Avis d’invitée : Les 7 vies de Léo Belami

Elle nous avait déjà proposé un coup de cœur aux débuts de ce blog, Fiona toujours aussi amatrice de lecture, nous conseille ce livre découvert à l’occasion du Salon du Livre et de la Presse de Jeunesse : Les 7 Vies de Léo Belami de Nataël Trapp,  une enquête à travers le temps.


« En 1988, le jour de la fête du lycée Marcel-Bialu, Jessica Stein, une jeune fille de 17 ans a été assassinée à Valmy-sur-Lac. Trente ans plus tard, une semaine avant l’anniversaire de la mort de celle-ci, un élève lambda nommé Léo Belami se réveille dans un autre corps, une autre année… Il est de retour en 1988. Il est dans le corps de Daniel Marcuso, élève au lycée, photographe pendant son temps libre et… harcelé par Jessica Stein et ses amis. Durant cette journée, Léo va découvrir que Jessica n’est pas telle que le dépeignent les habitants de Valmy-sur-Lac… Le lendemain, retour en 2018, dans son corps à lui. Et le surlendemain, Léo retourne en 1988, dans un autre corps, puis dans le sien, cela jusqu’à la fin de la semaine où dans le corps de Jessica, le jour de sa mort, il va découvrir la vérité sur son meurtre…
J’ai beaucoup aimé ce livre. Il est très prenant. Les allers-retours entre 2018 et 1988 dans des corps différents rythment bien l’histoire. Le suspense reste jusqu’au bout du livre. Le lecteur passera par toutes les émotions “classiques” de la romance à l’action en passant par l’humour. Cela pourrait rendre ce livre banal, mais l’histoire est originale, donc on ne s’ennuie pas. Étant encore au collège, j’ai retrouvé pas mal de situations propres au milieu scolaire, que ce soit en 1988 ou en 2018, ce qui m’a beaucoup amusée. J’ai aussi aimé e fait que malgré l’écart de temps (et donc les changements technologiques et autres), la vie au lycée ne soit pas si différente que ça entre les deux époques, ce qui fait que le personnage principal n’est pas totalement perdu sur les sujets scolaires. »

Les 7 vies de Léo Belamy
de Nathan Trapp
Éditions Versilio/Robert Laffont

Kiki la petite sorcière

Kiki la petite sorcière est depuis longtemps l’un de mes films préférés du studio Ghibli. Mais je n’ai appris que très récemment qu’il était adapté d’un livre du même nom écrit par Eiko Kadono. D’ailleurs le succès du film réalisé par Hayao Miyazaki va pousser l’autrice à reprendre l’histoire de son héroïne pour cinq livres de plus déjà en cours de traduction chez Ynnis, l’éditeur de celui-ci.
Mais revenons à ce premier tome, et oublions un peu l’anime pour se pencher sur le livre. Il s’agit tout simplement d’une jolie histoire classique d’entrée dans l’âge adulte. En effet dans l’univers de Kiki, à 13 ans, après trois ans de formation auprès de leur mère, les sorcières doivent s’envoler vers une autre ville pour s’établir, accompagnée de leur chat noir. Elles ne peuvent revoir leur famille avant qu’une année entière ne se soit entièrement écoulée. C’est désormais autour de Kiki, jeune sorcière espiègle et débrouillarde, mais quelque peu étourdie et rêveuse, de s’envoler.
Certaines péripéties (le chat en peluche, le tableau) sont communes au livre et au film. D’autres importantes dans le film n’apparaissent pas du tout dans le livre. Les aventures de Kiki sont en revanche nettement plus nombreuses et variées que dans le film avec, comme tout bon roman d’apprentissage, à chaque fois un niveau de difficulté supplémentaire pour la sorcière et son chat.
Écrit en 1985, Kiki la petite sorcière a un petit parfum « old school » pas désagréable, mais pour l’avoir fait lire à de jeunes générations actuelles, il passe aussi très bien auprès d’adolescentes du 21e siècle. Et que vous ayez vu le film ou non, à condition de garder une âme d’enfant, il s’avère aussi très drôle. Les différentes livraisons de Kiki et les dialogues avec son chat Jiji sont assez colorés. Le tout est raconté avec beaucoup de tendresse, sans pour autant tomber dans la mièvrerie.
La fin douce-amère voit la petite Kiki enfin devenue presque adulte et impatiente de repartir du nid familial vers le foyer qu’elle s’est elle-même créée au bord de la mer.

