Douve

Ne vous fiez pas à la phrase d’accroche en couverture. Les seuls points commun entre Douve et Twin Peaks sont les sapins et la pluie omniprésente. Pour le reste, nous sommes dans un polar bien français sans l’ombre d’une trace de surnaturel.
Tout commence quand Hugo Boloren, policier parisien, trouve un journal devant chez lui relatant l’homicide de l’ancien maire de Douve, un petit village perdu du Pilat qui tient une place importante et mystérieuse dans son histoire familiale. Il décide alors de solder ses congés pour se rendre sur place enquêter et comprendre quels liens entretenaient ses parents avec ce village « maudit ».
Deux intrigues vont alors se mêler : celle qui à la fin des années 70 tourne autour d’un médecin islandais installé à Douve et dont on retrouva la femme et les deux filles massacrées, et le séjour à notre époque d’Hugo dans le village.
Et comme dans tous les petits villages, Douve recèle de nombreux secrets (certains remontant à la Deuxième Guerre mondiale), de liaisons adultérines et de vieilles rancoeurs de famille. Ajoutez-y une défiance naturelle envers les étrangers et une tendance locale à se complaire dans son malheur et vous obtiendrez un cocktail explosif au XXe comme au XXIe siècle. Quant au policier ? Sans être aussi atypique dans son errance que le commissaire Adamsberg de Fred Vargas, Hugo Boloren se laisse porter par les événements quitte à se laisser malmener par eux. Il attend que la petite « bille » dans sa tête tombe dans le bon trou pour lui indiquer la solution.
Le résultat est un livre qui, presque sans à-coup, embarque le lecteur pour une balade pluvieuse dans les bois et lui propose un polar solide sans être ni trop sanglant malgré une fin à la Délivrance, ni particulièrement humoristique. Efficace et qui tient au corps comme un plat de terroir. L’auteur a depuis publié une nouvelle aventure d’Hugo Boloren, elle vaudra surement la peine de se pencher dessus également.

Douve
de Victor Guilbert
Éditions J’ai Lu

Le Carnaval des vampires

Une histoire mystérieuse de vampires en plein Venise au 18siècle, cela vous tente ? Venez donc découvrir Le Carnaval des vampires, roman policier d’Olivier Barde-Cabuçon pour découvrir de quoi il retourne. Mais avant, sachez déjà qu’il s’agit du huitième roman d’une série mettant en scène M. de Volnay, commissaire aux morts étranges et son compagnon plus âgé, Guillaume, présenté comme un moine hérétique.
Si vous avez déjà lu d’autres livres de cette série, vous connaissez déjà les liens qui unissent les deux hommes. Sinon, vous le découvrirez, comme moi, bien assez tôt avec les quelques allusions faites aux événements des livres précédents.
Or donc… Ayant dû fuir la France, le commissaire et le moine viennent d’arriver à Venise retrouver une jeune comédienne, Violetta, quand un des hauts magistrats de la cité leur confie une enquête urgente. Ils doivent trouver qui se cache derrière une série de morts et résurrections suspectes à seulement quelques jours du carnaval, événement commercial majeur.
Évidemment, comme dans tout bon polar, les choses ne sont pas aussi simples. Et comme tout se passe en 1760, la science et la médecine légale ne sont pas aussi avancées qu’au XXe ou au XXIe siècle, et la superstition est parfois plus forte qu’elles quitte à faire disparaître des preuves essentielles ou à jeter encore plus de confusion. L’enquête suivra donc deux fils distincts : celui du commissaire qui refuse de voir l’œuvre de quelconques créatures maudites ; et celui du moine qui, ayant déjà vécu à Venise et connaissant bien les fantômes qui la hantent, ne ferme pas obligatoirement la porte à une explication surnaturelle. À ces différentes hypothèses, l’auteur croise de multiples sous-intrigues : que cache Violetta, quelle est l’ampleur de ce soudain héritage, que veulent les Turcs ennemis ancestraux et partenaires commerciaux de la Sérénissime ? Le lecteur, lui, se retrouve souvent perdu dans les méandres du roman comme dans les ruelles de la ville, toujours à deux doigts de tomber dans un canal. Et pourtant, l’expérience est réussie et séduisante : jouant de masques et d’ombre avant les révélations finales, ce Carnaval des vampires est un livre prenant qui ne se lâche pas facilement. Et dont les 484 pages se dévorent le temps d’une escapade hors du temps au bord de la lagune…

