The Hollows

En 2020, ce n’est pas une, mais deux de mes séries d’urban fantasy favorites qui ont repris du service. Après vous avoir parlé des Dresden Files de Jim Butcher, examinons désormais la série The Hollows de Kim Harrison. En effet, six ans après ce qui aurait dû être le treizième et dernier livre de la série, The Witch With No Name, l’autrice revient dans cet univers avec un American Demon franchement réussi et a déjà annoncé un prochain roman pour l’été 2021.
Pourquoi parler de The Hollows en octobre ? Parce que c’est la série parfaite pour Halloween ou Samain. L’héroïne principale est une sorcière, travaillant et vivant avec une vampire et un pixie (pensez lutin ailé du même type que la fée Clochette, mais au masculin avec des ailes de dragon et très doué en escrime et manipulation de la vidéosurveillance). Au fil de la série, vous allez y croiser des démons, des elfes, des fantômes, des loups-garous et même des tricksters celtes ou amérindiens et un esprit asiatique manipulateur de rêve. Le tout étant placé dans une dystopie de science-fiction où des tomates génétiquement modifiées ont
causé la mort d’un quart de la population humaine. Les différentes races surnaturelles, les Inderlanders, étant désormais aussi nombreuses que les humains, elles se sont révélées au grand jour, et certaines ayant accumulé puissance et fortune au fil des siècles ont pris les rênes du pouvoir pour éviter de tomber dans le chaos total. Un quart de siècle plus tard, humains et Inderlanders vivent côte à côte. Et à Cincinnati où se passe principalement la série, ils vivent chacun d’un côté du fleuve et ont chacun leur force de police.
Sorcière qui a quitté l’une de ces forces de police, ce qui est l’objet du premier roman De
ad Witch Walking, Rachel Morgan veut gagner sa vie comme chasseuse de prime, garde du corps et détective privé. Sauf que son passé médical d’enfant fragile toujours entre deux hôpitaux va la plonger au cœur de la guerre multimillénaire que se livrent démons et elfes, dans cette réalité et la suivante. De roman en roman, elle a va également démêler les intrigues politico-mafieuses des vampires, bousculer le statu quo des garous et changer la vie d’une banshee et d’une dryade. Le tout avec un mélange de puissance et de maladresse qui fait que chaque livre se dévore très très vite avec de grands éclats de rire. Si la romance est nettement plus présente dans The Hollows que dans The Dresden Files, elle n’est pas le moteur majeur de la série, certes axée sur les relations personnelles entre ses personnages, mais portée principalement par les liens amicaux ou familiaux des uns et des autres. Le tout dans des romans plutôt gros où l’action est suffisamment présente pour vous tenir en haleine jusqu’à la dernière page.
Attention, cette série – comme The Dresden Files –  a commencé à être traduite chez Bragelonne, mais elle a été vite abandonnée depuis. Il ne reste pour l’instant que la possibilité de la suivre en anglais.

