L’Étrange Vie de Nobody Owens

À l’approche de la Toussaint, d’Halloween ou du jour des Morts mexicain (faites votre choix en matière de relation traditionnelle avec l’au-delà), replongeons-nous dans une histoire pour enfant pas si sage que ça : L’Étrange vie de Nobody Owens de Neil Gaiman. Et plus précisément, non pas dans le livre original, mais dans l’adaptation en BD qui en a été faite avec P.Craig Russell au scénario comme au dessin (même si sur cette dernière partie de nombreux autres illustrateurs comme Galen Showman, David Lafuente, Stephen Scott, Kevin Nowlan, Tony Harris, Scott Hampton ou Jill Thomson ont participé).
Que vous ayez lu le roman original ou que vous le découvriez totalement, cette BD parue en deux tomes est un pur délice d’horreur gothique. L’histoire est fidèle au roman et commence par la mort de toute la famille de notre héros, Nobody Owens, des mains du Jack. Nobody encore bébé est épargné parce que jeune bébé sachant à peine marcher, il s’était aventuré hors de son berceau et dans le cimetière à côté de sa maison. Là, devenu orphelin, il va être adopté et élevé par tous les fantômes du cimetière avec comme figure paternelle, Silas le vampire. Au long des différentes aventures de son enfance et de son début d’adolescence, il va rencontrer toutes sortes de créatures fantastiques, comme une préceptrice particulière faisant office de garde du corps loup-garou, un fantôme de sorcière, une petite fille trop curieuse et bien trop humaine, une momie… Il aura de
nombreuses aventures. Son voyage — bien involontaire — dans le monde des goules est d’ailleurs l’un des passages les plus spectaculaires du tome 1. Mais comme dans le livre, le Jack et sa société secrète n’auront de cesse de retrouver Nobody Owens pour achever le travail. Y réussiront-ils ? Si vous avez lu le roman, vous le savez déjà. Pour les autres, rendez-vous à la fin du tome 2.


Plus condensée que le roman, cette adaptation en BD
apporte une autre vision de l’œuvre. Le trait tout à tour très rond, extrêmement détaillé ou proche de l’aquarelle s’adapte à chaque chapitre. Subjectivement, j’ai trouvé qu’il suit presque la croissance de Nobody. Hormis dans le chapitre d’introduction où Nobody est plus objet à protéger que véritable sujet de l’histoire, le style du dessin s’approche assez du style de dessin des BD destinées à la tranche d’âge où il se situe plus ou moins. Attention, comme souvent avec Neil Gaiman, même les histoires qu’il destine aux enfants, à l’image des contes de fées avant leurs édulcorations par Disney, sont parfois sanglantes. Ici, en plus des mots, vous avez les images. Si vous destinez ces deux albums à un jeune public, tenez compte de sa sensibilité avant. Certaines pourront s’y plonger avec délice dès 9 ans, d’autres attendront un peu.

L’Étrange vie de Nobody Owens T.1 et 2.
Scénario de
P. Craig Russel adapté du roman de Neil Gaiman
Dessin de P. Craig Russel, Galen Showman, David Lafuente, Stephen B. Scott, Kevin Nowlan, Tony Harris, Scott Hampton ou Jill Thomson
Traduction de Jacques Colin
Éditions Delcourt

