Interruption temporaire des émissions

Le site prend quelques jours de vacances. Retour prévu la semaine du 22 août. D’ici là, n’hésitez pas à farfouiller dans les archives et à regarder ce qu’il vous plaît.  Je vous laisse avec :
– deux listes d’auteurs et autrices chaudement recommandées pour qui aime lire de l’imaginaire : Les incontournables (récents) et les incontournables (au féminin).
– quelques pistes pour trouver de la lecture gratuite : certaines solutions indiquées pour le premier confinement restent d’actualité.
– Et deux articles pour en savoir plus sur la philosophie et le but de ce site : suivant si vous cherchez ici des conseils de lecture, ou si vous voulez en savoir plus sur la façon dont je choisis les livres dont je vous parle.

A bientôt et… bonnes lectures !

Les nuages de Magellan

Qu’est qu’un space opera ? Une histoire d’aventures dans les étoiles ! Prenez la trame d’une bonne histoire de pirate avec chasse au trésor à la clé et transportez là dans l’espace et vous obtiendrez une base très solide pour un bon roman du genre. Et c’est exactement la recette qu’applique Estelle Faye pour nous concocter Les nuages de Magellan.
À quelques siècles de nous, la galaxie a été conquise, de nombreuses planètes colonisées et des humains modifiés soit par la génétique soit à l’aide d’implants cybernétiques. Une chose en revanche n’a pas changé : les inégalités sociales et le poids des grandes corporations — les Compagnies — qui font la pluie et le beau temps dans la galaxie et restreignent la liberté de circulation des personnes à leurs seuls profits. Et pourtant, une légende court d’astroport en rade : celle de la Grande Piraterie et de la planète Carabe, libre et hors de toute carte stellaire. Une serveuse chanteuse de blues à ses heures va se retrouver sans le vouloir à la chasse à ce lieu mythique.
Dans Les nuages de Magellan, ne vous attendez pas à de la hard-SF avec
de longues explications techniques ou à de grandes réflexions philosophiques (même si la lutte des classes est au cœur des motivations des personnages). Ce roman est avant tout un récit d’aventures destiné à vous faire voyager d’un coin de la galaxie à l’autre, à vous en mettre plein les yeux avec les différents habitats décrits et les vaisseaux. Avec une mention spéciale pour les colibris de l’écosystème régulateur du Mahault. Le livre vous séduira avec sa galerie de personnages tous plus attachants les uns que les autres. Seule Mary, pourtant élément moteur de l’intrigue, car entraînant la serveuse à sa suite, se révèle finalement assez prévisible pour qui a su les différents indices semés tout au long du récit.
Ce qui ne gâche pas le plaisir de lecture. Bien au contraire, c’est ce mélange de familiarité et d’exotisme qui fait du roman d’Estelle Faye une lecture parfaite pour buller à l’heure de la sieste dans un hamac, ou pour s’évader quelques minutes le temps d’un trajet entre le travail et son domicile. Et c’est bien le principal non ?

Les nuages de Magellan
d’’
Estelle Faye
Éditions Folio SF

Entretien avec un vampire

Peut-on relire un livre et le redécouvrir ? C’est l’expérience étrange que j’ai faite récemment en relisant, plus de trente ans après l’avoir découverte, la version française d’Entretien avec un vampire d’Anne Rice. Il faut dire que j’ai une tendresse particulière pour les trois premiers volumes des Chroniques des vampires qui sont parmi les tout premiers livres que j’ai lus (et relus) en VO. Je n’avais lu la VF qu’une fois et entre temps, le livre a été retraduit ce qui m’a laissé une impression étrange de familiarité mâtinée de découverte : comme rencontrer pour la première fois, le jumeau d’une personne que vous connaissez très bien.
Pour les gens n’ayant jamais lu Entretien avec un vampire, ce roman est l’un des premiers à nous raconter l’histoire du point de vue du vampire. Ou plus exactement de Louis de la Pointe du Lac, un riche créole né au temps où la Louisiane faisait encore partie du royaume de France. Nous le retrouvons presque deux siècles plus tard dans une chambre d’hôtel à raconter sa mort et la vie qui s’en est suivie à un jeune journaliste. Son récit envoutant nous parlera de ses amours et de ses haines, de la façon dont sa famille s’est formée et celle dont elle a été détruite. Le tout avec des descriptions abondantes et une grande place accordée aux sensations et aux sentiments des différents personnages. Louis, Lestat, Armand, Claudia et les autres hanteront longtemps vos rêves une fois ce livre terminé avec un mélange intéressant de fascination et de répulsion. Particulièrement Claudia dont le comportement de femme adulte coincé pour l’éternité dans le corps d’un très jeune enfant peut être dérangeant (c’est d’ailleurs pour ça que chaque adaptation au cinéma ou à la TV la vieillit systématiquement et modifie significativement ses relations avec ses deux « pères »). Et même si Anne Rice rend ses vampires charmants et séducteurs, et les humanise en nous les présentant du point de vue d’un des leurs, elle n’oublie pas que ce sont avant tout des prédateurs et que, chaque nuit, ils font des victimes. Le poids de l’éternité est un fardeau bien cher payé, mais à la fin de l’histoire de Louis, ferez-vous comme le reporter et partirez-vous en quête pour en savoir plus ?

