The Murderbot diaries — Network Effect

Vu la vitesse à laquelle j’avais enchaîné les différentes novellas de Martha Wells mettant en scène l’unité de sécurité la plus bougonne et la plus accro aux soap opéra de la galaxie, je ne pouvais que me procurer son premier roman presque le jour de sa sortie. Et donc j’ai dévoré Network Effet, mettant de nouveau en scène Murderbot quelques semaines après la fin de Exit Strategy. Désormais libre et vivant avec ses anciens clients, l’unité travaille en consultant en sécurité en indépendant et comme garde du corps pour une partie de la famille du Dr Mensah. Quand à l’occasion d’une mission hors système leur vaisseau d’étude est arraisonné par un autre vaisseau supposé amical, Murderbot va devoir revoir ses priorités, et faire le tri entre ses amis et ses ennemis.
En changeant de format, Martha Wells a pris un risque. Là où les novellas permettaient de restreindre l’action quitte à frustrer le lecteur comme dans All Systems Red, Network Effect présente lui quelques longueurs. Soyons honnêtes, la prise d’otage du premier chapitre et une bonne partie du deuxième ne servent qu’à présenter le personnage principal et ses particularités au cas où vous n’auriez pas lu les novellas précédentes. Le début du roman m’a laissé une forte impression de déjà-vu… Même si les remarques de MurderBot sont toujours plaisantes à lire, j’avais un peu l’impression de tourner en rond jusqu’à l’arrivée du vaisseau ami ou ennemi. A ce moment là, on entre de plain-pied dans l’aventure. Et Martha Wells arrive de nouveau à nous surprendre. Aussi bien dans l’histoire elle-même de Network Effect qui se déroule
dès cet instant sans temps morts et avec des retournements de situation imprévus, que dans l’évolution de son personnage principal. Dans les novellas, le problème de l’unité de sécurité était de comprendre les êtres humains et d’arriver à se fondre parmi eux. Dans Network Effect, celle-ci s’interroge plus sur les interactions entre les différentes entités artificielles, et sur les limites de la vie et du libre arbitre. Comme toujours, l’histoire est contée sur un ton léger, mais c’est cette réflexion en filigrane qui fait tout le charme de cette série. Martha Wells a déjà annoncé un nouveau roman mettant en scène MurderBot en 2021. Je le lirai surement, en espérant que les problèmes de rythme de celui-ci seront résolus d’ici là. Et j’aurais aimé en savoir plus sur cette forme de vie ni humaine ni artificielle rencontrée pour la première fois dans Network Effect, mais je doute qu’elle soit au programme du prochain épisode. A suivre ?

The Murderbot diaries—Network Effect
 de Martha Wells
Éditions
Tor

Les Ferrailleurs du Cosmos

Profitant de l’Opération Bol d’Air pour récupérer en numérique un livre resté à quelques centaines de kilomètres de la maison et estampillé « lecture de vacances », je me suis plongée dans Les Ferrailleurs du Cosmos d’Eric Brown. Intégré à la collection Pulp de Le Bélial’, il a ce côté rétro de l’âge d’or de la science-fiction bien qu’ayant été publié pour la première fois en version originale en 2013. À quoi vous attendre ? À un récit léger, sans prise de tête, ce qui est le propre d’une « lecture de vacances ». Plus concrètement, comme son titre l’indique, Les Ferrailleurs du Cosmos se passe dans l’espace. Dans un univers rétrofuturiste où l’Humanité a conquis une partie de la galaxie qu’elle partage avec des extra-terrestres chitineux, globuleux ou tentaculaires à souhait, tout en gardant un mode de vie bien anglo-saxon, verres de whisky et jus d’orange accessible dans les bars de l’autre côté de la galaxie à l’appui. Nous y suivons les pérégrinations du Loin de chez soi et de son équipage à partir d’un moment où une jeune fugueuse en fuite s’impose comme copilote à un tandem de vieux routards de l’espace. Sauf que la fugueuse en question, dont les charmes nubiles ne laissent pas le pilote indifférent, n’est pas humaine. C’est une intelligence artificielle dotée d’un paradigme de conscience de soi dans un corps biologique conçu artificiellement. Au contact du pilote et de sa mécanicienne, elle va découvrir les émotions humaines et leurs illogismes. Du côté pulps à l’ancienne, nous retiendrons une certaine pruderie, même si l’IA est habituellement légère et court vêtue. Sans rien divulgâcher, le pilote ne cédera jamais à ses pulsions libidineuses, le côté paternaliste devant un jeune être conscient prendra le pas sur ses bas instincts. Et son ingénieure veille au grain pour lui rappeler sans cesse le ridicule d’une telle union homme/machine. Retenons aussi une certaine suspension de l’incrédulité nécessaire pour accepter aussi bien les méthodes permettant le voyage spatial ou la compréhension entre les différentes espèces biologiques ou cybernétiques, sans parler tout simplement de la physique élémentaire.
Les Ferrailleurs du Cosmos est moins un roman qu’un recueil de douze nouvelles qui se suivent dans le temps et qui forment donc les différents chapitres de ce livre. Toutes n’ont pas la même richesse ni le même charme. Et surtout, certaines astuces se retrouvent calquées d’un chapitre à l’autre : l’IA qui se duplique dans un autre corps pour tromper l’adversaire, un dieu qui n’existe que pour piéger ses fidèles, ou une vie virtuelle après la mort… Du coup, si vous le lisez d’une traite, vous aurez parfois une impression de déjà-vu. Mieux vaut picorer ces nouvelles une à un
e, au gré de vos envies. Tout en sachant qu’à la fin de ce volume, la ballade d’Ed et d’Ella est achevée.

