Darwin’s Blade

Je ne sais pas vous, mais j’ai l’habitude d’acheter toujours un ou deux bouquins avant de longs voyages. Et parfois, une chose en entrainant une autre, je n’ai pas le temps de les lire sur le coup et retrouve le ou les livres en question des années plus tard au fond d’une valise ou d’un sac à dos. C’est ce qui est arrivé à ce pauvre Darwin’s Blade que j’ai dû acheté en même temps que The Wrong Side of Goodbye de Michael Connelly, principalement parce que je connaissais Dan Simmons l’auteur de science-fiction et d’horreur. Autant vous dire tout de suite qu’après l’avoir vu traduit en français (l’Épée de Darwin) et m’être rappelé l’existence du livre dans ma pile à lire, j’ai dévoré les 464 pages de Darwin’s Blade en deux nuits et je regrette amèrement de l’avoir laissé traîner si longtemps de côté.
Avec ce roman, c’est une nouvelle facette du talent de Dan Simmons que j’ai découvert : l’auteur de polar. Entendons-nous bien, Darwin’s Blade n’arrive ni à la hauteur de L’Échiquier du Mal (Carrion Comfort) ni à celles des Cantos d’Hypérion dans l’œuvre de Dan Simmons. Ce n’est pas l’un de ses chefs-d’œuvre qui vous hanteront longtemps après avoir tourné la dernière page. En revanche, c’est un polar très solide à l’américaine, bien documenté, plein d’actions et avec un postulat original. Ici le personnage principal, Darwin Minor, est un spécialiste des accidents, plus particulièrement automobiles. Basé à San Diego, il travaille pour une compagnie d’assurance et essaie de déterminer les causes d’accidents tous plus saugrenus les uns que les autres (avec une mention spéciale pour la tentative de nonnicide à coups de canon à poulet). Il va se retrouver peu à peu impliqué dans une vague d’arnaques à l’assurance à grande échelle et va, pour protéger sa propre vie, remonter à la tête de ce réseau mafieux.
Écrit dans au début des années 2000, ce livre date un peu en ce qui concerne la technique (surtout quand on parle d’un ordinateur portable Gateway dernier cri), mais il ne manque ni d’humour, ni d’action. Évidemment le héros a un passé militaire mystérieux qui l’aidera bien (surtout sur la fin du roman), et Darwin’s Blade n’est pas à l’abri de quelques clichés. Mais il se lit très bien et accroche le lecteur dès les premières reconstitutions d’accident qui n’ont pourtant aucun lien avec l’intrigue principale. Si vous cherchez un bon polar pour vous changer les idées, celui-ci est fait pour vous.

Darwin’s Blade
de Dan Simmons
Éditions Mulholland Books

Dr Jekyll and Mr Seek

Et si L’Étrange cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde de Robert Louis Stevenson ne s’était pas terminé par la mort du bon docteur ? Et si, sept ans après les événements, un homme prétendant être Henry Jekyll reprenait possession de ses biens ? Tel est le point de départ de Dr Jekyll and Mr Seek d’Anthony O’Neill, un court roman entre suite et pastiche du célèbre texte fondateur du fantastique.
Ici, le narrateur principal est Gabriel Utterson, le juriste qui avait enquêté sur les agissements de Jekyll et de Hyde avant la fin tragique du docteur. Et qui depuis devait hériter de son client. Le voir réapparaître n’arrange donc pas ses affaires personnelles. Gabriel Utterson va donc mener une croisade personnelle pour prouver que ce Jekyll 2.0 est un imposteur alors même que les autres proches du scientifique semblent convaincus que celui-ci est bien de retour.
Similaire dans sa structure au texte original de Stevenson, Dr Jekyll et Mr Seek est un jeu littéraire plaisant qui se lit plutôt vite. Malgré sa fin plutôt ambigüe, le style de l’époque est assez bien respecté hormis l’un des rêves d’Utterson au ton peut-être trop moderne. Pour pleinement apprécier ce livre, mieux vaut avoir lu le texte de Stevenson auparavant. Comme ce dernier est désormais dans le domaine public, il se trouve à petit prix en poche voire gratuitement en numérique.