Entretien avec un vampire
dAnne Rice
Traduction de
Suzy Borello et Cyrielle Ayakatsikas
Éditions Pocket

Éclosion

Les histoires de bêbêtes qui font peur ont toujours été un de mes péchés mignons dans les films d’horreur ou les films catastrophes. En livre, la qualité est encore plus variable. Pour un Meg particulièrement mauvais de par son sexisme et son racisme, on trouve parfois de bonnes pépites. Comme Éclosion d’Ezekiel Boone qui commence très classiquement au fin fond de la jungle avant de balader le lecteur aux quatre coins des États-Unis, en Inde, en Chine et en Écosse entre autres.
Roman choral, Éclosion installe son atmosphère avec une scène choc… Un fleuve noir de créatures rampantes fonce à travers la jungle pour dévorer vivants de riches touristes et leur guide en quelques minutes. De chapitre en chapitre, le protagoniste et le lieu changent : certains n’apparaîtront que le temps de quelques pages et ne seront même pas nommés, d’autres reviendront tout au long du livre. Passé le premier chapitre, l’intensité et l’horreur vont crescendo mais commencent à bas bruit, comme l’invasion dont il s’agit. Avis aux lecteurs atteints de phobies, cette invasion venue du passé concerne des araignées, et celles-ci, même si elles font preuve d’énormément d’ingéniosité, ne sont clairement pas aussi sympathiques que les araignées de Children of Time et Children of Ruin. Elles sont au contraire voraces, totalement étrangères et semblent inarrêtables. Avec Éclosion, Ezekiel Boone joue parfaitement sur tous les registres du genre, avec en plus beaucoup d’ironie et d’humour dénonçant certains travers politiques, des médias et autres. En revanche, ne vous attendez pas à de grandes réflexions scientifiques ou philosophiques à l’occasion de ce qui n’est ni plus ni moins que la fin d’un monde moderne. Ce livre est l’équivalent d’un blockbuster hollywoodien qui vous en met plein la vue et vous fait rire et frémir, mais qui ne sollicite pas outre mesure vos capacités intellectuelles (sauf à connaître la différence entre les animaux eusociaux et les animaux sociaux). Il se « dévore » tout seul, mais laisse un goût de trop peu, car ce n’est que le début d’une trilogie. Reste donc à retourner en librairie pour aller chercher le tome 2 très prochainement.