Les Ferrailleurs du Cosmos
d’
Eric Brown
traduction d’Erwann Perchoc et Alise Ponsero

Éditions
Le Belial’

The Last Emperox

Confinement lecture ou non, ayant déjà dévoré les deux premiers livres de la trilogie The Interdependency (The Collapsing Empire et The Consuming Fire) de John Scalzi, je ne pouvais que lire The Last Emperox quelques jours après sa sortie. Et le moins que l’on puisse dire c’est que la conclusion est à la hauteur des deux autres. Jusqu’au petit défaut près. The Last Emperox reprend l’histoire à la fin de The Consuming Fire. Le coup d’État a échoué, Grayland II roucoule avec son scientifique en cherchant un moyen de préserver la population de l’Empire de la disparition des routes galactique, notre chère Lady Kiva profite d’un moment de calme tout en administrant la maison dont elle a la charge. Et dans l’ombre, certains adversaires rêvent de revanche et complotent de nouveau.
Encore une fois, The Last Emperox part d’un postulat connu pour aboutir à une intrigue qui n’est absolument pas celle qu’on aurait pu espérer à la fin du deuxième livre. Écrit en 2019, le livre est comme les deux autres affreusement prémonitoires sur l’actualité, même s’il ne parle pas à proprement parler de pandémie. Dans The Last Emperox, la perte des routes galactiques menace la vie de toute l’Humanité dans un univers connu où il n’y a qu’une planète habitable naturellement pour des millions de milliards d’habitants. Et pourtant, à de très rares exceptions près, chacun cherche son profit immédiat à court terme, quitte à
laisser le reste du monde sombrer. Toute ressemblance avec certaines stratégies politiques — notamment d’un certain président des États-Unis actuel — est bien entendu parfaitement volontaire. À un petit détail près, les protagonistes devant rester sympathiques pour le lectorat, ce sont leurs adversaires (ici le Parlement, presque toutes les familles de la noblesse passée ou présente, et les grandes guildes commerciales) qui vont endosser les défauts modernes. D’autres défauts sont poussés à l’extrême comme le comportement monopolistique de chaque guilde qui est à la base même de cet empire galactique. Il est à noter qu’à la fin de cette trilogie, le problème des routes galactiques reste intact, même si une solution à long terme semble émerger pour sauver l’Humanité. Du moins dans ce coin de l’Univers.
Au-delà de la critique sociale toujours intéressante, The Last Emperox est un bon roman de John Scalzi avec des personnages bien campés, une action soutenue même s’il s’agit surtout d’intrigues de palais, des dialogues piquants et
une bonne dose d’humour. Si vous aimez ce genre de cocktails, vous dévorerez sans problème The Last Emperox. Et son défaut ? Comme les deux premiers, il se lit trop vite. Et personnellement, j’ai trouvé la fin vite expédiée, malgré une scène d’anthologie dans la cathédrale de Xi’an.

