The Survival of Molly Southbourne

Ayant lu récemment The Murders of Molly Southbourne, j’attendais avec impatience la suite. Intitulée The Survival of Molly Southbourne, cette nouvelle de Tade Thompson est disponible depuis début juillet chez Tor, et est d’ores et déjà au programme de Le Bélial’ pour 2020 dans sa collection Une Heure-Lumière.
Vaut-elle le coup ? Disons le tout net, l’effet de surprise du premier ne joue plus dans The Survival of Molly Southbourne. D’autant que l’histoire reprend immédiatement à la fin de The Murders of Molly Southbourne. Attention, ne lisez pas la suite si vous n’avez pas lu le premier livre. Allez plutôt l’acheter ou l’emprunter, lisez-le et revenez…

Le livre est lu ? Bien, continuons. Donc dans The Survival of Molly Southbourne, une Molly Southborne a survécu à l’incendie. L’originale ou une copie ? Une copie peut-elle supplanter l’originale et la dépasser ? Molly Southbourne devra trouver la réponse à ces questions si elle veut survivre. Dans cet opus, nous en apprenons plus sur la condition dont souffrent Molly Southbourne et le passé de sa mère. Mais nous découvrons — et elle aussi — qu’elle n’est pas unique et que d’autres femmes ont le même don. Et que toutes ne le vivent pas comme une malédiction. Souffrant de stress post-traumatique en réaction aux événements du livre précédent, Molly va devoir établir de nouvelles tactiques pour survivre. Et peut-être enfin commencer à vivre réellement ?
Encore une fois en refermant
The Survival of Molly Southbourne, vous vous retrouverez avec une multitude de questions sur l’avenir de la protagoniste et sur l’univers dans lequel elle vit, à la fois si proche du notre et si différent. Ici, l’accent est mis sur l’évolution psychologique de la protagoniste (l’auteur est psychiatre de formation) et sur la façon dont elle interagit avec les autres. L’écriture reste toujours aussi fluide et il contient moins de scènes sanglantes que le précédent. J’ai donc dévoré The Survival of Molly Southbourne en deux petites heures d’insomnie. Même si je préfère pour l’instant le précédent, j’attends avec impatience la suite pour avoir enfin une vue d’ensemble sur cette Molly Southborne, étonnamment attachante.

The Survival of Molly Southbourne
de Tade Thompson
Éditions Tor

Nous sommes Légion (Nous sommes Bob 1)

Certains livres encensés par la critique, et plus importants par les copains fans du même genre ne sont en fait pas pour moi. Si je l’avais oublié, l’opération Ebooks et Crustacés des éditions Bragelonne me l’a rappelé en installant gratuitement Nous sommes Légion – Nous sommes Bob 1 de Dennis E. Taylor.
Tout commence avec Robert
Johansson, dit Bob, qui venant de vendre son entreprise d’informatique a signé un contrat pour se faire cryogéniser à sa mort. À peine le contrat signé, et sa retraite dorée fêtée, il se fait renverser par une voiture. Et se réveille plus d’un siècle plus tard dans une Amérique du Nord qui a bien changé. Le pire ? Il n’est plus humain, mais juste une simulation logicielle de sa personnalité. Monté dans un vaisseau spatial, il va devoir explorer le cosmos alentour. Et bien entendu, tout ne se passera pas comme prévu.
Autant j’ai apprécié la première partie et la façon dont Bob s’acclimate à son nouveau statut d’intelligence artificielle, autant la seconde m’a ennuyée. Certes, celle-ci a plus d’action
s. En se dupliquant, Bob peut couvrir plus de terrain : explorer d’autres systèmes solaires, découvrir une espèce intelligente ou deux, poursuivre les conflits terriens dans l’espace ou revenir sur Terre aider les survivants. Et chaque itération de Bob a sa propre personnalité, et son nom pour faciliter la compréhension de l’histoire. Sauf que… J’ai trouvé le tout très répétitif. Et que les blagues de fanboy de pop culture SF et série TV, me font rire cinq minutes, mais pas tout un livre. Et encore moins une trilogie entière. Surtout quand l’auteur se permet de bien insister sur les jeux de mots qu’il trouve pour les noms de ses différents Bob. Ayant achevé le premier tome, les différentes aventures que vivent les Bob ne sont pas suffisamment originales à mes yeux pour en lire les deux suivants. À vous de voir ce que vous en pensez…

