Harrison Harrison

Un livre jeunesse chez Le Bélial’ ? Et oui, c’est possible ! La preuve avec Harrison Harrison de Daryl Gregory. Ce roman revisitant, une fois de plus, les mythes lovecraftiens, met en scène le fameux Harrison Harrison ou H2. Ce lycéen suit sa mère scientifique à Dunnsmouth, petite ville de la côte de la Nouvelle-Angleterre où le temps semble s’être arrêté. Essayant de s’adapter dans un nouveau lycée et de survivre avec son aquaphobie dans un environnement tout entier tourné vers la mer, H2 va bientôt être confronté à une autre catastrophe. Sa mère disparaît et les habitants de Dunnsmouth ne sont pas si humains que ça…
Le moins que l’on puisse dire est que Daryl Gregory connaît bien le mythe autour des Grands Anciens de H.P. Lovecraft, qu’il ait été décliné en livre
s ou en BD ou bien en films. Et l’illustrateur choisi pour l’édition française, Nicolas Fructus également. Même si son infirmière évoque plus Resident Evil que Re-animator. Si le lecteur dispose des mêmes références, les clins d’œil plus ou moins appuyés aux différents aspects du mythe seront savoureux. Et sinon ? Sinon il reste un roman solide à destination des plus jeunes. Mélangeant humour, enquête et horreur, Harrison Harrison est accrocheur. J’ai personnellement eu du mal avec les tout premiers chapitres, le temps que tous les personnages prennent place et qu’on nous présente le lycée et la ville. J’ai été réellement emportée par l’histoire avec l’enlèvement de la mère et surtout l’apparition de la tante de H2, personnalité fantasque et attachante s’il en est. La rencontre avec Lub vaut également le détour. En revanche, mais le reproche est également valable pour les œuvres de Lovecraft, les motivations des antagonistes sont peu claires. Et la plupart d’entre eux n’ont pas de réelles profondeurs. Seul le Scrimshander avec sa façon si particulière de disposer de ses victimes sort du lot.
Au final, Harrison Harrison ne correspond pas tout à fait à ce que j’en attendais, mais j’ai apprécié cette lecture, nettement plus légère que celles auxquelles m’avait habituée cette maison d’éditions. Et j’ai des envies de homards… Comme en a le héros de l’histoire.

Harrison Harrison
de Daryl Gregory
traduction de Laurent Philibert-Caillat

Éditions
Le Belial’

Nevertheless She Persisted

À l’occasion de la journée internationale des droits des femmes, le 8 mars dernier, Tor a proposé un court recueil de nouvelles, gratuitement. Intitulé Nevertheless She Persisted, il fait allusion au comportement de la sénatrice américaine Elizabeth Warren qui ne s’est pas laissée faire alors que ses collègues voulaient lui couper la parole en 2017. L’idée de cette anthologie est simple : demander à des autrices d’écrire un très court texte en se basant sur le tweet d’Hillary Clinton commentant l’événement : « She was warned. She was given an explanation. Nevertheless, she persisted. So must we all. », soit en français « Elle a été prévenue. On lui a donné une explication. Néanmoins, elle a continué. Comme nous le devrions toutes. »
Le résultat est onze très courtes nouvelles dans différents genres : fantasy, horreur pour
God Product d’Alyssa Wong, SF ou surréalisme. Onze nouvelles très variées, partant toutes du même point de départ, mais explorant toutes des chemins très différents. Jo Walton propose même avec The Jump Rope Rhyme une poésie fantastique. Pour moi, ce recueil fut l’occasion de retrouver une Kameron Hurley bien plus douce que dans Apocalypse Nyx et lire Seanan McGuire hors de ses sentiers habituels. Ce fut surtout l’occasion de découvrir de nouvelles plumes. Toutes les nouvelles ne m’ont pas plu, mais toutes m’ont touchée. En particulier Astronaut de Maria Dahvana Headley ou Margot and Rosalind de Charlie Jane Anders. Je ne peux que vous encourager à télécharger ce recueil chez votre libraire numérique favori et à le lire.Vous pouvez retrouver l’ensemble des sites où il est disponible sur cette page.