Éclosion
d’Ezekiel Boon
Traduction de Jérôme Orsini
Éditions Actes Sud

Le Fantôme d’Eymerich

Douzième – et, hélas, dernière – aventure de l’inquisiteur Nicolas Eymerich, Le Fantôme d’Eymerich marque la fin du cycle. Sauf que… Le sous-texte même du cycle et de ce roman implique l’idée d’un éternel recommencement légèrement décalé par rapport au premier. Et la conclusion du livre reste très largement ouverte. Et seule la mort de  Valério Evangelisti le 18 avril dernier nous prive définitivement d’une nouvelle future plongée dans les voyages spatio-temporels, entre histoire médiévale, SF ésotérique et fantastique.
Mais revenons à nos moutons, ou plutôt à notre inquisiteur dominicain. Dans ce roman, il va s’évader de prison pour se retrouver à Rome, où il assistera aux prémices du Grand Schisme d’Occident (qui aboutira à deux lignées de papes rivales pendant près de quarante ans : l’une à Avignon et l’autre à Rome). En sous-main à cette crise, il soupçonne la résurgence d’un culte ancien autour de Mithra et du taureau qu’il avait déjà affronté dans des aventures précédentes. Et se trouve confronté à chaque tournant à un mystérieux double de lui-même qui lui laisse des messages et le guide. Dans deux autres trames temporelles différentes, un scientifique américain construit un prototype de vaisseau spatial pour la République libertaire de Catalogne. Et dans un lointain futur, un mystérieux Magister guide les descendants de l’humanité dans sa dernière incarnation.
Comme toujours, les trois flux temporels vont se répondre dans Le Fantôme d’Eymerich, mais également renvoyer le lecteur aux opus antérieurs, que ceux-ci soient récents, ou qu’ils se situent au contraire au tout début du cycle. En revanche, ce roman semble épuré par rapport à L’Évangile selon Eymerich et Eymerich ressuscité. Valerio Evangelisti y perd moins ses lecteurs dans les détails historiques et ne les balade plus d’un bout à l’autre de l’Europe médiévale. Recentrée sur Rome, l’histoire principale y gagne à être moins délayée, contrairement à celle de Marcus Frullifer dont les déboires amoureux lassent très vite. En revanche, il ne peut absolument pas se lire seul. Non seulement Le Fantôme d’Eymerich fait référence aux tout premiers livres (en particulier Nicolas Eymerich, inquisiteur et Le Corps et le sang d’Eymerich), sans note de bas de page pour mâcher le travail de déduction au lecteur, mais en plus il est la suite directe des plus récents. Ce dernier roman est littéralement la somme des onze tomes précédents. Sans les avoir lus, il reste difficilement appréciable. En revanche, pour les fans de l’inquisiteur tel que rêvé par Valerio Evangelisti, c’est un pur régal qui donne envie de reprendre le cycle à son point de départ. Ce que j’ai fait cet été avec un grand plaisir mêlé de tristesse.

Le Fantôme d’Eymerich
de Valerio Evangelisti
Traduction de Jacques Barbéri
Éditions La Volte

(critique initialement parue dans Bifrost n°102 et remaniée pour tenir compte de l’actualité)

 

Ceux qui vivent du sang versé

Une vampire qui ne veut pas tuer, un tueur à gages qui a des ennuis avec son employeur… À lire ce résumé, rien a priori ne pouvait me porter vers Ceux qui vivent du sang versé, craignant une énième romance bit-lit cumulant les clichés. Puis de soda en phở partagés, de discussions en petites allusions, hop le livre atterrit dans ma pile à lettre par un bel après-midi de juillet. Et il ne faudra guère qu’un trajet en voiture pour que Carmilla et Charon, les deux protagonistes de l’histoire, ne m’embringuent à leur suite.
De romance il sera bien question dans Ceux qui vivent du sang versé. Mais celle-ci n’est pas un cliché. Entre une femme en deuil et un homme sévèrement traumatisé par son enfance et sa profession, l’évolution ne se fait pas sans à-coups, mais elle est nettement plus naturelle et crédible que la plupart des romances de fiction. Au moins, là, la lecture ne donne pas envie de secouer l’un ou l’autre des protagonistes en se disant que c’est une cloche qui ne voit pas ce qui est écrit gros comme une maison devant lui. Même s’ils prennent leur temps.
Mais la romance n’est qu’un aspect de Ceux qui vivent du sang versé. L’autre aspect est tout bonnement un excellent thriller. Comment la dernière vampire vivante se retrouve-t-elle dans une cage dans un sous-sol de Chicago ? Et qui est cet homme taciturne, couvert de cicatrices et prompt à tuer qui partage son enfermement ? Comment se sont-ils retrouvés là et pourquoi ? Que ce soit la vampire, Carmilla, ou le tueur, Charon, ils ont chacun un monde entier à dévoiler à l’autre peu à peu pour pouvoir dans un premier temps survivre et dans le deuxième se venger.
Quant au style ? Je peux vous dire qu’il se lit tout seul et que vous allez voir Cergy-Pontoise ou le bocage normand d’un autre œil après cette lecture. Le monde créé par Crazy est riche, profond et… à peine effleuré par ce roman. Il donne envie d’en découvrir plus soit côté Meute, soit sur la création de l’agence Nemrod. Ou encore parmi les Aînés des vieilles Maisons. Si vous aimez votre fantastique avec de l’action à gogo, juste ce qu’il faut de sentiments, mais que vous ne supportez pas les effusions de sang inutiles, car gâchant la nourriture, Ceux qui vivent du sang versé, vous promettra de bonnes heures de lecture passionnantes.