Nous sommes Légion (Nous sommes Bob 1)
de Dennis E. Taylor
traduction de Sébastien Baert
Éditions Bragelonne

The Murders of Molly Southbourne

La couverture de la traduction française (Les Meurtres de Molly Southbourne) m’avait tapé dans l’œil comme souvent avec la collection Une Heure-Lumière, mais une chose en entrainant une autre, je n’ai pas eu le temps de l’acheter depuis sa sortie. Heureusement, son éditeur américain a temporairement mis gratuitement The Murders of Molly Southbourne de Tade Thompson en numérique (et sans DRM !) quelques jours avant la sortie de la suite – The Survivals of Molly Southbourne – attendue pour le 9 juillet. Autant en profiter pour rattraper mon retard non ?
Comment résumer cette expérience : déroutante, empathique, clinique, sanglante ? Tous ces mots peuvent définir le court récit de Tade Thompson, à mi-chemin entre fantastique et thriller sanglant, avec juste une touche de
science-fiction pour ajouter encore un peu de confusion. Molly Southbourne, fille unique élevée dans l’isolement d’une ferme par des parents au mystérieux passé, ne doit pas saigner. Ou, si elle le fait, elle doit en détruire toute trace jusqu’à la dernière goutte. Sinon, tôt ou tard, la mort viendra la chercher, toujours, systématiquement, dans les minutes, les heures ou les jours qui suivent. Pour prévenir les conséquences de cette « condition », Molly subit un entraînement à la survie et des cours d’anatomie bien plus poussés que la moyenne. Une fois hors du domicile familial, cela suffira-t-il à la sauver ?
Alternant entre récit à la première personne et à la troisième personne, Tade Thompson écrit toujours au plus près de son personnage. Le format court, et le fait que ce soit une quadrilogie en préparation, laisse de nombreuses zones d’ombre : qui est la mère de Molly,
comment cette « condition » si particulière est restée sans conséquence légale si longtemps, quelle mystérieuse société privée protège Molly. Néanmoins, Tade Thompson signe ici une novella oppressante où le monstre est également la victime. Malgré sa froideur et son inaptitude à la vie sociale complète, Molly est un personnage attachant plongé dans un cauchemar intime depuis l’enfance. La fin, avec son retournement en miroir laisse la voie ouverte pour un récit bien différent, où l’on en saura un peu plus sur l’origine de sa malédiction ? Réponse dans quelques jours…

