The Soldier

J’ai souvent vu passer le nom de Neal Asher en science-fiction, mais hormis Grindlinked, lu au moment de sa sortie et oublié depuis, je ne m’étais jamais plongée dans son œuvre. Quand Netgalley proposa The Soldier en lecture avancée, je fus suffisamment intriguée pour tenter l’aventure.
Comme Grindlinked, et d’après Wikipédia quatorze autres romans et de multiples nouvelles, The Soldier se situe dans l’univers de Polity. Si vous le connaissez bien, vous y trouverez vite vos marques, même si Ian Cormac n’est plus du tout présent dans ce livre. Si vous n’avez lu aucun livre dans cet univers, ou si comme moi vous avez quasiment tout oublié, pas de panique. The Soldier est le premier volume d’une nouvelle série, Rise of the Jain, et semble se situer quelques siècles après les autres. Les différents protagonistes (humains, IA, extra-terrestres ou mélange de deux ou trois catégories) sont présentés en préambule du roman, juste avant un lexique expliquant certains concepts. De plus, tout au long du livre, les explications d’une particularité ou d’un point d’histoire arrivent pour mettre au courant tel ou tel personnage de ce qu’il s’est passé en son absence sans que cela ne soit fait de manière trop lourde. Une phrase bien placée suffit parfois à comprendre un élément présenté trois pages auparavant.
Et l’histoire de The Soldier ? Accrocheuse est le seul mot qui me vient à l’esprit. Je ne suis pas particulièrement friande de science-fiction militaire et pourtant cette histoire narrant les préparations d’une guerre spatiale d’une ampleur encore non mesurée m’a séduite. Même si je dois reconnaître avoir survolé les descriptifs de combats stellaires quitte à revenir quelques pages en arrière si besoin.
La variété des points de vue m’a plu. Nous avons des humains (Cog, Trike, Ruth, Orlandine), des IA (Earth Central, Angel, Pragus, The Wheel), des extraterrestres (Dragon, The Client, les Pradors). Chacun a son propre agenda, ses propres peurs et ambitions, ses propres sentiments. Et étrangement, ce ne sont pas forcément les humains les plus proches des lecteurs. J’avoue avoir eu un petit coup de cœur pour Bludgeon et Cutter, deux drones de combats vétérans reconvertis dans la construction de mégastructures stellaires. L’histoire concentrée sur quelques mois trouve son origine cinq milliards d’années auparavant lorsque les Jains, race d’extraterrestres si belliqueux que même leurs reliques abandonnées peuvent détruire des civilisations, ont disparu. Sauf que… de vieilles IA se réveillent et des armes antiques refont leurs apparitions.
Malgré l’ampleur épique du récit, le changement permanent de points de vue dans The Soldier apporte la touche personnelle qui permet au lecteur de s’attacher à l’histoire et à ses personnages. Que ce soit Trike au bord de la folie cherchant sa femme Ruth ou The Client seule survivante de sa race à la poursuite de ses origines, tous aident le lecteur à s’ancrer dans cet univers si loin du nôtre.
Et du coup, je vais peut-être relire Grindlinked et d’autres histoires du Polity.

