L’Ensorceleur des choses menues

Récemment un article fit couler beaucoup d’encre en se demandant pourquoi la fantasy française se vend mal par rapport à l’anglo-saxonne. Que l’on soit d’accord ou non avec les conclusions du journaliste, le manque de qualité ou d’originalité n’est certainement pas en cause. L’Ensorceleur des choses menues de Régis Goddyn en est la preuve parfaite. Repéré sur un stand de Livre Paris, il ne m’a pas déçue, moi qui déteste la fantasy qui rejoue un énième copié/collé de Tolkien ou réinvente encore un voyage avec un jeune paysan destiné à sauver le monde.
Avec seulement quelques dragons de labour, L’Ensorceleur des choses menues sait éviter avec adresse tous les clichés du genre. Certes, il raconte un voyage initiatique, mais celui qui l’entreprend n’est pas un jeune adolescent. C’est un vieil homme déclassé qui a passé sa vie d’adulte à utiliser la magie pour rendre de menus services (résoudre des problèmes de plomberie, consolider une porte ou porter ses commissions sans se fatiguer). À la retraite, il prend sous son aile Prune, une jeune fille rebelle qui l’entraîne bien malgré lui aux confins de ce monde et du suivant. Le vieil enchanteur finira par renverser l’ordre établi, basé sur un commerce millénaire particulièrement immonde.
So
us un titre léger et plaisant, Régis Goddyn signe avec L’Ensorceleur des choses menues un roman profond où se mêlent plusieurs thématiques : le bilan d’une vie, la place de chacun dans la société, et notamment celle des femmes dans un univers de fantasy classique (même si, à la lecture de quelques détails, on reste bien conscient que c’est un homme qui écrit), la transmission d’une génération à l’autre. Le ton lui-même est crépusculaire, mais le roman n’est pas triste pour autant. Il se termine en demi-teinte sur une note finalement assez heureuse. Et j’avoue que pour une fois, me pencher sur les problèmes de la classe moyenne et de ceux qui font le plus souvent office de figurants dans les romans de fantasy habituels, m’a énormément plu.

L’Ensorceleur des choses menues
de Régis Goddyn
Editions L’Atalante

Lady Helen : le Club des Mauvais jours

Couverture livre Lady Helen : le Club des Mauvais JoursVendu par l’éditeur français comme un livre entre « romance à la Jane Austen et fantasy noire », Lady Helen : le Club des Mauvais jours d’Alison Goodman a de quoi intriguer. Roman jeunesse, il se passe principalement dans la bonne société londonienne en 1812, au lendemain des affrontements entre la Grande-Bretagne et l’Empire de Napoléon Bonaparte. Lady Helen Wrexhall, jeune orpheline de 18 ans, vit chez son oncle et sa tante en attendant d’être mariée. Sauf que la fougue et le caractère curieux qui ont entraîné la perte de sa mère commencent également à se manifester chez elle, au grand déplaisir de son oncle puritain et passablement misogyne (même pour l’époque). Par la même occasion, elle va découvrir une lutte clandestine entre démons et espions aux superpouvoirs dont sa mère faisait partie. Que va-t-elle choisir ? Le destin d’une jeune femme de la bonne société tenant la maisonnée de son époux sans faire de vague ou la carrière maternelle et s’engager dans cette guerre souterraine au risque d’y perdre son âme ? Lady Helen mettra bien 400 pages à se décider, même si, en sachant que ce livre st le premier d’une trilogie, le résultat final n’est pas une surprise.
L
ady Helen : le Club des Mauvais Jours se lit néanmoins extrêmement vite et de façon très agréable, que vous aimiez les études de mœurs à la Jane Austen (ce qui n’est pas mon cas) ou les romans d’aventures rehaussés de fantastique (ce qui est déjà plus dans mes goûts). Il faut quand même attendre une petite centaine de pages pour apercevoir un élément surnaturel. En revanche, vous y croiserez également des personnes historiques comme Lord Byron ou Beau Brummel en personnages secondaires et néanmoins utiles à l’intrigue. Et la partie surnaturelle, les fameux démons, est assez originale pour retenir votre attention. J’ai apprécié le mélange d’optique et d’alchimie nécessaire pour les combattre. Le tout est écrit dans un rythme soutenu, avec juste ce qu’il faut de retournement de situations pour conserver l’attention du lecteur. En revanche, dans mon cas particulier, l’histoire se suffit à elle-même. Le résumé du tome suivant, Lady Helen : le Pacte des Mauvais Jours, indique encore une valse-hésitation de la jeune fille entre ses talents et son beau (mais bien fade) duc. N’étant pas fan de romance pure, je pense que je ferai l’impasse sur la suite.

