The Witches of New York

Entre roman historique et urban fantasy, The Witches of New York d’Ami Mc Kay est décidément un livre à part. Il revisite la figure de la bonne sorcière comme étant le symbole d’une femme forte, indépendante et curieuse de son environnement. Mais, au lieu de placer l’action dans un passé lointain, à la campagne ou dans un univers totalement inventé, il l’intègre au New York de 1880. C’est une période charnière où se croisent les miracles de la science, une extrême pauvreté et des vagues d’immigration successives mêlées aux blessures encore bien visibles de la guerre civile américaine. Le tout fait des rues de la métropole où s’activent nos héroïnes un chaudron idéal pour les avancées sociales et la violence, mais également un abri pour les pires formes d’obscurantisme et de ségrégation.
Dans ce New York de 1880 donc, trois femmes « sorcières » vont se trouver et s’épauler pour faire de leurs faiblesses respectives une force. La plus âgée, Eleanor, est celle qui correspond le plus à la sorcière traditionnelle, tour à tour herboriste, gynécologue avant l’heure et confidente avant tout. Enfant de la ville, défigurée au vitriol par une rivale, Adélaïde est néanmoins la séductrice du trio, mais aussi la diseuse de bonne aventure et la plus intrépide. Enfin, tout juste âgée de 17 ans et venue chercher fortune en ville, la douce et curieuse Béatrice parle aux vivants et aux morts. Ensemble, les trois femmes vont triompher d’un mari jaloux, d’un révérend au fanatisme sanglant et d’une misogynie ambiante particulièrement violente par la force de ses interdits.
Attention, ce roman est très dense. Il ne se contente pas d’aligner les péripéties de nos sorcières. Il prend le temps de détailler la psychologie des différents personnages, ainsi que leur environnement. De plus, la magie n’est quasiment jamais flamboyante. À quelques exceptions près, il serait tout à fait possible d’expliquer de façon rationnelle la magie pratiquée dans ce livre. Seules les fées pourvoyeuses de rêve n’ont pas de cause scientifique, mais de toute façon, hormis le lecteur personne ne les voit. The Witches of New York apporte également matière à réflexion sur ce qui définit une sorcière. Ce terme a longtemps été utilisé pour désigner une femme — ou parfois un homme — ne rentrant pas dans le moule de la société dans laquelle elle vit. D’autant plus si la femme en question va procéder à des avortements à une époque où ils sont interdits, refuser le mariage ou encore chercher l’amour dans les bras d’autres femmes. Si, jusqu’au 18e siècle, ces femmes trop libres finissaient mortes au nom de persécutions religieuses ; au 19e siècle, au nom de la science, elles finissaient souvent à l’asile psychiatrique victimes de traitement de chocs barbares ou en prison. Ces risques bien réels pèsent sur Eleanor, Adélaïde et Béatrice. Leurs sorts, tours et potions ne leur suffiront pas à leur sortir de leurs difficultés. En revanche, leurs intelligences, leurs déterminations et surtout la solidarité dont elles font preuve, malgré leurs désaccords, sont leurs meilleures armes.
Vous l’aurez compris, même si l’action est bien présente dans The Witches of New York, ce livre est surtout un magnifique portrait de femmes, et une tranche de vie — forcément incomplète — sur une époque. Révolue ? Hélas, pas obligatoirement.

The Witches of New York
Ami McKay
Editions Orion

Monstress

Débutée en 2015 chez Image la série Monstress est l’un de ces comics inclassables. L’histoire oscille entre l’aventure de fantasy et l’horreur pure entre pseudo-cannibalisme et tentacules Lovecraftiens à souhait. Le trait lui est à mi-chemin entre les anime issus du Studio Ghibli et le trait plus affirmé classique des BD américaines. Le tout se situe dans un univers où les mythologies nordiques, asiatiques et égyptiennes se croisent et s’incarne. Ce premier volume Awakening — l’éveil — nous présente un monde après la guerre entre des Humains classiques contrôlés par des sorcières Cumea et des Arcaniques, hybrides entre les Humains et les Anciens dotés de talents et dont les corps sont la source de la magie de Cumea. Dans ce monde abritant d’autres races comme les Chats, les Anciens et les Vieux Dieux, une jeune femme Maika Halfwolf est prête à tout pour comprendre ses origines. Particulièrement savoir d’où vient ce monstre qui se tapie en elle, et comment en contrôler la faim sans détruire son entourage. Ce monde est peut-être en paix, mais il n’est pas apaisé. Les traces de la guerre sont toujours là, les horreurs des batailles encore tapies au creux des cauchemars et des cœurs. Et la haine, la méfiance et la rancœur restent bien présentes d’une race à l’autre, que ce soit entre les ennemis d’hier, ou les alliés d’aujourd’hui. Pour autant, entre les failles, certains moments de tendresse et de confiance arrivent à rapprocher pour un temps les personnages au-delà de leurs différences et de leurs peurs. Les personnages, principalement des femmes à l’exception notable de Master Ren, un matou tigré roux à deux queues et à la langue bien pendue, sont tout en nuances. Un instant capable des pires atrocités, et l’autre faisant preuve d’une infinie douceur. Même celles qui n’ont qu’un rôle transitoire dans l’histoire sont étoffées au-delà d’un simple coup de crayon vite oublié. Acheté sur un coup de tête avant de prendre l’avion, Monstress m’a séduit. Et me frustre, car à l’issue de ce premier tome, je veux en savoir plus sur Maika et sur son univers. À bientôt pour une chronique du second volume ?

Monstress – Volume One Awakening
Ecrit par Marjorie Liu, dessiné par Sana Takeda
Editions Image Comics