Les Canaux du Mitan

Après le space opera tentaculaire, après la geste pré-arthurienne, Alex Nikolavitch entraîne désormais ses lecteurs dans un western de fantasy avec Les Canaux du Mitan.
Que vous soyez plus amateur de  Tex en BD, des westerns hollywoodiens oudes westerns spaghetti, Les Canaux du Mitan saura satisfaire vos envies d’Ouest sauvage.
Dans cette version, la plaine est traversée par des canaux construits par les ancêtres des Chokchaws. Les colons ont installé leurs villes pionnières à proximité et des chalands assurent le transport des marchandises, des personnes et des informations. Pourtant les temps changent et l’arrivée de l’héliographe pour l’envoi des messages et des
véhicules à gazogène pour les déplacements. Et si les bateaux parcourant les canaux avaient une autre fonction plus ésotérique. L’un d’entre eux en particulier, un bateau-carnaval avec son cortège de freaks et son mystérieux capitaine qui parfois au cours d’une escale emporte avec lui un enfant « parce qu’il faut toujours un normal à bord du navire. »
L’histoire commence en suivant l’un de ses enfants, Gabriel. Orphelin s’ennuyant ferme dans une ville frontière, il monte à bord du bateau-carnaval pour en découvrir les secrets. À chaque partie, le narrateur change, l’action fait des sauts dans le temps et l’on en apprend plus sur le Mitan, les esprits qui hantent ces terres et ceux qui y ont été amenés de l’autre côté de l’océan par les colons, mais également sur l’histoire des capitaines et la façon dont leur rôle évolue au fil du temps. Le lecteur se retrouve happé par le rythme des canaux, séduit par les tours des saltimbanques, déconcerté par les changements de rythme et de narration, mais ravi par la fin de cette traversée. Et personnellement, j’aimerais en apprendre plus sur le vieux Pays fui par tant de colons… Ou sur les Chokchaws au temps de la construction des canaux. Je vous conseille la version papier si possible de cet ouvrage pour profiter pleinement des illustrations de Melchior Ascaride et notamment de sa couverture à la fois engageante et inquiétante.

Les Canaux du Mitan
D’
Alex Nikolavitch
Éditions
Les Moutons électriques

Quitter les monts d’Automne

Que j’aime, que je n’aime pas ou que je reste perplexe, le moins que l’on puisse dire c’est que la sélection de livres d’Albin Michel Imaginaire déjà lus ne manque jamais d’originalité ni de surprise pour son lectorat. Dernier exemple en date ? Ce Quitter les monts d’Automne d’Émilie Querbalec qui sort en ce début septembre. Je ne vous ferai pas lambiner sur toute une colonne : s’il a droit à sa propre chronique, c’est que je l’ai apprécié, malgré une protagoniste qui a une grosse tendance à se laisser porter par les événements et fait preuve d’une belle dose d’égoïsme vis-à-vis de ses amis.
De quoi par ce Quitter les monts d’Automne ? L’action commence dans les fameux monts d’Automne, un endroit reculé à la campagne sur une planète inspirée du Japon pré-époque moderne. Kaori y vit avec sa grand-mère conteuse et une troupe de danseuses et attend désespérément de savoir si elle héritera du Dit, le don de sa lignée. À la mort de sa grand-mère, celle-ci lui lègue en héritage le plus grand tabou qui soit : un texte écrit. En danger elle devra fuir sa planète, découvrir l’univers et les êtres qui l’habitent et finalement comprendre le secret de son parchemin.

Vous avez donc trois genres au moins dans un seul livre : de la fantasy pure, qui tourne au planet opéra à la Jack Vance quand Kaori part pour la capitale, avant de devenir un space opera plutôt bien rythmé dans la dernière partie, bataille à l’intérieur de station spatiale comprise. Vous y rencontrerez de tout : des intelligences artificielles caractérielles, des cyborgs, des humains à différents stades de la civilisation, et vous ne vous ennuierez pas une minute. Le style simple et l’action constante font que ce livre ne se lâche pas facilement. Pour le coup c’est un véritable « page-turner » où la progression semble se faire toute seule. J’ai juste regretté une fin un peu confuse et légèrement précipitée. Malgré cela, ce fut un très beau voyage, parfait pour s’évader avant le traintrain de la rentrée.

