Clément Coudpel contre les spectres de la Samain

Connaissant principalement Livr’S à travers les deux plus récents livres de Graham Masterton et un polar futuriste, je me suis laissé tenter par la couverture de celui-ci. Signé Manon d’Ombremont, Clément Coudpel contre les spectres de la Samain a tout d’un roman fantastique jeunesse. Et quoi qu’en dise l’autrice, c’en est un, même si son protagoniste principal, grand amateur de manga et d’anime, dirait qu’il commence comme un shonen pour finir en seinen. Ou plus exactement qu’il ne se termine ni sur un happy end parfait, ni sur une tragédie, mais sur une fin douce-amère comme l’est souvent la vie.
De quoi parle Clément Coudpel contre les spectres de la Samain ? Du jeune Clément C., issu d’une famille de macrales (c’est à dire sorciers en wallon) qui, traumatisé par la mort de sa mère lors d’un rituel, rejette son héritage magique et veut vivre comme n’importe quel autre adolescent de 13 ans : à s’ennuyer en cours, jouer sur son ordinateur et lire des mangas. Sauf que les autres macrales de la région insistent pour qu’il prenne sa place au Cénacle, que sa sœur perd la mémoire, que sa tutrice bien que réduite à l’état de spectre lui mène la vie dure et que l’oncle de la famille est un immortel plus tellement très frais. À l’approche de la Samain, sa rébellion adolescente va libérer d’anciennes rancœurs et avoir des conséquences désastreuses. Y survivra-t-il ?
Après deux livres aussi denses que passionnants, lire
Clément Coudpel contre les spectres de la Samain fut une respiration bienvenue. Très agréable, il se dévore très vite grâce à des chapitres particulièrement courts. Son mélange constant entre différents univers magiques et culture geek est très plaisant. Et l’autrice évite les clichés avec des personnages qui ressemblent à des oignons : chaque couche en cache une autre…

Clément Coudpel contre les spectres de la Samain 
De
Manon d’Ombremont
Éditions L
ivr’S

De la légèreté

Qui dit rentrée, dit livre court ou facile à lire. En voici trois très différents les uns des autres lus entre mai dernier et la semaine passée qui ne vous laisseront pas indifférents et qui se glissent facilement dans son sac ou sa liseuse pour les dévorer dans les transports en commun.

Le Regard
Ken Liu est un auteur de science-fiction et de fantasy brillant, mais ses textes même courts, sont rarement d’un abord facile. Et sont plutôt exigeant. Si vous ne le connaissez pas du tout, Le Regard paru comme L’homme qui mit fin à l’histoire dans la collection Une Heure-Lumière du Bélial’ est un bon point d’entrée pour le découvrir. Prenant la forme d’un polar, il raconte une enquête de Ruth Law, détective privée augmentée d’un Régulateur qui efface ses émotions. Elle va se pencher sur la disparition de prostituées ayant remplacé l’un de leurs yeux par une caméra à titre de protection contre leurs clients. Surfant sur la thématique cyberpunk, Le Regard est à la fois un bon polar avec une composante science-fiction suffisamment légère pour plaire à tous et une réflexion sur le deuil et la façon de surmonter ses traumatismes. Sans pour autant être trop lourd dans le pathos pour se dévorer tranquillement en un aller-retour en transport.

Le Regard
de Ken Liu
Traduction de Pierre-Paul Durastanti
Éditions Le Bélial’

Spy x Family
Dans un genre tout différent, la dernière série des éditions Kurokawa, Spy x Family, est une comédie d’espionnage, dont la trame rappelle les comédies d’action des années 80 et 90. Dans un pays européen imaginaire mais ressemblant fortement à l’Allemagne avant la chute du mur de Berlin, Twilight espion aux multiples visages se voit confier une nouvelle mission :
se rapprocher d’un chef de parti politique qui n’est accessible que durant les réunions de parents d’élève de son fils. L’espion en question a donc une semaine pour se trouver une femme et une fille et passer l’examen d’entrée de ladite école. Ses recherches aboutiront à une orpheline télépathe de 6 ans avec un gros problème d’attachement et une jeune femme célibataire, tueuse à gages à ses heures. Si ce premier tome sert avant tout d’introduction aux différents personnages et à la mise en place de l’action, il semble prometteur. Le dessin est classique, mais très agréable à l’œil et l’ensemble ne manque pas d’humour ni de tendresse. Les personnages ne sont pas tout à fait aussi stéréotypés qu’on peut l’attendre. Et ce premier tome se dévore avec grand plaisir. Le second tome arrive en France en novembre et à l’heure où ces lignes sont écrites, cinq tomes sont déjà parus au Japon.

