Les Naufragés de Velloa

Dès qu’il fait chaud, j’ai généralement envie de lecture détente et d’évasion. Quoi de mieux qu’un space opera me direz-vous ? Ça tombe bien, un nouveau titre de Romain Benassaya, présenté comme « l’une des nouvelles voix françaises » du genre est disponible au format poche : Les Naufragés de Velloa. Une bonne occasion de tester cet auteur, non ?
Dans ce livre, nous nous situons dans un futur où la Terre n’est plus habitable. Mars et Vénus ont bien été terraformés, mais les deux planètes n’accueillent qu’une portion minuscule de l’humanité. Le reste, les Naufragés ou les Blattes, s’entassent dans des habitats et vaisseaux de fortune aux quatre coins du système solaire. Sauf l’un d’entre eux qui a mystérieusement atteint une autre étoile. Comment ? Pourquoi ? Mars et Vénus doivent collaborer pour s’emparer de la mystérieuse technologie ayant permis ce tour de force. Sauf que…
Sauf que, 80 % du temps, Les Naufragés de Velloa n’est pas du space opera, mais du planet opera. Même si de nombreux flash-back nous promènent un peu partout autour de notre Soleil, passé la première partie, l’essentiel de l’action se situe sur Velloa. C’est sur cette planète hostile aux saisons marquées et aux coefficients de marée cauchemardesques que les naufragés du titre ont échoué quelques siècles auparavant et qu’ils tentent de survivre sous la coupe d’une étrange entité. Du coup, toute la seconde partie donne brutalement l’impression d’avoir atterri dans un roman de fantasy. Heureusement, l’action revient assez vite sur le terrain de la SF pour ne plus la lâcher.
Et de l’action, vous en aurez à
foison. Chaque chapitre se termine par un cliffhanger à l’américaine et les protagonistes volent de surprises en révélations… Suspendez votre incrédulité, notamment face aux prouesses des IA quantiques (et des virus traversant la barrière informatique des espèces à la manière d’Independence Day, mais sans ordinateur Apple pour l’aider), et laissez-vous porter. Si vous arrivez à supporter jusqu’au bout une Dayani égocentrique et sans nuance, qui est censée être la locale de l’étape dans l’équipe de héros, vous passerez un excellent moment de lecture plaisir.

Les Naufragés de Velloa
d
e Romain Benassaya
Éditions
Pocket

The MurderBot Diaries – Fugitive Telemetry

MurderBot est de retour. Et dans cette novella, sa créatrice Martha Wells le plonge dans une intrigue digne des séries télévisées que l’androïde aime tant. Fugitive Telemetry se situe entre la dernière des quatre novellas, Exit Strategy, et son roman, Network Effect.
MurderBot
a ramené ses clients à bon port et se retrouve pour la première fois libre de ses mouvements. Et tombe sur un corps mort, qui n’est pas de son fait. Et voici, un synthétique de sécurité qui va devoir jouer les détectives pour retrouver le coupable et assurer les humains (augmentés ou non) que leurs vies n’est pas en danger par sa faute. Dialogue et quiproquo entre partenaires d’un jour qui se détestent avant de s’apprécier, savant mélange entre déductions, scènes d’action à la Mission Impossible ou l’Arme fatale dans l’espace et moments plus légers, Fugitive Telemetry s’empare de tous les clichés des films d’action et des séries policières pour les intégrer dans un cadre spatial et montrer les difficultés d’intégration de notre MurderBot sarcastique et dépressif favori qui cherche toujours sa place entre vie organique et robots. Et la résolution de l’affaire criminelle et ses différentes ramifications vont également une fois de plus le forcer à réévaluer ses positions. L’enquête est comme dans All Systems Red au cœur du sujet, mais ici MurderBot ne peut se reposer que sur ses cellules grises et devra composer avec des individus et des systèmes qui lui sont totalement étrangers.
Formellement, en renouant avec un format plus court, Martha Wells gagne en efficacité sur les MurderBot Diaries. Contrairement à Network Effect, elle ne permet pas de temps à rée
xpliquer ce qu’est MurderBot et quelles sont ses capacités. Du coup, qui n’a pas lu les premières histoires manquera peut-être un peu de contexte pour comprendre les relations entre MurderBot et les personnages venus de Preservation, mais cela n’empêchera pas d’apprécier cette histoire. Et les habitués des saillies de MurderBot retrouveront avec plaisir une SecUnit bougonne et finalement plus aimable qu’elle ne veut le croire elle-même. Si vous ne lisez pas en anglais, patience, L’Atalante a déjà prévu une traduction en français.