Monstress – Haven

Bien souvent quand une série commence, les premiers épisodes sont excellents puis au fil du temps, la qualité se dégrade. Dans le cas de Monstress de Marjorie Liu et Sana Takeda, ce n’est pas le cas du tout. Alors que viens de sortir le troisième TPB (trade paperback ou en bon français gros album regroupant plusieurs numéros réguliers d’une série de comics) du titre, l’intérêt reste toujours aussi soutenu, et l’histoire aussi riche.
Résumons les épisodes précédents, Si le premier volume – Awakening – nous présentais Maika Halfwolf et son univers actuel, le deuxième volume – The Blood — plus violent, levait le voile sur les origines de Maika, des arcaniques et en partie de Zinn, la créature hantant le corps de Maika.
Ce troisième volume – Haven — commence juste après le deuxième. Devant trouver un refuge face à la vindicte des Blood Queen, Maika, Kippa, Master Ren et les autres se font héberger à Pontus, ville-territoire neutre où les Chats, les humains et les Arcaniques vivent en bonne intelligence. Ville surtout où l’ancêtre lointaine de Maika responsable de la venue de Zinn dans ce monde avait son laboratoire et ses secrets. Et pendant ce temps, et les Arcaniques et l’Imperatrix se battent pour récupérer les différents morceaux du masque, et les Vieux Dieux sortent de leurs sommeils. Et du côté des chats ? Malgré son nom, Master Ren obéit à plus d’un maître et se retrouve pris entre deux ordres contradictoires qui ne mettront pas que lui en danger.
Pour contrebalancer le volume deux, ici Maika Halfwolf mais également Zinn font preuve d’un peu plus d’émotion et d’empathie. De façon logique, mais ce voyage é
motionnel apporte encore un éclairage nouveau sur l’histoire et rend le sacrifice final encore plus impressionnant. Me laissant une fois de plus l’envie folle de savoir la suite à la fin de l’ouvrage.
À noter que comme dans les albums précédents, chaque chapitre se termine par une petite présentation de l’univers de Monstress par le professeur Tam Tam, grande lettrée chez les Chats. Les présentations de ce numéro sont particulièrement réussies : intense après un passage léger, ou au contraire arrachant un sourire après un passage particulièrement sombre. Si certaines pages dénotent une certaine précipitation dans le dessin, le style de Sana Takeda est toujours aussi beau. Parmi les nouveaux personnages, Vihn Nem, l’ingénieure en chef de Pontus m’a particulièrement impressionnée. Sera-t-elle présente dans un des volumes suivants ?

Monstress – Volume Three Haven
É
crit par Marjorie Liu, dessiné par Sana Takeda
É
ditions Image Comics

Amour, djihad et RTT

Le terrorisme et la radicalisation sont des réalités suffisamment tristes pour qu’une des meilleures armes pour lutter contre elles soit le rire. La preuve parfaite est à lire dans Amour, djihad et RTT, la nouvelle bande dessinée de Marc Dubuisson. Très courte, elle peut se dévorer dans les transports le temps d’aller au bureau. Vous en tirerez trois avantages : ne pas voir le temps passer, vous attirer des regards étranges avec vos éclats de rire à répétition et, en le laissant traîner sur un coin de bureau, faire comprendre à votre chef que la énième réunion projet pourrait tourner en radicalisation avancée à coup d’agrafeuse. Sauf s’il vous emprunte le livre avant et oublie la réunion pour le lire à son tour.
En effet, dans Amour, Djihad et RTT, Marc Dubuisson imagine un employé de bureau lambda (mais « pas comme nous », car c’est un « timbré » issu du service courrier) qui s’autoradicalise en regardant des vidéos sur Internet, prête allégeance à Aladdin et prend en otage tout le 8e étage pour de l’uranium, la libération de la Palestine et une augmentation des tickets-restaurant. De planche en planche, Marc Dubuisson démonte tous les clichés liés à ce genre de radicalisation, mais également aux traitements médiatiques, administratifs et policiers qui en sont faits. La vie de bureau et le management « à la française » en prennent aussi pour leurs grades.
Étant tombée sur cette BD totalement par hasard, je ne serais certainement pas allée la lire de moi-même. Pourtant je n’en regrette pas la lecture, même si j’ai dû passer après tout le reste de la famille pour enfin accéder au Graal. Juste quelques crampes aux mâchoires à force de rire.