Quitter les monts d’Automne
D’
Émilie Querbalec
Édition Albin Michel

Lectures en vrac

En cette période estivale, j’ai, comme souvent, lu et relu, tout ce qui me tombait sous la main. De ma moisson depuis début juillet, voici quatre titres variés :

Contes de la fée verte

J’ai toujours aimé l’écriture de Poppy Z Brite et son horreur gothique teintée de romances. Si je préfère ses romans comme Âmes perdues ou Sang d’encre, ce recueil de nouvelles, Les contes de la fée verte (en VO le bien plus glauque Swamp fœtus) est une bonne introduction à son univers fantastique, très différent de ses œuvres plus récentes. J’ai une certaine tendresse pour des nouvelles comme Anges ou Prise de tête à New York car elles utilisent Ghost et Steve, mes chouchous depuis Âmes perdues. Mais d’autres sont également très belles comme La Sixième sentinelle ou Musique en option pour voix et piano. Toutes ne sont pas particulièrement remarquables : j’avoue ainsi avoir été déçue par Xénophobie, et la bêtise crasse de ses protagonistes. Mais elles ont toutes une petite mélodie macabre et douceâtre en elles qui vous ensorcèle.

Les contes de la fée verte
de Poppy Z Brite
Traduction de Jean-Daniel Brèque
Éditions Denoël

Un océan de rouille

Décidément, entre l’écriture de C. Robert Cargill et moi, le courant ne passe pas. Si j’avais été très déçue par sa nouvelle
Hell Creek, j’ai plus apprécié ce roman, sans pour autant être tombée sous le charme. Il faut dire que l’idée de rejouer Mad Max dans un univers où le Skynet et ses petites sœurs de Terminator ont gagné tourne assez vite au réchauffé. Le postulat de base donc est un monde post-apocalyptique où avec l’avènement des vraies IA et des robots, l’humanité est devenue obsolète et après une guerre de la chair contre la machine, a disparu ainsi que toute forme de vie biologique. Ayant transformé la Terre en gigantesque décharge, les formes de vie électroniques s’affrontent entre elles avec d’un côté les UMI, d’énormes intelligences collectives utilisant des robots de différentes formes comme « facettes » ou terminaux d’exécution, et des robots indépendants n’ayant pas rejoint l’Unité des UMI et survivants tant que leurs différentes pièces mécaniques ne sont pas usées. Nous suivons Fragile, une « aidante » c’est-à-dire un robot dévolu aux soins à la personne, qui depuis la disparition de l’Humanité survit en tuant les « erreurs 404 », les robots trop endommagés pour fonctionner de façon rationnelle, et en cannibalisant leurs pièces pour les revendre. Devenue elle-même une erreur 404, elle cherchera sa survie en accompagnant à travers l’Océan de rouille, des robots investis d’une mission sacrée.
Et… C’est là que le bat blesse. Au final, outre la Fragile franchement peu sympathique et ses flashbacks vers le passé,
cette quête robotico-mystique devient assez indigeste au final. Scénariste de films, C. Robert Cargill écrit ses romans comme des scénarios avec tous les retournements convenus dans un bon blockbuster hollywoodien et avec tous les défauts de ce genre d’œuvre. Si vous avez vu pléthore de films de cyborgs ou de films post-apocalyptiques des années 80 ou 90, Un Océan de rouille ne vous surprendra pas un seul instant. Sinon, jetez-y un œil.

