Neverwhere

L’urban fantasy est l’un des genres que j’aime beaucoup, même si on trouve le pire hélas comme le meilleur. Il y a même un sous-genre consacré à ce qu’on pourrait appeler la fantasy londonienne, comme la série Rivers of London de Ben Aaronovitch ou certains textes de China Miéville comme En quête de Jake. Et l’un des tout premiers livres dans ce domaine n’est autre que Neverwhere de Neil Gaiman, son premier roman en solo (après De bons présages avec Terry Pratchett). A l’origine une novélisation d’une série qu’il avait scénarisée pour la BBC, Neverwhere le roman a eu plusieurs variations suivant qu’il s’adressait à un public britannique ou international (comprendre américain), sans compter les différentes traductions. Après l’avoir lu à sa sortie en France (dans une traduction de Patrick Marcel), je l’ai relu dans sa toute dernière version la « Author’s Preferred Text » comprenant la novella How The Marquis Got His Coat Back qui reprend un des personnages secondaires les plus attachants du livre. Et mon avis concerne donc cette version.
Dans Neverwhere, il y a deux Londres : l’Above où vivent et travaillent les Londoniens et banlieusards, celui qui est visité par les touristes et le Below, le Londres où se réfugient les laissez-pour-compte, les sans-domiciles fixes, mais aussi les vestiges d’autres époques historiques (comme les restes du brouillard ayant couvert les traces de Jack l’Éventreur, des légionnaires romains, etc.) et des créatures mythiques. Et ces deux Londres ne se croisent normalement jamais. Jusqu’au jour où Richard Mayhew vient en aide à une jeune blessée apparue surgie comme par magie d’une ruelle. Happé dans le monde Below, il va l’accompagner dans sa quête et découvrir l’envers du décor d’un monde qu’il croyait bien connaître.
Et le moins que l’on puisse dire est que l’univers de Neverwhere est fascinant. Du Marquis de Carabas, le guide de Richard et le protecteur de la jeune fille aux deux assassins grotesquement terrifiants Messers Croup et Vandemar, en passant par les habitants des égouts, le vendeur d’oiseaux et d’informations Old Bailey ou encore les moines de Blackfriars, Neil Gaiman a créé une galerie de personnages hauts en couleur qui, même s’ils ne sont présents que quelques pages marquent les esprits. Et son Londres d’en-bas est tellement profond et mouvant que l’on s’y perd avec délice au fil des pages. Comme souvent chez Neil Gaiman, et ce dès Sandman, l’histoire, les mythes les plus connus comme les plus obscurs et la vie quotidienne, se mêlent pour nous détendre, mais également pour égratigner aux passages quelques a priori sociaux. Bref, vous l’aurez compris, Neverwhere en lui-même est fortement recommandé à qui veut découvrir l’urban fantasy sans s’encombrer de romance, qui prépare un séjour à Londres (personnellement j’ai noté de visiter le HMS Belfast sur la Tamise) ou qui veut simplement se détendre. Attention, si vous n’êtes pas très à l’aise avec l’anglais – y compris l’argot de 1811 – et les jeux de mots, mieux vaut lire la version française. Neil Gaiman se laisse aller à son amour des mots, et joue énormément sur les allitérations et les sens cachés des noms. Il le fait également dans la nouvelle en fin de volume, How The Marquis Got His Coat Back, mais j’avoue que j’ai moins apprécié cette histoire, même si c’est toujours agréable de flâner dans l’un des différents marchés flottants du monde d’en bas. Peut-être aurais-je préféré que le Marquis garde son mystère ?

Neverwhere
de
Neil Gaiman
Éditions William Morrow

NB : Cette chronique s’inscrit dans le défi lecture imaginaire de 2023 concocté par Jean-Yves et Océane. Arbitrairement, ce livre sera dans la catégorie #M2C5. Mais il peut aussi cocher les cases #M2C1 et #M7C5.

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