Les tribulations d’Esther Parmentier – Cadavre haché, vampire fâché

Après un gros pavé de science-fiction très littéraire et politique, il faut parfois se délasser les neurones avec une lecture bien plus légère. Profitant d’une opération Masse Critique de Babelio, j’ai alors jeté mon dévolu sur Les tribulations d’Esther Parmentier – Cadavre haché, vampire fâché de Maëlle Desard.
Bonne pioche ! À peine reçu, il a fallu que je le récupère des mains de ma référence adolescente. Il est, en effet vendu dans sa cible, même si celle-ci qui l’a dévoré en une après-midi le trouve sanglant et avec un vocabulaire fleuri (quand je vous dis que les ados sont souvent plus moralisateurs que nous… et plus hypocrite, cette même référence adore les polars gore à souhait). Finalement, posée dans mon canapé je me suis plongée dedans.
Comme son titre l’indique, nous sommes dans de l’urban fantasy. Esther, jeune Bretonne volontairement exilée à Strasbourg s’ennuie dans son stage de comptabilité. De passage par un centre commercial, elle apprend tour à tour qu’elle est une sorcière (sans grand talent), que les créatures surnaturelles (banshee, loup-garous, djinns, goules et autres mélanges…) existent, que certaines sont responsables de la disparition d’adolescents, et qu’elle change de stage pour se retrouver à enquêter sur ces enlèvements avec un vampire particulièrement imbuvable et accro au sucre caféiné.
Au début, le lecteur ne voit pas bien où Maëlle Desard veut l’emmener. Mais, dès les premières lignes, le ton est donné : loufoque, entraînant et mettant à mal certains clichés du genre… Ainsi l’héroïne est magiquement nulle au début de l’histoire et le restera à la fin, ce sont ses talents de détective et son sens de la répartie qui l’aideront, pas des capacités physiques, catastrophiques elles aussi, ou surnaturelles découvertes comme par miracle en cours d’histoire. Outre Esther et le vampire, Loan, l’ensemble des personnages ne manque pas de piquant et de surprises. Réservons une mention spéciale à Mozzie le fantôme à la conduite plus que farfelue et adepte d’emoji et de jeux massivement multijoueurs qui en fait un ectoplasme aussi sympathique que Slimey dans SOS Fantômes. Pour un premier roman, Maëlle Desard a réussi son pari. Je l’ai lu avec grand plaisir, et nous serons au moins deux à guetter la suite ici.

Les tribulations d’Esther Parmentier t.1
Cadavre haché, vampire fâché
de Maëlle Desard
Éditions Rageot

Dark was the night

Les légendes urbaines sont fascinantes, notamment celles tournant autour de la musique. Parmi elles, celle de Robert Johnson, bluesman de son état, occupe une place à part. Fondateur involontaire du « club des 27 », il était réputé pour avoir vendu son âme au diable pour améliorer son jeu à la guitare.
Dans Dark was the night, Grégoire Hervier ne se penche pas sur cette rumeur précise, mais sur la trentième chanson qu’aurait ou n’aurait pas enregistrée Robert Johnson. Dans cette nouvelle, il nous met dans la peau d’un musicologue, historien du blues qu’un mystérieux coup de film met sur la piste de cette chanson. Après toute une vie de traque, il trouvera que celle-ci aurait énormément voyagé.
À la lisière entre le polar et le fantastique, Dark was the night nous offre une plongée dans l’histoire du blues américain. La nouvelle étant très courte, l’éditeur et l’auteur ont agrémenté le livre d’une playlist de douze morceaux, qui ne sont pas tous de Robert Johnson, présentés et commentés par l’auteur. Le tout en étant à écouter pendant votre lecture. Une expérience originale et plaisante.

Dark was the night
de Grégoire Hervier
Éditions Au Diable vauvert

En bonus, un morceau de Robert Johnson qui n’est pas dans la playlist du Diable.

Avis d’invité : L’ascension d’Horus

Une fois de plus, Olivier, qui connaît bien l’univers de Warhammer 40 000 et les fictions écrites autour, continue sa présentation des livres de Dan Abnett. Au programme, L’ascension d’Horus.

