Carnaval

1919. Au lendemain de la Première Guerre mondiale, La Nouvelle-Orléans est une ville marquée par son passé esclavagiste, la ségrégation et la Mafia. Alors que la mairie tente de débarrasser la ville de son image de vice et de violence, un tueur en série sévit : le Tueur à la hache.
Partant d’un fait divers réel, Ray Celestin va mêler dans Carnaval la petite et la grande histoire de la Louisiane et du jazz dans un polar poisseux. S’y entrecroisent plusieurs destins : deux policiers – l’un honnête, l’autre ripou sortant de prison, une métisse sur les traces de Sherlock Holmes et un journaliste véreux. Mais également un certain Louis Armstrong qu
elques semaines avant son ascension vers la gloire.
Si dans la réalité, les crimes du Tueur à la hache n’ont jamais été élucidés, dans Carnaval l’enquête suit son terme. Elle est surtout l’occasion de dresser le portrait d’une ville vivante, terre d’immigration et de fusion des cultures au tournant du siècle dernier dans toute sa splendeur et toute sa crasse.
Chaque narrateur de l’histoire apporte un prisme différent pour aborder la ville, qu’il soit homme ou femme, noir ou blanc, immigré irlandais ou italien ou créole installé depuis plusieurs générations. Le tout étant inscrit dans une époque et une atmosphère bouillante et tumultueuse. Si vous aimez les bons polars solides avec une composante historique, n’hésitez pas, ce Carnaval de Ray Celestin va vous régaler.

Carnaval
de Ray Celestin
Traduction de Jean Szlamowicz
Éditions 10/18

Passage des ombres

Figure connue des polars islandais, Arnaldur Indridason s’intéresse avec Passage des ombres aux affaires classées. Loin du sordide et du sanglant qui caractérisent souvent les polars nordiques, ce roman parle d’un meurtre presque en douceur, en catimini. En effet, un nonagénaire meurt étouffé dans son sommeil avec un oreiller. Ancien policier, il avait repris une enquête datant de 1944. À l’époque, l’Islande n’était pas encore indépendante, et servait de base arrière aux troupes alliées (principalement américaines) durant la Seconde Guerre mondiale.
Tout au long de Passage des ombres, les deux époques s’entremêlent. Au 21
siècle, Konrad policier à la retraite va retracer les derniers jours du nonagénaire et de son enquête pour aider son ancienne collègue. En 1944, Flovent et Thorson enquêtent sur la mort de Rosamunda retrouvée étranglée derrière le théâtre de Reykjavík. Qui a tué cette jeune couturière ? Pourquoi ? Cela a-t-il un rapport avec la « situation », l’euphémisme utilisé pour décrire le rapprochement sentimental entre les jeunes Islandaises et les soldats stationnés sur l’île ?
Au-delà d’un polar solide et bien mené, mais à l’intrigue somme toute banale, Passage des ombres est l’occasion pour
Arnaldur Indridason de revenir sur un moment charnière de l’histoire de son pays. En 1944, nous sommes à quelques mois de l’indépendance par rapport au Danemark et de la fondation de la République d’Islande. En 1944, en Islande comme ailleurs, l’effort de guerre va moderniser le pays et favoriser la prise d’indépendance des femmes. Ce sont cette modernité et ces changements de mentalités qui vont être aux sources du crime de 1944, et qui vont avoir des répercussions sur trois générations jusqu’à l’époque actuelle. À découvrir…

Passage des ombres
d’Arnaldur Indridason
Traduction d’Éric Boury
Éditions
Métailié