The Soldier
de Neal Asher
Éditions Skyhorse

Fil rouge 2018 : Chroniques des Années noires

Dans notre fil rouge 2018, septembre est placé sous le signe de l’uchronie. Étrangement, celle qui m’a le plus marqué récemment est signé de Kim Stanley Robinson, un auteur que je connais mieux pour ses œuvres se passant outre-Terre.
Dans ses Chroniques des Années noires, il réimagine l’histoire mondiale à partir du Moyen-âge. Il prend en effet comme date de changement, l’année 1347 et le début de l’épidémie de peste noire en Europe. Celle-ci au lieu de tuer 30 à 60 % de la population européenne comme dans notre réalité, en détruit 75 à 90 %. Du coup, les royaumes occidentaux ne peuvent imposer leurs dominations économiques et culturelles sur le reste du monde, et l’histoire change complètement de visages. Pour Kim Stanley Robinson (et le titre en anglais du livre — The Years of Rice and Salt — est beaucoup plus explicite), ce sont les empires chinois, indiens et ottomans qui vont marquer de leurs dominations le monde en se livrant au fil des siècles une guerre tantôt larvée, tantôt bien active.
Chroniques des Années noires est découpé en dix périodes et dix lieux différents, de l’Europe centrale de 1347 au 21e siècle, en passant par l’invasion du Japon par la Chine conduisant à la conquête des Amériques par la face ouest, ou Samarcande et le renouveau scientifique des Lumières. Dans chaque période, des personnages vont nous servir de guide, réincarnation des personnages précédents repérables par les initiales de leur nom.
J’ai beaucoup aimé Chroniques des Années noires pour plusieurs raisons. Déjà, c’est une uchronie qui reste résolument tournée vers la science-fiction et qui ne part pas dans un monde steampunk (même si j’adore également le genre) ou fantastique où la science et la magie ne se distinguent pas l’un de l’autre. D’autre part, parce que celle-ci prend un point de départ original : ce n’est ni la non-chute de Rome, ni la vie de Napoléon, ni la Seconde Guerre mondiale. Et le fil choisi poursuit une certaine vraisemblance, si l’on écarte le mysticisme impliqué par les différentes réincarnations, dont une en tigre. Quelle que soit l’époque, le récit se lit très bien et les petites histoires mettent en avant la grande. Quitte à donner envie de se plonger dans la vie de personnages historiques réels méconnus en Europe comme le marin Zheng He.

Chroniques des années noires
de Kim Stanley Robinson
Traduction de David Camus et Dominique Haas
Éditions Pocket

Le Terminateur

Les nouvelles ont ceci de pratique qu’elles donnent souvent l’occasion de découvrir de nouveaux talents. Ou dans le cas du recueil, Le Terminateur, d’avoir une idée de la diversité des styles de Laurence Suhner. J’ai choisi ce livre en passant sur le stand de son éditeur, L’Atalante, lors du dernier Livre Paris, principalement attirée par la couverture de Vincent Laîk et sans n’avoir rien lui de la dame. Des semaines plus tard, je l’ai attrapé, ne voulant ni me replonger de suite dans un gros roman après le précédent ni me contenter d’un format trop court. Et Le Terminateur fut une très bonne surprise.
Dans ce recueil, Laurence Suhner oscille entre la science-fiction pure (dont la nouvelle qui donne son titre au recueil et sa suite,
Au-delà du terminateur) et le fantastique (La chose du lac, La valise noire) avec des passages comiques (La fouine) ou plus tristes (Homéostasie). Pourtant, toutes ces nouvelles ont une petite musique, une trace et un rythme qui leur donne une identité commune. Les seules qui à mes yeux s’en écartent sont celles que j’ai le moins aimées (Différent et L’accord parfait). Plus distants, les protagonistes n’y ont pas la même profondeur que dans les autres. Et étrangement la nouvelle, Thimka, qui est liée aux romans déjà parus de Laurence Suhner peut se lire seule sans problème, mais sans forcément donner envie d’en savoir plus. Si je lis les romans de Laurence Suhner, ce sera parce que son style général m’a plu et non parce que j’ai envie de mieux connaître les personnages de cette nouvelle en particulier.