Amour, djihad et RTT
de Marc Dubuisson
Éditions Delcourt

Howard P. Lovecraft : celui qui écrivait dans les ténèbres

Disons-le tout de suite, en général, les biographies m’ennuient. Et les biographies d’écrivains encore plus. Je préfère de loin les découvrir au travers de leurs œuvres qu’en retraçant leurs parcours, fût-il aussi aventureux que celui de Lord Byron. Néanmoins, le cas Lovecraft est une exception (le cas Edgar Allan Poe aussi si jamais l’éditeur 21 g cherche d’autres idées). Comment un homme vivant dans un univers aussi étriqué, et perclus d’idées aussi contradictoires — tantôt grandioses (comme son amour des chats et des glaces) tantôt nauséabonde (son racisme et sa fascination pour le fascisme montant en Europe) — a pu écrire des textes avec une telle puissance d’évocation ?
Du coup, le format bande dessinée de Howard P. Lovecraft : celui qui écrivait dans les ténèbres m’a semblé une bonne approche. Trop court pour être exhaustif, il est forcé de se concentrer sur les moments essentiels de la vie de Lovecraft. Alex Nikolavitch a choisi de s’attarder sur les amitiés liées par Lovecraft, et les rencontres qui sculpteront son œuvre et celle de ses successeurs. Le dessin Gervasio, Carlos Aón et Lara Lee dégage un look de comics révolu qui convient bien aux pulps où paraissent à l’époque les nouvelles d’H.P. Lovecraft. Et les tons verdâtres évoquent les abymes marins et les forêts obscures d’où proviennent la plupart de ses monstres. Au détour d’une vignette, vous découvrirez non seulement de nombreux clins d’œil à l’œuvre de Lovecraft lui-même, mais également à d’autres œuvres de fiction. Ainsi un New Yorkais croisé par l’auteur évoque furieusement un personnage d’Hergé dans L’Ile mystérieuse.
L’ensemble fait de cet album, un ouvrage qui se dévore très vite, puis que l’on reprend bout par bout pour savourer tel détail ou se préciser telle rencontrer. À recommander fortement à tous les amateurs de fantastique.

Howard P. Lovecraft : celui qui écrivait dans les ténèbres
Scénario d’Alex Nikolavitch
Dessins et couleurs de Gervasio, Carlos A
ón et Lara Lee
Éditions 21g

100 % Ms Marvel

En cette période pré-Noël, voici une série de comics à offrir aux plus jeunes qui ne connaissent des superhéros que la version ciné ou TV. Ou à s’offrir à soi-même si l’on dévore des comics depuis son plus jeune âge : Ms Marvel créée en 2014 par G. Willow Wilson et Sana Amanat au scénario, et Adrian Alphona au dessin. Depuis G.Willow Wilson est restée au scénario, mais les dessinateurs se sont succédé avec Mirka Andolfo, Takeshi Miyazawa et Francesco Gastόn pour le dernier volume publié en français. Qui est cette Ms Marvel ? Non, ce n’est pas la Carol Danvers membre des Avengers, de la NASA, du SHIELD et de l’US Air Force qui depuis 1968 a une part au moins aussi active que Tony Stark et Steve Rogers dans le monde super-héroïque américain. Et qui devrait enfin faire ses premiers pas au cinéma sous les traits de Brie Larson.
Cette Ms Marvel-là est une jeune adolescente pakistano-américaine de 16 ans, Kamala Khan, qui se retrouve dotée de pouvoirs de métamorphose après avoir été enveloppée dans une mystérieuse brume. Pour protéger son identité, elle s’inspire de l’une de ses idoles, Carol Danvers. Et la voici à devoir jongler entre apprentissage de ses pouvoirs, lutte contre les vilains et malfaiteurs de tout poil avec ou sans les Avengers, cours au lycée, et une vie de famille compliquée entre des parents traditionalistes et un grand frère en pleine redécouverte de sa foi musulmane. Cela vous semble familier ? La trame de départ n’est pas si différente que celle en son temps de Peter Parker, jeune lycéen mordu par une araignée radioactive qui va devoir devenir Spiderman, tout en suivant ses cours au lycée, gagnant sa vie en tant que photographe pour le Daily Bugle, et rassurant sa vieille tante May cardiaque. Comme Spiderman dans les années 60, Kamala Khan est à la fois héroïne et porte d’entrée du lecteur ou de la lectrice dans l’univers Marvel. Elle se débat avec des problèmes contemporains : l’adolescence, les difficultés entre l’intégration dans son pays de résidence et le pays d’origine de ses parents, comment vivre la religion de ses parents (ou non d’ailleurs) face à un sentiment anti-musulman toujours très fort aux États-Unis plus d’une décennie après le 11 septembre.
Dans le dernier tome paru, et publié aux USA en pleine campagne électorale, elle affronte les problèmes liés au vote et aux manipulations politiques, sans être aussi technique qu’une Claire Underwood pour ne pas déstabiliser son lectorat, mais également le pouvoir néfaste ou bénéfique des réseaux sociaux et d’un monde ultraconnecté en permanence. Nouvelle venue en tant que superhéroïne, elle découvre les autres personnages principaux de Marvel en même temps que son lectorat. Et son côté fangirl assumée permet de transmettre les informations essentielles sans se perdre dans les détails. Ainsi quelques cases suffisent pour dire que le richissime Tony Stark est Iron Man et un génie, mais qu’il n’aidera pas Kamala à faire ses devoirs de physique… Le tout dans une atmosphère drôle et pleine de tendresse : la transformation du burkini détesté en costume bien plus confortable pour combattre les malfrats que le spandex traditionnel ne manque pas de piquant ; les conversations entre Kamala et son abu (père) sonnent juste, entre l’amour paternel et l’incompréhension du monde moderne. De quoi à la fois attirer un lectorat plus jeune et plus féminin, tout en ne froissant pas les puristes des comics. En effet, contrairement à Jane Foster endossant le rôle de Thor, ou Riri Williams devenant la nouvelle Iron Man, cette Ms Marvel ne remplace pas Carol Danvers, elle n’a pas du tout les mêmes capacités, ni le même rôle dans l’univers Marvel. Si vous avez un jeune lecteur dans votre entourage, ou une jeune lectrice, n’hésitez pas à lui offrir l’un des six tomes de l’intégrale 100 % Miss Marvel.

