De temps en temps, la collection Albin Michel Imaginaire publie un OVNI proprement inclassable. Après Le Livre de M de Peng Sheperd ou La Maison aux pattes de poulet de GennaRose Nethercotte, en 2026, cette collection recommence avec The Book of Love de Kelly Link. Avant d’aller plus loin, sachez que si beaucoup la connaissent comme nouvelliste et la recommandent chaudement sous cette forme, je n’ai aucun souvenir d’avoir lu cette autrice avant ce roman. Donc j’y suis entrée sans a priori particulier.
En prenant le résumé du quatrième de couverture, il donne l’impression d’être un roman d’urban fantasy assez classique, dans la lignée d’un Neverwhere ou autre : « Lovesend, Massachusetts. Laura Hand, Daniel Knowe et Mo Gorch ont disparu pendant des mois. Ils étaient morts et quelqu’un — ou quelque chose — les a ramenés à la vie. Bowie est revenu avec eux : pas le chanteur, mais une entité énigmatique qui a adopté son nom de famille et une vague ressemblance. Laura, Daniel et Mo n’ont aucune idée des épreuves qui les attendent. Mais leur ancien professeur de musique peut les aider à faire face au conflit magique très ancien dans lequel ils sont désormais impliqués… » Et… oui et non.
Déjà, physiquement, l’ouvrage est un bon gros pavé de 732 pages (en grand format) et de près d’une centaine de chapitres (de tailles variables). Et la couverture française, réalisée par Anouck Faure, est de toute beauté, contrairement à celle de l’édition US. Ceci dit, plus que de l’urban fantasy, The Book of Love va pencher vers la weird fiction ou le conte, mais à destination d’un public adulte. Pourquoi Laura, Daniel et Mo sont morts ? Comment et pourquoi sont-ils revenus en vie ? Pourquoi pour que deux restent, deux doivent repartir ? Ces questions sous-tendent le récit, mais, au final, elles n’en forment pas l’essentiel. Le fond même du texte est les différentes formes d’amour possibles et ce que cela veut dire d’aimer quelqu’un à la vie, à la mort. C’est également un livre sur le deuil (sous toutes ses formes encore une fois), sur la musique, sur les choix qui s’offrent à nous et leurs conséquences, et même sur la façon dont une histoire se construit.
L’histoire de The Book of Love nous est racontée de façon non linéaire : elle commence par le retour des trois « morts » un an après leur disparition et du quatrième, Bowie, qui a profité de leur évasion, mais elle va faire des détours par d’autres moments du passé, d’autres endroits dans le monde. De plus, un même événement va parfois être raconté par différents points de vue. Le résultat est une histoire dense et qui semble se chercher en permanence. De mon point de vue de lectrice, The Book of Love m’a proposé une lecture très différente de mon mode habituel. Même si j’ai toujours deux à cinq livres en cours de lecture, généralement, je me plonge souvent par grandes plages dans un livre. Et là, non. Je lisais un ou deux chapitres par-ci, une dizaine de pages par là. En gros, à la manière du récit que je lisais, ma concentration papillonnait. Ce n’était pourtant pas par un manque d’intérêt pour l’histoire, bien au contraire. Je me suis attachée aux personnages et à leurs péripéties, et je voulais comprendre les différents mystères du livre. Mais simplement, il me donnait envie de le savourer. De laisser reposer ses mots, avant d’y revenir plus tard. Et cette impression s’est confirmée d’un bout à l’autre de ma lecture.
Recommanderais-je The Book of Love ? Oui, si vous aimez ce genre de récit qui va bousculer vos a priori, se perdre et vous perdre dans ses méandres avant d’arriver à une conclusion, et qui vous donnera des envies de musiques ou des pistes de réflexion. Si, en revanche, vous préférez une structure plus linéaire, ce n’est peut-être pas le livre qu’il vous faut. Pour le moment…
The Book of Love
de Kelly Link
traduction de Michèle Charrier
Éditions Albin Michel
