Lethal White (A Strike Novel)

Vous avez déjà eu des moments où vous êtes débordé, mais où vous venez de recevoir la suite d’un livre que vous attendiez depuis longtemps ? Ceux qui ont grandi au rythme de la saga Harry Potter connaissent bien le problème : attendre le livre avec impatience pendant des mois puis le dévorer une fois mit la main dessus en quelques jours ou en quelques heures. Voilà ce qui m’est arrivé cette semaine avec la même autrice, JK Rowling, mais son autre série, les polars mettant en scène Cormoran Strike écrits sous son pseudonyme de Robert Galbraith.
Dans le quatrième volet de la série, Lethal White, nous retrouvons donc les personnages là où nous les avions laissés quelques minutes après la fin de Career of Evil. Après un prologue de deux chapitres assez longuets pour qui est plus intéressé par l’intrigue policière que par la vie sentimentale de Robin Ellacott et de son fiancé hypocrite et guindé, l’histoire commence réellement un an après et au chapitre trois. Un jeune homme dérangé, Billy, déboule dans le bureau de Cormoran Strike et lui demande d’enquêter sur une histoire floue d’enfant étranglé des années auparavant, avant de s’enfuir brusquement. Quelque temps plus tard, alors que Londres est en pleine fièvre olympique, le ministre de la Culture ultraconservateur confie une enquête payante à l’agence : trouver des détails croustillants sur sa collègue des Sports et sur le frère de Billy, qui le feraient chanter pour une raison indéterminée.
Encore une fois dans Lethal White, Robert Galbraith (puisque tel est le nom que JK Rowling utilise ici) nous promène à travers toutes les couches de la société anglaise : des coulisses du parlement britannique à Westminster au fin fond de la campagne, en passant par les échoppes de Camden ou par les affres de la classe moyenne pour se loger à Londres. L’affaire, qui de simple chantage évolue en meurtre camouflé en suicide, est particulièrement bien alambiquée. Elle a des ramifications qui partent dans tous les sens, et permettent à Robert Galbraith d’y rattacher certains éléments de la vie sentimentale de Cormoran Strike et de Robin Ellacott. Ce dont franchement, surtout concernant le mari de cette dernière, je me serais personnellement bien passée.
Si vous avez aimé les trois autres livres mettant en scène Cormoran Strike, Lethal White vous ravira tout autant. D’autant que, même si Robert Galbraith a gardé l’habitude de tenter de retranscrire par écrit les différents accents, réels ou factices, de ses interlocuteurs, contrairement à Career of Evil, nous n’avons pas droit à un road trip à travers toute la Grande-Bretagne et donc la variété est moindre. Le texte est plus facile à comprendre pour l’œil non britannique qui n’a que quelques phrases par-ci, par-là à essayer de prononcer à voix haute pour en comprendre le sens. Le vocabulaire équestre est également très présent, à commencer par le Lethal White du titre, mais Cormoran Strike étant aussi ignorant que le lecteur lambda du domaine, les autres personnages donnent toutes les explications nécessaires. En revanche, j’avoue que je ne lis pas les Cormoran Strike pour les déboires sentimentaux des personnages principaux, et que cet aspect-là de l’histoire était un peu trop fort à mon goût par rapport au reste. L’aventure reste néanmoins plus que plaisante et j’entame joyeusement l’attente pour une cinquième aventure. Ou pour l’adaptation télévisuelle de celle-ci.

Lethal White (a Strike novel)
de Robert Galbraith
Éditions Sphere

Cormoran Strike – J.K.Rowling lâche la magie pour le policier

J.K.Rowling n’est pas que la créatrice d’Harry Potter et de son monde magique. Sous le pseudonyme de Robert Galbraith, elle s’est essayée dès 2013 au polar et a créé son détective, Cormoran Strike. Adaptées en ce moment par BBC One avec Tom Burke dans le rôle-titre, les enquêtes de Cormoran Strike font à l’origine l’objet de trois livres : The Cuckoo’s Calling (L’Appel du coucou), The Silkworm (Le Ver à soie), Career of Evil (La Carrière du mal). En attendant un quatrième qui devrait sortir sous peu, enfin dès que J.K.Rowling en aura fini l’écriture.
Tout aussi british que les histoires policières de Sir Arthur Conan Doyle ou d’Agatha Christie, ces romans sont pourtant bien ancrés dans ce début de 21e siècle. Et contrairement à ses prédécesseurs, les enquêtes emmènent les protagonistes dans toutes les strates de la société anglaise, des beaux quartiers de Londres au fin fond de la campagne en passant par les taudis et le milieu des petites frappes.
Comme Sherlock Holmes et Hercule Poirot, Cormoran Strike est un détective privé. Il ne se distingue pas par ses capacités de déduction exceptionnelles, mais tout simplement par sa ténacité et ses expériences passées qui lui donnent une bonne connaissance de l’humanité. Ancien policier militaire, il est revenu amputé d’une jambe d’Afghanistan et a ouvert son agence. Au début du premier roman, sa vie est au plus bas. Sa jambe le fait souffrir, une rupture sentimentale l’a contraint à emménager dans son agence, et les clients ne se bousculent pas tandis que les dettes s’accumulent. Et comble de malchance, une erreur d’agence d’intérim lui met dans les pattes, Robin Ellacott, une jeune femme fraichement arrivée de sa province comme secrétaire. Le duo d’enquêteur ainsi constitué va apprendre à s’apprivoiser au fil des romans et des enquêtes.
Si vous aimez les policiers britanniques, vous l’aurez compris, vous serez servis. Le troisième roman particulièrement nous entraîne en différents lieux de Grande-Bretagne, avec en version originale une restitution assez fidèle des phrasés et du vocabulaire qui leur sont propres. Les amateurs de polars nordiques bien noirs également. Si The Cuckoo’s Calling a des moments un peu glauques, ce n’est rien par rapport à The Silkworm et à Career of Evil et son tueur en série. Pour autant, J.K.Rowling n’est pas tombée dans les travers de certains auteurs de thriller qui mettent page sur page de gore au détriment de l’intrigue elle-même.
Sans commune mesure avec les Harry Potter, l’univers de Cormoran Strike n’échappe peut-être pas aux clichés classiques du genre choisi, mais il a sa propre voix. À la différence d’Une place à prendre (The Casual Vacancy), son autre roman pour adultes, J.K.Rowling a trouvé ici le ton juste. Ses personnages sortent naturellement de sa plume, et l’on s’y attache sans qu’ils deviennent prévisibles, trop guimauve ou trop dur.

The Cuckoo’s Calling, The Silkworm & Career of Evil de Robert Galbraith (J.K.Rowling)
Éditions Sphere

En bonus, la bande-annonce des téléfilms diffusés par BBC One (en attendant une diffusion en France)