Kiki la petite sorcière
de Eiko Kadono
traduction de Déborah Pierret Watanabe
Éditions Ynnis

Children of Blood and Bone

Quand Audrey de New kids on the geek m’avait parlé de Children of Blood and Bone de Tomi Adeyemi, elle n’y était pas allé par quatre chemins : « Lis-le, il va te plaire… » J’avais alors admiré la couverture, mais plongé dans une autre lecture, j’avais laissé le titre de côté. Puis sont arrivés les Hugo 2019. J’avais déjà lu la catégorie du meilleur roman, celle de la meilleure novella, celle du meilleur roman graphique et je suis quasiment à jour de la meilleure série (de Becky Chambers). Il ne me restait donc à découvrir que Jeannette Ng et le meilleur roman jeunesse : Children of Blood and Bone de Tomi Adeyemi. Pas moyen d’y couper, je plonge donc dedans.
Disons-le de suite, les quatre personnages principaux (Zélie, Amari, Tzain et Inan) ont chacun un côté tête à claques bien prononcé tout autant qu’ils peuvent être très attachants. Et j’ai souvent interrompu ma lecture en me disant « Non, mais il/elle est impossible là ». Néanmoins, je ne regrette absolument pas de l’avoir poursuivie, même si ce fut plus lent que d’habitude.
L’histoire de Children of Blood and Bone
se déroule en Orïsha, un pays imaginaire d’Afrique de l’Ouest. La magie y existait jusqu’au Raid, onze ans auparavant. Le roi du pays a alors passé au fil de l’épée tous les mages adultes, coupé le lien entre les dieux et les hommes et fait des enfants de mages des citoyens de seconde catégorie, quasi réduit en esclavage. Menacée, faute d’argent pour payer un nouvel impôt, d’être vendue, Zélie, l’une de ces descendantes de mage devenue adolescente, part à la capitale trouver de quoi payer les dettes de son père. Elle y rencontre Amari, princesse qui s’est enfuie du palais en emportant une précieuse relique. Talonnées par les hommes du roi, les deux filles avec leurs frères respectifs vont se lancer dans une quête pour restaurer la magie dans le royaume.
L’histoire en elle-
même ne manque pas de rebondissement et de surprises de pages en pages. Jusqu’au bout, l’issue est incertaine et le but même des personnages varie d’un chapitre à l’autre. Destiné aux adolescents, Children of Blood and Bone convient aussi aux adultes, notamment car Tomi Adeyemi n’hésite pas à parler de sujets difficiles. À l’échelle du pays, elle y aborde le racisme, le nettoyage ethnique et les différents moyens de lutter contre l’oppression, ainsi que la réaction des différents personnages face à cette situation. D’un point de vue plus intime, elle montre comment survivre et se reconstruire face à la violence. Zélie et Tzain ont vu leur mère torturée et mise à mort sous leurs yeux enfants, et leur père brisé de souffrance, avant de vivre dans un monde qui rejette Zélie en raison de la couleur de ses cheveux. Amari et Inan, ont grandi eux au palais, mais sans amour sous la férule d’un père violent et intolérant dont ils ont toujours cherché désespérément l’approbation et l’amour. Ce sont donc quatre adolescents traumatisés que nous suivons. La quête pour restaurer la magie, ou la paix, dans Orïsha se double d’une tentative pour surmonter ces blessures et devenir adulte. À la différence de nombre de romans d’initiation, cette tentative ne sera pas toujours une réussite pour tous les adolescents. N’eût été la fin trop abrupte, Children of Blood and Bone est, ainsi qu’on me l’avait annoncé, un roman puissant et particulièrement agréable à lire.