Le Carnaval des vampires
d’Oliver Barde-Cabuçon
Éditions Babel Noir/Actes Sud

L’Enterrement des étoiles

Attention, titre trompeur ! L’Enterrement des étoiles n’est pas un roman de science-fiction que la fin de l’univers, mais bien un titre de fantasy avec mages et créatures fantastiques. Attention, couverture trompeuse ! Même si elle est magnifique, l’illustration d’Abel Klaer ne se rapporte pas réellement à l’histoire elle-même et ne vous donne aucune indication dessus. Attention enfin, roman trompeur ! L’Enterrement des étoiles n’est qu’une immense supercherie. Vous vous en doutez en lisant ces lignes, j’ai suffisamment apprécié de me faire mener en bateau pour prendre le temps de parler du livre et de vous le conseiller. Sachez toutefois que vos attentes seront détrompées de page en page.
De prime abord, nous partons sur une histoire classique d’élu et de prophétie sur fond d’affrontement entre le Bien et le Mal dans une ambiance de fin d’un monde. Et pourtant au fur et à mesure que les fils de la toile de Christophe Guillemin se tissent, la vue d’ensemble que nous avons de l’histoire bouge sans cesse. La ligne entre les « amis » et les « ennemis » se déplace sans arrêt, à l’exception peut-être de Poppie, Sébaste et Jaran. Et quasiment jusqu’au bout l’on se demande où l’auteur veut nous mener.
Pour un premier roman, L’Enterrement des étoiles est une réussite. Son style poétique est certes parfois trop maniéré, ce qui ne facilite pas une lecture dévorante. Mais son univers assez original et son intrigue retorse m’ont convaincue, m’évoquant je ne sais pourquoi Les Instrumentalités de la nuit de Glen Cook. A suivre donc…

L’Enterrement des étoiles
de Christophe Guillemin
Éditions Mnémos

Underdog Samurai

Découvert pour ma part avec I Am Vampire, Romain Ternaux confirme avec Underdog Samurai qu’il maîtrise à la perfection le style foutraque, largement exubérant, chaotique et plutôt vert. Âmes sensibles s’abstenir ! Ce livre est l’équivalent d’une série Z produite par Troma au plus fort de son succès. Si vous avez aimé The Toxic Avenger ou Tromeo and Juliet, ne cherchez plus, vous avez trouvé le livre qu’il vous faut.
Une fois de plus, ce roman met en scène un personnage de loser qui raconte ses aventures à la première personne, et n’étant pas du tout le plus fiable des narrateurs. Ici, il s’agit d’un fan d’arts martiaux et de films de kung-fu, obsédé par le Japon (et donc pas très doué en géographie, mais également très obsédé par la serveuse du restaurant japonais) qui s’est fait délester de quelques milliers d’euros pour acheter un « authentique » katana dans les bas-fonds du Web. Las, ce n’était que du toc. Et, ni une, ni deux, le tocard décide de devenir un pur génie du combat pour aller réclamer son dû aux yakuzas responsables de l’arnaque. Rien que ça…
Encombré d’un vieux grand-père antipathique et d’un clochard alcoolique en guise de
sensei, il se lance dans une quête qui le conduira de la banlieue parisienne à Dallas en passant par les bas-fonds de Tokyo. Saupoudrez le tout de quelques sumos, d’un docteur ayant un sérieux problème de drogues et ajoutez y un affrontement millénaire entre yokaïs. Vous obtiendrez un récit épique qui, s’il est loin de sentir la rose, aura au moins le mérite de vous faire rire. Le protagoniste va y vivre des aventures de plus en plus rocambolesques et hallucinantes jusqu’à perdre de vue son objectif premier et le descendre en flamme. Étrangement comme l’auteur, qui donne l’impression avec sa fin abrupte d’avoir atteint son quota de pages et de loufoquerie. Dommage, un peu de rabs n’auraient pas été de refus, après un petit passage à la douche ?