Dr Jekyll and Mr Seek
Anthony O’Neill
Éditions Skyhorse publishing

The Unadulterated Cat

Terry Pratchett n’a pas écrit que de la fantasy seul ou accompagné. L’écrivain britannique était également un amoureux fou de la gent féline, sans illusion sur les travers de ses compagnons à quatre pattes. De ses années de cohabitation avec les chats, il a tiré The Unadulterated Cat. Ce court livre est un retour des chats authentiques : des matous et minettes à poils, à griffes, à fort caractère et à l’esprit de contradiction bien campé. Par opposition aux boules de poils propres sur elles et pomponnées que nous montre la télévision à longueur de publicité (et depuis l’importance croissante d’Internet, par rapport aux innombrables Grominets ridiculisés à longueur de Lolcats). Le tout est illustré avec des caricatures très exagérées, mais ô combien criantes de vérité, de Gray Jolliffe.
Dans ce livre, vous apprendrez comment trouver un chat (ou plutôt comment vous faire mettre le grappin dessus par un chat), comment le nourrir, le transporter, le soigner, le faire cohabiter avec d’autres animaux ou pire pour votre santé mentale avec vos enfants.
Au passage, Terry Pratchett y expose ses théories sur les chats. Et comment l’animal est devenu le plus apte à survivre car 1-en raison de l’expérience de Schrödinger, il est devenu apte à se faufiler par les coins de l’espace-temps, et 2- c’est le seul animal qui nous a convaincu de le nourrir non en raison de son utilité ou de sa puissance, mais parce qu’il ronronne et a l’air heureux de manger.
Ajoutez-y quelques pages sur l’histoire du monde vu par les chats, ou les races de chats auxquelles nous avons échappé et vous obtiendrez un monument de drôlerie à offrir à tous les amoureux des chats. Ou tous les masochistes envisageant d’en adopter un.

The Unadulterated Cat
de Terry Pratchett
illustré par Gray Jolliffe
Éditions Gollancz

Fil rouge 2018 : Hogfather

Et voici la dernière édition de notre fil rouge 2018 avec une thématique d’actualité — Noël et plus exactement le Père Noël. Plutôt que de m’intéresser à notre gentil ogre porteur de cadeaux habituel, je me suis penchée sur la façon dont le Disque-monde célèbre Noël. Et j’ai relu l’un de mes livres favoris, hors ceux mettant en scène la garde d’Ankh-Morpork : Hogfather de Terry Pratchett (pour ceux qui lisent en français, il est paru sous le titre Le Père porcher chez l’Atalante).
Là-bas, Noël ou plutôt Hogswatch se célèbre le 32 décembre et Hogfather dans son traineau tiré par des porcs distribue des cadeaux à tous les enfants sages du Disque-Monde. Sauf que… Les Auditeurs de la réalité ont mis sa tête à prix et c’est Teatime, l’assassin le plus fêlé de la Guilde des Assassins, qui se charge du contrat. Du coup, la Mort doit le remplacer au pied levé et apprendre sur le tas le concept de Noël. Et sa petite-fille, Susan Sto
Helit doit retrouver le Hogfather, aidée par Bilious, le tout nouveau dieu des Gueules de bois, quitte à remettre de l’ordre au passage dans la cosmogonie du Discworld et menacer quelques croquemitaines de son tisonnier.
Tout rentrera finalement dans l’ordre, sans qu’au passage Terry Pratchett ne dise ses quatre vérités sur l’esprit de Noël qui ne souffle qu’une fois par an
et l’aspect très commercial de cette fête. Il n’oublie pas de rappeler les origines païennes et sanglantes d’une fête qui n’est au fond qu’une célébration pour demander au soleil de revenir éclairer le monde au cœur de l’hiver froid et sombre. Si les adultes peuvent y lire ce double sens, et apprécier certaines digressions assez dures sur la différence entre cadeau rêvé et cadeau véritable, ou entre fantasme et réalité, les plus jeunes eux se laisseront porter par l’intrigue et les nombreuses créatures invraisemblables engendrées par la disparition de Hogfather, comme un éléphant miniature aspirateur de chaussettes solitaires ou un oiseau gobeur de bout de crayon. Si Susan Sto Helit en Mary Poppins revisitée par Tim Burton est l’une des créations les plus réussies de Terry Pratchett, j’avoue néanmoins que mes passages favoris étaient ceux où la Mort essaie de remplir son rôle de pourvoyeur de cadeau tout en tentant de comprendre l’esprit de Noël.

