La Débusqueuse de mondes

Le prénom choisi par l’autrice a attiré mon regard, la couverture avec sa baleine spatiale proche des Acanti l’a retenu, et le 4e de couverture a achevé de me convaincre. La Débusqueuse de mondes de Luce Basseterre s’est vite retrouvé dans mon panier d’achats lors d’une razzia dans l’une de mes librairies favorites. Disons-le tout de suite : je ne regrette pas l’achat. Ce roman de space opera est un pur régal.
Dans
La Débusqueuse de mondes il n’est pas question de guerre spatiale, mais de commerce et d’écologie. Raconté à trois voix, ce livre met en scène une galaxie multiespèce où la Terre a été abandonnée des millénaires auparavant et d’où les Humains sont partis en ordre dispersé. L’histoire commence quand la débusqueuse du titre, une amphibienne nommée D’Guéba trouve un survivant sur une planète qu’elle comptait terraformer et revendre aux espèces en mal de mondes. Ce survivant, un humain Otton va s’attacher à ses pas et à ceux de son cybersquale, Koba. De monde en monde, ce trio mal assorti va visiter toute la galaxie et débrouiller une arnaque à l’échelle d’un consortium couvrant de multiples planètes et de nombreuses espèces et hybrides.
Si vous aimez l’esprit de
Firefly ou celui de Farscape, La Débusqueuse de mondes est le livre pour vous. Bourré d’humour et d’action, ce roman arrive à surprendre à chaque page. Et il se dévore d’une traite. J’avoue, une fois la dernière page tournée, n’avoir qu’une envie : replonger dans cet univers. Ce sera surement chose faite en septembre avec la sortie de Le Chant des Fenjicks chez Mü éditions.

La Débusqueuse de mondes
de Luce Basseterre
Éditions Livre de poche

Le cheese-cake de Caton et autres histoires romaines

Juriste et historienne spécialisée dans le droit antique (grec et romain), Eva Cantarella se passionne pour cette époque dans tous ses aspects. Elle fait notamment partager sa passion aux lecteurs du Corriere della Sera au travers de différentes chroniques. Ce livre, Le cheese-cake de Caton, les rassemble en suivant quatorze thématiques différentes couvrant tous les aspects de la vie quotidienne : l’hygiène, l’amour, la cuisine, les loisirs, les croyances, etc. Contrairement au titre français, Eva Cantarella ne se limite pas à la période romaine, mais raconte également des anecdotes grecques, réelles ou tirées de la mythologie, de la plus haute Antiquité jusqu’à la période byzantine.
Même si j’ai lu ce livre d’une traite, vous pouvez le lire comme les acheteurs du Corriere della Sera, une anecdote par-ci, une par-là. Sachant qu’à chaque fois, Eva Cantarella raccroche celle-ci à des faits de société actuels. C’est ainsi que nous découvrons que la GPA (grossesse pour autrui) était déjà pratiquée par les Romains, et que la propre femme de Caton (le jeune, pas l’amateur de cheese-cake) a rendu ce service à l’un des proches de son mari, sans qu’on lui demande son avis au passage. Vous apprendrez également que les Romains étaient de grands lecteurs avec 28 bibliothèques publiques dans la ville. Chacune contenant entre 10 000 et 30 000 ouvrages disponibles à la consultation ou en prêt !
De la naissance à la mort en passant par les revendications des matrones romaines et les bienfaits d’Homère sur le rythme cardiaque, vous apprendrez une multitude de choses sur les lointains ancêtres de la civilisation européenne. Tout en vous amusant et sans jamais vous ennuyer une seconde.