Underdog Samurai
de
Romain Ternaux
Éditions
Aux Forges de Vulcain

Les Enfants du passé

Avant ses romans La Débusqueuse de mondes et sa préquelle Le Chant des Fenjicks, Luce Basseterre s’était déjà essayée au space opera avec Les Enfants du passé. Sept ans après sa première parution, le livre ressort dans une version révisée d’abord en livre de poche puis en mai en numérique chez Argyll. Ayant particulièrement aimé les deux autres romans de l’autrice, je ne pouvais que vouloir lire celui-ci. Et si j’y ai retrouvé énormément de choses que j’avais appréciées dans les deux autres, j’ai trouvé celui-ci plus intimiste et plus chargé en émotions.
Dans Les Enfants du passé, nous retrouvons des éléments qui seront repris plus tard les deux autres livres que j’ai déjà lus : un mélange de races extra-terrestres bariolées, mais encore une fois basées sur les primates, les félins ou les insectes, des voyages dans des vaisseaux improbables (l’Ombre et son passager immatériel valent bien un cybersquale) et toute une galerie de personnages rapidement, mais très finement croqués. Mais la comparaison s’arrête ici. En effet, ce roman adopte déjà un point de vue résolument humain. Même si nous sommes dans un univers pluriespèces, se remettant d’un conflit entre une espèce insectoïde et les autres espèces de la galaxie, les protagonistes sont quasiment tous humains (ou au pire des hybrides d’humain vivant parmi eux). Du coup, nous nous retrouvons dans un univers à la Star Trek où les problèmes du futur font échos à notre monde actuel (racisme, syndrome du survivant des guerres, esclavagisme et exploitation des plus fragiles, éthique médicale) ou jouent sur des classiques de la SF (clonage, manipulation génétique aboutissant à une quasi-immortalité de certains).
Du coup, le ton du roman est plus mélancolique que dans les longs formats suivants de Luce Basseterre. Celle-ci s’y attarde en effet plus sur les sentiments et les relations interpersonnelles de ses personnages. Rassurez-vous, l’action reste au rendez-vous et vous ne verrez pas passer les plus de 500 pages du livre. Si ce blog ne vous a pas encore donné envie de découvrir cette plume, la version révisée de ce roman est un bon endroit pour commencer.

Les Enfants du passé
de Luce Basseterre
Éditions Livre de poche

Warhol Invaders

Et si ? Et si l’informatique était devenue réellement grand public dès la fin des années 60, sous l’égide d’Andy Warhol ? Et si aux tensions entre tenants de l’ordre établi et mouvements hippies et contestataires, se superposaient les tiraillements sur le contrôle de ces ordinateurs entre les grands groupes industriels de l’époque et de nouvelles communautés prônant l’ouverture des réseaux ?
C’
est cette uchronie avec juste ce qu’il faut de décalage avec notre réalité pour intriguer le lecteur que nous propose Nicolas Labarre avec Warhol Invaders. Nous y suivons à quatre moments clés de sa vie, Susan, pionnière de l’informatique. D’abord bricoleuse de génie présentant avec son amant l’objet qu’ils ont conçu à Andy Warhol, puis égérie de la contre-culture dans la campagne tourangelle du début des années 70, éminence grise d’une candidate démocrate à l’investiture pour les présidentielles étasuniennes de 1974 et enfin, grande gourou de l’informatique s’apprêtant à dévoiler le premier système d’exploitation indépendant des machines en novembre 1980.
En commençant ce livre, je ne savais pas à quoi m’attendre. En effet, la première partie commence comme un roman noir, puis la deuxième s’apparente à un polar à la française, la troisième s’oriente
vers un pseudoreportage de terrain, etc. Et, même si elle reste le personnage qui sert de fil rouge entre les différentes époques, Susan n’est que rarement au centre du récit une fois la première partie passée. Pour autant, Warhol Invaders est à classer dans les « pages turners », ces livres qui se lisent tout seuls en se demandant en permanence où l’auteur va vous emmener.
D’autant plus si vous avez quelques connaissances concernant l’histoire de l’informatique et celle de la seconde moitié du XXe siècle. Cette uchronie prend alors toute sa saveur en
remoulinant les débats qui agitent l’informatique depuis des décennies (communautés libres versus solutions propriétaires, impacts sur l’environnement et le libre arbitre, place des femmes dans l’informatique, etc.) avec ce décalage temporel. Il est alors délicieux de rapprocher les événements racontés de ceux qui se sont réellement passés à la même époque ou au même endroit. Si vous n’avez pas d’appétence particulière pour l’informatique, il vous restera une bonne histoire et l’occasion de vous interroger sur les liens que vos machines connectées tissent entre vous et le monde.

Warhol Invaders
de 
Nicolas Labarre
Éditions Les
Moutons électriques

 

Le français est à nous !