Ceux qui vivent du sang versé
D
e Crazy
Éditions du 38

Trois mangas SF rafraîchissants pour l’été

Pour ne pas charger ses bagages pour ceux qui partent en vacances, pour s’offrir une lecture détente à la fin d’une journée de travail pour les autres, ou tout simplement par envie de découvrir des œuvres de SF atypiques, voici trois mangas : une fin et deux commencements.

Flow t.2 et 3
Je vous ai déjà parlé de Flow, le manga de Yuki Urishibara, lors de la sortie du tome 1 en début d’année. La série est désormais terminée, puis qu’elle ne faisait que trois petits tomes. Et ? Elle tient toutes ses promesses. Le deux autres tomes après le premier font doucement progresser l’intrigue et offrent une fin qui est à la fois ouverte et suffisamment satisfaisante pour ne pas se sentir frustrée sans quatrième livre. À travers ces différentes histoires de flow, l’autrice nous propose des réflexions sur la vie de famille, le temps qui passe, l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle, la pression sociale et comment y résister. Et nous parle aussi de chats, de leurs petites manies et de la façon dont, mine de rien, ils changent parfois le cours du destin des humains qui les côtoient, même lorsqu’aucune fluctuation dimensionnelle n’est impliquée. Je sens que ces trois volumes vont finir par faire partie de mes relectures régulières quand j’aurais envie de douceur.

Flow t.2 et t.3
de Yuki Urushibara
traduction de Pascale Simon
Éditions Kana

Babel t.1
Akata commence à se faire une belle réputation dans le domaine des mangas d’imaginaire que ce soit pour des dystopies, du planet opera militaire ou de l’horreur. Avec cette nouvelle série, Babel, qui ne durera que 5 tomes, l’éditeur nous propose un récit intrigant mêlant réalité virtuelle et amour des livres. Avec une bonne dose de mystère ésotérique à la Umberto Eco ou Arturo Pérez-Reverte.
Dans le premier tome de Babel, nous suivons Olsen, un jeune homme qui veut devenir « restaurateur » au sein de Bibliotheca, le réseau virtuel numérisant toutes les connaissances humaines depuis les premières traces écrites. Son but ? Comprendre ce qui est arrivé à son père, lui-même travaillant à Bibliotheca, et expliquer sa mystérieuse disparition. Plus que l’histoire, qui dans ce premier tome se met doucement en place, Babel m’a fasciné par le trait de son autrice Narumi Shigematsu, très acérée et laissant une grande place au vide, à la blancheur de la page. S’il est parfois difficile de distinguer un personnage d’un autre (Lipp ressemble assez à Olsen enfant dans certaines cases par exemple), elle donne un sens du mouvement et brouille avec application les frontières entre réel, monde virtuel et rêve, passé et présent. Le tome 2 au moins sera surement dans ma liste d’achat à sa sortie en septembre.

Babel
de Narumi Shigematsu
traduction d’Alexandre Goy
Éditions Akata

Les Promeneuses de l’Apocalypse t.1
Les road trips post-apocalyptiques en SF sont légion, que ce soit au cinéma ou en littérature. Mais s’il est un qualificatif qu’on leur accole rarement c’est celui d’une balade joyeuse. Pari relevé avec Sakae Saito qui emmène ses deux protagonistes, Yôko et Airi, faire un tour du Japon en mob pour voir les lieux les plus touristiques. Sauf que… un désastre, encore inconnu à la fin du premier tome, est intervenu et que le Japon est en ruine, la faune sauvage a investi les villes et les ports et les humains se font extrêmement rares. Et pourtant, Yôko et Airi ont décidé de quitter leurs bunkers, pour explorer l’archipel en se rendant sur les lieux visités par la sœur de Yôko avant la catastrophe tout en faisant un peu de tourisme virtuel au Japon. En attendant une réouverture éventuelle des frontières ? La série est toujours en cours au Japon, avec trois tomes sortis. Le temps nous dira si l’histoire finit par tourner en rond ou non. Mais la joie de vivre et la nonchalance des deux protagonistes font pour l’instant beaucoup de bien à l’âme.