Nevertheless she persisted
collectif (Kameron Hurley, Alyssa Wong, Carrie Vaughn, Seanan McGuire, Charlie Jane Anders, Maria Dahvana Headley, Nisi Shwal, Brooke Bolander, Jo Walton, Amal El-Mohtar, Catherynne M. Valente)
Éditions
Tor

Dracula

Lors des dernières Rencontres de l’imaginaire à Sèvres, j’ai assisté à une table ronde sur l’évolution du vampire en 200 ans de littérature. Celle-ci, outre m’avoir donné plein d’idées de lectures, m’a donné envie de revenir aux sources et de relire Dracula. Pour cette version, j’ai choisi l’édition numérique proposée à 0,99 € par Culture Commune sur toutes les libraires en ligne qui regroupe la nouvelle L’invité de Dracula et le roman Dracula, dans l’ordre de lecture pensé par Bram Stoker, c’est-à-dire avec l’une servant d’introduction à l’autre.
Pour celles et ceux qui n’auraient jamais lu Dracula, ou vu le film de Francis Ford Coppola, ce roman n’est pas le premier texte littéraire sur des vampires, mais c’est certainement le plus connu. Il raconte comment le comte Dracula se prépare à envahir le Royaume-Uni avec l’aide, involontaire, d’un jeune notaire, Jonathan Harker, et comment il sera repoussé et finalement défait par ce même notaire, sa femme, un vieux médecin hollandais et trois autres gentlemen. Et je ne vous en dis pas plus pour ne pas tout divulgâcher. Sachez juste que c’est ce roman qui va poser les bases du vampire dans l’imaginaire moderne avec ses pouvoirs (transformation en différentes créatures ou en brume, fascination, télépathie) et ses limites (notamment face aux symboles religieux et aux pieux de bois) et que Dracula et les autres personnages de ce roman (notamment Van Helsing, Mina Harker ou Renfield) seront repris dans de nombreuses autres œuvres parodiques ou non.
Cela faisait plusieurs années que je n’avais pas relu Dracula, et je me souvenais d’un exercice stylistique intéressant mélangeant les journaux des principaux personnages humains (sauf ce pauvre Quincy Morris), des coupures de journaux et différents télégrammes. Il me semblait pourtant que l’entrée en matière était un peu
lente à se mettre en place. Ce fut la bonne surprise de cette édition. Certes le style de L’invité de Dracula est un peu lourd, comme toutes les autres œuvres de Bram Stoker hormis Dracula, mais le texte est court et l’action arrive rapidement. Celle-ci est assez ambiguë pour que le passage dans la foulée au roman, sans séparation dans cette édition, se fasse naturellement.
Finalement, peut-être parce que je connaissais déjà bien l’histoire, cette relecture fut fluide et très agréable. Certes, certains passages montrent les préjugés coloniaux et racistes et l’importance de la religion à l’époque victorienne où a été écrit ce livre (1897). La facilité avec laquelle le titre de Lord anglais permet à Arthur Goldaming d’assurer ce qui n’est pas moins qu’une expédition punitive en terre étrangère est à ce sujet fascinante. Et pourtant par d’autres côtés, Dracula reste moderne. L’horreur n’y est pas que suggérée et les femmes, Mina en tête, mais également Lucy, ne sont pas que des potiches fragiles qui doivent être protégées. En particulier, même si ces messieurs cherchent à la protéger à tout prix, c’est Mina qui par ses réflexions, et ses connaissances mènera à la défaite finale du comte. Je ne peux que vous encourager à le lire ou le relire, en attendant pour début janvier, la nouvelle adaptation de Stephen Moffat pour la BBC et Netflix.


Dracula
de Bram Stoker
traduction de Lucienne Molitor
Éditions Culture commune

(même si le livre est toujours en vente, cet éditeur en particulier ne semble plus actif, la traductrice a été identifiée par Adrien Party de Vampirisme.com Mille mercis.)