Lady Helen : le Club des Mauvais Jours
d’Alison Goodman
Traduction de Philippe Giraudon
Éditions Gallimard Jeunesse

Magus of the Library

Voici un manga dont le battage médiatique m’a intrigué, en particulier le magnifique stand mis en place par l’éditeur durant le dernier Livre Paris. Le sujet de Magus of the Library avait tout pour me plaire : les livres et leurs pouvoirs d’évasion. Pourtant, j’avoue avoir été déçue par ce premier tome du nouveau manga de Mitsu Izumi. Non que le manga en lui-même soit mauvais ou mal dessiné, ce n’est pas le cas. C’est juste qu’il m’a laissé sur la fin.
Le tome 1 de Magus of the Library fonctionne en effet comme une préquelle avant le début des aventures réelles du héros dans le tome 2, non encore paru.
Tout commence à Amun, un village évoquant la Perse des Mille et une nuits ou la Samarcande telle qu’on l’image au temps de l’ancienne route de la Soie. Là, un tout jeune garçon pauvre, Shio Fumis, se fait moquer parce qu’il est différent des autres et qu’il aime lire. Et le directeur de la bibliothèque du village le renvoie systématiquement des lieux, car il est trop pauvre pour prendre soin des livres. C’est à ce moment que quatre envoyées de la Bibliothèque centrale, ou kahunas, arrivent sur place à la recherche d’un grimoire mystérieux et dangereux. Shio va les y aider, et lui gagnera le droit d’accéder aux livres qu’il souhaite avant de partir suivre leur exemple une fois devenu plus grand à la toute fin du volume.
Visuellement, ce manga est superbe. Le dessin est très travaillé, avec des tonalités arabisantes et une imagerie de monstres et merveilles qui prennent leurs sources aussi bien dans les Mille et une nuits que dans la féérie occidentale traditionnelle avec un chien licorne ou une petite fée ailée ressemblant très fortement à la fée Clochette de Peter Pan (la version Disney, en moins court vêtue mais toujours avec le même sale caractère). Il y a également un vrai travail sur les à côté, notamment les couvertures d’intérieur.
En revanche, je suis plus que sensible au message véhiculé par Magus of the Library : “protéger les livres, c’est protéger le monde”. Et la nécessité de conserver les écrits d’où qu’ils viennent pour conserver une trace du passé et du savoir globale me semble une évidence. Pourtant, le ton très prêcheur en la matière de Magus of the library et son insistance lourde sur le sujet m’a vite lassé. Peut être parce que je ne suis pas coeur de cible et parce que ce manga s’adresse à un public plus jeune ? En tout cas, personnellement j’aurais aimé en apprendre un peu plus sur la magie des kahunas et sur la façon dont elles s’en servent. Du coup, je vais peut être me laisser tenter par le volume 2 ne serait-ce que pour la qualité des dessins. Mais si le ton professoral continue et si l’histoire ne décolle pas, ce sera sans moi pour le tome 3.