100 % Miss Marvel (tome 1 à 6)
Scénario de G.Willow Wilson
Traduction de Nicole Duclos
Éditions Panini Comics.

Hot Space : du Web au comics ?

Comme le montrait feu le Festiblog/We Do BD, le Web a longtemps été une source de renouvellement pour la BD avec un style d’écriture et de dessins très différent de la BD traditionnelle.  Avec The Hot Space Comics, l’expérience proposée au lecteur est encore différente. Ici, les lecteurs assistent peu à peu à la conception d’une BD traditionnelle, au format comics donc, et découvrent planche par planche, le déroulé de l’histoire.

Le site propose deux modes de lectures de l’histoire : l’un en tournant virtuellement les pages ; et l’autre en permettant de zoomer sur chaque détail, mais en obligeant le lecteur à revenir à la page d’accueil.  Pour plus de lisibilité, l’œuvre est en noir et blanc mais elle pourra être colorisée si son créateur, Pierre Le Pivain dit Le PiXX, signe avec un éditeur pour une parution papier de son oeuvre.  En attendant, d’autres parties du site montre des planches colorisées ou des ébauches de personnages.
Toute histoire se passant dans l’espace et impliquant le pilotage de vaisseau ou d’avion étant de base susceptible de me plaire, je ne pouvais que suivre d’un œil très intéressé cette aventure aussi bien sur le site, que via le groupe Facebook dédié.  Au delà de la lecture en mode feuilleton de l’histoire, j’avoue que le côté coulisse de l’affaire me plaît aussi beaucoup. Découvrir comment sont nés certains personnages, voir les premières ébauches ou des rendus en couleurs, comprendre comment peu à peu l’idée de l’histoire a germé, s’avère tout aussi fascinant pour moi. Et pour vous ?

Mise à jour : les deux galeries ont été depuis été fusionnées en une seule plus confortable à lire : https://www.hot-space-comics.com/the-hot-space-comics

 

 

Et si la BD devenait mouvante ?

J’ai beau lire aussi bien en version numérique qu’en version papier, pour la BD à quelques exceptions près je préfère de loin le papier. Pourquoi ? Tout simplement parce que je passe suffisamment de temps pour le travail à regarder des écrans, sans en plus me coltiner des reflets brillants sur l’ordinateur ou la tablette en lisant un comics. Surtout si je dois en plus pincer l’écran pour zoomer et dézoomer sans arrêt afin d’apprécier chaque case.

À moins que la BD ne soit pensée directement pour ces supports. Plusieurs expériences sont en cours. Et celle d’André Bergs est particulièrement intéressante. Il propose en effet une très courte BD à télécharger gratuitement — sous iOS uniquement hélas — et particulièrement bien pensée. Avec l’accéléromètre, les personnages bougent en fonction de l’action. Les dessins sont en 2D et en 3D ce qui donne de la profondeur à l’action, et si vous voulez voir plus de finesse vous pouvez taper pour zoomer sur une case. Qui plus est l’histoire, à l’humour assez grinçant, est courte et bien trouvée.  Une expérience à suivre ? Vous pouvez tester par vous-même la BD en téléchargeant l’application sur l’AppStore ou regarder la bande-annonce ci-dessus. N’hésitez pas à me donner votre avis sur cette façon de lire des BD.