Le Terminateur
de Laurence Suhner
Éditions L’Atalante

Le Cœur perdu des automates

Il est des livres dont le résumé annonce une histoire somme toute classique, et qui se révèlent de pures petites merveilles de déconstruction. L’exemple parfait le plus récent est Le Cœur perdu des automates de Daniel H Wilson (à paraître le 13 septembre). S’il est connu comme roboticien, Daniel H Wilson s’intéresse ici aux ancêtres des robots conçus avant l’apparition de l’informatique, les automates.
Vivant depuis l’aube des temps au milieu de l’humanité, ceux-ci sont toujours à la recherche de leurs concepteurs originaux, ceux qui ont conçu l’anima qui leur donne une conscience et les distingue des jouets mécaniques classiques. Faute d’entretien régulier, leur nombre diminue et une guerre interne ravage leurs rangs. June, chercheuse spécialisée dans l’histoire de la mécanique, se retrouve sans le vouloir mêlée à l’acte final de cette tragédie, et pourrait être la clé de la survie des automates, voire de leurs renaissances. Si la courte-vie qu’elle est arrive à s’imposer face aux préjugés des longues-vies.
Chaque chapitre de ce roman est situé à une époque différente : Stalingrad en pleine Seconde guerre mondiale, l’Oregon du XXe siècle, la Chine antique ou la Russie des Tsars… Les narrateurs également alternent. On passe de June à son grand-père ou à Pierre, un automate amnésique qui retrouve au fil des décennies son passé. Si le titre français choisi, Le Cœur perdu des automates, peut faire penser à une romance (eh non) ou à un livre nostalgique (ce qu’il est d’une certaine façon), le titre originel — The clockwork dynasty — a un côté steampunk inexistant, mais également un côté grande saga qui correspond mieux à l’histoire.
Quel que soit le point de vue, quelle que soit l’époque, le lecteur s’attache aux personnages de chair et de sang, comme ceux de laiton et d’engrenage. Si l’action commence lentement et permet de prendre son temps pour savourer ce roman, elle prend vite du rythme et la fin, malgré les sauts temporels très étendus, se dévore d’une traite. Je crois que j’ai trouvé mon coup de cœur de la rentrée.

Le Cœur perdu des automates
de Daniel H Wilson
Traduction de Patrick Imbert
Éditions Fleuve

Dino Hunter

J’avoue : en présence d’un dinosaure dans un ouvrage de fiction, je perd rapidement toute objectivité. Ce qui me permet d’apprécier largement l’intégralité des Jurassic Park et autres Jurassic World au cinéma sans m’arrêter sur les gouffres logiques des scénarios. Ce qui fait que j’ai un faible pour Sauron en tant que méchant des X-Men. Et qui fait que je me suis régalée à lire Dino Hunter d’Olivier Saraja, avant de me le faire piquer par toute la famille.
Publié dans la collection Pulp des défuntes Éditions Walrus, Dino Hunter ne se prend pas au sérieux. Il y a de l’action, des dinosaures, des extra-terrestres et des situations invraisemblables à gogo. Pour autant, avec ce titre Olivier Saraja ne prend pas ses lecteurs pour des idiots. Bien au contraire, il les rend complices de son délire en jouant habilement avec les clichés du genre et en les entraînant là où ils ne s’attendent pas.
Tout commence pourtant par une simple balade le long du Rio Grande avant de virer au Jurassic Park moderne pour se terminer en invasion extra-terrestre grandiloquente… Et visiblement, une fin ouverte pour, éventuellement, lire un jour la suite des aventures d’Howard Buck. Comme tout bon roman pulp, ne vous attendez pas à des explications logiques : des vaisseaux sortent tout droit du cœur du soleil, des ptéranodons vivent encore à l’état sauvage à la frontière entre le Mexique et les États-Unis, et les motels américains laissent des squatteurs s’installer chez eux sans pantalon à l’heure du déjeuner… Laissez-vous simplement porter par les aventures de Buck et d’Amanda, imaginez-vous chevauchant votre dinosaure favori dans un décor de Far West et appréciez ce livre.
En revanche, comme les éditions Walrus ont fermé, si vous voulez vous le procurer, vous n’aurez plus cette belle couverture orange. A partir de septembre 2018, ce sont les éditions du 38 et la collection Le Fou qui accueille Dino Hunter. Et Olivier Saraja a annoncé qu’il y aura une suite.

