Six petites gouttes de sang

Encore un livre, ou plutôt un pavé, reçu à l’occasion du Mois de l’imaginaireSix petites gouttes de sang est l’occasion pour moi de découvrir Michel Robert, alors qu’avouons-le clairement son genre de prédilection n’est pas du tout dans mes lectures favorites. Hormis Glen Cook (La Compagnie noire, Les Instrumentalités de la Nuit) et le cycle de Malazan, la dark fantasy classique manque certainement de charmes à mes yeux. Heureusement Six petites gouttes de sang n’est pas de la fantasy, mais… Du western. Mâtiné juste ce qu’il faut de sorcellerie (indienne ou européenne) et de gros monstres pour satisfaire les amateurs de fantastique.
Un
Européen peut-il faire un bon western ? Sergio Leone nous en avait apporté la preuve en film, Michel Robert s’en charge en livres. Même si personnellement je trouve ses personnages plus proches de la série des Trinita que de la Trilogie du dollarNous suivons donc dans Six petites gouttes de sang, Largo Callahan mi-Apache, mi-Irlandais alors qu’il est à la tête d’un gang de voleurs. Celui-ci, voulant mener une vengeance contre les assassins de son père et trouver sa place dans cet Ouest sauvage où les métis ont une position bancale, se retrouve embauché par une comtesse italienne pour retrouver de mystérieux objets dans des missions de plus en plus lucratives, mais également de plus en plus étranges et sanglantes.
Pendant presque tout le premier volume, le fantastique est quasiment absent de l’histoire : les personnages sont introduits, on explore un peu le côté vengeance, etc. Les premiers éléments fantastiques arrivent dans le dernier quart du livre. Ils se développeront dans le deuxième volume, mais sans jamais prendre l’ascendant par rapport à l’aspect western du roman. Autrement dit, pour arriver au bout de Six petites gouttes de sang, mieux vaut vous passionner pour les histoires de cowboys et d’Indiens et aimer faire parler la poudre…
Et que ce soit dans l’aspect western, comme dans l’aspect fantastique, n’ayez pas peur des bains de sang ni de la crasse. Il n’y a certes pas de la violence à toutes les pages, mais quand Michel Robert décide d’en mettre, il ne s’embarrasse pas d’euphémisme. Notons que le style d’écriture est dans le même ton : il s’agit d’aller au plus efficace, au plus percutant, pas du tout de faire de belles phrases ou de suggérer une atmosphère avec sa plume. Si Six petites gouttes de sang est dans la collection Outrefleuve, il ne dépareillerait pas non plus dans la collection sœur Fleuve noir. Le seul gros reproche que je ferais à ce livre est son découpage. En effet, il a été scindé en deux volumes (sortis avec plusieurs mois d’écart en grand format) et le premier s’arrête au beau milieu d’une scène d’action. J’ai eu la chance de les lire l’un derrière l’autre, mais du coup, je me retrouve avec deux formats différents pour une même histoire… Assez peu pratique, vous en conviendrez.