Spy x Family
de Tatsuya Endo
traduction de Sakoto Fujimoto
Éditions Kurokawa

Horizon Vertical
Et finissons sur une relecture avec Horizon Vertical de K W Jeter. Moins « gore » que certains de ces premiers titres de SF comme Dr Adder ou de ses titres fantastiques comme La Source furieuse ou Le Ténébreux, Horizon Vertical est un thriller où un journaliste ayant filmé la mauvaise séquence et sauvé la vie du mauvais sujet, se retrouve traqué par deux gangs de motards. Il va devoir quitter la sécurité, toute relative, de la façade de l’immeuble où il travaillait pour regagner l’intérieur horizontal où l’ennui qu’il avait fuit a laissé la place à d’autres dangers, au fur et à mesure qu’il s’enfonce dans des zones qui ne sont plus habitées. Écrit en 1989, ce livre est très daté notamment dans son traitement de la femme, mais il se lit néanmoins très facilement et offre une réflexion intéressante sur le journalisme et la quête d’image à tout prix.

Horizon Vertical
de K.W.Jeter
traduction de Pierre K. Rey
Éditions J’ai Lu

Shibuya Hell

En cinéma ou en manga, le Japon a une longue histoire avec l’horreur. Soit en revisitant des classiques occidentaux (vampires, goules ou loup-garou), soit en s’inspirant de ses légendes locales. Et parfois en prenant des créatures a priori parfaitement inoffensives pour faire des monstres sanguinaires. C’est le cas avec Shibuya Hell de Hiroumi Aoi. Dans cette série de manga — à ne décidément pas laisser entre les mains de personnes à l’estomac fragile — la source de tous vos cauchemars ne sont ni des géants ni des zombies, mais des poissons rouges. De toutes les formes et de toutes les tailles. Un certain 3 mars, ils envahissent le quartier animé de Shibuya en plein cœur de Tokyo et se mettent allégrement à croquer les passants. Le quartier est vite enfermé comme dans un vieux bocal à poisson. Les animaux de toutes les tailles, des petits alevins à la créature géante capable de ne faire qu’une bouchée d’un hélicoptère de transport, nagent dans l’air et semblent parler.
Le concept de base de Shibuya Hell est donc diablement intrigant, et le dessin est plutôt de très bonne qualité et avec force détails. En revanche, avec seulement deux tomes disponibles en français, et alors que la série est encore en cours au Japon, il est difficile de savoir si le scénario sera à la hauteur. Pour l’instant, le tome 1 sert plus de présentation de la situation vue de l’intérieur de Shibuya par un petit groupe de survivants et le tome 2 s’ouvre sur d’autres survivants et un mystérieux sans-abri. À la fin des deux tomes, on n’a toujours aucun début d’explication sur l’apparition de ces
cyprinidés anthropophages, et le lien commence seulement à se faire entre les protagonistes humains du premier tome et celui du deuxième. Ceux-ci sont jusqu’à présent des stéréotypes de personnages tokyoïtes : les lycéens peu intégrés à leurs groupes, l’idole des jeunes, la fille populaire infecte derrière ses apparences, le troufion yakuza de base, etc. Seul le sans-abri, qui serait ou ne serait pas un monstre lui-même, sort du lot. Et Hiroumi Aoi gagnerait à donner plus de rythme à son histoire. À un moment donné, les belles images et les mises à mort gore ne suffiront plus pour garder le lectorat. Si les deux premiers tomes m’ont intriguée et ouvert l’appétit, j’espère que le troisième sera plus copieux qu’un simple sashimi de carpe, et je me demande comment l’auteur, dont c’est le premier manga, compte tenir sur la longueur avec un tel concept. À suivre ?