Le cheese-cake de Caton et autres histoires romaines
de Eva Cantarella
Traduction de Patrizia Sirignano
Éditions Albin Michel

Notes de lectures estivales

Les vacances sont également le temps de lire ou relire des livres. Tous ne méritent pas une chronique dédiée, par leur qualité, leur sujet ou par le fait qu’ils se rattachent à d’autres livres. Voici néanmoins un aperçu de mes dernières lectures

Lies Sleeping

Je vous ai parlé de Rivers of London, n’est-ce pas ? Depuis les deux premiers livres de la série lus et chroniqués, j’ai continué les aventures de Peter Grant (en romans uniquement je n’ai pas plongé dans les comics). Cette dernière histoire, Lies Sleeping, marque la fin de l’affrontement de Peter Grant avec Mr Punch d’un côté et avec The Faceless Man de l’autre, en attendant l’entrée dans un nouveau cycle d’aventure à l’automne. Ici, le jeune homme se débrouille de mieux en mieux avec la magie et la psychologie des créatures surnaturelles. Il a tout de même quelques difficultés pour effectuer correctement son travail de policier et gérer sa vie de famille, et surtout sa belle-famille. Passé l’effet de surprises de Rivers of London, le reste de la saga de Peter Grant constitue une série d’urban fantasy plaisante à lire et solide. Même si chaque volume se distingue peu des précédents. À lire pour les amateurs du genre.
Lies Sleeping
de Ben Aaronovitch
Éditions Gollancz

Noire Magie

En été, je consomme beaucoup de livres d’horreur. Et la vieille collection Pocket Terreur reste l’une de mes sources favorites. Ce Noire Magie de Tom Tryon est un cas à part. Entamé dans la plus haute antiquité égyptienne, il se déroule ensuite dans une version moderne de New York avec la rencontre entre un magicien de rue et un sorcier hors d’âge. Plaisant à lire avec des tournures de phrases virevoltantes, le rythme est en revanche plutôt lent et l’action tarde à décoller. Ce qui est dommage pour ce type d’ouvrage. Attention si le texte a été écrit à la fin du 20e siècle, il y a dans certaines descriptions des relents racistes assez désagréables.
Noire Magie
de Tom Tryon
traduction de
Elisabeth Vonaburg
Éditions
Pocket

Moi, Lucifer

Voici un livre que j’aurais aimé aimer. Hélas, le texte est tellement décousu et répétitif que je l’ai abandonnée en cours de route sans la moindre envie de le reprendre. L’histoire se veut une autobiographie de Lucifer lui-même, coincé dans le corps d’un écrivain raté pour un mois avant de potentiellement regagner sa place au Paradis. N’est pas John Milton qui veut, et Glen Duncan est loin d’avoir le talent de son prédécesseur. L’accumulation d’allusions grossières pour choquer le lectorat ne fait que le lasser sans être justifiée par une vraie intrigue. À éviter !
Moi, Lucifer
de Glen Duncan
traduction de Michelle Charrier
Éditions Folio SF

C’est dans la poche !

En lectrice de science-fiction de longue date, le nom de Sadoul ne m’était pas inconnu que ce soit par la fille, Barbara, spécialiste des vampires ou par le père, Jacques, grâce à qui bien des noms de la science-fiction anglo-saxonne ont été découverts en France. Ce livre de souvenirs raconte les aventures professionnelles du père de ses débuts à la faculté à Paris à son départ à la retraite. Le tout est traité par année en mettant face à face la grande actualité et le quotidien de Jacques Sadoul. Que le personnage vous soit sympathique ou non (et vous changerez plusieurs fois d’
avis au cours de ces pages), cette autobiographie se lit avec grand plaisir. Elle fourmille d’anecdotes non seulement sur le monde de la science-fiction, mais également sur celui de la BD et le milieu de l’édition et de la presse en général. À charge pour le lecteur de démêler la réalité des enjolivements.
C’est dans la poche !
de Jacques Sadoul
Éditions
J’ai Lu

Literary Life

Si vous travaillez de près ou de loin dans le monde du livre, ou si vous avez des personnes de cet univers dans votre entourage, cette BD est un petit bijou. Elle vous fera sourire, rire, mais également grincer des dents au fil des pages. À travers de différentes chroniques, la caricaturiste Posy Simmonds se moque des travers des auteurs, des éditeurs, des chroniques, des libraires, bref de tout le petit microcosme littéraire. Mais toujours avec une certaine tendresse, mélangeant douceur et acidité à la manière des meilleures marmelades britanniques.
Literary Life
de Posy Simmonds
traduction de Lili Sztajn et Corinne Julve
Éditions Denoël

