Galeux

Même s’ils sont souvent sous-exploités dans l’urban fantasy et la bit-lit, j’ai un faible pour les loups-garous. Aussi bien au cinéma qu’en littérature… Alors quand, à la faveur d’une discussion sur un réseau social, on me propose de lire en avant-première un livre centré sur ces créatures, je ne pouvais que dire oui. Et ce fut donc Galeux de Stephen Graham Jones, auteur que je ne connaissais pas du tout.
Annonçons de suite : même si je ne l’ai pas dévoré d’une traite, mais picoré chapitre par chapitre, ce livre est un vrai coup de cœur. Plus que de l’horreur, malgré des scènes bien sanglantes, c’est un livre décrivant une certaine frange de la société américaine comme l’a fait récemment Hannah Tinti, au ras du bitume.
Nous y suivons un narrateur anonyme errant sur les routes du Sud des États-Unis entre Arkansas, Texas et Floride, avec son oncle, Darren, et sa tante, Libby, les jumeaux de
sa défunte mère. Cette errance commence à la mort de son grand-père, un homme prématurément vieilli et aux histoires fantastiques. Et si celles-ci étaient en fait parfaitement réelles ? Au fil des chapitres et des souvenirs du narrateur, on s’aperçoit que cette famille passe presque autant de temps à quatre pattes à courir la truffe au vent que sur ses deux jambes à trimer pour un peu de tranquillité et de liberté. Et que les histoires, les contes et les paraboles de son grand-père et de son oncle ne sont que des moyens de lui apprendre la survie quand on est un loup-garou dans la société moderne des humains. Pour le moment où il connaîtra sa première transformation, si jamais celle-ci survient un jour…
Si l’on n’apprend pas grand-chose sur l’origine des loups-garous, ceux-ci forment une société
en marge de la population américaine, avec leurs codes, leurs règles et leur vie faite de petits boulots des deux côtés de la loi, de subsistance sur les rebuts de la société principale, de scolarité chaotique et d’éducation morcelée. L’avenir dans ces conditions est plus qu’incertain, le passé un vieux souvenir pas toujours très fiable ; et seul compte le présent. Nous allons suivre le narrateur durant la fin de son enfance et son adolescence, alors qu’il se demande où est sa place — loup ou humain — et quelle voie choisir : rester à la frange ou rejoindre le gros du troupeau avec une vie plus facile, mais également plus terne.
Outre une description réaliste de la société, avec Galeux,
Stephen Graham Jones nous présente des personnages mémorables (comme le vieux fondeur de balles d’argent et sa petite-fille) et attachants malgré leurs faiblesses, ou plutôt grâce à elles. Plutôt que le narrateur, j’ai personnellement adoré son oncle, Darren, à la fois chien fou et pilier de la famille, grand frère protecteur et source d’ennuis à répétitions. Je ne peux que vous recommander cette lecture si vous voulez une autre vision des loups-garous. Et moi je me laisserais bien tenter par les polars de l’auteur. À suivre ?

Galeux
 de Stephen Graham Jones
traduction de Mathilde Montier

Éditions
La Volte

ChronoPages – Morceaux choisis

Dans le cadre de l’Opération Bol d’Air, les éditions 1115 ont rassemblé dans un même recueil, Morceaux choisis, cinq nouvelles parues dans leur collection ChronoPages. Et le résultat est varié mais de grande qualité.
Qu’y trouvons nous ? C’est Luce Basseterre qui ouvre le bal avec Visite fantôme, une version inversée de la maison hantée.
Une entrée en matière onirique et intéressante pour ce livre assez court. Elle est suivi par l’une des nouvelles les plus longues et la plus dure du recueil, Orwell m’a tu de Bruno Pochesci. Ici, l’auteur dépeint un monde où un parti d’extrême-droite a pris le pouvoir en France et va jusqu’au bout de sa logique. Dire que le résultat fait froid dans le dos est un euphémisme. J’avoue que j’ai trouvé cette nouvelle bien trop réaliste pour ma tranquillité d’esprit. La troisième nouvelle, Odregan #1 de Nicolas Le Breton est celle que j’ai le moins apprécié. Une histoire de voyage temporel et de dédoublement de personnes qui m’a laissé de marbre. Bois Hurlant de Frédéric Czilinder est une incursion dans le fantastique plutôt originale et très bien trouvée. D’autant que la créature en question est, me semble-t-il rare dans le paysage magique marseillais. Enfin, lnfiniment de Louise Rouiller est une réflexion triste, mais bien amenée sur le mythe de l’immortalité et ses risques.
Passé les
quelques jours où le recueil est disponible sur l’Opération Bol d’air dans le cadre du confinement lecture, vous pouvez retrouver chacune de ces nouvelles dans la collection ChronoPages des éditions 1115, en vente à l’unité en papier ou en numérique.

