Notes de lectures estivales

Les vacances sont également le temps de lire ou relire des livres. Tous ne méritent pas une chronique dédiée, par leur qualité, leur sujet ou par le fait qu’ils se rattachent à d’autres livres. Voici néanmoins un aperçu de mes dernières lectures

Lies Sleeping

Je vous ai parlé de Rivers of London, n’est-ce pas ? Depuis les deux premiers livres de la série lus et chroniqués, j’ai continué les aventures de Peter Grant (en romans uniquement je n’ai pas plongé dans les comics). Cette dernière histoire, Lies Sleeping, marque la fin de l’affrontement de Peter Grant avec Mr Punch d’un côté et avec The Faceless Man de l’autre, en attendant l’entrée dans un nouveau cycle d’aventure à l’automne. Ici, le jeune homme se débrouille de mieux en mieux avec la magie et la psychologie des créatures surnaturelles. Il a tout de même quelques difficultés pour effectuer correctement son travail de policier et gérer sa vie de famille, et surtout sa belle-famille. Passé l’effet de surprises de Rivers of London, le reste de la saga de Peter Grant constitue une série d’urban fantasy plaisante à lire et solide. Même si chaque volume se distingue peu des précédents. À lire pour les amateurs du genre.
Lies Sleeping
de Ben Aaronovitch
Éditions Gollancz

Noire Magie

En été, je consomme beaucoup de livres d’horreur. Et la vieille collection Pocket Terreur reste l’une de mes sources favorites. Ce Noire Magie de Tom Tryon est un cas à part. Entamé dans la plus haute antiquité égyptienne, il se déroule ensuite dans une version moderne de New York avec la rencontre entre un magicien de rue et un sorcier hors d’âge. Plaisant à lire avec des tournures de phrases virevoltantes, le rythme est en revanche plutôt lent et l’action tarde à décoller. Ce qui est dommage pour ce type d’ouvrage. Attention si le texte a été écrit à la fin du 20e siècle, il y a dans certaines descriptions des relents racistes assez désagréables.
Noire Magie
de Tom Tryon
traduction de
Elisabeth Vonaburg
Éditions
Pocket

Moi, Lucifer

Voici un livre que j’aurais aimé aimer. Hélas, le texte est tellement décousu et répétitif que je l’ai abandonnée en cours de route sans la moindre envie de le reprendre. L’histoire se veut une autobiographie de Lucifer lui-même, coincé dans le corps d’un écrivain raté pour un mois avant de potentiellement regagner sa place au Paradis. N’est pas John Milton qui veut, et Glen Duncan est loin d’avoir le talent de son prédécesseur. L’accumulation d’allusions grossières pour choquer le lectorat ne fait que le lasser sans être justifiée par une vraie intrigue. À éviter !
Moi, Lucifer
de Glen Duncan
traduction de Michelle Charrier
Éditions Folio SF

C’est dans la poche !

En lectrice de science-fiction de longue date, le nom de Sadoul ne m’était pas inconnu que ce soit par la fille, Barbara, spécialiste des vampires ou par le père, Jacques, grâce à qui bien des noms de la science-fiction anglo-saxonne ont été découverts en France. Ce livre de souvenirs raconte les aventures professionnelles du père de ses débuts à la faculté à Paris à son départ à la retraite. Le tout est traité par année en mettant face à face la grande actualité et le quotidien de Jacques Sadoul. Que le personnage vous soit sympathique ou non (et vous changerez plusieurs fois d’
avis au cours de ces pages), cette autobiographie se lit avec grand plaisir. Elle fourmille d’anecdotes non seulement sur le monde de la science-fiction, mais également sur celui de la BD et le milieu de l’édition et de la presse en général. À charge pour le lecteur de démêler la réalité des enjolivements.
C’est dans la poche !
de Jacques Sadoul
Éditions
J’ai Lu

Literary Life

Si vous travaillez de près ou de loin dans le monde du livre, ou si vous avez des personnes de cet univers dans votre entourage, cette BD est un petit bijou. Elle vous fera sourire, rire, mais également grincer des dents au fil des pages. À travers de différentes chroniques, la caricaturiste Posy Simmonds se moque des travers des auteurs, des éditeurs, des chroniques, des libraires, bref de tout le petit microcosme littéraire. Mais toujours avec une certaine tendresse, mélangeant douceur et acidité à la manière des meilleures marmelades britanniques.
Literary Life
de Posy Simmonds
traduction de Lili Sztajn et Corinne Julve
Éditions Denoël