 » Nous sommes au tout début du 31e millénaire, 2 siècles après le début de la Grande Croisade. Après avoir unifié les peuples de la Terre grâce à des légions de soldats génétiquement modifiés, l’Empereur de l’Humanité a en effet lancé ses troupes à l’assaut des étoiles, pour retrouver les colonies humaines égarées dans la galaxie et les réunifier sous son autorité. Pendant deux siècles, l’Empereur a conduit ses légions de Space Marines, chacune sous la houlette d’un primarque, un « fils » de l’Empereur. Mais voilà que l’Empereur, après le triomphe d’Ullanor, où les légions impériales ont massacré des « peaux vertes » (car bien évidemment seul le massacre des xenos, de toutes les races extraterrestres, assurera la tranquillité de l’humanité), annonce qu’il doit retourner sur Terra. Il nomme l’un de ses « fils », Horus, Maître de Guerre, avec pour tâche de continuer sa Croisade.
Voici comment est présenté en général ce livre, laissant penser qu’on va assister à une succession de batailles homériques entre des hommes génétiquement modifiés pour la guerre en armures complètes, les Space Marines (ou Astartes), et des ennemis de l’Humanité. Il n’en est rien. D’une part parce que l’ouvrage est écrit par le talentueux Dan Abnett, à qui l’on doit déjà la subtile trilogie Eisenhorn. D’autre part parce que ce livre ouvre une saga épique, l’Hérésie d’Horus, forte d’une cinquantaine de livres ! Tous ne sont pas indispensables, mais la collection regorge de véritables bijoux (on en reparlera…). L’ascension d’Horus a beau mettre en scène des vaisseaux spatiaux gigantesques, des armées titanesques, des hordes de xenos en tout genre ou encore des dieux et des démons, l’essentiel se passe au niveau des hommes, de leurs aspirations, de leurs faiblesses, de leur orgueil, de leur besoin d’être rassurés…
Dans L’ascension d’Horus, Dan Abnett prend bien soin d’ancrer son récit à ce niveau en s’attachant, plus qu’à celle d’Horus, à l’ascension de l’un de ses légionnaires, Garviel Loken. Un guerrier de l’Astartes remarqué pour ses prouesses, ce qui lui fait intégrer le cercle fermé des conseillers officieux d’Horus. Mais aussi un homme fidèle à l’Empereur et aux valeurs qu’il porte : l’éradication du mysticisme et de la religion, par exemple, ou encore la nécessité de garantir la paix pour l’ensemble de l’Humanité. Intelligent, cultivé, Garviel montre même de l’amitié pour de simples mortels qui partagent son vaisseau : itérateurs portant la bonne parole de l’Empereur, commémorateurs chargés d’immortaliser et de chanter les louanges de la Croisade. Confronté à des événements que la raison et la science ne peuvent expliquer, peiné de constater que certains guerriers de la Légion cachent des secrets, bouleversé de devoir tuer son prochain, Garviel s’interroge.
Au cours de l’hérésie, certains guerriers resteront loyaux à leur primarque, d’autres à l’Empereur, la galaxie s’embrasera, mais toujours ce sont les sentiments des hommes et leurs doutes qui seront au cœur de l’histoire. Sans eux, les dieux du Chaos n’auraient aucune influence. Ce premier roman de l’hérésie peut se lire comme une tranche de vie, en cette 203e année de la Croisade, au sein de la légion des Luna Wolves — qui deviendra les Sons of Horus. Mais c’est surtout la scène d’introduction d’une tragédie shakespearienne à l’échelle de la galaxie, qui 10 000 ans plus tard laissera l’Humanité dans l’état tragique où on l’a trouvée dans le 41e millénaire, tel que décrit par Dan Abnett dans Eisenhorn. »

L’ascension d’Horus
de
Dan Abnett
Editions
Black Library

Avis d’invité : Le Bâtard de Kosigan

En ce mois de mai, je laisse la parole à un amateur de fantasy historique, Ludovic, qui cherche depuis longtemps à me convaincre de lire la saga de Fabien Cerutti, Le Bâtard de Kosigan. Avec comme vous pouvez le lire ci-dessous des arguments de poids.

