Avis d’invité : Un gars et son chien à la fin du monde

Ce blog s’ouvre parfois à d’autres lecteurs. Aujourd’hui, c’est Nicolas dit Bakaniko, ayant un âge réel de 39 ans mais ressenti de 8 ans, qui vient nous parler d’un récit post-apocalyptique qui l’a touché. Laissons lui la parole…

Un gars et son chien à la fin du monde est un roman écrit par C.A. Fletcher, un auteur écossais. Ce roman post-apo a été publié en 2019 en anglais sous le titre A Boy and his Dog at the End of the World aux éditions Orbit. Il a été traduit en 2020 par les éditions J’ai lu dans la collection Nouveaux Millénaires.
Que dire d’abord ? Parlons de son titre. A Boy and his Dog at the End of the World Il peut paraître plat comme ça, mais il y avait comme une certaine résonance avec ma situation au moment où j’en ai entendu parlé. Je vis seul avec son chien au milieu d’une pandémie de COVID-19. Ce genre de résonance.
Pour la petite histoire, c’est une amie qui l’a trouvé dans un magasin de livres d’occasion et m’a demandé si le livre m’intéressait. J’ai dit banco ! Sans aller plus loin. Il faut parfois prendre des risques dans la vie.
Alors ça raconte quoi ? L’Humanité a subi la Castration, un phénomène inexpliqué qui rend les humains majoritairement infertiles. Près de 150 ans après le début de celle-ci, il resterait moins de 10 000 humains au monde. Autant vous dire que les infrastructures se sont cassées la gueule et que les gens sont passés en mode survie rapidement. Ils vivent maintenant en petites communautés. C’est le cas de Griz, qui vit avec sa famille sur une île au large de l’actuelle Écosse. Griz a deux chiens, un mâle et une femelle. La population de nos fidèles compagnons est aussi fortement réduite. Devenus rares alors que tellement précieux dans ce monde redevenu sauvage et hostile. L’histoire, telle que la raconte Griz dans le journal de ses péripéties, commence quand un inconnu s’enfuit avec sa chienne Jess. Griz part donc à sa poursuite avec Jip, son deuxième chien. Le journal relate les rencontres et les embûches de Griz dans un monde dévasté et vidé de sa population. Nous découvrons à travers ses yeux les restes de notre civilisation où se battent pour leur survie des communautés humaines éparses. Contrairement à Mad Max, l’humanité a appris à se passer du pétrole et de l’électricité. Comme tout bon récit post-apo, la vie est difficile et les rencontres souvent périlleuses. C’est dingue comme la disparition de la civilisation fait ressortir le mauvais côté des gens.
Le style de C.A. Fletcher est simple et on s’attache rapidement à Griz et Jip. Le rythme alterne temps forts et temps plus calmes. Les rebondissements s’enchaînent bien et suscitent l’envie de savoir ce qui se passe la page d’après, le chapitre d’après. Avec toujours cette question : est-ce que Griz va finalement récupérer son cabot ? Ne vous attendez pas à un récit épique à la Dune, Griz ne part pas à la conquête du monde connu, mais à la recherche de son chien. Toutefois, l’histoire nous tient en haleine et le récit contient des rebondissements pas piqués des hannetons. Si vous aimez le post-apo, les chiens, ou les trois, achetez ce livre. Volez-le à une famille de survivants, empruntez-le à la bibliothèque ou à un ami, mais lisez-le. Vous passerez un bon moment en compagnie de Griz et Jip.

