Les Miracles du bazar Namiya

Grande banlieue de Tokyo, une nuit de 2012, trois voleurs fuient la police et s’enferment dans un bazar abandonné depuis des années. Une lettre anonyme arrive, glissée sous le rideau de fer du magasin. Est-ce le début d’une histoire horrifique ou d’un polar glaçant comme en écrit d’habitude Keigo Higashino ? Rien de tout cela. S’il appartient bien au genre fantastique, Les Miracles du bazar Namiya n’est pas du style à vous faire frémir ou à vous flanquer des cauchemars. Il s’approche plus des récits à la manière de Au Carrefour des étoiles de Clifford D. Simak, les extra-terrestres en moins.
Ici, le bazar du titre est un nexus entre le passé et le présent. Du temps où il était ouvert, son propriétaire y avait installé une « boîte à soucis ». Quiconque lui écrivait le soir recevait une réponse le lendemain matin dans la boîte à lait à l’arrière. Les lettres ont continué à arriver après sa mort. Et à recevoir des réponses.
Basculant sans cesse entre le 21
siècle et les différentes périodes où ont vécu les correspondants du bazar, Keigo Higashino retrace le chemin de certains d’entre eux : une sportive hésitant entre les Jeux olympiques et son amour, un jeune fan des Beatles… Et peu à peu, les destins se croisent et s’entremêlent autour du bazar, mais également d’un vieil orphelinat des environs.
Le début du livre n’offre que peu d’intérêt. Il faut bien reconnaître que les trois voleurs pleurnicheurs, égoïstes ou arrogants ne sont guère sympathiques de prime abord. Au fur et à mesure que les tranches de vie racontées dans les lettres se dévoilent, ils vont, comme les lecteurs, évoluer et gagner en humanité. De plus, Keigo Higashino
nous montre un Japon loin des clichés et proche du quotidien avec des vies à tous les échelons de la société. Une très belle découverte, conseillée par Post Tenebras Lire, qui se lit avec beaucoup de facilité.

Les Miracles du bazar Namiya
de
Keigo Higashino
traduction de Sophie Refle
Éditions
Actes Sud

Légendes urbaines, mythes et racontars au pays du Soleil Levant

Ayant eu l’occasion professionnellement de me pencher sur le folklore japonais et les yokaï, je déplorais l’absence de livres sur le sujet dans ma bibliothèque. Une amie, qui connaît ma passion pour les légendes urbaines a eu l’idée de m’offrir Légendes urbaines, mythes et racontars au pays du Soleil Levant de Stéphane L. Gabriel, autoédité chez Amazon Publishing.
Qu’elle en soit remerciée. Le texte souffre de
défauts importants, mais il se dévore et s’avère une mine d’informations.
Commençons par les défauts. C’est tout simple : il n’a pas été édité. Les fautes d’orthographe (principalement de l’inattention) sont nombreuses, de même que les homonymes utilisés à mauvais escient. Cela ne freine pas la lecture, ceci dit. C’est juste très agaçant à la longue. La mise en page semble, elle aussi, conçue pour un format un poil plus haut que le livre papier final. Du coup,certaines histoires commencent parfois dans la foulée de la précédente au lieu de commencer sur une page dédiée.
Ce point réglé,
Légendes urbaines, mythes et racontars au pays du Soleil Levant se révèle très intéressant. Même s’il parle de mythes connus comme le Kappa ou ceux ayant inspiré The Ring et ses suites cinématographiques, il ne s’en contente pas et propose des légendes et rumeurs différentes, ainsi que des jeux à se faire peur propres au Japon et à l’Asie. Même en connaissant bien le domaine, vous y apprendrez toujours quelque chose. À prendre toutefois avec des pincettes puisque Stéphane L. Gabriel retranscrit en prenant pour argent comptant la vieille histoire du contenu satanique de titres rocks réécoutés en sens inverse… Si vous êtes amateur de légendes urbaines, voici qui élargira vos horizons. Et vous incitera à aller plus loin.

Légendes urbaines, mythes et racontars au pays du Soleil Levant
de Stéphane L. Gabriel
disponible via Amazon Publishing

L’homme qui mit fin à l’histoire

Les récits courts se suivent et ne se ressemblent pas. Après la science-fiction joyeuse de Binti, avec L’homme qui mit fin à l’histoire, Ken Liu signe une histoire de voyage temporel glaçante.
Partant du postulat qu’il serait possible de revoir (à l’état de fantôme décorporé) n’importe quel événement du passé, Ken Liu raconte sur la forme d’un documentaire l’une des pires exactions du conflit sino-japonais : l’unité 731. Et s’interroge sur le rapport au passé des différents pays concernés : République populaire de Chine et Taiwan, Japon, mais également les États-Unis. Ce choix du documentaire avec un récit coupé sous forme d’interviews, de témoignage, de débats en commission sénatoriale ou en extraits de coupure de journaux donne un aspect clinique à
L’homme qui mit fin à l’histoire et aide à prendre un peu de recul. Et le fait d’avoir pris comme personnages principaux, un couple composé d’un sino-américain et d’une nippo-américaine solidaire l’un de l’autre jusqu’au bout apporte un certain équilibre au récit, tout en le terminant sur une note encore plus dramatique. En tant que grande lectrice de science-fiction et de voyages temporels en particulier, j’ai trouvé que le procédé mis au point par les personnages principaux, Ewan Wei et Akemi Kirino, assez intéressant. Et je me demande s’il est possible de le voir réutilisé dans un récit Ken Liu pour une autre période historique.
Pour son ton sobre, mais très humain, pour son approche très personnelle sur une période du passé peu connue en Occident et tout simplement pour son histoire qui vous prend aux tripes et ne vous lâche pas avant la dernière page, je ne peux que vous encourager à lire L’homme qui mit fin à l’histoire de Ken Liu.

L’homme qui mit fin à l’histoire
de Ken Liu
Traduction de Pierre-Paul Durastanti
Éditions Le Bélial’