Normal

Depuis sa série phare Transmetropolitan (de 1997 à 2002 chez DC Comics), Warren Ellis porte un regard lucide, cynique et désabusé sur notre société et les évolutions qu’y entraînent la technologie. Son troisième et dernier roman, Normal, n’échappe pas à cette tendance. Amateurs d’optimisme et de personnages au cœur pur, vous êtes prévenus.
En revanche, l’histoire de Normal est très différente des autres récits de Warren Ellis. Ici, point de décor urbain. Comme dans les meilleurs romans d’Agatha Christie, Normal est une enquête policière se déroulant à huis clos : plus exactement dans l’asile de fous de Normal Head. Au beau milieu d’une forêt, cet asile est très spécialisé. Il n’accueille que des hommes et des femmes devenus fous par burn-out. Plus spécifiquement, il rassemble des futurologues devenus fous pour avoir « salement regardé dans l’abîme. » Alors qu’Adam Dearden vient d’arriver à Normal Head au plus profond de sa dépression, un autre patient disparaît un matin de sa chambre, remplacé par 90 kg d’insectes vivants. Que s’est-il passé ? Face à l’inaction du personnel encadrant, les patients vont mener l’enquête.
Disons-le tout de suite, des trois romans parus en français de Warren Ellis (Gun Machine, Artères souterraines et Normal), c’est celui-ci que j’aime le moins. Peut-être parce qu’il est le plus proche de la société de surveillance s’instaurant de plus en plus dans notre quotidien ? Ou plus sûrement parce que la trame est si mince que Warren Ellis la comble avec des envolées délirantes dans la bouche de l’un ou de l’autre de ses personnages. Chacune d’entre elles en soit est un morceau de bravoure, mais elle ne fait pas forcément avancer l’intrigue, ce qui est gênant pour un roman policier. Pour peu que la rhétorique de l’auteur ne corresponde pas à votre disposition d’esprit, vous voilà sorti de l’action pour quelques paragraphes. En revanche, Normal a comme les autres œuvres de Warren Ellis, le don de faire réfléchir son lecteur à deux fois sur la confidentialité de sa vie personnelle, aussi bien sur Internet que hors-ligne.

Normal de Warren Ellis
Traduction de Laurent Quessy
Éditions Au Diable Vauvert

 

1974

Que s’est-il passé en 1974 dans cette maison abandonnée de Sebourg dans le Nord de la France ? Pourquoi les pompiers y viennent-ils un jour la réduire en cendres au lieu d’éteindre l’incendie. Ce roman pourrait sembler un remake de Fahrenheit dès les premières pages, mais non. Avec 1974, Arnaud Codeville signe ici un mélange audacieux de polar bien noir et d’horreur. Preuve s’il en est que l’horreur est un genre qui se porte bien, tant dans le cinéma français que dans la littérature.
Même si je ne trouve pas le personnage principal très sympathique, marcher dans ses pas pour démêler l’intrigue est un véritable plaisir, pour peu que l’on résiste à l’idée de lui hurler dessus par moment pour qu’il se reprenne. Ce que semble être au départ un cas de hantise lié à la disparition d’une adolescente en 1974, se révèle par la suite tenir plus de la sorcellerie et de la possession démoniaque, avec dans la coulisse une créature Lovecraftienne qui n’est pas pour une fois ce cher Cthulhu. Et Arnaud Codeville est assez malin pour donner l’impression au lecteur qu’on va aller dans une direction et virer complètement de bord en quelques lignes. Le tout non pas une ou deux fois, mais une bonne dizaine de fois dans l’ouvrage. En revanche, au bout des 500 pages je sais qu’il aime le cinéma de genre des années 80/90 et Stephen King, tellement les références sont flagrantes.

