Shades of Magic

Quand plusieurs personnes de votre entourage vous parlent d’un livre ou d’une série de livres en bien, qu’ils vous disent, connaissant vos goûts littéraires, qu’elle va vous plaire, vous feriez quoi ? Généralement, moi je les écoute. Parfois, j’ai effectivement de très belles surprises comme Children of the Time d’Adrian Tchaikovsky. Et parfois de très grandes déceptions comme The Dark Tower de Stephen King. Ici, la trilogie Shades of Magic de V.E.Schwab est entre les deux. Alors que le troisième tome est sorti depuis peu en français aux éditions Lumen, un ami m’a prêté les trois livres en version originale : A Darker Shade of Magic, A Gathering of Shadows et A Conjuring of Light.
Disons-le tout de suite, si j’avais dû dépenser de l’argent pour lire ces livres, je ne l’aurais pas fait ou tout du moins je n’aurais pas dépassé le premier tome. Là, puisqu’ils étaient prêtés, j’ai lu les trois. Et bien m’en a pris.
Si les deux personnages principaux, Kell et Lila, restent des têtes à claques d’un bout à l’autre de la trilogie, ils deviennent
nettement plus supportables dans les deux derniers tomes. Et surtout V.E.Schwab étoffe ses personnages secondaires et en ajoute des nouveaux dans A Gathering of Shadows et A Conjuring of Light, nettement plus intéressants. Le postulat de base de A Darker Shade of Magic est intéressant en soi : une ville – Londres et quatre mondes différents (certains sans magie, d’autres avec) normalement étanches entre eux sauf à quelques rares initiés qui ne se connaissent pas, mais où les actions dans l’un vont avoir des conséquences funestes pour tous les autres. Sauf que… Comme dans toute bonne trilogie, A Darker Shade of Magic commence par un volume qui fonctionne surtout comme une longue introduction de trois des différents Londres et de leurs particularités. L’intrique à proprement parler ne commence doucement qu’au deuxième tiers du roman et tout se précipite et s’enchaine dans le dernier tiers avant une fin particulièrement abrupte. Bien dans la manière de Lila Bard, mais en tant que lectrice, j’ai très moyennement apprécié.
A Gathering of Shadows, le deuxième volume, nous plonge lui directement dans l’action. Et s’il se passe quatre mois après la fin de A Darker Shade of Magic, son action est resserrée en l’espace de quelques jours et presque entièrement dans l’un des Londres. De plus, certains personnages comme mon favori, Alucard Emery, apparaissent enfin. Et la magie qui donne son titre à la trilogie est nettement plus explorée, montrée et expliquée. Si je me suis traînée pour lire A Darker Shade of Magic, j’ai littéralement dévoré A Gathering of Shadows en riant parfois aux éclats. Et toujours en me demandant comment une fille aussi imbuvable et imbue d’elle-même que Lila Bard a pu survivre aussi longtemps. Si vous n’aimez pas les Mary-Sue, passez votre chemin, elle en est un parfait exemple avec toujours le don approprié au bon moment pour faire avancer l’intrigue.
Mais des trois, je crois qu’
A Conjuring of Light est mon favori. L’heure est grave, le Londres principal risque d’être englouti dans l’ombre, les personnages ont muri et doivent — enfin ! – faire face à leurs responsabilités ou gagner leurs indépendances quitte à en payer le prix. L’action est moins resserrée, mais mieux construite et j’ai apprécié de découvrir le monde « rouge » au-delà de la ville de Londres. En revanche, je cherche encore l’intérêt des passages dans le monde « gris » (le notre au début du 19e siècle) qui n’apportent quasiment rien à l’intrigue. Et la conclusion est une vraie conclusion. Suffisamment ouverte sur le devenir de certains personnages pour laisser place à l’imagination, mais pas trop pour se sentir frustrée par la fin du livre.
Si votre genre de prédilection est la fantasy classique légère et que vous cherchez quelque chose sans elfe, troll ou gobelin, n’hésitez pas :
Shades of Magic est calibré à la perfection pour vous plaire. Sinon, ce n’est peut-être pas la trilogie à mettre en priorité de pile de livres à lire.

