Apprendre, si par bonheur

Ne vous laissez pas avoir par le nom de l’autrice, ni par le titre de ce court roman. Si vous avez adoré la science-fiction résolument optimiste de L’Espace d’un an et de ses suites, ce court roman de Becky Chambers risque de vous surprendre par son côté mélancolique et sans illusion. Encore une fois, l’autrice lève les yeux vers le ciel et nous livre une autre facette de l’exploration spatiale. Dans Apprendre, si par bonheur, nous suivons la destinée de quatre scientifiques embarqués dans un même vaisseau pour explorer les différentes planètes d’un autre système solaire. Du hopepunk dont elle est l’une des porte-drapeaux, Becky Chambers va garder l’idée que l’exploration spatiale dans son univers ne dépend ni des États, ni de grandes corporations, mais de la bonne volonté de tous. L’humanité dans son ensemble, via un gigantesque effort de crowdfunding perpétuel, va financer non seulement la recherche nécessaire au développement d’une technologie spatiale, mais également la formation des différents scientifiques choisis pour partir en mission. Elle en garde également l’idée que plutôt que d’essayer de terraformer les mondes, c’est aux humains de s’adapter. À chaque planète visitée, le métabolisme et l’apparence des humains change pour se conformer aux besoins des lieux : gravité plus élevée, éloignement du soleil plus important.
Plus que ces considérations techniques, ce qui intéresse Becky Chambers ce sont les relations interpersonnelles. À travers sa narratrice, à la fois pilote du vaisseau et assistante pour les autres scientifiques, elle montre les évolutions psychologiques aussi bien lors de son passé (la formation, la tournée d’adieu avant de partir) que durant le voyage avec les conséquences psychologiques de l’enfermement, des adaptations subis par les corps, et de l’éloignement à la fois physique et temporel des donneurs d’ordre. Quand la Terre ne répond plus, et qu’il est impossible de savoir si l’espèce humaine y vit encore, quel choix devront-ils faire ? Rebrousser chemin et tenter d’aider d’éventuels survivants ou continuer à avancer pour en apprendre plus sur l’univers ?
D’une grande beauté et d’une finesse à l’avenant en matière de psychologie, Apprendre, si par bonheur s’avère aussi, contrairement à ce qu’indique son titre, d’une infinie tristesse.

Apprendre, si par bonheur
de
Becky Chambers
traduction de Marie Surgers

Éditions L’Atalante

(critique initialement parue dans Bifrost n°100)

Leviathan Falls

Voilà, c’est fini ! Après dix ans, neuf romans et bon nombre de récits plus courts, la saga de The Expanse s’achève avec Leviathan Falls.
Si vous n’êtes pas à jour de votre lecture ou si vous voulez savoir pourquoi cette série est une des plus belles réussites récentes du space opera, allez d’abord lire le premier article qui en parlait sur le blog en guise d’introduction puis reportez-vous aux derniers paragraphes de cette chronique. Sinon ? C’est parti…

 

 

Dans Leviathan Falls, nous sommes quelques mois après les événements de Tiamat’s Wrath. Trois trames vont s’entremêler. La première est celle de Tanaka, colonel chargée d’une seule mission : retrouver coûte que coûte Winston Duarte, l’empereur-dieu de Laconia ayant mystérieusement disparu et au passage mettre la main sur son héritière de quinze ans, Teresa Duarte. La deuxième suit le Dr Elvi Okoye et son équipe de scientifiques qui étudient la protomolécule et ses interactions dans notre univers aussi bien pour Laconia que pour la résistance. Et enfin celle de l’équipage du Rocinante, hébergeant Teresa, coordonnant les efforts de la résistance et cherchant à garantir la sécurité des voyages à travers les portes. Les choses ne se dérouleront évidemment pas comme prévu, mais derrière les drames humains se cachent une autre guerre entre entités extra-terrestres : la protomolécule et feux ses créateurs d’un côté et l’autre race qui les a éradiqués et qui maintenant tient à s’en prendre à ses successeurs, l’humanité. Et si pour survivre, celle-ci devait renoncer à ce qui fait son unicité ? Ou à renoncer à ses rêves d’expansion ?
Les auteurs derrière le pseudonyme, James S.A. Corey, ne l’ont jamais caché : Leviathan Falls sera le dernier roman de la série, il n’y aura pas d’autres romans dans cet univers ni après ni avant l’histoire principale. Il reste certes de la place pour des histoires connexes en BD ou en format court, mais ils ne semblent pas décidés à s’y atteler. En tout cas, en finissant Leviathan Falls, la lectrice que je suis en a retiré une sensation d’achèvement. Elle a été entrainée de Leviathan Wakes à Leviathan Falls dans une histoire épique durant toute une vie, mais le voyage est enfin arrivé à destination. Chaque personnage, qu’il meure ou non dans ce récit, va jusqu’au bout de son parcours en restant à la fois fidèle à lui-même, mais également changé par les événements qu’il a vécus. Seul bémol pour les lecteurs qui veulent absolument avoir réponse à tout : les extra-terrestres qui s’affrontent à travers l’humanité restent largement non dévoilés. Ce qui est logique, car ces entités sont largement hors du champ de compréhension des personnages, même de ceux qui ont été changés par elles, et donc du lecteur. Préparez néanmoins vos mouchoirs au moment de quitter un univers et des personnages si attachants.