1974
de Arnaud Codeville
Autoédition

Jeux de mains

Devrais-je me méfier des recommandations de mes amies ? En reposant Jeux de mains d’Yves Laurent, je pense qu’il faudra à l’avenir être très prudente. Ce livre comme tout bon thriller se lit très vite, trop vite. Et entraîne un manque de sommeil certain. Pourtant, malgré des meurtres particulièrement gore il reste très léger et au final, ne sera pas forcément relu, en tout cas pour ma part.
La trame est simple : après deux ans d’interruption, un serial killer reprend ses meurtres et cible plus particulièrement le prodige de la police criminelle bruxelloise, signant chaque scène de crime d’un doigt manquant et d’un message à l’encontre des enquêteurs. L’arrêteront-ils à temps ? La plongée au cœur de Bruxelles et de son patois (mâtiné d’expressions wallonne et flamande) est originale dans ce genre littéraire. Merci d’ailleurs aux auteurs d’avoir glissé un lexique pour les francophones non belges, même s’il manque quelques termes encore. Et comme dans toute bonne histoire policière on passe d’un suspect à l’autre au fur et à mesure de sa lecture, jusqu’à la découverte du coupable. Cette révélation finale si elle n’explique pas grand-chose des motifs
l’ayant poussé à tuer justifient certains passages explicites du livre qui sinon n’auraient été que racoleurs.
En revanche, j’ai plus été gênée par certains détails comme le « hacker » domestique des policiers qui estime que son PC ne peut pas avoir été piraté parce que son antivirus est à jour. Ce qui pour les non-informaticiens revient à dire : je ne peux pas me faire cambrioler, j’ai des moustiquaires aux fenêtres. Si les logiciels malveillants peuvent faciliter l’intrusion sur votre ordinateur, c’est loin d’être la seule méthode. Et surement pas la plus efficace dans ce cas précis. Ce genre d’imprécisions, informatique ou autre m’ont fait sortir deux ou trois fois du récit, alors qu’il aurait suffi de ne pas s’avancer dans un sujet mal maîtrisé pour l’éviter. Dommage, l’histoire pour un premier récit
qui visiblement prévoit une suite. Et moi, malgré mon manque de sommeil, finalement je resterai attentive aux avis de cette amie. Après tout, un polar accrocheur reste un bon polar.

Jeux de mains de Yves Laurent
Autoédition (Esfera/Imaginons ensemble)

La sorcière

Pour son treizième roman, La sorcière, Camilla Läckberg mêle une nouvelle fois le passé et le présent dans une intrigue policière compliquée. Et comme souvent, victimes et bourreaux finissent par être interchangeables, à l’exception notable de Stella et de Linnea, les deux petites blondinettes de quatre ans à l’origine de tout.
Tout commence un jour torride d’été où Linnéa, 4 ans donc, disparaît de la ferme de ses parents. Or, trente ans plus tôt, Stella, 4 ans elle aussi, avait disparu de cette même ferme et avait été retrouvée morte dans les bois alentours. Finalement, deux adolescentes de 13 ans s’étaient accusées du crime. Trente ans plus tard, les deux adolescentes devenues mères sont de retour. Sont-elles responsables de ce nouveau drame ? Ou ne serait-ce pas plutôt l’un des réfugiés syriens du camp si difficilement accepté dans ce coin de campagne suédoise ? Comme souvent chez Camilla Läckberg, la solution n’est pas si linéaire et les histoires de familles cachées et mal digérées vont encore compliquer la tâche des enquêteurs.
Pour une fois, cette enquête de Patrick et Erica, le couple protagoniste habituel, a une touche nettement plus en phase avec l’actualité du moment. Non seulement avec l’ajout de ses personnages réfugiés et en dépeignant les différentes réactions — tant abjectes qu’empreintes de bonté — qu’ils suscitent dans la population locale. Mais également en parlant du thème du harcèlement entre adolescents à deux époques différentes : l’une avant l’apparition des réseaux sociaux numériques, et l’autre après. Dans les deux cas, l’issue est tragique et a des conséquences bien au-delà du petit monde des ados. Malgré tout ce drame, Camilla Läckberg sait aussi se faire solaire avec les mini-événements de la vie quotidienne des policiers, d’Erica et de leur famille. Il y a juste un élément qui je trouve ne colle pas trop avec le reste de l’histoire : celui de la Sorcière du titre. Je vois bien le rôle des on-dit et de la rumeur dans le sort final d’Elin, mais nettement moins sa relation avec les enquêtes quelques siècles plus tard. À moins que Camilla Läckberg ait voulu s’offrir une variation sur les relations sororales où la puinée hait à mort l’aînée. Et laisse ici un indice pour la trame du prochain roman ?

