L’Enterrement des étoiles

Attention, titre trompeur ! L’Enterrement des étoiles n’est pas un roman de science-fiction que la fin de l’univers, mais bien un titre de fantasy avec mages et créatures fantastiques. Attention, couverture trompeuse ! Même si elle est magnifique, l’illustration d’Abel Klaer ne se rapporte pas réellement à l’histoire elle-même et ne vous donne aucune indication dessus. Attention enfin, roman trompeur ! L’Enterrement des étoiles n’est qu’une immense supercherie. Vous vous en doutez en lisant ces lignes, j’ai suffisamment apprécié de me faire mener en bateau pour prendre le temps de parler du livre et de vous le conseiller. Sachez toutefois que vos attentes seront détrompées de page en page.
De prime abord, nous partons sur une histoire classique d’élu et de prophétie sur fond d’affrontement entre le Bien et le Mal dans une ambiance de fin d’un monde. Et pourtant au fur et à mesure que les fils de la toile de Christophe Guillemin se tissent, la vue d’ensemble que nous avons de l’histoire bouge sans cesse. La ligne entre les « amis » et les « ennemis » se déplace sans arrêt, à l’exception peut-être de Poppie, Sébaste et Jaran. Et quasiment jusqu’au bout l’on se demande où l’auteur veut nous mener.
Pour un premier roman, L’Enterrement des étoiles est une réussite. Son style poétique est certes parfois trop maniéré, ce qui ne facilite pas une lecture dévorante. Mais son univers assez original et son intrigue retorse m’ont convaincue, m’évoquant je ne sais pourquoi Les Instrumentalités de la nuit de Glen Cook. A suivre donc…

L’Enterrement des étoiles
de Christophe Guillemin
Éditions Mnémos

Les Avides

Guillermo del Toro n’est pas qu’un réalisateur et scénariste, il est également écrivain. En compagnie de Chuck Hogan, il avait déjà écrit La Lignée, une trilogie vampirique adaptée en série TV dans The Strain. Les deux récidivent à présent dans Les Avides, un nouveau thriller horrifique. Ici, point de vampires, mais des entités maléfiques qui s’emparent de corps humains pour semer chaos et destructions autour d’elles.
Les Avides commence alors qu’Odessa Hardwicke, jeune recrue du FBI est entraînée à la poursuite d’un tireur fou avec son partenaire plus âgé. L’affaire tourne mal, l’agente va avoir un geste irréparable et se retrouver mise à pied. Durant sa suspension, elle cherchera à comprendre ce qu’elle a vu ce soir-là. Pour cela, elle rencontrera Earl Salomon, l’un des premiers agents noirs du FBI encore hanté par une vieille affaire de lynchage dans le delta du Mississippi et Hugo Blackwood, un
mystérieux avocat anglais.
Jonglant avec différentes temporalités et partant a priori à chaque fois dans des directions différentes, Les Avides met un peu de temps à s’installer. Ce roman se révèle toutefois une excellente lecture pour les amateurs de fantastique, mêlant les clins d’œil aux précurseurs du genre (comme Arthur Machen ou Algernon Blackwood à qui Guillermo del Toro dédicace l’ouvrage) et le rythme frénétique d’une série d’action américaine. Moins explicitement sanglant que La Lignée, Les Avides n’en réserve pas moins quelques scènes accrocheuses pour les amateurs du genre, mais sans tomber dans le voyeurisme. Le roman n’en est que plus poignant, surtout quand il explore le passé de certains personnages. Les Avides tient parfaitement tout seul, mais certains indices laissent à penser que les auteurs l’envisagent comme le premier d’une série avec
Hugo Blackwood et Odessa Hardwicke. D’ailleurs, le titre en VO est The Hollow Ones — The Blackwood Tapes vol.1 et annonce un volume 2 (non encore disponible à ce jour). Et j’avoue que personnellement, je me replongerais avec intérêt dans de nouvelles aventures d’autant que la dynamique entre les deux personnages à la fin de Les Avides semble assez intrigante. Si vous avez aimé La Lignée, vous retrouverez le talent des deux plumes, sur une échelle moins vaste, puisque dans notre présent le massacre se cantonne à une partie du New Jersey et de New York. Et si vous ne l’avez pas lu ou vu, c’est une bonne introduction à ce que peut faire Guillermo del Toro quand il ne s’affiche pas sur grand écran.