Shibuya Hell T1 et 2
de
Hiroumi Aoi
traduction de Yohan Leclerc
Éditions
Pika

 

Biomega

De Tsutomu Nihei, en manga je n’avais lu que Blame! pour des raisons professionnelles, et si j’avais apprécié son style graphique, l’histoire était bien trop confuse à mon goût pour rentrer réellement dans son œuvre. Puis j’ai entendu parler de Biomega. Un homme, une moto intelligente ? Cela ressemblait tellement à Tonnerre mécanique que je ne pouvais que tenter l’expérience. Résultat ? Les six volumes de cette série ont été dévorés une première fois en quelques heures, et ont entraîné une relecture dans la foulée.
Biomega se situe approximativement 1000 ans dans le futur : Mars a été colonisé puis oublié, et
une équipe scientifique est partie sur place voir ce qu’il en restait. Elle revient sur Terre porteuse d’un mystérieux virus, le N5S qui transforme la population humaine en drones, comprendre des zombies sans fringale de cervelle avérée, sauf quelques spécimens immunisés. L’homme à la moto, c’est-à-dire Zoichi Kanoe, est chargé de sauver ces immunisés. Il va au fil des tomes découvrir toute une galerie de personnages attachants et intrigants, mais également découvrir que ce virus n’est finalement pas arrivé sur Terre par accident. Plusieurs factions comptent s’en servir pour accéder à l’immortalité et remodeler le monde à leur image.
Mélangeant des thèmes post-apocalyptiques avec une contagion ravageant peu à peu l’humanité et la remodelant de façon grotesque, et du cyberpunk avec des êtres de synthèses, des intelligences artificielles et des transferts de conscience, Biomega rebrasse de nombreux thèmes ch
ers à Tsutomu Nihei et déjà abordés dans Blame! Sauf que cette fois-ci, il les enrobe dans une intrigue nettement plus claire et avec des personnages beaucoup plus attachants. La fin, très ouverte, peut sembler obscure ou libre à l’interprétation du lecteur, mais le parcours est plus que haletant. Graphiquement, on retrouve les envolées architecturales de Tsutomu Nihei, avec un côté plus organique et dans certains plans plus européens. Comme le bâtiment où Ion Green habite au début de l’histoire ou certains villages sur la fin. On y trouve également un code assez claire : cheveux sombres ce sont des entités plutôt organiques, cheveux clairs ce sont des entités majoritairement électroniques. Et mine de rien, ce genre d’indice visuel devient bien pratique.

Biomega
(6 volumes
)
 de Tsutomu Nihei
traduction de
Olivier Neimari
Éditions
Glénat

Histoires de cuisine

Histoires de cuisine

Depuis Les nourritures extraterrestres, je savais déjà que livres de cuisine et bonnes histoires pouvaient se mélanger. J’en ai eu récemment la preuve avec deux ouvrages ci dessous. Et comme toute bonne recette est un mélange d’ingrédient, Natouille m’a parlé de sa dernière trouvaille dénichée chez Ombres Blanches. Du coup, nous allons parler cuisine !

La Cantine de Minuit — le livre de cuisine
À l’origine La Cantine de Minuit est un manga de Yaro Abe qui a été adapté en série TV et en film (disponible sur Netflix). Cette histoire d’un restaurant du quartier de Shinjuku à Tokyo, de ses clients et de son chef est publiée au Japon depuis 2006 et en France depuis 2017 et a déjà dépassé la vingtaine de volumes. Chaque histoire, tant dans le manga que la série TV, est centrée sur un client, sa situation et un plat qu’il ou elle affectionne particulièrement. Au fil du temps, un livre de recettes dédié a été écrit par Yaro Abe et la styliste culinaire Nami Ijima. Vous y découvrirez de nombreuses recettes de plats et d’amuse-gueule, avec les astuces de Master, le chef de la Cantine de Minuit. Et également quelques histoires, soit tirées des mangas soit dessinées pour l’occasion. Si vous aimez la cuisine japonaise ou si vous voulez découvrir ce qu’elle peut vous proposer au-delà des classiques sushi/brochettes, La Cantine de Minuit — le livre de cuisine est un excellent point de départ. Amuse-gueules, plats, desserts, issu de la tradition japonaise ou adaptation de plats internationaux (comme les spaghetti Napolitan), il y en a pour tous les goûts et pour toutes les bourses. En effet, c’est une cuisine de bistrot dont les ingrédients sont de consommation courante au Japon. Et en France ? La plupart se trouvent assez facilement dans les épiceries asiatiques de quartier ou en ligne, et ne sont pas couteux. Et certaines recettes se font même sans ingrédients particuliers. Côté ustensiles, vous devriez avoir tout ce qu’il faut dans votre cuisine.

