Le Fantôme d’Eymerich

Douzième – et, hélas, dernière – aventure de l’inquisiteur Nicolas Eymerich, Le Fantôme d’Eymerich marque la fin du cycle. Sauf que… Le sous-texte même du cycle et de ce roman implique l’idée d’un éternel recommencement légèrement décalé par rapport au premier. Et la conclusion du livre reste très largement ouverte. Et seule la mort de  Valério Evangelisti le 18 avril dernier nous prive définitivement d’une nouvelle future plongée dans les voyages spatio-temporels, entre histoire médiévale, SF ésotérique et fantastique.
Mais revenons à nos moutons, ou plutôt à notre inquisiteur dominicain. Dans ce roman, il va s’évader de prison pour se retrouver à Rome, où il assistera aux prémices du Grand Schisme d’Occident (qui aboutira à deux lignées de papes rivales pendant près de quarante ans : l’une à Avignon et l’autre à Rome). En sous-main à cette crise, il soupçonne la résurgence d’un culte ancien autour de Mithra et du taureau qu’il avait déjà affronté dans des aventures précédentes. Et se trouve confronté à chaque tournant à un mystérieux double de lui-même qui lui laisse des messages et le guide. Dans deux autres trames temporelles différentes, un scientifique américain construit un prototype de vaisseau spatial pour la République libertaire de Catalogne. Et dans un lointain futur, un mystérieux Magister guide les descendants de l’humanité dans sa dernière incarnation.
Comme toujours, les trois flux temporels vont se répondre dans Le Fantôme d’Eymerich, mais également renvoyer le lecteur aux opus antérieurs, que ceux-ci soient récents, ou qu’ils se situent au contraire au tout début du cycle. En revanche, ce roman semble épuré par rapport à L’Évangile selon Eymerich et Eymerich ressuscité. Valerio Evangelisti y perd moins ses lecteurs dans les détails historiques et ne les balade plus d’un bout à l’autre de l’Europe médiévale. Recentrée sur Rome, l’histoire principale y gagne à être moins délayée, contrairement à celle de Marcus Frullifer dont les déboires amoureux lassent très vite. En revanche, il ne peut absolument pas se lire seul. Non seulement Le Fantôme d’Eymerich fait référence aux tout premiers livres (en particulier Nicolas Eymerich, inquisiteur et Le Corps et le sang d’Eymerich), sans note de bas de page pour mâcher le travail de déduction au lecteur, mais en plus il est la suite directe des plus récents. Ce dernier roman est littéralement la somme des onze tomes précédents. Sans les avoir lus, il reste difficilement appréciable. En revanche, pour les fans de l’inquisiteur tel que rêvé par Valerio Evangelisti, c’est un pur régal qui donne envie de reprendre le cycle à son point de départ. Ce que j’ai fait cet été avec un grand plaisir mêlé de tristesse.

Le Fantôme d’Eymerich
de Valerio Evangelisti
Traduction de Jacques Barbéri
Éditions La Volte

(critique initialement parue dans Bifrost n°102 et remaniée pour tenir compte de l’actualité)

 

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