The Murders of Molly Southbourne
de Tade Thompson
Éditions Tor

The Dark Phoenix Saga

Le passage des pages à l’écran est toujours hasardeux. Si fin mai, Good Omens a montré qu’il était possible de faire une adaptation filmée fidèle et modernisée d’un classique,  en début juin la Fox s’est, semble-t-il, ratée avec X-Men : Dark Phoenix, deuxième adaptation et deuxième échec d’une saga culte des X-Men. Autant revenir aux fondamentaux et relire plutôt l’original non ? The Dark Phoenix Saga, scénarisée par Chris Claremont et dessinée par John Byrne est l’une des premières grandes sagas des X-Men, parue de janvier à octobre 1980 dans Uncanny X-Men. C’est également l’un de mes tout premiers souvenirs de bande dessinée quand je l’ai lue enfant au moment de sa parution en français. Et c’est une madeleine que j’ai relue dès que possible adulte en version originale. Avec toujours autant de bonheur et d’émotion.
De quoi s’agit-il ? Après une mission dans l’espace avec le reste de l’équipe de super-héros mutants, Jean Grey a été exposée à un vent solaire trop fort
et pour survivre a du libéré son plein potentiel télépathique et télékinésique. Sauf que la jeune femme n’a même pas 25 ans et qu’elle a bien du mal à contenir une telle puissance. Et que d’autres acteurs (comme le Hellfire Club) essaient de détourner ses pouvoirs à leurs profits, quitte à réveiller le monstre qui dort en elle !
Enfant, cette histoire m’avait présenté l’univers des X-Men, et par extension des superhéros à l’américaine, par le biais de Kitty Pride (Shadowcat), une jeune mutante capable de traverser les surfaces solides et qui se retrouve embarquée dans cette aventure bien malgré elle. J’adorais les pouvoirs des différents héros, et la façon dont venus d’horizons divers (l’Afrique, l’Europe, l’URSS, l’Amérique, etc.), ils ont reconstitué une famille autour de Jean Grey.
Le tout en passant d’une histoire d’espionnage et d’infiltration à une aventure spatiale peuplée d’extra-terrestres aux looks et pouvoirs impressionnants. De plus, à la différence des histoires de superhéros classiques, The Dark Phoenix Saga est une tragédie. Elle se termine mal donc. Si la fin de cet arc narratif a eu un impact durable — au moins durant quelques années — sur l’histoire des X-Men, elle a aussi eu un impact assez fort sur la jeune lectrice que j’étais, l’aidant complètement à sortir d’un monde de fiction ou les « gentils » gagnent toujours à la fin.
Adulte, même si le style est très daté, et
même si Chris Claremont est très bavard par rapport à un scénariste de comics moderne en rappelant notamment sans cesse les capacités de personnage, The Dark Phoenix Saga se lit toujours aussi bien. C’est après tout une version modernisée et adaptée au monde des comics d’un scénario connu depuis au moins la mythologie gréco-romaine : la chute d’un héros devenue trop puissant qui se veut à l’égal des dieux. À l’exception notable qu’il s’agit ici d’une héroïne, Jean Grey, et non de Jason ou de Bellérophon, et que c’est elle qui reprendra en main son destin dans les dernières cases. C’est elle qui décide de rester humaine au lieu de vivre comme une déesse, et d’en payer le prix.
De plus, le style particulier de John Byrne donne une ampleur flamboyante à l’action quitte à passer à une version épurée pour faire ressortir les émotions. Au fil des ans, The Dark Phoenix Saga a été réédité plusieurs fois tant en français qu’en version originale, et mis en image avec plus ou moins de succès (la version
réalisée pour X-Men : The Animated Serie est la meilleure ou la moins pire suivant votre point de vue). Ne vous privez pas de la lire ou de la relire, ou tout simplement d’en admirer l’esthétisme des pages.

The Dark Phoenix Saga
Scénario de Chris Claremont et John Byrne
Dessin de John Byrne
Éditions Marvel