Dino Hunter
de Olivier Saraja

Notes de lectures récentes

Ayant eu des lectures très fragmentées ces derniers jours, voici quelques notes rapides sur mes dernières aventures littéraires :

– Parfois les écrivains profitent de leurs anniversaires pour faire de beaux cadeaux à leurs lecteurs. C’est le cas de John Scalzi qui le 10 mai dernier a publié sur son blog une très courte nouvelle gratuite : Regarding Your Application Status. Très drôle et corrosive, elle a également la note politique et le franc-parler qui caractérisent John Scalzi hors de ses romans (et notamment sur Twitter).

– C’est également le cas de Stephen King qui nous livre avec Laurie une nouvelle à télécharger en PDF qui ne parle pas d’horreur, mais de vieillesse, de deuil et de résilience. Et de chiens. En trente-deux pages, Stephen King pose ses personnages et nous fait entrer dans leur univers, avec beaucoup de douceur et de mélancolie. Un petit bijou !


– J’ai enfin trouvé le temps de lire le tome 2 de Monstress : The Blood, dont j’avais chroniqué le premier volume aux tout débuts de ce blog ici. L’action se déroule quelques semaines ou mois après la fin de Monstress : The Awakening. Maika Halfwolf revient sur ses terres d’origine toujours suivie par Master Ren le chat, et Kippa l’enfant-renard. Elle veut retrouver ses souvenirs et comprendre d’où vient le monstre qu’elle contient. Ses pouvoirs suscitent également bien des convoitises parmi toutes les races en présence : humains, arcaniques de tous poils ou écailles, dieux anciens. Ce tome 2 plus violent que le premier joue entre le passé et le présent pour lever un voile sur les protagonistes de l’histoire et sur l’origine de leurs fêlures. Maika y apparaît plus froide et moins aimable que dans Monstress : The Awakening, mais son attitude s’explique — sans être excusable ! – par son passé. À noter que le dessin de Sana Taneka est encore une fois sublime de précision et de richesse. Le tome 3 devrait paraître en septembre.

– J’ai profité de la collection Une Heure-Lumière de Le Bélial’ pour lire Cookie Monster de Vernor Vinge et traduit par Jean-Daniel Brèque. Peut-être est-ce en raison de ma vie professionnelle en partie truffée d’IA et de simulation ? Peut-être est parce que depuis 2004, la date à laquelle a été écrite cette histoire, l’informatique a évolué et certains usages cités dans cette novella apparaissent comme préhistoriques ? Toujours est-il que même si j’ai pris beaucoup de plaisir à lire Cookie Monster, il ne m’a pas autant bouleversée que Un Pont sur la Brume. L’histoire est tout de même très classique et la chute prévisible assez vite.

– Toutefois, ce livre m’a donné envie de relire Cat le Psion de Joan D.Vinge, ex-femme du précédent auteur, mais puisque leur divorce date de 1979, il y a largement prescription, d’autant que le livre lui est postérieur. La version choisie était parue chez J’ai Lu traduite à l’époque par Michel Deutsch. J’avoue avoir toujours été fascinée par la télépathie et les histoires de télépathes. Et cette histoire d’adolescent issu d’une race télépathe forcé de collaborer avec les gens qui ont quasiment détruit son peuple et qui le haïssent m’avait beaucoup plus à la première lecture. Impression confirmée à la relecture, malgré un démarrage de l’action un peu lent. Un cran au-dessous de L’Oreille interne pour la description des affres du télépathe, mais beaucoup plus rythmé en termes d’aventures.

– Enfin, intriguée par la bande-annonce de Meg, le prochain gros film de bêbêtes monstrueuses avec Jason Statham, j’ai lu le livre écrit par Steve Alten. Résultat des courses, je n’irai pas voir le film. J’ai beau être bon public, les personnages sont une collection de clichés ambulants, entre la bimbo blonde ambitieuse jusqu’au crime, l’ami richissime alcoolique et stupide, et le père et la fille américano-japonais caricaturaux à un niveau quasi raciste. N’oublions pas le personnage principal qui de spécialiste de la plongée sous-marine en grande profondeur se révèle grand connaisseur en tous les domaines. Y compris dans l’anatomie des tissus mous d’un animal préhistorique au point de pouvoir retrouver dans le noir complet l’emplacement du cœur dudit animal en situation plus que stressante. L’écriture ne sauve même pas l’histoire. Fuyez !

