Il suffit parfois de voir un nom en couverture d’un livre pour que je m’empare de celui-ci sans même avoir la moindre idée de ce qu’il contient. Émilie Querbalec en fait partie. De livre en livre, elle propose des univers et des formes narratives toujours très différentes les unes des autres. Et elle arrive toujours à surprendre sa lectrice tout en lui donnant l’impression d’un conte narré avec une certaine chaleur familière au creux des pages.
Avec Les Jardins du temps, elle nous invite à une grande fresque à travers l’histoire et la géographie de l’archipel japonais, tout en nous maintenant en permanence à la hauteur d’un petit groupe de personnages.
Le récit proposé avec ce nouveau roman commence en 1571 (ou an 2 de l’ère Genki selon le calendrier traditionnel qui décompte les périodes suivant les règnes des différents empereurs — et avec un nom qui n’est pas celui de l’empereur concerné de son vivant, histoire de faire simple) et se déroule sur une période de plus ou moins 10 000 ans si l’on en croit l’une des protagonistes, Chiyo. Et l’histoire se base sur des principes bouddhistes où l’Esprit, la Matière et le Temps sont liés les uns aux autres et où les actions à un instant précis ricochent en amont et en aval à travers les époques et les lieux, comme des pierres sur un plan d’eau.
Chaque escale de ce voyage correspond à une période, mais également à une ambiance précise. Le début en 1571 évoque les films de samouraïs ou la high fantasy dans ses moments les plus violents, tandis que la période la plus éloignée dans le temps a un côté onirique qui rappelle les anime de Hayao Miyazaki ou de Makoto Shinkai. Les parties se déroulant à l’ère Meiji (1868-1912) et à la fin de l’ère Showa (1926- 1989) ont plus des atmosphères de romans policiers avec juste la touche d’étrangeté servant de fil rouge à tout le livre. Quant à l’une de mes parties préférées (l’ère Kowa imaginée par l’autrice), elle est un parfait exemple entre le postapocalyptique campagnard et le cyberpunk. Vous pourrez certainement vous amuser à jouer à retrouver toutes les références pop culturelles dans Les Jardins du temps, mais ce n’est pas ce qui fait la saveur de ce roman.
C’est en effet avant tout un texte qui propose une histoire de pure science-fiction originale en abordant des concepts aussi divers que la place de l’humanité dans la Nature, la transmission d’une génération à l’autre, l’intelligence artificielle, des limites de la science, mais également du pardon, de la réparation et finalement d’autres façons de vivre en société et de résoudre les tensions entre les individus et les communautés.
Passer d’une époque à l’autre déroute un peu à chaque fois, mais cela ne dure que quelques pages ou paragraphes. Comme si vous passiez d’un bain à l’autre à la piscine ou d’une salle à l’autre au hammam. Parfois, un petit détail ou un nom, voire, dans un cas, une seule lettre va vous servir d’indice pour éclairer un passage. Attention, une fois n’est pas coutume, je vous conseillerais de commencer par lire le glossaire (p.327 et suivantes dans le grand format) avant de lire le roman lui-même. Que vous connaissiez bien ou non la culture japonaise, il vous sera bien utile pour lire le roman sans buter sans cesse sur des détails et ne divulgâche pas vraiment l’histoire. Au contraire, vous n’en apprécierez que plus votre plongée dans cette histoire.
Les Jardins du temps
d’Émilie Querbalec
Éditions Albin Michel

J’ai une furieuse envie de tenter ce roman même si je ne suis pas sur qu’il soit vraiment pour moi. J’avais beaucoup aimé ses premiers livres chez AMI moins le dernier… et tu le vends très bien !
Fonce. C’est à mon avis son meilleur.