Les Avides
de 
Guillermo del Toro et Chuck Hogan
traduction d’Agnès Espenan

Éditions
J’ai Lu

A Wizard’s Guide to Defensive Baking

Il y a quelques mois, un ami de Twitter m’a offert un livre jeunesse, que j’ai lu avec grand plaisir. Le week-end dernier, ce même livre reçoit le Andre Norton Nebula Award For Middle Grade and Young Adult Fiction (équivalent pour la littérature jeunesse du Nebula Award récompensant chaque année le roman d’imaginaire anglo-saxon — cette année c’est Network Effect de Martha Wells qui l’a emporté). Il est peut être donc enfin temps de vous parler de A Wizard’s Guide to Defensive Baking de T.Kingfisher (pseudonyme utilisé par l’autrice Ursula Norton pour ses livres « adultes », ceci dit).
Effectivement, si la protagoniste est une adolescente et si le récit est un passage assez classique à l’âge adulte, ce petit conte fantastique est à la fois très drôle et étrangement violent pour de la littérature jeunesse récente. De quoi s’agit-il ? Nous sommes dans une cité-État médiévale fantastique où des sorciers puissants assurent la protection des lieux pour le compte d’une dirigeante et de ses conseillers. Dans cette ville, Mona est une orpheline de 14 ans a bien quelques talents magiques, mais ils ne s’appliquent qu’à la boulangerie et la pâtisserie. Ce n’est pas en faisant danser des bonshommes en pain d’épices et en apprivoisant du levain qu’on protège une cité. À moins que ? Quand elle découvre un corps dans
la boutique de sa tante, sa vie est en danger. Dans sa fuite, elle va découvrir un complot contre la Couronne et protéger l’ensemble des citoyens de la ville, qu’ils soient doués de magie ou non.
Sur cette trame simple lue et relue, T. Kingfisher narre un récit d’aventure haletante, drôle et touchant. Ses sorciers ont finalement des talents bien limités et plutôt étranges (parler à l’eau, animer des chevaux morts, contrôler les roses, etc.). Sa Mona par son inventivité et sa persévérance, n’est pas sans rappeler les héroïnes chères à Hayao Miyazaki : notamment Chihiro/Sen dans Le Voyage de Chihiro ou Kiki la petite sorcière. D’autant plus que si Mona a un compagnon masculin pendant une bonne partie de son aventure, toute romance entre les deux est parfaitement exclue. Autre ressemblance avec les œuvres du studio Ghibli : T. Kingfisher ne passe pas sous silence les réalités de la guerre où se retrouver mêlée son héroïne : que celle-ci la subisse
ou qu’elle en soit responsable… Qui eût cru que des cookies puissent devenir si destructeurs ? Ou que le levain se révéler anthropophage ?
Court, car il s’agit d’une novella, A Wizard’s Guide to Defensive Baking est une réussite du genre. Et avec son vocabulaire riche, mais son écriture assez simple, il peut servir de support d’apprentissage aux adolescents découvrant l’anglais.

A Wizard’s Guide to Defensive Baking
de 
T. Kingfisher
Éditions A
rgyll

A Master of Djinn

J’avais promis de reparler rapidement de P. Djèlí Clark après Les tambours du Dieu noir. C’est le cas à l’occasion de la sortie de son premier roman, A Master of Djinn. Situé dans sa version steampunk du Caire déjà vue dans The Haunting of Tram Car 015, ou encore The Angel of Khan el-Khalili, ce roman commence quelques mois après L’Étrange Affaire du djinn du Caire et met en scène l’agent Fatma el-Sha’arawi et la mystérieuse Siti, même si Hamed et Onsi, les enquêteurs du trolley hanté sont également de la partie. Dans A Master of Djinn, Fatma el-Sha’arawi se voit contrainte d’accepter une nouvelle partenaire alors même qu’elle doit enquêter sur la mort mystérieuse des membres d’une loge adoratrice d’al-Jahiz, l’homme qui changea la face du monde une quarantaine d’années plus tôt en ouvrant une brèche entre le monde des hommes et celui des entités magiques.
Au cours de son enquête, elle va se retrouver mêlée à la politique internationale (et j’avoue que retrouver
Raymond Poincaré en personnage secondaire d’un roman steampunk américain m’a agréablement surprise) et à la politique intérieure de son pays. Si P. Djèlí Clark signe avant tout un roman d’action drôle et touchant, à la différence de ses nouvelles dans cet univers, il y aborde des thèmes qui lui tiennent à cœur comme le racisme ou l’inégalité dans la répartition des richesses. L’esclavagisme et le sexisme flagrant en Égypte comme en Europe seront même au cœur du mystère que doit résoudre Fatma.
Tout n’est pas parfait dans A Master of Djinn, notamment le fait que sans avoir lu certaines nouvelles précédentes, le lecteur risque d’être parfois perdu, mais c’est véritablement un excellent premier roman, avec une attention accordée aussi bien aux héroïnes principales qu’aux personnages secondaires. Avec une mention spéciale pour
Ahmad et son sacrifice pour venger son aimée, malgré sa conception des relations humaines assez maladroite. Une fois fini, il donne juste envie de revenir une fois de plus dans ce Caire de légende.