The Hollows
De
Kim Harrison
Éditions
Harper-Collins

The Dresden files

À l’occasion de la sortie de Peace Talks, le seizième roman dans cet univers, et des vingt ans de la série de Jim Butcher, laissez-moi vous présenter aujourd’hui The Dresden Files. Il s’agit d’une série d’urban fantasy originale, car mélangeant une multitude de mythologies en plein cœur de Chicago et de ses préoccupations bien modernes.
L’histoire commence par Storm Front, où nous faisons la connaissance d’Harry Dresden, seul sorcier officiellement inscrit dans l’annuaire de Chicago, alors qu’il va devoir retrouver un mari disparu et aider la police locale à résoudre une affaire de meurtre rituel commis visiblement à l’aide de la magie. Les premiers épisodes se lisent comme des polars surnaturels. L’univers autour d’Harry Dresden et du monde surnaturel qu’il côtoie se construit au fur et à mesure. Vous y découvrirez les sorciers humains du White Council qui se méfient de lui bien qu’il en fasse partie de plein droit, le monde des fées (divisé entre les cours de l’Eté et de l’Hiver, plus des indépendants comme la Horde fantastique ou les pixies proches de la fée Clochette et amateurs de pizza), différentes sortes de vampires (psychique, monstrueux ou morts-vivants tradition
nels), de loups-garous, des créatures issues de la mythologie nordique, tibétaine, amérindienne ou grecque (et le salon d’Hadès aux Enfers si confortable), des anges déchus ou non, et même des entités mystérieuses venues du Grand extérieur… Peu à peu, toutes ses enquêtes vont se révéler liées les unes aux autres et Harry Dresden va se retrouver mêlé à un complot ne visant rien de moins qu’à déstabiliser les accords entre les différentes nations surnaturelles pour éradiquer l’Humanité, si faible et pourtant si dangereuse pour le reste des créatures. Comme souvent dans ce genre de saga de fantasy, Harry Dresden va prendre du galon et passer de simple sorcier détective au rang de puissance à lui tout seul parmi la communauté surnaturelle. Mais son rayon d’action reste limité majoritairement à Chicago, même si certaines de ses aventures dans les nouvelles ou les comics liés l’entraînent à d’autres endroits de l’Amérique du Nord. Et suivant un corollaire du Tao de Peter Parker, de grands pouvoirs impliquent de grandes difficultés… Pour Harry Dresden, les enjeux ne vont que crescendo culminant avec la fin de Peace Talks, le dernier opus en date, où Chicago est menacée de destruction par la dernière des Titans. Autant vous dire que je n’ai qu’une hâte : me jeter sur Battle Ground quand il sortira fin septembre.
Mais si vous avez la chance de ne pas encore connaître cette série, pourquoi la lire ? Déjà parce qu’outre Harry Dresden, Jim Butcher a su créé une galerie de personnages humains ou non, particulièrement attachants et construits tout en nuance : La policière Karrin Murphy, Gentleman Jim Marcone truand de profession, ou Lea marraine féérique d’Harry, Bob esprit piégé dans un crâne ou encore la famille Raith dans son ensemble succubes de leur état, ne sont que quelques exemples parmi d’autres. Aussi puissantes qu’elles puissent l’être, les créatures
ont des limites strictes et ne peuvent s’en écarter : les fées ne peuvent mentir, les Raith sont brûlés par le contact d’une personne pleinement amoureuse, Harry ne peut utiliser de technologie postérieure aux années 70 sans tout faire sauter. Ce qui le condamne le plus souvent aux pannes de voitures et aux douches froides à répétition… Et l’auteur sait parfaitement alterner les moments épiques avec les petits détails de la vie quotidienne, comme un personnage s’inquiétant de la réaction de sa mère à ses nouveaux piercings alors qu’elle est en train de sauver l’univers en se battant dans la la forteresse de l’Hiver. Ou Harry faisant une note mentale d’inscrire sa fille à l’école alors qu’il va faire un cambriolage dangereux dans la forteresse du plus grand mafieux de Chicago. Les références à la culture geek (BD, livres, films, TV et autres) sont également nombreuses et toujours bien amenées. Je vous garantis que chaque livre vous apportera votre dose de suspense, de fou rire, d’émotion et d’action. Amateur d’urban fantasy, foncez lire The Dresden Files. Pour ceux qui lisent uniquement en français, la série a été traduite partiellement en français sous le titre Les Dossiers Dresden chez Bragelonne.

The Dresden Files
de 
Jim Butcher
Storm Front, Full Moon,
Grave Peril, Summer Knight, Death Masks, Blood Rite, Dead Beat, Proven Guilty, White Night, Small Favor, Turn Coat, Changes, Ghost Story, Cold Days, Skin Game, Peace Talks et une série de nouvelles et de comics associés
Éditions
Ace books