En achetant le premier tome de cette série (L’ombre du pouvoir), je m’attendais à lire un roman de fantasy historique assez similaire à un Gagner la guerre de Jean-Philippe Jaworski. Dès les premières pages, la différence se fait sentir : le style est plus fluide, les personnages plus colorés et, surtout, l’action est omniprésente. Bref, il se lit vite – l’auteur l’a lui-même reconnu lorsque je l’ai rencontré aux Rencontres de l’imaginaire à Sèvres en 2018 – et je ne pouvais que trépigner pour lire les trois tomes suivants qui sont fort heureusement un peu plus volumineux : Le fou prend le roi, Le marteau des sorcières et Le testament d’involution. Mais l’histoire me direz-vous ? Ces romans alternent successivement entre deux époques : le XIVe siècle où nous suivons les aventures mouvementées du chevalier assassin Pierre Cordwain de Kosigan, bâtard d’un noble de Bourgogne doté de quelques dons biens utiles et capitaine audacieux d’une compagnie de mercenaires et la fin du XIXe/début du XXe siècle avec Kergaël de Kosigan, homme au passé trouble, mais plein de ressources qui tente au péril de sa vie de découvrir ses origines… Et une explication sur la disparition pure et simple de sa lignée pendant plusieurs générations. N’étant pas à la base passionné par les histoires de fantasy pures avec des elfes et autres créatures du genre – et ceux-ci ne sont pas légions dans ce livre -, j’avoue avoir été agréablement surpris par la manière dont l’auteur a intégré ces peuplades dans les différentes phases de notre Histoire, puis justifier leur disparition, ne laissant derrière elles que le folklore – le tout savamment orchestré par l’Inquisition. Vous découvrirez ainsi de nombreuses intrigues, beaucoup d’actions, de belles joutes verbales, des situations cocasses mais aussi pleins de menus détails sur la vie au bas Moyen-âge.

Le Bâtard de Kosigan :
L’ombre du pouvoir,
Le fou prend le roi, Le marteau des sorcières, Le testament d’involution 
de Fabien Cerruti
Éditions Folio SF/ Mnémos

Manitou

Dans la série relecture confinée, je demande la première partie de la série Manitou de Graham Masterton. Ayant acheté les trois premiers romans lors de leur parution chez Pocket Terreur, j’ai profité du week-end pour m’y replonger avec délice.
De quoi s’agit-il ? Tout simplement de la série qui lança Graham Masterton dans le domaine de l’horreur avec la sortie de Manitou en 1975 (1978 en France). Chaque épisode met en scène Harry Erskine, un voyant new-yorkais de pacotille, aux prises face à un homme-médecine
amérindien du 17siècle bien décidé à éradiquer la présence de l’homme blanc sur les terres de son peuple. Si la structure reste grosso modo la même d’un titre à l’autre, les moyens mis en œuvre et l’échelle de la menace vont crescendo dans le niveau d’horreur. Attention, je vous l’ai déjà dit plusieurs fois, mais je le répète : Graham Masterton ne fait pas dans l’horreur suggestive ou indicible, même si Lovecraft et son mythe des Grands Anciens servent clairement d’inspiration pour une partie de la saga de Manitou. Ses descriptions sont détaillées et viscérales. Si vous avez l’estomac sensible, ne le lisez pas aux heures de repas.
Pour un premier roman, Manitou est tout simplement une réussite. L’idée d’avoir un sorcier du passé en train de se réincarner dans un monde moderne peut sembler a priori assez clichée, mais la méthode choisie
pour ce faire est plutôt originale. De même, si l’antagoniste est un homme-médecine et que le protagoniste reçoit l’aide dans ces trois romans d’un homme-médecine du XXe siècle, Graham Masterton est britannique et pas du tout américain. Et cela se sent dans son écriture. Il peut se permettre des réflexions sur le passé de l’Amérique du Nord ou sur les relations entre les différentes ethnies qui composent les États-Unis qu’un auteur américain ne pourrait pas faire, ou n’aurait tout simplement pas l’idée de faire. Quitte à changer la fin du roman entre l’édition originale anglaise et la réédition américaine. Personnellement, même si l’affrontement entre un manitou sous Unix et un vieux démon indien m’a fait beaucoup rire, je préfère également la fin américaine nettement plus hollywoodienne.
Le deuxième roman, La Vengeance du Manitou, se lit également très bien, malgré une scène impliquant des draps de lit dont je me demande si elle était franchement nécessaire. Il reprend la même structure que le premier. Misquamacus, le sorcier venu du passé dans le premier, cherche à nouveau à se réincarner et à invoquer les pires démons de la mythologie amérindienne contre l’Amérique moderne. Il sera ici accompagné de vingt-et-un autres sorciers venus de différentes tribus, avec au passage un bel aperçu des différences dans les croyances d’une tribu à l’autre, et d’une grande variété dans les démons présentés. L’action passe de New York à la Californie et monte en puissance, mais ce livre reste une transition.
Écrit près de vingt ans après le premier, L’Ombre d
u Manitou est le récit d’une apocalypse version amérindienne. Une fois de plus Misquamacus en est le principal responsable, et une fois de plus Harry Erskine va devoir l’affronter rappelé par certains personnages du premier roman. Ici le terrain de jeu n’est plus une ville ou un état, mais l’intégralité du pays avec des villes entières qui sont englouties. Et là, vous aurez votre lot de scènes cauchemardesques : comme un amalgame de vaches avançant dans la prairie ou l’ensemble du centre-ville de Chicago s’effondrant un gratte-ciel après l’autre. Des trois livres, L’Ombre de Manitou, malgré ses longueurs, reste mon favori. Justement parce qu’on y retrouve le Misquamacus inquiétant et sardonique des débuts, un Harry Erskine plus perdu et maladroit que jamais, et la juste dose entre violence, action, gore et tout ce qui en fait un excellent récit d’horreur signé Masterton. Si je les ai lus en version de poche, Bragelonne a réédité les trois romans y compris en version numérique, donc vous pouvez en profiter facilement. C’est d’ailleurs dans la version de Bragelonne que vous trouverez les deux fins écrites pour Manitou.

