The Laundry Files

Alors que je viens de tourner la dernière page de The Delirium Brief, huitième roman de la série The Laundry Files de Charles Stross, un dilemme se pose. Comment le chroniquer pour des gens n’ayant jamais ouvert un de ses prédécesseurs ? Et si la solution était de chroniquer l’ensemble de la série ? Oui ? C’est parti !
Partons déjà d’un postulat simple : la magie existe et elle est intimement liée aux mathématiques et à l’informatique. Jusqu’ici tout va bien. Depuis Ada Lovelace et surtout depuis Alan Turing, les progrès dans ce domaine sont phénoménaux et il suffit de quelques lignes de codes pour obtenir des résultats magiques spectaculaires. Sauf que… La magie est dangereuse. Plus l’on s’en sert, plus le voile entre les différentes réalités s’affaiblit et n’importe quoi peut la traverser, de simples parasites verts fluorescents avec un appétit certain pour le tissu cérébral aux Grands Anciens chers à H.P.Lovecraft. Voilà pourquoi dans l’univers de The Laundry Files, différents gouvernements ont l’équivalent thaumaturgique de services secrets à leurs services, dont les activités sont encore plus camouflées que celles de leurs équivalents traditionnels. Ces services britanniques, collectivement baptisés The Laundry car longtemps abrités derrière une blanchisserie (laundry en VO) chinoise de Londres, ont pris l’habitude de recruter n’importe quel bidouilleur ayant par inadvertance découvert une formule magique dans ses lignes de code. C’est ce qui est arrivé au protagoniste de l’ensemble de ce cycle, Bob Howard, administrateur système de 9 h à 18 h, super-espion magique malgré lui le reste du temps.
Allant crescendo dans l’horreur des situations, chaque roman et nouvelle de The Laundry Files est pourtant un petit bijou d’action et d’humour. A tel point que je déconseille aux non-célibataires de faire comme moi et de le lire en plein milieu de la nuit. Vous ne réveillerez pas la maisonnée par vos hurlements de terreur au moindre bruissement nocturne, mais par vos éclats de rire devant des idées aussi incongrues qu’une présentation PowerPoint transformant l’auditoire en zombies affamés, une bande de traders de la City transformés en vampires assoiffés de sang (mais devant toujours supporter le déjeuner dominical insipide des parents) ou la perruque de Donald Trump comme émanation lovecraftienne plus ou moins tolérée par les Nazguls de la NSA. Avec de solides compétences en informatique, et un sens pointu de l’ironie politique, Charles Stross s’amuse énormément dans ces Laundry Files, à parodier les classiques de la littérature d’espionnage dans les premiers volumes puis à dénoncer les travers de la classe politique et de la population britannique en général. D’ailleurs, si le Brexit s’annonce comme une catastrophe pour la Grande-Bretagne comme pour l’Europe, et un imbroglio indigeste de négociations, il aura eu au moins un avantage. The Delirium Brief, dernier roman en date, est si intimement lié à la politique de la Grande-Bretagne, que l’auteur a dû en réécrire une bonne partie. Ce qui fait que la fin laisse le lecteur aussi choqué que les protagonistes, dont ce pauvre Bob, et impatient de lire la suite (si suite il y a, car l’écriture n’en est toujours pas entamée).
N.B. : Si vous n’avez pas de connaissance particulière en informatique, vous apprécierez tout autant ces romans, l’auteur restant au niveau de l’usage fait par un utilisateur avancé au moment où se passe l’action, sans exiger de connaissance particulièrement en développement ou montage informatique. Et explique les fonctions les plus complexes rencontrées.

The Delirium Brief (part of The Laundry Files) de Charles Stross
Éditions Orbit

Monstress

Débutée en 2015 chez Image la série Monstress est l’un de ces comics inclassables. L’histoire oscille entre l’aventure de fantasy et l’horreur pure entre pseudo-cannibalisme et tentacules Lovecraftiens à souhait. Le trait lui est à mi-chemin entre les anime issus du Studio Ghibli et le trait plus affirmé classique des BD américaines. Le tout se situe dans un univers où les mythologies nordiques, asiatiques et égyptiennes se croisent et s’incarne. Ce premier volume Awakening — l’éveil — nous présente un monde après la guerre entre des Humains classiques contrôlés par des sorcières Cumea et des Arcaniques, hybrides entre les Humains et les Anciens dotés de talents et dont les corps sont la source de la magie de Cumea. Dans ce monde abritant d’autres races comme les Chats, les Anciens et les Vieux Dieux, une jeune femme Maika Halfwolf est prête à tout pour comprendre ses origines. Particulièrement savoir d’où vient ce monstre qui se tapie en elle, et comment en contrôler la faim sans détruire son entourage. Ce monde est peut-être en paix, mais il n’est pas apaisé. Les traces de la guerre sont toujours là, les horreurs des batailles encore tapies au creux des cauchemars et des cœurs. Et la haine, la méfiance et la rancœur restent bien présentes d’une race à l’autre, que ce soit entre les ennemis d’hier, ou les alliés d’aujourd’hui. Pour autant, entre les failles, certains moments de tendresse et de confiance arrivent à rapprocher pour un temps les personnages au-delà de leurs différences et de leurs peurs. Les personnages, principalement des femmes à l’exception notable de Master Ren, un matou tigré roux à deux queues et à la langue bien pendue, sont tout en nuances. Un instant capable des pires atrocités, et l’autre faisant preuve d’une infinie douceur. Même celles qui n’ont qu’un rôle transitoire dans l’histoire sont étoffées au-delà d’un simple coup de crayon vite oublié. Acheté sur un coup de tête avant de prendre l’avion, Monstress m’a séduit. Et me frustre, car à l’issue de ce premier tome, je veux en savoir plus sur Maika et sur son univers. À bientôt pour une chronique du second volume ?

Monstress – Volume One Awakening
Ecrit par Marjorie Liu, dessiné par Sana Takeda
Editions Image Comics