Wombs, suite et fin ?

Couverture du dernier tome de Wombs paru chez AkataJe vous ai déjà largement parlé de Wombs, le manga de science-fiction militaire de Yumiko Shirai. Disponible depuis juin dernier, il s’est achevé sur un cinquième tome le 28 avril dernier. Si vous hésitiez encore à lire la série par peur de rester sur votre faim, ne craignez rien. La guerre entre les First et les Seconds arrive à sa conclusion avec son lot de trahison et de revirements, et les nibas, ces créatures étranges dont les auxiliaires de transfert porte des fœtus pour accéder à leurs pouvoirs psychiques, interviennent à leur tour dans la bataille.
Plus mystiques et s’éloignant du récit de guerre vu de la ligne de front, ces deux derniers tomes s’oriente plus vers un récit d’espionnage et un morcellement des luttes. En effet, la force brute et la stratégie ne suffiront pas à mettre fin au conflit. Non plus que d’envisager le contrôle global des populations sans tenir compte de leurs individualités. C’est d’ailleurs l’individualisme de Mana Oga et de la sergente instructrice Almare qui vont trouver chacune à leur façon le bon moyen pour arrêter les hostilités, quitte à se replonger dans des épisodes douloureux de leur passé respectif. Et les nibas ? À la différence des récits classiques du genre, ces entités non humaines endémiques à Jasperia ne sont pas les ennemis. Au contraire, pacifiques et étant guidées par les émotions, elles vont montrer aux humains que la voie vers la paix passe par l’expression des sentiments.
Est-ce la fin de l’aventure ? Pour les protagonistes de Wombs, c’est tout à fait possible. Pour les lectrices et les lecteurs, non. La mangaka a écrit un
e préquelle en deux volumes, Wombs Cradle, centrée sur Almare. Nous sommes quelques années après le début du premier conflit entre les First et les Seconds, et la technologie permettant d’implanter un embryon extra-terrestre dans un corps humain en est à ses débuts. Alors qu’une trêve fragile existe, les Wombs sont qualifiées de terroristes à tel point que toute femme enceinte doit en permanence porter une tenue identifiant sa grossesse comme autorisée au risque d’être éliminée à vue par les droïdes. Ancienne militaire, Almare est devenue résistante et poursuit un but qui lui est propre.
Notons que l’éditeur français, Akata a choisi de suivre la même voie que pour Boys of the Dead. En attendant une sortie papier prévue courant 2023, il prépublie en numérique un chapitre par mois environ soit à l’achat, soit avec l’abonnement sur la plate-forme Manga.io.

Premier chapitre de Wombs Cradle

Wombs
Wombs Cradle chapitre 1

de Yumiko Shirai

traduction d’Alexandre Goy
Éditions Akata

La Boîte lumineuse

La couverture évoque celle de Les Miracles du bazar Namiya, le lieu de l’action est similaire (une supérette dans l’un contre un ancien bazar dans l’autre) et au final, les deux œuvres apportent un certain apaisement et une lueur d’espoir. Pourtant La Boîte lumineuse, manga de Seiko Erisawa, ne pouvait être plus dissemblable du roman de Keigo Higashino.
La boîte lumineuse du titre est un konbini, supérette que l’on retrouve un peu partout au Japon ouverte souvent 24 h/24 et 7 j/7 où l’on trouve des biens et services les plus divers (distributeurs de billets, services postaux, réservation de spectacle, paiements de facture, mais également petite restauration froide ou chaude). Celle-ci pourtant semble encore plus variée : des ombres gloutonnes s’y transforment en chat-nuit, la gérante est une créature maléfique qui marchande l’âme de ses employés et les marques et l’un des vendeurs est un extra-terrestre qui observe les humains comme des fourmis dans un terrarium. Elle sert également de cadre à six tranches de vie mâtinées de fantastique au fur et à mesure que les clients entrent et sortent. En effet, la boutique se situe à la frontière entre ce monde et le suivant : elle attire les gens qui s’apprêtent à passer de vie à trépas. Suivant ce qu’ils feront et diront dans ses allées, et parfois si la gérante s’intéresse à leur sort, ils reprendront le cours de leur vie normale à la sortie ou non.
Chaque chapitre a sa propre morale, qui n’est pas toujours la plus évidente qui soit, et peut se lire indépendamment des autres. Et pourtant peu à peu, chacun fait avancer l’histoire commune et l’on se prend d’attachement pour Kokura, le chat-nuit et les autres… Tantôt mélancoliques, tantôt bourrées d’action et souvent non dénuées d’humour, ces histoires poussent mine de rien la lectrice ou le lecteur sur le sens de la vie et l’attachement à accorder à certaines activités ou certains biens.
Comme souvent chez cet éditeur, La Boîte lumineuse est une fois de plus une œuvre à part dans la production de manga actuelle, de par son format et son trait graphique comme de par son traitement de l’histoire. Je ne connaissais pas cette mangaka, mais je vais surement me pencher sur le reste de son travail.

