Soul Kitchen

J’ai découvert Poppy Z. Brite avec ses romans de fantastique gothique (Âmes perdues, Sang d’encre…) qui relèguent aisément Anne Rice, ses vampires et ses sorcières au rang de bluette enfantine. Le choc fut donc grand quand j’entamais Soul Kitchen. À tel point, qu’à la première lecture lors de sa sortie, je l’ai laissé derrière moi à la faveur d’un déménagement sans même le finir. L’ayant retrouvé récemment, j’ai fait une deuxième tentative. Ce fut un vrai régal, très dépaysant.
Je précise qu’avec Soul Kitchen, Poppy Z. Brite signe le dernier volet d’une trilogie, mais que je n’ai pas lu les deux précédents. Ce n’est pas grave, Soul Kitchen se lit très bien tout seul. L’auteur nous y offre une tranche de vie dans le milieu des grandes tables de La Nouvelle-Orléans, pré-Katrina.
Soul Kitchen raconte donc la vie de Rickey et G-Man, co-propriétaires d’un restaurant et couple uni loin des fourneaux depuis seize ans. En offrant une seconde chance dans leur équipe à Milford, un chef noir tout juste sorti de prison après dix ans derrière les barreaux alors qu’il était innocent, le couple
déclenche une suite d’événements qui vont bouleverser son train-train quotidien. Entre enquête policière, addiction aux opiacés et commis de cuisine un peu trop entreprenant, Rickey et G-Man verront leur couple mis à mal avant de retrouver une nouvelle stabilité.
Si Soul Kitchen m’a plu, ce n’est pas tant par l’action assez lente que par ses dialogues percutants, virevoltants et bourrés d’humour et sa galerie de portraits surprenants.
Moi qui n’aime pas lire de la romance, j’ai été touchée par ce couple de restaurateurs tourtereaux. Même si Rickey et G-Man s’aiment depuis presque toujours, ils ont des attentions et des incertitudes l’un envers l’autre dignes des passions adolescentes. Le tout compliqué par le fait qu’ils ont également des problèmes d’adulte et que leurs vies ne sont pas que liées personnellement, mais également professionnellement. D’ailleurs la description des coulisses de la restauration et de la façon dont fonctionne une brigade de cuisine sont l’autre gros atout de ce roman. Vous êtes prévenus, comme pour Les Chroniques de l’étrange de Romain d’Huissier, Soul Kitchen va vous donner faim tout au long de ses 400 pages. Et soif.
Une précision toutefois, si comme moi vous connaissiez le Poppy Z. Brite d’antan, vous trouverez son écriture dans Soul Kitchen assagie. Le sang n’y coule pas à flots, et s’il ne s’embarrasse pas d’euphémisme, l’écriture n’y est pas torride non plus. Par rapport à Âmes perdues, c’est limite reposant, même si j’ai également beaucoup d’affection pour Steve et Ghost. Bonne lecture !

Soul Kitchen
de Poppy Z. Brite
traduction de Morgane Saysana

Éditions
Au Diable Vauvert

Lady Helen : le Club des Mauvais jours

Couverture livre Lady Helen : le Club des Mauvais JoursVendu par l’éditeur français comme un livre entre « romance à la Jane Austen et fantasy noire », Lady Helen : le Club des Mauvais jours d’Alison Goodman a de quoi intriguer. Roman jeunesse, il se passe principalement dans la bonne société londonienne en 1812, au lendemain des affrontements entre la Grande-Bretagne et l’Empire de Napoléon Bonaparte. Lady Helen Wrexhall, jeune orpheline de 18 ans, vit chez son oncle et sa tante en attendant d’être mariée. Sauf que la fougue et le caractère curieux qui ont entraîné la perte de sa mère commencent également à se manifester chez elle, au grand déplaisir de son oncle puritain et passablement misogyne (même pour l’époque). Par la même occasion, elle va découvrir une lutte clandestine entre démons et espions aux superpouvoirs dont sa mère faisait partie. Que va-t-elle choisir ? Le destin d’une jeune femme de la bonne société tenant la maisonnée de son époux sans faire de vague ou la carrière maternelle et s’engager dans cette guerre souterraine au risque d’y perdre son âme ? Lady Helen mettra bien 400 pages à se décider, même si, en sachant que ce livre st le premier d’une trilogie, le résultat final n’est pas une surprise.
L
ady Helen : le Club des Mauvais Jours se lit néanmoins extrêmement vite et de façon très agréable, que vous aimiez les études de mœurs à la Jane Austen (ce qui n’est pas mon cas) ou les romans d’aventures rehaussés de fantastique (ce qui est déjà plus dans mes goûts). Il faut quand même attendre une petite centaine de pages pour apercevoir un élément surnaturel. En revanche, vous y croiserez également des personnes historiques comme Lord Byron ou Beau Brummel en personnages secondaires et néanmoins utiles à l’intrigue. Et la partie surnaturelle, les fameux démons, est assez originale pour retenir votre attention. J’ai apprécié le mélange d’optique et d’alchimie nécessaire pour les combattre. Le tout est écrit dans un rythme soutenu, avec juste ce qu’il faut de retournement de situations pour conserver l’attention du lecteur. En revanche, dans mon cas particulier, l’histoire se suffit à elle-même. Le résumé du tome suivant, Lady Helen : le Pacte des Mauvais Jours, indique encore une valse-hésitation de la jeune fille entre ses talents et son beau (mais bien fade) duc. N’étant pas fan de romance pure, je pense que je ferai l’impasse sur la suite.

