Time Phantom: Amsterdam

En science-fiction, l’un des sujets les plus rabâchés depuis H.G.Wells est le voyage dans le temps. Il peut donner lieu à des merveilles d’ingéniosité comme à des salmigondis sans logique ni cohérence. Time Phantom: Amsterdam de Randy Anderson s’annonce comme appartenant à la première catégorie.
Après un prologue dans le New York de 2070, l’histoire commence avec Dane, un mannequin new-yorkais de 50 ans fraîchement divorcé venu s’oublier
dans l’Amsterdam de 2019 entre coffee shop, quartier rouge et canaux. Un soir, un malaise, et le voilà qui remonte le temps à rebours, sans pouvoir se contrôler. S’il reste immobile, il repart dans le passé ; s’il avance trop vite, il se précipite dans le futur. Et au cours de ses sauts dans le temps, il croise la route d’un homme translucide, Agent Charles, qui veut le tuer. Pourquoi ? Comment peut-il voyager ainsi dans le temps ? Pourra-t-il contrôler son don ou sa malédiction ? Sauvera-t-il l’humanité de la Sixième extinction ? Autant de questions auxquelles il va s’efforcer de répondre.
En mélangeant les codes du roman d’espionnage et de la science-fiction la plus classique, Randy Anderson signe un roman déroutant, mais qui agrippe très vite son lecteur et ne le lâche plus jusqu’à la dernière page. Et jusqu’à l’annonce d’un prochain tome à venir qui se passera au Danemark. Si le protagoniste principal n’est pas de prime abord des plus sympathiques à blâmer son ex-femme et à mettre sans cesse en avant son physique avantageux et son sens du style, il n’en devient que plus touchant par sa maladresse et son incapacité incroyable à se sortir des pièges que peut lui tendre le voyage temporel. En voici un qui n’a jamais entendu parler du paradoxe du grand-père et qui semble s’ingénier, saut après saut, à se mettre dans des situations de plus en plus épineuses et inextricables à résoudre. Heureusement que son entourage, conscient ou non de ses déplacements temporels, est plutôt plein de bon sens
pour le sortir de ses mauvais pas. Et d’un point de vue plus personnel, j’avoue que l’utilisation faite par l’auteur des déplacements lents par bateau est plus qu’ingénieuse et inattendue dans un livre d’anticipation. En revanche, je ne comprends pas encore la logique des interludes en l’an 2070. Peut-être dans le prochain roman ?

Time Phantom: Amsterdam
de Randy Anderson
Auto-édition

The Chronicles of Amber

Récemment sur un réseau social, une question était posée : quelle est la première œuvre de fantasy qui vous a passionnée ? Là où beaucoup ont cité un livre de Tolkien, de G.R.R.Martin, de Gemmel, ou la saga de Harry Potter, pour moi c’est sans conteste The Chronicles of Amber et son premier livre : Nine Princes in Amber de Roger Zelazny. Et j’y reviens très régulièrement, tant l’histoire de Corwin et de ses frères et sœurs, puis plus tard de son fils Merlin et de son cousin, me transporte. Et ce pour plusieurs raisons.
À la différence des standards de fantasy copiés et recopiés depuis Bilbo le Hobbit et Le Seigneur des Anneaux, The Chronicles of Amber ne se passe pas dans un univers médievalo-imaginaire, mais dans une multitude d’univers, dont assez fréquemment notre bonne vieille Terre (y compris Les Champs-Élysées parisiens qui n’apparaissent pas si souvent avec un rôle central dans la littérature de l’imaginaire américaine). Chaque monde a ses règles, son univers (que ce soit un Vegas de carton-pâte, une ville sous-marine ou l’extrémité chaotique du cosmos), et ses créatures, magiques ou non. Certaines sont à peine esquissées, d’autres vont prendre l’aspect de versions magnifiées d’animaux connus (comme Morgensten le cheval de Julian, ou les chiens de Flora), ou d’autres seront issues de la mythologie celte et gréco-romaine (licorne, manticore, griffon). Mais je vous garantis qu’en dix épisodes, je n’ai pas vu l’ombre d’un elfe, d’un troll et à peine un nain bossu) et encore parce que Dorkwin préfère cet aspect). La magie y a des règles claires et n’est pas la réponse à tout. D’ailleurs dans le premier cycle, elle n’apparait d’abord que comme un moyen de transport et de communication avant de prendre une importance plus grande dans les trois derniers livres au fur et à mesure que l’intrigue progresse ?
Au-delà de la simple fantasy, The Chronicles of Amber offre une variété de personnages sympathiques ou non suivant les moments, mais dont aucun, pas même Corwin le narrateur n’est clairement affilié du côté du Bien. Chacun poursuit ses propres objectifs et s’allie les uns aux autres au gré des événements et de son instinct de survie. Mélangeant intrigues de cours version Les rois maudits de Maurice Druon, action digne des meilleurs James Bond de Ian Fleming et humour pince-sans-rire, The Chronicles of Amber n’a pas perdu une ride depuis son écriture entre 1970 pour Nine Princes in Amber et 1978 pour The Courts of Chaos. Et hormis une baisse de rythme certaine dans The Guns of Avalon, le deuxième livre, il happe le lecteur et lui offre de grands éclats de rire, même au pire milieu d’une scène tragique. Comme Random tout juste échappé d’une poursuite à travers plusieurs mondes et avant le premier grand combat parlant de ses liens familiaux : « Of all my relations, I like sex the best and Eric the least. »