En bonus, la bande-annonce du Dracula de Stephen Moffat, à partir du 1er janvier 2020 sur la BBC, et le 4 janvier sur Netflix

 

 

Le Journal des chats de Junji Ito

Que se passe-t-il quand vous vous retrouvez exfermée dehors parce que vous êtes partie faire une course avec le mauvais jeu de clé ? Dans mon cas, vous vous réfugiez à la bibliothèque de quartier en attendant qu’un autre occupant de la maison rentre pour vous ouvrir. Et c’est ainsi que je suis tombée sur une petite pépite comique : Le Journal des chats de Junji Ito.
L’auteur et narrateur de cet album est un mangaka spécialisé dans l’horreur et, au début de l’histoire un peu ailurophobe sur les bords. Il emménage avec sa nouvelle épouse, qui elle n’imagine pas la vie sans chats, dans une maison neuve. Et Yon, le chat noir et blanc au pelage tête-de-mort, ne tarde pas à les rejoindre, bientôt suivi par Mu, chaton des forêts norvégiennes. Commence alors une longue période d’adaptation entre le
narrateur et ces bêtes démoniaques entre toutes : des félins domestiques.
Le moindre détail ordinaire de la vie de chats (une nuit passée dans la chambre des humains, une litière pleine, une dispute pour le haut de l’arbre à chat, une stérilisation…) devient sous
la plume de Junji Ito, une histoire effrayante. Le fait que l’auteur dessine sa femme sans pupilles visibles et avec un choix vestimentaire évoquant Freddy Krueger aide également à se mettre dans l’ambiance. Ajoutez-y une alternance entre la case montrant ce qui se passe réellement et ce que voit Junji Ito, et vous obtiendrez de quoi éclater de rire à chaque page.
Que les amoureux des chats se rassurent : Yon et Mu ne sont pas des créatures maléfiques. Enfin pas plus que le chat domestique ordinaire. Et Junji Ito ne s’en est pas débarrassé. Bien au contraire, il y est devenu encore plus attaché que sa femme. En revanche, ce manga a un avantage. C’est un one-shot donc le lecteur ne se lasse pas des péripéties.
Ce concentré de drôlerie vous fera plus qu’agréablement passer le temps.

Le Journal des chats de Junji Ito
de
Junji Ito
traduction de Jacque
s Lalloz
Éditions
Delcourt/Tonkam

Avance rapide

Dans la salve de promotions liées au Mois de l’imaginaire qui vient de se terminer, je me suis laissée tenter par Avance Rapide de Michael Marshall Smith, pour deux raisons : il y a un chat en couverture et l’auteur ne me disait rien. Ce dernier point était faux puisqu’en fait j’ai lu il y a des années La Proie des rêves de lui, mais la couverture de Siudmak m’avait alors plus marquée que le nom de l’auteur.
Et loin d’être décevant, le résultat m’a agréablement surprise. Avance rapide est de ces romans de science-fiction qui semblent vous mener quelque part et au final retournent toutes les idées préconçues de départ. Contrairement à Acadie de Dave Huchintson, ce retournement n’est pas une révélation brutale en fin de livre, mais plus un grand virage entamé à mi-parcours. Vous vous trouvez alors perdu dans votre lecture, mais, porté par une écriture fluide, vous continuez pour comprendre où Michael Marshall Smith veut vous mener.
Dans un lointain futur, Stark vit dans la Cité, une mégapole couvrant presque toute l’Angleterre où chaque quartier joue selon ses propres règles en quasi autarcie par rapport aux autres. Certains quartiers reproduisent « l’âge d’or » d
u milieu du 20e siècle en occultant le reste du monde derrière une fausse catastrophe nucléaire, d’autres bannissent tout bruit entre leurs murs à l’exception d’une heure par jour, et d’autres encore sont dédiés aux formes de criminalité les plus extrêmes. Au début de cette histoire, Stark apparaît comme une sorte de détective privé qui se voit chargé de retrouver un vieux cadre enlevé de son quartier d’affaires. Il va se servir de sa connaissance de la Cité et de sa capacité entre elle et le Jeamland, un monde où se mêlent rêves et souvenir, pour aller jusqu’au bout de son enquête. Sauf que… À la manière d’un bon roman de Philip K. Dick, la réalité est différente de ce que les personnages en perçoivent, et que le passé de Stark le rattrape.
Mélangeant à parts égales l’humour, le polar et l’horreur pure, Avance rapide est un roman
plutôt complexe, mais d’une lecture très facile. Premier roman de Michael Marshall Smith, on y retrouve en germe les thématiques qu’il développera par la suite (les rêves, l’horreur, un certain questionnement de la réalité). Pour autant, il est également plus léger que ses livres suivants. Certains passages, notamment ceux dans le quartier Chat ou les démêlés de Stark avec son électroménager, sont franchement cocasses. Du coup, Avance rapide est une bonne porte d’entrée pour découvrir en douceur cet auteur britannique.