Le cycle des Saboteurs

L’œuvre de Frank Herbert ne se limite pas au cycle de Dune ou à une série de romans et nouvelles indépendants. Il a également écrit d’autres grandes sagas comme Le Programme Conscience ou Le cycle des Saboteurs. Ce dernier est le plus court puisqu’il se compose de deux nouvelles mineures (dont une inédite en français) et de deux romans, L’Étoile et le Fouet et Dosadi. L’ensemble du cycle se passe dans un même univers : la CoSentience (assez proche, les IA en moins, de ce que sera plus tard, la Culture de Iain M. Banks). Et, à la différence des autres cycles de Frank Herbert, toutes les histoires peuvent se lire de façon indépendante. Chacune d’entre elles suit une enquête de l’humain Jorj X. McKie, Saboteur extraordinaire.
Comme sa fonction l’indique, celui-ci travaille pour le Bureau des Sabotages, un organisme mis en place expressément pour mettre des bâtons dans les roues des administrations et des gouvernements. Dans chaque enquête du cycle des Saboteurs, Jorj X. McKie va se heurter à des difficultés de compréhension interespèces et des situations telles que la survie même de la CoSentience est menacée. Étonnamment, au moins dans les deux romans du cycle, L’Étoile et le Fouet et Dosadi, la solution viendra une fois que les barrières du langage et de la compréhension seront levées grâce à l’amour : qu’il soit platonique dans L’Étoile et le Fouet ou fusionnel dans Dosadi.
Appartenant au même cycle et avec un même protagoniste, les deux romans ont des tons diamétralement opposés. L’Étoile et le fouet est un texte intimiste essentiellement basé sur les dialogues entre les différents personnages. L’urgence est certes présente, mais hormis un court passage, l’essentiel du roman est aussi peu mouvementé qu’une enquête de Sherlock Holmes ou un bon roman d’Agatha Christie. Ce sont surtout les échanges de Jorj X. McKie avec Fanny Mae, Cheo ou Mliss Abnethe qui en font tout le sel. À l’opposé, Dosadi est un roman nerveux oscillant entre l’infiltration sur une planète étrangère et la mise en branle d’un système judiciaire étrange. Une sorte de New York District de l’espace ou Jorj X. McKie serait tour à tour enquêteur et procureur. Avec de l’action digne d’un Die Hard ou d’un John Wick.
Datés par certains aspects, ces textes moins connus de Frank Herbert apportent des variations intéressantes sur ses sujets favoris : qu’est-ce que le gouvernement ? Comment se comprendre ? Comment le langage et l’écologie qui nous entourent forment nos esprits ? Qu’est ce qui fait une personne, son esprit ou un accord esprit/corps ? Souvent, plus particulièrement pour moi L’Étoile et le fouet, ils vous reviennent en mémoire longtemps après l’avoir refermé, et vous incitent à réfléchir sur des détails auxquels vous ne pensiez pas. Ces romans, à la différence des nouvelles, méritent qu’on les lise ou les relise régulièrement.


Le cycle des Saboteurs :
L’Étoile et le fouet et Dosadi
de Frank Herbert
Traduction de Guy Abadia
Éditions Presse Pocket

Après l’effondrement

Cela faisait longtemps que je ne vous avais pas parlé d’un livre autoédité dans ces pages. Réparons cet oubli avec Après l’effondrement de Christophe Martinolli. Jusqu’ici connu pour le thriller politique avec sa trilogie, Corps d’État, l’auteur s’essaye au récit post-apocalyptique.
Ici, l’Humanité sait depuis des dizaines d’années que si elle reste sur Terre, elle est condamnée à disparaître. Une comète se dirige droit sur la planète qui entraînera une série de catastrophes naturelles similaires à celles ayant entraîné la fin des dinosaures. La solution est toute trouvée : migrer vers l’espace. Là où avec un point de départ similaire, dans Lady Astronaut of Mars, Mary Robinette Kowal va se concentrer sur l’aventure spatiale et la façon dont l’Humanité se prépare, pour Christophe Martinolli dans Après l’effondrement, tout est déjà joué. Chaque pays capable de se lancer dans le voyage spatial a construit de grandes arches conçues pour aller coloniser une exoplanète habitable directement au bout d’un millénaire de voyage. Ces arches ne peuvent emporter qu’un nombre limité de personnes et sont donc réservées à l’élite (monétaire, intellectuelle et/ou physique) et à leur famille. Le reste de la population est rejeté à l’extérieur des chantiers de construction tandis que toutes les ressources planétaires sont détournées pour assurer le succès de la migration spatiale. À charge pour eux de se débrouiller comme ils peuvent pour survivre en attendant le météore et éventuellement après.
Sauf que… Une adolescente naïve, mais néanmoins ayant déjà de solides bagages en médecine et au corps d’athlète, refuse au dernier moment de partie et veut rejoindre l’unique bastion de civilisation encore debout hors de la Cité-Arche, 48 h avant le dernier grand départ. Ses parents monteront une véritable expédition militaire pour la ramener au bercail avant l’heure H. Traversant au passage, la campagne alentour dévastée, ses camps de réfugiés et ses bandes redescendues dans la barbarie la plus sanglante pour asseoir leur pouvoir.
Après l’effondrement ne révolutionne pas le genre post-apocalyptique. Les zombies en moins et les Alpes en plus, il lorgne assez fortement du côté de Walking Dead au point d’avoir des « grands méchants » aux noms similaires (Nolan d’un côté de l’Atlantique, Negan de l’autre). Très court, il a également les défauts de sa brièveté : l’action est condensée et l’auteur passe trop rapidement sur des points qui auraient nécessité plus d’explication ou tout simplement d’exposition pour que je m’attache aux personnages. Néanmoins, il pose le problème économique et humain en termes assez clairs, si manquant parfois de nuances. A quel prix êtes-vous prêts à sauver l’Humanité ? Quel équilibre trouver entre confort à court terme et survie à long terme ? Et le retournement final qui annonce un deuxième tome apporte lui aussi son lot d’interrogations.