Ghost Virus

Cela faisait quelques années qu’un livre d’horreur de Graham Masterton n’avait pas été traduit en français (d’ailleurs les deux derniers de la série des Jim Rook ne le sont toujours pas). Pour Ghost Virus, c’est un éditeur belge, Livr’S, qui s’est lancé dans l’aventure, avec un roman dans un style plus que classique pour l’auteur : de la terreur pure et dure échappée de la banalité du quotidien.
Ici l’action se passe à Tooting dans la banlieue de Londres. Des gens à priori sans histoire se suicident ou commettent des crimes horribles. Interrogés, les survivants déclarent que c’est une autre personne en eux qui a agi à leur place. Leur seul point commun ? Porter au moment des faits un vêtement d’occasion. Peu à peu, les deux inspecteurs chargés de l’enquête, Jerry et sa supérieure hiérarchique, Jamila, doivent se rendre à l’évidence. Les vêtements sont hantés, et contagieux en prime. Comment arrêter ce qui n’est pas vivant ?
Jamais je n’aurais imaginé avant Ghost Virus, qu’un pull tricoté main ou surtout une petite veste bleue doublée de satin (dont j’ai un modèle très semblable dans un placard) puisse être aussi effrayants ? C’est sans compte sur Graham Masterton qui arrive à transformer l’objet le plus insignifiant en prestataire de mauvais rêves en tout genre.
Ici les deux policiers, Jerry et Jamila, sont dissemblables, mais complémentaires. On sent très vite un potentiel pour faire de cette paire, de nouveaux héros récurrents. Je lirais d’ailleurs avec plaisir une histoire basée sur la mythologie pakistanaise où Jamila utiliserait le savoir transmis par les histoires de sa fameuse grand-mère.
Ghost Virus n’est pas exempt de défaut, notamment une accumulation de crimes et de personnages après l’entrée en matière qui ne font pas forcément avancer l’intrigue, et une explication un peu trop rapide du virus en question. Il se lit néanmoins avec grand plaisir. Comme d’habitude, dès les premières lignes, Graham Masterton nous projette au cœur de son cauchemar et ne nous lâche pas jusqu’à la dernière page. Voire au-delà…

Ghost Virus
de Graham Masterton
traduction de Quentin Daniel
Editions Livr’S

Celle qui a tous les dons – La part du monstre

N’en déplaise aux amateurs de Walking dead et autres films de Georges Romero, la majorité des histoires de zombies m’ennuient profondément. Pourtant lors de sa sortie en en 2016, The Girl with All The Gifts m’intriguait. Mais comme à mon habitude, j’ai préféré attendre d’avoir lu le livre avant de le voir. Et comme en passant sur le stand de L’Atalante à Livre Paris, j’ai trouvé non seulement Celle qui a tous les dons de M.R.Carey, mais également La part du monstre, son prequel, je les ai pris et lus dans l’ordre préconisé correspondant à l’ordre de parution et non l’ordre chronologique des événements. Vous pouvez faire l’inverse ou lire les deux livres de façon séparée, mais ce choix a certainement influencé l’opinion que vous allez lire.
Celle qui a tous les dons nous place quelques décennies après la contagion. Les affams (comme M.R.Carey appelle ses zombies) ont envahi la Grande-Bretagne. Il ne reste plus qu’eux, des humains revenus à la barbarie en mode Mad Max et quelques ilots de civilisation. Une base militaire fait partie de ces ilots, et l’on y étudie des enfants particuliers. Physiquement ce sont des affams, mais ils ont suffisamment d’intellect pour ne pas se laisser régir que par leur seul instinct les poussant à manger de la viande fraiche.
C’est dans cette base que l’on trouve Mélanie, la fille du titre qui a donc tous les dons. Et si justement ces dons faisait d’elle la clé pour comprendre la maladie à l’origine des affams et sauver l’humanité ? Encore faudra-t-il faire comprendre aux adultes qui l’entourent qu’elle est humaine et qu’elle « ne va pas les mordre ».
De M.R.Carey, je connaissais surtout son œuvre dans les comics (Lucifer et Hellblazer chez DC/Vertigo, X-Men chez Marvel et Vampirella chez Dynamite). Et sa série d’urban fantasy autour de Felix Castor ne m’avait pas laissé un souvenir impérissable. Autant dire que Celle qui a tous les dons m’a surpris et en bien. Même si l’on retrouve l’attirance de Mike Carey pour la mythologie dans le titre même du livre et dans les goûts de certains de ses personnages, l’histoire elle-même ne s’y attache pas. Elle est plutôt solide et bien ancrée dans une époque moderne et scientifique. Le ton évoque énormément 28 jours plus tard, et les scènes les plus violentes — cannibalisme zombie oblige — ne sont ni esquivées, ni volontairement trop descriptives. Mais un simple détail mentionné est souvent plus effroyable qu’une scène largement décrite. Si le début est un peu lent à se mettre en place, une fois l’action lancée, le livre ne se lâche plus et la fin reste imprévisible jusqu’au bout.