A Master of Djinn
de P. Djèlí Clark
Éditions
Tor

Les tambours du Dieu noir

P. Djèlí Clark est la nouvelle étoile montante de la mouvance steampunk aux USA. Après avoir été nommé aux Hugo 2020 pour sa nouvelle, The Haunting of Tram Car 015, il revient avec une actualité chargée en ce printemps 2021. Son éditeur français, L’Atalante a rassemblé dans un court recueil, Les tambours du Dieu noir, deux textes très différents de l’auteur.
Le premier, qui donne aussi son titre à l’ouvrage, se déroule à La Nouvelle-Orléans en 1880. Dans cet univers où les dieux africains sont bien réels et actifs, Haïti a été libéré de l’emprise napoléonienne par une mystérieuse invention
qui a complètement détraqué le temps dans toutes les Caraïbes. La Nouvelle-Orléans est une ville libre au milieu d’une Amérique du Nord complètement fractionnée où la Guerre de Sécession fait rage. Quand LaVrille, gamine des rues de La Nouvelle-Orléans, entend que les Confédérés veulent s’emparer de cette arme, les Tambours du Dieu Noir, elle va s’allier à une pirate des airs pour l’en empêcher. Très distrayant, et faisant la part belle au vaudou et aux croyances yoruba importées d’Afrique par les esclaves, ce texte offre le temps d’une aventure picaresque, un aperçu d’une Amérique où magie et technologie avancée se mêlent. Attention, la traductrice a restitué le parler des différents créoles (celui de La Nouvelle-Orléans et celui des Iles Libres) et il vous faudra prononcer dans un premier temps les mots pour les comprendre (« mwen » pour « moi » par exemple). Mais ce choix facilite également l’immersion et l’évasion du lecteur.
J’avais déjà lu en VO, L’Étrange Affaire du djinn du Caire, mais la voici traduite pour compléter ce livre. Elle se situe dans le même univers que The Haunting of Tram Car 015 (lui aussi disponible en français chez le même éditeur), mais présente l’enquêtrice vedette du ministère de l’Alchimie, des Enchantements et des Entités surnaturelles, Fatma el-Sha’arawi, enquêtant sur la mort d’un djinn. Au fil de son enquête, elle découvrira une machination aux relents lovecraftiens et se livrera à une course contre le montre pour sauver la ville et peut-être le monde. On y retrouve le Caire du début du XXe siècle cher à l’auteur avec sa multitude de peuples et de talents magiques, et on y suit une enquête somme toute classique, qui a le mérite de poser les bases d’un univers fascinant.
P. Djèlí Clark revient régulièrement dans cet univers, comme avec The Angel of Khan el-Khalili, republié récemment sur Tor.com, avec la rencontre dans le souk du Caire entre un ange et une jeune ouvrière en quête de rédemption. Si l’aventure n’est pas au cœur de cette nouvelle racontée à la deuxième personne, son côté social et la façon dont elle dépeint les rapports entre créatures surnaturelles et cairotes des couches populaires dans son univers sont fascinants. L’auteur sort d’ailleurs ce mois-ci son premier roman,
Master of Djinn, dont vous entendrez surement parler sur ce blog.

Les tambours du Dieu noir
de
P. Djèlí Clark
Traduction de
Mathilde Montier
Éditions
L’Atalante