Astérix – Les citations latines expliquées de A à Z

Si vous lisez ces pages, vous savez désormais qu’outre la science-fiction, j’ai un gros faible pour la bande dessinée. Et si en temps normal, ce sont plutôt les comics qui m’attirent en premier (qu’ils soient signés Marvel, DC ou qu’ils émanent d’éditeurs nettement plus petits), certains « monuments » de la bande dessinée européenne me font fondre. C’est notamment le cas des Astérix de la grande époque Uderzo et Goscinny qui peuvent être lus, relus et redévorés à intervalles réguliers. Tombant chez Nature et Découvertes sur cet ouvrage, Astérix — Les citations latines expliquées de A à Z, je me suis penchée sur la question.
Deux heures plus tard, j’en suis ressortie avec un grand sourire et pleine de nouvelles informations plus ou moins utiles sur les citations latines (et au moins une en grec !) présentes dans les albums d’Astérix. Qu’elle soit d’époque, postérieure, voire totalement apocryphe, chaque citation est illustrée par la ou les cases où elle est présente, sa signification et l’origine de son histoire. Ne ratez pas non plus les explications du légionnaire Petitplus pour aller parfois plus loin. Enfin, ce petit livre de référence offre aussi un lexique des graffiti et inscriptions latines trouvées dans les BD, et une présentation brève des auteurs officiels des citations et de l’histoire du monde romain.
Que vous soyez fan d’Astérix ou que vous vouliez découvrir le latin (à l’occasion de l’entrée en 5e par exemple), ce petit livre intelligent et amusant est fait pour vous.

Astérix – Les citations latines expliquées de A à Z de Bernard-Pierre Molin
Editions du Chêne – Hachette

Monstress

Débutée en 2015 chez Image la série Monstress est l’un de ces comics inclassables. L’histoire oscille entre l’aventure de fantasy et l’horreur pure entre pseudo-cannibalisme et tentacules Lovecraftiens à souhait. Le trait lui est à mi-chemin entre les anime issus du Studio Ghibli et le trait plus affirmé classique des BD américaines. Le tout se situe dans un univers où les mythologies nordiques, asiatiques et égyptiennes se croisent et s’incarne. Ce premier volume Awakening — l’éveil — nous présente un monde après la guerre entre des Humains classiques contrôlés par des sorcières Cumea et des Arcaniques, hybrides entre les Humains et les Anciens dotés de talents et dont les corps sont la source de la magie de Cumea. Dans ce monde abritant d’autres races comme les Chats, les Anciens et les Vieux Dieux, une jeune femme Maika Halfwolf est prête à tout pour comprendre ses origines. Particulièrement savoir d’où vient ce monstre qui se tapie en elle, et comment en contrôler la faim sans détruire son entourage. Ce monde est peut-être en paix, mais il n’est pas apaisé. Les traces de la guerre sont toujours là, les horreurs des batailles encore tapies au creux des cauchemars et des cœurs. Et la haine, la méfiance et la rancœur restent bien présentes d’une race à l’autre, que ce soit entre les ennemis d’hier, ou les alliés d’aujourd’hui. Pour autant, entre les failles, certains moments de tendresse et de confiance arrivent à rapprocher pour un temps les personnages au-delà de leurs différences et de leurs peurs. Les personnages, principalement des femmes à l’exception notable de Master Ren, un matou tigré roux à deux queues et à la langue bien pendue, sont tout en nuances. Un instant capable des pires atrocités, et l’autre faisant preuve d’une infinie douceur. Même celles qui n’ont qu’un rôle transitoire dans l’histoire sont étoffées au-delà d’un simple coup de crayon vite oublié. Acheté sur un coup de tête avant de prendre l’avion, Monstress m’a séduit. Et me frustre, car à l’issue de ce premier tome, je veux en savoir plus sur Maika et sur son univers. À bientôt pour une chronique du second volume ?

Monstress – Volume One Awakening
Ecrit par Marjorie Liu, dessiné par Sana Takeda
Editions Image Comics