Lady Helen : le Club des Mauvais Jours
d’Alison Goodman
Traduction de Philippe Giraudon
Éditions Gallimard Jeunesse

Lucide — T.1 : Initiation

Quelquefois, il est bon de lire un livre léger et sans prétention. Ayant particulièrement apprécié Le Collectionneur chez Alter Real, j’ai voulu tester un autre livre chez cet éditeur et ai porté mon choix sur Lucide de Soraya Doye. Même si je ne suis pas franchement le cœur de cible marketing pour de la littérature young adult, la couverture m’a attirée. J’avoue un faible pour les améthystes. Ce sont des petits détails dans ce genre qui font parfois pencher la balance…
Si Lucide — T.1 Initiation est une bonne surprise, ce livre n’est pas exempt de quelques défauts comme une romance très convenue avec un retournement final évident, et un équilibre assez étrange entre trop de détails (a-t-on réellement besoin de savoir les moindres détails du mascara ou de la tenue de A. ?) et des incohérences (Depuis quand on peut démarrer en trombe en plein Paris pour aller en voiture au lycée ? Et où Maya trouve-t-elle la place de garer son véhicule en arrivant à l’heure en cours ?). Malgré tout, et si vous n’êtes pas Parisien ces réflexions ne vous viendront pas forcément à l’esprit, Lucide se lit très
bien et raconte une version originale de l’adolescente qui découvre que le monde qui l’entoure n’est pas celui qu’elle connaît et qui va devoir apprivoiser ses nouveaux pouvoirs.
Le jour de ses 18 ans, A.
découvre une étrange marque sur son épaule et rencontre des problèmes de sommeil qui n’ont rien à voir avec l’arrivée du bac dans quelques semaines. Elle va apprendre que, comme sa mère disparue lorsqu’elle avait douze ans, elle fait partie des Lucides, une catégorie d’humain capable d’avoir des rêves conscients et de vivre dans le monde du sommeil comme dans le monde de l’éveil. Certains de ces Lucides ont des pouvoirs dignes de superhéros (dont, ô surprise, A.) et suscitent l’envie d’une mystérieuse faction, les Quartz, qui les fait disparaître. Cette faction s’intéresse très vite à A. et celle-ci va devoir s’allier avec des Lucides sans jamais être sure de pouvoir leur faire confiance tout en n’éveillant pas les soupçons de sa famille et de ses amies.
L’ensemble écrit à la première personne donne une aventure à dévorer très vite, où peu à peu l’on s’attache aux personnages, même si leurs défauts apparaissent de plus en plus flagrants. Ce qui les rend plus réels ? Comme le titre l’indique, Lucide — T.1 Initiation, ce livre est le premier d’une série. Pour ne pas laisser le lecteur sur sa faim, Soraya Doye a justement un peu trop précipité la fin de ce volume. Celle-ci aurait mérité un ou deux chapitres de plus pour être moins embrouillée pour le lecteur. Histoire à suivre au tome 2 ?

Lucide — T.1 Initiation
de Soraya Doye
Éditions Alter Real

Prodige

Sans être prodigieux, Prodige de Ginn Hall est un roman steampunk — mais pas trop ! – qui mérite qu’on s’y arrête pour les amateurs du genre. L’histoire me direz vous ? Les démons, anciens anges perdus, se sont convertis sous les coups de l’Inquisition et se sont installés à la surface (ou juste en dessous) d’un Brighton éclairé à la bougie et aux lampes à gaz. Une jeune femme disparaît. Son frère, capitaine de l’Inquisition (à mi-chemin entre le prêtre défroqué et le détective juste, mais prêt à tout des séries TV américaines) demande l’aide d’un Prodigal, descendant de démon, drogué et rejeté par les deux populations, pour la retrouver. Contraints et forcés, les deux hommes vont se rapprocher, mener à bien deux enquêtes et crever l’abcès de corruption qui enserre les hautes sphères de la ville.
Originale, chaque enquête est relatée du point de vue de l’un des deux hommes : le Prodigal puis le Capitaine, sans pour autant que cette narration ne se croise. À la différence d’un univers steampunk classique, les technologies liées à la vapeur ou les miracles de la science ne sont que très peu présents dans ce livre. Il s’attache plus aux personnages, et aux relations entre les différentes castes de cette société, où la main mise d’une Église se fait sentir même sur les démons. En ce sens, j’ai trouvé une certaine ressemblance avec le Castlevania diffusé sur Netflix. En revanche, certains éléments du livre m’ont gênée. À chaque fois, la fin de l’enquête semble bâclée en quelques pages, et les différents happy ends de la fin tiennent plus d’une production Disney classique que du livre steampunk assez adulte qui l’a précédé. De plus, je regrette que les talents et faiblesses des Prodigals ne soient pas mieux utilisés par l’intrigue, hormis deux trois clichés vampiriques.

Prodige de Ginn Hale
Traduction de Timothé Amancy
Éditions MxM Bookmark