Manitou
La vengeance de Manitou
L’ombre de Manitou

de 
Graham Masterton
Traduction de François Truchaud
Éditions Pocket terreur/Bragelonne

ChronoPages – Morceaux choisis

Dans le cadre de l’Opération Bol d’Air, les éditions 1115 ont rassemblé dans un même recueil, Morceaux choisis, cinq nouvelles parues dans leur collection ChronoPages. Et le résultat est varié mais de grande qualité.
Qu’y trouvons nous ? C’est Luce Basseterre qui ouvre le bal avec Visite fantôme, une version inversée de la maison hantée.
Une entrée en matière onirique et intéressante pour ce livre assez court. Elle est suivi par l’une des nouvelles les plus longues et la plus dure du recueil, Orwell m’a tu de Bruno Pochesci. Ici, l’auteur dépeint un monde où un parti d’extrême-droite a pris le pouvoir en France et va jusqu’au bout de sa logique. Dire que le résultat fait froid dans le dos est un euphémisme. J’avoue que j’ai trouvé cette nouvelle bien trop réaliste pour ma tranquillité d’esprit. La troisième nouvelle, Odregan #1 de Nicolas Le Breton est celle que j’ai le moins apprécié. Une histoire de voyage temporel et de dédoublement de personnes qui m’a laissé de marbre. Bois Hurlant de Frédéric Czilinder est une incursion dans le fantastique plutôt originale et très bien trouvée. D’autant que la créature en question est, me semble-t-il rare dans le paysage magique marseillais. Enfin, lnfiniment de Louise Rouiller est une réflexion triste, mais bien amenée sur le mythe de l’immortalité et ses risques.
Passé les
quelques jours où le recueil est disponible sur l’Opération Bol d’air dans le cadre du confinement lecture, vous pouvez retrouver chacune de ces nouvelles dans la collection ChronoPages des éditions 1115, en vente à l’unité en papier ou en numérique.

ChronoPages – Morceaux choisis
nouvelles de
Luce Basseterre, Bruno Pochesci, Nicolas Le Breton, Frédéric Czilinder et Louise Rouiller
Éditions
1115