Aquaal, le secret de l’île Originelle

Décidément, Livr’S a une sélection assez variée : après l’horreur version Graham Masterton, le fantastique jeunesse ou le cyberpunk, voici qu’avec Aquaal, le secret de l’île originelle, l’éditeur nous propose un roman jeunesse mélangeant piraterie et magie.
Dans Aquaal, nous suivons Eléanore dite La Mouette à deux époques distinctes. L’une, son présent, la voit naufragée sur une île mystérieuse peuplée de monstres aux yeux rouges ; et l’autre, son passé, nous raconte comme la jeune fille de bonne famille est devenue une pirate redoutée. Dans son univers, les habitants de l’Archipel sont connus pour leur maîtrise de l’océan qui est due à leur « aquaal », des variantes de la magie en rapport avec la mer. Or, Eléanore est née sans cette magie et ne peut donc selon les coutumes de son pays prendre la mer.
Décidée, elle embarque clandestinement sur le navire de son père et découvre que celui-ci n’est pas le riche négociant qu’elle croit. Avant de remonter aux sources d’une magie qui la fuit.
Destiné à un public d’enfants et d’adolescents,
Aquaal, le secret de l’île originelle n’est pas exempt de défauts, avec notamment une fin un peu trop précipitée à mon goût et une explication rapide sur cette fameuse île originelle. Il évite en revanche d’autres écueils du genre. L’héroïne se définit par elle-même, sans avoir besoin d’une romance pour la faire progresser. Elle n’est pas non plus parfaite et, que ce soit dans le passé ou le présent, multiplie les erreurs durant sa progression. La magie elle-même reste plutôt discrète et ne sert pas de prétexte à un concours de puissance entre les différents personnages. C’est un outil parmi d’autres, et Eléanore prouve que l’on peut très bien s’en passer. Dès les premiers chapitres, l’autrice nous attache à son héroïne et nous incite à vouloir en savoir plus. Du coup, les pages s’enchaînent à toute vitesse pour un moment de détente picaresque plus qu’agréable. Une belle surprise.

Aquaal, le secret de l’île Originelle
d’
Aurélie Genêt
Éditions L
ivr’S

Dragons et Mécanismes

Du steampunk, un climat tropical, des dragons… Le tout garanti sans G.R.R.Martin. Plutôt alléchant comme programme, non ? Ayant dévoré Engrenages et Sortilèges l’an dernier, j’ai replongé dans l’univers conçu par Adrien Tomas avec Dragons et Mécanismes. Ne vous inquiétez pas, les deux romans sont indépendants l’un de l’autre et peuvent être lus dans n’importe quel sens. À part une courte apparition de Cyrus et Grise du premier livre dans l’épilogue du second en guise de clin d’œil, les histoires et les systèmes de magie présentés n’ont que peu de liens.
En revanche, elles ont une structure similaire : deux adolescents vont se retrouver avec tout un continent à leurs trousses. Ici, il s’agit de Dragomira dite Mira, mécanomage de seize ans et archiduchesse des Cités Franches en fuite suite à un coup d’État et de Dague, voleur et espion du même âge vivant en Xamorée et ayant la particularité d’avoir le fantôme de la femme qui l’a élevé en guise de conscience mal embouchée. Dans l’univers d’Adrien Tomas, la Xamorée est le continent (fortement inspiré d’une Afrique idéalisée comme le Wakanda de l’univers Marvel) où se trouve l’arcanium, le minerai servant à alimenter et la magie et l’industrie de ce monde. Or son efficacité est fluctuante et semble liée à l’activité sismique du lieu. En fuyant ses poursuivants, accompagnée de Dague, Mira va s’enfoncer au cœur de la jungle et trouver la source du problème…
Certaines des faiblesses relevées dans le premier volume restent présentes, notamment un enchaînement de péripéties assez prévisible et une fin au bout de 600 pages plutôt abrupte. Comment ça, la grande terreur ouvre un œil avant de se rendormir ? Feignasse primordiale, oui ! En revanche, même si l’on reste dans le cadre d’un roman destiné avant tout à un public de collégiens et de lycéens, il ne manque pas de profondeur. En particulier, il présente différents systèmes politiques (géniocratie des Cités Franches, isocratie, oligarchie, etc.) et s’interroge sur les avantages et surtout les inconvénients de chacun, mais également sur les erreurs commises par leurs dirigeants et comment les éviter. Un point toutefois vient atténuer cette réflexion : les antagonistes principaux sont aussi manichéens que des « méchants » de Disney. Pour autant, j’ai encore une fois passé un excellent moment de lecture ponctué d’éclats de rire face à certains commentaires de Kimba ou de Cuthbert.