Un gars et son chien à la fin du monde
de C.A. Fletcher
traduction de Pierre-Paul Durastanti
Éditions J’ai Lu

Toi, l’immortel

Premier roman de Roger Zelazny, Toi, l’immortel a remporté un Hugo ex æquo avec Dune de Frank Herbert. Impressionnant pour un début non ? Et pourtant, Toi, l’immortel n’est pas exempt de défauts avec notamment une intrigue finalement assez décousue où les éléments clés se passent en coulisse ou dans les dialogues et non dans les nombreuses scènes d’action. Fouillis et dense, ce n’est pas le roman par lequel aborder l’œuvre de Roger Zelazny, même s’il en contient de nombreux germes…
Après la guerre des Trois Jours, la Terre a été dévastée par les différentes explosions atomiques. Des différents Lieux chauds sont nés des monstres et des mutants. La plupart des habitants de la planète ont fui dans l’espace et migré chez les « Peaux-Bleues », une race ancienne née près de Vega. La Terre, meurtrie, est devenue un musée et un lieu de tourisme pour les Vegans. L’un d’entre eux va faire appel au narrateur, Conrad Nomikos, pour lui servir de guide et de garde du corps. Ils vont donc se lancer dans un voyage dans l’Égypte et la Grèce où les retombées atomiques ont redonné naissance aux monstres des légendes…
Reprenant la trame des odyssées antiques, mais résolument ancré dans la science-fiction, Toi, l’immortel mélange mythologie grecque, littérature classique et considérations sur le nucléaire, les effets de la colonisation même « bénévole », et la façon dont on peut terminer une guerre. Même si un indice nous est donné dès la première phrase, « tu es un kallikanzaros », la nature même de Conrad n’est pas clairement définie : simple mutant, demi-dieu ou divinité ayant perdu la mémoire durant les Trois Jours ? Les trois hypothèses se tiennent et d’une lecture à l’autre, l’avis peut changer. S’il n’est clairement pas mon récit favori de Roger, ce roman annonce le reste de son œuvre. Conrad y est un proto Corwin, et les mythes grecs
revisités préfigurent ce que l’auteur fera des différentes mythologies : égyptienne, indienne, navajo, geste arthurienne, etc. Une fois de plus, le narrateur est un surhomme qui se débat avec les problèmes liés à sa nature et à son inadéquation avec son environnement. J’en conseille la lecture à ceux qui veulent tout lire de Roger Zelazny, mais ce n’est certainement pas le livre qui donnera envie de découvrir le reste de son œuvre. Il aurait même tendance à rebuter les nouveaux lecteurs.

Toi, l’immortel
de
Roger Zelazny
Traduction de Mimi Perrin

Éditions
Présence du futur

Entre roman et novella

La catégorie « novella » est une catégorie qui n’existe quasiment pas en littérature francophone, mais qui occupe une place importante dans la littérature de l’imaginaire hors de la France. Comprenant des textes situés entre 17 400 mots et 40 000 mots, elle est trop longue pour être une simple nouvelle et trop courte pour être un roman à part entière.
En voici deux récentes, relevant de la science-fiction, la première vendue comme un roman car française, et la seconde comme une novella car britannique.

After®
Un village dans la savane où un millier d’humains vivent — éternellement ? — en suivant le Dogme qui met en avant la tempérance en toute chose et une égalité stricte entre les gens. Dans cette société, la curiosité et tout ce qui s’écarte de la tradition sont mal vus. Deux personnes, Paule et Cami, ayant du mal à suivre le Dogme sont envoyés en exploration dans l’inconnu. Et vont en apprendre plus sur le passé, et sur le monde d’avant la catastrophe.
After®
d’Auriane Velten est un texte qui vaut surtout par son effet de surprise et ses différentes révélations qui, à vrai dire une fois passée la première, deviennent assez prévisibles pour qui sait relever les différents indices semés. Ainsi, le choix particulier des pronoms ne correspond pas à une quelconque réflexion sur le genre comme peut le faire Ada Palmer ou une volonté de prôner une forme d’écriture inclusive qui donnerait une poussée d’urticaire à tous les membres de l’Académie française, mais bien à l’état de Cami, Paule et les autres. Pour le reste, nous sommes dans un récit post-apocalyptique oscillant entre utopie et dystopie, et au final opposant une fois de plus la technologie à l’épanouissement humain. Intéressant et astucieux, il laisse néanmoins un arrière-goût de réchauffé.

