Quantum of Nightmares

Suite directe de Dead Lies Dreaming, Quantum of Nightmares se situe toujours du côté civil des histoires de The Laundry Files, mais attention, il est nettement plus saignant et… carné… que le précédent roman.
L’histoire commence comme une parodie de Mary Poppins avec une supervilaine se faisant passer une nounou chargée d’enlever quatre enfants de 10 à 5 ans, pour faire chanter les parents, pense-t-elle. Sauf que les gamins sont particulièrement capricieux, ne tiennent pas en place et sont eux-mêmes dotés de superpouvoirs… Dire que l’enlèvement va mal se passer est un euphémisme, et un tyrannosaure et une authentique momie figureront parmi les victimes des mômes et de leur pseudo-gouvernante. Et pendant ce temps dans un supermarché bien ordinaire, succursale d’une grande chaine de l’île, des choses bien peu ragoûtantes se passent dans les coulisses du rayon boucherie tandis que la responsable des ressources humaines a trouvé une solution radicale pour réduire les charges salariales des employés. Comment ? En retirant le facteur « humain » de l’équation. Les personnages du précédent roman vont se retrouver mêlés à ces deux intrigues tout en se battant eux-mêmes contre un culte particulièrement zélé, pratiquant entre autres la divination boursière dans les entrailles de jeunes vierges.
Si encore une fois, Charles Stross a ici la dent dure vis-à-vis du capitalisme effréné et du traitement des salariés sans qualifications et du personnel de la « gig-économie », l’auteur se lâche aussi dans le trash, et pourtant il y a du niveau quand on crée un univers où son pays est dirigé par l’une des incarnations du Chaos Rampant, et où vampires, sorciers et licornes cannibales sont régulièrement utilisés pour le maintien de l’ordre. Soyez-en averti si vous avez découvert son œuvre avec Dead Lies Dreaming et non les autres romans de The Laundry Files. Moins surprenant que le précédent roman, Quantum of Nightmares est pourtant un très bon cru, avec encore une fois des ajouts très intéressants côté personnage comme Amy qui commence du côté des antagonistes, mais qui finalement se révèle particulièrement attachante, et pas uniquement en raison de ses talents de dessinatrice.

Quantum of Nightmares
de Charles Stross
Éditions Orbit

I Keep My Worries in My Teeth

Parfois le titre d’un livre est assez intrigant pour vous donner envie de le lire, même sans regarder le résumé. Le premier roman d’Anna Cox, professeure de photographie par ailleurs, en est l’exemple parfait. Malgré une couverture standard tout droit sortie d’une sitcom des années 80, I Keep My Worries in My Teeth m’a tapé dans l’œil, sans même savoir à quel genre il se raccrochait.
Été 1979,
dans une petite ville de l’Ohio au bord du lac Érié, le principal employeur de la ville est une fabrique de crayons. Quand celle-ci explose dans un accident absurde, le quotidien de tous les habitants s’en trouve bouleversé. Et plus particulièrement celui de trois femmes. Esther, d’abord, est la femme justifiant le titre. Trentenaire célibataire, elle calme ses angoisses en mordant tout et n’importe quoi. Quand, testeuse de crayons, elle se retrouve soudain au chômage technique, elle va devoir trouver un sens à sa vie. Ou peut-être un petit ami ? Frankie l’adolescente, ensuite. Fille de la propriétaire de l’usine. Elle a été privée de voix par l’explosion et va devoir se reconstruire et prendre son indépendance par rapport à sa mère. Ruth, enfin, qui tient le laboratoire photographique juste en face de l’usine. En aidant à sa façon la ville à surmonter ses traumatismes, elle va enfin faire le deuil de son mari mort des années auparavant.
I Keep My Worries in My Teeth est un roman très court, à l’opposé de mes lectures habituelles. Et pourtant, dense et loufoque, il parle de façon douce-amère de sujets graves : le deuil, le handicap, la solitude, l’indépendance des femmes…
Mais il utilise pour ce faire un ton léger et privilégie l’action à la description détaillée des sentiments, avec au passage des explications particulièrement limpides sur l’optique et l’art de la photographie. Comme Ruth, il montre à voir plutôt que dire ce que doit ressentir le lecteur. Chaque chapitre étant raconté à la première personne par l’une des trois héroïnes, le rythme varie en fonction d’elles. Si personnellement je n’ai que moyennement apprécié Esther, la vigueur de Frankie et la sagesse têtue de Ruth m’ont séduite. Plein de fantaisie, ce premier roman est un bonbon feel-good qui ne tombe jamais dans les clichés nostalgiques.