Après plus de deux décennies à travailler professionnellement avec les mots, il était peut-être temps que je m’intéresse aux dessous de mon outil de travail, et à ses évolutions. Parmi les titres qui m’ont été chaudement recommandés, figure Le français est à nous ! de Maria Candea et de Laélia Véron. Ce court texte qui se veut un « petit manuel d’émancipation linguistique » est sorti une première fois en 2019 et cette version chroniquée a été revue en 2021. Écrit par deux spécialistes de la linguistique et de la langue française, ce n’est ni un précis de grammaire, ni un livre d’histoire des langues et encore moins un texte militant pour la sauvegarde de la langue ou au contraire prônant plus particulièrement telle ou telle évolution. C’est tout simplement un essai s’attachant à comprendre ce qu’est le français, tel qu’on le parle et l’écrit au XXIe siècle, d’où il vient et comment il a été un instrument politique à travers les âges et les continents. Il se divise donc en trois grandes parties. La première « Qu’est-ce que la langue ? » s’intéresse à la fabrication d’une langue, et à la façon dont un consensus s’établit — ou non — sur ses règles, au rôle des dictionnaires et à l’(in)utilité de l’Académie française, ainsi qu’aux différences entre un créole, un dialecte et une langue. La deuxième « Au nom de la langue » est à mon avis la plus ardue : elle se penche sur les pouvoirs des mots et la façon dont ceux-ci ont été et sont encore instrumentalisés pour devenir des instruments de domination ou d’émancipation sociale, de genre, coloniale ou économique. La troisième « Langue et débats : promenade dans les histoires de la langue » cherche à démonter certains préjugés sur la langue française et notamment ceux concernant le fait qu’il y aurait eu un âge d’or et que depuis les usages iraient en un appauvrissement de celle-ci.
Vous l’aurez compris, Le français est à nous ! tord le cou à de nombreuses idées reçues sur la langue et sur la façon dont celle-ci évolue au quotidien. Il rappelle au passage que l’écriture inclusive ne se limite pas à l’adoption ou non d’un point médian (·) mais que celle-ci peut prendre plusieurs formes, et certains mots avaient une déclinaison féminine volontairement effacée par cette chère Académie française lors des siècles précédents avant de revenir en force. L’orthographe et sa simplification, la grammaire et ses règles truffées d’exceptions sont également passées en revue. En fin de compte, que vous soyez ou non pour l’accord de proximité, la simplification du participe passé suivant le verbe « avoir » ou l’application de la dernière réforme en date de l’orthographe (de 1990 tout de même !), ce petit essai ludique, souvent très drôle et d’abord très facile ouvre de nombreuses pistes de réflexion sur vos propres façons de manier le français, à l’écrit comme à l’oral. À vous de vous en réapproprier les usages en toute connaissance de cause !

Le français est à nous !
de M
aria Candea et Laélia Véron
Éditions
La Découverte

Les Temps ultramodernes

Que ce soit en musique ou en littérature, j’avoue avoir un faible pour l’univers steampunk et rétrofuturiste. Cela tombe bien, le premier titre à paraître en 2022 chez Albin Michel Imaginaire se réclame de cette mouvance. Il s’agit de Les Temps ultramodernes de Laurent Genefort. Dans ce livre, nous sommes à la fin de la période habituellement couverte par l’appellation steampunk, puisque l’action se situe dans les années 20 à Paris et sur Mars.
Dans Les Temps ultramodernes, le point de déviance par rapport à notre ligne temporelle se situe en 1895 par la découverte d’un certain Georges H. Cavor d’un élément, la cavorite, ayant la particularité d’émettre un rayonnement contrant la gravité terrestre. Depuis, toute une industrie a prospéré avec notamment des voitures volantes, et des paquebots spatiaux qui ont permis la conquête de Mars. Les grands empires coloniaux européens — à savoir l’Angleterre, l’Allemagne et la France — se battent pour qui étendra ses conquêtes dans le système solaire et qui s’appropriera les mines de cavorite. Las, les quantités disponibles arrivent à épuisement et les propriétés d’antigravité s’estompent plus vite que prévu. Après une guerre éclair en 1912, un krach boursier a exacerbé les tensions sociales et économiques dans la vieille Europe. C’est dans ce contexte que nous suivons plusieurs personnages : Renée, institutrice de province montée à Paris et prête à instruire tout le monde, « indigènes » martiens compris ; Georges, artiste fauché qui se laisse séduire par la violence politique ; Maurice, inspecteur de police proche de la retraite rêvant d’un dernier gros coup et Marthe, journaliste scientifique spécialiste de la cavorite. Leurs destins vont se mêler au sein d’une enquête qui les mènera des bas-fonds de Paris et de sa banlieue aux avant-postes coloniaux martiens.
Avec Les Temps ultramodernes, Laurent Genefort signe donc un roman d’aventures uchronique bourré de rebondissement
s tels les feuilletons qui paraissaient dans les quotidiens du début de ce siècle. Il se livre également à un exercice de style en empruntant le rythme et le ton de son livre à cesdits feuilletons, mais également aux romans de « merveilleux scientifiques » vivaces en ce début de XXe siècle, avec des clins d’œil plus qu’appuyés tant à H.G.Wells qu’à Gustave Le Rouge. Tout en y ajoutant une dimension sociale forte et une critique du colonialisme, de la spéculation capitaliste et de leurs travers modernes (même si celle-ci était déjà présente chez les autrices et auteurs anarchistes dès la fin du XIXe siècle). Le tout forme un roman au style volontairement désuet, mais plein d’actions et aux personnages bien campés. Dommage d’avoir une résolution si rapide, après une mise en place soignée des différents pions en présence.
À noter qu’en complément du roman, l’auteur sous le pseudonyme d’Hippolyte Corégone commet un Abrégé de Cavorologie reprenant le format des vieux manuels scolaires de sciences. Celui-ci retrace l’histoire de ce minerai fictif, en détaille les propriétés et les différents usages possibles ainsi que son influence dans le monde de l’art. Cet abrégé est téléchargeable gratuitement et offre un bon complé
ment à lire avant ou après Les Temps ultramodernes pour mieux en savourer certaines implications.