Avance rapide
de Michael Marshall Smith
traduction de Ange
Éditions Bragelonne

Mois de l’imaginaire : lus en passant

Avec la combinaison de la rentrée littéraire et du Mois de l’imaginaire, j’ai reçu et acheté pas mal de livres. Certains sont toujours en cours de lectures, mais deux d’entre eux ont déjà été lus.

I am vampire

Celui-ci m’a été remis en main propre par l’auteur lui-même. Je l’ai donc lu en priorité, le temps d’un aller-retour en transport entre Paris et Brétigny-sur-Orge, soit pour les non-Parisiens grosso modo un peu plus de deux heures. L’auteur explique lui-même écrire en consommant énormément de vodka, peut être que la lecture devrait être elle aussi alcoolisée pour particulièrement apprécier le texte ? I am vampire raconte l’histoire de Bert, artiste « maudit » sans le sou ivrogne et parasite de la société, alors qu’il se rend compte qu’il devient peu à peu vampire. L’individu en question n’est pas particulièrement ni sympathique (mais aucun des personnages ne l’est) ni intelligent. En revanche, il a un égo surdimensionné et ne souffre visiblement pas du syndrome de l’imposteur. Même si j’ai lu I am vampire sobre, la lecture en fut rapide et plutôt agréable dans l’ensemble. L’action n’arrête pas une seconde et part dans tous les sens. C’est enlevé, le style est populaire et oui, j’ai ri devant le grotesque de certaines scènes. Pour autant, l’histoire est très, très décousue et donne l’impression que l’auteur raccroche les fils au fur et à mesure, avec quelques ratés (l’histoire se passe à Paris ou dans une petite ville de province ?), et la fin tombe franchement à plat. Si vous attendez à une histoire de vampirisme solide, passer votre chemin. Si vous aimez ce genre de livre déjanté, foncez.

I am vampire
de Romain
Ternaux
Éditions Aux Forges de Vulcain

La forêt des araignées tristes

Voici un gâchis de 610 pages. L’univers steampunk décrit par Colin Heine est particulièrement intéressant, avec des villes construites à la verticale pour émerger d’une brume couvrant le monde d’où sortent d’étranges et dangereuses créatures. La société qui s’est formée, pompée sur la Révolution industrielle montre bien le contraste entre la classe aisée bourgeoise, ses gargouilles, et ses dirigeables, et les classes populaires industrieuses reléguées au bas des piliers au plus près de la « vape » et de ses dangers. Ajoutez-y une touche d’exploration lointaine et une intrigue policière et vous auriez de quoi faire un excellent roman.
En fait, non. Les personnages sont plats au possible, sauf Agathe la gouvernante, et les diverses intrigues sont inintéressantes. Même le serial killer est fade et sans intérêt. Et les araignées dans tout ça ? Elles apparaissent sans rime ni raison. Et n’ont aucun rapport avec le reste de l’intrigue, si ce n’est sauver la vie du personnage principal à chaque fois qu’il se met tout seul dans un mauvais pas en lui flaquant systématiquement une belle frousse à lui casser les cordes vocales. Du coup, la fin, une version dirigeable du naufrage du Titanic, devient confuse et ne résout même pas l’intrigue principale. Même si l’achat en numérique de ce livre ne m’a coûté que 2,99 € avec la promotion Mois de l’imaginaire, j’avoue songer à demander un remboursement.