La Boîte lumineuse
de Seiko Erisawa
traduction de Miyako Slocombe
Éditions Le Lézard noir

Saturn Return

Akane Torikai est une mangaka à ne pas mettre entre toutes les mains. Si graphiquement son style précis et doux captive et séduit, ses thématiques sont souvent dures et son propos souvent sans concession. Si je l’ai découverte avec son incursion dans la SF avec Le Siège des exilées, j’ai depuis dû lire tout ce qui est paru d’elle en français. Et j’avoue qu’avec sa nouvelle série en cours, Saturn Return, elle a encore réussi à me surprendre.
Saturn Return commence pourtant classiquement pour l’autrice, avec une protagoniste mal dans sa peau : Ritsuko Kaji, 30 ans. Après un premier roman à succès, elle n’arrive plus à écrire et s’enlise dans un mariage et une vie de femme au foyer qui ne lui conviennent pas. Quand elle apprend le suicide de l’ami qui lui a inspiré son roman, elle va enquêter sur les raisons de son acte avec son nouvel éditeur. Et ce faisant, va rouvrir des blessures anciennes et en créer de nouvelles.
Avec Saturn Return, Akane Torikai adopte les codes du polar. De prime abord, moins viscéralement émotionnelle que En proie au silence, cette nouvelle série cache bien son jeu et avance crescendo. J’avais trouvé le premier tome suffisamment intéressant pour réserver la suite en librairie, mais pas assez pour en parler de suite ici. Il faut dire qu’il posait les différents personnages et le début de l’intrigue, mais qu’il ne débordait pas forcément d’action. Avec le deuxième volume, Akane Torikai nous envoie dans une direction totalement différente et le rythme est nettement plus soutenu jusqu’à la fin et le « Quoi ? Mais ça ne peut pas s’arrêter là ? Je veux savoir ! » provoqué par les dernières pages.
Nous y découvrons que
Ritsuko Kaji est une narratrice bien peu fiable, tout comme le sont tous les autres personnages de l’histoire. De son nouvel éditeur prêt à toutes les compromissions, quitte à donner son corps contre une idée, pour obtenir un nouveau roman à l’ami disparu adepte des comportements limite, en passant par les ex et le mari actuel et son obsession pour la mettre enceinte, aucun d’entre eux n’est sans reproche. Tous ont des secrets empilés sur d’autres secrets et tout l’art de la mangaka est de nous donner envie de les découvrir peu à peu. En alternant les styles graphiques (notamment pour distinguer les souvenirs et les passages rêvés) et avec quelques cases extrêmement puissantes qui restent longtemps en tête, Akane Torikai signe encore une fois une histoire forte et passionnante qui en dit long sur les femmes et le mal-être dans la société japonaise en général. Attention, elle ne prend pas de gants et certains thèmes abordés peuvent heurter la sensibilité d’une partie du lectorat. Personnellement je signe direct pour le tome 3.