The Chronicles of Amber (Amber books 1–5)
de Roger Zelazny
Éditions Gollancz

PS : je cherche en anglais le second tome chez Gollancz (ou ailleurs) rassemblant le cycle de Merlin. Si vous savez où le trouver, n’hésitez pas à m’envoyer un petit mot.

The Laundry Files

Alors que je viens de tourner la dernière page de The Delirium Brief, huitième roman de la série The Laundry Files de Charles Stross, un dilemme se pose. Comment le chroniquer pour des gens n’ayant jamais ouvert un de ses prédécesseurs ? Et si la solution était de chroniquer l’ensemble de la série ? Oui ? C’est parti !
Partons déjà d’un postulat simple : la magie existe et elle est intimement liée aux mathématiques et à l’informatique. Jusqu’ici tout va bien. Depuis Ada Lovelace et surtout depuis Alan Turing, les progrès dans ce domaine sont phénoménaux et il suffit de quelques lignes de codes pour obtenir des résultats magiques spectaculaires. Sauf que… La magie est dangereuse. Plus l’on s’en sert, plus le voile entre les différentes réalités s’affaiblit et n’importe quoi peut la traverser, de simples parasites verts fluorescents avec un appétit certain pour le tissu cérébral aux Grands Anciens chers à H.P.Lovecraft. Voilà pourquoi dans l’univers de The Laundry Files, différents gouvernements ont l’équivalent thaumaturgique de services secrets à leurs services, dont les activités sont encore plus camouflées que celles de leurs équivalents traditionnels. Ces services britanniques, collectivement baptisés The Laundry car longtemps abrités derrière une blanchisserie (laundry en VO) chinoise de Londres, ont pris l’habitude de recruter n’importe quel bidouilleur ayant par inadvertance découvert une formule magique dans ses lignes de code. C’est ce qui est arrivé au protagoniste de l’ensemble de ce cycle, Bob Howard, administrateur système de 9 h à 18 h, super-espion magique malgré lui le reste du temps.
Allant crescendo dans l’horreur des situations, chaque roman et nouvelle de The Laundry Files est pourtant un petit bijou d’action et d’humour. A tel point que je déconseille aux non-célibataires de faire comme moi et de le lire en plein milieu de la nuit. Vous ne réveillerez pas la maisonnée par vos hurlements de terreur au moindre bruissement nocturne, mais par vos éclats de rire devant des idées aussi incongrues qu’une présentation PowerPoint transformant l’auditoire en zombies affamés, une bande de traders de la City transformés en vampires assoiffés de sang (mais devant toujours supporter le déjeuner dominical insipide des parents) ou la perruque de Donald Trump comme émanation lovecraftienne plus ou moins tolérée par les Nazguls de la NSA. Avec de solides compétences en informatique, et un sens pointu de l’ironie politique, Charles Stross s’amuse énormément dans ces Laundry Files, à parodier les classiques de la littérature d’espionnage dans les premiers volumes puis à dénoncer les travers de la classe politique et de la population britannique en général. D’ailleurs, si le Brexit s’annonce comme une catastrophe pour la Grande-Bretagne comme pour l’Europe, et un imbroglio indigeste de négociations, il aura eu au moins un avantage. The Delirium Brief, dernier roman en date, est si intimement lié à la politique de la Grande-Bretagne, que l’auteur a dû en réécrire une bonne partie. Ce qui fait que la fin laisse le lecteur aussi choqué que les protagonistes, dont ce pauvre Bob, et impatient de lire la suite (si suite il y a, car l’écriture n’en est toujours pas entamée).
N.B. : Si vous n’avez pas de connaissance particulière en informatique, vous apprécierez tout autant ces romans, l’auteur restant au niveau de l’usage fait par un utilisateur avancé au moment où se passe l’action, sans exiger de connaissance particulièrement en développement ou montage informatique. Et explique les fonctions les plus complexes rencontrées.

The Delirium Brief (part of The Laundry Files) de Charles Stross
Éditions Orbit

MISE A JOUR : Il y aura bien une suite, The Labyrinth Index, prévue pour le 30 octobre 2018.