ChronoPages – Morceaux choisis
nouvelles de
Luce Basseterre, Bruno Pochesci, Nicolas Le Breton, Frédéric Czilinder et Louise Rouiller
Éditions
1115

Lee Winters, shérif de l’étrange

Toujours dans le cadre des lectures confinées, j’ai récupéré ce livre étonnant chez Les Moutons électriques. Amatrice de pulps, je connaissais plutôt ceux qui comme les vieux « penny dreadful » tiennent de l’horreur gothique, soit ceux très orientés science-fiction avec tenue spatiale argentée et monstres extraterrestres. Jusqu’à présent, je n’avais pas eu l’occasion d’en lire dans le genre western. Jusqu’à Lee Winters, shérif de l’étrange. Cet ouvrage regroupe onze nouvelles de Lon T. Williams parues dans des magazines spécialisés au cours des années 50.
Elles mettent en scène le même protagoniste, le shérif adjoint Lee Winters (Note au traducteur : Winters est le nom de famille — ou surname en version originale —, pas le prénom comme indiqué dans les premières nouvelles), et les alentours de Forlon Gap où il est en poste. Dans cette ville de l’Ouest américain, après le passage de la Ruée vers l’or, les maisons se vident et les alentours se peuplent de créatures étranges. À chaque nouvelle, le surnaturel tient un rôle. Parfois sous couvert de fantômes et de monstres, ce sont des bandits en chair et en os
qui effectuent leurs méfaits. Parfois, les fantômes cherchent à se venger et guident le shérif pour obtenir réparation. D’autres fois encore, il se retrouve plongé au milieu d’événements réinterprétant les mythes amérindiens, grecs ou bibliques, voire des pans d’histoire lointains, sans réellement comprendre ce qu’il fait là. À chaque fois, son entêtement, son bon sens et son six-coups lui permettront de se tirer des plus mauvais pas.
Alignées les unes derrière les autres, et non étalées dans différents magazines sur plus de huit ans, ces onze histoires ont une structure assez répétitive avec des passages obligés dans le salon de Doc juste avant la fermeture par exemple. Malgré tout, leur style suranné, mais restant parfaitement lisible et le choix assez original des thématiques leur donnent un côté rafraichissant.
Une excellente découverte…

Lee Winters, shérif de l’étrange
d
e Lon T. Williams
traduction de Stéphan Lambadaris