Six petites gouttes de sang
de
Michel Robert
Éditions
Fleuve

Kiki la petite sorcière

Kiki la petite sorcière est depuis longtemps l’un de mes films préférés du studio Ghibli. Mais je n’ai appris que très récemment qu’il était adapté d’un livre du même nom écrit par Eiko Kadono. D’ailleurs le succès du film réalisé par Hayao Miyazaki va pousser l’autrice à reprendre l’histoire de son héroïne pour cinq livres de plus déjà en cours de traduction chez Ynnis, l’éditeur de celui-ci.
Mais revenons à ce premier tome, et oublions un peu l’anime pour se pencher sur le livre. Il s’agit tout simplement d’une jolie histoire classique d’entrée dans l’âge adulte. En effet dans l’univers de Kiki, à 13 ans, après trois ans de formation auprès de leur mère, les sorcières doivent s’envoler vers une autre ville pour s’établir, accompagnée de leur chat noir. Elles ne peuvent revoir leur famille avant qu’une année entière ne se soit entièrement écoulée. C’est désormais autour de Kiki, jeune sorcière espiègle et débrouillarde, mais quelque peu étourdie et rêveuse, de s’envoler.
Certaines péripéties (le chat en peluche, le tableau) sont communes au livre et au film. D’autres importantes dans le film n’apparaissent pas du tout dans le livre. Les aventures de Kiki sont en revanche nettement plus nombreuses et variées que dans le film avec, comme tout bon roman d’apprentissage, à chaque fois un niveau de difficulté supplémentaire pour la sorcière et son chat.
Écrit en 1985, Kiki la petite sorcière a un petit parfum « old school » pas désagréable, mais pour l’avoir fait lire à de jeunes générations actuelles, il passe aussi très bien auprès d’adolescentes du 21e siècle. Et que vous ayez vu le film ou non, à condition de garder une âme d’enfant, il s’avère aussi très drôle. Les différentes livraisons de Kiki et les dialogues avec son chat Jiji sont assez colorés. Le tout est raconté avec beaucoup de tendresse, sans pour autant tomber dans la mièvrerie.
La fin douce-amère voit la petite Kiki enfin devenue presque adulte et impatiente de repartir du nid familial vers le foyer qu’elle s’est elle-même créée au bord de la mer.

Kiki la petite sorcière
de Eiko Kadono
traduction de Déborah Pierret Watanabe
Éditions Ynnis

Abimagique

Lucius Shepard est un auteur déroutant. Les livres qu’il écrit se suivent et ne se ressemblent absolument pas, même si ce sont deux novellas parues dans une même collection. Après m’être régalée du classique Les Attracteurs de Rose Street, j’étais particulièrement impatiente de lire Abimagique du même auteur. Et pourtant…
Même si j’ai lu d’une traite Abimagique et que la puissance de la plume de Lucius Shepard m’a une nouvelle fois emportée, arrivée à la dernière ligne, je n’étais pas plus avancée qu’au début. Qu’ai-je lu ? Une histoire d’amour qui finit tragiquement ? Les élucubrations hallucinées d’un étudiant tombé dans la drogue dure et psychédélique ? Ou le récit d’une sorcière cherchant à éviter l’Apocalypse à coup de sexe tantrique? Lucius Shepard laisse la fin ouverte et propose à son lecteur de faire son choix. D’une page à l’autre, les délires du narrateur évoquent tour à tour John Updike, Clive Barker ou même les horreurs d’Innsmouth chères à H.P.Lovecraft. Le choix d’avoir raconté cette histoire à la deuxième personne renforce cette impression qu’il s’agit d’une hypnose guidée, dont le narrateur ou le lecteur serait la victime.
Finalement, faut-il se laisser tenter par Abimagique ? Si vous n’avez pas peur d’être bousculé dans vos convictions et ne craignez pas d’aventurer vos lectures en terre inconnue, pourquoi pas ? Si vous êtes novices dans l’œuvre de Lucius Shepard ou si vous préférez les récits moins décousus, mieux vaut rester sur Les Attracteurs de Rose
Street.

Abimagique
de Lucius Shepard
traduction de Jean-Daniel Brèque

Éditions
Le Bélial’

The Survival of Molly Southbourne

Ayant lu récemment The Murders of Molly Southbourne, j’attendais avec impatience la suite. Intitulée The Survival of Molly Southbourne, cette nouvelle de Tade Thompson est disponible depuis début juillet chez Tor, et est d’ores et déjà au programme de Le Bélial’ pour 2020 dans sa collection Une Heure-Lumière.
Vaut-elle le coup ? Disons le tout net, l’effet de surprise du premier ne joue plus dans The Survival of Molly Southbourne. D’autant que l’histoire reprend immédiatement à la fin de The Murders of Molly Southbourne. Attention, ne lisez pas la suite si vous n’avez pas lu le premier livre. Allez plutôt l’acheter ou l’emprunter, lisez-le et revenez…