Fugitive Telemetry
de
Martha Wells
Éditions
Tor

Braises de guerre

Parfois, tout ce que l’on demande à la science-fiction, c’est un peu d’aventures par-delà les étoiles. Et dans ce cas, rien de mieux qu’un bon space opera sans prétention. Cela tombe bien, c’est tout ce que Braises de guerre de Gareth L. Powell prétend, à raison, être : futé, truffé d’actions et parfait pour se détendre quelques heures.
Futé, car, contrairement à d’autres (oui, je pense fortement à Peter F. Hamilton), nous ne sommes pas aux prémisses d’une crise galact
ique, mais après la fin de celle-ci. Trois ans auparavant, le génocide nucléaire d’une planète entière a mis fin à une guerre entre deux factions humaines : le Conglomérat (grosso modo comme le précise l’une des narratrices, les Anglo-saxons capitalistes dans l’espace) et les Extérieurs (tout le reste qui n’hésite pas à se mêler aux autres espèces sentientes). Au début de Braises de guerre, Le Chien à Problèmes, croiseur dégoûté de la guerre, s’est reconverti dans le sauvetage de vaisseaux en détresse. Son équipage et elle (le croiseur a la mentalité d’une ado rebelle et utilise cette apparence comme avatar), vétérans des deux bords de la guerre tombe sur un naufrage pas tout à fait accidentel et doivent donc être éliminés. Par ailleurs, une poétesse arrogante est prise pour cible pour de mystérieuses raisons et des artefacts inertes depuis des millénaires se réveillent soudain.
Vous avez donc tous les éléments pour un bon petit space opera qui se lit très facilement. En effet, Braises de guerre est un roman choral où chaque chapitre est raconté par un personnage différent : le vaisseau, sa jeune commandante, la poétesse, le mécano extraterrestre qui s’exprime en vers libre et un agent de renseignements plutôt médiocre. Aucun des personnages, même si elle ou lui le cache bien aux autres, n’est sûr de ses décisions ni de la place à tenir dans cette histoire. Cette incertitude, ces remords et
ces hésitations rendent les personnages plus proches du lecteur malgré l’univers totalement différent dans lesquels ils évoluent. Au final, comme tout bon roman d’aventures, l’équipe sur laquelle personne n’aurait parié va complètement changer la donne dans la galaxie. À ce sujet, il existe une suite, L’Armada de marbre, à paraître en avril chez Denoël, mais le premier tome peut se lire de façon totalement indépendante. Vous pouvez tranquillement le refermer sans être frustré de ne pas connaître la suite de votre lecture. Quitte à entamer la lecture du second tome plus tard, quand l’occasion fera le larron. Ce que je ferais certainement.

Braises de guerre
de
Gareth L. Powell
traduction de Mathieu Prioux
Éditions
Folio