Magus of the Library
de Mitsu Izumi
traduction de Géraldine Oudin
Editions Ki-Oon

L’Alchimie de la pierre

Un roman steampunk de plus ? Eh oui, mais un roman différent. L’Alchimie de la pierre met bien en avant des automates, de la vapeur et un certain nombre de créatures magiques à commencer par les gargouilles, mais le livre d’Ekaterina Sedia se place d’un point de vue très différent des autres.
Premier détail différent, L’Alchimie de la pierre n’est pas une dystopie présentant un Londres, une Amérique, un Paris ou un Moscou différent où la vapeur et la magie règneraient en maître. Il se situe dans une ville sans nom dont on sait juste que les humains qui la peuplent n’en sont pas les créateurs. Des créatures fantastiques, comme des lézards de trait ou des salamandres vivantes dans les flammes, la traversent même si elles ne sont guère plus qu’une touche dans le décor où s’agitent les personnages.
Mais surtout, la narratrice, l’automate émancipée Mattie n’est qu’une spectatrice — certes privilégiée de par sa position au sein de la société de la ville — des événements en cours. Contactée en tant qu’alchimiste pour résoudre les problèmes qui transforment les gargouilles vivantes créatrices de la ville en statues de pierre, elle va se retrouver prise dans les remous d’une révolution et d’un affrontement entre les deux classes dirigeantes économiques : les Mécaniciens dont elle dépend en tant qu’automate, et les Alchimistes qui sont ses collègues.
Femme et machine, elle cherche à se faire sa place dans un monde de sang et de pierre, à sa façon, selon ses propres convictions. Est-elle réellement libre de ses actes et de ses pensées ? Ou le carcan des traditions et les manipulations de son créateur sont-ils des entraves plus ou moins visibles à son action ?
Sur un fond de fantasy, avec L’Alchimie de la pierre, Ekaterina Sedia raconte en fait le récit d’une révolution comme il y en a eu tant depuis le 18e siècle, sans prendre parti pour un côté ou l’autre des belligérants, mais en montrant au final que les victimes et les bourreaux ne sont pas toujours ceux que l’ont imaginent. Et en s’interrogeant sur la place de chacun au sein de cette société en proie au racisme et à la misogynie la plus abjecte sous des dehors d’une politesse inégalée. Son écriture fluide est plutôt précieuse, même quand elle explique les pires atrocités de la ville comme la création des « araignées » des mines ou des homoncules. En choisissant de nous faire suivre Mattie, une automate qui se pense femme, mais qui n’est que ferraille, et qui pense agir sur des événements dont elle n’est que spectatrice privilégiée, Ekaterina Sedia apporte la touche de cruauté raffinée qui permet d’apprécier ce roman. Qui pour le coup plaira aux amateurs de littérature de l’imaginaire, comme à celles et ceux qui y sont réfractaires.

L’Alchimie de la pierre
d’Ekaterina Sedia
Traduction de Pierre-Paul Durastanti
Éditions Le Bélial’

