Eschatologie du vampire

Si à la fin de Humain.e.s, trop humain.e.s vous pensiez en avoir fini avec Navarre et les autres personnages de l’Altermonde et des différents royaumes, réjouissez-vous. Ceux-ci sont de retour dans le recueil Eschatologie du vampire, paru tout récemment. Regroupant dix nouvelles parues de façon éparpillées entre 2006 et 2015, ce recueil peut également se lire comme un roman de la première nouvelle, Mosquito Coast, à la dernière, Gilles au bûcher.
En effet, elles sont classées par ordre chronologique et si ce cher Navarre n’apparait pas dans toutes, les histoires se répondent de l’une à l’autre. Le ton peut être parfois primesautier comme dans Le Sceau d’Alphonse ou dans Jingle Hells, ou au contraire dur et âpre comme dans L’Ogre de ciment.
Le style varie également du western crépusculaire de Mosquito Coast à la science-fiction post-apocalyptique, en passant par le conte de fées urbain de Mémorial en prime avec une gentille sorcière. La galerie de personnages, tant les humains que les autres, qui y sont présentés ne manque pas de différentes nuances. Il n’y a guère que ce cher Gilles qui soit pleinement détestable. Il faut dire que Jeanne-A Debats n’hésite pas à les malmener et leur faire subir les pires des souffrances. En quelques mots, quelques lignes, elle vous fait comprendre l’horreur qu’ils ont subie ou réalisée, et vous laisse gérer émotionnellement votre empathie ou votre dégoût vis-à-vis d’eux. Certains des textes ne sont donc pas à mettre entre toutes les mains, tenez-en compte. En revanche, même si comme le titre l’indique, il s’agit de parler de la fin des temps, le recueil Eschatologie du vampire n’est pas si désespéré que ça… La plupart des personnages humains s’en sortent au final pas si mal, et Navarre mord encore à la fin des pages. Laissant présager une suite ? Rien n’est moins sûr… Mais sait-on jamais avec ce blondinet aussi attachant qu’irritant ? D’autant qu’avec sa longévité, il est certainement possible de revenir sur des époques encore peu abordées dans ses différentes apparitions.

Eschatologie du vampire
de Jeanne-A Debats
Éditions
ActuSF

Amongst Our Weapons

Dernier volume de la série des Rivers of London de Ben Aaronovitch, Amongst Our Weapons donne l’impression de retrouver un vieil ami perdu de vue et de reprendre la conversation là où elle s’était arrêtée. Plus précisément, l’histoire reprend quelques temps après False Value. Peter Grant ne travaille plus sous couverture et en attendant d’un jour à l’autre l’arrivée de sa descendance a repris un travail de police presque ordinaire. Mais un crime en vase clos, en plein cœur d’un centre commercial souterrain (et hyperspécialisé) va perturber quelque peu son futur congé paternité et va le confronter à de vieux ennemis et d’autres plus inattendus.
Si vous n’avez pas lu les précédents livres de Rivers of London, ou si vous avez sauté quelques épisodes, Amongst Our Weapons est, à la différence de l’enquête précédente de Peter, une bonne porte d’entrée dans cet univers. En effet, avec l’arrivée de différents personnages du passé de Peter Grant, l’auteur prend le temps de résumer brièvement l’essentiel à savoir sur eux, sans pour autant appesantir son récit.
Si vous êtes des fidèles depuis le début,
c’est l’occasion de revoir d’anciennes têtes et de vous étonner des interactions entre elles. Ben Aaronovitch a en effet l’intelligence de ne pas s’endormir sur ses lauriers et de rester imprévisible. Sous des oripeaux confortablement familiers, il propose une histoire qui va surprendre et bousculer encore une fois le statu quo. Non seulement pour les besoins de l’enquête en cours, mais également pour ajouter un peu plus de profondeur à un univers d’urban fantasy déjà riche et toujours aussi étonnant et drôle. Même si personnellement, j’aurais deux ou trois mots à dire aux renards de Londres concernant leur vendetta envers les chats domestiques. Et si une nouvelle fois, Ben Aaronovitch m’a donné envie de retourner à Londres explorer d’autres recoins de la capitale britannique.