Harrow the Ninth

Après avoir dévoré Gideon the Ninth, le premier roman de Tamsyn Muir, j’attendais avec impatience et crainte sa suite, Harrow the Ninth. En effet, les deuxièmes épisodes d’une trilogie sont toujours des moments délicats où il est si facile de se reposer sur ses lauriers en accentuant les points forts du premier roman et en laissant doucement l’intrigue évoluer vers sa conclusion.
Ce n’est pas du tout la voie choisie par l’autrice bien au contraire. Là où le premier était un mélange entre le huis clos psychologique et l’horreur avec la découverte d’un palais mortel pour ses visiteurs, le second plonge plus clairement dans le space opera, mais également l’étude de caractère et une bonne vieille énigme policière.
Fin du tome un oblige, nous changeons de narratrice. Nous changeons également d’époque et l’histoire commence quelques semaines ou mois après la dernière page du livre précédent, même si elle ne manquera pas de flashbacks vers un passé récent ou nettement plus lointain. Et, pour ajouter à la confusion vécue par la narratrice, certains chapitres sont racontés à la deuxième personne tandis
que s’intercalent d’autres qui semblent revisiter les événements passés le sont à la troisième personne. Et l’histoire y est différente notamment avec un changement important dans le duo cavalier/nécromancienne de la IXe maison. Cette confusion est entretenue pour le lecteur jusqu’au milieu de l’ouvrage où à la fin d’un chapitre, deux petites lettres fournissent un éclairage totalement différent pour comprendre tout ce qui vient de s’écouler : « me ».
Ce qui ne semblait être que le deuil délirant d’une jeune nécromancienne ayant perdu/absorbé son âme sœur et plongée dans une guerre spatiale (avec des fantômes de planètes !) dont elle ne maîtrise pas les règles va alors prendre tout son sens. Il s’agit en réalité d’une arnaque d’une profondeur rarement atteinte pour déjouer les plans de Dieu lui-même, à savoir un empereur nécromant du nom de John Gaius grand amateur de thé et de biscuits au gingembre. Ajoutez y que les plans de notre chère Harrow, la nécromancienne de l’histoire, vont se retrouver mêlés à une intrigue politico-sentimentalo-familiale qui prend ses origines 10 000 ans dans le passé et vous serez sûr d’être accrochés jusqu’à la dernière page tout en allant de surprise en surprise.
Et si Harrow n’a pas la fougue et la verve de Gideon, Tamsyn Muir fait toujours preuve d’une écriture brillante dans ce deuxième tome. Elle mêle intimement les références les plus incongrues, les scènes de la vie ordinaire (comme Harrow s’essayant à la cuisson d’une soupe de légumes) et la débauche d’os, de sang et de revenants qui se justifient pleinement dès que des nécromanciens veulent vider leurs querelles. Elle y fournit également ce qui, à mes yeux, manquait dans le premier : une explication semi-rationnelle sur la façon dont la magie fonctionne dans ce futur galactique avec deux puissances opposées (thanergy et thalergy) q
ui peuvent se compléter et un ancrage génétique à la magie du sang. À dévorer d’urgence en attendant le tome 3 : Alecto the Ninth prévu en 2022.

Harrow the Ninth
de Tamsyn Muir
Éditions Tor

Dark Run

Voici un livre que j’ai choisi uniquement sur sa couverture, signée par le vétéran de la SF John Harris : un cube perdu dans l’espace, ou peut-être un océan, et un minuscule vaisseau planant au-dessus. Avant même de retourner l’ouvrage pour en lire le résumé, le lecteur ou la lectrice en espère quelques pages d’« évasion ». Il comptera sur Dark Run pour plonger la tête dans les étoiles et s’échapper de la réalité le temps de quelques pages. Et elle ou il aura parfaitement raison. Le résumé continue sur la lancée en promettant une équipe de chasseurs de primes peu à peu rattrapés par le passé mystérieux de certains d’entre eux.
Disons-le tout de suite : ni la couverture ni le résumé ne mentent. Si vous souhaitez un space opera qui cherche à vous faire réfléchir sur la condition humaine ou l’évolution de la technologie dans la galaxie, passez de suite votre chemin. Ici, on vous vend de l’action, de la sueur, du sang et de la poudre. Rien de plus, rien de moins, mais le plat est joliment préparé et parfaitement assaisonné. Les saveurs y mêlent le classicisme de toute bonne histoire de pirate avec des touches plus exotiques. Vous y retrouverez un capitaine charmeur cachant un sombre passé, une seconde implacable et d’une droiture affolante, une pilote casse-cou, un guerrier effrayant, mais avec un cœur en or, et une novice petite-bourgeoise s’encanaillant dans les bas-fonds. Le tout saupoudré d’une couche cyberpunk intéressante avec des prothèses, des tatouages mouvants et de la bidouille informatique bien menée. Et d’une modernisation bienvenue du genre, avec une galerie de personnages très diversifiée sans surreprésentation du monde anglo-saxon.
Certes Dark Run prend son temps pour s’installer et présenter ses personnages. Mais dès la situation mise en place, le rythme s’accélère. L’action court aux quatre coins de la galaxie en passant par l’espace aérien franco-espagnol et notre bonne vieille Terre. Elle alterne entre courses-poursuites motorisées ou non, fusillades et embuscades, actes de piraterie ou escroquerie de haute volée. Certains personnages, dont L’Homme qui rit ou les jumeaux, sont sous-exploités et trop peu mis en valeur. Mike Brooks les garde-t-il en réserve pour les prochains épisodes de la série ? C’est une possibilité et cela expliquerait également la fin abrupte de Dark Run à laquelle il ne manque qu’un « À suivre… » ou un « Dans notre prochain épisode… », tellement l’envie de donner une suite aux aventures de l’équipage du Keiko est palpable chez l’auteur. D’ailleurs, deux autres romans sont déjà sortis en version originale. Le lecteur voudra-t-il les lire ? Personnellement, ce sera oui. À la façon dont on retrouve un blockbuster estival au cinéma, je suis prête à suivre les aventures d’Ichabod Drift et de son équipe de page en page pour reposer mes neurones une fois par an en me perdant dans la galaxie pour quelques heures.