La sorcière de Camilla Läckberg
Traduction de Rémi Cassaigne
Éditions Actes Sud.

Pour le #100defislecture2018 de Dame Ambre : 9 points avec celui-ci.

Carbone modifié (Altered Carbon)

Une fois n’est pas coutume, ce livre est présenté sous son titre en version française et son titre original. Pourquoi ? Tout simplement parce que la série Netflix adaptant ce livre sera lancée sous le nom anglais le 2 février. Avant de la voir, j’ai donc voulu me rafraîchir la mémoire avec Carbone modifié de Richard Morgan, dont j’avais dévoré la trilogie (Carbone modifié, Furies déchainées et Anges déchus) lors d’une opération promotionnelle il y a trois ans.
À la relecture, les défauts de Carbone modifié m’ont sauté aux yeux : une tendance à se complaire dans le voyeurisme pas toujours bien amenée, des facilités d’écriture douteuses. Mais l’essentiel est là. C’est un très bon polar futuriste où toute la crasse d’une excellente « Série noire » se mêle à certaines interrogations cyberpunk intéressantes. De quoi s’agit-il ? Takeshi Kovacks, ancien des Corps Diplos, une unité militaire d’élite des Nations Unies en charge de mettre au pas les colonies stellaires récalcitrantes, se retrouve sur Terre pour enquêter sur un suicide dont la victime pense qu’il pourrait cacher un meurtre. Vous avez bien lu. La victime elle-même est bien vivante et veut qu’on découvre son meurtrier. En effet, dans le monde de Takeshi Kovacs, les esprits peuvent être téléchargés dans des corps humains produits de façon naturelle ou synthétique avec des améliorations intégrées. Pour qui a de l’argent, la mort n’est plus que temporaire, et les peines de prison se sont transformées en stockage virtuel avec la location du corps des prisonniers à des gens devant voyager hors planète ou ne voulant pas risquer leurs corps d’origine. Sur Terre, une seule minorité résiste à l’enveloppement, les catholiques fervents qui y voient un obstacle à leur dogme religieux. Sur cette trame, Richard Morgan a construit une enquête policière pleine de rebondissements où chaque personnage avance masqué, soit parce que ses intentions ne sont pas claires, soit parce que la chair qu’il ou elle porte ne lui correspond pas. Et pour une fois, le côté cyberpunk étant tellement éloigné de ce qu’offrent les possibilités informatiques actuelles, il n’a pas ce côté obsolète que peut avoir Le Samouraï virtuel. Si vous voulez découvrir Altered Carbon avant de le regarder sur Netflix, je ne peux que vous encourager à le lire, et à poursuivre avec les deux tomes suivants. Même si en pratique, les trois histoires sont indépendantes les unes des autres.

Carbone modifié (Altered Carbon) de Richard Morgan
Traduction de Ange
Éditions Milady

Et en bonus, la bande-annonce de série Netflix :

Il est toujours minuit quelque part

Ne vous fiez pas à la couverture de ce livre. Il est toujours minuit quelque part tient autant du thriller psychologique que Misery de Stephen King de la comédie. Et oui il y a une raison pour laquelle j’ai associé ces deux romans dans une même phrase. Même si Cédric Lalaury se présente lui-même comme un grand fan de Stephen King, son roman m’a plus fait penser à David Lodge et à ses études drolatiques sur le milieu universitaire britannique. Ici la trame du roman est certes celle d’un thriller : un professeur d’université reçoit un roman reprenant mot pour mot ce qu’il a vécu vingt ans plus tôt à la fin de ses études. Au fur et à mesure que sa lecture avance, son train-train quotidien et son couple bien rangé volent en éclats. Au fur et à mesure que son enquête avance pour savoir qui est l’auteur du roman, et quel est le lien entre cette parution et son passé réel, ce professeur va voir ses certitudes remises en question, mais également combler un certain manque qui hantait sa vie depuis vingt ans.
J’avoue avoir eu un peu de mal à entrer dans ce livre. Certes il est bien écrit, mais au bout des premiers chapitres le lecteur a l’impression d’arriver dans un thriller convenu. Et pourtant, passé le premier tiers, Il est toujours minuit quelque part se dévoile. Plus qu’un thriller c’est une merveilleuse étude de caractère ou comment un homme a priori sans histoire se révèle être un gentil salaud dont l’acte horrible, né dans les brumes du mezcal, lui a en sourdine pourri la vie à tout jamais. Jusqu’aux toutes dernières pages, là où on a l’impression de savoir enfin qui est qui et ce qui s’est passé un nouveau détail vient éclairer, ou assombrir selon votre point de vue, le tableau. Au final, Il est toujours minuit quelque part s’est révélé une excellente surprise.