Dragons et Mécanismes
d’
Adrien Tomas
Éditions
Rageot

Clément Coudpel contre les spectres de la Samain

Connaissant principalement Livr’S à travers les deux plus récents livres de Graham Masterton et un polar futuriste, je me suis laissé tenter par la couverture de celui-ci. Signé Manon d’Ombremont, Clément Coudpel contre les spectres de la Samain a tout d’un roman fantastique jeunesse. Et quoi qu’en dise l’autrice, c’en est un, même si son protagoniste principal, grand amateur de manga et d’anime, dirait qu’il commence comme un shonen pour finir en seinen. Ou plus exactement qu’il ne se termine ni sur un happy end parfait, ni sur une tragédie, mais sur une fin douce-amère comme l’est souvent la vie.
De quoi parle Clément Coudpel contre les spectres de la Samain ? Du jeune Clément C., issu d’une famille de macrales (c’est à dire sorciers en wallon) qui, traumatisé par la mort de sa mère lors d’un rituel, rejette son héritage magique et veut vivre comme n’importe quel autre adolescent de 13 ans : à s’ennuyer en cours, jouer sur son ordinateur et lire des mangas. Sauf que les autres macrales de la région insistent pour qu’il prenne sa place au Cénacle, que sa sœur perd la mémoire, que sa tutrice bien que réduite à l’état de spectre lui mène la vie dure et que l’oncle de la famille est un immortel plus tellement très frais. À l’approche de la Samain, sa rébellion adolescente va libérer d’anciennes rancœurs et avoir des conséquences désastreuses. Y survivra-t-il ?
Après deux livres aussi denses que passionnants, lire
Clément Coudpel contre les spectres de la Samain fut une respiration bienvenue. Très agréable, il se dévore très vite grâce à des chapitres particulièrement courts. Son mélange constant entre différents univers magiques et culture geek est très plaisant. Et l’autrice évite les clichés avec des personnages qui ressemblent à des oignons : chaque couche en cache une autre…

Clément Coudpel contre les spectres de la Samain 
De
Manon d’Ombremont
Éditions L
ivr’S

Abimagique

Lucius Shepard est un auteur déroutant. Les livres qu’il écrit se suivent et ne se ressemblent absolument pas, même si ce sont deux novellas parues dans une même collection. Après m’être régalée du classique Les Attracteurs de Rose Street, j’étais particulièrement impatiente de lire Abimagique du même auteur. Et pourtant…
Même si j’ai lu d’une traite Abimagique et que la puissance de la plume de Lucius Shepard m’a une nouvelle fois emportée, arrivée à la dernière ligne, je n’étais pas plus avancée qu’au début. Qu’ai-je lu ? Une histoire d’amour qui finit tragiquement ? Les élucubrations hallucinées d’un étudiant tombé dans la drogue dure et psychédélique ? Ou le récit d’une sorcière cherchant à éviter l’Apocalypse à coup de sexe tantrique? Lucius Shepard laisse la fin ouverte et propose à son lecteur de faire son choix. D’une page à l’autre, les délires du narrateur évoquent tour à tour John Updike, Clive Barker ou même les horreurs d’Innsmouth chères à H.P.Lovecraft. Le choix d’avoir raconté cette histoire à la deuxième personne renforce cette impression qu’il s’agit d’une hypnose guidée, dont le narrateur ou le lecteur serait la victime.
Finalement, faut-il se laisser tenter par Abimagique ? Si vous n’avez pas peur d’être bousculé dans vos convictions et ne craignez pas d’aventurer vos lectures en terre inconnue, pourquoi pas ? Si vous êtes novices dans l’œuvre de Lucius Shepard ou si vous préférez les récits moins décousus, mieux vaut rester sur Les Attracteurs de Rose
Street.

Abimagique
de Lucius Shepard
traduction de Jean-Daniel Brèque

Éditions
Le Bélial’

Engrenages et Sortilèges

Des automates ? De la magie ? Deux adolescents et leurs familiers contre le reste du monde ? Décidément, en ce moment, la littérature jeunesse française aime le steampunk. Après l’excellent Rouille, je me suis laissée tenter par la couverture d’Engrenages et Sortilèges d’Adrien Tomas en trainant sur Netgalley.
Bien m’en a pris. J’ai suivi en quelques trop courtes heures les aventures de Grise, la mécanicienne et de Cyrus, l’apprenti magicien. Tous deux issus de la bonne société de leur empire d’origine, ils étudient dans une école tenant à la fois de Poudlard et du CNAM. Quatre personnages mystérieux cherchent alors à les enlever. Fuyant, ils découvriront les bas-fonds de la société avant d’être embringués dans un complot pour faire tomber l’Empire. Et revoir au passage leurs certitudes et leurs idées reçues sur le fonctionnement de leur société.
Concédons-le, ce roman a quelques faiblesses : la trame de l’histoire est on ne peut plus classique et certains retournements sont prévisibles longtemps à l’avance. Et si les différents choix politiques sont stylisés à l’extrême, la résolution finale du problème a le mérite de n’être pas aussi tranchée que d’habitude dans ce genre de littérature. En revanche, Engrenages et sortilèges a également de nombreux mérites. Le choix du monde, et du fonctionnement aussi bien de la technologie que de la magie en son sein ne manque pas d’originalité, les personnages bien campés. Et l’action, qui ne faiblit jamais, ne manque pas d’humour. Au final, ce livre arrive à surprendre son lectorat, même en étant habitué du genre.

Engrenages et sortilèges
d’Adrien Tomas
Éditions Rageot