La part du monstre se situe donc dans le même univers, mais commence une dizaine d’années auparavant. Mike Carey y applique la même recette : un huis clos, un enfant étrange et des adultes qui s’entredéchirent au lieu d’assurer leurs propres survies. Sauf qu’ici au lieu d’être un affam, l’enfant est un jeune surdoué de 14 ans dont on ne sait trop s’il est autiste ou s’il souffre de stress post-traumatique sévère. Les adultes sont une troupe hétéroclite de scientifiques et militaires entassés dans un camping-car cuirassé à la recherche d’indices pour comprendre l’épidémie qui ravage la planète.
Dans ce deuxième roman, écrit quelques années après Celle qui a tous les dons, l’effet de surprise ne fonctionne plus. Étant un prequel au précédent, l’on se doute que la fin de La part du monstre ne sera pas heureuse. Et il est fort probable que si je l’avais lu en premier ou seul, je ne l’aurais pas chroniqué, car la partie « militaires contre scientifiques » a un côté mille fois vu et lu, sans être aussi drôle que Rampage. En réalité, La part du monstre fonctionne comme la face B d’un 45 tours qui aurait Celle qui a tous les dons comme face A. Il s’apprécie donc par contraste avec le premier. Et par les réponses que ce livre apporte aux questions du précédent : qu’est devenue l’humanité 1.0, que sait-on sur les affams 1.0 et 2.0, et pourquoi Beacon ne répond plus dans le premier récit.
Malgré son côté fin inéluctable, La part du monstre arrive au fil des pages à surprendre le lecteur. Qui va s’attacher à des personnages a priori peu sympathiques, quitte à pleurer leurs disparitions avant la fin de l’ouvrage.
Avec ses deux romans, Mike Carey aura réussi un tour de force personnel. Me faire avaler près de 900 pages de récit post-apocalyptique, ou des zombies font partie des personnages principaux, et non simplement les monstres du jour pour faire avancer l’action. Le tout sans m’ennuyer un seul instant. Chapeau bas !

Celle qui a tous les dons
La part du monstre
de M.R.Carey
Traduction de Nathalie Mège
Éditions L’Atalante.

Parasite

Depuis 1974, l’amour d’Arnaud Codeville pour Stephen King n’est plus à présenter. Et son dernier roman, Parasite, est une ode aux Stephen King de la grande période et plus particulièrement à IT (Ça en VF). Une ode et non un plagiat. Parasite se passe en effet en partie dans les années 80 avec un groupe d’adolescents et en partie de nos jours avec l’un d’entre eux devenu adulte, mais ce n’est pas un décalque du roman de Stephen King.
Déjà parce que Parasite est pleinement ancré dans son terroir (le nord de la France) et son époque (la fin de la grande industrie minière dans la région et ses conséquences sur les familles). Mais également parce que le parasite du titre n’a pas les mêmes motivations, les mêmes cibles ni même les mêmes moyens d’action que Pennywise ou plus récemment que L’Outsider.
Plus court que 1974, Parasite n’en est pas moins dense. Alternant d’une époque à l’autre au fil des chapitres, ce livre raconte une histoire de possession démoniaque particulièrement horrible aussi bien par les victimes que le démon fait que par celles qu’il choisit comme véhicule pour exister dans ce monde. Ben, le personnage principal, est nettement plus sympathique à mes yeux que celui de 1974. Du coup, ce qui lui arrive enfant comme adulte, se révèle plus touchant et encore plus angoissant. Et, même si vous y croiserez des personnages du roman précédent dans celui-ci, vous pourrez lire les deux de façon indépendante et dans l’ordre que vous voulez. Sachez juste une chose : une fois entamé, vous ne lâcherez plus Parasite avant la dernière page.