Il est toujours minuit quelque part de Cédric Lalaury
Éditions Préludes

Tenebra Roma

Vous pensez que la noirceur de l’âme humaine se révèle sous la plume des auteurs nordiques ou entre les pages des auteurs de thrillers américains ou français ? Donato Carrisi est la preuve qu’elle est également bien présente de l’autre côté des Alpes, en dehors de toutes allusions à la Mafia. Son dernier roman, Tenebra Roma, retourne pour la troisième fois dans les pas de Marcus, ex-tueur psychopathe entré après son amnésie au service de l’Église catholique, et de Sandra Vega la photographe de police.
À la différence des deux autres livres de la série, Le Tribunal des âmes et Malefico, l’action se concentre ici sur une période de 24 h et une ville, Rome. Plongée artificiellement en pleine éclipse par la conjonction de pluies torrentielles et d’une coupure totale d’électricité durant 24 h, la Ville éternelle est au bord de la destruction. Dans les souterrains de la ville, Marcus s’éveille nu, prisonnier et sans souvenir des derniers jours. Que s’est-il passé ? Qui est le Tobia Frai qu’il doit retrouver ? Et comment cette affaire est liée à Sandra Vega ? Sur le fond d’une ville en plein chaos, Marcus va se battre contre les ombres et découvrir une histoire encore plus noire que prévu, quitte à renouer avec de vieux démons.
Tenebra Roma, avec son rythme plus rapide et contraint de par la période et le lieu, offre un contraste intéressant par rapport aux autres livres de Donato Carrisi, tout en restant très fidèle au style de l’auteur. J’avoue qu’après la bouillie générale qu’était La Fille dans le Brouillard, cela fait du bien de revenir à une écriture plus nerveuse, plus pêchue et à une histoire qui ne vous lâche pas de la première à la dernière page. Mon seul regret, mais il est fréquent dans ce genre de livre, est que le dénouement est très rapide. Et que ce cher Marcus s’enfonce encore plus dans les ténèbres sans espoir de rémission. Même si les autres personnages voient eux une porte de sortie dans leurs enfers personnels.

Tenebra Roma de Donato Carrisi
Traduction de Anaïs Bouteille-Bokobza
Éditions Calmann-Lévy

The Wrong Side of Goodbye

Le plus souvent, ce sont les livres qui me guident vers une adaptation au cinéma ou à la télévision, avec plus ou moins de bonheur. Avec l’œuvre de Michael Connelly, c’est l’inverse. J’ai découvert l’homme en tombant par hasard sur un épisode de Castle où il tenait son propre rôle. Et j’ai découvert son personnage, Bosch, sous les traits de Titus Welliver dans la série éponyme sur Amazon Prime. Après deux saisons et demi dévorées en un rien de temps, je me suis laissée tenter par The Wrong Side of Goodbye, le dernier roman le mettant en scène en le trouvant dans un rayon de supermarché du Nevada. Sept heures de vol plus tard, je refermais le livre avec un sourire et sans avoir vu les kilomètres défiler.

Moi qui avait peur de trouver avec Michael Connelly un nouvel auteur de polar à formule comme Harlan Coben, Kathy Reichs (cas unique où Bones la série TV est nettement meilleure que Bones les livres) ou Patricia Cornwell, je ne suis pas déçue. J’y trouve un auteur complet hanté par un certain passé américain et par une ville, Los Angeles. Le tout avec un talent descriptif qui va au-delà du pageturner et du coup de théâtre à chaque fin de chapitre.
Dans ce roman, l’intrigue, ou plutôt les deux enquêtes menées en parallèles par Bosch, est le reflet de cette hantise avec des allers-retours constants entre le passé et le présent. Elle étudie également un angle intéressant des relations entre les communautés blanches et latinos.