I Keep My Worries in My Teeth
d’
Anna Cox
Éditions
Little A

Trois livres légers pour la plage

Parmi mes lectures de vacances, voici trois livres plus ou moins récents qui m’ont occupé le temps d’un séjour au bord de l’eau.

Des chrétiens et des Maures

Longue nouvelle de Daniel Pennac, ce récit nous entraîne une fois de plus au sein de la famille Malaussène (Au bonheur des ogres, La fée Carabine, etc.). Il se savoure plus si vous connaissez déjà Benjamin Malaussène et sa fratrie haute en couleur, mais peut s’apprécier également seul. Ici, il s’agit de retrouver le géniteur du dernier-né, le Petit. Et au terme d’une histoire rocambolesque mêlant gangsters, gastronomie et médecine, le récit tend un miroir littéraire à Jerome Charyn, romancier new-yorkais. Un régal qui se dévore le temps d’un bronzage.

Des chrétiens et des Maures
de
Daniel Pennac
Éditions
Folio

Blues pour Irontown

Changement de décor pour cette pseudo-enquête policière au cœur de la Lune. Avec Blues pour Irontown, John Varley revient dans son univers des Huit Mondes (Le canal Ophite, Gens de la Lune, Le système Valentine). Vous n’avez pas besoin d’avoir lu les autres livres pour comprendre celui-ci. Sachez juste que les Humains ont été éjectés de la Terre par des extra-terrestres. Sur Luna, Chris et son chien Sherlock travaillent comme détectives privés. Une mystérieuse cliente va les forcer à pénétrer dans le quartier le plus dangereux de la ville. Oscillant entre parodie de roman noir et cyberpunk, se voulant humoristique, Blues pour Irontown est un hommage un peu trop appuyé aux romans de Robert Heinlein. Vous raterez de nombreux clins d’œil si vous ne connaissez pas bien l’auteur, et au contraire l’action vous semblera bien trop prévisible si avez déjà lu un ou deux livres de lui. Seule l’alternance des chapitre entre le point de vue du maître et celui du chien apporte de l’originalité à un livre qui se lit très vite, mais s’oublie tout aussi vite.

Blues pour Irontown
de John Varley
traduction de Patrick Marcel
Éditions Folio

A Big Ship at the Edge of the Universe

Space opera léger, ce premier volet de la trilogie The Salvagers d’Alex White se distingue par l’intégration de la magie à un univers de SF plutôt technologique. Nous y suivons deux femmes (une pilote de course gâtée et m’as-tu-vu, et une vétérane devenue arnaqueuse) alors qu’elles vont se retrouver à devoir chasser un navire mythique tout en échappant à une cabale meurtrière surpuissante. L’ensemble des personnages est plutôt attachant et l’intégration de la magie à la technologie ne manque pas de piment. La quête reste en revanche très classique. L’histoire ravira les fans de Star Wars et Firefly ou les personnes cherchant à s’évader quelques heures.

A Big Ship at the Edge of the Universe
d’Alex White
Editions Orbit

The tale of the Wicked

Courte histoire d’un maître de l’humour en SF, The tale of the Wicked de John Scalzi commence comme un épisode de Star Trek par une bataille entre un vaisseau de la Confédération et un vaisseau ennemi de, supposons nous une espèce différente de la nôtre. Celle-ci, de saut d’un système à l’autre en tir de sommation, dure déjà depuis une semaine. Au moment où débute l’histoire, le capitaine n’a plus assez d’énergie que pour un tir et deux sauts, et décide de se lancer une dernière fois à l’assaut de l’ennemi, quitte à se retrouver en panne sèche dans l’espace après.
Ses plans, tout audacieux et soigneusement élaborés qu’il
s soient, vont être contrecarrés par une trahison particulière. Son vaisseau doté de conscience et ayant accès à toute la bibliothèque de bord, y compris la fiction, a décidé de faire des trois lois d’Asimov sa religion et a parlementé en douce avec son homologue ennemi.
Comment l’équipage humain va-t-il réagir ? Et quelles conséquences cette décision aura pour l’ensemble de la flotte, et la poursuite de la guerre ? Une I.A. peut elle se syndiquer et se mettre en grève ? Après avoir récemment lu The God Engine, une novella horrifique du même auteur qui m’a déçu, j’ai retrouvé avec The tale of the Wicked
ce que j’aime chez cet auteur : une histoire simple bien ficelée qui se tient parfaitement, une satire menée jusqu’à l’absurde et une certaine bienveillance vis-à-vis de l’ensemble de ses personnages. C’est un parfait petit hors d’oeuvre de lecture à consommer sans modération.

