Les Dieux lents

Si sa trilogie de novellas, La Maison des jeux, figure à mon avis parmi les meilleurs crus de la collection Une Heure-Lumière, je n’avais personnellement pas été convaincue par Claire North dans Sweet Harmony, un texte cyberpunk convenu sur l’injonction à la beauté et son emprise. Le passage de l’autrice au space opera avec un texte nettement plus long me plairait-il ?
Pas autant que je ne l’aurais espéré. Dans le titre du roman, Les Dieux lents, le mot clé à retenir est « lent ». Ne vous attendez pas à un récit palpitant multipliant les péripéties ou les dialogues percutants : ce ne sera pas le cas. Pire, le protagoniste de l’histoire, Maw, n’est qu’un pion manipulé par les différentes forces en présence. Malgré l’anomalie (jamais expliquée) qui le rend de facto immortel et donc le plus apte à voyager rapidement à travers l’espace, il reste d’une passivité incroyable. Les rares fois où il prend une initiative, cela tourne plutôt mal pour son entourage. Autant vous dire que son sort ne m’a pas particulièrement captivé.

Si, dans la fiction, vous vous prenez d’abord de passion pour les personnages, Les Dieux lents n’est certainement pas le livre qu’il vous faut, même si quelques individus secondaires, comme le renard compagnon/geôlier de Maw peuvent vous émouvoir. Le monde décrit par Claire North, et la diversité des espèces sentientes (à base de carbone comme de silice), s’avèrent plus séductrices. J’avoue que je me serais bien attardée dans l’habitat de l’Axe ou aurais aimé en apprendre plus sur la civilisation quan et son point de vue sur la vie organique. Malheureusement, ces points ne sont pas assez approfondis dans le livre. Et le grand empire du Mal de l’histoire, l’Éclat , n’est qu’une nouvelle mouture du capitalisme, de l’ultralibéralisme et du fanatisme poussé à outrance en mode de vie. Du vu et relu depuis au moins le premier Star Wars, celui de 1977. Et surtout quelque chose qui n’est absolument pas nouveau pour quiconque s’intéresse ne serait-ce que cinq secondes aux informations tant nationales que mondiales du moment. Et finalement, l’autrice n’en fait pas grand-chose… La guerre promise dans le résumé n’arrive qu’à mi-roman. Maw n’y joue qu’un rôle de transporteur assez loin du feu de l’action le plus souvent. Encore une fois, comme dans Sweet Harmony, Claire North préfère jouer avec des concepts que raconter quelque chose d’épique. Si c’est le genre de jeu intellectuel que vous aimez, vous pouvez sans crainte vous laisser tenter par Les Dieux lents et son rythme alangui. Sinon, si vous cherchez un space opera d’action pure, un des romans de Gareth L. Powell vous correspondront plus. Et si vous voulez jongler avec les concepts tout en ayant du rythme, que diriez-vous d’un Alastair Reynolds ?

Les Dieux lents
d
e Claire North
Traduction de M
ichelle Charrier
Éditions Le Bélial’

Cet article a 2 commentaires

  1. Choucas

    Sur la critique en soi je n’ai rien à dire, mais j’ai tiqué sur le passage totalement gratuit du « vu et relu depuis au moins le premier Star Wars, celui de 1977 » : il y a une critique du capitalisme et de l’ultra-libéralisme dans un Star Wars?

    Evidemment des critiques de notre mode d’organisation économique on a déjà pu en lire quelques unes dans le domaine de la SF, mais ce n’est pas non plus un incontournable dans ce genre d’œuvre (contrairement à la guerre par ex.), donc la critique est un peu injuste à mon sens.

    1. Stéphanie

      Oui, une critique d’un empire commerçant et militariste… (cf les problème de la ferme de l’oncle de Luke Skywalker, la raison de la mort des parents de Leia, etc. dès le premier film donc).
      C’est peut être vous qui n’avez pas vu ce sous-texte dans Star Wars (et qui est répété avec plus ou moins de finesse, je vous l’accorde, dans la trilogie d’origine et d’autres œuvres – comme récemment Andor)
      J’aurais pu choisir également Star Trek et la série originale.

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