ADN

Découvrir un nouvel auteur de polar nordique s’apparente à ouvrir une pochette surprise. Parfois la trouvaille sera excellente, et parfois d’une triste banalité. Après avoir refermé ADN d’Yrsa Sigurðadottir, je ne sais pas encore dans quelle case caser cette écrivaine islandaise.
ADN est en effet un polar solide commençant en 1987 par le placement de trois enfants dans trois familles différentes suite à une histoire sordide dont l’étendue ne sera révélée qu’à la fin. Puis en 2015, une jeune mère de famille meurt assassinée de façon originale même si particulièrement douloureuse sous les yeux de sa fille de sept ans. La police va devoir se confronter à un crime rare en Islande et comble de malchance l’enquête est confiée à un inspecteur novice qui n’a les meilleures relations du monde avec la psychologue qui a pris en charge la jeune témoin. Et d’autres crimes vont se poursuivre.
Le récit, comme tout bon polar nordique, ne se contente pas de suivre l’un ou l’autre des enquêteurs. Entremêlés à ce récit, nous avons celui de Karl, un étudiant en chimie et radioamateur esseulé, ou de personnages qui seront peu à peu les nouvelles victimes. Comme souvent également, le sens du détail est très poussé. Quitte à noyer la lecture sous une avalanche d’informations sans intérêt pour l’enquête. Comme pour La Cité des jarres de son concitoyen A
rnadul Indriðason, au cœur d’ADN se trouvent, comme le titre l’indique, les problèmes de consanguinité propre à l’île et les maladies génétiques qu’elles entrainent quand le lien de parenté entre les géniteurs est trop proche. Avec juste ce qu’il faut de hasard glauque pour bien interpeller le lecteur !
J’ai particulièrement apprécié les personnages de Freyja la psychologue et d’Huldar le policier, appelés à devenir les héros récurrents d’une série de romans (cinq déjà écrits dont deux traduits). Et j’avoue, question créativité des meurtres, j’étais servie.
Mais le rythme même du roman m’a paru assez inconsistant et si la révélation finale est d’un côté très bien vue par rapport à l’enquête, de l’autre le côté famille malsaine est assez lu et relu dans ce genre de littérature. Je testerais surement à l’occasion le deuxième, Succion, avant de décider s’il faut continuer à suivre les histoires d’Yrsa Sigurðadottir.

ADN
d’Yrsa Sigurðadottir
traduction de Catherine Mercy
Éditions
Actes Sud

Dark Sacred Night

Il est des auteurs qui maîtrisent parfaitement leur genre, et dont on sait qu’ils ne nous décevront jamais. Dans le monde du polar, l’un de ces noms est Michael Connelly. Et j’avoue avoir tendance à prendre en voyage les livres avec son nom en couverture surtout s’ils mettent en scène Harry Bosch, l’un de ses personnages récurrents. Dans Dark Sacred Night, il lui adjoint Renée Ballard, une détective appelée à devenir également récurrente (et déjà présente dans trois romans).
Dark Sacred Night narre la rencontre entre les deux personnages, et peut-être le début d’un passage de témoins entre les deux policiers : Bosch, désormais en semi-retraite à San Fernando et Ballard, ex-étoile montante du LAPD mutée dans un service de seconde zone pour une sombre affaire de harcèlement sexuel. Les deux vont être réunis par un vieil homicide jamais résolu : une f
ugueuse retrouvée morte nue et trempée dans l’eau de Javel neuf ans plus tôt. Outre cette intrigue principale, Dark Sacred Night se révèle très intéressant par ses à-côtés. Et effet, le récit suit tour à tour Ballard et Bosch dans l’enquête, mais également dans leur travail quotidien. Ce qui donne lieu à différentes mini-enquêtes : certaines assez comiques et d’autres finalement plus tragiques. C’est également l’occasion pour Michael Connelly d’aborder certains sujets comme le mouvement #MeToo et ses ramifications dans la police. Parfois avec de gros sabots et parfois par petites touches révélatrices comme la mention des coupes de cheveux des agentes.
Les deux personnages principaux sont toujours aussi attachants l’un que l’autre, avec leurs forces, mais aussi leurs faiblesses comme une tendance partagée à se laisser emporter par leurs émotions. Mais Dark Sacred Night m’a également énormément plu par ses personnages secondaires sur lesquelles Michael Connelly s’attarde un peu plus, il me semble. La pilote d’hélicoptère amie de Renée Ballard est l’une d’entre eux, et j’aimerais bien la revoir prochainement.

Ce ne sera pas le titre phare de la bibliographie de Michael Connelly. Echo Park ou La Défense Lincoln resteront ceux que je conseillerais pour découvrir l’auteur. Mais Dark Sacred Night mérite votre attention si vous aimez les polars, et souhaitez vous plonger au cœur de Los Angeles pour quelques heures.

