Vous aimez les casse-têtes mêlant architecture étrange, souvenirs du passé et crimes ? Réjouissez-vous, Uketsu revient pour un troisième livre : Strange Buildings. Suite directe à Strange Houses, il reprend pourtant plus la trame de Strange Pictures avec différentes énigmes mises bout à bout qui arrivent à une conclusion finale… glaçante.
Dans celui-ci, suite à la publication de Strange Houses, le narrateur a reçu des centaines de témoignages concernant des maisons étranges ou liées à des affaires criminelles. Et dans ce livre, il choisit de nous en raconter onze en particulier, s’étalant entre 1930 et le début des années 2000, toutes dans différentes régions au centre de l’île de Honshu (la plus grande île du Japon qui en accueille les villes principales, comme Tokyo, Kyoto ou Osaka). Chaque affaire, telle qu’elle nous l’est rapportée est indépendante, et, à chaque fois, le narrateur propose une explication satisfaisante à la particularité de la demeure. Sauf que… Des noms, des poupées et des dispositions étranges reviennent peu à peu. Et finalement le narrateur ira retrouver l’architecte qui l’avait aidé dans son livre précédent pour y voir plus clair. Et ainsi dévoiler une vengeance particulièrement tordue et aux nombreuses ramifications qui trouve son origine dans un banal adultère dans la haute bourgeoisie, où monsieur a un peu trop apprécié l’une des domestiques de la maison et où madame s’est faite menaçante.
À cette occasion, Uketsu explore toujours les travers cachés des familles japonaises en apparence bien sous tout rapport, et la façon dont les fautes des parents retombent bien souvent sur les enfants. D’ailleurs, il est à noter que, comme dans les livres de Stephen King, il ne fait pas bon être enfant dans l’univers d’Uketsu. Et Strange Buildings en est un exemple frappant où, à l’exception peut-être d’une dirigeante d’entreprise, tous les personnages croisés ou mentionnés enfants dans ce livre, auront un destin particulièrement tragique ou sordide. Et à la différence de Stephen King, les prédateurs ici ne sont pas des entités surnaturelles, mais bien des personnes plutôt ordinaires, et parfois même celles qui devraient plutôt les protéger. Comme d’habitude, les casse-têtes sont particulièrement bien assemblés. La lectrice prend autant de plaisir à noter les indices, examiner les différents schémas figurant dans le livre qu’à en découvrir les différentes explications proposées ainsi que la résolution finale. Il y a juste un moment où la suspension d’incrédulité demandée a été trop forte. Le narrateur explique en effet qu’un des suspects ne peut être le meurtrier, car « le catholicisme est une confession particulièrement stricte au sein du christianisme, qui interdit formellement le meurtre. Un catholique aussi fervent, qui veut faire baptiser son fils, il est difficile d’imaginer qu’il puisse lui-même tuer quelqu’un ». Je veux bien que les différentes variations de la religion chrétienne ne représentent que 2 % des Japonais religieux ; selon le Pew Research Center, mais depuis quand être croyant est suffisant pour ne pas commettre de crimes ? Mettons ça sur le compte d’une méconnaissance de l’histoire, pas pire que la représentation du Vatican dans Trinity Blood, et un peu moins illogique.
À ce détail près, la formule d’Uketsu fait encore mouche et se lit avec plaisir. Jusqu’au prochain ?
Strange Buildings
d’Uketsu
traduction d’Amana Renhall
Éditions du Seuil

J’avais beaucoup aimé Strange Pictures, beaucoup moins Strange Houses, je me délecte de voir que celui-ci vaut le détour.