Fil rouge 2018 : Dune

En ce mois de juin orageux, la thématique du fil rouge apparaît un peu décalée. Ce n’est pas grave, arpentons le sable pour nous sécher avec une saga mythique de la science-fiction : Dune de Frank Herbert.
Comment parler d’un livre qui vous a fait découvrir un genre littéraire entier ? Comment aborder une série de romans qui vous tient tellement à cœur que vous les avez lu une bonne vingtaine de fois pour les plus anciens ? C’est l’exercice difficile auquel je me livre dans ces lignes, soyez indulgents. Vous l’aurez compris, Dune et ses suites écrites par Frank Herbert (Le Messie de Dune, Les Enfants de Dune, L’Empereur-Dieu de Dune, Les Hérétiques de Dune, La Maison des Mères) occupent une place à part dans ma bibliothèque et dans mon cœur de lectrice. Je l’ai découvert à 10 ans avec la première édition de poche en français. La couverture de Suidmak et ce visage aux yeux bleus sur bleus m’a attirée et je me suis laissée happer par l’écriture. Depuis, je le relis régulièrement, en redécouvrant à chaque fois quelque chose de neuf au creux de ses lignes. Grâce à Dune, j’ai découvert la littérature russe, les tragédies grecques, je me suis sensibilisée à l’écologie et à la politique. Et j’ai surtout entamé avec ce livre ma longue histoire d’amour avec la science-fiction grâce à laquelle vous lisez ces lignes.
Dune, le premier roman, est l’histoire d’une tragédie (un duc trahi sur une planète hostile) et de la vengeance menant son fils adolescent au trône de l’Empire galactique. Le deuxième roman, Le Messie de Dune, narre la fin d’un règne et montre comment lorsqu’on mêle politique et religion, tout s’emballe et mène au désastre. Le tout au milieu d’intrigues de Palais n’ayant rien à envier à Shakespeare. Chaque livre, chaque cycle de cette série aborde des thèmes forts : l’écologie, la survie de l’espèce, l’addiction aussi bien au niveau de l’individu que de la structure économique (il suffit de remplacer « Épice » par « pétrole » ou « nucléaire » pour reconnaître dans les problèmes de l’Empire des échos de notre monde actuel), la prédestination face au libre arbitre, la place de l’éducation, etc. Pour autant, Dune et les autres romans écrits par Frank Herbert ne sont pas des pensums. Les personnages sont tous – à l’exception notable du baron Harkonnen et de Wensicia Fenring – très attachants, même les plus effrayants ou les plus tordus d’entre eux. L’action est également bien présente, même dans le livre le plus intimiste de la série (L’Empereur-Dieu de Dune), au point que je ne m’y ennuie jamais que ce soit en relisant en français ou en anglais. J’aime aussi beaucoup les Appendices (à la fin de Dune et du Messie de Dune) qui expliquent le monde où l’histoire commence : lexique et glossaire des personnages, mais également écologie de Dune et place de la religion dans l’Empire.
Si vous lisez les six romans (sept en français, car Dune a été divisé en deux tomes), vous vous embarquez pour 15 000 ans d’histoire, avec parfois de grands sauts temporels d’un livre à l’autre. Et pourtant, vous ne serez jamais déstabilisés. Mon seul regret est que la mort a interrompu Frank Herbert alors qu’il donnait une nouvelle direction à sa saga. Et les livres écrits par son fils et Kevin Anderson, me direz-vous ? Faites-vous votre propre opinion. Personnellement, j’ai lu les deux premiers, et je n’ai pas reconnu les personnages que Frank Herbert m’avait fait aimer ni retrouvé la puissance évocatrice de la saga originale. Je préfère considérer qu’ils n’existent pas, ce que d’autres font très bien avec les films (déjà sorti ou à venir) et la minisérie.
Dune n’est pas un livre facile à aborder. Soit on entre dedans et on se laisse porter, soit on reste hermétique à la lecture des premiers chapitres. Dans ce deuxième cas, faites l’effort d’aller un peu plus loin. Comme le plus précieux des joyaux, Dune dévoile tout son éclat et sa richesse après quelques efforts.