Dark Sacred Night
de Michael Connelly

Éditions
Orion

Magnus Ridolph

Jack Vance était un conteur de SF exceptionnel, et surtout un incontournable de mes lectures estivales. Cette année au lieu de relire un des livres présents dans ma bibliothèque, j’ai craqué pour Magnus Ridolph réédité par Mnémos dans sa collection Hélios. Sous ce titre, la maison rassemble dans un format de poche l’intégrale des dix nouvelles mettant en scène le personnage du même nom.
Mélange improbable d’Hercule Poirot et d’Arsène Lupin, Magnus Ridolph est un enquêteur sillonnant la galaxie au gré de ses envies et de ses aventures commerciales. Qu’il soit mandaté par un client ou qu’il tombe sur un cas intéressant totalement par hasard comme dans Coup de grâce la dernière nouvelle,
à chaque enquête il va toujours s’arranger pour retourner la situation à son profit ou malicieusement se moquer de son client.
Avec un personnage principal identique, les dix nouvelles composant ce recueil ont chacune une tonalité qui lui est propre. Certaines comme Les sardines de qualité inférieure sont finalement assez tristes et mélancoliques, d’autres comme La Spa des étoiles ou Raccourcis pour Sanatoris sont plutôt comiques. D’autres comme L’immonde McInch ou Le cycle infernal sont de purs polars avec une résolution
elle typiquement de science-fiction.
Encore une fois avec Magnus Ridolph, Jack Vance prend son lecteur par la main, l’amène au coin du feu ou d’une terrasse ombragé, lui sert un verre (avec ou sans alcool) et lui raconte des histoires. Ici, ce n’est pas le merveilleux qui prédomine, mais l’anecdote et le côté roublard distingué de Magnus Ridolph. Il vous narre les bons tours que le détective a joués à ceux qui se croyaient plus intelligents que les autres, ou qui comptaient tirer profit indûment des autres. Ces nouvelles très courtes sont une excellente introduction au style et à la faconde de Jack Vance.

Magnus Ridolph
de Jack Vance
Traduction de Brigitte Mariot
Éditions Mnémos

Coupable(s)

Dans la série « à quoi servent les soldes en numérique », voici un nouvel épisode, découvrir de nouvelles maisons d’édition. En l’occurrence, il s’agit du Flamant noir, spécialisé dans le polar. Malgré une couverture assez quelconque piochée dans une banque d’image, j’ai choisi Coupable(s) de Samuel Sutra. Pour deux raisons. La première est que parmi les différents titres proposés de lui, celui-ci est le seul qui ne met en scène un personnage récurrent. Je ne risque donc pas de débarquer dans une histoire sans en comprendre les références. Et la deuxième est que je ne connais pas du tout Samuel Sutra et que je me suis laissée appâter par la présentation de l’éditeur. Celui-ci le vend comme un croisement entre San-Antonio, Alphonse Boudard et Alexandre Astier. Peut être dans ses autres romans, mais pas dans Coupable(s). Celui-ci reste un polar de facture classique, mais à l’intrigue bien montée et prenant à souhait.
Trois meurtres atroces, trois enquêtes sur lesquelles la Criminelle piétine. Jusqu’à ce qu’une quatrième mort ne vienne donner un indice, Haïti, et n’ajoute à la brigade bien rodée de la Criminelle, un jeune inspecteur venu des Renseignements Généraux. Coupable(s) est d’ailleurs raconté de son point de vue, et prend l’enquête, comme lui, en cours de route. Seuls quelques chapitres relatent les meurtres eux-mêmes et donnent un éclairage complémentaire au lecteur.
Malgré l’indice du quatrième meurtre, ne vous attendez pas à partir pour une destination exotique : tout se déroule entre Paris et sa proche banlieue. Ni à du vaudou. Samuel Sutra s’amuse certes avec certains des clichés liés à Haïti, mais c’est pour mieux les détourner et se recentrer son polar sur une vengeance au cadre plus resserré, mais reposant sommes toutes sur des motifs bien plus terre-à-terre. Au final, une lecture plaisante et une bonne surprise.

Coupable(s)
de Samuel Sutra
Éditions Flamant Noir

Le Poulpe

Si vous voulez découvrir des polars à la française, courts et incisifs, en vous faisant une idée des talents d’un auteur, pourquoi ne pas commencer par une aventure du Vous. Du surnom de son personnage principal, Gabriel Lecouvreur dit Le Poulpe, cette collection d’histoires courtes, entre 100 et 250 pages en moyenne, rassemble de 1995 à 2016 les meilleurs auteurs du genre. Le principe présenté dès les trois premiers récits — La petite écuyère a cafté de Jean-Bernard Pouy, Saigne-sur-Mer de Serge Quadruppani et Arrêtez le carrelage de Patrick Raynal — est simple : Gabriel Lecouvreur, détective anarchiste découvre un fait divers en lisant le journal dans son bistrot favori du 11e arrondissement de Paris et part enquêter. Souvent seul, il sera parfois accompagné par sa compagne officielle, Cheryl, coiffeuse et grande amatrice de rose et de peluches de son état. Et le titre du livre est souvent un jeu de mots (outre les trois premiers, citons Arrête tes six magrets, Saké des brumes ou Un poison nommé Rwanda).
La structure des livres est toujours similaire et les personnages sont souvent connus (Le Poulpe, Cheryl, le patron et le personnel du bar, Pedro l’ami de Gabriel et fournisseur en armes et faux papiers), mais chaque écrivain — qu’il vienne du monde du polar, de la littérature générale ou autre — peut facilement mettre sa patte dans ce canevas, vite connu et reconnu. Même si souvent l’humour et l’ironie sont au rendez-vous. Du coup, la collection Le Poulpe est une bonne occasion de découvrir une plume et de se faire une opinion. D’autant que, publiés originellement chez La Baleine, de nombreux titres du Poulpe ont été réédités ailleurs, notamment dans la collection Librio noir de Flammarion vendus neufs 10F puis 3 €, et trouvable très facilement dans les brocantes, vide-greniers, bouquinistes ou boîtes à livre un peu partout. Pourquoi se priver ?