Après l’effondrement
de Christophe Martinolli
https://christophemartinolli.blogspot.com/

Le Gambit du renard

Énième livre de guerre spatiale se plaçant du point de vue du soldat, Le Gambit du renard de Yoon Ha Lee n’avait a priori rien pour me plaire. Et pourtant, vous êtes en train de lire ces lignes. Pourquoi ? Tout simplement parce que Yoon Ha Lee m’a surprise. À la façon de The Soldier de Neal Asher, Le Gambit du renard ne joue pas que sur les ressorts classiques de la guerre. Ainsi, du côté militaire des choses, le mélange entre singularité correctement exploitée et calcul de calendriers assez proche du tirage d’horoscope antique comme arme est arrivé à retenir mon attention. Enfin un livre où il ne s’agit pas de savoir qui a la plus grosse batterie d’artillerie pour devenir dix pages avant la fin l’issue des combats !
Et surtout, Le Gambit du renard n’est pas un livre de science-fiction militariste de plus. C’est tout autant le récit d’un siège que celui d’un duel psychologique entre deux fortes personnalités, Kel Cheris et Shuos Jedao. Devant par la force des choses partager le même corps, ils se retrouveront à devoir lancer un assaut a priori perdu d’avance. Entre le combat à l’extérieur et leur propre lutte interne, jusqu’au bout du récit, l’issue est indécise. Et le résultat final particulièrement étonnant. Ne connaissant pas du tout Yoon Ha Lee avant, je n’ai pas lu ses nouvelles situées dans le même univers. Le Gambit du renard avec ses différentes factions, ses serviteurs robotiques bien plus intelligents que tout le monde ne le croie et son fonctionnement politique délicieusement retors ne pouvait que me plaire. Évidemment, les passionnés purs et durs de SF guerrière auront également leurs lots de batailles spatiales, d’affrontement dans les corridors de station et de descriptifs d’armes improbables. Le contrat est donc rempli sur tous les plans. Premier volet d’une trilogie annoncé, Le Gambit du renard peut se suffire à lui-même. Mais je me laisserais surement tenter par le deuxième volume.

Le Gambit du renard
de Yoon Ha Lee
Traduction de Sébastien Raizer
Éditions Denoël