Dark Run
de Mike Brooks
traduction de Hélène Collon
Éditions Fleuve

(critique initialement parue dans Bifrost n°96)
(confinement oblige, le livre est également disponible en numérique, si vous ne pouvez accéder à votre libraire)

 

Le Chant des Fenjicks

Dans le même univers que La Débusqueuse de mondes, Le Chant des Fenjicks de Luce Basseterre n’est pas une suite, mais une préquelle, quelques années ou siècles auparavant, longévité des personnages oblige.
Ici, Luce Basseterre va revenir à un classique du space opera : la guerre spatiale. Ou plutôt la guérilla de libération des cybersquales, ces grandes baleines cosmiques transformées en taxi robotisé et lobotomisé par les Chaleks, un empire regroupant plusieurs peuples sentients, mais dominé par des caméléons hermaphrodites et plutôt psychorigides dans leurs comportements et leurs conceptions de la vie.
Pour autant, l’autrice ne va pas nous livrer une histoire classique avec d’un côté les bons et de l’autre les méchants, ou même les méchants
affrontant d’autres, encore plus méchants. Luce Basseterre nous plonge dans un récit choral nous invitant à suivre plusieurs personnages qui seront impliqués dans cette libération. Chacun d’eux part avec ses idées préconçues et pense être du bon côté de la barrière, avant d’évoluer au fil des événements. Pire, le premier tiers du récit nous fait suivre Waü Nak Du, jeune Chalek affecté à la conversion des Fenjiks en cybersquale, et Smine Furr, jeune félidé sur une planète en train d’être colonisée par les Chaleks. Par la suite, ils seront rejoints par d’autres personnages : squales, félidés, humains, reptiles ou plantes divers et variés… Dont un nom bien connu des lecteurs de La Débusqueuse de mondes.
Si le ton entre les deux livres est différent, Luce Basseterre réussit encore son pari. Même plongés en pleine guerre avec une grande capacité destructive, les personnages sont tout sauf des guerriers : ce sont des hackers, des bricoleurs ou tous simplement des gens qui, pris dans des événements qu’ils ne contrôlent pas, veulent reprendre le cours de leur vie. Et si certains en sortent meurtris comme Waü Nak Du ou Samtol, et d’autres ne s’en sortiront pas, à la fin de la lecture de ce livre, c’est l’optimisme, l’espoir et la satisfaction qui domine. Malgré la multiplication des personnages et le passage incessant d’un endroit à l’autre, Le Chant des Fenjicks se lit sans encombre et presque sans escale, une bonne tasse de thé à la main…