La forêt des araignées tristes
de Colin Heine
Éditions ActuSF

Gideon the Ninth

Premier roman d’une autrice néo-zélandaise, Tamsyn Muir, Gideon the Ninth est un coup de maître. Où le classer ? Est de l’horreur fantastique comme la série de jeu vidéo Dead Space avec ce palais planétaire empli de chausse-trappes mortelles toutes plus épouvantables les unes que le autres ? De la fantasy noire avec ces huit duos d’escrimeurs et de nécromanciens entrés dans une compétition pour atteindre les plus hautes fonctions de l’Empire ? Ou un bon vieux space opéra avec un Empire galactique vieillissant qui a trouvé de nouvelles sources d’énergie ? Tamsyn Muir mélange tous ces genres et produit un livre de 450 pages que vous ne lâcherez pas.
Dès le début, Gideon the Ninth plonge son lecteur au coeur de l’action alors que Gideon, la narratrice principale, cherche à tout prix à quitter la planète sombre et glaciale où elle a grandi. Si, comme la protagoniste, nous sommes souvent perdus au cours des pages jusqu’au dénouement final, la plume de Tamsyn Muir et les fantaisies qu’elle s’autorise accrochent durablement le regard. Moi qui adore le sarcasme finement amené, ce livre en est rempli. Est-ce parce que les personnages sont à la fin d’une époque ? Ils s’affrontent tout autant à coup d’épée ou de nécromancie qu’à coup de répliques bien senties et de dialogue
empoisonnés. Même les personnages secondaires, voire les objets inertes (si,si) ont cette pointe d’acerbité et d’humour au pire moment qui produit un mélange savoureux. Sans ce talent d’écriture, avouons-le, Gideon the Ninth ne serait qu’une succession de scènes sanglantes et osseuses entrecoupées de passages assez oiseux. Avec, Tamsyn Muir nous dépeint des personnages attachants ou odieux, mais toujours avec de multiples facettes. Elle nous donne envie de poursuivre notre lecture jusqu’au bout. Et à la fin d’attendre avec impatience la suite. Belle réussite !

Gideon the Ninth
de Tamsyn Muir
Éditions
Tor

Notes de lectures estivales

Les vacances sont également le temps de lire ou relire des livres. Tous ne méritent pas une chronique dédiée, par leur qualité, leur sujet ou par le fait qu’ils se rattachent à d’autres livres. Voici néanmoins un aperçu de mes dernières lectures

Lies Sleeping

Je vous ai parlé de Rivers of London, n’est-ce pas ? Depuis les deux premiers livres de la série lus et chroniqués, j’ai continué les aventures de Peter Grant (en romans uniquement je n’ai pas plongé dans les comics). Cette dernière histoire, Lies Sleeping, marque la fin de l’affrontement de Peter Grant avec Mr Punch d’un côté et avec The Faceless Man de l’autre, en attendant l’entrée dans un nouveau cycle d’aventure à l’automne. Ici, le jeune homme se débrouille de mieux en mieux avec la magie et la psychologie des créatures surnaturelles. Il a tout de même quelques difficultés pour effectuer correctement son travail de policier et gérer sa vie de famille, et surtout sa belle-famille. Passé l’effet de surprises de Rivers of London, le reste de la saga de Peter Grant constitue une série d’urban fantasy plaisante à lire et solide. Même si chaque volume se distingue peu des précédents. À lire pour les amateurs du genre.
Lies Sleeping
de Ben Aaronovitch
Éditions Gollancz

Noire Magie

En été, je consomme beaucoup de livres d’horreur. Et la vieille collection Pocket Terreur reste l’une de mes sources favorites. Ce Noire Magie de Tom Tryon est un cas à part. Entamé dans la plus haute antiquité égyptienne, il se déroule ensuite dans une version moderne de New York avec la rencontre entre un magicien de rue et un sorcier hors d’âge. Plaisant à lire avec des tournures de phrases virevoltantes, le rythme est en revanche plutôt lent et l’action tarde à décoller. Ce qui est dommage pour ce type d’ouvrage. Attention si le texte a été écrit à la fin du 20e siècle, il y a dans certaines descriptions des relents racistes assez désagréables.
Noire Magie
de Tom Tryon
traduction de
Elisabeth Vonaburg
Éditions
Pocket

Moi, Lucifer

Voici un livre que j’aurais aimé aimer. Hélas, le texte est tellement décousu et répétitif que je l’ai abandonnée en cours de route sans la moindre envie de le reprendre. L’histoire se veut une autobiographie de Lucifer lui-même, coincé dans le corps d’un écrivain raté pour un mois avant de potentiellement regagner sa place au Paradis. N’est pas John Milton qui veut, et Glen Duncan est loin d’avoir le talent de son prédécesseur. L’accumulation d’allusions grossières pour choquer le lectorat ne fait que le lasser sans être justifiée par une vraie intrigue. À éviter !
Moi, Lucifer
de Glen Duncan
traduction de Michelle Charrier
Éditions Folio SF

C’est dans la poche !