Moi quand je me réincarne en slime

« Tu aimes les jeu de rôle ? Lis-le, ça va te plaire… » Décidément mes proches trouvent tout et n’importe quel prétexte pour augmenter ma pile de livres à lire pourtant déjà bien assez longue… Mais bon, quand c’est la famille, on se laisse plus facilement tenter. Surtout quand une amie m’en parle en plus et m’en dit du bien. Et me voici donc près de six mois plus tard à prendre Moi, quand je me réincarne en slime en cherchant quelque chose de léger à lire.
Bonne pioche ! Le manga de Taiki Kawakami adapté d’un roman de Fuse est plutôt léger, drôle et bien vu. Comme Koro Quest! il détourne les codes du jeu de rôle et de la fantasy classique, mais ici sans en plus reprendre la trame d’une histoire connue (Assassination Classroom) racontée dans un autre univers. Ici, l’histoire commence par la mort Satoru, salaryman sans réelle vie hors du bureau. Poignardé, il se retrouver réincarné dans une boule de gelée sans autre sens au départ que celui du goût et deux compétences : « prédateur » et « grand sage ». Le voici dans un jeu de rôle non pas comme un personnage joueur, mais comme un monstre de premier niveau : une boule de slime baptisée Limule Tempest. Au fil des tomes, il va découvrir le nouvel univers qui l’entoure, bouleverser quelque peu l’équilibre monstres (pnj pour personnages non joueurs)/joueur, se faire des amis et compagnons, trouver une quête à accomplir, etc..
On y retrouve quelques clichés du manga pour jeunes adolescents, mais Moi, quand je me réincarne en slime n’est pas le pire du genre — loin de là — et convient à un public à partir de 10 ans. En revanche, si les lecteurs ne sont pas joueurs, ils perdront une partie du sel de cette histoire. Limule est l’incarnation idéale du lecteur : sans muscle et avec juste deux capacités attribuées un peu au hasard, il n’aurait même pas dû sortir vivant de la grotte où il s’est réincarné. Et pourtant à force d’intelligence, de gentillesse et d’humour, il va finir par s’imposer à la tête de son coin de forêt. Sa méthode pour acquérir de nouvelles capacités — avaler tout rond l’adversaire — n’est certes pas ragoûtante, mais elle est efficace. Au fur et à mesure des tomes, on se demande même s’il y a quelque chose qu’il ne sait pas faire. Mais l’humour, la variété des espèces représentées — et j’avoue un grand coup de cœur pour les loups-tempêtes — et la qualité des dessins font qu’on s’y attache assez vite pour lire les tomes au fur et à mesure de la sortie.
À l’heure où j’écris ces lignes, la série est toujours en cours au Japon, et en France les six premiers tomes sont sortis. Il existe également une version anime si vraiment vous êtes allergique au format manga. Petit plus, chaque tome comprend un court récit -non illustré – de l’auteur du roman original. Attention, si le manga se lit de droite à gauche, ce récit est écrit dans le sens européen de gauche à droite. Avoir les deux sens de lecture dans un même volume est un peu perturbant au début.

Moi, quand je me réincarne en slime
de Taiki Kawakami d’après Fuse
création des personnages Mitz Vah
Traduction de Erica Moriya
Éditions Kurokawa

 

Opération Sabines — Monts et merveilles t.1

Imaginez un monde où l’Empire romain est toujours bien actif au XXe siècle. Imaginez un monde où Arthur, roi d’Angleterre est parti pour Avalon laissant à des vice-rois successifs la tâche de gouverner l’Empire britannique. Imaginez un monde où la frontière entre notre dimension physique et les dimensions des dieux, des enfers et des fées est si faible que les habitants d’une dimension voyagent relativement aisément dans les dimensions voisines. Ce monde existe dans l’imaginaire de Nicolas Texier et sa série Monts et merveilles.
Le 4e de couverture du tome 1 Opération Sabines étant prometteur, je me suis plongée dans les aventures de Julius Khool, soldat de métier reconverti en majordome et de son jeune employeur Carroll Mac Maël, étudiant enchanteur dilettante. Les deux vont devoir traverser l’Europe des années 30 sur la piste d’un savant de génie, dont les découvertes pourraient faire basculer le monde dans un chaos magique ou une entropie matérialiste suivant la faction qui s’en emparera. De la lagune de Venise aux tréfonds des enfers en passant par Londres et la Forêt noire dans une aventure d’espionnage où les différents intervenants tiennent plus d’Au Service de la France et de Johnny English que de James Bond.
Le tout se lit allégrement malgré le style fleuri, ou plutôt franchement surchargé du narrateur, Julius Khool. Et comme l’ex-soldat a une haute opinion de lui-même, il en rajoute encore quelques couches à la gloire de ses exploits passés. L’univers de Nicolas Texier est un vaste fourre-tout qui mélange dieux gréco-romains et hindous, divinités et monstres celtes (de Gaule, du pays de Galles comme d’Irlande), vampires et Jack l’éventreur. Il y a de quoi perdre le lecteur novice, surtout ce que certains choix de vocabulaire, comme siodh pour sidh (terme désignant l’outre-monde et ses habitants dans la mythologie irlandaise) sont déroutant de prime abord. Au final, l’Opération Sabines se révèle néanmoins très agréable même si sa fin abrupte m’a laissée un peu sur ma faim. Je n’ai plus qu’à mettre la main sur le tome 2 de Monts et Merveilles – Opération Jabberwock quand celui-ci sortira. 

