Testament 1, 2 et 3

Testament 1, 2 et 3

L’urban fantasy française de qualité est encore très rare. Et les séries d’urban fantasy avec un début et une fin programmée qui ne s’étale pas sur une dizaine de tomes sont d’une espèce encore plus rare. C’est donc peu dire que Testament, la trilogie de Jeanne-A Debats, est un spécimen excessivement rare.
L’histoire est celle d’Agnès Cleyre, une demi-sorcière affligée de multiples allergies et d’un don pour voir les fantômes, navigant dans un Paris d’un futur relativement proche de nous. Dans les rues bien connues des Parisiens, elle y croise tous les membres de l’Altermonde (loups-garous, vampires, sirènes, sorcières, anges et nymphes). Embauchée dans l’étude notariale de son oncle, elle doit en démêler les imbroglios judiciaires tout en domptant ses propres pouvoirs et en découvrant le secret de ses origines.

Attention, malgré son ton primesautier et sous des dehors légers et humoristiques, les trois volumes de Testament (L’Héritière, Alouettes et Humain.e.s, trop humain.e.s) ne sont pas à mettre entre toutes les mains. Les amoureux d’architectures risqueront de souffrir à certains passages, même si personnellement je me suis régalée de la destruction du centre Beaubourg et du Sacré-Cœur (et, comme Agnès beaucoup moins de la bibliothèque du centre). Et certains passages, notamment ceux où intervient Navarre le vampire, sont particulièrement crus et rappellent des réalités oubliées d’époque lointaine ou non. Ajoutez-y des personnages aux couleurs politiques (variées) mais passionnés et une critique bien sentie du tout sécuritaire que connaît depuis plusieurs années notre pays pour que certaines âmes sensibles se sentent mal à l’aise. Pour les autres, ces trois livres se dévorent littéralement. Même si, effectivement la fin ne peut être que définitive, je n’ai eu qu’un regret en refermant le troisième volume : en avoir fini avec des personnages aussi attachants.

Testament : l’Héritière
Testament : Alouettes
Testament:Humain.e.s, trop humain.e.s
De Jeanne-A Debats
Éditions ActuSF

Urban Enemies

Si la fantasy classique n’est, à quelques exceptions près, pas mon genre de prédilection, j’ai un faible pour les romans d’urban fantasy, en particulier ceux qui mêlent le genre policier et des éléments fantastiques. En revanche, j’ai une profonde détestation pour la bit-lit où la romance prend le pas sur le reste de l’action. Hélas, la bit-lit tend à prendre de plus en plus de place dans les rayons. Comment faire son choix alors ? En mettant le nez dans une anthologie récente, comme Urban Enemies. Choisie parce qu’elle s’ouvre sur un texte de Jim Butcher dans l’univers de ses Dresden Files, celle-ci comprend 17 nouvelles. Toutes s’inscrivent dans des univers plus vastes de sagas d’urban fantasy déjà existantes, et toutes ont pour particularité de prendre des antagonistes et non les héros principaux (ou secondaires) de ces univers.

L’avantage est donc d’avoir des histoires à lire sans accroc, même si l’on ne connaît pas les univers d’origine, et d’avoir une bonne mise en bouche pour faire son choix sur les sagas à lire ou non. Ainsi, même si toutes se lisent très bien et savent accrocher le lecteur, cette sélection m’a permis de faire mon choix. Ainsi The Hellhound Chronicles de Caitlinn Kittredge, Black Magic Outlaw de Domino Finn ou Jill Kismet de Lilith Saintcrow pourront faire partir de mes lectures. Le texte dans l’univers de InCryptid m’a suffisamment intriguée pour que je me penche un peu plus sur l’œuvre de Seanan McGuire et son univers rappelant la série TV Sanctuary. En revanche, l’univers trop « macho » de Lawson Vampire de Jon F Merz, celui trop lu et relu des Horngate Witches de Diana Pharaoh Francis et celui de Kelley Amstrong m’ont laissée de marbre. Outre quelques heures de détente, cette anthologie a donc brillamment rempli sa mission.

Urban Enemies édité par Joseph Nassise
Éditions Gallery Books

Dirty Magic

Pourquoi la majorité des auteurs qui décident de situer leurs histoires de fantasy dans un univers contemporain s’inspirent-ils des polars ? Dans la lignée des Dresden files de Jim Butcher ou de la série Hollows de Kim Harrison, Jaye Wells a choisi cette tradition avec Dirty Magic, premier livre d’une trilogie consacré à Kate Prospero, officier de police d’une bourgade de l’Ohio. Pourtant, si à mon goût, l’histoire n’est pas aussi aboutie que celles des deux auteurs précédemment cités, Jaye Wells s’en sort plutôt bien. Son postulat — assez original — est de considérer la magie comme une addiction tant pour ceux qui la consomme que pour ceux ayant le talent génétique pour la produire. Du coup, dans cette ville, les fournisseurs de drogues et autres barons criminels sont des sorciers, et les cabales magiques remplacent les familles mafieuses. La protagoniste, qui devait être l’héritière du Don local le plus puissant a tourné le dos à son passé magique il y a dix ans, et se retrouve, simple flic, à patrouiller les bas-fonds en arrêtant les petits dealers de potion et les accros au sang. Lors d’un de ses circuits, elle est agressée par un drogué rendu cannibale sous l’effet d’une nouvelle potion. Lors de l’enquête qui s’en suit, elle devra — ô surprise — renouer avec son passé, et affronter les conséquences professionnelles et personnelles de ses décisions. Certes l’intrigue est particulièrement classique, presque autant qu’un bon épisode de New York District ou de Columbo. Même si j’avoue que je ne relirai pas ce livre, je n’ai pas eu l’impression que l’auteure me prenait pour une idiote et j’ai pris du plaisir à la lire. Son style, simple et percutant, et ses personnages attachants qui sont plus étoffés que de vulgaires clichés sur pattes m’ont procuré une belle après-midi de détente. Que demandez de plus ?

Dirty Magic by Jaye Welles