Le Troqueur d’âmes

Roger Zelazny fait partie des auteurs qui m’intriguent. Que ce soit dans ses longues sagas ou dans ses romans plus mineurs, généralement je ne m’ennuie jamais en lisant. En revanche, j’avoue ne conserver aucun souvenir d’Alfred Bester même si je suis quasiment certaine de l’avoir déjà lu. Au hasard d’une visite à un nouveau bouquiniste, je suis tombée sur ce livre réunissant leurs deux signatures : Le Troqueur d’âmes.
Je l’ai littéralement dévoré en une bonne sieste. Pourtant je serais bien en peine de vous le résumer simplement. Tout commence lorsqu’un journaliste américain, Alf, est envoyé à Rome en reportage dans une étrange boutique. Là, dans le Lieu Noir du Troqueur d’âmes, le tenancier et son assistante échangent traits de caractère et personnalités au gré des rencontres et au fil du temps. Dans cet endroit, rien n’est ce qu’il semble être au premier abord : ni la boutique et ses occupants, ni les visiteurs, ni même
le journaliste chargé de l’enquête…
Fruit d’une collaboration post-mortem, Le Troqueur d’âmes est un cadavre exquis foisonnant de mille idées à la minute et où seuls les personnages principaux et leurs variations font le lieu entre les différentes scènes. Il faut dire que l’histoire a été entamée par Alfred Bester, et qu’à la mort de celui-ci en 1987 le manuscrit a été repris par Roger Zelazny. La version finale ne sera publiée aux États-Unis qu’en 1998 soit trois ans après la propre mort de Zelazny. Dans la préface de cette édition, Greg Bear compare ce texte à une improvisation de free jazz entre deux grands auteurs de SF. Effectivement, cela semble l’idée générale, même si à la différence d’une improvisation entre deux musiciens ou même d’une écriture à quatre mains comme De bons présages, ici il n’y a pas de dialogues entre les auteurs. Les obsessions de l’un suivent celles de l’au
tre en s’y raccrochant, mais sans réelle fusion entre les deux. Et les erreurs de traduction, comme « œil privé » pour « private eye » là où un « détective » semblait pourtant évident, n’aident pas à bien amalgamer le tout.
Le résultat donne néanmoins un livre plaisant, très riche, échevelé et parfois très drôle, facile à lire, mais impossible à résumer. Ce n’est certainement pas le meilleur de ce que pouvaient écrire seuls Alfred Bester et Roger Zelazny, mais il se laisse découvrir.

Le Troqueur d’âmes
d’Alfred Bester et Roger Zelazny
traduction de Bernadette Emerich et Pierre Bayart
Éditions J’ai Lu

La schismatrice

Certains auteurs font partie des pères fondateurs d’un genre. C’est le cas de Bruce Sterling pour le cyberpunk anglo-saxon. Et La schismatrice est l’une de ses œuvres phares dans le domaine. L’ayant trouvé par hasard dans la « boite à lire » de la plage, j’ai décidé de tenter l’aventure.
À la différence de mes lectures estivales habituelles, je ne l’ai pas lu d’une traite.
La schismatrice tient plus du concept littéraire que l’on admire que du roman passionnant qui vous plonge dans ses pages sans vous lâcher jusqu’à la fin. En effet, aucun des personnages de Bruce Sterling, à commencer par le « héros » de l’histoire Abélard Lindsay, n’a éveillé de sympathie en moi. Les raisons de la vendetta qui l’opposent à Philip Constantin au fil des décennies sont assez maigres, et sa tendance à fuir systématiquement n’est pas des plus héroïques. En revanche, l’univers dépeint par Bruce Sterling est foisonnant d’idées. Se plaçant dans un système solaire où une partie de l’humanité a fui une catastrophe climatique dans des habitats autour de la Lune ou dans la ceinture d’astéroïdes, Bruce Sterling imagine une humanité tiraillée entre les tenants d’améliorations cybernétiques (les mécanistes) et ceux misant tout sur la biologie (les formationnistes). Au fur et à mesure chaque tendance va aller jusqu’à des solutions toujours plus radicales, comme les électro-câblés ayant abandonnés leurs corps physiques pour être des fantômes des réseaux d’information ou la geisha se transformant en astéroïde de chair humaine. Dans ces conditions, l’ajout d’extra-terrestres en devient presque superflu, si ce n’est pour la transcendance finale de Lindsay.
Faut-il lire La schismatrice ? À la manière des Voyages de Gulliver, l’histoire n’est qu’un prétexte pour que l’auteur présente sa vision de l’évolution de l’humanité et des sous-espèces qu’elle engendrera. Si vous aimez ce genre d’évocation, ou si vous adorez le cyberpunk mâtiné ici d’une bonne dose de space opera, n’hésitez pas. En revanche, si vous avez besoin d’une intrigue solide pour
vous plonger dans un livre, passez au large. Si le livre ne manque pas de rebondissements ni d’action, les liens entre chaque séquence seront trop lâches pour retenir votre intérêt.

