La machine à indifférence et autres nouvelles

Quand on parle de cyberpunk japonais en Europe, les premiers titres qui viennent à l’esprit sont Akira, Ghost in the Shell ou d’autre anime et mangas. Et pourtant, la littérature nippone classique de science-fiction s’intéresse aussi au genre. Preuve en est avec le recueil, La machine à indifférence et autres nouvelles, paru aux éditions Atelier Atakombo ce mois-ci.
Celui-ci regroupe cinq nouvelles de cinq auteurs japonais du XXIe siècle qui sont toutes dans le genre cyberpunk. Toutes assez sombres et semblant a prior
i aussi émotives que des programmes informatiques, elles finissent par s’incruster dans l’esprit du lecteur pour le forcer à réévaluer sans cesse ses biais. Et l’inciter à une relecture ponctuelle de l’un ou l’autre des textes pour en apprécier toute la saveur. Et chose étrange, aucune ne se passe au Japon et pour celles où des Japonais sont présents, ce sont des personnages très secondaires.
La première, La machine à indifférence qui donne son titre au recueil est signée Projet Itoh, pseudonyme de Satoshi Itō. Inspirée à la fois par le génocide au Rwanda et La machine à différence de William Gibson et Bruce Sterling, cette nouvelle met en scène un enfant-soldat qui subit un traitement particulier avant de le réinsérer dans la société à la fin de la guerre. Autant dire tout de suite que le traitement ne sera pas une réussite.
La deuxième histoire, Les
anges de Johannesburg de Yūsuke Miyauchi, imagine une Afrique du Sud à l’abandon où les tensions raciales ont certes changée de formes, mais restent toujours présentes dans la société sur un fond de déchéance économique et de violence. L’histoire suit le parcours parallèle de deux orphelins et de gynoïdes tombant tous les soirs d’un immeuble. Laquelle de leurs trois existences est la plus vide de sens ?
Bullet de Toh EnJoe relève plus d’un exercice de l’esprit autour d’un paradoxe temporel que du pur cyberpunk (si ce n’est pour le monde dans lequel l’action se déroule) : que se passe-t-il quand le futur et le passé se croisent, et qu’un obstacle vient s’intercaler pour empêcher la collision ?
Battle Loyale de Taiyō Fujii
n’est pas sans rappeler Le Malak de Peter Watts ou La Stratégie Ender d’Orson Scott Card, avec ses abeilles tueuses et ses abeilles soldats. Quand la guerre et le terrorisme ont été automatisés pour laisser la main à des intelligences artificielles, que faut-il faire pour de nouveau se battre à la loyale ? Attention, cette nouvelle est la plus longue du recueil et peut laisser une impression étrange pour qui connaît le passé commun de la Chine et du Japon, mais c’est également l’une des plus intéressantes dans sa logique même.
Enfin, La fille en lambeaux de Hirotaka Tobi est presque classique dans sa façon d’interroger la frontière entre monde réel et monde virtuel, et de se demander ce qu’est être humain. Mais son personnage clé, Kei Agata, est un tel phénomène que l’histoire en reste inoubliable.
Après ces textes forts, la postface plus académique qui repositionne chaque auteur dans sa place au sein de la littérature japonaise permet de souffler et de revenir doucement dans notre réalité.

La machine à indifférence et autres nouvelles
de 
Projet Itoh, Yūsuke Miyauchi, Toh EnJoe, Taiyō Fujii et Hirotaka Tobi
traduction de Tony Sanchez et Denis Taillandier

Éditions
Atelier Akatambo

2 réflexions sur « La machine à indifférence et autres nouvelles »

  1. Merci pour ce retour, et ravi que les textes vous aient plu !
    Je profite de passer dans les parages pour apporter quelques précisions : Project Itoh (Satoshi Itô) et Satoshi Hase (l’auteur de « Cette histoire est pour toi ») sont bien deux personnes différentes, même si leurs prénoms identiques pouvaient effectivement prêter à confusion.
    De Project Itoh, on dispose en français des romans « Genocidal Organ » et « The Empire of Corpses » (à la suite du décès précoce de l’auteur, ce dernier roman est poursuivi et achevé par Toh Enjoe), tous deux publiés chez Pika, et de « Harmonie », qui ne doit plus être disponible car publié chez Panini/Eclipse… La version anglaise est toujours disponible, sauf erreur, et la traduction est plutôt bonne.

    1. Bonjour et merci pour cette précision. J’ai modifié l’article en conséquence et oui, je vais voir si je les trouve en français ou en anglais .

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