Fil rouge 2018 : Chroniques des Années noires

Dans notre fil rouge 2018, septembre est placé sous le signe de l’uchronie. Étrangement, celle qui m’a le plus marqué récemment est signé de Kim Stanley Robinson, un auteur que je connais mieux pour ses œuvres se passant outre-Terre.
Dans ses Chroniques des Années noires, il réimagine l’histoire mondiale à partir du Moyen-âge. Il prend en effet comme date de changement, l’année 1347 et le début de l’épidémie de peste noire en Europe. Celle-ci au lieu de tuer 30 à 60 % de la population européenne comme dans notre réalité, en détruit 75 à 90 %. Du coup, les royaumes occidentaux ne peuvent imposer leurs dominations économiques et culturelles sur le reste du monde, et l’histoire change complètement de visages. Pour Kim Stanley Robinson (et le titre en anglais du livre — The Years of Rice and Salt — est beaucoup plus explicite), ce sont les empires chinois, indiens et ottomans qui vont marquer de leurs dominations le monde en se livrant au fil des siècles une guerre tantôt larvée, tantôt bien active.
Chroniques des Années noires est découpé en dix périodes et dix lieux différents, de l’Europe centrale de 1347 au 21e siècle, en passant par l’invasion du Japon par la Chine conduisant à la conquête des Amériques par la face ouest, ou Samarcande et le renouveau scientifique des Lumières. Dans chaque période, des personnages vont nous servir de guide, réincarnation des personnages précédents repérables par les initiales de leur nom.
J’ai beaucoup aimé Chroniques des Années noires pour plusieurs raisons. Déjà, c’est une uchronie qui reste résolument tournée vers la science-fiction et qui ne part pas dans un monde steampunk (même si j’adore également le genre) ou fantastique où la science et la magie ne se distinguent pas l’un de l’autre. D’autre part, parce que celle-ci prend un point de départ original : ce n’est ni la non-chute de Rome, ni la vie de Napoléon, ni la Seconde Guerre mondiale. Et le fil choisi poursuit une certaine vraisemblance, si l’on écarte le mysticisme impliqué par les différentes réincarnations, dont une en tigre. Quelle que soit l’époque, le récit se lit très bien et les petites histoires mettent en avant la grande. Quitte à donner envie de se plonger dans la vie de personnages historiques réels méconnus en Europe comme le marin Zheng He.

Chroniques des années noires
de Kim Stanley Robinson
Traduction de David Camus et Dominique Haas
Éditions Pocket

Avis d’invité : Le Baron noir, année 1864

Aujourd’hui, Ludovic, 44 ans, termine l’édition 2017 de ce site et vient nous parler du Baron noir, année 1864, un roman steampunk à la française qu’il a particulièrement aimé :

Paris, 1864. Oui, rien à voir avec la série française télévisée « Baron noir ». Nous sommes encore pendant la vieille Seconde République et Louis-Napoléon Bonaparte en est encore le président. Bizarre ? Pas du tout… Cette histoire entre dans la catégorie de l’uchronie. Vous savez ? Ces histoires où il suffit de replonger dans un passé récent ou beaucoup plus lointain en se demandant « et si… ». En l’occurrence, et si Napoléon Bonaparte n’avait pas survécu à la bataille d’Austerlitz ? Nous voici plongés dans un autre univers où la France, bien après cet événement, domine l’industrie dans tous les domaines et où les sciences et l’ingénierie ont fait un bond en avant, dans les domaines de la mécanique, de l’hydraulique et de la vapeur notamment. Nous sommes bien dans un univers steampunk. Le héros, Antoine Lefort, est un jeune homme brillant, magnat des transports et fabricant d’armes. Mais c’est aussi un héros masqué en armure à pistons : Le Baron noir ! Tremblez espions, voleurs et comploteurs ! Difficile de ne pas faire un parallèle avec Tony Stark/Ironman, me direz-vous ? En effet. Mais, les aventures du Baron noir sont pleines de rebondissements où l’on croise de nombreux personnages historiques et emblématiques de cette époque comme Clément Ader et Victor Hugo. J’avoue avoir dévoré avec plaisir ce livre. L’auteur, Olivier Gechter, ingénieur en mécanique, croisé lors du dernier salon littéraire « Rencontres de l’Imaginaire » à Sèvres, a une plume agréable et riche. J’attends avec impatience le prochain livre !

Le Baron noir: année 1864
d’Oliver Gechter
Éditions Mnémos