Les Seigneurs de l’Instrumentalité

Les éditions Mnémos se sont lancées dans des travaux colossaux : rééditer en un seul volume certaines intégrales cultes de la science-fiction. Notamment un cycle que j’avais lu, adolescente, par petits bouts chez Presse Pocket, mais qui m’avait marqué en me laissant des petites phrases en tête comme un « pensez bleu, comptez deux » murmuré rituellement au moment d’entrer en salle d’examen ou avant un entretien professionnel : Les Seigneurs de l’Instrumentalité de Cordwainer Smith.
Cet énorme pavé — près de mille pages, 97
6 exactement en comptant les annexes — n’est pourtant pas malgré la mention de couverture, une édition intégrale. De son propre aveu, Timothée Rey explique dans la préface avoir écarté deux nouvelles, car la paternité de Cordwainer Smith en est douteuse. Vous pouvez les lire dans les éditions Presse Pocket si vous le souhaitez. En revanche, il a l’avantage de les présenter de manière chronologique autant que possible par rapport à l’histoire du futur que raconte Cordwainer Smith. Concrètement, cet ouvrage se divise en quatre livres. Deux recueils de nouvelles (Les Sondeurs vivent en vain et La Planète Shayol) et un roman (Norstralie, paru chez Presse Pocket sous le titre L’homme qui acheta la Terre), le tout suivi de nouvelles moins faciles à caser dans la continuité, des annexes et du glossaire. Vous pouvez piocher une nouvelle par-ci, une nouvelle par-là, commencer par la fin (Norstralie), ou tout simplement partir du début à la découverte d’une des œuvres de science-fiction les plus poétiques qui soient.
Personnellement, je vous conseillerais de commencer par
Norstralie si vous ne connaissez pas du tout Les Seigneurs de l’Instrumentalité. Vous découvrirez les concepts les plus importants en même temps que Rod McBan, le personnage principal, et vous aurez une vue d’ensemble de l’univers de Cordwainer Smith avec les principales factions impliquées. De plus, le roman ne manque pas d’humour et reprend une trame classique de « passage à l’âge adulte » d’un adolescent sortant de la norme avec moult aventures au programme. Personnellement, les ayant déjà lus, j’ai préféré recommencer du début. Et voir ainsi, touches par touches, la mise en place de l’univers qui se situe à l’époque de Norstralie entre 20 000 et 30 000 ans après la Seconde guerre mondiale. J’avoue que certaines nouvelles fondatrices comme Mark Elf, Non, non, pas Rogov ! ou Les Sondeurs vivent en vain m’ont ennuyée. En revanche, je me suis laissé happer par les autres histoires. Certaines comme La Planète de Gustible m’ont bien fait rire. Et d’autres comme Pensez bleu, comptez deux, Le jeu du Rat et du Dragon ou Sur la planète des Sables m’ont surprise à la relecture par leurs cruautés enrobées de poésie.
C’est ce mélange de barbarie et de douceur qui fait la force de Cordwainer Smith. Dans un univers de science-fiction remplit de vaisseau traversant l’espace, de planètes étranges et de créatures encore plus étranges (comme le sous-peuple, ces animaux évolués de force à la manière de L’Ile du Docteur Moreau, la douleur en moins), les histoires qu’il raconte dans Les Seigneurs de l’Instrumentalité ont la puissance des contes de fées de Perrault, d’Andersen ou de Grimm. Et parfois, la même noirceur présente également dans ces contes. Le jour de la pluie humaine, La Dame défunte de la Ville des Gueux ou La mère Hitton et ses chatons en sont des exemples parfaits.
Qu’il s’agisse d’une première lecture ou d’une relecture, ce livre est un régal. À offrir, s’offrir ou se faire offrir pour toute personne aimant la science-fiction ou voulant découvrir ce genre sans s’embarrasser de terminologie technique.

 

Les Seigneurs de l’Instrumentalité
de Cordwainer Smith
Traductions de Michel Demuth, Alain Dorémieux, Denise Hersant, Yves Hersant, Simone Hilling, Michel Deutsch et Pierre-Paul Durastanti, révisées par Pierre-Paul Durastanti pour la présente édition.
Éditions Mnémos

 