Saturn Return
d’
Akane Torikai
traduction de
Gaeëlle Ruel
Éditions
Akata

Magilumiere Co. Ltd

Ne cherchez pas le manga dont je vais vous parler en librairie. Il n’est pas encore sorti en France. Mais c’est l’une des pépites que j’ai découvert sur la version anglaise de Manga Plus donc partons d’abord à la découverte de l’œuvre avant d’en savoir plus sur le service ?
Magilumiere Co. Ltd est un récit imaginant que la « magical girl », ce personnage de manga et d’anime qui se transforme et acquiert des pouvoirs grâce à un objet magique et une incantation, est l’objet d’une véritable industrie avec ses grandes entreprises multinationales et ses start-ups débutantes qui se battent pour arriver les premières sur les sites d’extermination des monstres. Dans cet univers, Kana Sakuragi vient de quitter la fac et malgré tous ses efforts n’arrive pas à décrocher un emploi passé le premier entretien. De guerre lasse, elle finit par renouer avec ses rêves d’enfants et entre comme « magical girl » débutante dans une toute petite start-up. Cette série n’en est qu’à son début : sept chapitres ont été mis en ligne. Mais elle démarre sur les chapeaux de roues, en balançant agréablement la critique du monde du travail et des start-ups, l’action des scènes de voltige aérienne et de combat contre les « Kaii » (les monstres, proies des magical girls) et l’humour (notamment dans les relations entre les différents membres de la start-up). Graphiquement, le style est propre sans être révolutionnaire, mais il passe très bien sur iPad et surtout colle parfaitement à l’humour de la série. Si vous avez besoin de 5 minutes de détente, vous les aurez en lisant les chapitres de cette série au fur et à mesure.
Et donc Manga Plus ? Lancé par Shueisha (principal éditeur de magazine de prépublication de manga japonais) ce site permet de lire – en toute légalité ! – des mangas chapitres par chapitres en plusieurs langues (français anglais, espagnol, russe, thaï, malais…) et gratuitement. Pour cela, soit vous allez sur le site
dédié, soit vous téléchargez l’application pour Android ou iOS (personnellement donc j’ai l’application sur mon vieil iPad). Vous créez un compte et vous choisissez vos langues de lectures. Vous pouvez en cumuler plusieurs ce qui peut être utile pour avoir du choix car si l’anglais propose 126 séries différentes et l’espagnol 71, le français n’en propose que 10 (Kaiju n°8, Mashle, My Hero Academia, Sakomoto Days, One Piece, Black Clover, Mission : Yozakura family, The Elusive Samurai et Undead Unluck). Attention, toutefois, cette lecture n’est pas comme un livre. Le service est là pour vous donner envie de découvrir les titres et par la suite, de les acheter. A l’exception de vieux titres et des trois premiers chapitres de chaque série, les chapitres ne sont plus lisibles passés un certain temps. Généralement, suivant les accords entre éditeurs, et d’un pays à l’autre, les trois ou les six derniers chapitres sont disponibles à la lecture. Mais c’est une bonne solution 1- pour faire travailler ses langues étrangères à un ado rétif, 2- découvrir des titres nouveaux avant qu’ils ne débarquent dans la librairie ou la bibliothèque la plus proche de chez vous ou 3- tester un titre par petits bouts avant d’investir dans un album ou une série complète. Et si vous avez un titre qui vous plaît particulièrement, entrez le dans vos favoris et l’application vous enverra une notification à chaque fois qu’un nouveau chapitre sera disponible.

Magilumiere Co. Ltd
de Sekka Iwata et Yu Aoki
Traduction de Medibang Inc.
Disponible sur Manga Plus

Flow

Parfois la science-fiction peut se faire tendre et, tout en restant bien ancrée sur notre planète, oublier les catastrophes. C’est le cas pour Flow de Yuki Urushibara. Dans ce manga, qui sera fini en trois tomes, un phénomène étrange se produit parfois, le « flow ». C’est à dire un endroit où la réalité fluctue : les angles s’arrondissent, le cours du temps s’altère ou de nouvelles pièces apparaissent. Ce flow n’est que temporaire : il peut durer quelques minutes, des années ou se disperser une fois que le problème à l’origine de son apparition est résolu.
Dans une petite ville côtière, Hirota est éliminateur de flow. Il intervient à la demande de la mairie ou de particulier pour comprendre la cause des flow, et essayer d’aider la réalité à reprendre son cours normal. Dans ces opérations, il est secondé par Shachô, un gros matou blanc et de sa nouvelle assistante, Chima, bien plus vieille que son apparence ne le laisse croire.
De cas en cas, ils vont en apprendre plus sur les différents types de flow. Et sur les façons dont ceux-ci sont liés aux émotions humaines (ou félines!) : l’angoisse de l’avenir, l’amour parental, la peur de décevoir, la nostalgie du temps qui passe, etc. Par petites touches et au travers d’histoires amusantes et douces, Yuki Urushibara nous parle de nous et de nos relations aux autres, non sans quelques éclats de rire grâce aux gaffes d’Hirota et à Shachô. Lirais-je les tomes 2 et 3 ? Certainement. Ne serait-ce que pour comprendre ce qui est arrivé à Chima et parce que des instants de douceur comme celui-ci sont bien trop rares.