La schismatrice
de
Bruce Sterling
Traduction de
William Desmond
Éditions
Denoël

Le bibliomancien

Quel amoureux de livres n’a pas rêvé que le monde décrit entre les pages soit aussi réel, voire plus, que celui dans lequel il se trouve ? Qui n’a pas voulu posséder un objet magique comme l’épée vorpale chère à Lewis Carroll ou Le Guide du routard galactique et sa couverture si rassurante ? Lecteur avide en plus d’être écrivain, Jim C. Hines a inventé un univers d’urban fantasy où la magie est tirée au sens propre des livres.
Dans Le
bibliomancien, premier tome de la série Magie Ex Libris, il nous présente Isaac Vainio, bibliothécaire dans un coin perdu du Michigan et son araignée inflammable, Titache. Lorsque trois vampires « pailletés » attaquent et démolissent son lieu de travail, il va devoir réutiliser sa magie après deux ans d’abstinence. Et comme tout bon livre de fantasy, cette action va le lancer dans une quête pour savoir qui se trouve derrière la guerre en cours entre les différentes espèces de vampires et les Gardiens, l’ordre qui empêche les créatures surnaturelles de se dévoiler et de détruire ou asservir l’humanité. Et si le problème se trouvait justement niché au cœur de cette organisation.
Avec une telle trame, Jim C. Hines aurait pu écrire un roman d’urban fantasy de plus vite lu et vite oublié. Si effectivement Le bibliomancien se lit très vite, il reste en mémoire. En effet, c’est une véritable ode aux littératures de l’imaginaire dans leur ensemble.
Il mêle habilement les références, l’action et l’humour pour finir par faire un livre plus profond qu’il n’y paraît au premier abord. Personnellement je ne pouvais qu’approuver la façon dont Isaac utilise les boucliers personnels sortis de Dune, et j’avoue avoir été étonnée de trouver Ponce de León dans un rôle clé aux côtés de Johannes Gutenberg, imprimeur ayant ici pris la place de Merlin comme sorcier suprême. Au final, Le bibliomancien forme une histoire plaisante qui pourra donner aux plus jeunes l’envie de découvrir les livres dont sont tirés certains artefacts. L’Atalante y a d’ailleurs songé en listant à la fin de l’ouvrage l’ensemble des livres cités dedans, et en précisant lesquels sont fictifs.

Le bibliomancien
de Jim C. Hines
Traduction de Lionel Davoust
Éditions L’Atalante

The Survival of Molly Southbourne

Ayant lu récemment The Murders of Molly Southbourne, j’attendais avec impatience la suite. Intitulée The Survival of Molly Southbourne, cette nouvelle de Tade Thompson est disponible depuis début juillet chez Tor, et est d’ores et déjà au programme de Le Bélial’ pour 2020 dans sa collection Une Heure-Lumière.
Vaut-elle le coup ? Disons le tout net, l’effet de surprise du premier ne joue plus dans The Survival of Molly Southbourne. D’autant que l’histoire reprend immédiatement à la fin de The Murders of Molly Southbourne. Attention, ne lisez pas la suite si vous n’avez pas lu le premier livre. Allez plutôt l’acheter ou l’emprunter, lisez-le et revenez…