Dune de Frank Herbert
Éditions Berkley
Traduction de Michel Demuth
Éditions Presse Pocket*

*Il y a de nombreuses autres éditions du livre tant en français qu’en anglais, certaines nettement plus récentes, mais j’ai préféré indiquer celles en ma possession.

Head On

Bien qu’adorant l’œuvre de John Scalzi depuis longtemps, la sortie de Lock In en 2014 avait été une révélation. Autant vous dire que quand la suite, Head On, était annoncée, je l’ai précommandée immédiatement. Et je l’ai dévoré en moins de 24 heures, encore une fois happée par le style clair de John Scalzi.
Nous sommes dans le même futur proche que dans Lock In. Plus exactement, nous sommes un an après les événements du premier livre. Le personnage principal, Chris Shane, et sa partenaire, l’agent Vann sont toujours membres du FBI et affectés aux affaires touchant les Halden. Ces derniers, dont Chris Shane, sont des malades atteints d’une variante du locked-in syndrome. Ils ont accès à la fois à un monde virtuel dédié, et au monde physique à l’aide d’androïdes où ils peuvent télécharger leurs consciences. Ces malades sont encore une fois au cœur de l’histoire. Il s’agit de comprendre pourquoi Duane Chapman est mort en pleine partie de Hilketa alors qu’il allait être décapité pour la troisième fois et servir de ballon pour son équipe.
Comme d’habitude, l’action de Head On est très rapide et ne manque pas d’humour. John Scalzi y ajoute un regard critique sur le monde sportif professionnel et ses dérives, tant en matière médico-financière qu’en matière de racisme glorifié vis-à-vis des joueurs. Il s’interroge également sur la prise en charge des malades de longue durée dans un pays où la protection sociale ne va pas de soi. Notons qu’outre les conséquences pour les malades et leurs familles, ce sont également les conséquences pour l’ensemble de la société qui sont abordées. Que vont devenir les aides-soignants des Halden, si ceux-ci ne peuvent plus les payer ? À quoi ressemblerait une société où chacun peut changer de corps suivant ses besoins ? Et surtout, un chat peut-il reconnaître son humain si celui-ci se balade d’androïde en androïde ? En 332 pages, John Scalzi aborde tous ces points au détour d’une intrigue policière bien sanglante et alambiquée comme il faut. Chapeau bas !