Le livre est lu ? Bien, continuons. Donc dans The Survival of Molly Southbourne, une Molly Southborne a survécu à l’incendie. L’originale ou une copie ? Une copie peut-elle supplanter l’originale et la dépasser ? Molly Southbourne devra trouver la réponse à ces questions si elle veut survivre. Dans cet opus, nous en apprenons plus sur la condition dont souffrent Molly Southbourne et le passé de sa mère. Mais nous découvrons — et elle aussi — qu’elle n’est pas unique et que d’autres femmes ont le même don. Et que toutes ne le vivent pas comme une malédiction. Souffrant de stress post-traumatique en réaction aux événements du livre précédent, Molly va devoir établir de nouvelles tactiques pour survivre. Et peut-être enfin commencer à vivre réellement ?
Encore une fois en refermant
The Survival of Molly Southbourne, vous vous retrouverez avec une multitude de questions sur l’avenir de la protagoniste et sur l’univers dans lequel elle vit, à la fois si proche du notre et si différent. Ici, l’accent est mis sur l’évolution psychologique de la protagoniste (l’auteur est psychiatre de formation) et sur la façon dont elle interagit avec les autres. L’écriture reste toujours aussi fluide et il contient moins de scènes sanglantes que le précédent. J’ai donc dévoré The Survival of Molly Southbourne en deux petites heures d’insomnie. Même si je préfère pour l’instant le précédent, j’attends avec impatience la suite pour avoir enfin une vue d’ensemble sur cette Molly Southborne, étonnamment attachante.

The Survival of Molly Southbourne
de Tade Thompson
Éditions Tor

Une histoire naturelle des dragons

Les soldes numériques sont décidément une bonne occasion de découvrir des séries que l’on n’osait essayer en version papier. Et contrairement à l’essai précédent, celui-ci fut un succès. Les couvertures des différents volumes des Mémoires, par Lady Trent de Marie Brennan m’avaient déjà tapée dans l’œil, mais je n’avais jusqu’ici jamais cédé à la tentation. C’est désormais chose faite et le premier tome, Une histoire naturelle des dragons, a rejoint ma liseuse avant d’être encore plus vite lu.
Comme dans Lady Helen : le Club des Mauvais jours, l’histoire débute dans
une famille de la bonne société d’un pays rappelant furieusement la Grande-Bretagne du 19e siècle avec le destin d’une jeune fille : Isabelle, qui deviendra la fameuse Lady Trent. Mais la comparaison s’arrête là. Ici, point de romance exacerbée, ni atermoiements sur ce que peuvent ou ne peuvent pas faire les filles. Seule fille au milieu d’une nombreuse fratrie, Isabelle sait très jeune ce qu’elle veut : elle étudiera les dragons et autres créatures volantes. Et, malgré les préjugés ambiants, son père et plus tard son mari ne feront rien pour l’arrêter. Au contraire, la voilà partie avec ce dernier pour une mission d’études des dragons d’Europe de l’est. Débarquant à 19 ans dans un village perdu au milieu d’une campagne ressemblant fort à la Transylvanie telle que décrite par Bram Stocker, elle et ses compagnons vont se retrouver mêlés à une enquête où les dragons seront tour à tour suspects, victimes ou alliés.
Le style même choisi pour le livre n’est pas sans rappeler celui de Bram Stocker. En effet, Une histoire naturelle des dragons est écrite sous la forme de mémoire issu de la plume acide de Lady Trent au soir de sa vie. Non seulement nous y avons une enquête fantastico-policière, mais également un récit de voyage et une étude des mœurs draconique et humaines de l’époque. Le tout parsemé de réflexions mordantes sur les préjugés des hommes que Lady Trent rencontre ou des remarques douces-amères sur ses erreurs de jeunesse. Même en version numérique, Une histoire naturelle des dragons est richement illustrée et, malgré un ton unique ou peut-être grâce à lui, se lit avec un très grand plaisir. Je me laisserais surement tenter par la suite, à l’occasion.