Un océan de rouille
de
C. Robert Cargill
Traduction de Florence Dolisi
Éditions Albin Michel Imaginaire

The Haunting of Tram Car 015

Lu dans le cadre de la sélection pour les Hugo Awards 2020, cette histoire steampunk se distingue par son cadre et par les créatures impliquées. En effet, nous ne sommes pas à Londres ou Paris, mais au Caire en 1912. Devenue grande puissance technico-commerciale depuis que la magie et la collaboration avec les djinns sont devenues des faits reconnus, la métropole égyptienne s’agite alors que le droit de vote des femmes est en débat au Parlement. Pendant ce temps, nous suivons un vieux routard du ministère de l’alchimie, enchantements et entités surnaturelles et le novice sous ses ordres enquêtant sur la hantise d’une voiture de tramway aérien. De fil en aiguille, ils devront demander de l’aide à des sources inhabituelles pour comprendre quelle est la créature dans le Tram 015 et surtout comment s’en débarrasser avant qu’elle ne fasse d’autres victimes.
Si la trame
du récit est très convenue, l’originalité de cette histoire tient en sa localisation et dans la façon dont fonctionnent les différentes magies, ainsi que dans celle où humains, entités surnaturelles et automates coexistent plus ou moins de façon égalitaire dans la ville. Je ne connaissais pas P. Djèlí Clark comme auteur, mais je vais m’y intéresser de plus près.

The Haunting of Tram Car 015
de P. Djèlí Clark
Éditions Tor

Aposimz

Après Biomega et Blame!, j’ai voulu tenter la nouvelle série de Tsumohu Nihei. Quatre volumes plus loin, elle ne m’a pas enchantée. Pourquoi ? Tout simplement parce que c’est une énième déclinaison de sa thématique fétiche : l’interfaçage homme-machine et la survie dans un monde étrange où les règles évoluent constamment. Ici ce n’est pas un bâtiment géant comme dans Blame! mais un planétoïde artificiel où l’humanité aisée vit dans les entrailles du satellite et les plus pauvres sont rejetés à la surface et court le risque d’être transformés en marionnette (comprendre des espèces d’automates plus ou moins puissants suivant le mode de contamination). Lorsque son village de la surface est détruit par les soldats de l’Empire régnant au sous-sol, Essro se transforme volontairement en marionnette et va s’allier avec Titiana, venue d’encore plus en profondeur dans la planète pour se venger. L’histoire est bonne et intéressante, mais elle a un fort côté de déjà vu par rapport aux œuvres précédentes de Tsumohu Nihei qui fait que je n’ai pas accroché plus que ça. Le trait du mangaka est toujours aussi beau, mais l’image très claire (et justifiée par une planète glacée) peut gêner certains lecteurs plus habitués à des mangas plus contrastés.

Aposimz t.1 à 4
de Tsumohu Nihei
traduction de Yohan Leclerc
Éditions Glénat

Avis d’invité : Le Bâtard de Kosigan

En ce mois de mai, je laisse la parole à un amateur de fantasy historique, Ludovic, qui cherche depuis longtemps à me convaincre de lire la saga de Fabien Cerutti, Le Bâtard de Kosigan. Avec comme vous pouvez le lire ci-dessous des arguments de poids.

En achetant le premier tome de cette série (L’ombre du pouvoir), je m’attendais à lire un roman de fantasy historique assez similaire à un Gagner la guerre de Jean-Philippe Jaworski. Dès les premières pages, la différence se fait sentir : le style est plus fluide, les personnages plus colorés et, surtout, l’action est omniprésente. Bref, il se lit vite – l’auteur l’a lui-même reconnu lorsque je l’ai rencontré aux Rencontres de l’imaginaire à Sèvres en 2018 – et je ne pouvais que trépigner pour lire les trois tomes suivants qui sont fort heureusement un peu plus volumineux : Le fou prend le roi, Le marteau des sorcières et Le testament d’involution. Mais l’histoire me direz-vous ? Ces romans alternent successivement entre deux époques : le XIVe siècle où nous suivons les aventures mouvementées du chevalier assassin Pierre Cordwain de Kosigan, bâtard d’un noble de Bourgogne doté de quelques dons biens utiles et capitaine audacieux d’une compagnie de mercenaires et la fin du XIXe/début du XXe siècle avec Kergaël de Kosigan, homme au passé trouble, mais plein de ressources qui tente au péril de sa vie de découvrir ses origines… Et une explication sur la disparition pure et simple de sa lignée pendant plusieurs générations. N’étant pas à la base passionné par les histoires de fantasy pures avec des elfes et autres créatures du genre – et ceux-ci ne sont pas légions dans ce livre -, j’avoue avoir été agréablement surpris par la manière dont l’auteur a intégré ces peuplades dans les différentes phases de notre Histoire, puis justifier leur disparition, ne laissant derrière elles que le folklore – le tout savamment orchestré par l’Inquisition. Vous découvrirez ainsi de nombreuses intrigues, beaucoup d’actions, de belles joutes verbales, des situations cocasses mais aussi pleins de menus détails sur la vie au bas Moyen-âge.

