Il s’est fait un nom en littérature avec de la fantasy en cycle ou en one-shot, Guillaume Chamanadjian s’essaie à un nouveau domaine, la science-fiction. Après une première incursion dans le recueil, Vulcain, il revient avec un roman plutôt court : Heureux comme jamais. Accessoirement, si vous faites comme moi et si vous lisez ce livre entre deux épisodes de One Piece (quel que soit le média qui a votre préférence), vous risquez fortement d’ajouter Sapés comme jamais à la playlist imaginaire et très éclectique de Noah. Vous voilà prévenus !
Le sous-titre du roman résume assez bien les prémisses de l’histoire : Comment les ultrariches ont cessé d’errer dans l’espace après avoir fui la Terre. Et effectivement, un peu plus de onze ans et une explosion de supervolcan avant le début de l’histoire, les personnalités les plus riches et les plus puissantes de la Terre ont fui la planète dans une « arche » contenant des échantillons de la faune et la flore, mais également toute la production culturelle de la planète. Direction Callisto, l’une des lunes de Jupiter terraformée durant ce temps-là à coups d’ogives nucléaires. Parmi cette multitude riche à foison, il n’y a que deux « prolétaires », l’unique ingénieur chargé de la maintenance et sa fille Noah. Quand son père devient trop malade pour assurer ses tâches, elle le remplace. C’est à ce moment-là que 1— son IA de compagnie se met à faire des siennes, et 2 — elle est convoquée par le gratin des ultrariches suite à la réception d’un message venu de la Terre…
Ne cherchez pas une grande cohérence scientifique dans ce livre (en particulier de la part de BINS-42 dont la véritable nature m’a fait souffler très fort), nous sommes ici dans le registre de la SF satirique. Ici le voyage en lui-même, le sort de la Terre et la terraformation possible ou non de Callisto ne nous intéressent pas. L’auteur se concentre sur l’étude d’un microcosme en vase clos : celui des ultrariches habitués à ce que tous leurs caprices soient exécutés sur le champ, même s’ils sont d’une bêtise crasse ou sont complètement irréalistes. Et à travers les yeux de Noah, il démontre comment ceux-ci face à un événement imprévu vont s’entredéchirer gaiement pour avoir plus de pouvoirs encore, sans même se préoccuper de leur propre survie collective. Le tout avec verve et humour, même si Noah n’a pas le bagout de Nox. Et parmi les antagonistes, toute ressemblance avec des personnalités réelles semble plus que voulue. Plus léger dans la forme que les textes précédents de Guillaume Chamanadjian, il n’en reste pas moins que le fond a la puissance d’un coup de colère bien senti face à une certaine conception égoïste du monde par les personnes les plus riches, qui se fichent complètement de ce qui peut arriver au reste de l’humanité, et, au contraire, préfèrent enfoncer leurs semblables s’ils peuvent grappiller une once de profit ou de pouvoir en plus au passage.
Heureux comme jamais
De Guillaume Chamanadjian
Éditions Aux forges de Vulcain