Le Poulpe
Collectif (le plus souvent un auteur par titre)
Éditions La Baleine
Certains titres sont également réédité chez Flammarion (Librio Noir)
ou chez Gallimard

Safari dans la 5ème Avenue

J’ai des voisins sympathiques et grands lecteurs. Bien avant que les boîtes à livres ne se répandent à tous les coins de rue, nous avons pris l’habitude de laisser livres, DVD ou CD dont nous n’avons plus l’usage (voire magazines pour une voisine) dans le hall d’entrée pour que les passants se servent. C’est ainsi que j’ai récupéré trois polars la semaine dernière dont deux Série Noire. Un classique de Raymond Chandler, Fais pas ta rosière !, et Safari dans la 5ème Avenue de Thomas H.Cook. Ce dernier auteur ne me disais rien, mais je trouvais un charme rétro à la couverture et le résumé m’intriguait. Autant se laisser tenter donc…
Safari dans la 5ème Avenue
est un polar new-yorkais classique de la fin des années 70, mais étonnamment moderne dans sa thématique et dans son traitement. Nous suivons les pas de John Reardon, vieil inspecteur de la Criminelle et jeune veuf, alors qu’on lui confie une nouvelle enquête : qui a massacré à coups de hache les deux daims donnés au zoo de Central Park par un philanthrope richissime ? Quelque temps plus tard, un couple de lesbiennes se fait massacrer exactement de la même manière. S’agit-il du même tueur ? Et quel est le rapport avec le philanthrope ? Au milieu des embûches de sa hiérarchie et face aux préjugés racistes, sexistes et autres de ses collègues et des principaux témoins, John Reardon va mener son enquête méthodiquement, jusqu’au bout quitte à ce que ses conclusions déplaisent.
Si vous vous attendez à
un livre avec beaucoup d’actions, des courses-poursuites et des échanges de coups de feu, passez votre chemin. John Reardon n’est pas l’inspecteur Harry. C’est un policier à l’ancienne, posé et qui n’a pas un goût prononcé pour le sang, et encore moins la poudre. Pour autant, son métier lui a donné une bonne connaissance de l’âme humaine. Ce qui lui permettra d’écarter le coupable désigné d’office pour retrouver le vrai meurtrier. Dans les temps ?
Safari dans la 5ème Avenue était le premier livre de Thomas H. Cook, depuis devenu un auteur prolifique de romans policiers. Malgré quelques défauts, cet ouvrage est très bon et vaut largement le coup de se pencher sur le reste de l’œuvre de cet auteur.
À suivre ?

Safari dans la 5ème Avenue
de Thomas H.Cook
traduction de Madeleine Charvet
Éditions Gallimard