Le Bâtard de Kosigan :
L’ombre du pouvoir,
Le fou prend le roi, Le marteau des sorcières, Le testament d’involution 
de Fabien Cerruti
Éditions Folio SF/ Mnémos

Nevertheless She Persisted

À l’occasion de la journée internationale des droits des femmes, le 8 mars dernier, Tor a proposé un court recueil de nouvelles, gratuitement. Intitulé Nevertheless She Persisted, il fait allusion au comportement de la sénatrice américaine Elizabeth Warren qui ne s’est pas laissée faire alors que ses collègues voulaient lui couper la parole en 2017. L’idée de cette anthologie est simple : demander à des autrices d’écrire un très court texte en se basant sur le tweet d’Hillary Clinton commentant l’événement : « She was warned. She was given an explanation. Nevertheless, she persisted. So must we all. », soit en français « Elle a été prévenue. On lui a donné une explication. Néanmoins, elle a continué. Comme nous le devrions toutes. »
Le résultat est onze très courtes nouvelles dans différents genres : fantasy, horreur pour
God Product d’Alyssa Wong, SF ou surréalisme. Onze nouvelles très variées, partant toutes du même point de départ, mais explorant toutes des chemins très différents. Jo Walton propose même avec The Jump Rope Rhyme une poésie fantastique. Pour moi, ce recueil fut l’occasion de retrouver une Kameron Hurley bien plus douce que dans Apocalypse Nyx et lire Seanan McGuire hors de ses sentiers habituels. Ce fut surtout l’occasion de découvrir de nouvelles plumes. Toutes les nouvelles ne m’ont pas plu, mais toutes m’ont touchée. En particulier Astronaut de Maria Dahvana Headley ou Margot and Rosalind de Charlie Jane Anders. Je ne peux que vous encourager à télécharger ce recueil chez votre libraire numérique favori et à le lire.Vous pouvez retrouver l’ensemble des sites où il est disponible sur cette page.

Nevertheless she persisted
collectif (Kameron Hurley, Alyssa Wong, Carrie Vaughn, Seanan McGuire, Charlie Jane Anders, Maria Dahvana Headley, Nisi Shwal, Brooke Bolander, Jo Walton, Amal El-Mohtar, Catherynne M. Valente)
Éditions
Tor