After®
d’Auriane Velten
Éditions Mnémos

The Undefeated
Une protagoniste d’un âge certain et journaliste ? Du space opera ? Sur le papier, The Undefeated avait tout pour me plaire. Mais si au final, j’ai aimé la novella d’Una McCormack, ce n’était pas pour les raisons espérées. L’histoire met en scène Monica, une ancienne journaliste qui a bâti son succès sur ses reportages « sur la ligne de front », à savoir les planètes indépendantes tombant peu à peu dans l’escarcelle du Commonwealth. Retraitée, alors qu’une nouvelle guerre se déclare, elle part vers sa planète d’origine avec Gail, son jenjer, pour unique compagnon.
Au fil de ses péripéties et en remontant vers son passé, l’origine de cette guerre va apparaître. Une guerre que l’humanité à laquelle appartient Monica ne peut gagner, et dont pourtant elle est responsable.
Malgré ce résumé, The Undefeated n’est pas un récit guerrier empli de bruit et de fureur. C’est au contraire à travers
les souvenirs d’une femme ayant toujours menée une vie aisée choyée par ses jenjers prêts à répondre à ses moindres demandes que nous voyageons. The Undefeated est l’histoire d’une révélation pour Monica, qui se targuait pourtant d’avoir un sens de l’observation particulièrement affiné. L’ennemi le plus implacable est souvent celui qui est si proche de vous que vous ne le voyez plus. Pour le lecteur extérieur, il est assez facile de comprendre qui est l’ennemi. Mais c’est tout le chemin de Monica vers cette réalisation qui fait la saveur du récit.

The Undefeated
d’Una McCormack
Éditions Tor

Lectures en vrac

En cette période estivale, j’ai, comme souvent, lu et relu, tout ce qui me tombait sous la main. De ma moisson depuis début juillet, voici quatre titres variés :

Contes de la fée verte

J’ai toujours aimé l’écriture de Poppy Z Brite et son horreur gothique teintée de romances. Si je préfère ses romans comme Âmes perdues ou Sang d’encre, ce recueil de nouvelles, Les contes de la fée verte (en VO le bien plus glauque Swamp fœtus) est une bonne introduction à son univers fantastique, très différent de ses œuvres plus récentes. J’ai une certaine tendresse pour des nouvelles comme Anges ou Prise de tête à New York car elles utilisent Ghost et Steve, mes chouchous depuis Âmes perdues. Mais d’autres sont également très belles comme La Sixième sentinelle ou Musique en option pour voix et piano. Toutes ne sont pas particulièrement remarquables : j’avoue ainsi avoir été déçue par Xénophobie, et la bêtise crasse de ses protagonistes. Mais elles ont toutes une petite mélodie macabre et douceâtre en elles qui vous ensorcèle.

Les contes de la fée verte
de Poppy Z Brite
Traduction de Jean-Daniel Brèque
Éditions Denoël