Tales From The Folly

Ayant découvert récemment la série Rivers of London de Ben Aaronovitch, j’ai vite rattrapé mon retard. Pas de surprise donc à ce que je me plonge dans le dernier volume, Tales of the Folly, quelques jours après sa sortie. D’autant plus qu’il ne s’agit pas ici d’une nouvelle aventure complète de Peter Grant, mais bien d’une série de nouvelles mettant en scène certains des personnages de Ben Aaronovitch pour apporter un éclairage différent sur ce qu’il se passe entre les romans. La première moitié de ces vignettes concerne Peter Grant (principalement celui des premiers romans) et la deuxième moitié d’autres personnages secondaires comme Nightingale ou Abigail. Ou encore Vanessa Sommer apparue dans The October man, seul livre à ce jour de la série ne se déroulant pas en Grande-Bretagne.
Disons-le carrément : Tales From The Folly s’adresse à ceux qui connaissent bien la série principale de Rivers of London, les événements des comics qui y sont liés n’étant pas mentionnés. Si vous voulez profiter du fait que ce sont des nouvelles pour découvrir l’univers de Ben Aaronovitch, ce n’est peut-être pas le recueil idéal. En effet, même si l’auteur introduit brièvement chaque nouvelle et indique sa place dans la chronologie, il ne prend pas le temps de rappeler certains éléments clés à son univers : qu’est-ce qu’un vestigium, pourquoi Molly est particulière, etc. Les novices seront alors aussi perdus que Peter Grant durant sa première leçon de latin.
En revanche, pour les autres, ce recueil est une belle prolongation de l’univers et permet de prolonger son plaisir. J’ai particulièrement apprécié Three Rivers, Two Husbands and a Baby et Favourite Uncle qui sont remplis de douceur et mettent en scène mes personnages secondaires favoris (hors les rivières liées à la Tamise, de la campagne comme de la ville). Même si l’auteur avoue être mal à l’aise avec ce format, il promet déjà d’autres nouvelles dans cet univers.

Tales From The Folly
de Ben Aaronovitch
Éditions Gollancz

Les incontournables (récents) en SFFF

Sur son blog, Nevertwhere propose que chacun recense ses classiques récents de la science-fiction, de la fantasy et du fantastique (d’où l’acronyme SFFF)… Vous me connaissez ? J’ai du mal avec les listes ou avec un cadre imposé… Mais je trouve l’idée intéressante. Et donc plutôt que vous proposer une série de livres à lire absolument, je vais vous suggérer une liste d’auteurs et autrices qui m’intriguent et qui ont su renouveler les littératures de l’imaginaire ces dix dernières années :

— John Scalzi

Depuis Le Vieil homme et la mer, John Scalzi a toujours su réinventer les classiques de la science-fiction avec des histoires toujours en lien avec l’actualité, que ce soit du space opera comme la trilogie de l’Interdépendance (cf ici, ici et ici) ou en mode cyberpunk (comme ici). Sarcastique et drôle, il vous garantit un bon moment de lecture.

— Kij Johnson

Découverte grâce à deux titres parus au Belial’, cette autrice américaine a une façon d’écrire le fantastique si naturelle et si contemplative que chaque voyage en sa compagnie est un pur bonheur. Vous pouvez lire mon avis sur chaque titre à cet endroit (avec des illustrations de Nicolas Fructus magnifique) et .

Kim Harrison/Jim Butcher

J’avoue, l’urban fantasy est mon péché mignon alors que je ne suis pas particulièrement friande de fantasy. Et chacun à leurs manières, ces deux auteurs américains ont su me captiver avec leurs séries respectives : The Hollows et The Dresden Files. Chacun sort d’ailleurs de nouveaux romans dans ces séries cette année : American Demon pour Kim Harrison, Peace Talks et Battle Ground pour Jim Butcher

— Liu Cixin

Sa trilogie du Problème à trois corps fut une révélation, car je ne connaissais pas du tout la science-fiction à la chinoise. Sa novella, Terre errante, a de nombreux défauts, mais elle sait capter le lecteur et donner à réfléchir sur ses personnages. À suivre…

— Ken Liu

C’est grâce au précédent que j’ai découvert Ken Liu, car celui-ci fut le traducteur en anglais du premier et du troisième volume du Problème à trois corps (je n’ai pas retenu le nom du traducteur du deuxième, mais il est nettement moins bon). Depuis j’ai lu deux de ses novellas dans la collection Une Heure-Lumière du Bélial’, dont L’Homme qui mit fin à l’histoire et certaines de ses nouvelles en fantasy. Son style est magnifique et ses histoires ne manquent jamais d’originalité…

— Tade Thompson

Continuons par un très gros coup de cœur… Je vous ai parlé des deux novellas horrifiques écrites par ce médecin britannique, je vais bientôt vous entreprendre de sa trilogie de SF, Rosewater, située elle dans un proche futur au cœur du Nigeria. Dans deux styles complètement opposés l’un à l’autre, Tade Thompson arrive à vous mettre dans la peau de ses personnages et à vous surprendre par un récit jamais conventionnel. Un vrai régal.