Shades of Magic
(A Darker Shade of Magic, A Gathering of Shadows et A Conjuring of Light)
de V.E.Schwab
Éditions Titan Books
(disponibles en français chez Lumen)

Mulengro

Si dans la vie courante, les Gitans ont mauvaise presse ; dans la littérature, le nomadisme et toutes les traditions et mythologies qui leur sont associés sont une source d’inspiration pour les écrivains gadje avec plus ou moins de bonheur. Pour qui aime frissonner, le conte horrifique de Charles de Lint, Mulengro, en est l’exemple parfait.
Avec des fantômes, des meurtres horribles et inexpliqués, une vengeance, des sorciers et un chat qui parle, Mulengro mélange tout ce qui fascine chez les Gitans : mode de vie différent des sédentaires, traditions, magie réelle ou supposée… Tous les ingrédients sont réunis pour en faire un parfait récit à lire au coin du feu ou à se réciter à la veillée. Pour nous Européens, Mulengro a une touche d’exotisme supplémentaire. L’histoire ne se passe ni en Europe, ni aux États-Unis (terre habituelle des récits horrifiques des Pockets Terreur), mais à Ottawa et dans la campagne de l’Ontario, une zone du Canada assez peu mise en avant dans les fictions.
L’histoire commence par deux faits divers : un incendie criminel auquel la victime réagit en prenant la fuite, et la découverte d’un cadavre atrocement mutilé en ville, avec un témoin peu fiable parlant d’un homme en noir et de créatures sorties du brouillard. Peu à peu, en adoptant le point de vue d’une multitude de personnages, tant Gitans que Gadjé, Charles de Lint nous raconte une course contre la montre pour arrêter ces meurtres, et un affrontement entre deux conceptions de ce qu’est « être Gitan ». Même si, pour la beauté du récit, il oublie la partie de la population s’étant sédentarisée. De l’enquête criminelle, on passe ainsi à la réflexion sur la vie bucolique et le temps qui passe, avant de basculer dans l’aventure magique et l’horreur pure. La multitude de personnages et des sous-intrigues ne gênent en rien le récit. Au contraire, elles l’enrichissent et finissent par se ficeler quasi parfaitement à la fin. Malgré l’arrivée d’une sorcière, sorte de Deus ex machina, à la toute fin pour guider les héros.
Comme le dit lui-même Charles de Lint, Mulengro est un récit écrit par un non-Gitan sur l’une des variations de la communauté gitane. Il prévient qu’il a essayé le plus possible d’être fidèle à ce qu’il en a appris, à la différence de Paddy Briggs, son policier bourré de préjugés, mais il ne prétend pas ne pas avoir fait d’erreurs. Prenez-le comme tel, et savourez cette histoire horrifique à la fin pas si prévisible que ça au cours des longues siestes estivales.

Mulengro
de Charles de Lint
Traduction d’Arnaud Mousnier-Lompré
Éditions Presse Pocket

Avis d’invité : L’épouvanteur

Ce blog s’ouvre parfois à d’autres lecteurs. Aujourd’hui, c’est le tour de @fleurdebitume qui partage ses impressions sur une saga de fantasy jeunesse qui les a ensorcelé, lui et son neveu. Il s’agit de L’épouvanteur de Joseph Delaney.

Thomas Jason Ward est un adolescent qui à treize ans n’a jamais quitté sa ferme familiale. Il a une particularité, il est le septième de sa fratrie. Sa mère le confie alors à un épouvanteur pour qu’il le forme puisque seul un septième fils peut devenir épouvanteur. Un épouvanteur a pour fonction de protéger le monde contre les forces de l’Obscur, composé de sorcières, de gobelins et de monstres de tous genres qui épouvantent la population du Comté.
C’est le début d’une aventure initiatique pour le jeune Tom qui ne soupçonne pas encore ce qu’il va apprendre et voir. Amitiés et conflits vont accompagner le parcours de Thomas dont le destin semble écrit d’avance.
L’histoire se passe dans le Comté, une région d’Angleterre située sur l’emplacement du Lancashire actuel, mais on voyage également en Grèce, en Irlande, au Pays de Galles et même dans les Enfers, nid des forces de l’Obscur. Si, dans la plupart des treize volumes, Tom est le narrateur, parfois le récit est fait par d’autres personnages quand le héros n’est pas présent.
J’ai été aspiré par cette ambiance qui se lit assez facilement dans l’ensemble, qui fait peur, mais pas trop (enfin, certaines descriptions peuvent heurter les esprits sensibles) d’où l’inscription au dos de tous les volumes « histoire à ne pas lire la nuit ». Cette lecture convient pour les jeunes lecteurs à partir du collège comme pour les moins jeunes…

L’épouvanteur de Joseph Delaney
Traduction de Marie-Hélène Delval
Éditions Bayard Jeunesse