Une histoire naturelle des dragons (Mémoires, par Lady Trent 1)
de
Marie Brennan
traduction de S
ylvie Denis
Éditions L’Atalante

The Murders of Molly Southbourne

La couverture de la traduction française (Les Meurtres de Molly Southbourne) m’avait tapé dans l’œil comme souvent avec la collection Une Heure-Lumière, mais une chose en entrainant une autre, je n’ai pas eu le temps de l’acheter depuis sa sortie. Heureusement, son éditeur américain a temporairement mis gratuitement The Murders of Molly Southbourne de Tade Thompson en numérique (et sans DRM !) quelques jours avant la sortie de la suite – The Survivals of Molly Southbourne – attendue pour le 9 juillet. Autant en profiter pour rattraper mon retard non ?
Comment résumer cette expérience : déroutante, empathique, clinique, sanglante ? Tous ces mots peuvent définir le court récit de Tade Thompson, à mi-chemin entre fantastique et thriller sanglant, avec juste une touche de
science-fiction pour ajouter encore un peu de confusion. Molly Southbourne, fille unique élevée dans l’isolement d’une ferme par des parents au mystérieux passé, ne doit pas saigner. Ou, si elle le fait, elle doit en détruire toute trace jusqu’à la dernière goutte. Sinon, tôt ou tard, la mort viendra la chercher, toujours, systématiquement, dans les minutes, les heures ou les jours qui suivent. Pour prévenir les conséquences de cette « condition », Molly subit un entraînement à la survie et des cours d’anatomie bien plus poussés que la moyenne. Une fois hors du domicile familial, cela suffira-t-il à la sauver ?
Alternant entre récit à la première personne et à la troisième personne, Tade Thompson écrit toujours au plus près de son personnage. Le format court, et le fait que ce soit une quadrilogie en préparation, laisse de nombreuses zones d’ombre : qui est la mère de Molly,
comment cette « condition » si particulière est restée sans conséquence légale si longtemps, quelle mystérieuse société privée protège Molly. Néanmoins, Tade Thompson signe ici une novella oppressante où le monstre est également la victime. Malgré sa froideur et son inaptitude à la vie sociale complète, Molly est un personnage attachant plongé dans un cauchemar intime depuis l’enfance. La fin, avec son retournement en miroir laisse la voie ouverte pour un récit bien différent, où l’on en saura un peu plus sur l’origine de sa malédiction ? Réponse dans quelques jours…

The Murders of Molly Southbourne
de Tade Thompson
Éditions Tor

Trois nouvelles pour deux découvertes

La nouvelle est un formidable outil pour découvrir un auteur comme j’ai déjà eu l’occasion de le vérifier ici, ici ou ici. C’est également une bonne solution pour trouver de nouveaux éditeurs. C’est ce qui s’est passé récemment avec trois nouvelles qui m’ont permis de découvrir deux maisons d’édition.

Too much…
Je suis tombée sur cette nouvelle de Jean-Bernard Pouy suite à une conversation avec Deidre Ambre. Ce fut non pas l’occasion de découvrir l’auteur, mais la maison d’édition. Spécialisée dans le polar et l’érotisme, Ska a la particularité de ne vendre que des livres numériques sans DRM. Comme il s’agit le plus souvent de nouvelles, les prix sont plutôt doux et l’on y trouve dans les deux genres suscités une assez grande variété. Que vaut Too much… ? C’est la quintessence de l’humour burlesque et vachard de Jean-Bernard Pouy.
Il y réunit l’espace de quelques trop courtes pages des rockers normands perdus au milieu de punks, des toros échappés d’un encierro et un régiment de parachutistes près à tout casser. Je ne vous en dirais pas plus pour ne pas gâcher l’histoire. Sachez juste que ce texte est un remède assuré contre les coups de blues. C’est également la première marche idéale pour faire découvrir Jean-Bernard Pouy à qui ne le connaît pas. L’auteur y joue avec humour des mots et des situations pour se moquer une nouvelle fois d’un certain ordre établi. Tout en légèreté et sans la noire amertume qui sourde de certains autres de ses écrits.