The Last Emperox
de 
John Scalzi
Éditions
Tor

Le Magicien quantique

L’Arnaque, Ocean’s Eleven ou encore Insaisissables… J’ai toujours aimé les bons récits d’arnaque flamboyante et bien menée. Adolescente, je me plongeais avec délice dans les aventures du Rat en acier inox de Harry Harrison. Logiquement, lorsque le 4e de couverture me vend Le Magicien quantique de Derek Künsken comme un équivalent SF de Ocean’s Eleven forcément je suis intriguée.
Déjà, situons-nous. Nous sommes dans un futur lointain où l’humanité a
conquis les étoiles en utilisant un réseau de trous de vers préinstallé par une espèce non définie. Aux côtés des humains de base se trouvent des versions OGM de l’espèce : les Bâtards, espèces de requins-baleines à bras et au caractère mal embouché ; les Fantôches poupées vivantes rappelant pourquoi Chucky et Annabelle sont des créatures de cauchemar ; les Épouvantails, cyborgs spécialistes de l’espionnage et les Hommes quantiques dont fait partie le Magicien du titre. Ceux-ci d’apparence classique ont vu leurs capacités mathématiques développées et une modification neuronale capable de les faire passer à volonté dans un mode de pure objectivité et d’observation de l’univers au niveau quantique. Pour une raison peu claire, Belsarius Arjona est un homme quantique défectueux. Au lieu de rêver à de pures spéculations comme ses congénères, il a mis son talent au service de différentes arnaques. Là, une troupe perdue va lui demander de faire passer en douce une douzaine de vaisseaux de guerre à travers l’axe de transport le plus surveillé de la galaxie ou presque.
Au départ, Le Magicien quantique reprend tous les codes d’une histoire d’arnaque. Nous voyons le héros à l’œuvre sur un petit coup, l’arrivée du commanditaire et de la mission, le recrutement des spécialistes et le déroulé de la mission. Sauf que… tout ne se passe pas comme prévu et ce n’est pas un, mais deux traîtres qui se trouvent dans l’équipe. Et on le découvre à mi-chemin… De là, la lecture s’apparente à la vision au ralenti d’une catastrophe en devenir. J’avoue que les passages de William au milieu des Fantôches ont été particulièrement éprouvants à lire. Et pourtant… Tout à la fin,
un retournement complet de situation vous fait comprendre qu’au lieu de lire Ocean’s Eleven vous étiez plongé dans Usual Suspects avec Belsarius Arjona dans le rôle de Kayser Söze. En revanche, Le Magicien quantique manque d’un « je ne sais quoi » pour s’attacher réellement aux personnages qu’il présente. Le lecteur est toujours en position extérieure par rapport à l’intrigue et va parfois s’agacer d’un début d’explication jargono-scientifique qui encombre certaines pages. Malgré ces quelques défauts, la lecture de ce roman satisfera les personnes aimant décortiquer de belles arnaques, d’autant que pour une fois, la motivation des personnages n’est ni l’argent ni la vengeance…

Le Magicien quantique
de
Derek Künsken
traduction de
Gilles Goullet
Éditions
Albin Michel