Retour pour ceux qui n’ont pas lu toute la série… Lisez là !

Certes tous les neuf romans n’ont pas la même puissance (j’avoue ainsi que malgré son importance dans l’histoire, Cibola Run n’est pas mon favori en raison de son rythme différent). Néanmoins cette saga space opera arrive à être cohérente d’un bout à l’autre en mélangeant le « sense of wonder » (ou sens de l’émerveillement en bon français) qui vous promet un récit vous emmenant toujours plus loin dans les étoiles à la rencontre de situations toujours plus étranges et un côté terre-à-terre en s’attachant aux personnages et aux différents conflits auxquels ils sont mêlés (personnels, familiaux, économiques, mais également stratégie sociopolitique des différentes forces en puissance). C’est en effet l’un des rares space operas qui offre à la fois une perspective globale des événements, mais également aussi terriblement proche des individus, quelle que soit leur importance dans l’histoire ou leur classe sociale. C’est également l’un de ceux ayant les personnages les plus touchants, même si au final, à une ou deux exceptions près, aucun n’est foncièrement bon ou profondément mauvais. Alors que la série TV du même nom (mais dont l’intrigue diffère néanmoins des livres) s’achèvera avec la sortie de la sixième saison le 10 décembre prochain, pourquoi ne pas lire ou relire The Expanse ?

Leviathan Falls
D
e James S.A. Corey
Éditions Orbit

Sur la route d’Aldébaran

Auteur prolifique, Adrian Tchaikovsky n’est pourtant pas un de mes auteurs de prédilections même si j’ai apprécié Children of Time et Children of Ruin (tous deux parus en français chez Denoël et désormais en poche). Pourtant, quand un de ses textes sort dans la collection Une Heure-Lumière, je suis suffisamment intriguée pour le lire. A priori, comme pour les deux autres livres lus, avec un tel titre, la lecture pourrait s’annoncer comme un space opera d’exploration. Raté ! Certes, le récit est truffé d’extraterrestres aux formes et aux mœurs étranges, mais Sur la route d’Aldébaran est surtout une comédie horrifique drôlement grinçante.
Alors qu’un corps céleste mystérieux a été détecté aux confins du système solaire, une équipe d’astronaute est envoyée en exploration pour découvrir de quoi il retourne. Toute l’histoire nous est contée par Gary Randell, le membre anglais de l’équipage et, nous le découvrons vite, le seul survivant errant à moitié fou dans les Cryptes de l’artefact. Dans son récit, Adrian Tchaikovsky va alterner entre deux époques : un « présent » où Gary Randell s’adresse à Toto, un compagnon imaginaire tandis qu’il arpente à pied les couloirs de l’astéroïde en cherchant la sortie qui le ramènera chez lui, et un passé où Gary raconte comment l’expédition a été montée (avec les différents tiraillements internationaux intraeuropéens ou externes) et comment elle s’est tragiquement terminée. Le tout jusqu’au retournement final. Doté d’un solide sens de l’humour sarcastique lui permettant de surmonter toutes les épreuves, Gary est un narrateur bien sympathique malgré les horreurs qui l’entourent à défaut d’être particulièrement fiable.
Si vous avez le cœur bien accroché — car il est parfois conduit à des extrémités peu ragoutantes — et si vous aimez rire autant que frémir, pourquoi ne pas découvrir Adrian Tchaikovsky avec ce court récit ?