Children of Blood and Bone
de Tomi Adeyemi
Éditions Macmillan

Lady Helen : le Club des Mauvais jours

Couverture livre Lady Helen : le Club des Mauvais JoursVendu par l’éditeur français comme un livre entre « romance à la Jane Austen et fantasy noire », Lady Helen : le Club des Mauvais jours d’Alison Goodman a de quoi intriguer. Roman jeunesse, il se passe principalement dans la bonne société londonienne en 1812, au lendemain des affrontements entre la Grande-Bretagne et l’Empire de Napoléon Bonaparte. Lady Helen Wrexhall, jeune orpheline de 18 ans, vit chez son oncle et sa tante en attendant d’être mariée. Sauf que la fougue et le caractère curieux qui ont entraîné la perte de sa mère commencent également à se manifester chez elle, au grand déplaisir de son oncle puritain et passablement misogyne (même pour l’époque). Par la même occasion, elle va découvrir une lutte clandestine entre démons et espions aux superpouvoirs dont sa mère faisait partie. Que va-t-elle choisir ? Le destin d’une jeune femme de la bonne société tenant la maisonnée de son époux sans faire de vague ou la carrière maternelle et s’engager dans cette guerre souterraine au risque d’y perdre son âme ? Lady Helen mettra bien 400 pages à se décider, même si, en sachant que ce livre st le premier d’une trilogie, le résultat final n’est pas une surprise.
L
ady Helen : le Club des Mauvais Jours se lit néanmoins extrêmement vite et de façon très agréable, que vous aimiez les études de mœurs à la Jane Austen (ce qui n’est pas mon cas) ou les romans d’aventures rehaussés de fantastique (ce qui est déjà plus dans mes goûts). Il faut quand même attendre une petite centaine de pages pour apercevoir un élément surnaturel. En revanche, vous y croiserez également des personnes historiques comme Lord Byron ou Beau Brummel en personnages secondaires et néanmoins utiles à l’intrigue. Et la partie surnaturelle, les fameux démons, est assez originale pour retenir votre attention. J’ai apprécié le mélange d’optique et d’alchimie nécessaire pour les combattre. Le tout est écrit dans un rythme soutenu, avec juste ce qu’il faut de retournement de situations pour conserver l’attention du lecteur. En revanche, dans mon cas particulier, l’histoire se suffit à elle-même. Le résumé du tome suivant, Lady Helen : le Pacte des Mauvais Jours, indique encore une valse-hésitation de la jeune fille entre ses talents et son beau (mais bien fade) duc. N’étant pas fan de romance pure, je pense que je ferai l’impasse sur la suite.

Lady Helen : le Club des Mauvais Jours
d’Alison Goodman
Traduction de Philippe Giraudon
Éditions Gallimard Jeunesse

City of Ghosts

De mes différentes pérégrinations, j’aime rapporter des livres en lien avec les lieux visités. De Chicago, c’était The Devil in The White City de Erik Larson, d’Édimbourg le mois dernier ce fut City of Ghosts de Victoria Schwab. Oui, la même V.E.Schwab qui m’avait donné tant de mal à entrer dans sa trilogie Shades of Magic.
Il s’agit ici d’un livre classé en jeunesse. La plume de Victoria Schwab y est nettement plus à son aise et gagne en fluidité. Les personnages sont brossés rapidement, mais suffisamment précis pour ne pas être de simples marionnettes dans un théâtre d’ombres.
L’autrice nous plonge directement dans l’action sans se perdre dans trop de descriptions. Fille d’un couple d’enquêteurs du paranormal (comme Ed et Lauren Warren, mis en films dans la saga The Conjuring) Cassidy Blake est hanté depuis sa noyade par l’adolescent qui lui a sauvé la vie. Depuis, elle peut passer des deux côtés du Voile séparant les fantômes des vivantes. Quand ses parents l’entraînent de l’autre côté de l’Atlantique, à Édimbourg, ville peuplée de revenants, sa vie va devenir nettement plus compliquée. Non seulement elle devra se frotter à la cuisine britannique et aux différences de vocabulaire d’un pays à l’autre, mais en plus, étant dans une ville où les spectres sont plus nombreux, plus anciens et plus expérimentés, elle va devenir la proie du plus redoutable d’entre eux : la Corneille en rouge.
City of Ghosts est une histoire de hantise originale, qui se poursuit en ligne droite avec un rythme soutenu. Peut être est-elle pour une adulte habituée du genre un poil prévisible, mais ce n’est pas déplaisant. Qui ne connaît pas Édimbourg peut s’y laisser surprendre. Ceux qui ont déjà joué les touristes dans la capitale écossaise trouveront au fil des pages des figures connues comme Bobby le terrier, les soldats du château ou un certain jeune sorcier souvent vêtu de rouge et or.
Même si les adultes peuvent prendre beaucoup de plaisir à lire ce court roman, la cible idéale semble être les collégiens de l’âge de l’héroïne. En effet, la structure grammaticale du texte est simple, sans être trop simpliste,
et le vocabulaire clair (ou expliqué comme les « closes », ruelles si particulières de la vieille ville d’Édimbourg). Un livre idéal pour se plonger dans une première lecture en anglais.