Amongst Our Weapons
de
 Ben Aaronovitch
Éditions
Orion Books

Garth Nix

J’avais déjà vu passer le nom de Garth Nix, mais dans mon esprit celui-ci était associé à de la fantasy jeunesse classique, genre que je goûte peu. Puis un article sur Tor.com m’a donné envie de lire son dernier roman et du coup de lire l’une de ses nouvelles qui dormait dans un coin de ma liseuse. Deux œuvres différentes…

The Left-Handed Booksellers of London

Dernier roman en date de l’auteur, il s’agit d’un livre dit « young adult » (catégorie marketing fourre-tout pour grands adolescents et jeunes adultes quel que soit le genre avec parfois du gore, mais rarement des scènes explicites) d’urban fantasy de la variété britannique (bien que l’auteur soit australien avec une bonne connaissance de l’Angleterre). A priori, la trame en est on ne peut plus classique. Arrivant à l’âge adulte, une jeune fille part à la ville en quête du père qu’elle n’a jamais connu. Elle y rencontrera une famille de libraires magiciens gardiens de la frontière entre l’Ancien et le Nouveau Monde. Et elle est le nouvel enjeu d’une très vieille lutte. Sauf que… Nous sommes en 1983, que la jeune fille en question est une petite punkette qui ne se laisse pas facilement démonter, et que la famille de libraire est assez loufoque et peut-être plus dangereuse que protectrice. Ajoutez-y un système de magie bien pensé, une utilisation d’un patchwork de créatures issues des mythes britanniques, celtes et nordiques et d’autres créations originales, un soupçon de romance, de l’action à revendre et vous obtiendrez un livre très agréable à lire à défaut d’être inoubliable.

The Left-Handed Book
de 
Garth Nix
Éditions Katherine Tegen Books

Dislocation Space

Cette nouvelle s’adresse, elle, à un public adulte et relève de la science-fiction. Elle est disponible gratuitement sur le site de Tor.com. Nous sommes dans l’URSS, quelques années après la fin de la Seconde Guerre mondiale. Staline a fait déporter dans un camp en Sibérie son ex-sniper privée. Devenue la prisonnière KH112, elle va être rappelée pour une mission scientifique où ses talents loin des armes à feu seront nécessaires.
À travers cette courte histoire à la chute légèrement optimiste, Garth Nix arrive en peu de mots, et aussi peu de personnages, à dresser un portrait terrifiant du stalinisme et de ses pires errements. KH112 est une
femme blessée et usée jusqu’à perdre quasiment toute émotion. Et pourtant, au fond du trou, elle saura trouver une minuscule porte de sortie. Ce Dislocation Space me marquera plus que le roman précédent. Bien joué !

Dislocation Space
de Garth Nix
Disponible sur Tor.com

Les dossiers du Voile

Même si le détective ou le policier enquêtant parmi des entités surnaturelles est un classique de l’urban fantasy, y compris pour la jeunesse, il ne reprend que rarement les codes du polar à la française. C’est pourtant ce que réussit à faire Adrien Tomas avec Les dossiers du Voile.
Pour l’occasion, il reprend l’héroïne de deux nouvelles précédentes, non lues pour ma part : Tia Morcese. Celle-ci est inspectrice à Paris en charge plus particulièrement des affaires criminelles se trouvant derrière le Voile, c’est-à-dire touchant d’une façon ou d’une autre à la communauté magique d’Île-de-France : mages, nécromants et druides, vampires et loups-garous, djinns, gnomes, fées et trolls… Et si elle a personnellement tourné le dos à ses talents de sorcière, Tia est affublée d’une grande fratrie magique et catastrophique.
Parmi eux, Mona, lycéenne de 15 ans dans le seul établissement de Paris proposant un cursus magique, voit sa meilleure amie, louve-garou, enrôlée dans la guerre ancestrale contre les vampires. Juste au moment où sa sœur et le reste de la brigade sont plongés jusqu’au coup dans le boulot entre meurtres rituels, tensions claniques et guerres des gangs entre barons de la drogue féérique. Et si les deux problèmes étaient liés ?
Alternant entre le point de vue de l’aînée et de l’adolescente, Les dossiers du Voile va dérouler une enquête somme toute classique pour un polar (qui n’est pas sans rappeler l’intrigue du Parrain de Mario Puzo s’il était raconté du côté du NYPD et du FBI), mais prenante dans un univers à la fois baroque et très parisien.
L’histoire est à destination de la jeunesse : la lectrice aguerrie de polar verra venir d’assez loin le retournement final. Sans pour autant bouder son plaisir, quitte à se retrouver en terrain connu. Adrien Tomas, tout comme dans Engrenages et Sortilèges, ne prend pas ses jeunes lecteurs pour des imbéciles. Au fil de l’enquête, il les amènent à s’interroger sur le bien-fondé de certaines pratiques ancestrales dans un monde moderne ou sur l’impunité des criminels pour protéger le Voile, mais également sur les limites de l’autodéfense ou les ravages de la gueule de bois lors de la reprise du travail. Sans oublier une bonne dose d’humour et d’action… Et les 261 pages de ce roman se tournent toutes seules.