The Indranan War

Récemment Chut.. Maman lit ! m’a invité à participer à un article avec trois autres blogueurs concernant les livres que nous avions aimés en VO et non encore traduits. Curieuse, j’ai été voir ce que proposaient les autres. Et c’est ainsi que j’ai découvert sur le blog de Lianne, la trilogie de The Indranan War de K.B.Wagers.
N’étant pourtant pas fan de science-fiction militaire ou d’intrigues politiques, je dois avouer que je me suis laissée emportée par cette histoire, dévorant les trois romans les uns à la suite des autres sur ma liseuse.
Behind the throne pose les bases de l’histoire. Dans un lointain futur, Hail Bristol est ramenée de force chez elle. Cette trafiquante d’arme de 38 ans est en effet la dernière fille en vie de l’impératrice d’Indrana. Or ce conglomérat planétaire est une monarchie absolue et un matriarcat. Hail Bristol va donc devoir remplacer au pied levé ses sœurs disparues tout en enquêtant sur leurs morts prématurées. Intrigue de cours et clash des civilisations seront au programme.
After the Crown commence quelques jours après la fin du tome précédente. Devenue impératrice, Hail Bristol va devoir imposer ses changements tout en tentant d’éviter un conflit avec l’empire spatial d’à côté. Ici, ses connaissances de trafiquante d’armes deviendront un atout plus qu’un obstacle sur son parcours.
Enfin
Beyond the empire conclut la trilogie en montrant Hail et son équipe disparate reconquérir le trône d’Indrana perdu dans le tome précédent. Tout en ouvrant la porte à d’autres aventures qui, elles, ne se limiteront plus à la sphère humaine de la galaxie.
La trame de
The Indranan War est assez classique. Une personne qui ne s’y attendait pas du tout doit prendre sa place à la tête d’un royaume, se retrouve embringuée dans une guerre dont elle ne voulait pas et finit par triompher de ses ennemis. Sauf que… L’empire d’Indrana est un matriarcat avec une inversion complète des rôles et un déséquilibre entre les genres, tout en respectant le principe des castes strictes propre à l’Inde sur laquelle il se base. Mariages arrangés, force des traditions et de l’honneur, et révoltes demandant une plus grande égalité entre les sexes forment la toile de fond qui parcourt l’intégralité des romans. Dans After the Crown et Beyond the empire, K.B. Wagers élargit le champ culturel en explorant la mafia Cheng où a œuvré son héroïne comme trafiquante d’armes, l’empire saxon (plutôt d’inspiration viking et slave, mais avec, lui, un très fort patriarcat) et une race extra-terrestre aux pouvoirs étranges, les Farians.
Sauf également que… K.B.Wagers ne se contente pas d’aligner les batailles spatiales, les duels ou les combats au corps à corps. Si l’action ne manque pas dans aucun des livres de cette trilogie, celle-ci est également suffisamment variée pour ne pas lasser le lecteur.
D’autant que derrière tout, se cachent une vengeance et une énigme policière bien tordue comme je les aime. Et la galerie de portraits vaut également son pesant de cacahuètes. À commencer par l’héroïne. Quand elle se faire rappeler au service de l’Empire, Hail Bristol n’est pas une jeune écervelée qu’il faut rappeler à l’ordre malgré ses cheveux vert un peu trop voyants pour une personne de son rang. C’est une femme d’âge mûr (qui frôle la quarantaine), qui a vécu plus longtemps de manière indépendante dans un milieu plutôt hostile que dans le cocon/nid de vipères de la cour impériale. Que ce soit les autres membres de la Cour, le personnel censément sous ses ordres (mais assez têtu pour lui tenir tête comme Emmory et Zin), ses anciens contacts dans le milieu interlope ou ses ennemis, chaque personnage de The Indranan War a une certaine épaisseur et de multiples facettes. Et je ne vous en dirais pas plus de peur de trop en dévoiler.
Je n’ai qu’un conseil : lisez-les !

The Indranan War: Behind the throne, After the crown & Beyond the empire
de 
K.B.Wagers
Éditions Orbit

Terre errante

Je connaissais déjà Liu Cixin ayant lu, bien avant la création de ce blog, la traduction du Problème à trois corps et de ses suites en anglais suite à une virée dans une librairie américaine. Quand Netflix a annoncé avoir les droits de The Wandering Earth, le film adapté de sa nouvelle, je fus assez curieuse pour regarder le film et l’apprécier. C’était un bon blockbuster avec de l’action et des effets spéciaux qui en mettent plein la vue. Mais le concept qui fleure bon le Cosmos 1999 à l’échelle planétaire sans plus de base scientifique que la vieille série TV m’avait dissuadée de trouver une version de l’histoire.
Et puis, je suis tombée sur Terre errante en fouinant chez l’un de mes libraires de quartier. Le traducteur étant le même que celui qui avait traduit Membrane, j’ai acheté le petit ouvrage.
Disons-le de suite, entre Terre errante, la nouvelle de Liu Cixin et The Wandering Earth, le film de
Frant Gwo, il n’y a rien à voir, hormis le concept de faire sortir la Terre de son orbite et le nom de certains personnages. Dans les deux cas, le départ est le même : le soleil va se transformer en géante rouge et, pour éviter que la Terre ne soit vaporisée par l’héliosphère, la Coalition planétaire la dote de milliers de propulseurs géants. Ainsi transformée en vaisseau générationnel, elle doit partir pour Proxima du Centaure.
Dans la nouvelle, le narrateur est né après la construction de ces propulseurs. Il raconte de son point de vue de citoyen lambda de ce qui fut la Chine, le départ et la sortie du système solaire. Pour une aventure spatiale, Terre errante reste au ras du sol. De l’incrédulité des populations à l’impact sur leur moral des différents aléas du voyage, le narrateur reste fixé sur l’humain. Certaines scènes sont spectaculaires : la course en traîneau sur le Pacifique gelé, la pluie de météorites qui accompagne la traversée de la ceinture d’astéroïde ou le virage autour de Jupiter. Et pourtant, Liu Cixin nous entraîne dans les pas d’un homme dont les sentiments ont tiédi face aux difficultés de sa vie et à la nécessité impérieuse de la survie du groupe. En acceptant de faire un très gros effort de suspension de l’incrédulité dans les aspects scientifiques et la plausibilité d’un tel voyage, Terre errante se révèle une nouvelle poétique sur le destin extraordinaire d’un homme bien ordinaire embarqué dans un voyage sans fin.