La Cantine de Minuit
de Yaro Abe et Nami Ijima
traduction de Miyako Slocombe
Éditions Le Lézard noir

Mon chat, ma cuisine et moi
Ne connaissant pas du tout l’univers des manhwa (nom en coréen de la bande dessinée), je suis partie sans a priori aucun sur Mon chat, ma cuisine et moi de Han Hye Yeon. Et j’y ai découvert un livre de pâtisserie doublé d’une tranche de vie qui parlera à toutes les citadines. La partie « tranche de vie » raconte l’histoire de Jeanne, célibataire partageant un appartement avec ses trois chats, de son licenciement à sa reconversion et à l’ouverture de son propre commerce. Chaque épisode est rythmé par une recette de pâtisserie (ce qui calme la narratrice et lui sert d’antidépresseur) qui soit s’intercale entre les cases de l’histoire, soit est détaillée en fin de chapitre. Ce découpage n’est pas toujours pratique si vous souhaitez reproduire la recette, mais il fonctionne particulièrement bien pour suivre l’histoire de Jeanne. Le trait est minimaliste, et l’on s’attache bien vite à la vie de Jeanne et de sa petite tribu féline. Côté recettes, celles présentées dans le roman, à une exception près, sont plutôt d’inspiration occidentale, même si revisitées pour plaire aux goûts coréens. Vous devriez donc trouver sans mal les ingrédients et ustentiles nécessaires pour les reproduire chez vous. Elles sont relativement faciles à faire, et plutôt bonnes, mais elles demandent un certain investissement en temps et en doigté pour être réussies à la perfection.

Mon chat, ma cuisine et moi
de Han Hye Yeon
Traduction de Yeong-Lee Lim et Françoise Nagel
Éditions Kana

On va déguster
Ici je laisse la parole à mon invitée, Natouille.
S’il y a bien une chose à ne pas faire avec moi, c’est bien de m’emmener au rayon culinaire d’une librairie, car c’est un coup à faire fumer ma CB. La preuve  il y a peu, où, en recherche d’un livre de cuisine alsacienne, je partis en visite à Ombres Blanches où je tombai malencontreusement sur un piège : en tête de gondole, les deux livres On va déguster et On va déguster la France issus de l’émission éponyme de France Inter animée par François-Régis Gaudry. Je ne suis pas une assidue de l’émission, mais j’ai toujours apprécié la découverte qu’elle propose tous les dimanches. Hésitant environ 30 secondes entre la raison (n’en prendre qu’un) et le plaisir (prendre les deux), me voilà finalement repartie avec 6 kilos à déguster sous le bras. Et quel plaisir ce fut. Là où la plupart des livres de cuisine sont thématiques, On va déguster passe en revue et en vrac tout ce qui constitue l’art culinaire (ou presque), avec des contenus très variés, comme des adresses, des recettes, des anecdotes ou des points d’histoire. Vous saurez également comment cuisiner le parfait poulet rôti (3 heures au four, sachez-le), mais également où manger le pire plat junkfood du monde (la Crown Crust Pizza, improbable combo de pizza et de cheeseburger, 2800 calories, une abominable invention de Pizza Hut, uniquement disponible au Moyen-Orient).
Chaque thème comportant de 1 à 4 pages, vous pourrez, selon votre humeur et votre appétit, picorer quelques pages de-ci de-là ou bien dévorer les deux volumes (tentant, mais un peu indigeste quand même, j’ai eu du mal à faire plus de 50 pages d’affilée sans avoir envie d’un citrate de bétaïne). Le petit point fort de ces livres : le contenu n’est nullement classé par rubrique, chaque nouvelle page est donc une complète surprise, car il n’y a pas d’enchaînement logique. On passe des frites aux fraises, puis aux sardines. « On va déguster » ressemble un peu à la recette du picon-citron dans la trilogie marseillaise de Pagnol : 1/3 Wikipédia, 1/3 livre de recettes, 1/3 livre d’histoire et 1/3 guide gastronomique (oui, ça fait 4 tiers, et alors ?) c
es livres vous feront non seulement saliver, mais vous allez vous cultiver et vous pourrez par la suite briller en société (autour d’un repas préparé grâce aux recettes incluses bien entendu).