Les dossiers du Voile
d’Adrien Tomas
Éditions Fleurus

Évariste

Si malgré son appellation, le héros du précédent roman n’avait pas le moindre talent paranormal, ce n’est pas le cas d’Évariste, héros du roman du même nom d’Olivier Gechter et authentique occultiste. Ce qui ne l’empêche pas d’être lui non plus un escroc. Pardon, il se définit comme ingénieur-conseil ayant fondé son propre cabinet d’expertise en sciences occultes au sein d’une pépinière de La Défense. Et, de son propre aveu, ayant appris et perfectionné l’art de la fumisterie pour embobiner le client en grandes écoles. La nuance est mince, non ?
Tout commence lorsque venant de monter sa société, l’une de ses premières clientes lui demande de véritables extra-lucides pour ajouter un service « premium » à son service de voyance téléphonique classique.
Hélas, la prescience ne rime pas toujours avec santé mentale, et la recherche de la perle rare ne plait pas à tout le monde. Une voyante comtesse du 16arrondissement et son étrange secrétaire à verres miroirs n’apprécient pas l’activité d’Évariste et n’hésitent pas à recourir à la manière forte pour lui faire savoir. Heureusement, l’ingénieur pourra compter sur le soutien d’un sorcier de Papouasie échoué dans le 17e, de ses parents morts, mais toujours prévenants, et de pigeons parisiens drôlement affranchis pour en venir à bout et finir son recrutement.
Mon seul bémol à la lecture d’Évariste est que la fin est un peu trop rapide à mon goût et que les motivations du principal adversaire sont vite expédiées. C’est un bémol très léger tellement Évariste s’avère un roman de fantaisie urbaine plus qu’agréable à lire. Sa galerie de personnages loufoques, mais souvent attachants — sauf Dolorès et Bruno — arrive toujours à faire rire et sourire le lecteur sans jamais le lasser devant trop d’excès. Les différents systèmes de magie présentés sont intéressants, compatibles dans cet univers avec la science traditionnelle et les smartphones (y compris dans l’Au-delà), et suffisamment originaux pour ne pas avoir l’impression de les avoir déjà lus des centaines de fois. Et le protagoniste lui-même a un côté Pierre Richard de l’occulte, période Grand blond avec une chaussure noire, plutôt touchant. Et tant mieux, car il semblerait qu’il revienne dans les mois à venir pour de nouvelles aventures… À suivre ?