Éditions
Les Moutons électriques

Tamanoir

Présenté par l’auteur comme une farce policière née de l’idée de confronter un privé anarchiste similaire au Poulpe à un univers fantastique, Tamanoir est un livre déjanté comme en publie régulièrement Aux forges de Vulcain. Ici tout commence au Père-Lachaise de nuit, plus exactement dans un recoin pentu et assez reculé du cimetière. Deux tueurs abattent froidement trois hommes : un clochard et deux assistants sociaux. Le clochard se relève et part avec son chat sous le bras. Quelques jours plus tard, dans un café, Nathanaël Tamanoir voit passer un entrefilet sur ses meurtres et décide d’enquêter. Entre magouilles à l’aide sociale, mafia gitano/serbo-croate et guéguerres entre divinités et puissances démoniaques, l’enquête de ce Tamanoir va être décousue, pleine d’action et d’envolées lyrico-anarchistes ou de passages oniriques pas piqués des hannetons. Le tout calquant un peu trop fidèlement la structure des histoires du Poulpe, même si cette version de Cheryl a abandonné la coiffure pour le professorat universitaire et si l’armurier de la bande est italo-marseillais et non ibérique.
J’avoue ne pas avoir lu l’autre livre de Jean-Luc A. d’Asciano, Souviens-toi des monstres, il y a donc des références qui ont pu m’échapper. En revanche, j’ai eu du mal à lâcher ce Tamanoir et surtout ses personnages secondaires plutôt attachants. En particulier, Jacquot et ses teckels de traineaux
m’ont fait beaucoup rire. En revanche, le fantastique n’est au final que peu présent. Au début avec le clochard qui se relève et dans le quart final du roman quand l’on découvre enfin en partie l’identité dudit clochard et ce qui se tramait derrière les meurtres. Tout le reste est à classer dans la catégorie polar politico-humoristique. En tout cas, j’avoue que l’idée est bonne et j’aimerais bien que ce Tamanoir fasse des petits, écrits par le même auteur ou par d’autres. Je me demande ce qu’en ferait un Romain Ternaux ou un Karim Berrouka par exemple.

Tamanoir
de
Jean-Luc A. d’Asciano
Éditions
Aux Forges de Vulcain

Les Miracles du bazar Namiya

Grande banlieue de Tokyo, une nuit de 2012, trois voleurs fuient la police et s’enferment dans un bazar abandonné depuis des années. Une lettre anonyme arrive, glissée sous le rideau de fer du magasin. Est-ce le début d’une histoire horrifique ou d’un polar glaçant comme en écrit d’habitude Keigo Higashino ? Rien de tout cela. S’il appartient bien au genre fantastique, Les Miracles du bazar Namiya n’est pas du style à vous faire frémir ou à vous flanquer des cauchemars. Il s’approche plus des récits à la manière de Au Carrefour des étoiles de Clifford D. Simak, les extra-terrestres en moins.
Ici, le bazar du titre est un nexus entre le passé et le présent. Du temps où il était ouvert, son propriétaire y avait installé une « boîte à soucis ». Quiconque lui écrivait le soir recevait une réponse le lendemain matin dans la boîte à lait à l’arrière. Les lettres ont continué à arriver après sa mort. Et à recevoir des réponses.
Basculant sans cesse entre le 21
siècle et les différentes périodes où ont vécu les correspondants du bazar, Keigo Higashino retrace le chemin de certains d’entre eux : une sportive hésitant entre les Jeux olympiques et son amour, un jeune fan des Beatles… Et peu à peu, les destins se croisent et s’entremêlent autour du bazar, mais également d’un vieil orphelinat des environs.
Le début du livre n’offre que peu d’intérêt. Il faut bien reconnaître que les trois voleurs pleurnicheurs, égoïstes ou arrogants ne sont guère sympathiques de prime abord. Au fur et à mesure que les tranches de vie racontées dans les lettres se dévoilent, ils vont, comme les lecteurs, évoluer et gagner en humanité. De plus, Keigo Higashino
nous montre un Japon loin des clichés et proche du quotidien avec des vies à tous les échelons de la société. Une très belle découverte, conseillée par Post Tenebras Lire, qui se lit avec beaucoup de facilité.

Les Miracles du bazar Namiya
de
Keigo Higashino
traduction de Sophie Refle
Éditions
Actes Sud