Les Promeneuses de l’apocalypse
de Sakae Saito
traduction de Marylou Leclerc
Éditions Doki Doki

Les incontournables (au féminin) de la SFFF


Pour la deuxième édition, sur son
blog, Nevertwhere propose que chacun recense ses classiques de la science-fiction, de la fantasy et du fantastique (d’où l’acronyme SFFF). Mais cette année au féminin… Challenge relevé, et pimenté par le fait que je ne vais parler uniquement d’autrices toujours actives. Voici donc ma liste d’écrivaines qui, selon moi, méritent votre attention dans la SFFF :

Et je triche d’abord avec les trois premières autrices qui figuraient déjà dans mon classement de l’an dernier :

— Kij Johnson
Découverte grâce à deux titres parus au Belial’, cette autrice américaine a une façon d’écrire le fantastique si naturelle et si contemplative que chaque voyage en sa compagnie est un pur bonheur. Vous pouvez lire mon avis sur chaque titre à cet endroit (avec des illustrations de Nicolas Fructus magnifique) et .

— Martha Wells & Mary Robinette Kowal
Dans deux genres différents, ces deux autrices américaines ont renouvelé la SF américaine dite classique. L’une avec sa saga Murderbot renouvelle le space opera d’aventure en nous plaçant dans la « peau » d’un androïde de sécurité découvrant la conscience de soi et la difficulté de vivre avec des humains et d’autres « artificiels ». L’autre, avec sa série The Lady Astronaut, dont le troisième volume The Relentless Moon vient de sortir en VO et le premier sera disponible prochainement en VF, propose une dystopie au goût de conquête spatiale qui met des étoiles dans les yeux de tous les astronomes et astronautes amateurs. À noter que ces deux autrices écrivent également de la fantasy et du fantastique, mais je n’ai pas lu ce qu’elles proposent dans ces genres. (EDIT en 2022 : toujours pas lu encore dans ces genres.)

Luce Basseterre
Restons la tête dans les étoiles, avec une autrice française dont c’est le genre de prédilection et qui, en trois romans, arrive à proposer des univers pleins de races variées avec un beau mélange entre action, émotion et réflexion et qui joue avec le genre pour laisser son lectorat s’évader la tête dans les étoiles tout en lui offrant quelques perles de sagesse et de tendresse. Et en plus, elle a des vaisseaux vivants ! Mais la dame sait aussi sertir de petites nouvelles dans les différents genres de la SFFF pour notre plus grand bonheur !

— Floriane Soulas
Avec seulement trois romans à son actif, la dame a su s’imposer dans des genres très différents. Du steampunk viscéral de Rouille au space opera des Oubliés de l’Amas (chronique à venir un samedi prochain) en passant par une histoire d’urban fantasy se déroulant au Japon, Les Noces de la Renarde, cette autrice sait entraîner le lecteur à sa suite en lui proposant des univers à chaque fois très immersifs et très différents les uns des autres. À suivre absolument !

 Rivers Solomon
Non-binaire, Rivers Solomon a une plume riche et dense qui est indispensable à la littérature de l’imaginaire actuelle, justement parce que celle-ci va aborder selon des angles très différents des thèmes forts comme la différence, l’injustice, le handicap, le genre, la féminité, et bien d’autres sujets. Si je l’avais découverte avec L’incivilité des fantômes, c’est Sorrowland qui m’a définitivement convaincue de la puissance de son écriture.