Hogfather
de Terry Pratchett
Editions Corgi

Lady Astronaut of Mars

Et si le plus important dans un voyage n’était pas la destination, mais le trajet pour y arriver ? À lire les deux premiers romans de la série Lady Astronaut of Mars de Mary Robinette Kowal, c’est exactement le propos de l’histoire : la conquête spatiale vue par les yeux du Dr Elma York, ex-WASP (Women Airforce Service Pilot) durant la Seconde guerre mondiale et mathématicienne de génie.
Dans son univers, une météorite
atterrissant en plein Atlantique nord en 1951 enclenche un cycle de catastrophes climatiques qui à terme rendra la surface du globe inhabitable. La fuite dans l’espace est la seule solution possible pour l’humanité, mais le projet ne se fera pas sans risques, ni sans combattre les préjugés de l’époque. Le premier roman, The Calculating Stars, débute lors de la chute du météore et se termine avec le lancement de la première mission lunaire. Le deuxième, The Fated Sky, commence trois ans après le premier et se termine sur le sol martien. Deux autres romans sont prévus et une nouvelle est disponible en ligne. Celle-ci se déroule trente ans plus tard à l’heure d’un nouveau départ.
Se lisant d’une traite, et encore mieux l’un derrière l’autre, les deux romans de
Lady Astronaut of Mars sont un mélange de hard science old school avec un petit côté Histoire du futur à la Robert Heinlein mâtinée d’Étoffe des héros, et de critique féroce de la société actuelle sous couvert de dénoncer les travers historiques. À noter d’ailleurs que l’écriture de The Calculating Stars était déjà terminée avant la sortie du film Hidden Figures (Les Figures de l’ombre) sur les calculatrices (« computer » en VO) de la NASA. Un rôle similaire à celui que tient Elma York au sein de l’IAC. Étrangement, seuls deux points m’ont gênée : la relation de couple entre Elma York et son mari, et celle de rivalité qu’Elma York entretient avec Stenston Parker. La première est bien trop idéaliste et est visiblement conçue de façon à faciliter la progression d’Elma. La deuxième passe beaucoup trop rapidement de la haine et du mépris pur et dur à une amitié basée sur la confiance et le respect réciproque à la fin de The Fated Sky. Je veux bien que 18 mois enfermés dans un même vaisseau rapprochent les gens, mais au point de faire un virage à 180°, j’avoue avoir un gros doute. Hormis ces points de détails, je ne peux que vous encourager à lire ces deux livres. Surtout si vous êtes fascinés par la conquête spatiale et que vous rêviez régulièrement en gardant le nez en l’air.

Lady Astronaut of Mars
de Mary Robinette Kowal
Editions Tor

The Frighteners

Netgalley a un avantage certain pour les lecteurs voraces. On y trouve toute sorte de livres, même certains qui pourraient largement échapper à notre perspicacité. The Frighteners de Peter Laws est de ceux-là. Ni roman, ni essai scientifique, ce livre est entre la découverte d’un genre, un plaidoyer pour l’art macabre et une ode à ses appréciateurs, lecteurs, joueurs ou spectateurs.
Il ne vous a pas échappé en lisant ces pages que je n’aie rien contre une bonne histoire de fantôme ou d’horreur pure. Je sais ce que j’y trouve, mais pourquoi ces histoires sanglantes fascinent tant de monde ? C’est la question à laquelle tente de répondre dans The Frighteners, Peter Laws, révérend de son état, obnubilé par l’horreur depuis l’enfance et auteur de thrillers. En dix chapitres, il explore différentes thématiques : les monstres classiques (vampires, loups-garous, démons), les revenants, les zombies, l’envoutement qu’exerce les faits des serial killers ou l’intérêt des jeux et histoires violentes dans le développement des jeunes enfants.
À travers sa propre expérience, mais également ses rencontres aussi diverses que des furs en convention, un guide touristique spécialisé dans les fantômes anglais ou un couple ayant une boutique très spécialisée, Peter Laws présente les différentes raisons qui peuvent se cacher derrière cette passion pour le macabre dans son ensemble, ou pour certains de ses aspects. Et pourquoi d’une certaine façon, cette fascination, cathartique, est saine pour la construction de notre personnalité, mais également de notre société.
Loin d’être un pensum, The Frighteners se lit très facilement. C’est en quelque sort le pendant de Danse Macabre (Anatomie de l’Horreur) de Stephen King. Là où l’écrivain américain avait un point de vue avant tout de créateur d’histoires à faire peur, Peter Laws se place résolument du côté des consommateurs de tels récits. Il parsème son propos d’anecdotes souvent très drôles et aussi parfois surprenantes. Ainsi, Peter Laws a entendu l’appel de la religion en regardant L’Exorciste !