— Martha Wells/Mary Robinette Kowal

Dans deux genres différents, ces deux autrices américaines ont renouvelé la SF américaine dite classique. L’une avec sa saga Murderbot renouvelle le space opera d’aventure en nous plaçant dans la « peau » d’un androïde de sécurité découvrant la conscience de soi et la difficulté de vivre avec des humains et d’autres « artificiels ». L’autre, avec sa série The Lady Astronaut, dont le troisième volume The Relentless Moon vient de sortir en VO et le premier sera disponible prochainement en VF, propose une dystopie au goût de conquête spatiale qui met des étoiles dans les yeux de tous les astronomes et astronautes amateurs. À noter que ces deux autrices écrivent également de la fantasy et du fantastique, mais je n’ai pas lu ce qu’elles proposent dans ces genres.

Cette liste correspond à mes incontournables à un instant T. Dans un mois, elle pourrait varier. Et d’autres auteurs n’y figurent pas. Ainsi, Tamsyn Muir n’ayant écrit qu’un livre à l’heure où j’écris ces lignes (le deuxième Harrow The Ninth est attendu ces jours-ci), il est trop tôt pour la définir comme incontournable. De même, je n’ai lu qu’un livre de Stephen Graham Jones, c’est un peu court pour me faire une opinion de son œuvre.

Les tribulations d’Esther Parmentier – Cadavre haché, vampire fâché

Après un gros pavé de science-fiction très littéraire et politique, il faut parfois se délasser les neurones avec une lecture bien plus légère. Profitant d’une opération Masse Critique de Babelio, j’ai alors jeté mon dévolu sur Les tribulations d’Esther Parmentier – Cadavre haché, vampire fâché de Maëlle Desard.
Bonne pioche ! À peine reçu, il a fallu que je le récupère des mains de ma référence adolescente. Il est, en effet vendu dans sa cible, même si celle-ci qui l’a dévoré en une après-midi le trouve sanglant et avec un vocabulaire fleuri (quand je vous dis que les ados sont souvent plus moralisateurs que nous… et plus hypocrite, cette même référence adore les polars gore à souhait). Finalement, posée dans mon canapé je me suis plongée dedans.
Comme son titre l’indique, nous sommes dans de l’urban fantasy. Esther, jeune Bretonne volontairement exilée à Strasbourg s’ennuie dans son stage de comptabilité. De passage par un centre commercial, elle apprend tour à tour qu’elle est une sorcière (sans grand talent), que les créatures surnaturelles (banshee, loup-garous, djinns, goules et autres mélanges…) existent, que certaines sont responsables de la disparition d’adolescents, et qu’elle change de stage pour se retrouver à enquêter sur ces enlèvements avec un vampire particulièrement imbuvable et accro au sucre caféiné.
Au début, le lecteur ne voit pas bien où Maëlle Desard veut l’emmener. Mais, dès les premières lignes, le ton est donné : loufoque, entraînant et mettant à mal certains clichés du genre… Ainsi l’héroïne est magiquement nulle au début de l’histoire et le restera à la fin, ce sont ses talents de détective et son sens de la répartie qui l’aideront, pas des capacités physiques, catastrophiques elles aussi, ou surnaturelles découvertes comme par miracle en cours d’histoire. Outre Esther et le vampire, Loan, l’ensemble des personnages ne manque pas de piquant et de surprises. Réservons une mention spéciale à Mozzie le fantôme à la conduite plus que farfelue et adepte d’emoji et de jeux massivement multijoueurs qui en fait un ectoplasme aussi sympathique que Slimey dans SOS Fantômes. Pour un premier roman, Maëlle Desard a réussi son pari. Je l’ai lu avec grand plaisir, et nous serons au moins deux à guetter la suite ici.

Les tribulations d’Esther Parmentier t.1
Cadavre haché, vampire fâché
de Maëlle Desard
Éditions Rageot