Cuits à point

De la collection Bad Wolf chez ActuSF je n’avais jusqu’ici lu que les romans d’Alex Evans dans l’univers de Sorcières associées. Et puis, la couverture de Cuits à point d’Élodie Serrano m’a intriguée. D’autant que je ne connais pas non plus cette autrice.
Le résultat ? Une aventure dans une version
décalée de l’Angleterre du XIXe siècle.
Nous y suivons Gauthier et Anna, une équipe de démystificateurs franco-italiens, spécialisés dans la détection des arnaques au surnaturel. Les voici convoqués en urgence à Londres où en ce mois de février, les températures en ville avoisinent celles d’une canicule dans la campagne toscane d’où est originaire Anna. Ils devront faire équipe avec un homologue local qui, lui, a de bonnes raisons de croire au surnaturel.
L’avantage de la fantasy à la sauce ActuSF est qu’elle s’éloigne souvent des sentiers battus. C’est une fois de plus le cas dans Cuits à point. Oui l’explication de cette vague de chaleur est surnaturelle. Et oui, il y aura beaucoup de dégâts faits à cette pauvre ville de Londres. Et pourtant, l’essentiel du roman d’Élodie Serrano – et sa partie la plus savoureuse – n’est pas là. Au-delà de l’action bien présente dans ce court roman, ce sont surtout les dialogues et les relations entre le quatuor de base qui m’ont séduits. Si Gauthier n’est qu’un goujat trop imbu de lui-même pour se rendre compte de ce qu’il passe sous son nez, son associée la narratrice Anna semble bien falote au départ avant d’arriver peu à peu à s’imposer. Le parallèle avec le duo de démystificateurs anglais et sa dynamique nettement plus équilibrée est particulièrement intéressant.
Pour autant, Cuits à point est trop court. Certains personnages comme Maggie et la sorcière en chef de Londres auraient mérités de se dévoiler un peu plus. L’aventure est agréable et ouvre de belles perspectives pour des suites. Mais une fois refermé, il laisse une impression étrange de « Ben c’est tout ? ». Comme s’il s’agissait d’un tome d’exposition avant que les aventures d’Anna ne commencent réellement. À suivre ? En tout cas, personnellement, je suis partante !

Cuits à point
d’Élodie Serrano
É
ditions ActuSF

Howl’s Moving Castle

Avant de voir il y a quelques années Le Château ambulant d’Hayao Miyazaki, je n’avais jamais entendu parler de Diane Wynne Jones. Il m’a fallu relire The Books of Magic de Neil Gaiman et tomber sur une interview où il citait l’autrice comme source d’inspiration pour que je me penche à nouveau sur elle.
Naturellement j’ai commencé par Howl’s Moving Castle, le premier volume de la trilogie mettant en scène Sophie et le magicien Howl. Oubliez le film d’Hayao Miyazaki, l’histoire en est au final très différente. Ici nous suivons les aventures de Sophie, une jeune fille s’ennuyant ferme dans un magasin de chapeau. Elle croise la route de
la Sorcière des landes qui lui donne l’aspect d’une vieille femme et atterrit dans un drôle de château où, bon gré mal gré, elle va briser la malédiction entourant Howl et son démon du feu, Calcifer.
L’histoire est compliquée par les origines mêmes de Howl, Gallois bon teint de notre monde qui a trouvé la porte vers un monde magique et sauvé la vie de Calcifer. Mais également par la vie de famille de Sophie, de sa belle-mère et de ses sœurs qui vont toutes à des degrés divers se retrouver mêlées aux manigances de la Sorcière des landes. Le caractère des personnages n’a rien à voir avec l’anime qu’en a fait Hayao Miyazaki : Sophie jeune est nettement plus effacée ; et surtout le Howl du titre est certes gentil et un puissant magicien, mais il donne l’impression d’impression d’être un dandy sans cervelle trop préoccupé par son apparence et son petit confort pour être réel
lement utile à l’histoire. Au contraire, ses non-dits sont un obstacle plus qu’autre chose. Calcifer lui se révèle à la hauteur de son statut de démon : terrifiant, changeant et puissant. C’est, avec Sophie, le personnage le plus intéressant de ce livre.
Touffu, le roman Howl’s Moving Castle cumule tous les ingrédients d’une bonne histoire pour enfant autour de la sorcellerie : un château dont les portes ouvrent sur plusieurs mondes, une série d’êtres humains déguisés en animaux et objets, des combats de sorcellerie, un royaume enchanté ayant perdu son prince, trois jeunes sœurs et leur belle-mère, et même des sirènes ! Pour autant, l’histoire reste très facile à lire avec une bonne alternance entre les moments comiques et l’action. Elle convient aussi bien aux adultes cherchant un roman de fantasy original qu’aux collégiens voulant découvrir l’anglais autrement qu’avec Harry Potter de J.K. Rowling.