Le livre est lu ? Bien, continuons. Donc dans The Survival of Molly Southbourne, une Molly Southborne a survécu à l’incendie. L’originale ou une copie ? Une copie peut-elle supplanter l’originale et la dépasser ? Molly Southbourne devra trouver la réponse à ces questions si elle veut survivre. Dans cet opus, nous en apprenons plus sur la condition dont souffrent Molly Southbourne et le passé de sa mère. Mais nous découvrons — et elle aussi — qu’elle n’est pas unique et que d’autres femmes ont le même don. Et que toutes ne le vivent pas comme une malédiction. Souffrant de stress post-traumatique en réaction aux événements du livre précédent, Molly va devoir établir de nouvelles tactiques pour survivre. Et peut-être enfin commencer à vivre réellement ?
Encore une fois en refermant
The Survival of Molly Southbourne, vous vous retrouverez avec une multitude de questions sur l’avenir de la protagoniste et sur l’univers dans lequel elle vit, à la fois si proche du notre et si différent. Ici, l’accent est mis sur l’évolution psychologique de la protagoniste (l’auteur est psychiatre de formation) et sur la façon dont elle interagit avec les autres. L’écriture reste toujours aussi fluide et il contient moins de scènes sanglantes que le précédent. J’ai donc dévoré The Survival of Molly Southbourne en deux petites heures d’insomnie. Même si je préfère pour l’instant le précédent, j’attends avec impatience la suite pour avoir enfin une vue d’ensemble sur cette Molly Southborne, étonnamment attachante.

The Survival of Molly Southbourne
de Tade Thompson
Éditions Tor

Coupable(s)

Dans la série « à quoi servent les soldes en numérique », voici un nouvel épisode, découvrir de nouvelles maisons d’édition. En l’occurrence, il s’agit du Flamant noir, spécialisé dans le polar. Malgré une couverture assez quelconque piochée dans une banque d’image, j’ai choisi Coupable(s) de Samuel Sutra. Pour deux raisons. La première est que parmi les différents titres proposés de lui, celui-ci est le seul qui ne met en scène un personnage récurrent. Je ne risque donc pas de débarquer dans une histoire sans en comprendre les références. Et la deuxième est que je ne connais pas du tout Samuel Sutra et que je me suis laissée appâter par la présentation de l’éditeur. Celui-ci le vend comme un croisement entre San-Antonio, Alphonse Boudard et Alexandre Astier. Peut être dans ses autres romans, mais pas dans Coupable(s). Celui-ci reste un polar de facture classique, mais à l’intrigue bien montée et prenant à souhait.
Trois meurtres atroces, trois enquêtes sur lesquelles la Criminelle piétine. Jusqu’à ce qu’une quatrième mort ne vienne donner un indice, Haïti, et n’ajoute à la brigade bien rodée de la Criminelle, un jeune inspecteur venu des Renseignements Généraux. Coupable(s) est d’ailleurs raconté de son point de vue, et prend l’enquête, comme lui, en cours de route. Seuls quelques chapitres relatent les meurtres eux-mêmes et donnent un éclairage complémentaire au lecteur.
Malgré l’indice du quatrième meurtre, ne vous attendez pas à partir pour une destination exotique : tout se déroule entre Paris et sa proche banlieue. Ni à du vaudou. Samuel Sutra s’amuse certes avec certains des clichés liés à Haïti, mais c’est pour mieux les détourner et se recentrer son polar sur une vengeance au cadre plus resserré, mais reposant sommes toutes sur des motifs bien plus terre-à-terre. Au final, une lecture plaisante et une bonne surprise.