Livre lu dans le cadre du défi Winter short stories of SFFF

Sur la route d’Aldébaran
D’Adrian Tchaikovsky
Traduction d’Henry-Luc Planchat
Éditions Le Bélial’

Far from the Light of Heaven

Je vous ai déjà longuement parlé de Tade Thompson découvert dans une histoire fantastique sanglante, puis passé au premier contact mâtiné de cyberpunk. J’ai tellement apprécié mes lectures qu’il est devenu l’un de ces auteurs dont j’achète les nouveaux livres sans me poser de question. Avec Far from the Light of Heaven il s’essaie au space opera et au « whodunit », avec un meurtre en vase clos. Comme La Troisième griffe de Dieu ? Sur le papier oui, et dans les faits non. Dans Far from the Light of Heaven, nous suivons un vaisseau, le Ragtime dans son premier voyage de la Terre à Bloodroot, dans un autre système solaire. C’est également le premier voyage de Michelle « Shell » Campion, sa capitaine humaine qui ne sert pas à grand-chose d’autre qu’à discuter avec les différents points de contrôle humain. Sauf que quand elle se réveille de son sommeil cryogénique en arrivant à destination, certains de ses passagers ont été découpés en morceaux. Par qui et pourquoi ? C’est ce qu’elle et Rasheed Fin, l’enquêteur envoyé à bord par Bloodroot vont devoir découvrir.
Avec ce roman, Tade Thompson semble vouloir se reposer. Et disons-le clairement, ce roman n’est pas au même niveau de qualité qu’un Rosewater ou que le premier Molly Southborne. L’intrigue est plutôt classique et les motifs des meurtres le sont plus encore, mais l’auteur arrive à rendre l’histoire intéressante par des détails saugrenus (un loup dans l’espace, un enquêteur envoyé dans l’espace souffrant du mal des transports) et par une multiplication des points de vue et des lieux qui évitent le confinement en vase clos. Comme dans Rosewater, il mâtine son récit d’ingrédient venant de sa culture nigériane comme la station Lagos qui sert de point d’entrée à ce nouveau système solaire ou une réinterprétation du culte des ancêtres et de la réincarnation. Franchement, c’est un bon livre à lire pour se reposer et se détendre sans trop se poser de questions. Soit en anglais tout de suite, soit dans sa version française, quand elle sortira en 2022 chez J’ai Lu. La lecture sert aussi à ça, non ?

Far from the Light of Heaven
de Tade Thompson
Éditions Orbit

Les Employés

Vous connaissiez les OVNI, voici un OLNI, objet littéraire non identifié, signé Olga Ravn, une poétesse danoise qui s’essaie ici à la prose. De quoi parle Les Employés ? Du travail d’une commission d’enquête au sein du six millième vaisseau. Celui-ci a quitté la Terre pour explorer La Nouvelle-Découverte sans espoir de retour. À son bord d’étranges incidents se produisent après l’observation prolongée de certains « objets » qui ont été trouvés sur la planète. La commission va donc interroger l’ensemble de l’équipage, humains comme ressemblants, pour tenter de comprendre ce qu’il se passe et prendre une décision sur la poursuite ou non de la mission.
L’histoire elle-même des
Employés se dévoile par petites touches, plus par des impressions sensorielles, des rêves, des hallucinations et des réminiscences du passé que par un enchaînement linéaire de faits. Nous ne rencontrons jamais les membres de ladite commission, mais nous ne lisons qu’une série de dépositions numérotées très courtes. Certaines ne font que quelques lignes, la plus grande ne dépasse pas quatre pages. Peut-être certains employés témoignent-ils plusieurs fois, et peut-être que non. Certains sont clairement identifiés comme humains, d’autres comme ressemblants (des androïdes immortels similaires à ceux de la série Äkta människor – Real Humans), d’autres restent dans un entre-deux flou vis-à-vis du lecteur, de la commission et pour certains d’eux-mêmes.
En remontant dans les souvenirs et les sensations des anonymes faisant ces dépositions, Olga Ravn nous dresse le portrait d’une société oppressive et interroge l’humanité de ses employés. Son écriture fluide est également très organique. Sons, images, goûts et odeurs sont convoqués pour montrer son coin d’univers. Les objets, inspirés des installations et sculptures de
Lea Guldditte Hestelund, n’ont qu’un rôle de catalyseur pour les frictions qui vont apparaître au sein de l’équipage. Et pourtant, ils sont si graphiquement restitués que le lecteur les sent presque palpiter au bout des pages.
Ai-je aimé ce livre ? Je ne saurais le dire après une première lecture. Il m’a intrigué, touché et me donne envie de le redécouvrir. Peut-être cette fois-ci en lisant les dépositions par ordre croissant des numéros et non au fil du texte ?