The Frighteners
de Peter Laws
Editions Skyhorse

Fil rouge 2018 : The Labyrinth Index

Le thème du Fil rouge de novembre était les vampires. Coïncidence ou non, le dernier épisode des Laundry Files de Charles Stross, The Labyrinth Index sorti le 31 octobre dernier, a pour narratrice Mhari Murphy, une vampire. Voici donc le candidat idéal pour notre lecture de ce mois-ci.
The Labyrinth Index reprend le fil de l’action quelques mois après la fin de The Delirium Brief. Et nous propose une histoire d’espionnage en territoire ennemi avec exfiltration d’un acteur clé et sabotage d’une opération en cours. Le tout fait par sept agents assez novices et totalement dispensables. Imaginez un instant un roman de John Le Carré ou de Tom Clancy mâtiné d’Absolutely Fabulous et de Pied nickelés. Propulsez tout ce beau monde au 21e siècle pour vous faire une idée de ce que vous allez découvrir au fil des pages.
Le territoire ennemi en question est les États-Unis passés depuis trois mois sous la coupe d’une agence occulte. L’acteur à exfiltrer n’est rien moins que le Président des États-Unis magiquement disparu de la mémoire collective de son peuple avec toute la branche exécutive du gouvernement. Et l’opération à saboter n’est rien de moins que le réveil de Cthulhu (réalisé entre autres à coup de minage de bitcoins).
Et les vampires dans tout ça ? Il y en a au moins trois dans l’équipe de bras cassés chargés d’accomplir cette tâche : Mhari Murphy, ex-employée des ressources humaines de la Laverie et ex-petite amie infernale de Bob Howard le narrateur habituel, devenue une PHANG –
Person of Hemophagic Autocombusting Nocturnal Glamour, acronyme politiquement correct du jour pour désigner un vampire – depuis un passage dans une grande banque, Janice sa collègue asociale au sein de cette même banque (voir The Rhesus Chart) et Yarisol, une mage elfe autiste arrivée dans notre dimension dans The Nightmare Stacks. Il y en a aussi d’autres en territoire ennemi camouflés en tenue de ninja argentée. Et les vampires ne sont que les moins dangereux des personnages que vous croiserez ici. Outre Cthulhu, Nyarlathotep tient un rôle majeur dans l’histoire. Un maître de jeu avec un set de dés bien particuliers également. Et comme souvent la bureaucratie et la technologie elle-même sont encore pires que toutes les atrocités vivantes croisées auparavant.
Entre deux fous rires, vous y apprendrez comment Amazon et AliExpress sont devenus les meilleurs alliés des espions pour contourner les contrôles aux aéroports, la vraie raison de l’incendie de la Maison-Blanche en 1814, pourquoi le Concorde aurait fait un parfait avion de combat et mille autres petits détails ingénieux. La technologie et les différents grands noms de l’IT sont bien entendus bien présents dans ce roman. De quoi faire se plier de rire les lecteurs travaillant dans le secteur (ou leur donner des sueurs froides ?), tout en restant largement accessible pour ceux qui n’y connaissent rien de plus que savoir allumer son téléphone et faire un selfie avec. Si vous n’avez pas encore cédé aux charmes de The Laundry Files, c’est peut-être le moment de craquer ? Même si avoir lu les huit romans précédents peut aider, celui-ci reste tout de même assez indépendant pour se lire seul sans grand inconvénient.

NB : pour les lecteurs utilisant un PC sous Windows ou un émulateur de type Wine, vous trouverez dans la version numérique un lien vers un jeu vidéo. Lancez-le à vos risques et périls.