Terre errante
de Liu Cixin

Traduction de Gwennaël Gaffric
É
ditions Actes Sud

Children of Ruin

En reprenant son histoire quelques mois à peine après la fin de Children of Time, Adrian Tchaikovsky réussit l’exploit d’écrire avec Children of Ruin, un roman prenant sans se répéter. Et pourtant…
Le départ est similaire. Nous suivons un autre voyage de colonisation comme celui accompli par Avrana Kern au début de Children of Time. Ici, ce ne sont ni des singes ni des araignées qui accèderont à la civilisation mais des poulpes sur l’un des deux mondes terraformables du système où est arrivé le vaisseau. L’autre monde abrite lui déjà la vie.
Les humains qui y atterrissent vont d’ailleurs y faire une bien mauvaise rencontre.
Des millénaires plus tard, le vaisseau lancé à la fin de Children of Time arrive dans ce système solaire. Ce qui commence comme une confrontation entre araignées et humains d’un côté et poulpes de l’autre finira par une alliance difficile pour
affronter la menace réellement extraterrestre.
Divisé entre le passé et le présent avec des intermèdes poétiques venus d’on ne sait où dans un premier temps, Children of Ruin n’est pas d’un abord facile. J’ai d’ailleurs eu plus de mal à rentrer dedans que pour le précédent. D’autant plus que le mode de pensée des poulpes, même si fortement inspiré des découvertes scientifiques exposées dans Le Prince des profondeurs, est encore plus déroutant pour les lecteurs humains que nous sommes que celui des araignées. Et même, et c’est peut être là le point faible du livre, plus étrange que celui de la seule espèce non liée à la Terre de l’histoire qui, elle, avec son «
We’re going on an adventure » sera au contraire familière à tout amateur de Tolkien. En revanche, pour ce qui est de l’intrigue, l’auteur réussit brillamment son coup. Jusqu’aux dernières pages, il est impossible de deviner la fin de l’histoire. Dans ce tome, l’accent est mis sur les problèmes de communication entre toutes les parties : humains et araignées, humains et poulpes, entité extraterrestre et les autres, poulpes et araignées avec, dans le lot, la version simulée d’Avrana Kern. À chaque fois une question se pose : qu’est-ce qu’être conscient d’exister ? De faire partie d’une société ? Et comment reconnaître un autre être sentient et s’en faire comprendre ?
Pourtant malgré l’épilogue ouvert, et malgré le grand plaisir que j’ai pris à retrouver une fois de plus, Portia et les autres, j’espère qu’Adrian Tchaikovsky résistera à l’envie de donner une suite à Children of Ruin. Ou alors qu’il partira dans une direction totalement différente sans chercher à intégrer une autre espèce animale terrestre dans son cortège de civilisation. Pour moi, les deux romans sont se suffisent à eux-mêmes en l’état.

Children of Ruin
d’Adrian Tchaikovsky
Éditions Tor

Acadie

Si la collection Une Heure-Lumière est spécialisée dans les courts récits inédits, Acadie de Dave Hutchinson est doublement inédit, car c’est le premier texte traduit de cet auteur britannique.
La nouvelle a un présupposé classique : une colonie fondée au fin fond de l’espace par des renégats craint d’être découverte par la maison-mère. Jusqu’au jour où un vaisseau pénètre les défenses de leur système. Ce jour est arrivé et c’est à Duke, le Président malgré lui, de sortir la colonie de ce mauvais pas. Quitte à en découvrir la face cachée.
Le récit est très court, rondement mené et raconté avec quelques flashbacks par Duke lui-même et toute sa faconde d’ex-avocat. Jusqu’au retournement final. Et là, vous vous surprendre
z à repasser dans votre tête les pages déjà lues pour y retrouver peu à peu les indices glissés en toute discrétion, avant de vous dire que vous auriez dû le deviner avant. Dave Hutchinson est un écrivain malin. Il intègre tellement de personnalité et de vie dans l’action se déroulant au premier plan du récit que le lecteur ne voit pas les quelques fausses notes indiquant que la vérité n’est peut-être pas aussi simple. Saurez-vous éviter les pièges, sans lire de suite la fin ?