Les Employés
d’Olga Ravn
traduction de Christine Berlioz et Laila Flink Thullesen
Éditions
Pocket Imaginaire

Au-delà du gouffre

Depuis la lecture de son diptyque, Vision aveugle et Échopraxie, Peter Watts est un auteur de hard-SF qui m’intrigue. Trouvé à Livre Paris, Au-delà du gouffre est un recueil de ses nouvelles, écrites entre 1990 et 2014 : l’occasion idéale pour mieux le découvrir.
Attention, il y a peu de chances pour que vous lisiez ce livre d’une traite. Peter Watts est avant tout un scientifique et cela se sent dans sa façon d’écrire. Si vous ne connaissez pas certaines des notions abordées telles que la physique au cœur des étoiles, le fonctionnement du cerveau humain ou la psychologie de masse, il vous faudra le temps d’en assimiler certains aspects au fil de votre lecture. D’autant plus que le style même de Peter Watts est âpre et exigeant. Nombre des récits du recueil, notamment Le Second avènement de Jasmine Fitzgerald, la trilogie d’Eriophora ou Le Colonel, m’ont forcée à interrompre ma lecture pour me poser un instant ou une nuit sur le message qu’ils contiennent.
En revanche, même en prenant le temps de lire par petits bouts, une nouvelle par-ci, deux par-là, voyager Au-delà du gouffre se révèle une expérience passionnante. Dès la première nouvelle du recueil, Les Choses, une relecture de The Thing,
le film de John Carpenter (lui-même remake d’un film de 1951 inspiré de Who Goes There? de John W Campbell Jr), du point de vue de la créature, Peter Watts impose un point de vue non conventionnel. Et vous devrez toujours reconsidérer votre point de vue au fil des pages, comme dans des nouvelles plus exigeantes encore comme L’Île ou Une Niche. Ce recueil est une compilation de joyaux sombres. Malgré la postface, ou à cause d’elle, de l’auteur se définissant comme un optimiste en colère, le ton de Au-delà du gouffre est résolument noir et dur. Cruel comme une mécanique biologique lancée à pleine vitesse. Seule une nouvelle m’a franchement rebutée, Chair faite parole, mais Peter Watts lui-même reconnaît qu’elle est plus que perfectible. Ce qu’il fera quelques années plus tard avec Éphémère (également présente dans ce recueil et co-écrite avec Derryl Murphy) avec beaucoup plus de réussite.
Que vous connaissiez déjà Peter Watts ou que vous soyez curieux, Au-delà du gouffre est un excellent endroit pour commencer votre découverte. La prochaine étape pour moi sera de mettre la main sur le cycle des
Rifteurs.

Au-delà du gouffre
de Peter Watts
Traductions de Pierre-Paul Durastanti, Gilles Goulet, Erwan Perchoc et Roland C Wagner harmonisées par Gilles Goulet.
Éditions Le Bélial’

Fil rouge 2018 : Le regard des Furies

En farfouillant dans l’une de mes librairies favorites, je suis tombée sur Le regard des Furies de Javier Negrete. Je me suis dit que ce roman espagnol de science-fiction serait parfait comme entrée pour la sélection d’août du fil rouge (après le coup de cœur manga de mardi), d’autant que j’ai une totale méconnaissance de cette branche de la science-fiction. Après lecture, ce roman écrit en 1997 m’est apparu comme un OVNI, à la fois très visionnaire par certains côtés, et très old school tendance machiste pour le traitement de ses personnages. De quoi s’agit-il ? Dans Le regard des Furies, l’Humanité a atteint l’espace, mais elle dépend pour ses déplacements interstellaires du bon vouloir d’une autre espèce, les Tritons, jaloux du secret de ses compétences. Quand un vaisseau Triton s’échoue sur une colonie pénitentiaire terrienne, la sentence tombe : l’Humanité a 13 jours pour le rendre ou elle sera annihilée. S’engage alors une course contre la montre entre multinationales pour s’emparer de l’objet avant le délai imparti. Le tout se faisant à coup d’armes illégales depuis une vingtaine d’années : les génètes, des humains génétiquement modifiés. Et c’est là que commence la partie « old school »/« OSS117 ne répond plus » du roman avec l’apparition du personnage principal. Celui-ci, Eremos, est l’un de ces génètes, employé comme tueur sur gage par l’une des multinationale qui s’affrontent et croisement improbable entre Superman et James Bond. Manipulateur, il utilisera tous les moyens mis à sa disposition, y compris un sex-appeal au regard froid ravageur (sic) pour accomplir sa mission. Il croisera la route de deux « Eremos girls » qui l’aideront et d’une assassine sadique et vénéneuse, elle aussi génétiquement modifiée. L’originalité du roman vient de l’imbrication entre la mythologie et la linguistique, et l’intrigue de SF pure et dure du roman (comment réussir à aller plus vite que la lumière). Ce sont ces connaissances remontant à l’Antiquité humaine qui montreront au « héros » la voie pour comprendre le mystérieux objet échoué et sauver l’humanité. Au final, Le regard des Furies est un livre plaisant à lire pour se distraire et trouver une version assez James Bondienne des aventures spatiales. En revanche, il ne fera pas partie des titres que je relirai, de peur que ses faiblesses n’en deviennent encore plus visibles.