Le Chant des Fenjiks
de
Luce Basseterre
Éditions
Mnémos

Quitter les monts d’Automne

Que j’aime, que je n’aime pas ou que je reste perplexe, le moins que l’on puisse dire c’est que la sélection de livres d’Albin Michel Imaginaire déjà lus ne manque jamais d’originalité ni de surprise pour son lectorat. Dernier exemple en date ? Ce Quitter les monts d’Automne d’Émilie Querbalec qui sort en ce début septembre. Je ne vous ferai pas lambiner sur toute une colonne : s’il a droit à sa propre chronique, c’est que je l’ai apprécié, malgré une protagoniste qui a une grosse tendance à se laisser porter par les événements et fait preuve d’une belle dose d’égoïsme vis-à-vis de ses amis.
De quoi par ce Quitter les monts d’Automne ? L’action commence dans les fameux monts d’Automne, un endroit reculé à la campagne sur une planète inspirée du Japon pré-époque moderne. Kaori y vit avec sa grand-mère conteuse et une troupe de danseuses et attend désespérément de savoir si elle héritera du Dit, le don de sa lignée. À la mort de sa grand-mère, celle-ci lui lègue en héritage le plus grand tabou qui soit : un texte écrit. En danger elle devra fuir sa planète, découvrir l’univers et les êtres qui l’habitent et finalement comprendre le secret de son parchemin.

Vous avez donc trois genres au moins dans un seul livre : de la fantasy pure, qui tourne au planet opéra à la Jack Vance quand Kaori part pour la capitale, avant de devenir un space opera plutôt bien rythmé dans la dernière partie, bataille à l’intérieur de station spatiale comprise. Vous y rencontrerez de tout : des intelligences artificielles caractérielles, des cyborgs, des humains à différents stades de la civilisation, et vous ne vous ennuierez pas une minute. Le style simple et l’action constante font que ce livre ne se lâche pas facilement. Pour le coup c’est un véritable « page-turner » où la progression semble se faire toute seule. J’ai juste regretté une fin un peu confuse et légèrement précipitée. Malgré cela, ce fut un très beau voyage, parfait pour s’évader avant le traintrain de la rentrée.

Quitter les monts d’Automne
D’
Émilie Querbalec
Édition Albin Michel

Les incontournables (récents) en SFFF

Sur son blog, Nevertwhere propose que chacun recense ses classiques récents de la science-fiction, de la fantasy et du fantastique (d’où l’acronyme SFFF)… Vous me connaissez ? J’ai du mal avec les listes ou avec un cadre imposé… Mais je trouve l’idée intéressante. Et donc plutôt que vous proposer une série de livres à lire absolument, je vais vous suggérer une liste d’auteurs et autrices qui m’intriguent et qui ont su renouveler les littératures de l’imaginaire ces dix dernières années :

— John Scalzi

Depuis Le Vieil homme et la mer, John Scalzi a toujours su réinventer les classiques de la science-fiction avec des histoires toujours en lien avec l’actualité, que ce soit du space opera comme la trilogie de l’Interdépendance (cf ici, ici et ici) ou en mode cyberpunk (comme ici). Sarcastique et drôle, il vous garantit un bon moment de lecture.

— Kij Johnson

Découverte grâce à deux titres parus au Belial’, cette autrice américaine a une façon d’écrire le fantastique si naturelle et si contemplative que chaque voyage en sa compagnie est un pur bonheur. Vous pouvez lire mon avis sur chaque titre à cet endroit (avec des illustrations de Nicolas Fructus magnifique) et .

Kim Harrison/Jim Butcher

J’avoue, l’urban fantasy est mon péché mignon alors que je ne suis pas particulièrement friande de fantasy. Et chacun à leurs manières, ces deux auteurs américains ont su me captiver avec leurs séries respectives : The Hollows et The Dresden Files. Chacun sort d’ailleurs de nouveaux romans dans ces séries cette année : American Demon pour Kim Harrison, Peace Talks et Battle Ground pour Jim Butcher

— Liu Cixin

Sa trilogie du Problème à trois corps fut une révélation, car je ne connaissais pas du tout la science-fiction à la chinoise. Sa novella, Terre errante, a de nombreux défauts, mais elle sait capter le lecteur et donner à réfléchir sur ses personnages. À suivre…

— Ken Liu

C’est grâce au précédent que j’ai découvert Ken Liu, car celui-ci fut le traducteur en anglais du premier et du troisième volume du Problème à trois corps (je n’ai pas retenu le nom du traducteur du deuxième, mais il est nettement moins bon). Depuis j’ai lu deux de ses novellas dans la collection Une Heure-Lumière du Bélial’, dont L’Homme qui mit fin à l’histoire et certaines de ses nouvelles en fantasy. Son style est magnifique et ses histoires ne manquent jamais d’originalité…

— Tade Thompson

Continuons par un très gros coup de cœur… Je vous ai parlé des deux novellas horrifiques écrites par ce médecin britannique, je vais bientôt vous entreprendre de sa trilogie de SF, Rosewater, située elle dans un proche futur au cœur du Nigeria. Dans deux styles complètement opposés l’un à l’autre, Tade Thompson arrive à vous mettre dans la peau de ses personnages et à vous surprendre par un récit jamais conventionnel. Un vrai régal.