Parasite
d’Arnaud Codeville
Autoédition

Clean Room

Et si X-Files, Project Blue Book, V et autres histoires d’enlèvements par des extraterrestres n’étaient que de gentilles fables destinées à nous rassurer sur ce que veulent réellement les « aliens » ? Avec Clean Room, une série écrite pour DC Vertigo, Gail Simone au scénario et Jon Davis-Hunt puis Walter Geovani au dessin, lèvent le voile sur ces entités : démons, anges, extraterrestres ou créatures extradimensionnelles ? Celles-ci s’attachent à l’humanité depuis des millénaires, attirées par la mort et la douleur. Elles s’infiltrent parmi nous en possédant des corps, les remodèlent et s’en servent pour infliger encore plus de peine autour d’elle. Invisibles pour les humains, sauf pour les personnes ayant vécu une expérience de mort imminente, elles vont trouver Astrid Mueller sur leurs routes. Sous couvert d’une organisation quasi sectaire de développement personnel, celle-ci a mis au point une façon de les combattre et de sauver une partie de l’humanité.
Quand Philip, le fiancé de Chloé Pierce se suicide après avoir suivi les enseignements d’Astrid, la journaliste enquête prête à faire tomber toute l’organisation. À moins que…
Clean Room fait partie des séries sacrifiées lors de la remise à plat de Vertigo, la collection adulte de DC Comics. Du coup, la série s’est arrêtée au bout de 18 numéros (soit trois grands formats). Heureusement, Gail Simone a eu le temps de conclure de façon satisfaisante l’histoire qu’elle voulait raconter, même s’il reste des questions annexes sans réponse.
Si vous avez aimé X-Files et La Malédiction, si pour vous l’horreur en BD ou ailleurs ne se limite pas à l’accumulation de scènes gore, n’hésitez pas à vous jeter sur Clean Room. Les différentes protagonistes sont fortes, têtues et prêtes à tout pour arriver à leurs fins. Sauveuse de l’humanité, Astrid Mueller est tout sauf une sainte. De mon côté je peux même dire que les deux seules choses bonnes en elle sont sa préférence pour le thé Earl Grey et sa passion pour les échecs. Les entités monstrueuses ne ressemblent à rien de connu et se révèlent pourtant effroyables. Notons quelques clins d’œil de leur part, comme la pire d’entre elle, le Chirurgien, qui adopte comme apparence humaine, un corps très proche de L’Homme à la Cigarette dans X-Files.
Attention, Clean Room est libellée comme une série « suggested for mature readers » c’est-à-dire « à réserver aux adultes ». Ou je dirais plutôt à réserver aux personnes ayant l’estomac bien accroché. L’avertissement est largement justifié. Certaines images vous hanteront longtemps, comme le Ponyman pour moi. Et la thématique sous-jacente a de quoi faire frémir. Malgré tout si vous commencez, vous ne pourrez plus arrêter de le lire. Et vous refermerez la dernière page avec un mélange de soulagement pour les personnages survivants et de satisfaction. Celle d’avoir lu une excellente histoire d’épouvante moderne, originale, humaine et horriblement terrifiante.


Clean Room
Scénario de Gail Simone
Dessins de Jon Davis-Hunt et Walter Geovani
Éditions DC/Vertigo