Évariste
d’Olivier Gechter
Éditions Mnémos

The Hollows

En 2020, ce n’est pas une, mais deux de mes séries d’urban fantasy favorites qui ont repris du service. Après vous avoir parlé des Dresden Files de Jim Butcher, examinons désormais la série The Hollows de Kim Harrison. En effet, six ans après ce qui aurait dû être le treizième et dernier livre de la série, The Witch With No Name, l’autrice revient dans cet univers avec un American Demon franchement réussi et a déjà annoncé un prochain roman pour l’été 2021.
Pourquoi parler de The Hollows en octobre ? Parce que c’est la série parfaite pour Halloween ou Samain. L’héroïne principale est une sorcière, travaillant et vivant avec une vampire et un pixie (pensez lutin ailé du même type que la fée Clochette, mais au masculin avec des ailes de dragon et très doué en escrime et manipulation de la vidéosurveillance). Au fil de la série, vous allez y croiser des démons, des elfes, des fantômes, des loups-garous et même des tricksters celtes ou amérindiens et un esprit asiatique manipulateur de rêve. Le tout étant placé dans une dystopie de science-fiction où des tomates génétiquement modifiées ont
causé la mort d’un quart de la population humaine. Les différentes races surnaturelles, les Inderlanders, étant désormais aussi nombreuses que les humains, elles se sont révélées au grand jour, et certaines ayant accumulé puissance et fortune au fil des siècles ont pris les rênes du pouvoir pour éviter de tomber dans le chaos total. Un quart de siècle plus tard, humains et Inderlanders vivent côte à côte. Et à Cincinnati où se passe principalement la série, ils vivent chacun d’un côté du fleuve et ont chacun leur force de police.
Sorcière qui a quitté l’une de ces forces de police, ce qui est l’objet du premier roman De
ad Witch Walking, Rachel Morgan veut gagner sa vie comme chasseuse de prime, garde du corps et détective privé. Sauf que son passé médical d’enfant fragile toujours entre deux hôpitaux va la plonger au cœur de la guerre multimillénaire que se livrent démons et elfes, dans cette réalité et la suivante. De roman en roman, elle a va également démêler les intrigues politico-mafieuses des vampires, bousculer le statu quo des garous et changer la vie d’une banshee et d’une dryade. Le tout avec un mélange de puissance et de maladresse qui fait que chaque livre se dévore très très vite avec de grands éclats de rire. Si la romance est nettement plus présente dans The Hollows que dans The Dresden Files, elle n’est pas le moteur majeur de la série, certes axée sur les relations personnelles entre ses personnages, mais portée principalement par les liens amicaux ou familiaux des uns et des autres. Le tout dans des romans plutôt gros où l’action est suffisamment présente pour vous tenir en haleine jusqu’à la dernière page.
Attention, cette série – comme The Dresden Files –  a commencé à être traduite chez Bragelonne, mais elle a été vite abandonnée depuis. Il ne reste pour l’instant que la possibilité de la suivre en anglais.