— Martha Wells/Mary Robinette Kowal

Dans deux genres différents, ces deux autrices américaines ont renouvelé la SF américaine dite classique. L’une avec sa saga Murderbot renouvelle le space opera d’aventure en nous plaçant dans la « peau » d’un androïde de sécurité découvrant la conscience de soi et la difficulté de vivre avec des humains et d’autres « artificiels ». L’autre, avec sa série The Lady Astronaut, dont le troisième volume The Relentless Moon vient de sortir en VO et le premier sera disponible prochainement en VF, propose une dystopie au goût de conquête spatiale qui met des étoiles dans les yeux de tous les astronomes et astronautes amateurs. À noter que ces deux autrices écrivent également de la fantasy et du fantastique, mais je n’ai pas lu ce qu’elles proposent dans ces genres.

Cette liste correspond à mes incontournables à un instant T. Dans un mois, elle pourrait varier. Et d’autres auteurs n’y figurent pas. Ainsi, Tamsyn Muir n’ayant écrit qu’un livre à l’heure où j’écris ces lignes (le deuxième Harrow The Ninth est attendu ces jours-ci), il est trop tôt pour la définir comme incontournable. De même, je n’ai lu qu’un livre de Stephen Graham Jones, c’est un peu court pour me faire une opinion de son œuvre.

Avis d’invité : L’ascension d’Horus

Une fois de plus, Olivier, qui connaît bien l’univers de Warhammer 40 000 et les fictions écrites autour, continue sa présentation des livres de Dan Abnett. Au programme, L’ascension d’Horus.

 » Nous sommes au tout début du 31e millénaire, 2 siècles après le début de la Grande Croisade. Après avoir unifié les peuples de la Terre grâce à des légions de soldats génétiquement modifiés, l’Empereur de l’Humanité a en effet lancé ses troupes à l’assaut des étoiles, pour retrouver les colonies humaines égarées dans la galaxie et les réunifier sous son autorité. Pendant deux siècles, l’Empereur a conduit ses légions de Space Marines, chacune sous la houlette d’un primarque, un « fils » de l’Empereur. Mais voilà que l’Empereur, après le triomphe d’Ullanor, où les légions impériales ont massacré des « peaux vertes » (car bien évidemment seul le massacre des xenos, de toutes les races extraterrestres, assurera la tranquillité de l’humanité), annonce qu’il doit retourner sur Terra. Il nomme l’un de ses « fils », Horus, Maître de Guerre, avec pour tâche de continuer sa Croisade.
Voici comment est présenté en général ce livre, laissant penser qu’on va assister à une succession de batailles homériques entre des hommes génétiquement modifiés pour la guerre en armures complètes, les Space Marines (ou Astartes), et des ennemis de l’Humanité. Il n’en est rien. D’une part parce que l’ouvrage est écrit par le talentueux Dan Abnett, à qui l’on doit déjà la subtile trilogie Eisenhorn. D’autre part parce que ce livre ouvre une saga épique, l’Hérésie d’Horus, forte d’une cinquantaine de livres ! Tous ne sont pas indispensables, mais la collection regorge de véritables bijoux (on en reparlera…). L’ascension d’Horus a beau mettre en scène des vaisseaux spatiaux gigantesques, des armées titanesques, des hordes de xenos en tout genre ou encore des dieux et des démons, l’essentiel se passe au niveau des hommes, de leurs aspirations, de leurs faiblesses, de leur orgueil, de leur besoin d’être rassurés…
Dans L’ascension d’Horus, Dan Abnett prend bien soin d’ancrer son récit à ce niveau en s’attachant, plus qu’à celle d’Horus, à l’ascension de l’un de ses légionnaires, Garviel Loken. Un guerrier de l’Astartes remarqué pour ses prouesses, ce qui lui fait intégrer le cercle fermé des conseillers officieux d’Horus. Mais aussi un homme fidèle à l’Empereur et aux valeurs qu’il porte : l’éradication du mysticisme et de la religion, par exemple, ou encore la nécessité de garantir la paix pour l’ensemble de l’Humanité. Intelligent, cultivé, Garviel montre même de l’amitié pour de simples mortels qui partagent son vaisseau : itérateurs portant la bonne parole de l’Empereur, commémorateurs chargés d’immortaliser et de chanter les louanges de la Croisade. Confronté à des événements que la raison et la science ne peuvent expliquer, peiné de constater que certains guerriers de la Légion cachent des secrets, bouleversé de devoir tuer son prochain, Garviel s’interroge.
Au cours de l’hérésie, certains guerriers resteront loyaux à leur primarque, d’autres à l’Empereur, la galaxie s’embrasera, mais toujours ce sont les sentiments des hommes et leurs doutes qui seront au cœur de l’histoire. Sans eux, les dieux du Chaos n’auraient aucune influence. Ce premier roman de l’hérésie peut se lire comme une tranche de vie, en cette 203e année de la Croisade, au sein de la légion des Luna Wolves — qui deviendra les Sons of Horus. Mais c’est surtout la scène d’introduction d’une tragédie shakespearienne à l’échelle de la galaxie, qui 10 000 ans plus tard laissera l’Humanité dans l’état tragique où on l’a trouvée dans le 41e millénaire, tel que décrit par Dan Abnett dans Eisenhorn. »