L’Outsider

Impossible de passer à côté du dernier livre de Stephen King. Entre la publicité sur les bus et dans les couloirs du métro et les commentaires sur les réseaux sociaux, L’Outsider est partout. Autant faire alors comme Oscar Wilde et céder à la tentation pour mieux y résister et éviter d’avoir l’intrigue divulguée avant de l’avoir ouvert.
Si Stephen King fait partie des écrivains qui j’achète facilement, car je sais que son histoire me distraira, il m’a également apporté son lot de déception y compris avec certains de ses romans les plus connus.
Heureusement L’Outsider ne fait pas partie de cette dernière catégorie. Il reprend les classiques qui font la force des Stephen King : une petite bourgade, un mal mystérieux, des victimes enfantines. Et il joue sur les deux registres que maîtrise à la perfection l’écrivain : l’horreur bien sûr, mais également le polar.
La première partie débutant avec l’arrestation de Terry Maitland pour le meurtre atroce du jeune Franck P. n’est qu’un pur thriller. Est-il innocent ou coupable alors que des preuves solides plaident en faveur d’un côté ou de l’autre de la balance. Du jour de la mise en accusation, le récit bascule peu à peu dans le fantastique tout en gardant de solides bases policière. Qui est derrière la mort de l’enfant ? Fera-t-il d’autres victimes ? Comment l’arrêter.
Les connaisseurs de Stephen King pourront s’amuser à trouver les références plus ou moins importantes au reste de son œuvre littéraire. Et elles sont nombreuses. À mon avis, le parallèle entre Ça et L’Outsider est tellement évident qu’on devine la confrontation finale arriver à des kilomètres… À se demander si les deux créatures ne sont pas apparentées.
En revanche, si vous aimez le Stephen King auteur de polar, finissez la trilogie de Mr Mercedes avant de lire ce livre. Reposez immédiatement L’Outsider et allez vous procurer les suites : Carnets noirs et Fin de ronde. L’un des personnages de ces livres joue un rôle majeur dans la seconde moitié de L’Outsider et dévoile des éléments clés sur la trilogie et le destin des personnages. Revenez à L’Outsider quand vous serez à jour.
Dans mon palmarès personnel, L’Outsider ne sera pas un grand Stephen King : il reprend trop les vieilles recettes de ses livres plus anciens, et si je trouve la créature dégoutante, elle n’est pas si terrifiante que Ça. Peut-être parce qu’à la différence du clown tueur, les enfants n’ont qu’un rôle négligeable dans l’histoire. Ce sont des adultes expérimentés, et souvent entrainés qui affrontent cet Outsider. Une fois passée l’incrédulité, l’issue de l’affrontement est prévisible. En revanche, Stephen King reste un maître de l’écriture qui happe sa lectrice de la première ligne à la dernière. Et j’avoue que quitter le Maine pour l’Oklahoma est un changement bienvenu. À noter qu’à l’occasion de la sortie de ce livre, Albin Michel a fait traduire Laurie, la nouvelle écrite par Stephen King pour son anniversaire, et l’a mise à disposition gratuitement sur les e-librairies.

L’Outsider
de Stephen King
Traduction de Jean Esch
Éditions Albin Michel

The Frighteners

Netgalley a un avantage certain pour les lecteurs voraces. On y trouve toute sorte de livres, même certains qui pourraient largement échapper à notre perspicacité. The Frighteners de Peter Laws est de ceux-là. Ni roman, ni essai scientifique, ce livre est entre la découverte d’un genre, un plaidoyer pour l’art macabre et une ode à ses appréciateurs, lecteurs, joueurs ou spectateurs.
Il ne vous a pas échappé en lisant ces pages que je n’aie rien contre une bonne histoire de fantôme ou d’horreur pure. Je sais ce que j’y trouve, mais pourquoi ces histoires sanglantes fascinent tant de monde ? C’est la question à laquelle tente de répondre dans The Frighteners, Peter Laws, révérend de son état, obnubilé par l’horreur depuis l’enfance et auteur de thrillers. En dix chapitres, il explore différentes thématiques : les monstres classiques (vampires, loups-garous, démons), les revenants, les zombies, l’envoutement qu’exerce les faits des serial killers ou l’intérêt des jeux et histoires violentes dans le développement des jeunes enfants.
À travers sa propre expérience, mais également ses rencontres aussi diverses que des furs en convention, un guide touristique spécialisé dans les fantômes anglais ou un couple ayant une boutique très spécialisée, Peter Laws présente les différentes raisons qui peuvent se cacher derrière cette passion pour le macabre dans son ensemble, ou pour certains de ses aspects. Et pourquoi d’une certaine façon, cette fascination, cathartique, est saine pour la construction de notre personnalité, mais également de notre société.
Loin d’être un pensum, The Frighteners se lit très facilement. C’est en quelque sort le pendant de Danse Macabre (Anatomie de l’Horreur) de Stephen King. Là où l’écrivain américain avait un point de vue avant tout de créateur d’histoires à faire peur, Peter Laws se place résolument du côté des consommateurs de tels récits. Il parsème son propos d’anecdotes souvent très drôles et aussi parfois surprenantes. Ainsi, Peter Laws a entendu l’appel de la religion en regardant L’Exorciste !