Howl’s Moving Castle
de Diane Wynne Jones
Éditions Harper’s Collins

Contes et récits du Paris des merveilles

Avec Contes et récits du Paris des Merveilles, Pierre Pevel revisite l’univers de sa trilogie (Les enchantements d’Ambremer, Le Royaume invisible et l’Élixir d’oubli), le temps de six nouvelles assez conséquentes. Deux sont de sa plume, Veni, Vidi, V et Sous les ponts de Paris. Et les quatre autres sont d’autrices et auteur invitées. Si certaines mettent en scène Louis Griffont, Isabel de Saint-Gil et les autres personnages de la trilogie initiale, la majorité présente des protagonistes originaux.
L’esprit tout en légèreté des romans est respecté avec toujours un savoureux mélange avec des
personnages historiques. Des races sous-exploitées dans la trilogie originale comme les elfes, les trolls ou les chats-ailés vont parfois se retrouver au premier plan avec un résultat délicieux. Le Moriarty imaginée par Bénédicte Vizier dans Une enquête d’Étienne Tiflaux, détective changelin est à cet égard une réussite absolue. Chaque nouvelle a sa propre voix et son propre ton : plus aventureux dans L’urne de Râ, plus mélancolique dans Les Portes de l’Outremonde et clairement humoristique dans Sous les ponts de Paris. Pourtant le livre dégage une harmonie réelle.
En comparant avec la trilogie initiale, ce format des nouvelles évite ce qui m’avait agacée alors, à savoir certaines longueurs et les apartés de Griffont en direction de son lectorat. Cette taille est finalement plutôt bien adaptée à cet univers.
La taille courte des textes permet d’explorer des vignettes intéressantes de ce Paris enchanté, et le passage d’un auteur à l’autre assez rafraîchissant. De plus, si vous n’avez pas lu la trilogie initiale, vous pourrez commencer par ce recueil sans être totalement perdus.

Contes et récits du Paris des merveilles
de Pierre Pevel, Catherine Loiseau, Benjamin Lupu, Sylvie Poulain et Bénédicte Vizie
r
Éditions Bragelonne

Gideon the Ninth

Premier roman d’une autrice néo-zélandaise, Tamsyn Muir, Gideon the Ninth est un coup de maître. Où le classer ? Est de l’horreur fantastique comme la série de jeu vidéo Dead Space avec ce palais planétaire empli de chausse-trappes mortelles toutes plus épouvantables les unes que le autres ? De la fantasy noire avec ces huit duos d’escrimeurs et de nécromanciens entrés dans une compétition pour atteindre les plus hautes fonctions de l’Empire ? Ou un bon vieux space opéra avec un Empire galactique vieillissant qui a trouvé de nouvelles sources d’énergie ? Tamsyn Muir mélange tous ces genres et produit un livre de 450 pages que vous ne lâcherez pas.
Dès le début, Gideon the Ninth plonge son lecteur au coeur de l’action alors que Gideon, la narratrice principale, cherche à tout prix à quitter la planète sombre et glaciale où elle a grandi. Si, comme la protagoniste, nous sommes souvent perdus au cours des pages jusqu’au dénouement final, la plume de Tamsyn Muir et les fantaisies qu’elle s’autorise accrochent durablement le regard. Moi qui adore le sarcasme finement amené, ce livre en est rempli. Est-ce parce que les personnages sont à la fin d’une époque ? Ils s’affrontent tout autant à coup d’épée ou de nécromancie qu’à coup de répliques bien senties et de dialogue
empoisonnés. Même les personnages secondaires, voire les objets inertes (si,si) ont cette pointe d’acerbité et d’humour au pire moment qui produit un mélange savoureux. Sans ce talent d’écriture, avouons-le, Gideon the Ninth ne serait qu’une succession de scènes sanglantes et osseuses entrecoupées de passages assez oiseux. Avec, Tamsyn Muir nous dépeint des personnages attachants ou odieux, mais toujours avec de multiples facettes. Elle nous donne envie de poursuivre notre lecture jusqu’au bout. Et à la fin d’attendre avec impatience la suite. Belle réussite !