Là où avec ces mêmes thématiques, James Ellroy écrirait un roman touffu, sombre comme une lente descente aux enfers et truffés de détails, Michael Connelly signe un livre nerveux, précis mais où les personnages principaux, récurrents ou non, finissent sur une note d’espoir. Tous deux amoureux de Los Angeles, tous deux fins connaisseurs de ses services de polices, James Ellroy et Michael Connelly sont à l’opposé en matière de foi en l’humanité. J’ai beau adorer le style d’Ellroy, un peu de chaleur humaine fait parfois du bien à lire.
Du coup, comme The Wrong Side of Goodbye met également en scène l’autre héros récurrent de Michael Connelly, l’avocat Mike Haller, je passerait sûrement du livre au film en regardant La Défense Lincoln, de 2011 avec Matthew McCanaughey.

The Wrong Side of Goodbye de Michael Connelly
Éditions Grand Central Publishing

Cormoran Strike – J.K.Rowling lâche la magie pour le policier

J.K.Rowling n’est pas que la créatrice d’Harry Potter et de son monde magique. Sous le pseudonyme de Robert Galbraith, elle s’est essayée dès 2013 au polar et a créé son détective, Cormoran Strike. Adaptées en ce moment par BBC One avec Tom Burke dans le rôle-titre, les enquêtes de Cormoran Strike font à l’origine l’objet de trois livres : The Cuckoo’s Calling (L’Appel du coucou), The Silkworm (Le Ver à soie), Career of Evil (La Carrière du mal). En attendant un quatrième qui devrait sortir sous peu, enfin dès que J.K.Rowling en aura fini l’écriture.
Tout aussi british que les histoires policières de Sir Arthur Conan Doyle ou d’Agatha Christie, ces romans sont pourtant bien ancrés dans ce début de 21e siècle. Et contrairement à ses prédécesseurs, les enquêtes emmènent les protagonistes dans toutes les strates de la société anglaise, des beaux quartiers de Londres au fin fond de la campagne en passant par les taudis et le milieu des petites frappes.
Comme Sherlock Holmes et Hercule Poirot, Cormoran Strike est un détective privé. Il ne se distingue pas par ses capacités de déduction exceptionnelles, mais tout simplement par sa ténacité et ses expériences passées qui lui donnent une bonne connaissance de l’humanité. Ancien policier militaire, il est revenu amputé d’une jambe d’Afghanistan et a ouvert son agence. Au début du premier roman, sa vie est au plus bas. Sa jambe le fait souffrir, une rupture sentimentale l’a contraint à emménager dans son agence, et les clients ne se bousculent pas tandis que les dettes s’accumulent. Et comble de malchance, une erreur d’agence d’intérim lui met dans les pattes, Robin Ellacott, une jeune femme fraichement arrivée de sa province comme secrétaire. Le duo d’enquêteur ainsi constitué va apprendre à s’apprivoiser au fil des romans et des enquêtes.
Si vous aimez les policiers britanniques, vous l’aurez compris, vous serez servis. Le troisième roman particulièrement nous entraîne en différents lieux de Grande-Bretagne, avec en version originale une restitution assez fidèle des phrasés et du vocabulaire qui leur sont propres. Les amateurs de polars nordiques bien noirs également. Si The Cuckoo’s Calling a des moments un peu glauques, ce n’est rien par rapport à The Silkworm et à Career of Evil et son tueur en série. Pour autant, J.K.Rowling n’est pas tombée dans les travers de certains auteurs de thriller qui mettent page sur page de gore au détriment de l’intrigue elle-même.
Sans commune mesure avec les Harry Potter, l’univers de Cormoran Strike n’échappe peut-être pas aux clichés classiques du genre choisi, mais il a sa propre voix. À la différence d’Une place à prendre (The Casual Vacancy), son autre roman pour adultes, J.K.Rowling a trouvé ici le ton juste. Ses personnages sortent naturellement de sa plume, et l’on s’y attache sans qu’ils deviennent prévisibles, trop guimauve ou trop dur.