Dr. Greta Helsing

Souvent l’urban fantasy soit joue la carte de la romance soit reprend les codes du polar en plongeant le ou la privé dans un monde où ses suspects sont des êtres surnaturels. Pour sa trilogie autour du Dr Greta Helsing, Vivian Shaw choisit elle l’angle médical. À l’image de son illustre ancêtre, et en ayant laissé tomber le Van de son patronyme, Greta Helsing est médecin généraliste à Londres. Ce sont ses clients qui ne correspondent pas à la norme. Entre croquemitaines allergiques et bébé goule atteint d’otites, elle doit aussi traiter des sanguinovores dépressifs de différentes espèces, des démons atteints de bronchites chroniques ou des momies aux os fragiles.
Loin d’être une simple série de cas assemblés les uns derrière les autres, la vie du Dr Helsing va se trouver mêlée à plusieurs ruptures de la réalité, et il faudra l’aide de ses amis humains ou non pour restaurer la situation.
Le premier livre, Strange Practice, nous entraîne à Londres et dans ses sous-sols à la poursuite d’un ordre religieux dévoyé ; le deuxième, Dreadful Company se passe à Paris où un clan de vampire sème la zizanie dans les catacombes ; et le troisième, Grave Importance nous entraîne à Marseille dans une maison de santé pour momies. Attention pour les lecteurs français connaissant ces deux dernières villes,
il y a quelques belles incohérences. Ainsi, même si l’autrice a visiblement visité les lieux et fait quelques recherches, j’attends toujours de voir comment faire en 45 minutes l’aller-retour entre Montmartre et le cimetière du Père-Lachaise dans le noir du sous-sol et sans grimpette ou descente excessive.
Cette précision apportée, que retenir de cette trilogie ? Qu’elle est finement drôle ! En effet, Vivian Shaw connaît ses classiques de l’horreur tant en livres (Le Vampire de Polidori, Entretien avec un Vampire d’Anne Rice, Le Fantôme de l’Opéra de Gaston Leroux et bien d’autres) qu’en films (avec les apparences de ses différents personnages). Et elle en détourne les clichés avec intelligence, tout en proposant des histoires
légères à lire sans tomber dans les travers des pages turners anglo-saxons. Seul reproche, elle vous donne envie de relire certains classiques. Pour ma part ce sera le théâtre de Goethe avec Faust. Et vous ?

Dr Greta Helsing
(Strange Practice, Dreadful Company et Grave Importance)

d
e Vivian Shaw
Éditions
Orbit

False Value

Quand j’ai découvert la série Rivers of London de Ben Aaronovitch, il y a quelque temps j’étais d’un avis mitigé… Mais suffisamment attirée pour lire l’ensemble de la série principale, à savoir les livres narrant les aventures de Peter Grant, et pour précommander le dernier en date False Value.
Celui-ci se rapproche plus de l’esprit des Laundry Files en mélangeant informatique et magie. Sous couverture, Peter Grant enquête sur une start-up qui vient d’ouvrir dans Londres avec un mystérieux projet en cours. Serait-ce la création d’une véritable intelligence artificielle généraliste ? Et quel rapport ce projet entretient-il avec Ada Lovelace et une magicienne née à La Nouvelle-Orléans au 18
siècle ?
Dans un livre mélangeant joyeusement les références (Le Guide du routard galactique, les James Bond, la série TV The Librarians, et j’en passe), Ben Aaronovitch nous raconte un épisode encore très agréable des aventures de Peter Grant. Ce n’est pas le meilleur point d’entrée pour découvrir la série, car il fait sans cesse référence à des événements antérieurs. En revanche, s’il joue avec beaucoup de concepts IT à la mode : impression 3D, drones, HPC, intelligence artificielle et autres, l’auteur ne fait pas semblant d’être un grand spécialiste. Il se met, à travers son personnage principal, au niveau du lecteur de base et arrive à rester dans le domaine des généralités sans dire ou faire de grosses bêtises à
la série TV américaine comme CSI Cyber ou Scorpion.
Au final, la sauce prend-elle ? Étrangement, le choix de commencer le roman avec deux lignes temporelles différentes m’a gênée légèrement pour entrer dans l’histoire d’autant plus qu’au départ, Peter Grant n’est pas entouré des personnages familiers que j’avais appris à apprécier au fil des autres romans. Une fois cette alternance abandonnée, quand False Value entre donc dans le vif du sujet, oui l’histoire est prenante et se dévore toute seule. Ce n’est cependant pas le meilleur roman de la série, mais un bon épisode de transition avant un retour aux péripéties fluviales dans le prochain.