Studio 6 – Une enquête d’Annika Bengtzon

J’ai un péché mignon : les polars nordiques, et plus particulièrement suédois. Même si le rythme de lecture est toujours assez particulier, j’avoue que l’hiver scandinave va souvent dans mon imaginaire avec une ambiance glauque et criminelle propice aux frissons. Quand NetGalley France a mis en accès libre Studio 6 – Une enquête d’Annika Bengtzon, le premier roman d’une série policière par une autrice suédoise, Liza Marklund, que je ne connaissais pas, je me suis jetée dessus.
Le résultat se lit très bien et très vite, ce qui est toujours bon pour un polar. Mais j’ai un avis plus mitigé sur le titre lui-même. L’enquête est assez faible, on sait assez rapidement qui est le coupable et le fait d’y mêler un scandale politique réel comme l’affaire IB est intéressant, mais ne fait pas grand-chose pour alimenter l’intrigue.
En revanche, le personnage même d’Annika Bengtzon est intéressant. Au début de Studio 6, elle est intérimaire dans un grand tabloïd de la capitale et découvre peu à peu le métier de journaliste spécialiste des faits divers. Elle va donc enquêter sur la mort de Joselyn dans le parc avec son lot d’erreurs de débutantes, d’embûches professionnelles et d’errements sentimentaux. La description du fonctionnement de la rédaction et des différentes institutions suédoises, avec notamment l’obligation de transparence totale qui laisse songeuse dans nos contrées plus méridionales, est extrêmement intéressante et bien menée. Pour le coup, je me suis souvent retrouvée à encourager mentalement Annika pour qu’elle se fasse sa place au soleil. La fin plus personnelle est aussi classique d’un certain sous-genre de la littérature policière suédoise (Camilla Läckberg est également coutumière du fait par exemple), mais je l’ai trouvé personnellement assez téléphonée. Malgré tout, j’ai passé un bon moment avec ce livre, troisième réédition en France du titre. Je tenterais peut-être d’autres enquêtes d’Annika Bengtzon, si je les trouve chez un bouquiniste, dans une bibliothèque ou en promotion.

Studio 6 – une enquête d’Annika Bengtzon
de Liza Marklund
traduction de Christopher Burjström
Éditions Hachette

Trois nouvelles pour deux découvertes

La nouvelle est un formidable outil pour découvrir un auteur comme j’ai déjà eu l’occasion de le vérifier ici, ici ou ici. C’est également une bonne solution pour trouver de nouveaux éditeurs. C’est ce qui s’est passé récemment avec trois nouvelles qui m’ont permis de découvrir deux maisons d’édition.

Too much…
Je suis tombée sur cette nouvelle de Jean-Bernard Pouy suite à une conversation avec Deidre Ambre. Ce fut non pas l’occasion de découvrir l’auteur, mais la maison d’édition. Spécialisée dans le polar et l’érotisme, Ska a la particularité de ne vendre que des livres numériques sans DRM. Comme il s’agit le plus souvent de nouvelles, les prix sont plutôt doux et l’on y trouve dans les deux genres suscités une assez grande variété. Que vaut Too much… ? C’est la quintessence de l’humour burlesque et vachard de Jean-Bernard Pouy.
Il y réunit l’espace de quelques trop courtes pages des rockers normands perdus au milieu de punks, des toros échappés d’un encierro et un régiment de parachutistes près à tout casser. Je ne vous en dirais pas plus pour ne pas gâcher l’histoire. Sachez juste que ce texte est un remède assuré contre les coups de blues. C’est également la première marche idéale pour faire découvrir Jean-Bernard Pouy à qui ne le connaît pas. L’auteur y joue avec humour des mots et des situations pour se moquer une nouvelle fois d’un certain ordre établi. Tout en légèreté et sans la noire amertume qui sourde de certains autres de ses écrits.

Too much …
de Jean-Bernard Pouy
Éditions SKA

Un vampire
J’avoue, ce petit ouvrage certainement pris pour agrémenter un trajet en métro s’est retrouvé à trainer très longtemps sur ma table de nuit. Une blessure à l’épaule gênant pour la lecture de grands formats plus tard, il a fini après quelques années par être lu. Et là ce fut une double
découverte : celle d’un auteur italien, Luigi Capuana, et d’une maison d’édition, La Part Commune. Contrairement à la précédente, cette maison se spécialise surtout dans les livres papier avec une grande variété de genres : essai, poésie, romans et nouvelles. Et de nombreux textes anciens réédités.
Quant à l’auteur, Luigi Cap
uana, c’est un contemporain d’Émile Zola qui s’inscrit dans un courant assez similaire d’écriture au plus près de la société. Avec dans les deux nouvelles de ce petit recueil, Un Vampire et Un cas de somnambulisme, une touche de fantastique pour faire passer la pilule. La première parle de mariage arrangé, de remariage et de gêne du mari à « n’avoir pas été le premier » (sic), la deuxième sous couvert de raconter une intrigue policière mêlé de fantastique peut se lire comme une critique des rapports entre la bourgeoisie et la domesticité. Contrairement à Émile Zola que mes années d’études m’ont rendu totalement indigeste, le style de Luigi Capanua est sobre. J’ai apprécié la juste dose d’absurde qui saupoudre chaque nouvelle.

Un vampire
de Luigi Capuana
traduction de Baldassare Anghiari
Éditions La Part Commune