Un océan de rouille

Décidément, entre l’écriture de C. Robert Cargill et moi, le courant ne passe pas. Si j’avais été très déçue par sa nouvelle
Hell Creek, j’ai plus apprécié ce roman, sans pour autant être tombée sous le charme. Il faut dire que l’idée de rejouer Mad Max dans un univers où le Skynet et ses petites sœurs de Terminator ont gagné tourne assez vite au réchauffé. Le postulat de base donc est un monde post-apocalyptique où avec l’avènement des vraies IA et des robots, l’humanité est devenue obsolète et après une guerre de la chair contre la machine, a disparu ainsi que toute forme de vie biologique. Ayant transformé la Terre en gigantesque décharge, les formes de vie électroniques s’affrontent entre elles avec d’un côté les UMI, d’énormes intelligences collectives utilisant des robots de différentes formes comme « facettes » ou terminaux d’exécution, et des robots indépendants n’ayant pas rejoint l’Unité des UMI et survivants tant que leurs différentes pièces mécaniques ne sont pas usées. Nous suivons Fragile, une « aidante » c’est-à-dire un robot dévolu aux soins à la personne, qui depuis la disparition de l’Humanité survit en tuant les « erreurs 404 », les robots trop endommagés pour fonctionner de façon rationnelle, et en cannibalisant leurs pièces pour les revendre. Devenue elle-même une erreur 404, elle cherchera sa survie en accompagnant à travers l’Océan de rouille, des robots investis d’une mission sacrée.
Et… C’est là que le bat blesse. Au final, outre la Fragile franchement peu sympathique et ses flashbacks vers le passé,
cette quête robotico-mystique devient assez indigeste au final. Scénariste de films, C. Robert Cargill écrit ses romans comme des scénarios avec tous les retournements convenus dans un bon blockbuster hollywoodien et avec tous les défauts de ce genre d’œuvre. Si vous avez vu pléthore de films de cyborgs ou de films post-apocalyptiques des années 80 ou 90, Un Océan de rouille ne vous surprendra pas un seul instant. Sinon, jetez-y un œil.

Un océan de rouille
de
C. Robert Cargill
Traduction de Florence Dolisi
Éditions Albin Michel Imaginaire

The Haunting of Tram Car 015

Lu dans le cadre de la sélection pour les Hugo Awards 2020, cette histoire steampunk se distingue par son cadre et par les créatures impliquées. En effet, nous ne sommes pas à Londres ou Paris, mais au Caire en 1912. Devenue grande puissance technico-commerciale depuis que la magie et la collaboration avec les djinns sont devenues des faits reconnus, la métropole égyptienne s’agite alors que le droit de vote des femmes est en débat au Parlement. Pendant ce temps, nous suivons un vieux routard du ministère de l’alchimie, enchantements et entités surnaturelles et le novice sous ses ordres enquêtant sur la hantise d’une voiture de tramway aérien. De fil en aiguille, ils devront demander de l’aide à des sources inhabituelles pour comprendre quelle est la créature dans le Tram 015 et surtout comment s’en débarrasser avant qu’elle ne fasse d’autres victimes.
Si la trame
du récit est très convenue, l’originalité de cette histoire tient en sa localisation et dans la façon dont fonctionnent les différentes magies, ainsi que dans celle où humains, entités surnaturelles et automates coexistent plus ou moins de façon égalitaire dans la ville. Je ne connaissais pas P. Djèlí Clark comme auteur, mais je vais m’y intéresser de plus près.

The Haunting of Tram Car 015
de P. Djèlí Clark
Éditions Tor

Aposimz

Après Biomega et Blame!, j’ai voulu tenter la nouvelle série de Tsumohu Nihei. Quatre volumes plus loin, elle ne m’a pas enchantée. Pourquoi ? Tout simplement parce que c’est une énième déclinaison de sa thématique fétiche : l’interfaçage homme-machine et la survie dans un monde étrange où les règles évoluent constamment. Ici ce n’est pas un bâtiment géant comme dans Blame! mais un planétoïde artificiel où l’humanité aisée vit dans les entrailles du satellite et les plus pauvres sont rejetés à la surface et court le risque d’être transformés en marionnette (comprendre des espèces d’automates plus ou moins puissants suivant le mode de contamination). Lorsque son village de la surface est détruit par les soldats de l’Empire régnant au sous-sol, Essro se transforme volontairement en marionnette et va s’allier avec Titiana, venue d’encore plus en profondeur dans la planète pour se venger. L’histoire est bonne et intéressante, mais elle a un fort côté de déjà vu par rapport aux œuvres précédentes de Tsumohu Nihei qui fait que je n’ai pas accroché plus que ça. Le trait du mangaka est toujours aussi beau, mais l’image très claire (et justifiée par une planète glacée) peut gêner certains lecteurs plus habitués à des mangas plus contrastés.

Aposimz t.1 à 4
de Tsumohu Nihei
traduction de Yohan Leclerc
Éditions Glénat