The Cuckoo’s Calling, The Silkworm & Career of Evil de Robert Galbraith (J.K.Rowling)
Éditions Sphere

En bonus, la bande-annonce des téléfilms diffusés par BBC One (en attendant une diffusion en France)

Retour de vacances, vite lu

Toutes les pages parcourues cet été ne se sont pas retrouvées — jusqu’à présent — en chronique sur ce site. Pourquoi ? Parce que comme les deux dictionnaires d’argot dénichés chez mon bouquiniste chéri ou comme La Cuisine Romaine Antique de Brigitte Leprêtre, elles ne s’y prêtent pas. Ce sont des ouvrages qui sont destinés à être des livres de référence pour un usage pratique, peut-être professionnel ou culinaire. Et pour les autres ? Simplement par manque de temps ou d’intérêt particulier pour les livres en question. Voici donc quelques titres auxquels vous avez échappé :
– Si Signore de San-Antonio : Un San-Antonio classique des années 70. Drôle et enlevé comme d’habitude, mais rien de très remarquable dans l’innovation du genre. Lu et acheté pour compléter ma collection, mais il ne figure pas en place pour les meilleurs.
– Les Magiciens de James E. Gunn : présenté par l’éditeur comme l’une des toutes premières œuvres de fantasy urbaine, c’est certainement l’une des plus ennuyeuses. Bourrée de cliché concernant les détectives privés, les sorciers blancs ou noirs, elle également d’un ton misogyne qui convenait peut-être à la fin du XIXe siècle/début XXe quand Déjah Thoris passait pour une égérie féministe, mais passe mal pour un texte écrit en 1976. Résultat ? Sur 191 pages de texte, je me suis arrêtée à la 105e et je ne sais quand je continuerai. Si je continue.
– Enquête sur les plantes magiques de Michèle Bilimoff. Ouvrage intéressant sur la façon dont les plantes sont mêlées à la magie européenne (de l’Antiquité à l’époque actuelle). Il est en revanche très court, et du coup passe rapidement sur certaines notions où l’on aimerait s’attarder plus. Dommage, car l’autrice traite le sujet de façon scientifique sans a priori, ni prêchi-prêcha pourtant courant sur ce sujet.
– Seule survivante de Dean Koontz : polar fantastique partant des conséquences d’une catastrophe aérienne et arrivant à une mauvaise déclinaison de Carrie ou Charlie de Stephen King. Dean Koontz est un auteur inégal que je réserve souvent à l’été. Facile à lire, il est capable de faire de très bons livres d’horreur ou, comme c’est le cas ici hélas, de mauvais succédanés des romans de Stephen King. Il a néanmoins un mérite, m’avoir mis en tête le temps de la lecture Sole Survivor de Blue Oyster Cult.
– Lazare en guerre – l’artefact de Jamie Sawyer : décidément la science-fiction militaire, hormis la série du Vieil homme et la guerre de John Scalzi et Starship troopers de Robert Heinlein, n’est pas du tout ma tasse de thé. Même si le style est bon et l’intrigue sort un peu de l’ordinaire (quoique des adversaires aliens aux mœurs et allures insectoïdes…), je n’ai aucun atome crochu avec ce Lazare que ce soit dans le présent du texte ou dans les différents flashbacks. Et les autres personnages du récit sont tellement bidimensionnels qu’ils n’offrent aucune prise pour que le lecteur s’intéresse à eux, ou même retienne leurs noms. Vite lu, vite posé dans la pile des « à revendre ».
– Strange Dogs de James SA Corey : cette nouvelle je l’attendais depuis longtemps, je l’ai acheté et lu dès sa sortie. Pourquoi ne pas l’avoir chroniqué ? Parce qu’elle se passe dans l’univers de The Expanse et qu’elle se situe quelque part entre le tome 5 et le tome 6 des romans. Un jour, je consacrerais une chronique à cette série de science-fiction plus que brillante, mais plus surement à l’occasion de la sortie du tome 7 qu’à celle d’une simple sortie de nouvelle. D’autant que celle-ci est très courte et ne met en scène aucun des personnages principaux.
Ajoutez-y quelques relectures par-ci, par-là, les nouveaux chapitres d’Anastème et les livres précédemment chroniqués et vous aurez une idée de mes vacances loin des écrans de télé…