Nicnevin et la reine de sang

À l’époque où Locke & Key est plus ou moins bien adapté sur Netflix, il est bon de se replonger dans des BD horrifiques. Bonne nouvelle, sous son label H1 original, Les Humanoïdes associés vient d’en sortir une assez étonnante : Nicnevin et la reine de sang. L’histoire se passe dans une Angleterre moderne et pourtant elle oscille en permanence entre l’époque actuelle et celle préconquête romaine où les fées et autres habitants de l’autre monde côtoyaient les humains.
Nous y trouvons Nicnevin, jeune londonienne à problèmes de 15 ans, condamnée à passer l’été avec sa mère et son petit frère dans le village perdu où vivait sa grand-mère. Là,
alors que des meurtres rituels ensanglantent la campagne, elle tombe sous le charme de son voisin le plus proche, bien plus âgé qu’elle. Et si pourtant la voix du sang était la plus forte et que pour sa protection, elle trouvait la clé de l’énigme dans son passé familial ?
Si j’ai trouvé le dessin de Dom Reardon souvent trop anguleux et parfois trop sombre pour suivre précisément l’action dans certaines cases, d’autres, plus calmes, sont de toute beauté. En revanche, j’avoue que l’histoire d’Helen Mullane m’a happée. Reprenant la trilogie classique des mythes païens avec la vieille femme, la mère et la vierge ou la Chasse fantastique, elle signe une histoire contemporaine mélangeant habilement série policière de la BBC et fantastique horrifique. Le comportement d’adolescente particulièrement agaçante de Nicnevin aide en particulier à bien ancrer l’histoire dans son époque évitant le piège d’un récit atemporel sans accroche émotionnelle. La fin n’appelle pas de suite, mais reste suffisamment ouverte pour en permettre une. Avec une Nicnevin devenue adulte peut-être ou son frère essayant de comprendre ce qu’il s’est passé ?

Nicnevin et la reine de sang
Scénario d’Helen Mullane
Dessin de Dom Reardon
traduction de Jéremy Manesse et Cédric Calas
Éditions Les Humanoïdes associés

Bienvenue à Sturkeyville

Vous aimez La Quatrième dimension ou Les Contes de la Crypte ? Vous vous délectez de l’atmosphère d’horreur campagnarde qui règne dans la Castle Rock de Stephen King ou dans les différentes Scary Stories ? Alors, jetez-vous sur Bienvenue à Sturkeyville de Bob Leman. Ce recueil rassemble six des quinze nouvelles que cet auteur américain du 20e siècle a jamais écrites. Ayant toutes ont la particularité de se dérouler dans la bourgade fictive de Sturkeyville, elles ont des thématiques a priori classiques pour de l’horreur : maison hantée, vampire, malédiction familiale, voyage temporel ou mutation incontrôlée. Et pourtant, elles proposent à chaque fois une variante suffisamment originale pour accrocher le lecteur, même le plus érudit en matière de fantastique et d’horreur.
La saison du ver et Viens là où mon amour repose et rêve qui ouvre et ferme respectivement ce recueil ne dépareilleraient dans un épisode de la nouvelle saison de Creepshow, avec juste ce qu’il faut de prévisibilité pour se réjouir avec anticipation de tourner la page suivante. Si Odila et Les Créatures du lac sont nettement plus conventionnelles, elles ont su par le choix d’un narrateur à la fois extérieur et proche de l’affaire m’intriguer jusqu’au bout.
Des six nouvelles du recueil, seule Loob, pourtant la plus orientée science-fiction, m’a déçue par le côté décousu de sa narration. J’ai même peiné à la finir. En revanche La Quête de Clifford M. est une réécriture grotesque et délicieuse du mythe du vampire que je recommande à tout fan de Dracula. Attention, ici nous sommes loin du suceur de sang séducteur.
Au final, ce petit recueil très sobrement, mais très agréablement illustré est un
régal à lire confortablement installé au creux de son fauteuil préféré, ou à le relire un soir d’orage. En effet, le talent de Bob Leman est tel que dans des récits aussi courts, il arrive à concentrer plusieurs niveaux de lecture.