Opération Sabines — Monts et merveilles t.1
de Nicolas Texier
Éditions Les Moutons électriques

Le Cycle des Épées

Le Cycle des Épées de Fritz Leiber est l’une des œuvres fondatrices de la fantasy. Écrite entre les années 30 et la fin des années 60, cette série a donné naissance à sept recueils de nouvelles mettant en scène deux personnages si opposés qu’ils sont devenus des archétypes du genre et ont essaimé depuis dans le jeu de rôle et le jeu vidéo : Fafhrd le grand guerrier barbare et Le Souricier gris, petit voleur rusé habile à l’épée et à la magie.
Cette série a inspiré une bande dessinée écrite par Howard Chaykin et dessinée par Mike Mignola, le créateur d’Hellboy. C’est cette dernière, également intitulée Le Cycle des Épées, qui fait l’objet du présent billet.
En effet, si vous n’avez jamais lu l’œuvre de Fritz Leiber, cet album rassemble sept des nouvelles les plus marquantes de la série : Mauvaise rencontre à Lankhmar, La Malédiction circulaire, La Tour qui hurle, Le Prix de l’oubli, Le Bazar du bizarre, Jours maigres à Lankhmar et Quand le roi des mers est au loin. De plus, ces histoires sont présentées dans l’ordre chronologique des aventures des deux héros en commençant par leurs rencontres, et non dans l’ordre de leurs parutions originelles. C’est une excellente introduction aux personnages principaux : Fafhrd, Le Souricier gris et leurs deux mentors ennemis Sheelba au visage aveugle et Ningauble aux sept yeux. Ainsi qu’à l’univers de Nowhen où se situent leurs aventures.
Si comme moi, vous connaissez déjà l’œuvre de Fritz Leiber, cette réinterprétation de son univers par Howard Chaykin et Mike Mignola est un pur régal. Il n’y a guère que La Malédiction circulaire qui semble un peu faible pour une véritable histoire, mais elle sert de présentation générique de Nowhen, hors des murs de Lankhmar. En revanche, le trait si particulier de Mike Mignola fournit le juste équilibre entre le détail marquant dans une case et le non-dit suggestif assez proche du texte original. Du coup, attention après avoir lu l’album vous risquez de vouloir vous replonger dans le texte de Fritz Leiber.

Le Cycle des Épées
d’après Fritz Leiber
scénario de Howard Chaykin
dessins de Mike Mignola
traduction d’Alex Nikolavitch
Éditions Delcourt