The tale of the Wicked
de 
John Scalzi
Éditions
Subterranean Press

A Wizard’s Guide to Defensive Baking

Il y a quelques mois, un ami de Twitter m’a offert un livre jeunesse, que j’ai lu avec grand plaisir. Le week-end dernier, ce même livre reçoit le Andre Norton Nebula Award For Middle Grade and Young Adult Fiction (équivalent pour la littérature jeunesse du Nebula Award récompensant chaque année le roman d’imaginaire anglo-saxon — cette année c’est Network Effect de Martha Wells qui l’a emporté). Il est peut être donc enfin temps de vous parler de A Wizard’s Guide to Defensive Baking de T.Kingfisher (pseudonyme utilisé par l’autrice Ursula Norton pour ses livres « adultes », ceci dit).
Effectivement, si la protagoniste est une adolescente et si le récit est un passage assez classique à l’âge adulte, ce petit conte fantastique est à la fois très drôle et étrangement violent pour de la littérature jeunesse récente. De quoi s’agit-il ? Nous sommes dans une cité-État médiévale fantastique où des sorciers puissants assurent la protection des lieux pour le compte d’une dirigeante et de ses conseillers. Dans cette ville, Mona est une orpheline de 14 ans a bien quelques talents magiques, mais ils ne s’appliquent qu’à la boulangerie et la pâtisserie. Ce n’est pas en faisant danser des bonshommes en pain d’épices et en apprivoisant du levain qu’on protège une cité. À moins que ? Quand elle découvre un corps dans
la boutique de sa tante, sa vie est en danger. Dans sa fuite, elle va découvrir un complot contre la Couronne et protéger l’ensemble des citoyens de la ville, qu’ils soient doués de magie ou non.
Sur cette trame simple lue et relue, T. Kingfisher narre un récit d’aventure haletante, drôle et touchant. Ses sorciers ont finalement des talents bien limités et plutôt étranges (parler à l’eau, animer des chevaux morts, contrôler les roses, etc.). Sa Mona par son inventivité et sa persévérance, n’est pas sans rappeler les héroïnes chères à Hayao Miyazaki : notamment Chihiro/Sen dans Le Voyage de Chihiro ou Kiki la petite sorcière. D’autant plus que si Mona a un compagnon masculin pendant une bonne partie de son aventure, toute romance entre les deux est parfaitement exclue. Autre ressemblance avec les œuvres du studio Ghibli : T. Kingfisher ne passe pas sous silence les réalités de la guerre où se retrouver mêlée son héroïne : que celle-ci la subisse
ou qu’elle en soit responsable… Qui eût cru que des cookies puissent devenir si destructeurs ? Ou que le levain se révéler anthropophage ?
Court, car il s’agit d’une novella, A Wizard’s Guide to Defensive Baking est une réussite du genre. Et avec son vocabulaire riche, mais son écriture assez simple, il peut servir de support d’apprentissage aux adolescents découvrant l’anglais.

A Wizard’s Guide to Defensive Baking
de 
T. Kingfisher
Éditions A
rgyll

Trois polars : deux réussites et un semi-échec

Je ne sais pas vous, mais personnellement je dévore les polars par période, les uns à la suite des autres. Et là, j’en ai enchaîné plusieurs dont ces trois-là très différents les uns des autres. Commençons par le moins bon, avant de continuer deux purs bonheurs de lecture, très différents l’un de l’autre.