Flow t.1
de Yuki Urushibara
traduction de Pascale Simon
Éditions Kana

You’ve Gotta Love Song

Ayant découvert Akane Torikai avec Le Siège des exilées, et ayant été convaincue par son trait plus encore que par son récit, j’ai exploré un peu plus son œuvre. En commençant par un recueil de nouvelles, You’ve Gotta Love Song. Et… c’est une belle surprise.
Ce manga regroupe quatre histoires de femmes, quatre tranches de vie alors que les protagonistes sont dans l’expectative. Dans la première, Et si j’essayais de vivre ?, nous voyons une mère au foyer qui a tout pour être heureuse (un mari beau et avec un bon travail, un petit garçon aimant, bientôt une nouvelle maison) mais qui se sent vide et chercher un sens à sa vie. La deuxième, La Fugueuse, met en scène une lycéenne prête à quitter sa famille en plein hiver. À moins que le ragoût maternel ne la retienne ? Le Parc des cygnes est une rencontre entre une femme et son ancien amant, marié, qui l’a quitté en cédant au chantage de son épouse. La vengeance de l’ex-maîtresse sera… piquante. Enfin, You’ve Gotta Love Song, est la seule nouvelle du titre qui est raconté du point de vue d’un homme : l’amant d’une femme mariée qui reprend leur liaison après des années. Jusqu’à quand ?
Comment souvent chez Akane Torikai, le ton est doux-amer. Même si par rapport au Siège des exilées ou à En proie au silence, la douceur et l’espoir sont plus présents dans ces nouvelles. Ces formats courts, de pures vignettes, donnent à voir des moments dans la vie de femmes en relation avec des hommes tout sauf fiable (sauf peut-être le dernier). Ils restent également volontairement ambigus et laissent finalement le lecteur décider du sort des protagonistes : la mère de famille reprendra-t-elle sa routine ? Dans quelle direction ira la lycéenne ? Et la fin de You’ve Gotta Love Song est-elle un mirage ou une métaphore de la réalité ? Chaque histoire correspond à un travail graphique légèrement différent de la mangaka, pour coller à l’atmosphère. Visuellement, j’ai personnellement préféré La Fugueuse et You’ve Gotta Love Song (ce qui ne surprendra personne avec mon amour du réalisme magique). Akane Torikai ajoute en postface de ses histoires quelques mots sur son inspiration et notamment les morceaux de musique qui l’ont accompagnée pendant leurs créations. Une bonne idée pour les relire en musique.

You’ve Gotta Love Song
d’Akane Torikai
Traduction de Gaëlle Ruel
Éditions Akata

Suivi de mangas

Il y a quelques mois, je vous parlais de premiers tomes de mangas, en me demandant s’ils valaient le coup de continuer plus avant. Pour deux séries, ayant continué ma lecture, j’ai ma réponse. Découvrons donc…

Sarissa of Noctilucent Cloud – tome 4

À la sortie du premier tome, je me demandais si l’histoire saurait gagner en originalité ou si cela resterait celle d’un shonen de bagarre aérienne classique avec des kaïjus. Au sortir de ce quatrième tome, je dirais que Sarissa se situe toujours à mi-chemin entre ces deux tendances. Mais ce titre est surtout diablement addictif. Les personnages sont particulièrement attachants, et leur psyché a plus de profondeur que prévu. Quitte à appuyer là où ça fait mal, comme le passé du pilote français présenté comme un ex-skin raciste qui en dit beaucoup sur l’image de notre pays à l’étranger… Les mystères également s’épaississent et nous ne sommes pas dans la configuration bateau : un volume, un nouvel arpenteur à affronter. Qui sont les Anciens ? Pourquoi Danke et la nouvelle fireball ont-ils une apparence aussi étrange ? Que sont au juste les arpenteurs ? Que veut réellement Mum ?
Vous l’aurez compris, Sarissa est devenu pour moi l’un de ces titres détente que j’attends et que dévore aussitôt acheté. Les explications et notes en fin de volume font également partie de mon plaisir de lecture, en passionnée d’aéronautique.