The Frighteners
de Peter Laws
Editions Skyhorse

Fil rouge 2018 : The Labyrinth Index

Le thème du Fil rouge de novembre était les vampires. Coïncidence ou non, le dernier épisode des Laundry Files de Charles Stross, The Labyrinth Index sorti le 31 octobre dernier, a pour narratrice Mhari Murphy, une vampire. Voici donc le candidat idéal pour notre lecture de ce mois-ci.
The Labyrinth Index reprend le fil de l’action quelques mois après la fin de The Delirium Brief. Et nous propose une histoire d’espionnage en territoire ennemi avec exfiltration d’un acteur clé et sabotage d’une opération en cours. Le tout fait par sept agents assez novices et totalement dispensables. Imaginez un instant un roman de John Le Carré ou de Tom Clancy mâtiné d’Absolutely Fabulous et de Pied nickelés. Propulsez tout ce beau monde au 21e siècle pour vous faire une idée de ce que vous allez découvrir au fil des pages.
Le territoire ennemi en question est les États-Unis passés depuis trois mois sous la coupe d’une agence occulte. L’acteur à exfiltrer n’est rien moins que le Président des États-Unis magiquement disparu de la mémoire collective de son peuple avec toute la branche exécutive du gouvernement. Et l’opération à saboter n’est rien de moins que le réveil de Cthulhu (réalisé entre autres à coup de minage de bitcoins).
Et les vampires dans tout ça ? Il y en a au moins trois dans l’équipe de bras cassés chargés d’accomplir cette tâche : Mhari Murphy, ex-employée des ressources humaines de la Laverie et ex-petite amie infernale de Bob Howard le narrateur habituel, devenue une PHANG –
Person of Hemophagic Autocombusting Nocturnal Glamour, acronyme politiquement correct du jour pour désigner un vampire – depuis un passage dans une grande banque, Janice sa collègue asociale au sein de cette même banque (voir The Rhesus Chart) et Yarisol, une mage elfe autiste arrivée dans notre dimension dans The Nightmare Stacks. Il y en a aussi d’autres en territoire ennemi camouflés en tenue de ninja argentée. Et les vampires ne sont que les moins dangereux des personnages que vous croiserez ici. Outre Cthulhu, Nyarlathotep tient un rôle majeur dans l’histoire. Un maître de jeu avec un set de dés bien particuliers également. Et comme souvent la bureaucratie et la technologie elle-même sont encore pires que toutes les atrocités vivantes croisées auparavant.
Entre deux fous rires, vous y apprendrez comment Amazon et AliExpress sont devenus les meilleurs alliés des espions pour contourner les contrôles aux aéroports, la vraie raison de l’incendie de la Maison-Blanche en 1814, pourquoi le Concorde aurait fait un parfait avion de combat et mille autres petits détails ingénieux. La technologie et les différents grands noms de l’IT sont bien entendus bien présents dans ce roman. De quoi faire se plier de rire les lecteurs travaillant dans le secteur (ou leur donner des sueurs froides ?), tout en restant largement accessible pour ceux qui n’y connaissent rien de plus que savoir allumer son téléphone et faire un selfie avec. Si vous n’avez pas encore cédé aux charmes de The Laundry Files, c’est peut-être le moment de craquer ? Même si avoir lu les huit romans précédents peut aider, celui-ci reste tout de même assez indépendant pour se lire seul sans grand inconvénient.

NB : pour les lecteurs utilisant un PC sous Windows ou un émulateur de type Wine, vous trouverez dans la version numérique un lien vers un jeu vidéo. Lancez-le à vos risques et périls.