On va déguster et On va déguster la France
de François-Régis Gaudry
Éditions Marabout

Le Journal des chats de Junji Ito

Que se passe-t-il quand vous vous retrouvez exfermée dehors parce que vous êtes partie faire une course avec le mauvais jeu de clé ? Dans mon cas, vous vous réfugiez à la bibliothèque de quartier en attendant qu’un autre occupant de la maison rentre pour vous ouvrir. Et c’est ainsi que je suis tombée sur une petite pépite comique : Le Journal des chats de Junji Ito.
L’auteur et narrateur de cet album est un mangaka spécialisé dans l’horreur et, au début de l’histoire un peu ailurophobe sur les bords. Il emménage avec sa nouvelle épouse, qui elle n’imagine pas la vie sans chats, dans une maison neuve. Et Yon, le chat noir et blanc au pelage tête-de-mort, ne tarde pas à les rejoindre, bientôt suivi par Mu, chaton des forêts norvégiennes. Commence alors une longue période d’adaptation entre le
narrateur et ces bêtes démoniaques entre toutes : des félins domestiques.
Le moindre détail ordinaire de la vie de chats (une nuit passée dans la chambre des humains, une litière pleine, une dispute pour le haut de l’arbre à chat, une stérilisation…) devient sous
la plume de Junji Ito, une histoire effrayante. Le fait que l’auteur dessine sa femme sans pupilles visibles et avec un choix vestimentaire évoquant Freddy Krueger aide également à se mettre dans l’ambiance. Ajoutez-y une alternance entre la case montrant ce qui se passe réellement et ce que voit Junji Ito, et vous obtiendrez de quoi éclater de rire à chaque page.
Que les amoureux des chats se rassurent : Yon et Mu ne sont pas des créatures maléfiques. Enfin pas plus que le chat domestique ordinaire. Et Junji Ito ne s’en est pas débarrassé. Bien au contraire, il y est devenu encore plus attaché que sa femme. En revanche, ce manga a un avantage. C’est un one-shot donc le lecteur ne se lasse pas des péripéties.
Ce concentré de drôlerie vous fera plus qu’agréablement passer le temps.

Le Journal des chats de Junji Ito
de
Junji Ito
traduction de Jacque
s Lalloz
Éditions
Delcourt/Tonkam

Natsuko no Sake

À l’occasion d’une soirée découverte sur le saké au Renard doré, le premier volume de Natsuko no Sake est arrivé entre mes mains. Ayant grandi dans les années 80 et 90 en regardant des anime « tranches de vie » comme Jeanne et Serge ou Olive et Tom, le graphisme m’a tout de suite paru familier et je me suis plongée dedans dès mon retour.
Natsuko no Sake est un manga qui a été effectivement été écrit à cette époque, entre 1988 et 1991, mais qui n’avait jusqu’ici jamais été traduit en français. S’adressant de par son thème alcoolique aux adultes, il sortira en six volumes. Ce premier tome s’intéresse au retour au pays de Natsuko Saeki, fille de brasseur de saké partie tenter sa chance à la capitale. Elle revient dans l’exploitation familiale après la mort de son frère, mue mi par la culpabilité d’avoir abandonné les siens, mi par la nostalgie d’une vie à la campagne idéalisée. Et elle va s’atteler à réaliser le rêve de son frère : faire un saké issu d’un riz légendaire qui n’est plus cultivé depuis la Seconde Guerre mondiale.
Sous des dehors très simples et en suivant une trame, avouons le, très convenue dans ce style de manga « découverte d’un univers », Natsuko no Sake aborde une grande variété de thèmes : la misogynie de la société japonaise, l’incompréhension universelle entre ceux qui sont « montés à la ville » et ceux qui sont « restés au pays », mais également l’alcoolisme et le difficile équilibre entre vie privée et vie professionnelle. Et le saké dans tout ça ? Même si vous n’avez jamais goûté ce vin de riz (et si vous ne buvez pas d’alcool), Natsuko no Sake peut capter votre attention si vous êtes curieux et si vous aimez les documentaires. En effet, le manga est très détaillé sur la fabrication de cette boisson et sur les différentes catégories existantes. L’équilibre entre l’histoire elle-même et le côté explicatif reste toujours très juste jusqu’au bout. Quitte à utiliser certaines informations, comme la nécessité de tremper les grains de riz dans l’eau pendant plusieurs jours avant de les semer comme ressort narratif.
Graphiquement, le style d’Akira Oze est très daté, mais très agréable. Certaines pages, comme Nastuko labourant sous la pluie, sont même magnifiques. J’ai pris beaucoup de plaisir à lire les presque 500 pages de ce premier volume. Est-ce que j’irai jusqu’au bout de la série ? Il est encore trop tôt pour le dire.