False Value
de
Ben Aaronovitch
Éditions
Orion Books

Storm of Locusts — The Sixth World T.2

Vous le savez déjà, j’aime la mythologie et l’urban fantasy. Une nouvelle série de ce genre mêlant les deux ne pouvait que séduire la fan de Rick Riordan qui sommeille en moi. D’autant plus que The Sixth World de Rebecca Roanhorse s’adresse à un public plus adulte que celui de Rick Riordan sans pour autant céder, pour l’instant, aux sirènes de l’érotisme ou de la romance classiques dans ce genre d’ouvrage. Si le premier livre, Trail of Lightning est disponible depuis peu en français sous le titre La piste des éclairs, il ne fait que poser les bases de ce monde. Je l’ai trouvé pour ma part plus convenu et moins intéressant que ce tome 2, Storm of Locusts.
Avant d’entrer dans le vif du sujet, posons les bases. The Sixth World se passe dans u
n futur pas si lointain où changements climatiques et catastrophes sismiques ont complètement ravagé la face du globe et rogné considérablement l’Amérique du Nord. Seul territoire à peu près épargné par les Grandes eaux (the Big Waters en VO), le Dinétah, le territoire d’origine des navajos à cheval sur le Nouveau-Mexique, l’Utah, le Colorado et l’Arizona. Protégés par des murailles quasi mystiques, les gens de ce territoire doivent composer avec les monstres, les héros et les dieux de la mythologie Diné (comme les Navajos se nomment eux-mêmes). Parmi eux, Maggie Hoksie est devenue par un malheureux concours de circonstances, tueuse à gages spécialisée dans les monstres.
Dans Storm of Locusts, elle va affronter le White Locust, le leader d’un culte religieux apocalyptique qui s’en prend tout autant aux religions chrétiennes survivantes (dont les Mormons de l’Utah et leur fondamentalisme) qu’aux puissances des Diné. Ayant pris sous sa coupe deux proches de Maggie,
celle-ci va se lancer à sa poursuite et devoir affronter le monde extérieur. Si Trail of Lighning m’avait un peu lassé avec le côté classique de la guerrière indépendante avec un fort (mauvais) caractère, un passé violent qui l’a traumatisé lancée dans une quête de rédemption, Storm of Locusts s’avère plus complexe et plus profond que le précédent.
Au-delà d’un simple enchaînement d’action et de répliques cinglantes entre les divers personnages, Rebecca Roanhorse va parler sans y toucher de sujets plus graves : l’exploitation des terres indiennes par les compagnies pétrolières ou minières, la coutume des « child brides »
toujours présente aux États-Unis, les incohérences du fondamentalisme religieux mêlé au capitalisme à tout crin. Attention, cela reste un roman d’urban fantasy et non pas un traité politique, mais ces détails donnent plus d’épaisseur au roman et aux personnages. Storm of Locust approfondit également la mythologie Diné au-delà du mythe des héros jumeaux fils du Soleil, et de Coyote (Ma’ii). Nous y faisons ainsi connaissance avec d’autres dieux comme Tó Neinilii qui commande à la pluie ou Nohoilpe le dieu des jeux de hasard. Et nous en apprenons plus sur les différents clans qui donnent des pouvoirs surnaturels aux personnages. De quoi passer quelques heures passionnantes à s’évader dans l’Ouest sauvage.

Storm of Locusts
de Rebecca Roanhorse
Éditions Saga Press

A Key, an Egg, an Unfortunate Remark

Après une lecture aussi exigeante que la dernière chronique, j’avais besoin de quelque chose de plus léger. Et pourquoi pas un « whodunit » policier à la Agatha Christie ? En y ajoutant de la magie, des vampires et des loups-garous ? Bonne idée. Et c’est ainsi que suite à un article publié sur Tor.com, A key, an Egg, an Unfortunate Remark d’Harry Connolly a atterri dans ma liseuse.
Ce roman policier d’urban fantasy diffère du reste du genre par sa protagoniste principale. Marley Jacobs est en effet une vieille femme riche et excentrique. Refusant d’ouvrir elle-même les portes, elle est connue pour ses bonnes œuvres et ses soirées extravagantes. Quand l’un de ses neveux est retrouvé la gorge tranchée, semble-t-il, suite à une attaque de vampire, elle va mener sa propre enquête avec l’aide de son autre neveu. Et retrouver au passage ses talents de sorcière et de négociatrice au sein du demi-monde surnaturel de Seattle.
Comme dans les romans d’Agatha Christie, nous allons suivre son enquête dans les pas de son assistant de neveu. Celui-ci va découvrir le vrai visage de sa tante et du monde qui l’entoure à cette occasion. Toutefois le fait d’avoir une vieille dame devenue adepte de la non-violence comme personnage principal n’empêche pas A key, an Egg, an Unfortunate Remark d’être bourré d’action et de péripétie. J’avoue ne pas m’être ennuyée une seule seconde durant les 416 pages de ce livre. Même si certains personnages, comme Nora et Audrey, pêchent par l’incohérence de leurs réactions, l’histoire est très agréable. Certaines des explications sur les phénomènes surnaturels que sont les fantômes ou les dragons ne sont pas inintéressantes du tout. Et j’ai apprécié d’avoir enfin une histoire d’urban fantasy sans une once de romance dedans. Le parfait intermède entre deux lectures denses.