Sarissa of Noctilucent Cloud
de Miki Matsuda (scénario) et Kome (dessins)
traduction de Akiko Indei et Pierre Fernande
Éditions Panini

Wombs – tome 3

Si les deux premiers volumes m’avaient convaincue de la qualité de cette série (même si son thème sous-jacent peut ne pas plaire à tous les publics), ce troisième tome de Wombs confirme cette impression en étant néanmoins plus classique. Mana Oga et ses collègues des forces de transfert ne voient qu’une partie de la guerre en cours et même leurs supérieurs ne jouent pas franc-jeu avec elles. Rien que de très normal dans une fiction militaire, mais même dans cet épisode de transition Yumiko Shirai arrive à nous captiver. Ici, plus que le changement de poste de Mana Oga, j’ai particulièrement apprécié d’en apprendre plus sur les navis et sur la population autochtone de la planète, les nibas. Si la guerre reste présente, l’action sur le front physique laisse la place à des combats psychiques que ce soit pour conquérir de nouveaux points de transfert ou pour que la protagoniste maîtrise ses nouvelles compétences tout en conservant sa santé mentale. Seul bémol, le style parfois trop précipité de la mangaka qui rend certains passages difficilement lisibles. La suite étant prévue pour janvier 2022, je vais la guetter avec impatience…

Wombs
de Yumiko Shirai
traduction d’Alexandre Goy
Éditions Akata

Wombs

Que vous aimiez ou non les mangas, si vous aimez la science-fiction bourrée d’action et intelligente, après avoir lu les deux premiers tomes de Wombs, je ne peux que vous conseiller ce manga de Yumiko Shirai. Terminé en cinq tomes (le troisième est annoncé en français le 23 septembre prochain), ce titre a valu à son autrice d’être la troisième mangaka seulement à avoir reçu le Nihon SF Taisho Award (grand prix japonais de la SF, équivalent pour ce pays d’un Hugo pour la sphère anglophone) après Katsuhiro Otomo pour Dômu et Moto Hagio pour Barbara Ikai. Dès les premières pages, la justification de ce choix est évidente. Au croisement entre L’Étoffe des Héros et Alien, mâtiné de Full Metal Jacket, Wombs est un pur seinen, d’action et de science-fiction qui plonge son lectorat dans le quotidien de conscrits luttant pour défendre la planète où leurs ancêtres se sont établis. Sauf que… Ces soldates sont de jeunes femmes et qu’on leur implante un pseudo-embryon extra-terrestre, pour leur donner des pouvoirs de téléportation et de clairvoyance. Reprenant les codes du seinen d’action tels que définis par Akira, Yumiko Shirai les applique au cœur de la féminité : la grossesse et l’envie ou non d’avoir des enfants. Elle y aborde également des thèmes sensibles comme la colonisation et les relations avec les populations autochtones, la lutte des classes (la guerre se joue entre la première vague de colons, les « firsts » qui ont voyagé à bas prix, gelés en se trainant moins vite que la lumière ; et la seconde qui, plus aisés financièrement, a bénéficié de moyens techniques plus importants et est arrivé plus vite sur une planète déjà défrichée) ou la place de l’individu face au collectif. En suivant la trame de Full Metal Jacket, le premier tome nous plonge dans le bain en montrant la protagoniste, Mana Oga, fraichement recrutée chez les auxiliaires de transfert, à l’entraînement et découvrant l’armée de l’intérieur. Le suivant nous en dit un peu plus sur les entités implantées dans les soldates et leur pouvoir, mais également les raisons de cette guerre, tout en poussant les lecteurs à s’attacher à Mana Oga et ses coéquipières. Et à la fin ? Vous êtes tellement intrigués par cette histoire que comme moi vous piafferez d’impatience pour découvrir la suite.