Natsuko no Sake
de Akira Oze
Traduction de Satoko Fujimoto

Éditions
Vega/Steinkis

Avis d’invité : Capitaine Albator – Le pirate de l’espace

Aujourd’hui, séquence nostalgie. Ludovic, 46 ans tout juste, revisite un pan de sa jeunesse avec un manga culte. Et pour tout dire un pavé de 1082 pages. Laissons-lui la parole…

Pour celles et ceux qui comme moi ont grandi devant la télévision en suivant les épisodes d’Albator, cet intégral du manga (regroupant les 5 tomes parus initialement entre 1977 et 1979) est un vrai retour aux sources… Jusqu’à présent, je n’avais jamais eu la curiosité de rechercher ces mangas, me contentant de la série. Une grosse erreur ! Même si le manga ne va pas aussi loin que la série TV, et que l’histoire ne colle pas tout à fait, les personnages principaux sont au rendez-vous, les beuveries au saké (les femmes y boivent plus que les hommes d’ailleurs… Ce qui n’apparait pas dans la série TV française, du moins dans mon souvenir… sans doute un coup de la censure ?) et orgies de nouille rivalisent avec les batailles spatiales et les courses-poursuites avec des extra-terrestres sans pitié d’origine végétale,mais au physique à damner un saint aveugle et paraplégique.

Dès les premières pages, j’ai eu l’impression de replonger dans la série TV tellement la patte du dessinateur Leiji Matsumoto est présente. Il ne manquait que la couleur… Et pourtant… il y a de nombreuses pages sans texte que j’ai dévoré des yeux sans m’en lasser… J’ai également découvert quelques anecdotes intéressantes sur certains personnages que je ne me souvenais pas avoir vues dans la série. Mais chuuut, je n’en dirai pas plus…

L’équipe Kana a fait un travail de traduction formidable en respectant au maximum l’œuvre originale. Du coup, certains noms « francisés » ont disparu mais cela ne m’a pas perturbé. D’autres sont restés.

Si vous aimez les histoires de pirates dans l’espace, laissez-vous tenter !

Capitaine Albator « Le pirate de l’espace » – l’intégrale
de Leiji Matsumoto
Traduction de Sylvain Chollet
Éditions Kana