The Labyrinth Index
de Charles Stross
Editions Orbit

The Consuming Fire

S’il y a bien une chose que j’apprécie dans l’œuvre de John Scalzi, c’est la façon dont celui-ci arrive à surprendre son lecteur dans des paramètres convenus. Le dernier exemple en date The Consuming Fire en est un exemple flagrant. Reprenant l’intrigue quelques jours après la fin de The Collapsing Empire, nous y retrouvons nos personnages favoris — dont cette chère Lady Kiva aux manières tout aussi exquises en privé qu’en public — et un problème crucial pour l’empire : les routes spatiales d’un système à l’autre vont se fermer peu à peu. Comment Grayland II, nouvellement nommée à la tête de cet empire pourra-t-elle convaincre le Parlement, l’Église et les autres grandes factions de l’empire de se préparer à la catastrophe annoncée ? Par la raison ou en jouant la carte d’une foi étatique ? Les forces conservatrices de l’empire arriveront-elles à l’évincer pour maintenir le statu quo si profitable pour leur business ? Et si la solution venait de l’extérieur ?
Comme souvent dans les œuvres les plus récentes de John Scalzi, l’actualité du 21e siècle et le point de vue de l’auteur sur cette dernière sont profondément mêlés à l’intrigue de ce qui reste un space opera épique. En effet, la disparition des routes spatiales et l’incrédulité générale des membres de l’empire, fait notoirement pensé aux débats agitant les classes politiques et économiques sur le changement climatique que connaît actuellement la planète et sur la façon dont nous devrons y faire face. Et un élément – qui j’avoue m’a surprise, car je ne m’y attendais pas du tout sous cette forme remet sur le tapis la question des migrations.
Si toutefois, vous ne voulez absolument pas vous appesantir sur des considérations trop réalistes, The Consuming Fire est également fait pour vous. Son premier niveau de lecture ne manque pas d’action — entre une évasion dans une prison spatiale de haute sécurité et la découverte d’un système spatial oublié depuis 800 ans — d’humour avec notre Grayland II toujours aussi peu protocolaire, et plus assurée dans son rôle d’emperox que dans son rôle de séductrice, et de variété. Le seul reproche que je lui ferais est le même que j’ai fait à son prédécesseur : The Consuming Fire est trop court et s’achève alors que l’on voudrait en savoir plus.

The Consuming Fire
de John Scalzi
Editions Tor

Monstress – Haven

Bien souvent quand une série commence, les premiers épisodes sont excellents puis au fil du temps, la qualité se dégrade. Dans le cas de Monstress de Marjorie Liu et Sana Takeda, ce n’est pas le cas du tout. Alors que viens de sortir le troisième TPB (trade paperback ou en bon français gros album regroupant plusieurs numéros réguliers d’une série de comics) du titre, l’intérêt reste toujours aussi soutenu, et l’histoire aussi riche.
Résumons les épisodes précédents, Si le premier volume – Awakening – nous présentais Maika Halfwolf et son univers actuel, le deuxième volume – The Blood — plus violent, levait le voile sur les origines de Maika, des arcaniques et en partie de Zinn, la créature hantant le corps de Maika.
Ce troisième volume – Haven — commence juste après le deuxième. Devant trouver un refuge face à la vindicte des Blood Queen, Maika, Kippa, Master Ren et les autres se font héberger à Pontus, ville-territoire neutre où les Chats, les humains et les Arcaniques vivent en bonne intelligence. Ville surtout où l’ancêtre lointaine de Maika responsable de la venue de Zinn dans ce monde avait son laboratoire et ses secrets. Et pendant ce temps, et les Arcaniques et l’Imperatrix se battent pour récupérer les différents morceaux du masque, et les Vieux Dieux sortent de leurs sommeils. Et du côté des chats ? Malgré son nom, Master Ren obéit à plus d’un maître et se retrouve pris entre deux ordres contradictoires qui ne mettront pas que lui en danger.
Pour contrebalancer le volume deux, ici Maika Halfwolf mais également Zinn font preuve d’un peu plus d’émotion et d’empathie. De façon logique, mais ce voyage é
motionnel apporte encore un éclairage nouveau sur l’histoire et rend le sacrifice final encore plus impressionnant. Me laissant une fois de plus l’envie folle de savoir la suite à la fin de l’ouvrage.
À noter que comme dans les albums précédents, chaque chapitre se termine par une petite présentation de l’univers de Monstress par le professeur Tam Tam, grande lettrée chez les Chats. Les présentations de ce numéro sont particulièrement réussies : intense après un passage léger, ou au contraire arrachant un sourire après un passage particulièrement sombre. Si certaines pages dénotent une certaine précipitation dans le dessin, le style de Sana Takeda est toujours aussi beau. Parmi les nouveaux personnages, Vihn Nem, l’ingénieure en chef de Pontus m’a particulièrement impressionnée. Sera-t-elle présente dans un des volumes suivants ?