Troubled Blood
Cinquième volume des aventures de Cormoran Strike, le détective unijambiste créé par J.K.Rowling sous son pseudonyme de Robert Calbraith, ce Troubled Blood se lit tout aussi facilement que les quatre premiers, sans pour autant apporter autant de satisfaction que Lethal White. D’autant plus que ce que je reprochais au volume précédent est amplifié dans Troubled Blood entre Robin et son divorce et Cormoran Strike, sa famille et son ex. Plus encore, j’ai été gênée par la façon dont l’auteur insère ses obsessions sur sa vision du féminisme aux forceps dans cette histoire quitte à faire régresser la psychologie de ses deux protagonistes. L’affaire principale est ici un « cold case » où une femme leur demande d’enquêter sur la disparition de sa mère 40 ans auparavant et chercher à savoir si celle-ci fut victime d’un tueur en série. Le premier détective chargé de l’affaire en plein burnout a parsemé ses notes de considérations ésotériques et astrologiques rendant son raisonnement encore plus compliqué à comprendre. S’y mêlent des histoires sur la vie de l’agence, de ses différentes affaires et des employés qui y travaillent sous les ordres de Cormoran et Robin. Si le style de Robert Calbraith est toujours aussi fluide et que les pages se tournent toutes seules, la révélation du nom de l’assassin, autre tueur en série jusqu’ici non détecté, tombe comme un cheveu sur la soupe et m’a personnellement laissée dubitative. S’il doit y avoir un sixième volume, j’espère que celui-ci se concentrera plus sur la partie policière et surtout qu’il s’éparpillera moins dans tous les sens.

Troubled Blood (a Strike novel)
de Robert Galbraith
Éditions Sphere

Je m’appelle Requiem et je t’…
Vendu comme le croisement improbable de Don Camillo et de San-Antonio, Je m’appelle Requiem et je t’… fait partie de la longue tradition des polars humoristiques à la française plus ou moins réussie. Ici, le protagoniste est un prêtre exorciste plus armé d’un gros calibre et d’une bouteille de whisky que d’un crucifix et d’un flacon d’eau bénite. Quand l’une de ses paroissiennes, camgirl de profession, vient en confession lui parler de la proposition hautement illicite et immorale qu’elle a reçue, il va l’aider et exorciser à sa façon la lie du Dark Web. Hormis sa qualité de prêtre et son franc-parler, ce Requiem n’a que peu à voir avec Don Camillo. En revanche, il se veut une descendance directe de San Antonio : apparence similaire et trame de récit directement inspirée des aventures littéraires du commissaire. Il dispose juste d’une mise à jour liée à la profession de la paroissienne et de la bonne connaissance technique des tréfonds du Web et des outils adaptés pour s’y aventurer de la part du prêtre. Le tout forme pour le lectorat adepte d’argot, un livre à consommer vite fait bien fait sans bouder son plaisir.

Je m’appelle Requiem et je t’…
de Stanislas Petrosky
Éditions Eaux troubles

The Last Show
Des différents polars de Michael Connelly, mes préférés mettent en scène Harry Bosch, son flic de LA désabusé et amateur de jazz. Via celui-ci, j’ai découvert avec Dark Sacred Night, Renée Ballard. Et je me suis finalement décidé à lire le premier livre où celle-ci apparaît, The Late Show (paru en français chez Calmann-Lévy sous le titre passe-partout de En attendant le jour). Et ? Ce fut un régal. Cette détective à moitié SDF amatrice de surf et cantonnée aux heures nocturnes pour avoir repoussé les avances de son supérieur à la prestigieuse section Homicide me plait décidément. Dans ce livre, elle va au cours d’une même nuit, intervenir sur trois scènes de crime, dont les enquêtes vont s’entrecroiser jusqu’au bout : une vieille femme cambriolée à domicile, une prostituée transgenre laissée pour morte après avoir été longuement torturée et une fusillade dans un night-club. Avec The Late Show, Michael Connelly présente une nouvelle facette de la vie nocturne du LAPD à travers les yeux d’une protagoniste plus jeune que ses personnages habituels, ce qui est assez rafraîchissant. La prochaine histoire mettant en scène Ballard et Bosch, The Dark Hours, est prévue pour le 7 novembre 2021. D’ici là, bonne lecture !