— Yumiko Shirai
Dans les mangas japonais, l’imaginaire sous toutes ses formes prend une grande place. Et surtout il n’y a pas – du moins dans ce que nous lisons traduit en France – de préjugés sur ce qu’une femme peut écrire ou non. Et s’il y a de nombreuses mangakas qui se sont essayées à la SF (dont Akane Torikai qui reste meilleure en autrice de polar), Yumiko Shirai ne produit quasiment que dans ce genre. Et sa série Wombs, terminée en cinq volumes, est un modèle du genre. Mêlant science-fiction militaire, maternité et réflexion sur l’altérité, son œuvre est particulièrement riche et, à mon avis, c’est une excellente porte d’entrée vers la lecture de manga pour les fondus de SF qui n’ose pas aborder cette forme de lecture.

 Becky Chambers
Avec l’Espace d’un an et ses suites, Becky Chambers s’est imposée dans la version optimiste de la SF tendance « hopepunk ». Elle montre avec Apprendre, si par bonheur, qu’elle peut aussi se livrer à une réflexion plus dans la tendance « hard SF » toute en mélancolie et en douceur. Et sa nouvelle série The Monk & The Robot , entamée avec A Psalm for the Wild-Built (Un Psaume pour les recyclés sauvages attendu pour la rentrée chez l’Atalante) s’annonce tout aussi optimiste et douce, mais en interrogeant les relations entre les humains et les robots. Prometteur, non ?

— Gail Simone
J’aurais pu citer ici de nombreuses scénaristes de comics ici comme Marjorie Liu (de Monstress) ou G.Willow Wilson, la créatrice de Ms Marvel, mais Gail Simone est chère à mon coeur de lectrice (et pas uniquement parce que j’ai eu le bonheur de la traduire en fantasy). Qu’elle écrive des histoires de super-héros pour Marvel ou pour DC, qu’elle s’aventure dans l’heroïc fantasy donc ou même dans l’horreur pure, cette scénariste sait capter l’attention et surprendre. Soit avec des personnages créés de toutes pièces, soit en apportant plus de profondeurs à des figures connues du genre.

— Ada Palmer
Première œuvre de fiction et déjà un monument ! Qui dit mieux ? Avec Terra Ignota divisée en quatre romans (Trop semblable à l’éclair, Sept Redditions, La Volonté de se battre et Perhaps the Stars – lui même divisé en deux en version française tellement il est dense avec la sortie du dernier volume en octobre chez Le Belial’), Ada Palmer a inventé un univers parfaitement cohérent, créé des personnages attachants, forcé son lecteur à changer ses habitudes et ses a priori pour encore tout déconstruire d’un livre à l’autre et proposer une fin qui ouvre de nouvelles possibilités. Si vous êtes allergiques aux casse-têtes, aux jeux de langage et à la philosophie des Lumières, fuyez… Sinon, prenez le temps de découvrir ces textes et savourez les.

Cette liste correspond à mes incontournables à un instant T. Dans un mois, elle pourrait varier. Et d’autres autrices que j’apprécie pourtant énormément n’y figurent pas. Alors que demain elles y seraient. Et vous ? Qui considérez vous comme des autrices incontournables de l’imaginaire ? Hormis notre mère du genre à tous, Mary Shelley ?

Trese — Last Seen After Midnight

Enfin ! Après des semaines d’attente, le quatrième volume de Trese est enfin entre mes mains. Souvenez-vous, je vous avais parlé de cette série de komik philippin l’an dernier. Alors que le premier volume est enfin traduit en français chez Delcourt depuis quelques semaines, le quatrième est réédité en VO par ABlaze. Il rassemble quatre « affaires » d’Alexandra Trese, la gardienne de la paix entre les créatures surnaturelles et la population humaine de Manille. Dans Last Seen After Midnight, contrairement au précédent recueil Mass Murders, nous n’apprendrons quasiment rien sur le passé de Trese ou des Kombals. En revanche, nous en apprenons plus sur la mythologie philippine et plus particulièrement sur les engkantos, grosso modo l’équivalent local des Sidhe celtes, et leurs différentes variations. Et surtout nous nous aventurons enfin hors du territoire couvert par la première saison de la série d’animation. Les trois premières histoires, Cadena de Amor, A Private Collection et Wanted : Bedspacer pourraient sembler classique pour notre consultante surnaturelle. Elles ont toutes pour cadre Manille et impliquent des victimes humaines. Dans la première, il ne s’agit pas de faire une victime par jeu ou par besoin « alimentaire » dirons-nous, mais de retrouver une humaine amie des diwatas (équivalent des dryades locales) qui a fait de mauvaises rencontres bien humaines celle-ci. Dans la seconde, deux gangs de variations vampiriques — les aswangs et les mananaggals manquent de se déclarer la guerre. Et si les habituels prédateurs n’étaient devenus que des proies ? Et la troisième est une intéressante variation sur le thème des cœurs brisés et du chagrin étouffant. Mais la véritable pépite de cet album est le dernier récit Fight of The Year. Dans celui-ci, Trese retrouve son homologue qui protège General Santos City et l’on découvre le prix qu’il a accepté de payer chaque année pour acheter la paix dans sa ville. Et jusqu’à quand ? Particulièrement humaine et, somme toute, assez classique, cette histoire est bluffante par ses graphismes et sa galerie de monstres qu’elle présente.