A key, an Egg, an Unfortunate Remark
d’Harry Connolly
http://harryjconnolly.com

Vamp City

L’un de mes « plaisirs coupables » en littérature reste la bit-lit, à condition qu’elle ne s’encombre pas trop de romances. Quand Gryphonwood Press a laissé un message sur Twitter pour dire que le premier roman d’une nouvelle série était diffusé gratuitement pendant 24 h, je me suis laissée tenter. Et finalement, même si ce n’est pas de la grande littérature, ce Vamp City de C.D.Brown se lit très bien et permet de passer agréablement une paire d’heures. Il s’agit même plutôt d’un mélange des genres dans ce que, de ce côté de l’Atlantique, nous appelons les romans de gare.
Née en Louisiane au 19
siècle, la vampire Sophia Fontanelle doit quitter La Nouvelle-Orléans où sa cabale a été décimée par des loups-garous et refaire sa vie à Los Angeles. Dans cette ville ouverte où toutes les variations du vampire existent, de l’adorateur du soleil perdu au cliché ambulant de l’âge d’or hollywoodien, elle doit refaire sa vie de zéro. Et, étant la plus ancienne des vampires, la voici propulsée shérif chargé de maintenir la paix entre les différents groupes vampiriques. Alors que certains s’agitent dans l’ombre pour prendre le pouvoir.
Reprenant les codes des séries policières, Vamp City transporte la guerre des gangs dans un milieu vampir
ique, sans pour autant être un décalque de Vampire la Mascarade. Nous y retrouvons des mafieux, des hippies, des Glamazones, des gangs de latinos et de Noirs de South Central, des petits génies de l’informatique. Et des avocats aux dents aussi longues métaphoriquement que physiquement.

opossum avec un raisin
Imaginez ceci faisant 1m80 et suspendu d’un lampadaire en plein Los Angeles. Vous avez le garou de C.D.Brown devant vous.

 

Certains clichés de la bit-lit sont bien présents, notamment la protagoniste, Cajun pur jus ex-prostituée du Quartier français sauvée par un vampire au grand cœur, ou des attirances compliquées entre vampires et garou, ou encore  une tendance au « véganisme » à la sauce vampire (c’est-à-dire boire du sang animal plutôt que du sang humain si possible). Mais pour une fois, C.D.Brown les détourne avec humour. Ainsi son garou n’est pas un croisement entre un humain et un loup, mais entre un homme et un opossum, qui conserve sa taille humaine une fois transformé. De même, le fait que certains vampires préfèrent se rabattre sur du sang animal donne l’occasion d’avoir de véritables dégustations des différents liquides avec des commentaires dignes des meilleures publicités pour le Beaujolais nouveau. Ainsi, le sang de thon a une fraîcheur de « sushi », celui de poulet a un goût de maïs et de foin et celui de canard colvert de sauvagine et de vase.
C.D.Brown modernise également le genre en imaginant une version vampirique de Facebook dont les pages s
ont régulièrement piratées et détournées à des fins politiques par les différents gangs ou l’usage des outils de communication et surveillance moderne pour pallier certains inconvénients de la condition vampirique. Il utilise aussi certains clichés du vampire comme la possibilité de se changer en brume ou en chauve-souris avec une certaine malice.
Vous l’aurez compris, Vamp City de C.D.Brown ne révolutionnera ni la littérature vampirique ni l’urban fantasy. Mais ce roman propose suffisamment d’originalité, d’action et d’humour pour en faire une lecture plus qu’agréable dans les transports ou lors d’une nuit d’insomnie.

Vamp City
de C.D.Brown
Éditions
Gryphonwood Press