Bienvenue à Sturkeyville
de Bob Leman
traduction de Nathalie Serval
Éditions
Scylla

Les Sœurs de Blackwater

Soit un coin de campagne américaine se remettant difficilement d’une guerre et d’une épidémie. Est-ce à cause de la guerre de Sécession ou une dystopie où le gouvernement de Washington est tombé ? Nous ne le saurons pas. Soit une femme vivant seule dans une ferme et échangeant ses talents de scribe contre ce dont elle a besoin avec son voisinage. Soit un vagabond insistant pour qu’elle lui écrive une lettre et entreprenne un voyage pour la lire à sa destinataire. Voici les trois postulats de départ du livre d’Alyson Hagy, Les Sœurs de Blackwater. Sur cette trame, l’autrice va écrire un roman plutôt court, mais extrêmement riche en sentiments. Des sœurs du titre français, nous n’en croiserons qu’une : la narratrice principale, anonyme jusqu’au bout. Celle-ci est rongée de culpabilité : d’avoir survécu à une enfance heureuse, à une expérience effroyable, à la guerre et la maladie, et à sa sœur. Celle de ne pas pouvoir comme sa sœur être celle qui guérit, celle qui soulage, celle qui aime, la quasi-déesse vénérée par les parias qui passent la saison froide sur ses terres. Celle d’avoir été responsable plus ou moins directement de sa mort, et de ne plus rien ressentir pour qui que ce soit.
L’arrivée du vagabond va la bousculer et la forcer à sortir de sa réclusion avec des conséquences dramatiques pour l’ensemble de la région. Nous ne saurons guère ce que contient cette lettre, hormis qu’il s’agit d’une espèce de confession, ni comment fonctionnent exactement les talents de la narratrice. Est-elle simplement la dernière femme capable d’écrire des histoires ? A-t-elle, comme sa sœur avant elle, certains dons occultes ? À la frontière entre le fantastique et le « réalisme magique » d’un Gabriel Garcia Marquez, Les Sœurs de Blackwater, laisse planer le doute. Y compris dans la séquence finale qui peut se lire soit comme une hallucination due à la fièvre, soit comme un voyage temporel. En revanche, à la différence des livres d
e l’écrivain colombien, Les Sœurs de Blackwater, n’est pas un roman optimiste. La vie de la narratrice et la conclusion de son voyage ne sont pas des plus heureuses. Je vous déconseille donc de le lire si vous souffrez déjà d’idées noires. C’est néanmoins une ode magnifique à la puissance des mots et à leurs pouvoirs apaisants sur les âmes tourmentées.

Les Sœurs de Blackwater
d’Alyson Hagy
traduction de David Fauquemberg
Éditions Zulma

Dracula

Lors des dernières Rencontres de l’imaginaire à Sèvres, j’ai assisté à une table ronde sur l’évolution du vampire en 200 ans de littérature. Celle-ci, outre m’avoir donné plein d’idées de lectures, m’a donné envie de revenir aux sources et de relire Dracula. Pour cette version, j’ai choisi l’édition numérique proposée à 0,99 € par Culture Commune sur toutes les libraires en ligne qui regroupe la nouvelle L’invité de Dracula et le roman Dracula, dans l’ordre de lecture pensé par Bram Stoker, c’est-à-dire avec l’une servant d’introduction à l’autre.
Pour celles et ceux qui n’auraient jamais lu Dracula, ou vu le film de Francis Ford Coppola, ce roman n’est pas le premier texte littéraire sur des vampires, mais c’est certainement le plus connu. Il raconte comment le comte Dracula se prépare à envahir le Royaume-Uni avec l’aide, involontaire, d’un jeune notaire, Jonathan Harker, et comment il sera repoussé et finalement défait par ce même notaire, sa femme, un vieux médecin hollandais et trois autres gentlemen. Et je ne vous en dis pas plus pour ne pas tout divulgâcher. Sachez juste que c’est ce roman qui va poser les bases du vampire dans l’imaginaire moderne avec ses pouvoirs (transformation en différentes créatures ou en brume, fascination, télépathie) et ses limites (notamment face aux symboles religieux et aux pieux de bois) et que Dracula et les autres personnages de ce roman (notamment Van Helsing, Mina Harker ou Renfield) seront repris dans de nombreuses autres œuvres parodiques ou non.
Cela faisait plusieurs années que je n’avais pas relu Dracula, et je me souvenais d’un exercice stylistique intéressant mélangeant les journaux des principaux personnages humains (sauf ce pauvre Quincy Morris), des coupures de journaux et différents télégrammes. Il me semblait pourtant que l’entrée en matière était un peu
lente à se mettre en place. Ce fut la bonne surprise de cette édition. Certes le style de L’invité de Dracula est un peu lourd, comme toutes les autres œuvres de Bram Stoker hormis Dracula, mais le texte est court et l’action arrive rapidement. Celle-ci est assez ambiguë pour que le passage dans la foulée au roman, sans séparation dans cette édition, se fasse naturellement.
Finalement, peut-être parce que je connaissais déjà bien l’histoire, cette relecture fut fluide et très agréable. Certes, certains passages montrent les préjugés coloniaux et racistes et l’importance de la religion à l’époque victorienne où a été écrit ce livre (1897). La facilité avec laquelle le titre de Lord anglais permet à Arthur Goldaming d’assurer ce qui n’est pas moins qu’une expédition punitive en terre étrangère est à ce sujet fascinante. Et pourtant par d’autres côtés, Dracula reste moderne. L’horreur n’y est pas que suggérée et les femmes, Mina en tête, mais également Lucy, ne sont pas que des potiches fragiles qui doivent être protégées. En particulier, même si ces messieurs cherchent à la protéger à tout prix, c’est Mina qui par ses réflexions, et ses connaissances mènera à la défaite finale du comte. Je ne peux que vous encourager à le lire ou le relire, en attendant pour début janvier, la nouvelle adaptation de Stephen Moffat pour la BBC et Netflix.