Et disons-le clairement, Kajo Baldisimo arrive encore à se surpasser dans cet album. Que ce soit dans la composition des images, le rendu des ombres et des lumières (le komik est comme le manga une bande dessinée uniquement en noir et blanc) ou les différents styles utilisés, il se renouvelle sans cesse et apporte un écrin magnifique aux histoires de Budjette Tan. Et je vous mets au défi de ne pas sourire en voyant les encarts faisant la jonction entre deux histoires, particulièrement celui montrant Trese et les Kombals en version chibi.
Ah et si vous me posez la question ? Oui, le tome 5
est déjà précommandé. Il ne sortira qu’en octobre prochain, nous en reparlerons à ce moment-là ? Et qui sait d’ici là, le tome 2 sera peut-être disponible en VF ?

Trese — Last Seen After Midnight
De Budjette Tan (scénario) et Kajo Baldisimo (dessin)
Éditions Ablaze

Confessions d’une Séancière

Qu’est-ce qu’une séancière ? Dans le cadre du livre chroniqué aujourd’hui, il ne s’agit ni d’une conférencière, ni d’une journaliste spécialisée dans le suivi de l’activité parlementaire. Ici, il est question d’une chamane martiniquaise à mi-chemin entre la prêtresse, la conseillère matrimoniale et la rebouteuse. Et les Confessions d’une Séancière sont le prétexte à nous raconter des mésaventures arrivées à sa clientèle ou non avec les esprits locaux et notamment les terribles Papa Dlo et Manman Dlo, roi et reine des eaux et couple dysfonctionnel au possible. Avec ce recueil, Ketty Steward nous livre des tranches de vie mâtinée de fantastique autour de son île natale, la Martinique. Alternant poèmes à la graphie surprenante et petits contes de mise en garde folklorique, sa séancière est tour à tour drôle, inquiétante, douce, mélancolique ou proprement terrifiante suivant les sensibilités de chacun. Sur la trame d’histoires universellement connues — comme une morte qui s’offre une dernière soirée de plaisir, une maison hantée à apaiser ou une vieille femme qui retire sa peau pour se transformer en rat volant — elle nous raconte des récits modernes où les morts utilisent Pôle Emploi pour parfaire la leçon infligée à une jeune insolente. À travers eux, elle nous parle des bons et des mauvais côtés de la société martiniquaise, du rejet ou de l’acceptation de soi et de l’autre, du deuil, de la condition féminine, mais aussi de musique, de rires d’enfants, de chasse aux écrevisses et de plaisir de la danse.
Vous l’aurez compris. Ce livre est de ceux que l’on devrait picorer par-ci, par-là et qui finissent dévorés d’une traite comme un paquet de chips à l’apéro. Quitte à y revenir le temps d’un récit ou d’en réciter en passant un poème dont la musicalité nous a tapé dans l’oreille.
En revanche, les éditions Mü ayant été absorbées par Mnémos, en attendant une ressortie éventuelle sous un nouveau format, il faudra vous tourner vers les bibliothèques ou le marché de l’occasion pour trouver ces Confessions d’une Séancière (ou contacter directement l’autrice sur les réseaux sociaux pour savoir si elle a quelques exemplaires papier en stock).

Confessions d’une Séancière
De Ketty Steward
Éditions M
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