Hot Space vol.1 — Crash Program

Il y a quelque chose d’étonnant à tenir entre ses mains une histoire achevée alors qu’on la découvre petit bout par petit bout depuis presque le début. C’est l’effet que m’a fait le fait de lire d’une traite Hot Space vol 1. — Crash Program de Le Pixx. J’avais parlé de l’élaboration de cette BD au début de ce blog. Elle est désormais prête à être éditée et sortira en version colorisée en février 2019 chez Kamiti. Cette chronique se base sur la version collector en noir et blanc vendue lors des 15e Rencontres de l’imaginaire.
Nous sommes en 2018 (2019 pour la version classique) et Hot Space vous propose un bon gros pulp spatial comme au meilleur de la SF des années 50 à 70. Avec quand même une différence notable : les héroïnes ne sont pas des potiches, mais de vraies casse-cous (pour ne pas dire pire) à part entière. Avec un caractère bien frappé. Au-delà de ces dames, ne comptez pas sur Hot Space pour arrondir les angles : les dialogues sont cash et le sang gicle très souvent en gros plan.
L’histoire, elle, a un départ assez classique. Nohraïa, l’héroïne principale, pilote de l’armée est mutée dans une station spatiale au fin fond de l’univers connu. Et se crashe dès sa première mission sur une planète aride et hostile. Au fur et à mesure des pages, l’étendue du coup monté qui l’a amené là se dévoile tandis que nous suivons sa progression pour survivre sur la planète. Entre action à la James Bond, western spaghetti et tout simplement aventure spatiale à grande envergure, Crash Program donne envie d’en savoir plus. Il faudra encore attendre pour avoir le volume 2.

Hot Space vol 1 — Crash Program
de Le Pixx
Éditions Kamiti

Lady Astronaut of Mars

Et si le plus important dans un voyage n’était pas la destination, mais le trajet pour y arriver ? À lire les deux premiers romans de la série Lady Astronaut of Mars de Mary Robinette Kowal, c’est exactement le propos de l’histoire : la conquête spatiale vue par les yeux du Dr Elma York, ex-WASP (Women Airforce Service Pilot) durant la Seconde guerre mondiale et mathématicienne de génie.
Dans son univers, une météorite
atterrissant en plein Atlantique nord en 1951 enclenche un cycle de catastrophes climatiques qui à terme rendra la surface du globe inhabitable. La fuite dans l’espace est la seule solution possible pour l’humanité, mais le projet ne se fera pas sans risques, ni sans combattre les préjugés de l’époque. Le premier roman, The Calculating Stars, débute lors de la chute du météore et se termine avec le lancement de la première mission lunaire. Le deuxième, The Fated Sky, commence trois ans après le premier et se termine sur le sol martien. Deux autres romans sont prévus et une nouvelle est disponible en ligne. Celle-ci se déroule trente ans plus tard à l’heure d’un nouveau départ.
Se lisant d’une traite, et encore mieux l’un derrière l’autre, les deux romans de
Lady Astronaut of Mars sont un mélange de hard science old school avec un petit côté Histoire du futur à la Robert Heinlein mâtinée d’Étoffe des héros, et de critique féroce de la société actuelle sous couvert de dénoncer les travers historiques. À noter d’ailleurs que l’écriture de The Calculating Stars était déjà terminée avant la sortie du film Hidden Figures (Les Figures de l’ombre) sur les calculatrices (« computer » en VO) de la NASA. Un rôle similaire à celui que tient Elma York au sein de l’IAC. Étrangement, seuls deux points m’ont gênée : la relation de couple entre Elma York et son mari, et celle de rivalité qu’Elma York entretient avec Stenston Parker. La première est bien trop idéaliste et est visiblement conçue de façon à faciliter la progression d’Elma. La deuxième passe beaucoup trop rapidement de la haine et du mépris pur et dur à une amitié basée sur la confiance et le respect réciproque à la fin de The Fated Sky. Je veux bien que 18 mois enfermés dans un même vaisseau rapprochent les gens, mais au point de faire un virage à 180°, j’avoue avoir un gros doute. Hormis ces points de détails, je ne peux que vous encourager à lire ces deux livres. Surtout si vous êtes fascinés par la conquête spatiale et que vous rêviez régulièrement en gardant le nez en l’air.

Lady Astronaut of Mars
de Mary Robinette Kowal
Editions Tor