The Labyrinth Index
de Charles Stross
Editions Orbit

Monstress – Haven

Bien souvent quand une série commence, les premiers épisodes sont excellents puis au fil du temps, la qualité se dégrade. Dans le cas de Monstress de Marjorie Liu et Sana Takeda, ce n’est pas le cas du tout. Alors que viens de sortir le troisième TPB (trade paperback ou en bon français gros album regroupant plusieurs numéros réguliers d’une série de comics) du titre, l’intérêt reste toujours aussi soutenu, et l’histoire aussi riche.
Résumons les épisodes précédents, Si le premier volume – Awakening – nous présentais Maika Halfwolf et son univers actuel, le deuxième volume – The Blood — plus violent, levait le voile sur les origines de Maika, des arcaniques et en partie de Zinn, la créature hantant le corps de Maika.
Ce troisième volume – Haven — commence juste après le deuxième. Devant trouver un refuge face à la vindicte des Blood Queen, Maika, Kippa, Master Ren et les autres se font héberger à Pontus, ville-territoire neutre où les Chats, les humains et les Arcaniques vivent en bonne intelligence. Ville surtout où l’ancêtre lointaine de Maika responsable de la venue de Zinn dans ce monde avait son laboratoire et ses secrets. Et pendant ce temps, et les Arcaniques et l’Imperatrix se battent pour récupérer les différents morceaux du masque, et les Vieux Dieux sortent de leurs sommeils. Et du côté des chats ? Malgré son nom, Master Ren obéit à plus d’un maître et se retrouve pris entre deux ordres contradictoires qui ne mettront pas que lui en danger.
Pour contrebalancer le volume deux, ici Maika Halfwolf mais également Zinn font preuve d’un peu plus d’émotion et d’empathie. De façon logique, mais ce voyage é
motionnel apporte encore un éclairage nouveau sur l’histoire et rend le sacrifice final encore plus impressionnant. Me laissant une fois de plus l’envie folle de savoir la suite à la fin de l’ouvrage.
À noter que comme dans les albums précédents, chaque chapitre se termine par une petite présentation de l’univers de Monstress par le professeur Tam Tam, grande lettrée chez les Chats. Les présentations de ce numéro sont particulièrement réussies : intense après un passage léger, ou au contraire arrachant un sourire après un passage particulièrement sombre. Si certaines pages dénotent une certaine précipitation dans le dessin, le style de Sana Takeda est toujours aussi beau. Parmi les nouveaux personnages, Vihn Nem, l’ingénieure en chef de Pontus m’a particulièrement impressionnée. Sera-t-elle présente dans un des volumes suivants ?

Monstress – Volume Three Haven
É
crit par Marjorie Liu, dessiné par Sana Takeda
É
ditions Image Comics

Mulengro

Si dans la vie courante, les Gitans ont mauvaise presse ; dans la littérature, le nomadisme et toutes les traditions et mythologies qui leur sont associés sont une source d’inspiration pour les écrivains gadje avec plus ou moins de bonheur. Pour qui aime frissonner, le conte horrifique de Charles de Lint, Mulengro, en est l’exemple parfait.
Avec des fantômes, des meurtres horribles et inexpliqués, une vengeance, des sorciers et un chat qui parle, Mulengro mélange tout ce qui fascine chez les Gitans : mode de vie différent des sédentaires, traditions, magie réelle ou supposée… Tous les ingrédients sont réunis pour en faire un parfait récit à lire au coin du feu ou à se réciter à la veillée. Pour nous Européens, Mulengro a une touche d’exotisme supplémentaire. L’histoire ne se passe ni en Europe, ni aux États-Unis (terre habituelle des récits horrifiques des Pockets Terreur), mais à Ottawa et dans la campagne de l’Ontario, une zone du Canada assez peu mise en avant dans les fictions.
L’histoire commence par deux faits divers : un incendie criminel auquel la victime réagit en prenant la fuite, et la découverte d’un cadavre atrocement mutilé en ville, avec un témoin peu fiable parlant d’un homme en noir et de créatures sorties du brouillard. Peu à peu, en adoptant le point de vue d’une multitude de personnages, tant Gitans que Gadjé, Charles de Lint nous raconte une course contre la montre pour arrêter ces meurtres, et un affrontement entre deux conceptions de ce qu’est « être Gitan ». Même si, pour la beauté du récit, il oublie la partie de la population s’étant sédentarisée. De l’enquête criminelle, on passe ainsi à la réflexion sur la vie bucolique et le temps qui passe, avant de basculer dans l’aventure magique et l’horreur pure. La multitude de personnages et des sous-intrigues ne gênent en rien le récit. Au contraire, elles l’enrichissent et finissent par se ficeler quasi parfaitement à la fin. Malgré l’arrivée d’une sorcière, sorte de Deus ex machina, à la toute fin pour guider les héros.
Comme le dit lui-même Charles de Lint, Mulengro est un récit écrit par un non-Gitan sur l’une des variations de la communauté gitane. Il prévient qu’il a essayé le plus possible d’être fidèle à ce qu’il en a appris, à la différence de Paddy Briggs, son policier bourré de préjugés, mais il ne prétend pas ne pas avoir fait d’erreurs. Prenez-le comme tel, et savourez cette histoire horrifique à la fin pas si prévisible que ça au cours des longues siestes estivales.

Mulengro
de Charles de Lint
Traduction d’Arnaud Mousnier-Lompré
Éditions Presse Pocket