The Hollows
De
Kim Harrison
Éditions
Harper-Collins

The Dresden files

À l’occasion de la sortie de Peace Talks, le seizième roman dans cet univers, et des vingt ans de la série de Jim Butcher, laissez-moi vous présenter aujourd’hui The Dresden Files. Il s’agit d’une série d’urban fantasy originale, car mélangeant une multitude de mythologies en plein cœur de Chicago et de ses préoccupations bien modernes.
L’histoire commence par Storm Front, où nous faisons la connaissance d’Harry Dresden, seul sorcier officiellement inscrit dans l’annuaire de Chicago, alors qu’il va devoir retrouver un mari disparu et aider la police locale à résoudre une affaire de meurtre rituel commis visiblement à l’aide de la magie. Les premiers épisodes se lisent comme des polars surnaturels. L’univers autour d’Harry Dresden et du monde surnaturel qu’il côtoie se construit au fur et à mesure. Vous y découvrirez les sorciers humains du White Council qui se méfient de lui bien qu’il en fasse partie de plein droit, le monde des fées (divisé entre les cours de l’Eté et de l’Hiver, plus des indépendants comme la Horde fantastique ou les pixies proches de la fée Clochette et amateurs de pizza), différentes sortes de vampires (psychique, monstrueux ou morts-vivants tradition
nels), de loups-garous, des créatures issues de la mythologie nordique, tibétaine, amérindienne ou grecque (et le salon d’Hadès aux Enfers si confortable), des anges déchus ou non, et même des entités mystérieuses venues du Grand extérieur… Peu à peu, toutes ses enquêtes vont se révéler liées les unes aux autres et Harry Dresden va se retrouver mêlé à un complot ne visant rien de moins qu’à déstabiliser les accords entre les différentes nations surnaturelles pour éradiquer l’Humanité, si faible et pourtant si dangereuse pour le reste des créatures. Comme souvent dans ce genre de saga de fantasy, Harry Dresden va prendre du galon et passer de simple sorcier détective au rang de puissance à lui tout seul parmi la communauté surnaturelle. Mais son rayon d’action reste limité majoritairement à Chicago, même si certaines de ses aventures dans les nouvelles ou les comics liés l’entraînent à d’autres endroits de l’Amérique du Nord. Et suivant un corollaire du Tao de Peter Parker, de grands pouvoirs impliquent de grandes difficultés… Pour Harry Dresden, les enjeux ne vont que crescendo culminant avec la fin de Peace Talks, le dernier opus en date, où Chicago est menacée de destruction par la dernière des Titans. Autant vous dire que je n’ai qu’une hâte : me jeter sur Battle Ground quand il sortira fin septembre.
Mais si vous avez la chance de ne pas encore connaître cette série, pourquoi la lire ? Déjà parce qu’outre Harry Dresden, Jim Butcher a su créé une galerie de personnages humains ou non, particulièrement attachants et construits tout en nuance : La policière Karrin Murphy, Gentleman Jim Marcone truand de profession, ou Lea marraine féérique d’Harry, Bob esprit piégé dans un crâne ou encore la famille Raith dans son ensemble succubes de leur état, ne sont que quelques exemples parmi d’autres. Aussi puissantes qu’elles puissent l’être, les créatures
ont des limites strictes et ne peuvent s’en écarter : les fées ne peuvent mentir, les Raith sont brûlés par le contact d’une personne pleinement amoureuse, Harry ne peut utiliser de technologie postérieure aux années 70 sans tout faire sauter. Ce qui le condamne le plus souvent aux pannes de voitures et aux douches froides à répétition… Et l’auteur sait parfaitement alterner les moments épiques avec les petits détails de la vie quotidienne, comme un personnage s’inquiétant de la réaction de sa mère à ses nouveaux piercings alors qu’elle est en train de sauver l’univers en se battant dans la la forteresse de l’Hiver. Ou Harry faisant une note mentale d’inscrire sa fille à l’école alors qu’il va faire un cambriolage dangereux dans la forteresse du plus grand mafieux de Chicago. Les références à la culture geek (BD, livres, films, TV et autres) sont également nombreuses et toujours bien amenées. Je vous garantis que chaque livre vous apportera votre dose de suspense, de fou rire, d’émotion et d’action. Amateur d’urban fantasy, foncez lire The Dresden Files. Pour ceux qui lisent uniquement en français, la série a été traduite partiellement en français sous le titre Les Dossiers Dresden chez Bragelonne.

The Dresden Files
de 
Jim Butcher
Storm Front, Full Moon,
Grave Peril, Summer Knight, Death Masks, Blood Rite, Dead Beat, Proven Guilty, White Night, Small Favor, Turn Coat, Changes, Ghost Story, Cold Days, Skin Game, Peace Talks et une série de nouvelles et de comics associés
Éditions
Ace books