Coupable(s)
de Samuel Sutra
Éditions Flamant Noir

Le Poulpe

Si vous voulez découvrir des polars à la française, courts et incisifs, en vous faisant une idée des talents d’un auteur, pourquoi ne pas commencer par une aventure du Vous. Du surnom de son personnage principal, Gabriel Lecouvreur dit Le Poulpe, cette collection d’histoires courtes, entre 100 et 250 pages en moyenne, rassemble de 1995 à 2016 les meilleurs auteurs du genre. Le principe présenté dès les trois premiers récits — La petite écuyère a cafté de Jean-Bernard Pouy, Saigne-sur-Mer de Serge Quadruppani et Arrêtez le carrelage de Patrick Raynal — est simple : Gabriel Lecouvreur, détective anarchiste découvre un fait divers en lisant le journal dans son bistrot favori du 11e arrondissement de Paris et part enquêter. Souvent seul, il sera parfois accompagné par sa compagne officielle, Cheryl, coiffeuse et grande amatrice de rose et de peluches de son état. Et le titre du livre est souvent un jeu de mots (outre les trois premiers, citons Arrête tes six magrets, Saké des brumes ou Un poison nommé Rwanda).
La structure des livres est toujours similaire et les personnages sont souvent connus (Le Poulpe, Cheryl, le patron et le personnel du bar, Pedro l’ami de Gabriel et fournisseur en armes et faux papiers), mais chaque écrivain — qu’il vienne du monde du polar, de la littérature générale ou autre — peut facilement mettre sa patte dans ce canevas, vite connu et reconnu. Même si souvent l’humour et l’ironie sont au rendez-vous. Du coup, la collection Le Poulpe est une bonne occasion de découvrir une plume et de se faire une opinion. D’autant que, publiés originellement chez La Baleine, de nombreux titres du Poulpe ont été réédités ailleurs, notamment dans la collection Librio noir de Flammarion vendus neufs 10F puis 3 €, et trouvable très facilement dans les brocantes, vide-greniers, bouquinistes ou boîtes à livre un peu partout. Pourquoi se priver ?

Le Poulpe
Collectif (le plus souvent un auteur par titre)
Éditions La Baleine
Certains titres sont également réédité chez Flammarion (Librio Noir)
ou chez Gallimard

Une histoire naturelle des dragons

Les soldes numériques sont décidément une bonne occasion de découvrir des séries que l’on n’osait essayer en version papier. Et contrairement à l’essai précédent, celui-ci fut un succès. Les couvertures des différents volumes des Mémoires, par Lady Trent de Marie Brennan m’avaient déjà tapée dans l’œil, mais je n’avais jusqu’ici jamais cédé à la tentation. C’est désormais chose faite et le premier tome, Une histoire naturelle des dragons, a rejoint ma liseuse avant d’être encore plus vite lu.
Comme dans Lady Helen : le Club des Mauvais jours, l’histoire débute dans
une famille de la bonne société d’un pays rappelant furieusement la Grande-Bretagne du 19e siècle avec le destin d’une jeune fille : Isabelle, qui deviendra la fameuse Lady Trent. Mais la comparaison s’arrête là. Ici, point de romance exacerbée, ni atermoiements sur ce que peuvent ou ne peuvent pas faire les filles. Seule fille au milieu d’une nombreuse fratrie, Isabelle sait très jeune ce qu’elle veut : elle étudiera les dragons et autres créatures volantes. Et, malgré les préjugés ambiants, son père et plus tard son mari ne feront rien pour l’arrêter. Au contraire, la voilà partie avec ce dernier pour une mission d’études des dragons d’Europe de l’est. Débarquant à 19 ans dans un village perdu au milieu d’une campagne ressemblant fort à la Transylvanie telle que décrite par Bram Stocker, elle et ses compagnons vont se retrouver mêlés à une enquête où les dragons seront tour à tour suspects, victimes ou alliés.
Le style même choisi pour le livre n’est pas sans rappeler celui de Bram Stocker. En effet, Une histoire naturelle des dragons est écrite sous la forme de mémoire issu de la plume acide de Lady Trent au soir de sa vie. Non seulement nous y avons une enquête fantastico-policière, mais également un récit de voyage et une étude des mœurs draconique et humaines de l’époque. Le tout parsemé de réflexions mordantes sur les préjugés des hommes que Lady Trent rencontre ou des remarques douces-amères sur ses erreurs de jeunesse. Même en version numérique, Une histoire naturelle des dragons est richement illustrée et, malgré un ton unique ou peut-être grâce à lui, se lit avec un très grand plaisir. Je me laisserais surement tenter par la suite, à l’occasion.

Une histoire naturelle des dragons (Mémoires, par Lady Trent 1)
de
Marie Brennan
traduction de S
ylvie Denis
Éditions L’Atalante