Head On
de John Scalzi
Éditions Tor

InCarnatis – Le retour d’Ethelior

Le livre ne se limite plus au format papier ou au fichier numérique simple. Au-delà des différentes expérimentations croisées dans ma vie professionnelle, j’ai voulu tester sur un plan plus personnel la chose. En tant que lectrice, le livre augmenté va-t-il me séduire ? C’est chose faite avec InCarnatis – La Vénus d’Emerae et son premier tome Le Retour d’Ethelior de Marc Frachet.
Sur le fond, il s’agit d’un roman de science-fiction post-apocalyptique assez original, tant par la cause de l’apocalypse que par ses conséquences. Et, fait rare en 2018, garanti sans zombie ! Le style d’écriture m’a fait penser à certains romans francophones parus dans les années 80/90 dans la collection Anticipation. J’aurais apprécié un peu plus de profondeur dans les personnages secondaires et peut-être un peu moins de manichéisme. Et j’avoue avoir été très frustrée par la fin abrupte de cette première partie. L’histoire se met à peine en place et l’on rentre enfin dans le vif du sujet quand… « la suite au prochain numéro. » Les concepts présentés sont néanmoins suffisamment intrigants pour donner envie de lire cette fameuse suite.
Sur la forme, j’ai utilisé l’application maison fournie gratuitement pour lire sur mon smartphone le contenu multimédia. Chez soi et en plein jour, cela fonctionne très bien. Il suffit de scanner le QR code et l’image apparaît ou l’animation sonore se lance. L’écoute peut se faire en même temps que la lecture du texte se poursuit sans que cela pose problème. Même les séquences radio passent bien et les informations reçues par ce biais ne m’ont pas gênée pour comprendre ce que je lisais ou vice-versa. En revanche, de nuit ou dans les transports en commune, cela manque vraiment de discrétion. Certes vous pouvez ajouter un casque à votre smartphone, mais personnellement j’ai préféré m’en passer : casque, smartphone et bouquin, ça commence à faire beaucoup en équipement à mon goût ! Et la qualité médiocre du réseau mobile de la RATP interdit tout simplement toute connexion Web dans le métro pour récupérer les éléments. Dans ces cas-là, je me suis contentée de la lecture simple, en cochant les pages avec QR Code pour y revenir plus tard.
Fond et forme réunis, cette expérience fut agréable. Est-ce que je lirais d’autres livres augmentés, hormis les tomes 2 et 3 de InCarnatis – La Vénus d’Emerae ? Pourquoi pas, si les médias sont justifiés et apportent un complément à l’histoire sans freiner la lecture ? Mais ils ne remplaceront pas de sitôt mes autres formes de lectures. Ils n’en ont pas l’ambition d’ailleurs.

Incarnatis – La Vénus d’Emerae
T.1 Le retour d’Ethelior
de Marc Frachet
Éditions ACCI Entertainment

Time Phantom: Amsterdam

En science-fiction, l’un des sujets les plus rabâchés depuis H.G.Wells est le voyage dans le temps. Il peut donner lieu à des merveilles d’ingéniosité comme à des salmigondis sans logique ni cohérence. Time Phantom: Amsterdam de Randy Anderson s’annonce comme appartenant à la première catégorie.
Après un prologue dans le New York de 2070, l’histoire commence avec Dane, un mannequin new-yorkais de 50 ans fraîchement divorcé venu s’oublier
dans l’Amsterdam de 2019 entre coffee shop, quartier rouge et canaux. Un soir, un malaise, et le voilà qui remonte le temps à rebours, sans pouvoir se contrôler. S’il reste immobile, il repart dans le passé ; s’il avance trop vite, il se précipite dans le futur. Et au cours de ses sauts dans le temps, il croise la route d’un homme translucide, Agent Charles, qui veut le tuer. Pourquoi ? Comment peut-il voyager ainsi dans le temps ? Pourra-t-il contrôler son don ou sa malédiction ? Sauvera-t-il l’humanité de la Sixième extinction ? Autant de questions auxquelles il va s’efforcer de répondre.
En mélangeant les codes du roman d’espionnage et de la science-fiction la plus classique, Randy Anderson signe un roman déroutant, mais qui agrippe très vite son lecteur et ne le lâche plus jusqu’à la dernière page. Et jusqu’à l’annonce d’un prochain tome à venir qui se passera au Danemark. Si le protagoniste principal n’est pas de prime abord des plus sympathiques à blâmer son ex-femme et à mettre sans cesse en avant son physique avantageux et son sens du style, il n’en devient que plus touchant par sa maladresse et son incapacité incroyable à se sortir des pièges que peut lui tendre le voyage temporel. En voici un qui n’a jamais entendu parler du paradoxe du grand-père et qui semble s’ingénier, saut après saut, à se mettre dans des situations de plus en plus épineuses et inextricables à résoudre. Heureusement que son entourage, conscient ou non de ses déplacements temporels, est plutôt plein de bon sens
pour le sortir de ses mauvais pas. Et d’un point de vue plus personnel, j’avoue que l’utilisation faite par l’auteur des déplacements lents par bateau est plus qu’ingénieuse et inattendue dans un livre d’anticipation. En revanche, je ne comprends pas encore la logique des interludes en l’an 2070. Peut-être dans le prochain roman ?

Time Phantom: Amsterdam
de Randy Anderson
Auto-édition