Tales From The Folly

Ayant découvert récemment la série Rivers of London de Ben Aaronovitch, j’ai vite rattrapé mon retard. Pas de surprise donc à ce que je me plonge dans le dernier volume, Tales of the Folly, quelques jours après sa sortie. D’autant plus qu’il ne s’agit pas ici d’une nouvelle aventure complète de Peter Grant, mais bien d’une série de nouvelles mettant en scène certains des personnages de Ben Aaronovitch pour apporter un éclairage différent sur ce qu’il se passe entre les romans. La première moitié de ces vignettes concerne Peter Grant (principalement celui des premiers romans) et la deuxième moitié d’autres personnages secondaires comme Nightingale ou Abigail. Ou encore Vanessa Sommer apparue dans The October man, seul livre à ce jour de la série ne se déroulant pas en Grande-Bretagne.
Disons-le carrément : Tales From The Folly s’adresse à ceux qui connaissent bien la série principale de Rivers of London, les événements des comics qui y sont liés n’étant pas mentionnés. Si vous voulez profiter du fait que ce sont des nouvelles pour découvrir l’univers de Ben Aaronovitch, ce n’est peut-être pas le recueil idéal. En effet, même si l’auteur introduit brièvement chaque nouvelle et indique sa place dans la chronologie, il ne prend pas le temps de rappeler certains éléments clés à son univers : qu’est-ce qu’un vestigium, pourquoi Molly est particulière, etc. Les novices seront alors aussi perdus que Peter Grant durant sa première leçon de latin.
En revanche, pour les autres, ce recueil est une belle prolongation de l’univers et permet de prolonger son plaisir. J’ai particulièrement apprécié Three Rivers, Two Husbands and a Baby et Favourite Uncle qui sont remplis de douceur et mettent en scène mes personnages secondaires favoris (hors les rivières liées à la Tamise, de la campagne comme de la ville). Même si l’auteur avoue être mal à l’aise avec ce format, il promet déjà d’autres nouvelles dans cet univers.

Tales From The Folly
de Ben Aaronovitch
Éditions Gollancz

Les incontournables (récents) en SFFF

Sur son blog, Nevertwhere propose que chacun recense ses classiques récents de la science-fiction, de la fantasy et du fantastique (d’où l’acronyme SFFF)… Vous me connaissez ? J’ai du mal avec les listes ou avec un cadre imposé… Mais je trouve l’idée intéressante. Et donc plutôt que vous proposer une série de livres à lire absolument, je vais vous suggérer une liste d’auteurs et autrices qui m’intriguent et qui ont su renouveler les littératures de l’imaginaire ces dix dernières années :

— John Scalzi

Depuis Le Vieil homme et la mer, John Scalzi a toujours su réinventer les classiques de la science-fiction avec des histoires toujours en lien avec l’actualité, que ce soit du space opera comme la trilogie de l’Interdépendance (cf ici, ici et ici) ou en mode cyberpunk (comme ici). Sarcastique et drôle, il vous garantit un bon moment de lecture.

— Kij Johnson

Découverte grâce à deux titres parus au Belial’, cette autrice américaine a une façon d’écrire le fantastique si naturelle et si contemplative que chaque voyage en sa compagnie est un pur bonheur. Vous pouvez lire mon avis sur chaque titre à cet endroit (avec des illustrations de Nicolas Fructus magnifique) et .

Kim Harrison/Jim Butcher

J’avoue, l’urban fantasy est mon péché mignon alors que je ne suis pas particulièrement friande de fantasy. Et chacun à leurs manières, ces deux auteurs américains ont su me captiver avec leurs séries respectives : The Hollows et The Dresden Files. Chacun sort d’ailleurs de nouveaux romans dans ces séries cette année : American Demon pour Kim Harrison, Peace Talks et Battle Ground pour Jim Butcher

— Liu Cixin

Sa trilogie du Problème à trois corps fut une révélation, car je ne connaissais pas du tout la science-fiction à la chinoise. Sa novella, Terre errante, a de nombreux défauts, mais elle sait capter le lecteur et donner à réfléchir sur ses personnages. À suivre…

— Ken Liu

C’est grâce au précédent que j’ai découvert Ken Liu, car celui-ci fut le traducteur en anglais du premier et du troisième volume du Problème à trois corps (je n’ai pas retenu le nom du traducteur du deuxième, mais il est nettement moins bon). Depuis j’ai lu deux de ses novellas dans la collection Une Heure-Lumière du Bélial’, dont L’Homme qui mit fin à l’histoire et certaines de ses nouvelles en fantasy. Son style est magnifique et ses histoires ne manquent jamais d’originalité…

— Tade Thompson

Continuons par un très gros coup de cœur… Je vous ai parlé des deux novellas horrifiques écrites par ce médecin britannique, je vais bientôt vous entreprendre de sa trilogie de SF, Rosewater, située elle dans un proche futur au cœur du Nigeria. Dans deux styles complètement opposés l’un à l’autre, Tade Thompson arrive à vous mettre dans la peau de ses personnages et à vous surprendre par un récit jamais conventionnel. Un vrai régal.