Magus of the Library

Voici un manga dont le battage médiatique m’a intrigué, en particulier le magnifique stand mis en place par l’éditeur durant le dernier Livre Paris. Le sujet de Magus of the Library avait tout pour me plaire : les livres et leurs pouvoirs d’évasion. Pourtant, j’avoue avoir été déçue par ce premier tome du nouveau manga de Mitsu Izumi. Non que le manga en lui-même soit mauvais ou mal dessiné, ce n’est pas le cas. C’est juste qu’il m’a laissé sur la fin.
Le tome 1 de Magus of the Library fonctionne en effet comme une préquelle avant le début des aventures réelles du héros dans le tome 2, non encore paru.
Tout commence à Amun, un village évoquant la Perse des Mille et une nuits ou la Samarcande telle qu’on l’image au temps de l’ancienne route de la Soie. Là, un tout jeune garçon pauvre, Shio Fumis, se fait moquer parce qu’il est différent des autres et qu’il aime lire. Et le directeur de la bibliothèque du village le renvoie systématiquement des lieux, car il est trop pauvre pour prendre soin des livres. C’est à ce moment que quatre envoyées de la Bibliothèque centrale, ou kahunas, arrivent sur place à la recherche d’un grimoire mystérieux et dangereux. Shio va les y aider, et lui gagnera le droit d’accéder aux livres qu’il souhaite avant de partir suivre leur exemple une fois devenu plus grand à la toute fin du volume.
Visuellement, ce manga est superbe. Le dessin est très travaillé, avec des tonalités arabisantes et une imagerie de monstres et merveilles qui prennent leurs sources aussi bien dans les Mille et une nuits que dans la féérie occidentale traditionnelle avec un chien licorne ou une petite fée ailée ressemblant très fortement à la fée Clochette de Peter Pan (la version Disney, en moins court vêtue mais toujours avec le même sale caractère). Il y a également un vrai travail sur les à côté, notamment les couvertures d’intérieur.
En revanche, je suis plus que sensible au message véhiculé par Magus of the Library : “protéger les livres, c’est protéger le monde”. Et la nécessité de conserver les écrits d’où qu’ils viennent pour conserver une trace du passé et du savoir globale me semble une évidence. Pourtant, le ton très prêcheur en la matière de Magus of the library et son insistance lourde sur le sujet m’a vite lassé. Peut être parce que je ne suis pas coeur de cible et parce que ce manga s’adresse à un public plus jeune ? En tout cas, personnellement j’aurais aimé en apprendre un peu plus sur la magie des kahunas et sur la façon dont elles s’en servent. Du coup, je vais peut être me laisser tenter par le volume 2 ne serait-ce que pour la qualité des dessins. Mais si le ton professoral continue et si l’histoire ne décolle pas, ce sera sans moi pour le tome 3.

Magus of the Library
de Mitsu Izumi
traduction de Géraldine Oudin
Editions Ki-Oon

Dômu — Rêves d’enfant

Parfois dans les rayons de ma médiathèque, je trouve des OVNIS comme les trois volumes de Dômu — Rêves d’enfants écrits et dessinés par Katsuhiro Ôtomo. Créé avant son œuvre plus célèbre, Akira, ce manga commence comme une enquête policière avant de basculer dans le fantastique, avec quelques cases qui tiennent plus de l’horreur. Le tout dans un Japon loin des clichés traditionnels de l’archipel. L’action se passe entièrement dans un ensemble de barres d’immeuble HLM déshumanisantes au possible comme on en trouve partout dans le monde depuis la fin des années 60.
Dans cet ensemble impersonnel, et, disons-le franchement propice à la déprime, depuis quelque temps les morts mystérieuses se succèdent : suicides, accidents… La police enquête, mais ne comprend pas les causes de ces morts. D’autant que certaines, comme le premier suicide montré, semblent tout bonnement impossibles. En réalité, elles sont toutes dues à un vieil homme solitaire et sénile qui utilise ses dons psychiques pour éliminer les voisins qui l’importunent ou dont il convoite les biens. Il faudra l’arrivée d’une petite fille aux pouvoirs similaires pour arrêter définitivement le massacre.
Ne cherchez pas dans Dômu — Rêves d’enfants d’explications sur l’origine de ces pouvoirs ni sur les raisons profondes poussant le vieil homme et l’enfant à agir. Ce qui intéresse plus Katsuhiro Ôtomo dans les 240 pages de ce manga, c’est de mettre en scène une série de personnages très ordinaires aux prises avec des événements dépassant leurs compréhensions. Comment leurs failles et leurs secrets vont les mener à leur perte ou leur salut.


Graphiquement, le style du dessin est incroyable par sa richesse et par son réalisme. Certaines planches se laissent admirer durant de longues minutes à la recherche du moindre détail, même si elles ne montrent rien de plus impressionnant qu’un immeuble en contre-plongée. L’utilisation du contrejour renforce également l’impression de vide et de froideur propre à cette cité. Si Dômu – Rêves d’enfants a des thématiques communes avec Akira, et notamment les pouvoirs psychiques, il en est aussi très différent avec sa façon d’être profondément ancré dans le quotidien. Créé entre 1980 et 1981, Dômu — rêves d’enfant n’a pas pris une ride et se lit toujours avec avidité.

Dômu — rêves d’enfant
de Katsuhiro Ôtomo
traduction de Anne-France Reycoquais
Éditions Les Humanoïdes associés.