En lectrice de science-fiction de longue date, le nom de Sadoul ne m’était pas inconnu que ce soit par la fille, Barbara, spécialiste des vampires ou par le père, Jacques, grâce à qui bien des noms de la science-fiction anglo-saxonne ont été découverts en France. Ce livre de souvenirs raconte les aventures professionnelles du père de ses débuts à la faculté à Paris à son départ à la retraite. Le tout est traité par année en mettant face à face la grande actualité et le quotidien de Jacques Sadoul. Que le personnage vous soit sympathique ou non (et vous changerez plusieurs fois d’
avis au cours de ces pages), cette autobiographie se lit avec grand plaisir. Elle fourmille d’anecdotes non seulement sur le monde de la science-fiction, mais également sur celui de la BD et le milieu de l’édition et de la presse en général. À charge pour le lecteur de démêler la réalité des enjolivements.
C’est dans la poche !
de Jacques Sadoul
Éditions
J’ai Lu

Literary Life

Si vous travaillez de près ou de loin dans le monde du livre, ou si vous avez des personnes de cet univers dans votre entourage, cette BD est un petit bijou. Elle vous fera sourire, rire, mais également grincer des dents au fil des pages. À travers de différentes chroniques, la caricaturiste Posy Simmonds se moque des travers des auteurs, des éditeurs, des chroniques, des libraires, bref de tout le petit microcosme littéraire. Mais toujours avec une certaine tendresse, mélangeant douceur et acidité à la manière des meilleures marmelades britanniques.
Literary Life
de Posy Simmonds
traduction de Lili Sztajn et Corinne Julve
Éditions Denoël

Ghost Virus

Cela faisait quelques années qu’un livre d’horreur de Graham Masterton n’avait pas été traduit en français (d’ailleurs les deux derniers de la série des Jim Rook ne le sont toujours pas). Pour Ghost Virus, c’est un éditeur belge, Livr’S, qui s’est lancé dans l’aventure, avec un roman dans un style plus que classique pour l’auteur : de la terreur pure et dure échappée de la banalité du quotidien.
Ici l’action se passe à Tooting dans la banlieue de Londres. Des gens à priori sans histoire se suicident ou commettent des crimes horribles. Interrogés, les survivants déclarent que c’est une autre personne en eux qui a agi à leur place. Leur seul point commun ? Porter au moment des faits un vêtement d’occasion. Peu à peu, les deux inspecteurs chargés de l’enquête, Jerry et sa supérieure hiérarchique, Jamila, doivent se rendre à l’évidence. Les vêtements sont hantés, et contagieux en prime. Comment arrêter ce qui n’est pas vivant ?
Jamais je n’aurais imaginé avant Ghost Virus, qu’un pull tricoté main ou surtout une petite veste bleue doublée de satin (dont j’ai un modèle très semblable dans un placard) puisse être aussi effrayants ? C’est sans compte sur Graham Masterton qui arrive à transformer l’objet le plus insignifiant en prestataire de mauvais rêves en tout genre.
Ici les deux policiers, Jerry et Jamila, sont dissemblables, mais complémentaires. On sent très vite un potentiel pour faire de cette paire, de nouveaux héros récurrents. Je lirais d’ailleurs avec plaisir une histoire basée sur la mythologie pakistanaise où Jamila utiliserait le savoir transmis par les histoires de sa fameuse grand-mère.
Ghost Virus n’est pas exempt de défaut, notamment une accumulation de crimes et de personnages après l’entrée en matière qui ne font pas forcément avancer l’intrigue, et une explication un peu trop rapide du virus en question. Il se lit néanmoins avec grand plaisir. Comme d’habitude, dès les premières lignes, Graham Masterton nous projette au cœur de son cauchemar et ne nous lâche pas jusqu’à la dernière page. Voire au-delà…