Gideon the Ninth
de Tamsyn Muir
Éditions
Tor

Children of Blood and Bone

Quand Audrey de New kids on the geek m’avait parlé de Children of Blood and Bone de Tomi Adeyemi, elle n’y était pas allé par quatre chemins : « Lis-le, il va te plaire… » J’avais alors admiré la couverture, mais plongé dans une autre lecture, j’avais laissé le titre de côté. Puis sont arrivés les Hugo 2019. J’avais déjà lu la catégorie du meilleur roman, celle de la meilleure novella, celle du meilleur roman graphique et je suis quasiment à jour de la meilleure série (de Becky Chambers). Il ne me restait donc à découvrir que Jeannette Ng et le meilleur roman jeunesse : Children of Blood and Bone de Tomi Adeyemi. Pas moyen d’y couper, je plonge donc dedans.
Disons-le de suite, les quatre personnages principaux (Zélie, Amari, Tzain et Inan) ont chacun un côté tête à claques bien prononcé tout autant qu’ils peuvent être très attachants. Et j’ai souvent interrompu ma lecture en me disant « Non, mais il/elle est impossible là ». Néanmoins, je ne regrette absolument pas de l’avoir poursuivie, même si ce fut plus lent que d’habitude.
L’histoire de Children of Blood and Bone
se déroule en Orïsha, un pays imaginaire d’Afrique de l’Ouest. La magie y existait jusqu’au Raid, onze ans auparavant. Le roi du pays a alors passé au fil de l’épée tous les mages adultes, coupé le lien entre les dieux et les hommes et fait des enfants de mages des citoyens de seconde catégorie, quasi réduit en esclavage. Menacée, faute d’argent pour payer un nouvel impôt, d’être vendue, Zélie, l’une de ces descendantes de mage devenue adolescente, part à la capitale trouver de quoi payer les dettes de son père. Elle y rencontre Amari, princesse qui s’est enfuie du palais en emportant une précieuse relique. Talonnées par les hommes du roi, les deux filles avec leurs frères respectifs vont se lancer dans une quête pour restaurer la magie dans le royaume.
L’histoire en elle-
même ne manque pas de rebondissement et de surprises de pages en pages. Jusqu’au bout, l’issue est incertaine et le but même des personnages varie d’un chapitre à l’autre. Destiné aux adolescents, Children of Blood and Bone convient aussi aux adultes, notamment car Tomi Adeyemi n’hésite pas à parler de sujets difficiles. À l’échelle du pays, elle y aborde le racisme, le nettoyage ethnique et les différents moyens de lutter contre l’oppression, ainsi que la réaction des différents personnages face à cette situation. D’un point de vue plus intime, elle montre comment survivre et se reconstruire face à la violence. Zélie et Tzain ont vu leur mère torturée et mise à mort sous leurs yeux enfants, et leur père brisé de souffrance, avant de vivre dans un monde qui rejette Zélie en raison de la couleur de ses cheveux. Amari et Inan, ont grandi eux au palais, mais sans amour sous la férule d’un père violent et intolérant dont ils ont toujours cherché désespérément l’approbation et l’amour. Ce sont donc quatre adolescents traumatisés que nous suivons. La quête pour restaurer la magie, ou la paix, dans Orïsha se double d’une tentative pour surmonter ces blessures et devenir adulte. À la différence de nombre de romans d’initiation, cette tentative ne sera pas toujours une réussite pour tous les adolescents. N’eût été la fin trop abrupte, Children of Blood and Bone est, ainsi qu’on me l’avait annoncé, un roman puissant et particulièrement agréable à lire.

Children of Blood and Bone
de Tomi Adeyemi
Éditions Macmillan