Wombs
de
Yumiko Shirai
traduction d’Alexandre Goy
Éditions
Akata

Nijigahara Holograph

Vous avez aimé Twin Peaks ? Vous voulez découvrir un mangaka original sans vous embarquer dans les treize tomes de Bonne nuit Punpun ? Ça tombe bien, le premier récit long d’Inio Asano, Nijigahara Holograph vient d’être réédité en France. Précédemment paru sous le titre Le champ de l’arc-en-ciel, il était épuisé depuis nombre d’années.
Alternant entre passé et présent(s), cette histoire suit un groupe de personnes ayant été dans la même classe de primaire l’année où la mère de l’une d’e
ntre elles a été retrouvée assassinée. Peu à peu en s’attachant à un ou l’autre des enfants (et des adultes qu’ils sont devenus), les noirs secrets des familles de Nijigahara se dévoilent et se mêlent les uns aux autres. Et, comme il aura l’habitude plus tard dans son œuvre, Inio Asano y montre ici une facette peu ragoûtante de la société où il vit : harcèlement scolaire normalisé, violences sexuelles diverses, relations familiales abusives, mais également dépression et suicide pour n’en citer que quelques-uns.
Pour autant, le mangaka ne souligne – à quelques cases près – pas le côté sordide de son histoire par des
images explicites ou choquantes. Il va utiliser la suggestion (quelques bleus dessinés sur l’épaule d’une petite fille qui tourne le visage), et les contrechamps pour cacher les corps martyrisés. Il dit sans trop en montrer et laisse son lectorat remplir les blancs de son histoire. D’autant que celle-ci, outre les sauts temporels incessants d’une décennie à l’autre, va s’attacher tour à tour à des personnages différents. Le lecteur fera alors fréquemment des retours en arrière pour vérifier un détail sur une page quelques chapitres plus tôt. Et l’épilogue propose plusieurs fins possibles apportant une paix plus ou moins définitive aux divers protagonistes.
Au final, Nijigahara Holograph est un polar bien noir avec une touche de surréalisme qui fascine et surprend. Dévoilant encore une autre facette d’Inio Asano…

Nijigahara Holograph
d’
Inio Asano
tra
duction de Thibaud Desbief
Éditions
Kana

PS : Pour découvrir avant d’acheter, Kana met à votre disposition un chapitre entier en numérique, accessible par ici.

Boys of the Dead

Parlons manga, mais parlons d’un titre qui n’est pas tout public – loin de là – et qui est diffusé de manière originale, au compte-goutte. Si vous n’êtes pas allergique au splatterpunk de Poppy Z Brite ou de Clive Barker, si vous aimez les histoires troubles et un graphisme proche des comics, alors Boys of the Dead de Douji Tomita peut vous intéresser.
De quoi s’agit-il ? D’histoires d’amour –  ou de quelque chose qui s’en rapproche peu ou prou –  au fin fond des États-Unis ravagés par une apocalypse zombie. Le manga lui-même se présente comme une anthologie d
e courts récits mettant en scène des humains normaux et des « infectés » à un stade plus ou moins avancé. Malgré des appétits divergents et une montée de la violence, les protagonistes vont essayer d’aller au-delà de la simple survie, en laissant vivre également leurs sentiments. Et en se laissant guider par eux.
Petite particularité technique, ce manga n’est – pour l’instant – disponible qu’en numérique à raison d’un chapitre par mois vendu à l’unité pour moins d’un euro : le premier est sorti le 29 avril dernier, le second le 29 mai et il en restera trois autres pour compléter le manga.
N’étant pas plus amatrice que ça de « boys’ love » (comprenez, je n’en lis pour ainsi dire jamais, je laisse ce plaisir à mon amie Last Eve), j’ai été intriguée par l’aspect horreur de Boys of the Dead. Et de ce côté là, je fus servie. Cela semble aller crescendo d’un chapitre à l’autre pour l’instant. J’y suis restée, car le trait de Douji Tomita est particulièrement envoû
tant et que, malgré le malaise profond qu’elles suscitent (notamment le chapitre 1), les histoires laissent toujours une place à de multiples interprétations à travers leurs sous-entendus et leurs non-dits. Le tout propose une version assez rare du zombie, pas toujours si décérébré qu’il n’y paraît. Aurez-vous le cœur suffisamment bien accroché pour vous laisser séduire ?

Boys of the Dead
de 
Douji Tomita
traduction d’
Alexandre Fournier
Éditions A
kata