Fil rouge 2018 : Hogfather

Et voici la dernière édition de notre fil rouge 2018 avec une thématique d’actualité — Noël et plus exactement le Père Noël. Plutôt que de m’intéresser à notre gentil ogre porteur de cadeaux habituel, je me suis penchée sur la façon dont le Disque-monde célèbre Noël. Et j’ai relu l’un de mes livres favoris, hors ceux mettant en scène la garde d’Ankh-Morpork : Hogfather de Terry Pratchett (pour ceux qui lisent en français, il est paru sous le titre Le Père porcher chez l’Atalante).
Là-bas, Noël ou plutôt Hogswatch se célèbre le 32 décembre et Hogfather dans son traineau tiré par des porcs distribue des cadeaux à tous les enfants sages du Disque-Monde. Sauf que… Les Auditeurs de la réalité ont mis sa tête à prix et c’est Teatime, l’assassin le plus fêlé de la Guilde des Assassins, qui se charge du contrat. Du coup, la Mort doit le remplacer au pied levé et apprendre sur le tas le concept de Noël. Et sa petite-fille, Susan Sto
Helit doit retrouver le Hogfather, aidée par Bilious, le tout nouveau dieu des Gueules de bois, quitte à remettre de l’ordre au passage dans la cosmogonie du Discworld et menacer quelques croquemitaines de son tisonnier.
Tout rentrera finalement dans l’ordre, sans qu’au passage Terry Pratchett ne dise ses quatre vérités sur l’esprit de Noël qui ne souffle qu’une fois par an
et l’aspect très commercial de cette fête. Il n’oublie pas de rappeler les origines païennes et sanglantes d’une fête qui n’est au fond qu’une célébration pour demander au soleil de revenir éclairer le monde au cœur de l’hiver froid et sombre. Si les adultes peuvent y lire ce double sens, et apprécier certaines digressions assez dures sur la différence entre cadeau rêvé et cadeau véritable, ou entre fantasme et réalité, les plus jeunes eux se laisseront porter par l’intrigue et les nombreuses créatures invraisemblables engendrées par la disparition de Hogfather, comme un éléphant miniature aspirateur de chaussettes solitaires ou un oiseau gobeur de bout de crayon. Si Susan Sto Helit en Mary Poppins revisitée par Tim Burton est l’une des créations les plus réussies de Terry Pratchett, j’avoue néanmoins que mes passages favoris étaient ceux où la Mort essaie de remplir son rôle de pourvoyeur de cadeau tout en tentant de comprendre l’esprit de Noël.

Hogfather
de Terry Pratchett
Editions Corgi

Le château

L’Alchimiste est une nouvelle maison d’édition qui veut relier l’imaginaire à l’humain. Et donc qui publiera de la science-fiction, de la fantasy et du fantastique. Autant de genres qui m’intéressent, et quand l’attachée de presse m’a confié quelques titres à lire, j’avoue ne pas avoir refusé. Et pour le premier critiqué, j’ai choisi celui dont le titre m’inspirait le plus sur le moment, sans même en lire le résumé : un véritable OVNI. Découvrons ensemble Le Château de Laurent Hellot, dont je ne sais trop s’il est une bonne piste pour comprendre la ligne éditoriale de cette nouvelle maison, pour nous faire une opinion.
Déjà, il faut définir ce qu’est Le Château. Est-ce une fiction ? Est-ce un long poème ? Pour moi, le livre de Laurent Helliot est à mi-chemin entre les deux genres. Ce n’est pas un roman, mais plutôt une longue nouvelle divisée en plusieurs chapitres. L’histoire en elle-même n’est pas captivante : un homme seul garde l’entrée d’un mystérieux château à l’intérieur duquel il n’a jamais mis les pieds. Au fil du récit, il fera des rencontres étranges : une belle dame, une météorite, un vaisseau pirate fantôme… Et chaque rencontre le changera peu à peu, jusqu’au retournement final.
En revanche, plus que la trame en elle-même, le rythme du récit m’a séduite. Sa musicalité proche de la berceuse est intéressante. Certains personnages évoquent les légendes celtiques, d’autres sont plus proches de la science-fiction traditionnelle ou même de l’imaginaire hollywoodien. Il y a en donc pour tous les goûts et l’auteur passe d’un style à l’autre de façon fluide.  Que vous le picoriez chapitre par chapitre, ou que vous le lisiez d’une traite, ce beau texte vous laissera rêveur…