Les Temps ultramodernes
de Laurent Genefort
Éditions Albin Michel

Badroulboudour

Couverture du livre Badroulboudour, paru Aux Forges de Vulcain. Une valise perdue dans le desert sous un ciel bleu et un croissant de lune.Il est parfois des textes légers qui, sans appartenir en propre à l’imaginaire, vous invite à l’évasion et posent un sourire sur vos lèvres le temps de quelques heures. Badroulboudour de Jean-Baptiste de Froment est de ceux-là.
De quoi parle ce roman ? De deux personnes portant le même nom, Antoine Galland et vivant à des siècles de distance. Le premier a réellement existé, il fut le traducteur et le compilateur des Mille et Une Nuits. Le deuxième est son homonyme fictif, protagoniste du récit, universitaire spécialiste des Mille et Une Nuits, fraichement séparé de sa femme et en partance avec ses deux petites filles pour un club de vacances en bord de mer, en Égypte.
À la manière des contes ayant inspiré cette histoire, les vies des deux Antoine vont se mêler dans un récit oscillant entre la farce tragi-comique et la fable philosophique sur la superficialité de la société de consommation, la lutte des classes et l’opposition ou l’attraction entre l’Orient et l’Occident. Le tout étant écrit par un écrivain français qui a découvert l’Orient par les mêmes histoires dont il parsème la sienne et dans un récit, où de l’Égypte moderne, nous ne lirons quasiment rien hormis un bout de plage et un terminal d’aéroport. Et pourtant Badroulboudour, tout en finesse et en légèreté, joue de ses propres failles pour amuser le lecteur et, au passage, en égratigner certains préjugés.
Pas mal non pour un texte léger comme une histoire du soir ?

Badroulboudour
de
Jean-Baptiste de Froment
Éditions Aux forges de Vulcain

Bob, textile futé

Vous êtes invité et vous n’avez pas envie d’apporter des fleurs, des chocolats ou une bouteille ? Vous organisez un Secret Santa avec des amis et vous n’avez pas d’idée ?  Offrez de quoi lire ! Et pourquoi pas une petite nouvelle au prix minuscule de 2 € comme Bob, textile futé de Luce Basseterre (qui figure également au sommaire d’une des anthologies de l’éditeur si votre budget cadeau est tout petit peu plus large) ? Ou tout simplement, faites-vous plaisir le temps d’un trajet en métro, bus, tram ou autre funiculaire ou vaporetto favori de par chez vous.
De quoi parle Bob, textile futé ? De l’alliance improbable entre un styliste féru de mode et de légèreté et d’un ingénieur aux dents longues. Les deux se sont associés autour du développement d’un nouveau prototype d’habillement, le fameux Bob du titre. Mais quand le cartésien décide d’exploiter dans le dos de l’artiste le produit de leur recherche commune, les choses tournent très mal dans les tours de la Défense et un bout de tissu ne sera pas de trop pour nettoyer tout ce sang.
La nouvelle étant extrêmement courte (27 pages !), je n’en dirais pas plus pour ne déflorer tout le sujet. Sachez simplement qu’ici, Luce Basseterre explore une thématique très loin des space opéra déjà chroniqués ici et , et beaucoup plus proche de notre réalité actuelle. Et que c’est agréable de voir une fois de plus une intelligence artificielle fictionnelle qui ne cherche pas à détruire ou asservir l’humanité, mais au contraire à en protéger certains éléments. Le tout étant écrit avec un style aussi léger que de la mousseline et précis comme de la dentelle. Un petit régal !

Bob, textile futé
de Luce Basseterre
Éditions 1115