Monstress – Volume Three Haven
É
crit par Marjorie Liu, dessiné par Sana Takeda
É
ditions Image Comics

Lethal White (A Strike Novel)

Vous avez déjà eu des moments où vous êtes débordé, mais où vous venez de recevoir la suite d’un livre que vous attendiez depuis longtemps ? Ceux qui ont grandi au rythme de la saga Harry Potter connaissent bien le problème : attendre le livre avec impatience pendant des mois puis le dévorer une fois mit la main dessus en quelques jours ou en quelques heures. Voilà ce qui m’est arrivé cette semaine avec la même autrice, JK Rowling, mais son autre série, les polars mettant en scène Cormoran Strike écrits sous son pseudonyme de Robert Galbraith.
Dans le quatrième volet de la série, Lethal White, nous retrouvons donc les personnages là où nous les avions laissés quelques minutes après la fin de Career of Evil. Après un prologue de deux chapitres assez longuets pour qui est plus intéressé par l’intrigue policière que par la vie sentimentale de Robin Ellacott et de son fiancé hypocrite et guindé, l’histoire commence réellement un an après et au chapitre trois. Un jeune homme dérangé, Billy, déboule dans le bureau de Cormoran Strike et lui demande d’enquêter sur une histoire floue d’enfant étranglé des années auparavant, avant de s’enfuir brusquement. Quelque temps plus tard, alors que Londres est en pleine fièvre olympique, le ministre de la Culture ultraconservateur confie une enquête payante à l’agence : trouver des détails croustillants sur sa collègue des Sports et sur le frère de Billy, qui le feraient chanter pour une raison indéterminée.
Encore une fois dans Lethal White, Robert Galbraith (puisque tel est le nom que JK Rowling utilise ici) nous promène à travers toutes les couches de la société anglaise : des coulisses du parlement britannique à Westminster au fin fond de la campagne, en passant par les échoppes de Camden ou par les affres de la classe moyenne pour se loger à Londres. L’affaire, qui de simple chantage évolue en meurtre camouflé en suicide, est particulièrement bien alambiquée. Elle a des ramifications qui partent dans tous les sens, et permettent à Robert Galbraith d’y rattacher certains éléments de la vie sentimentale de Cormoran Strike et de Robin Ellacott. Ce dont franchement, surtout concernant le mari de cette dernière, je me serais personnellement bien passée.
Si vous avez aimé les trois autres livres mettant en scène Cormoran Strike, Lethal White vous ravira tout autant. D’autant que, même si Robert Galbraith a gardé l’habitude de tenter de retranscrire par écrit les différents accents, réels ou factices, de ses interlocuteurs, contrairement à Career of Evil, nous n’avons pas droit à un road trip à travers toute la Grande-Bretagne et donc la variété est moindre. Le texte est plus facile à comprendre pour l’œil non britannique qui n’a que quelques phrases par-ci, par-là à essayer de prononcer à voix haute pour en comprendre le sens. Le vocabulaire équestre est également très présent, à commencer par le Lethal White du titre, mais Cormoran Strike étant aussi ignorant que le lecteur lambda du domaine, les autres personnages donnent toutes les explications nécessaires. En revanche, j’avoue que je ne lis pas les Cormoran Strike pour les déboires sentimentaux des personnages principaux, et que cet aspect-là de l’histoire était un peu trop fort à mon goût par rapport au reste. L’aventure reste néanmoins plus que plaisante et j’entame joyeusement l’attente pour une cinquième aventure. Ou pour l’adaptation télévisuelle de celle-ci.

Lethal White (a Strike novel)
de Robert Galbraith
Éditions Sphere