L’homme truqué

Assez discrète, l’Opération Bol d’air dévoile de petits bijoux littéraires durant cette période de lecture confinée. Elle proposait notamment la semaine dernière de découvrir un texte historique de la science-fiction française : L’Homme truqué de Maurice Renard. Et pourtant, écrit en 1921, le texte portait sur une thématique qui ne m’attire pas particulièrement : la Première Guerre mondiale et ses « gueules cassées ». Mais je me devais de lire l’un des pionniers de la science-fiction française.
Et je ne fus pas du tout déçue. L’histoire a un style daté proche des feuilletons paraissant alors dans les journaux, mais l’écriture est claire, légère et peu encombrée. À peine ai-je dû jeter un œil dans le dictionnaire pour me faire une idée du son d’une serinette. Courte, l’histoire commence comme un polar par la découverte du corps du narrateur,
visiblement tombé dans un traquenard le long d’une route de campagne. Par miracle, son récit caché dans une poche intérieure de son costume n’a pas disparu.
Et là, le récit entre de plain-pied dans la science-fiction avec le retour miraculeux d’un voisin que l’on croyait mort au front. En réalité, l’homme devenu aveugle lors d’une bataille a été récupéré par les Allemands et envoyé vers l’arrière dans un mystérieux château. Là, on lui greffa des yeux mécaniques d’un genre nouveau. Ayant réussi à s’évader, il est revenu dans son village natal
pour y finir ses jours. En paix ?
Très court, avec à peine 145 pages, L’Homme truqué est un récit pourtant complet avec des bases scientifiques solides (pour l’époque), sans être trop jargonneux, et un équilibre plutôt bon entre l’action, la description des états d’âme des différents personnages et l’aspect scientifique. S’il n’entre pas dans les détails, la honte ressentie par cet aveugle défiguré par la guerre et la science est bien décrite, ainsi que son envie légitime de ne plus servir de cobaye, même vis-à-vis de son ami médecin, pourtant bien intentionné. Tout juste peut-on reprocher à l’auteur un retournement de situation plutôt prévisible, et au narrateur une certaine naïveté ?

L’Homme truqué
de
Maurice Renard
Éditions L’A
rbre vengeur

Les Futurs Mystères de Paris

Il est des séries que je ne me lasse pas de lire et relire. Outre mon cher Dune et ses suites, Les Futurs Mystères de Paris de Roland C. Wagner en fait partie. Parue d’abord chez Fleuve Noir puis chez L’Atalante, cette série policière met en scène un détective privé affligé d’un étrange don. En effet, Tem, de son nom complet Temple Sacré de l’Aube radieuse, est un transparent. C’est-à-dire dans un univers alternatif où les États-Unis ont été emportés par la Grande Terreur primitive de 2013 laissant un grand vide entre le Canada et le Mexique, un mutant dont les gens et même les bases de données numériques et les caméras de surveillance ne remarquent pas l’existence, voire l’oublient très vite s’il ne se fait pas remarquer par différents stratagèmes dont un borsalino vert fluo des plus seyants.
Les Futurs Mystères de Paris reprend tous les codes des polars des années 50 et 60, à quelques détails près. Après ladite Grande Terreur, l’Humanité est devenue nettement plus pacifique et les crimes violents sont en chute libre. L’Humanité elle-même ne se divise plus en pays ou en ethnie, mais entre multinationales surpuissantes (les technotrans) et une multitude de tribus rassemblées suivant des affinités de goûts et de sectes religieuses de tous poils.
Ajoutez-y des intelligences artificielles en pagaille, dont certaines anarcho-marxistes ou amatrices de rock’n’roll, des Archétypes issus de l’inconscient collectif humain (et félin) remontant aux balbutiements d’homo sapiens dans les plaines africaines ou issus des tout derniers usages technologiques. Saupoudrez le tout d’une bonne dose de cyberpunk, de nostalgie hippie, d’action échevelée (mais le plus souvent donc non-violente !) et de personnages hauts en couleurs (dont un cochon !) et vous obtiendrez une série
de neuf romans et une collection de nouvelles et novella parus entre 1996 et 2007. À savoir dans l’ordre, pour les romans : La Balle du néant, Les Ravisseurs quantiques, L’Odyssée de l’espèce, L’Aube incertaine, Tekrock, Toons, Babaluma, Kali Yuga, Mine de rien. Et pour les nouvelles, citons : Honoré a disparu, S’il n’était vivant, Le Retour du parasite, l’Esprit de la Commune,… et Personne n’est venu.
Comme tous les romans entrant plus ou moins dans la case « cyberpunk », les récits des Futurs Mystères de Paris sont datés. Déjà nous sommes en 2020 et les États-Unis sont encore là… Et à la différence de ce que sous-entend La Balle du Néant, le premier roman paru en 1996, les disquettes informatiques ont disparu depuis belle lurette de la circulation dans les centres d’études scientifiques. Et pourtant, pourquoi les lire et les relire ? Tous simplement parce que ces romans et les nouvelles qui constituent ce cycle s
ont des petits bijoux qui plairont aussi bien aux amateurs de polars qu’aux fans de science-fiction. Et qu’ils dégagent une telle énergie que vous finissez l’un d’entre eux avec un grand sourire aux lèvres.