City of Ghosts
de Victoria Schwab
Éditions Scholastic

Engrenages et sortilèges

Des automates ? De la magie ? Deux adolescents et leurs familiers contre le reste du monde ? Décidément, en ce moment, la littérature jeunesse française aime le steampunk. Après l’excellent Rouille, je me suis laissée tenter par la couverture d’Engrenages et Sortilèges d’Adrien Tomas en trainant sur Netgalley.
Bien m’en a pris. J’ai suivi en quelques trop courtes heures les aventures de Grise, la mécanicienne et de Cyrus, l’apprenti magicien. Tous deux issus de la bonne société de leur empire d’origine, ils étudient dans une école tenant à la fois de Poudlard et du CNAM. Quatre personnages mystérieux cherchent alors à les enlever. Fuyant, ils découvriront les bas-fonds de la société avant d’être embringués dans un complot pour faire tomber l’Empire. Et revoir au passage leurs certitudes et leurs idées reçues sur le fonctionnement de leur société.
Concédons-le, ce roman a quelques faiblesses : la trame de l’histoire est on ne peut plus classique et certains retournements sont prévisibles longtemps à l’avance. Et si les différents choix politiques sont stylisés à l’extrême, la résolution finale du problème a le mérite de n’être pas aussi tranchée que d’habitude dans ce genre de littérature. En revanche, Engrenages et sortilèges a également de nombreux mérites. Le choix du monde, et du fonctionnement aussi bien de la technologie que de la magie en son sein ne manque pas d’originalité, les personnages bien campés. Et l’action, qui ne faiblit jamais, ne manque pas d’humour. Au final, ce livre arrive à surprendre son lectorat, même en étant habitué du genre.

Engrenages et sortilèges
d’Adrien Tomas
Éditions Rageot

Rouille

Encore un livre que j’ai choisi uniquement sur sa couverture. La demoiselle mécanique embrumée de Rouille de Floriane Soulas me faisait de l’œil depuis longtemps. J’ai profité des 15e Rencontres de l’imaginaire pour craquer. Et le moins que l’on puisse dire est que j’ai bien fait. Il a suffi d’une après-midi pluvieuse pour le dévorer.
Encore une enquête steampunk me direz vous ? Eh oui, Rouille se déroule dans un Paris de la fin du 19e siècle où la Lune et ses ressources minières ont été conquises, et où une série de meurtres assez répugnants met la police sur les dents. Pour autant, le roman ne manque pas d’originalité. Là où généralement, le personnage principal est une personne de la bonne société qui se mêle volontairement ou non aux bas-fonds, dans Rouille, le personnage est une prostituée amnésique. Alors qu’elle s’échappe régulièrement de sa maison close à la recherche de sa mémoire, sa meilleure amie se fait massacrer. Elle va décider de mener l’enquête auprès de ses clients, mais également en faisant du chantage à son souteneur.
Dans Rouille point de magie, juste des métaux lunaires aux propriétés étranges et des bricolages biomécaniques franchement peu ragoûtants. Étrangement les chats et les pigeons, pourtant légions à Paris, échappent aux expériences des uns et des autres. Même si la résolution finale de l’enquête se laisse deviner aux deux tiers du roman, l’histoire est suffisamment originale pour accrocher la lectrice que je suis jusqu’au bout. J’apprécie notamment, la fin ouverte qui pousse l’héroïne vers d’autres horizons. Et certaines idées me semblent particulièrement intéressantes, comme le dôme enserrant les beaux quartiers de Paris ou la façon dont la symbiose entre le métal et la chair est utilisée tout au long du roman. Malgré le métier de sa protagoniste principale, Rouille est vendue par son éditeur comme un roman pour jeunes adultes. Vous n’y trouverez donc pas de présentation explicite de son travail. En revanche, suivant un aphorisme cher aux séries TV, aux films et aux jeux vidéo, la violence semble moins choquante que le sexe. Et les descriptions des cadavres et des différentes bagarres sont elles très détaillées, sanglantes et assez violentes. Je ne suis pas sure du bien fondé de cet aphorisme, mais soit. Soyez donc prévenus que la rouille n’est pas la seule matière rouge à couler dans ce roman. Et régalez-vous de cette balade dans les bas-fonds de Paris.