Le Château
de Laurent Hellot
Éditions L’Alchimiste

Shades of Magic

Quand plusieurs personnes de votre entourage vous parlent d’un livre ou d’une série de livres en bien, qu’ils vous disent, connaissant vos goûts littéraires, qu’elle va vous plaire, vous feriez quoi ? Généralement, moi je les écoute. Parfois, j’ai effectivement de très belles surprises comme Children of the Time d’Adrian Tchaikovsky. Et parfois de très grandes déceptions comme The Dark Tower de Stephen King. Ici, la trilogie Shades of Magic de V.E.Schwab est entre les deux. Alors que le troisième tome est sorti depuis peu en français aux éditions Lumen, un ami m’a prêté les trois livres en version originale : A Darker Shade of Magic, A Gathering of Shadows et A Conjuring of Light.
Disons-le tout de suite, si j’avais dû dépenser de l’argent pour lire ces livres, je ne l’aurais pas fait ou tout du moins je n’aurais pas dépassé le premier tome. Là, puisqu’ils étaient prêtés, j’ai lu les trois. Et bien m’en a pris.
Si les deux personnages principaux, Kell et Lila, restent des têtes à claques d’un bout à l’autre de la trilogie, ils deviennent
nettement plus supportables dans les deux derniers tomes. Et surtout V.E.Schwab étoffe ses personnages secondaires et en ajoute des nouveaux dans A Gathering of Shadows et A Conjuring of Light, nettement plus intéressants. Le postulat de base de A Darker Shade of Magic est intéressant en soi : une ville – Londres et quatre mondes différents (certains sans magie, d’autres avec) normalement étanches entre eux sauf à quelques rares initiés qui ne se connaissent pas, mais où les actions dans l’un vont avoir des conséquences funestes pour tous les autres. Sauf que… Comme dans toute bonne trilogie, A Darker Shade of Magic commence par un volume qui fonctionne surtout comme une longue introduction de trois des différents Londres et de leurs particularités. L’intrique à proprement parler ne commence doucement qu’au deuxième tiers du roman et tout se précipite et s’enchaine dans le dernier tiers avant une fin particulièrement abrupte. Bien dans la manière de Lila Bard, mais en tant que lectrice, j’ai très moyennement apprécié.
A Gathering of Shadows, le deuxième volume, nous plonge lui directement dans l’action. Et s’il se passe quatre mois après la fin de A Darker Shade of Magic, son action est resserrée en l’espace de quelques jours et presque entièrement dans l’un des Londres. De plus, certains personnages comme mon favori, Alucard Emery, apparaissent enfin. Et la magie qui donne son titre à la trilogie est nettement plus explorée, montrée et expliquée. Si je me suis traînée pour lire A Darker Shade of Magic, j’ai littéralement dévoré A Gathering of Shadows en riant parfois aux éclats. Et toujours en me demandant comment une fille aussi imbuvable et imbue d’elle-même que Lila Bard a pu survivre aussi longtemps. Si vous n’aimez pas les Mary-Sue, passez votre chemin, elle en est un parfait exemple avec toujours le don approprié au bon moment pour faire avancer l’intrigue.
Mais des trois, je crois qu’
A Conjuring of Light est mon favori. L’heure est grave, le Londres principal risque d’être englouti dans l’ombre, les personnages ont muri et doivent — enfin ! – faire face à leurs responsabilités ou gagner leurs indépendances quitte à en payer le prix. L’action est moins resserrée, mais mieux construite et j’ai apprécié de découvrir le monde « rouge » au-delà de la ville de Londres. En revanche, je cherche encore l’intérêt des passages dans le monde « gris » (le notre au début du 19e siècle) qui n’apportent quasiment rien à l’intrigue. Et la conclusion est une vraie conclusion. Suffisamment ouverte sur le devenir de certains personnages pour laisser place à l’imagination, mais pas trop pour se sentir frustrée par la fin du livre.
Si votre genre de prédilection est la fantasy classique légère et que vous cherchez quelque chose sans elfe, troll ou gobelin, n’hésitez pas :
Shades of Magic est calibré à la perfection pour vous plaire. Sinon, ce n’est peut-être pas la trilogie à mettre en priorité de pile de livres à lire.

Shades of Magic
(A Darker Shade of Magic, A Gathering of Shadows et A Conjuring of Light)
de V.E.Schwab
Éditions Titan Books
(disponibles en français chez Lumen)