Ghost Virus
de Graham Masterton
traduction de Quentin Daniel
Editions Livr’S

Celle qui a tous les dons – La part du monstre

N’en déplaise aux amateurs de Walking dead et autres films de Georges Romero, la majorité des histoires de zombies m’ennuient profondément. Pourtant lors de sa sortie en en 2016, The Girl with All The Gifts m’intriguait. Mais comme à mon habitude, j’ai préféré attendre d’avoir lu le livre avant de le voir. Et comme en passant sur le stand de L’Atalante à Livre Paris, j’ai trouvé non seulement Celle qui a tous les dons de M.R.Carey, mais également La part du monstre, son prequel, je les ai pris et lus dans l’ordre préconisé correspondant à l’ordre de parution et non l’ordre chronologique des événements. Vous pouvez faire l’inverse ou lire les deux livres de façon séparée, mais ce choix a certainement influencé l’opinion que vous allez lire.
Celle qui a tous les dons nous place quelques décennies après la contagion. Les affams (comme M.R.Carey appelle ses zombies) ont envahi la Grande-Bretagne. Il ne reste plus qu’eux, des humains revenus à la barbarie en mode Mad Max et quelques ilots de civilisation. Une base militaire fait partie de ces ilots, et l’on y étudie des enfants particuliers. Physiquement ce sont des affams, mais ils ont suffisamment d’intellect pour ne pas se laisser régir que par leur seul instinct les poussant à manger de la viande fraiche.
C’est dans cette base que l’on trouve Mélanie, la fille du titre qui a donc tous les dons. Et si justement ces dons faisait d’elle la clé pour comprendre la maladie à l’origine des affams et sauver l’humanité ? Encore faudra-t-il faire comprendre aux adultes qui l’entourent qu’elle est humaine et qu’elle « ne va pas les mordre ».
De M.R.Carey, je connaissais surtout son œuvre dans les comics (Lucifer et Hellblazer chez DC/Vertigo, X-Men chez Marvel et Vampirella chez Dynamite). Et sa série d’urban fantasy autour de Felix Castor ne m’avait pas laissé un souvenir impérissable. Autant dire que Celle qui a tous les dons m’a surpris et en bien. Même si l’on retrouve l’attirance de Mike Carey pour la mythologie dans le titre même du livre et dans les goûts de certains de ses personnages, l’histoire elle-même ne s’y attache pas. Elle est plutôt solide et bien ancrée dans une époque moderne et scientifique. Le ton évoque énormément 28 jours plus tard, et les scènes les plus violentes — cannibalisme zombie oblige — ne sont ni esquivées, ni volontairement trop descriptives. Mais un simple détail mentionné est souvent plus effroyable qu’une scène largement décrite. Si le début est un peu lent à se mettre en place, une fois l’action lancée, le livre ne se lâche plus et la fin reste imprévisible jusqu’au bout.

La part du monstre se situe donc dans le même univers, mais commence une dizaine d’années auparavant. Mike Carey y applique la même recette : un huis clos, un enfant étrange et des adultes qui s’entredéchirent au lieu d’assurer leurs propres survies. Sauf qu’ici au lieu d’être un affam, l’enfant est un jeune surdoué de 14 ans dont on ne sait trop s’il est autiste ou s’il souffre de stress post-traumatique sévère. Les adultes sont une troupe hétéroclite de scientifiques et militaires entassés dans un camping-car cuirassé à la recherche d’indices pour comprendre l’épidémie qui ravage la planète.
Dans ce deuxième roman, écrit quelques années après Celle qui a tous les dons, l’effet de surprise ne fonctionne plus. Étant un prequel au précédent, l’on se doute que la fin de La part du monstre ne sera pas heureuse. Et il est fort probable que si je l’avais lu en premier ou seul, je ne l’aurais pas chroniqué, car la partie « militaires contre scientifiques » a un côté mille fois vu et lu, sans être aussi drôle que Rampage. En réalité, La part du monstre fonctionne comme la face B d’un 45 tours qui aurait Celle qui a tous les dons comme face A. Il s’apprécie donc par contraste avec le premier. Et par les réponses que ce livre apporte aux questions du précédent : qu’est devenue l’humanité 1.0, que sait-on sur les affams 1.0 et 2.0, et pourquoi Beacon ne répond plus dans le premier récit.
Malgré son côté fin inéluctable, La part du monstre arrive au fil des pages à surprendre le lecteur. Qui va s’attacher à des personnages a priori peu sympathiques, quitte à pleurer leurs disparitions avant la fin de l’ouvrage.
Avec ses deux romans, Mike Carey aura réussi un tour de force personnel. Me faire avaler près de 900 pages de récit post-apocalyptique, ou des zombies font partie des personnages principaux, et non simplement les monstres du jour pour faire avancer l’action. Le tout sans m’ennuyer un seul instant. Chapeau bas !

Celle qui a tous les dons
La part du monstre
de M.R.Carey
Traduction de Nathalie Mège
Éditions L’Atalante.