Rouille
de Floriane Soulas
Éditions Scrineo

L’Étrange Vie de Nobody Owens

À l’approche de la Toussaint, d’Halloween ou du jour des Morts mexicain (faites votre choix en matière de relation traditionnelle avec l’au-delà), replongeons-nous dans une histoire pour enfant pas si sage que ça : L’Étrange vie de Nobody Owens de Neil Gaiman. Et plus précisément, non pas dans le livre original, mais dans l’adaptation en BD qui en a été faite avec P.Craig Russell au scénario comme au dessin (même si sur cette dernière partie de nombreux autres illustrateurs comme Galen Showman, David Lafuente, Stephen Scott, Kevin Nowlan, Tony Harris, Scott Hampton ou Jill Thomson ont participé).
Que vous ayez lu le roman original ou que vous le découvriez totalement, cette BD parue en deux tomes est un pur délice d’horreur gothique. L’histoire est fidèle au roman et commence par la mort de toute la famille de notre héros, Nobody Owens, des mains du Jack. Nobody encore bébé est épargné parce que jeune bébé sachant à peine marcher, il s’était aventuré hors de son berceau et dans le cimetière à côté de sa maison. Là, devenu orphelin, il va être adopté et élevé par tous les fantômes du cimetière avec comme figure paternelle, Silas le vampire. Au long des différentes aventures de son enfance et de son début d’adolescence, il va rencontrer toutes sortes de créatures fantastiques, comme une préceptrice particulière faisant office de garde du corps loup-garou, un fantôme de sorcière, une petite fille trop curieuse et bien trop humaine, une momie… Il aura de
nombreuses aventures. Son voyage — bien involontaire — dans le monde des goules est d’ailleurs l’un des passages les plus spectaculaires du tome 1. Mais comme dans le livre, le Jack et sa société secrète n’auront de cesse de retrouver Nobody Owens pour achever le travail. Y réussiront-ils ? Si vous avez lu le roman, vous le savez déjà. Pour les autres, rendez-vous à la fin du tome 2.


Plus condensée que le roman, cette adaptation en BD
apporte une autre vision de l’œuvre. Le trait tout à tour très rond, extrêmement détaillé ou proche de l’aquarelle s’adapte à chaque chapitre. Subjectivement, j’ai trouvé qu’il suit presque la croissance de Nobody. Hormis dans le chapitre d’introduction où Nobody est plus objet à protéger que véritable sujet de l’histoire, le style du dessin s’approche assez du style de dessin des BD destinées à la tranche d’âge où il se situe plus ou moins. Attention, comme souvent avec Neil Gaiman, même les histoires qu’il destine aux enfants, à l’image des contes de fées avant leurs édulcorations par Disney, sont parfois sanglantes. Ici, en plus des mots, vous avez les images. Si vous destinez ces deux albums à un jeune public, tenez compte de sa sensibilité avant. Certaines pourront s’y plonger avec délice dès 9 ans, d’autres attendront un peu.

L’Étrange vie de Nobody Owens T.1 et 2.
Scénario de
P. Craig Russel adapté du roman de Neil Gaiman
Dessin de P. Craig Russel, Galen Showman, David Lafuente, Stephen B. Scott, Kevin Nowlan, Tony Harris, Scott Hampton ou Jill Thomson
Traduction de Jacques Colin
Éditions Delcourt

