et procureur. Avec de l’action digne d’un Die Hard ou d’un John Wick.
Datés par certains aspects, ces textes moins connus de Frank Herbert apportent des variations intéressantes sur ses sujets favoris : qu’est-ce que le gouvernement ? Comment se comprendre ? Comment le langage et l’écologie qui nous entourent forment nos esprits ? Qu’est ce qui fait une personne, son esprit ou un accord esprit/corps ? Souvent, plus particulièrement pour moi L’Étoile et le fouet, ils vous reviennent en mémoire longtemps après l’avoir refermé, et vous incitent à réfléchir sur des détails auxquels vous ne pensiez pas. Ces romans, à la différence des nouvelles, méritent qu’on les lise ou les relise régulièrement.


Le cycle des Saboteurs :
L’Étoile et le fouet et Dosadi
de Frank Herbert
Traduction de Guy Abadia
Éditions Presse Pocket

Les douze balles dans la peau de Samuel Hawley

Parfois au détour d’une librairie, un accord particulier entre une couverture et un titre attire votre regard. Vous n’achetez pas ce jour-là le livre, mais il vous trotte dans un coin de la tête et vous le prenez à la visite suivante. En le regrettant à la lecture, ou pas. Pour Les douzes balles dans la peau de Samuel Hawley de Hannah Tinti, je ne regrette quasiment pas cet achat quasi impulsif. L’autrice m’était totalement inconnue, mais le titre m’intriguait et le résumé en 4e de couverture a fini de me convaincre. En voici un extrait : « Après des années de cavale, Samuel Hawley et sa fille Loo posent enfin leurs valises à Olympus, Massachusetts. Criminel repenti, Samuel compte désormais offrir à sa fille une vie normale. Mais les douze cicatrices sur le corps de son père ne cessent d’attiser la curiosité de Loo pour un passé qu’elle n’a pas connu, notamment la mort étrange de sa mère, peu après sa naissance. » Je vous fais grâce du reste légèrement erroné.
Le récit va se poursuivre à deux voix. D’une part on suit Loo durant toute son adolescence, enfin posée dans une maison bien à elle et essayant de se construire une vie normale dans un village côtier où pêcheurs et écologistes s’affrontent. D’autre part, au fil des balles sur le corps de son père, on remonte l’histoire de ce dernier de ses débuts dans la vie criminelle au moment présent où celle-ci le rattrape brutalement.
Comme le fil du récit, plusieurs genres s’entremêlent dans Les douze balles dans la peau de Samuel Hawley. Il y a d’un côté l’entrée à l’âge adulte d’une enfant presque sauvage vivant de façon fusionnelle avec un père qu’elle connaît finalement très peu, de l’autre son enquête sur la vie de sa mère et les causes de sa mort, et enfin la découverte du passé de son père et de ses pérégrinations criminelles aux quatre coins des États-Unis. L’ensemble est loin d’être décousu. Dès les premières pages, le lecteur s’attache à ce père taiseux et à sa fille au caractère bien trempé.
Et le décalage entre la façon dont Samuel Hawley apparaît aux yeux de sa fille, et ce qu’il ressent et vit dans les chapitres où il est le personnage principal achève de le rendre encore plus intéressant. Au final, est-il une crapule, un homme qui a pris un mauvais chemin et tenté d’élever sa fille du mieux qu’il pouvait, ou un paumé en deuil depuis des années ? La fin ouverte ne vous propose aucune solution. Et je soupçonne que le verdict sur Samuel Hawley et sur l’avenir de Loo changera au fil des relectures. Car oui Les douze balles dans la peau de Samuel Hawley est de ces livres qui méritent plus d’une lecture.

Les douze balles dans la peau de Samuel Hawley
de Hannah Tinti
Traduction de Mona de Pracontal
Éditions Folio

City of Ghosts

De mes différentes pérégrinations, j’aime rapporter des livres en lien avec les lieux visités. De Chicago, c’était The Devil in The White City de Erik Larson, d’Édimbourg le mois dernier ce fut City of Ghosts de Victoria Schwab. Oui, la même V.E.Schwab qui m’avait donné tant de mal à entrer dans sa trilogie Shades of Magic.
Il s’agit ici d’un livre classé en jeunesse. La plume de Victoria Schwab y est nettement plus à son aise et gagne en fluidité. Les personnages sont brossés rapidement, mais suffisamment précis pour ne pas être de simples marionnettes dans un théâtre d’ombres.
L’autrice nous plonge directement dans l’action sans se perdre dans trop de descriptions. Fille d’un couple d’enquêteurs du paranormal (comme Ed et Lauren Warren, mis en films dans la saga The Conjuring) Cassidy Blake est hanté depuis sa noyade par l’adolescent qui lui a sauvé la vie. Depuis, elle peut passer des deux côtés du Voile séparant les fantômes des vivantes. Quand ses parents l’entraînent de l’autre côté de l’Atlantique, à Édimbourg, ville peuplée de revenants, sa vie va devenir nettement plus compliquée. Non seulement elle devra se frotter à la cuisine britannique et aux différences de vocabulaire d’un pays à l’autre, mais en plus, étant dans une ville où les spectres sont plus nombreux, plus anciens et plus expérimentés, elle va devenir la proie du plus redoutable d’entre eux : la Corneille en rouge.
City of Ghosts est une histoire de hantise originale, qui se poursuit en ligne droite avec un rythme soutenu. Peut être est-elle pour une adulte habituée du genre un poil prévisible, mais ce n’est pas déplaisant. Qui ne connaît pas Édimbourg peut s’y laisser surprendre. Ceux qui ont déjà joué les touristes dans la capitale écossaise trouveront au fil des pages des figures connues comme Bobby le terrier, les soldats du château ou un certain jeune sorcier souvent vêtu de rouge et or.
Même si les adultes peuvent prendre beaucoup de plaisir à lire ce court roman, la cible idéale semble être les collégiens de l’âge de l’héroïne. En effet, la structure grammaticale du texte est simple, sans être trop simpliste,
et le vocabulaire clair (ou expliqué comme les « closes », ruelles si particulières de la vieille ville d’Édimbourg). Un livre idéal pour se plonger dans une première lecture en anglais.

City of Ghosts
de Victoria Schwab
Éditions Scholastic