L’ascension d’Horus
de
Dan Abnett
Editions
Black Library

The Murderbot diaries — Network Effect

Vu la vitesse à laquelle j’avais enchaîné les différentes novellas de Martha Wells mettant en scène l’unité de sécurité la plus bougonne et la plus accro aux soap opéra de la galaxie, je ne pouvais que me procurer son premier roman presque le jour de sa sortie. Et donc j’ai dévoré Network Effet, mettant de nouveau en scène Murderbot quelques semaines après la fin de Exit Strategy. Désormais libre et vivant avec ses anciens clients, l’unité travaille en consultant en sécurité en indépendant et comme garde du corps pour une partie de la famille du Dr Mensah. Quand à l’occasion d’une mission hors système leur vaisseau d’étude est arraisonné par un autre vaisseau supposé amical, Murderbot va devoir revoir ses priorités, et faire le tri entre ses amis et ses ennemis.
En changeant de format, Martha Wells a pris un risque. Là où les novellas permettaient de restreindre l’action quitte à frustrer le lecteur comme dans All Systems Red, Network Effect présente lui quelques longueurs. Soyons honnêtes, la prise d’otage du premier chapitre et une bonne partie du deuxième ne servent qu’à présenter le personnage principal et ses particularités au cas où vous n’auriez pas lu les novellas précédentes. Le début du roman m’a laissé une forte impression de déjà-vu… Même si les remarques de MurderBot sont toujours plaisantes à lire, j’avais un peu l’impression de tourner en rond jusqu’à l’arrivée du vaisseau ami ou ennemi. A ce moment là, on entre de plain-pied dans l’aventure. Et Martha Wells arrive de nouveau à nous surprendre. Aussi bien dans l’histoire elle-même de Network Effect qui se déroule
dès cet instant sans temps morts et avec des retournements de situation imprévus, que dans l’évolution de son personnage principal. Dans les novellas, le problème de l’unité de sécurité était de comprendre les êtres humains et d’arriver à se fondre parmi eux. Dans Network Effect, celle-ci s’interroge plus sur les interactions entre les différentes entités artificielles, et sur les limites de la vie et du libre arbitre. Comme toujours, l’histoire est contée sur un ton léger, mais c’est cette réflexion en filigrane qui fait tout le charme de cette série. Martha Wells a déjà annoncé un nouveau roman mettant en scène MurderBot en 2021. Je le lirai surement, en espérant que les problèmes de rythme de celui-ci seront résolus d’ici là. Et j’aurais aimé en savoir plus sur cette forme de vie ni humaine ni artificielle rencontrée pour la première fois dans Network Effect, mais je doute qu’elle soit au programme du prochain épisode. A suivre ?

The Murderbot diaries—Network Effect
 de Martha Wells
Éditions
Tor