Dracula
de Bram Stoker
traduction de Lucienne Molitor
Éditions Culture commune

(même si le livre est toujours en vente, cet éditeur en particulier ne semble plus actif, la traductrice a été identifiée par Adrien Party de Vampirisme.com Mille mercis.)

En bonus, la bande-annonce du Dracula de Stephen Moffat, à partir du 1er janvier 2020 sur la BBC, et le 4 janvier sur Netflix

 

 

Hante Voltige

Vous aimez les films de « slasher », ce genre roi de l’horreur des années 80 ? Vous aimez Paris et ses coulisses ? Vous aimez les histoires de fantômes et de vengeance ? Si vous avez répondu « oui » à l’une de ces questions et que vous chercher un livre court et percutant, alors jetez un œil à Hante Voltige de Nelly Chadour.
Comment définir ce roman ? Imaginez un film d’action ou d’horreur, du genre Esprits rebelles ou Candyman, où punks et goths d’un côté affrontent des motards spectraux adeptes du coup de matraque fatal de l’autre, le tout dans et sous Paris, et sa banlieue. Jetez-y au milieu un réseau clandestin de retraités maghrébins, des entités étranges et de la magie ; des pantoufles plus redoutables que le .44 Magnum de l’inspecteur Harry. Secouez-le tout, condensez en un peu moins de 200 pages, saupoudrez d’humour et de nombreux clins d’œil à la pop culture de l’époque et vous obtiendrez Hante Voltige.
Avec ce roman, Nelly Chadour reproduit assez
fidèlement une certaine frange du Paris des années 80, entre révolte et espoir, bien loin des yuppies de la Défense qui sont habituellement représentatifs de l’époque. Que vous ayez vécu cette période vous-même ou non, vous dévorerez ce livre avec plaisir. Les plus jeunes rateront peut-être quelques références, mais cela ne freinera pas pour autant leur lecture.
Attention la durée de vie de Hante Voltige est limitée. Acheté lors des Rencontres de l’imaginaire le samedi, je l’ai fini le dimanche soir suivant. Qui à en relire certains passages et à obtenir des regards curieux dans le métro en éclatant de rire devant certains paragraphes. Une fois la dernière page tournée, il ne me restait plus qu’à revenir en arrière m’attarder sur les illustrations de Melchior Ascaride ou à me demander si le film fictif en fin serait du même niveau que la saga des Maniac Cop. Ami lecteur, bon retour vers le futur !

Hante Voltige
de
Nelly Chadour
Éditions
Les Moutons électriques