PS : #Confinementlecture oblige, l’intégralité de Les Futurs Mystères de Paris est disponible en numérique

Les Futurs Mystères de Paris
de
Roland C. Wagner
Éditions L’
Atalante

Et Dieu se leva du pied gauche

C’est bien de trouver de vous dire où trouver de la lecture en période de confinement, mais autant en profiter soi-même, non ? C’est ce que j’ai fait en récupérant chez Confinementlecture, Et Dieu se leva du pied gauche d’Oren Miller, autrice qui m’intriguait depuis longtemps.
Et Dieu se leva du pied gauche n’est pas le premier volume de sa série de romans mettant en scène son enquêteur, Évariste Fauconnier, et l’assistant de celui-ci, Isabeau Le Du, ni l’institut Sainte-Cécile. Certaines références ont pu m’échapper du coup, mais rien qui ne gêne réellement la lecture.
Nous sommes en 1951. Un séminaire d’entreprise a mal tourné à Venise. Partageant une même suite, sept de ses participants sont retrouvés morts, sans explications. La huitième personne est elle saine et sauve, bien que fortement imbibée. Devenue la suspecte idéale pour la police italienne, elle va faire appel à un vieil ami. Et de fil en aiguille, l’institut Sainte-Cécile mettra son meilleur enquêteur sur le coup. Évariste Fauconnier entre en scène. L’enquête le mènera loin de Venise, explorer les dessus d’un hôpital psychiatrique à Neuchâtel. Le récit de celle-ci est entrecoupé par les pensées d’un tortionnaire pervers, mais également par le journal tenu par une personne enfermée dans un camp de concentration en 1943 où avaient lieu des expérimentations sur la psyché humaine.
Très vite, il semble clair que le passé et le
présent sont liés, mais il est difficile de faire la part des choses, jusqu’à la résolution finale.
Le style d’Oren Miller est très agréable et s’adapte en finesse au côté suranné de l’époque qu’elle décrit. Si l’usage de l’horreur du nazisme pour expliquer les pulsions de l’assassin est un cliché lu et relu dans le polar, l’autrice arrive à en dégager un angle original en menant jusqu’au bout le lecteur en bateau. De quoi donner envie de découvrir plus de livres de sa plume.

Et Dieu se leva du pied gauche
d’
Oren Miller
Éditions
L’Homme sans nom

Tamanoir

Présenté par l’auteur comme une farce policière née de l’idée de confronter un privé anarchiste similaire au Poulpe à un univers fantastique, Tamanoir est un livre déjanté comme en publie régulièrement Aux forges de Vulcain. Ici tout commence au Père-Lachaise de nuit, plus exactement dans un recoin pentu et assez reculé du cimetière. Deux tueurs abattent froidement trois hommes : un clochard et deux assistants sociaux. Le clochard se relève et part avec son chat sous le bras. Quelques jours plus tard, dans un café, Nathanaël Tamanoir voit passer un entrefilet sur ses meurtres et décide d’enquêter. Entre magouilles à l’aide sociale, mafia gitano/serbo-croate et guéguerres entre divinités et puissances démoniaques, l’enquête de ce Tamanoir va être décousue, pleine d’action et d’envolées lyrico-anarchistes ou de passages oniriques pas piqués des hannetons. Le tout calquant un peu trop fidèlement la structure des histoires du Poulpe, même si cette version de Cheryl a abandonné la coiffure pour le professorat universitaire et si l’armurier de la bande est italo-marseillais et non ibérique.
J’avoue ne pas avoir lu l’autre livre de Jean-Luc A. d’Asciano, Souviens-toi des monstres, il y a donc des références qui ont pu m’échapper. En revanche, j’ai eu du mal à lâcher ce Tamanoir et surtout ses personnages secondaires plutôt attachants. En particulier, Jacquot et ses teckels de traineaux
m’ont fait beaucoup rire. En revanche, le fantastique n’est au final que peu présent. Au début avec le clochard qui se relève et dans le quart final du roman quand l’on découvre enfin en partie l’identité dudit clochard et ce qui se tramait derrière les meurtres. Tout le reste est à classer dans la catégorie polar politico-humoristique. En tout cas, j’avoue que l’idée est bonne et j’aimerais bien que ce Tamanoir fasse des petits, écrits par le même auteur ou par d’autres. Je me demande ce qu’en ferait un Romain Ternaux ou un Karim Berrouka par exemple.

Tamanoir
de
Jean-Luc A. d’Asciano
Éditions
Aux Forges de Vulcain