Jim Rook — l’horreur jeunesse à la sauce old school

Certains livres sont comme des plaisirs coupables qu’on lit discrètement sans se dire : « Tiens et si j’en faisais une critique ? » Quand je suis retombée sur la vieille série des Jim Rook de Graham Masterton à l’occasion d’une descente dans le grenier familial, je les ai relus avec plaisir et passé à ma fille qui les dévore également. Et j’en ai trouvé deux de plus non encore traduits en français, également lus aussi vite et avec autant de frissons. Finalement, après huit livres lus en autant de jours, le phénomène mérite peut-être qu’on s’y arrête.
Quand on aime l’horreur et le thriller fantastique, il est de bon ton de citer Stephen King comme auteur de référence, Dean Koontz ou Peter Straub. Mais pour moi, les vrais maîtres modernes de mes cauchemars livresques sont résolument anglais : Clive Barker, James Herbert ou Graham Masterton ont tous écrit des livres délicieusement horribles dont certains m’ont tenu éveillée longtemps après les avoir fini. Souvent présentée comme de l’horreur « jeunesse » au prétexte que le personnage principal est professeur d’anglais de soutien pour adolescents et jeunes adultes (et qu’il est vrai il y a nettement moins de scènes sexuelles que dans d’autres Graham Masterton), la série des Jim Rook éditée en France par Pocket Terreur puis Fleuve noir, est un exemple parfait du genre.
Elle se compose donc de huit épisodes :
Magie vaudou (Rook—1997), Magie indienne (Tooth and Claws—1997), Magie maya (The terror—1998), Magie des neiges (Snowman—1999), Magie des eaux (Swimmer—2001), Magie des flammes (Darkroom—2004), Demon’s Door (2010) et Garden of Evil (2012). À chaque fois la trame est similaire, Jim Rook professeur d’anglais affligé d’un don lui permettant de voir les morts et autres esprits doit protéger les élèves de sa classe contre une menace surnaturelle qui les tue et mutile au fil des pages. À chaque fois la menace prend sa source dans la mythologie (amérindienne par trois fois, africaine, coréenne) ou dans les légendes urbaines, en évitant soigneusement de prendre des figures trop connues des différents mythes abordés. C’est ce mélange d’éléments connus humoristiques (Jim Rook déclamant de la poésie en classe à des élèves plus habitués à la télé-réalité et au gansta rap, Jim Rook interagissant avec ses voisins et son chat) et d’éléments graphiquement horribles (comme une personne se dévorant elle-même, ou un match de foot américain avec un cœur palpitant en guise de balle) qui fait le charme coupable de cette série. Quand bien même, il faut le dire, Graham Masterton la prend lui-même avec plus de légèreté que ses autres œuvres. J’en veux pour preuve les différents avatars de Tibbles, le chat du héros, qui meurent plus souvent qu’un personnage principal de Supernatural, et reviennent toujours sans autre raison que la licence créative de l’auteur, et changent au passage de genre et de robe dans les derniers livres de la série.
Pour autant, si vous aimez frissonner de terreur dans vos lectures en riant parfois follement des situations, ces courts romans de Graham Masterton sont parfaits et se lisent en quelques heures.

 

 

 


Jim Rook de Graham Masterton

– Magie vaudou, Magie indienne, Magie maya, Magie des neiges et Magie des eaux Traduction de François Truchaud
Éditions Pocket
– Magie des flammes
Traduction de Paul Benita
Éditions Fleuve
– Demon’s Door et Garden of Evil
Éditions Severn House

Magnus Chase et les dieux d’Asgard : le vaisseau des damnés

Avec Le vaisseau des damnés, Rick Riordan achève sa trilogie liée à la mythologie nordique et centrée autour de Magnus Chase. Pour résumer la situation, celui-ci – jeune SDF orphelin de Boston se découvre à l’occasion de sa mort tout à la fois fils du dieu Freyr, pensionnaire du Walhalla (paradis guerrier devenu hôtel de luxe) et chargé d’empêcher la survenue de Ragnarök, et à la différence du dernier film Marvel sans l’aide d’un géant vert.
Comme pour ses autres séries de romans pour la jeunesse, Rick Riordan reste extrêmement fidèle aux mythes qu’il utilise. Ainsi, les lecteurs de Norse Mythology pourront y retrouver presque tous les mythes contés par Neil Gaiman. Le tout étant mêlé à des préoccupations bien modernes d’adolescents du 21
e siècle. Dans la saga de Magnus Chase, et plus particulièrement dans Le vaisseau des damnés, ce sont surtout les deux filles de Loki, toutes deux du côté du héros contrairement à leur parent divin, qui incarne ces prises de position. La première, Samirah, doit concilier ses obligations de Valkyrie d’Odin avec sa foi musulmane très forte dans une Amérique de plus en plus intolérante au fur et à mesure des tomes. La deuxième, Alex, refuse à la fois de se définir à un genre ou à un autre, mais également de s’enfermer dans une rhétorique non binaire classique. Ainsi plutôt que d’utiliser un pronom neutre pour se désigner, il/elle annonce régulièrement à ses compagnons de quel genre il/elle se sent pour les heures à venir, le tout sans lien avec ses dons de métamorphe hérités de Loki.
Même si j’ai dévoré avec beaucoup de plaisir les trois tomes des aventures de Magnus Chase, Le vaisseau des damnés me laisse un goût — voulu — d’inachevé. En effet, comme le Ragnarök de la mythologie n’est pas une fin mais un renouveau brutal, l’épilogue de cette trilogie renvoie à son début, tant du côté des héros que de celui des dieux. Moralement, les héros ont progressé, les dieux absolument pas.

Magnus Chase et les dieux d’Asgard : le vaisseau des damnés
De Rick Riordan
Traduction de Nathalie Serval
Éditions Albin Michel