Le moineau de Dieu

Voici un livre que j’ai lu deux fois. Une première fois à sa sortie chez Presse Pocket et une autre fois récemment lorsqu’un ami m’a prêté le livre. Et les deux fois, je me suis laissée happer par l’histoire. N’étant pas particulièrement religieuse, j’ai pourtant toujours été fascinée par l’ordre des Jésuites (et celui des Dominicains, mais là je blâme Valerio Evangelisti et sa série autour de l’inquisiteur Nicolas Eymerich). Du coup, un livre sur une expédition spatiale financée et menée par des jésuites avec la première rencontre extraterrestre ne pouvait que me tenter.
Même si elle annonce assez vite la couleur – l’expédition est un échec et le seul prêtre survivant est revenu brisé, impur et meurtrier d’un enfant – l’écriture de Mary Doria Russell est pleine de douceur et de délicatesse. L’alternance entre « alors » (de la découverte des extra-terrestres au sauvetage du dernier prêtre) et « maintenant » (le débriefing du survivant et sa lente remise en forme) amène lentement vers la déchéance finale et son retournement. Plus que les événements eux-mêmes, ce qui intéresse Mary Doria Russell, et ce qui m’a intriguée en tant que lectrice, c’est l’évolution des différents personnages : humains comme extraterrestres. Les liens entre eux qui se nouent et se dénouent en permanence.
Au début du livre, vous pouvez avoir droit à de vrais fous rires, et le texte se lit très facilement. Ce n’est pas une raison pour le mettre entre toutes les mains. Même sans s’attarder avec moult détails graphiques, les thèmes abordés sont durs. Ils tournent autour d’une thématique centrale, et récurrente en science-fiction comme en religion : comment un Dieu d’amour et de bienveillance peut tolérer l’existence du Mal et de la souffrance, surtout à l’encontre de victimes innocentes. Et comme l’on s’attache aux personnages, même sans description détaillée, ce qu’ils font ou ce qui leur arrive est encore plus violemment ressenti. Sans apporter de réponse formelle à la question, Mary Doria Russell livre ici un roman qui pousse à s’interroger, croyant ou non, sur la définition même du Mal et sur nos a priori.

Le moineau de Dieu par Mary Doria Russel
Traduction de Béatrice Vierne
Editions Presse Pocket

Eschatôn

Si mes années lycée m’ont bien appris une chose, c’est que la prière est totalement inutile pour changer le cours d’une dérivée ou parvenir à absoudre n’importe quelle équation mathématique. En revanche, les coups de gueule et les tapotages au pifomètre de claviers peuvent soit dompter les ordinateurs les plus rétifs soit les précipiter dans des abysses insondables du plantage irrécupérables. Lire Eschatôn, c’est en quelque sorte revivre ces mêmes expériences en 269 pages. Ou plutôt regarder les différents personnages de cette saga futuriste incongrue les vivre à la place du lecteur. Sur à une rupture du multivers dans un voyage interstellaire jusqu’ici sans histoire, deux espaces-temps différents sont entrés en collision et l’humanité a du se confronter à des êtres gluants, visqueux, tentaculaires et sans forme (toute ressemblance avec les Grands Anciens d’un certain HPL étant parfaitement volontaire). Des générations plus tard, la confrontation avec ces Puissances étrangères s’est déplacée sur le champ de bataille religieux. Puisque la science – pardon la sapience – est responsable de cette catastrophe stellaire, bannissons toute science (y compris le calcul autre que compter sur ses doigts ou les machines dépassant la carriole) et comptons sur la prière, et une variation de la Force échappée de Star Wars pour nous en sortir. Toute tentative pour quitter le chemin sacrée est punie de mort. Et pourtant quelques soldats croisés vont se retrouver confrontés à l’impensable. Pris entre la science, leurs propres systèmes de croyances et l’esclavage des Puissances, abandonnés dans une planète perdue au milieu de nulle part, ils devront faire leurs propres choix. Et au final, sortir l’humanité de cette nouvelle période d’obscurantisme. Si la mise en place de l’histoire est un peu lente à se mettre en place, alors que la fin est expédiée en — soyons généreuses — trois pages et un épilogue d’une page, le livre se déguste très bien. Le postulat de base est original et, une fois qu’on apprend à les connaître les personnages sont attachants, particulièrement dans mon cas, Alania et Lothe. Il y a tout de même un grand manque, j’aurais aimé avoir le point de vue d’une des Puissances échouées dans notre univers.

 

Eschatôn de Alex Nikolavitch
Editions Les Moutons électriques