— Martha Wells/Mary Robinette Kowal

Dans deux genres différents, ces deux autrices américaines ont renouvelé la SF américaine dite classique. L’une avec sa saga Murderbot renouvelle le space opera d’aventure en nous plaçant dans la « peau » d’un androïde de sécurité découvrant la conscience de soi et la difficulté de vivre avec des humains et d’autres « artificiels ». L’autre, avec sa série The Lady Astronaut, dont le troisième volume The Relentless Moon vient de sortir en VO et le premier sera disponible prochainement en VF, propose une dystopie au goût de conquête spatiale qui met des étoiles dans les yeux de tous les astronomes et astronautes amateurs. À noter que ces deux autrices écrivent également de la fantasy et du fantastique, mais je n’ai pas lu ce qu’elles proposent dans ces genres.

Cette liste correspond à mes incontournables à un instant T. Dans un mois, elle pourrait varier. Et d’autres auteurs n’y figurent pas. Ainsi, Tamsyn Muir n’ayant écrit qu’un livre à l’heure où j’écris ces lignes (le deuxième Harrow The Ninth est attendu ces jours-ci), il est trop tôt pour la définir comme incontournable. De même, je n’ai lu qu’un livre de Stephen Graham Jones, c’est un peu court pour me faire une opinion de son œuvre.

Les tribulations d’Esther Parmentier – Cadavre haché, vampire fâché

Après un gros pavé de science-fiction très littéraire et politique, il faut parfois se délasser les neurones avec une lecture bien plus légère. Profitant d’une opération Masse Critique de Babelio, j’ai alors jeté mon dévolu sur Les tribulations d’Esther Parmentier – Cadavre haché, vampire fâché de Maëlle Desard.
Bonne pioche ! À peine reçu, il a fallu que je le récupère des mains de ma référence adolescente. Il est, en effet vendu dans sa cible, même si celle-ci qui l’a dévoré en une après-midi le trouve sanglant et avec un vocabulaire fleuri (quand je vous dis que les ados sont souvent plus moralisateurs que nous… et plus hypocrite, cette même référence adore les polars gore à souhait). Finalement, posée dans mon canapé je me suis plongée dedans.
Comme son titre l’indique, nous sommes dans de l’urban fantasy. Esther, jeune Bretonne volontairement exilée à Strasbourg s’ennuie dans son stage de comptabilité. De passage par un centre commercial, elle apprend tour à tour qu’elle est une sorcière (sans grand talent), que les créatures surnaturelles (banshee, loup-garous, djinns, goules et autres mélanges…) existent, que certaines sont responsables de la disparition d’adolescents, et qu’elle change de stage pour se retrouver à enquêter sur ces enlèvements avec un vampire particulièrement imbuvable et accro au sucre caféiné.
Au début, le lecteur ne voit pas bien où Maëlle Desard veut l’emmener. Mais, dès les premières lignes, le ton est donné : loufoque, entraînant et mettant à mal certains clichés du genre… Ainsi l’héroïne est magiquement nulle au début de l’histoire et le restera à la fin, ce sont ses talents de détective et son sens de la répartie qui l’aideront, pas des capacités physiques, catastrophiques elles aussi, ou surnaturelles découvertes comme par miracle en cours d’histoire. Outre Esther et le vampire, Loan, l’ensemble des personnages ne manque pas de piquant et de surprises. Réservons une mention spéciale à Mozzie le fantôme à la conduite plus que farfelue et adepte d’emoji et de jeux massivement multijoueurs qui en fait un ectoplasme aussi sympathique que Slimey dans SOS Fantômes. Pour un premier roman, Maëlle Desard a réussi son pari. Je l’ai lu avec grand plaisir, et nous serons au moins deux à guetter la suite ici.

Les tribulations d’Esther Parmentier t.1
Cadavre haché, vampire fâché
de Maëlle Desard
Éditions Rageot