Acadie
de Dave Hutchinson
traduction de Mathieu Prioux
Éditions Le Bélial’

Gideon the Ninth

Premier roman d’une autrice néo-zélandaise, Tamsyn Muir, Gideon the Ninth est un coup de maître. Où le classer ? Est de l’horreur fantastique comme la série de jeu vidéo Dead Space avec ce palais planétaire empli de chausse-trappes mortelles toutes plus épouvantables les unes que le autres ? De la fantasy noire avec ces huit duos d’escrimeurs et de nécromanciens entrés dans une compétition pour atteindre les plus hautes fonctions de l’Empire ? Ou un bon vieux space opéra avec un Empire galactique vieillissant qui a trouvé de nouvelles sources d’énergie ? Tamsyn Muir mélange tous ces genres et produit un livre de 450 pages que vous ne lâcherez pas.
Dès le début, Gideon the Ninth plonge son lecteur au coeur de l’action alors que Gideon, la narratrice principale, cherche à tout prix à quitter la planète sombre et glaciale où elle a grandi. Si, comme la protagoniste, nous sommes souvent perdus au cours des pages jusqu’au dénouement final, la plume de Tamsyn Muir et les fantaisies qu’elle s’autorise accrochent durablement le regard. Moi qui adore le sarcasme finement amené, ce livre en est rempli. Est-ce parce que les personnages sont à la fin d’une époque ? Ils s’affrontent tout autant à coup d’épée ou de nécromancie qu’à coup de répliques bien senties et de dialogue
empoisonnés. Même les personnages secondaires, voire les objets inertes (si,si) ont cette pointe d’acerbité et d’humour au pire moment qui produit un mélange savoureux. Sans ce talent d’écriture, avouons-le, Gideon the Ninth ne serait qu’une succession de scènes sanglantes et osseuses entrecoupées de passages assez oiseux. Avec, Tamsyn Muir nous dépeint des personnages attachants ou odieux, mais toujours avec de multiples facettes. Elle nous donne envie de poursuivre notre lecture jusqu’au bout. Et à la fin d’attendre avec impatience la suite. Belle réussite !

Gideon the Ninth
de Tamsyn Muir
Éditions
Tor

La Débusqueuse de mondes

Le prénom choisi par l’autrice a attiré mon regard, la couverture avec sa baleine spatiale proche des Acanti l’a retenu, et le 4e de couverture a achevé de me convaincre. La Débusqueuse de mondes de Luce Basseterre s’est vite retrouvé dans mon panier d’achats lors d’une razzia dans l’une de mes librairies favorites. Disons-le tout de suite : je ne regrette pas l’achat. Ce roman de space opera est un pur régal.
Dans
La Débusqueuse de mondes il n’est pas question de guerre spatiale, mais de commerce et d’écologie. Raconté à trois voix, ce livre met en scène une galaxie multiespèce où la Terre a été abandonnée des millénaires auparavant et d’où les Humains sont partis en ordre dispersé. L’histoire commence quand la débusqueuse du titre, une amphibienne nommée D’Guéba trouve un survivant sur une planète qu’elle comptait terraformer et revendre aux espèces en mal de mondes. Ce survivant, un humain Otton va s’attacher à ses pas et à ceux de son cybersquale, Koba. De monde en monde, ce trio mal assorti va visiter toute la galaxie et débrouiller une arnaque à l’échelle d’un consortium couvrant de multiples planètes et de nombreuses espèces et hybrides.
Si vous aimez l’esprit de
Firefly ou celui de Farscape, La Débusqueuse de mondes est le livre pour vous. Bourré d’humour et d’action, ce roman arrive à surprendre à chaque page. Et il se dévore d’une traite. J’avoue, une fois la dernière page tournée, n’avoir qu’une envie : replonger dans cet univers. Ce sera surement chose faite en septembre avec la sortie de Le Chant des Fenjicks chez Mü éditions.

La Débusqueuse de mondes
de Luce Basseterre
Éditions Livre de poche