Le regard des Furies de Javier Negrete
Traduction de Christophe Josse
Éditions L’Atalante

Fil rouge 2018 : Persepolis Rising

Mars débute et en l’honneur du dieu romain qui lui a donné son nom, parlons de guerre. Et plus exactement de ses répercussions. C’est le thème qu’aborde Persepolis Rising, le septième livre dans la série The Expanse de James SA Corey. Comment prendre possession d’un système solaire et se rendre maître d’un essor galactique naissant ? Comment s’opposer à une invasion quand l’ennemi vous connaît par cœur, et dispose d’une puissance de feu inimaginable jusqu’ici ? Persepolis Rising y répond en ouvrant une autre série de questions pour les deux (derniers ?) livres de la série à venir.
Civils, militaires, résistants ou collaborateurs, vainqueurs comme vaincus : la guerre est toujours sale et fait des dégâts dans tous les camps. C’était vrai depuis la plus haute Antiquité, c’est plus que jamais vrai en ce début de XXIe siècle, et ce le sera encore au XXVe siècle selon James SA Corey*. Persepolis Rising commence trente ans après le précédent livre (Babylon Ashes) et entre 40 et 50 après le tout premier livre de The Expanse (Leviathan Wakesl’Éveil du Leviathan en VF). Trente ans que la guerre entre les planètes intérieures (la Terre et Mars) et la Ceinture a eu lieu, trente ans que les portes ouvrant la voie vers d’autres systèmes stellaires sont ouvertes grâce à la protomolécule. Dans cet univers apaisé, l’équipage du Rocinante dont les quatre personnages que l’on suit depuis le début (James Holden, Naomi Nagata, Alex Kamal et Amos Burton) songent à la façon dont chacun assurera ses vieux jours. Alors que deux d’entre eux se décident enfin à raccrocher, d’une des portes surgit une vieille menace oubliée et plus puissante que jamais. Le fragile équilibre à l’intérieur comme à l’extérieur du vaisseau vole en éclat et tout le monde doit trouver ses marques pour lutter contre l’envahisseur ou simplement survivre.
Malgré un saut dans le temps, d’autant plus déstabilisant pour la lectrice que la série TV The Expanse m’avait renvoyée à la genèse de cet univers, Persepolis Rising est encore l’un des romans les plus puissants de la série. Il est nettement plus intéressant que Strange Dogs, la nouvelle qui l’a précédé même si celle-ci ouvre de nouvelles perspectives en rapport avec la fin de ce roman. Pourquoi ? Parce qu’on y retrouve nos personnages favoris. Ils ont vieilli, ils sont désormais dans des positions où on ne les imaginait pas comme Camina Drummer passée de Tycho Station à la tête de l’union des transporteurs. Et comme d’habitude, ils doivent faire face à des événements qui les dépassent. De plus, James SA Corey nous montre chaque facette du conflit spatial en cours : de chaque côté du système solaire : en zone occupée comme sur la ligne de front, côté envahi comme côté envahisseur. Celui-ci se joue aussi bien en jouant aux échecs en 3D avec les navires, astéroïdes et habitats comme pions, qu’en multipliant les actes de sabotage dans les coursives des stations ou en contrôlant les médias pour influencer l’opinion. Une fois le problème posé, la solution qu’apporte James SA Corey au fil des pages reste imprévisible. Tous les personnages ne ressortent pas vivants de cette guerre, personne n’en sort intact et encore une fois le statu quo de The Expanse est bouleversé pour le prochain roman. Les ennemis d’hier et d’aujourd’hui y seront peut-être forcés d’être les alliés de demain.


* Oui, je sais derrière le pseudonyme James SA Corey se cachent deux auteurs, Daniel Abraham et Ty Franck, mais comme ils se répartissent l’écriture à parts égales autant maintenir grammaticalement la fiction en utilisant le singulier.


Persepolis Rising (The Expanse 7)
de James SA Corey
Éditions Orbit