The Late Show
de Michael Connelly
Éditions Orion

Nouvelles — tome 1

Excellent romancier de science-fiction, connu pour Dune mais également bien d’autres cycles, Frank Herbert était aussi un fin novelliste. Si certains de ses textes étaient déjà disponibles en recueil ou parfois rassemblés dans un roman comme dans Et l’homme créa un Dieu, ces nouveaux recueils se veulent pour la première fois exhaustifs et publiés par ordre chronologique, avec une traduction remise au goût du jour par Pierre-Paul Durastanti. Si le deuxième tome couvrant la période allant de 1964 à 1979 est attendu pour août 2021, celui-ci s’intéresse aux débuts de la carrière de Frank Herbert avant qu’il ne s’attaque à Dune et couvre la décennie allant de 1952 à 1962.
Les 19 nouvelles ainsi présenté
es montrent à la fois la maturation du style (Opération Musikroon par exemple traîne sacrément en longueur avec des personnages sans grande épaisseur alors que Cessez le feu ou B.E.U.A.R.K. sont nettement plus abouties) mais également de l’évolution de thématiques qui lui sont chères. Nous y retrouvons ainsi l’ensemble des nouvelles qui formeront le roman Et l’homme créa un dieu (La Voie de la Sagesse, Chaînon manquant, Opération Meule de foin et Les Prêtres du psi) qui préfigure l’ensemble des thèmes de Dune. Mais également le langage et les difficultés de communication (Essayez de vous souvenir, Chant nuptial), la mémoire collective et ce qui se cache derrière la réalité consensuelle (Vous cherchez quelque chose ?, Opération Musikroon, l’Oeuf et les cendres, Champ mental), les limites de la toute puissance (Le Rien-du-tout) et elles d’une bureaucratie très stricte comme La Planète des rats porteurs préfigurant à la fois ce qui formera le cycle des Saboteurs et une version spécialisée du Bene Gesserit. Et certaines nouvelles prouvent que l’auteur a aussi un sens fort de l’humour et de l’ironie comme Chiens perdus, Tracer son sillon, Forces d’occupation ou La Dernière maison sur la colline.
Si vous connaissez déjà l’œuvre de Frank Herbert, ces nouvelles sont l’occasion de
vous livrez à un jeu de piste pour retrouver les prémisses de concepts qui seront abordés ultérieurement dans son œuvre, ou tout simplement de vous laissez porter par sa plume comme dans La Course au Rat très « pulp » mais parfaitement menée. Si vous ne la connaissez pas, c’est une excellente porte d’entrée pour vous faire une petite idée de la variété de style et la richesse qu’elle cache.

Nouvelles — tome 1 (1952-1962)
d
e Frank Herbert
traductions de Vincent Boisset, Jean-Michel Boissier, Pierre-Paul Durastanti, Claire Fargeot, Dominique Haas, Jacqueline et Michel Lederer. Révision par Pierre-Paul Durastanti

Éditions
Le Bélial’

Le dossier Arkham

Si vous comptiez découvrir l’histoire de Cthulhu et des autres Grands Anciens en vous évitant la prose d’H.P. Lovecraft ou de ses successeurs immédiats, passez votre chemin. Le dossier Arkham d’Alex Nikolavitch est certes d’une lecture très facile et très agréable, mais il présuppose que son lecteur a un minimum de connaissance dans la mythologie bâtie par le « rêveur de Providence ». Et au-delà de l’univers maudit du Necronomicon, une bonne connaissance de la pop-culture du 20e comme du 21siècle n’est pas un luxe pour comprendre tous les jeux de mots, toutes les allusions et tous les clients d’œil du texte, y compris le retournement final.
Si vous avez les bases, de quoi parle Le dossier Arkham ? D’une enquête policière menée par un certain Agent Chris Carter (oui dès le départ, la vérité est ailleurs) sur la mort mystérieuse d’un détective privé visiblement déchiqueté par une bête invisible dans son bureau fermé. Pour résoudre ce mystère, l’agent — et vous qui lisez l’ouvrage par la même occasion — devra reprendre le dossier constitué à l’occasion de sa dernière affaire : la disparition d’un certain Kurt Plissen, étudiant à l’université Miskatonic. De coupure de presses en rencontre pittoresque dans les villages côtiers de Nouvelle-Angleterre ou à l’ombre des mesa du Far-West, en passant par des récits de pulp hauts en couleur, ce dossier dresse en filigrane l’affrontement entre deux sectes à l’aube et durant la Seconde Guerre mondiale pour profiter d’une mystérieuse configuration astrale et activer la venue d’une tout aussi mystérieuse entité. En clair, hâter la venue du fameux Case Nightmare Green des Laundry Files de Charles Stross. Sauf que l’entité en question n’atterrira pas franchement dans le même hôte et la face du 20
siècle en sera bouleversée.
Le dossier Arkham est un court livre richement illustré très plaisant, sorte d’Almanach Vermot de l’univers Lovecraftien, raconté sans les inévitables lourdeurs de style de l’écrivain américain. Si vous avez la moindre connaissance des êtres et personnages évoqués, ne serait-ce qu’en ayant joué à L’Appel de Cthulhu, vous serez vite en terrain familier. Et plutôt que d’affronter des terreurs indicibles, vous risquerez de mourir de rire…

Le dossier Arkham
d’Alex Nikolavitch
Éditions Léha

Dead Lies Dreaming

Actualité britannique oblige, le dernier volume de la série The Laundry Files de Charles Stross n’est pas une suite à The Labyrinth Index, mais un épisode concomitant aux événements racontés dans les derniers livres. Dans Dead Lies Dreaming en effet, nous ne suivons plus les aléas d’espions au service de l’administration qu’elle soit ancienne ou nouvelle aux ordres du Pharaon Noir, mais de citoyens presque ordinaires de Londres qu’ils soient voleurs à la petite semaine, ancienne inspectrice de police recyclée dans le secteur privé ou bras droit d’un multimillionnaire aux ambitions démesurées.
Sauf que… Ces citadins ordinaires n’en sont pas et ont des superpouvoirs liés à la résurgence de la magie. Certains en sont conscients et savent les risques encourus à trop l’utiliser (à savoir une forme particulièrement sévère de démence précoce) et les autres non et se révèle très créatifs avec. Partant de trois directions différentes, ils vont se lancer dans une quête pour mettre la main non pas sur le Necronomicon, mais sur son index tout aussi redoutable, croisant au passage la route de Jack L’Éventreur, de Peter Pan et de la Fée Clochette et d’une version de 007 qui ne brille pas par son intelligence.
Même si l’on n’y retrouve pas Bob Howard ni aucun des personnages habituels de la série, Dead Lies Dreaming reprend le cocktail qui fait le succès de The Laundry Files : de l’action, une critique de la société britannique assez féroce, un mélange improbable entre informatique, comptabilité et magie (avec l’une des démonstrations les plus claires qui soient du moteur de recherche Shodan et des dangers des outils connectés non sécurisés) et des personnages qui sont loin d’être parfaits, mais qui sont tous très attachants. Le jeune Game Boy avec sa passion pour les jeux vidéos, sa façon de chercher l’affection de sa famille choisie pour oublier les exigences de sa famille d’origine en particulier m’a émue et fait trembler alors qu’il est loin d’être l’un des moteurs de l’action. Sans oublier, comme souvent avec Charles Stross, une bonne dose de sarcasme, d’ironie et de comique de situation qui fait que même en plein cœur d’un roman fantastique tirant sur l’horreur, vous allez éclater de rire au milieu d’une page ou de la nuit…

Dead Lies Dreaming
De
Charles Stross
Éditions
Orbit

Fangs

De Sarah Andersen, je ne connaissais jusqu’ici que ses tranches de vie, compilées sous le nom de Sarah’s Scribbles, souvent très drôles, mais à lire principalement sur le Web, et personnellement à petites doses. Puis j’ai découvert Fangs au coup de crayon radicalement différent et je fus subjuguée. Et pourtant, la comédie romantique n’est pas du tout un genre que j’affectionne. Fangs raconte l’histoire d’amour d’Elsie, vampire de son état, et de Jimmy, un loup-garou ordinaire, de leur rencontre dans un bar jusqu’aux premiers mois de vie commune où le mariage commence à être évoqué. L’histoire est donc celle classique de deux jeunes gens vivant une première histoire d’amour (ou non pour Elsie), entremêlée de problèmes plus spécifiques à leurs conditions. Que ceux-ci soient macabres, comme lorsque Elsie explique qu’elle a saigné et enterré l’ex qui l’a trompé. Ou plus drôle comme la méthode de séchage après la douche très canine de Jimmy. Le tout étant à la fois très sarcastique, teinté d’humour noir et en même temps débordant de tendresse et de bonne humeur.
Si la série a commencé comme l’autre sur le Web, vous pouvez désormais en commander une version reliée chez Andrews McMeel publishing. L’ouvrage, à peine plus grand qu’un livre de poche, est très beau avec sa couverture rouge en tissu et sa tranche noire. Et il met merveilleusement en valeur les planches de l’artiste. C’est à la fois une belle histoire et un beau livre.

Fangs
De Sarah Andersen
Éditions
Andrews McMeel