Too much …
de Jean-Bernard Pouy
Éditions SKA

Un vampire
J’avoue, ce petit ouvrage certainement pris pour agrémenter un trajet en métro s’est retrouvé à trainer très longtemps sur ma table de nuit. Une blessure à l’épaule gênant pour la lecture de grands formats plus tard, il a fini après quelques années par être lu. Et là ce fut une double
découverte : celle d’un auteur italien, Luigi Capuana, et d’une maison d’édition, La Part Commune. Contrairement à la précédente, cette maison se spécialise surtout dans les livres papier avec une grande variété de genres : essai, poésie, romans et nouvelles. Et de nombreux textes anciens réédités.
Quant à l’auteur, Luigi Cap
uana, c’est un contemporain d’Émile Zola qui s’inscrit dans un courant assez similaire d’écriture au plus près de la société. Avec dans les deux nouvelles de ce petit recueil, Un Vampire et Un cas de somnambulisme, une touche de fantastique pour faire passer la pilule. La première parle de mariage arrangé, de remariage et de gêne du mari à « n’avoir pas été le premier » (sic), la deuxième sous couvert de raconter une intrigue policière mêlé de fantastique peut se lire comme une critique des rapports entre la bourgeoisie et la domesticité. Contrairement à Émile Zola que mes années d’études m’ont rendu totalement indigeste, le style de Luigi Capanua est sobre. J’ai apprécié la juste dose d’absurde qui saupoudre chaque nouvelle.

Un vampire
de Luigi Capuana
traduction de Baldassare Anghiari
Éditions La Part Commune

City of Ghosts

De mes différentes pérégrinations, j’aime rapporter des livres en lien avec les lieux visités. De Chicago, c’était The Devil in The White City de Erik Larson, d’Édimbourg le mois dernier ce fut City of Ghosts de Victoria Schwab. Oui, la même V.E.Schwab qui m’avait donné tant de mal à entrer dans sa trilogie Shades of Magic.
Il s’agit ici d’un livre classé en jeunesse. La plume de Victoria Schwab y est nettement plus à son aise et gagne en fluidité. Les personnages sont brossés rapidement, mais suffisamment précis pour ne pas être de simples marionnettes dans un théâtre d’ombres.
L’autrice nous plonge directement dans l’action sans se perdre dans trop de descriptions. Fille d’un couple d’enquêteurs du paranormal (comme Ed et Lauren Warren, mis en films dans la saga The Conjuring) Cassidy Blake est hanté depuis sa noyade par l’adolescent qui lui a sauvé la vie. Depuis, elle peut passer des deux côtés du Voile séparant les fantômes des vivantes. Quand ses parents l’entraînent de l’autre côté de l’Atlantique, à Édimbourg, ville peuplée de revenants, sa vie va devenir nettement plus compliquée. Non seulement elle devra se frotter à la cuisine britannique et aux différences de vocabulaire d’un pays à l’autre, mais en plus, étant dans une ville où les spectres sont plus nombreux, plus anciens et plus expérimentés, elle va devenir la proie du plus redoutable d’entre eux : la Corneille en rouge.
City of Ghosts est une histoire de hantise originale, qui se poursuit en ligne droite avec un rythme soutenu. Peut être est-elle pour une adulte habituée du genre un poil prévisible, mais ce n’est pas déplaisant. Qui ne connaît pas Édimbourg peut s’y laisser surprendre. Ceux qui ont déjà joué les touristes dans la capitale écossaise trouveront au fil des pages des figures connues comme Bobby le terrier, les soldats du château ou un certain jeune sorcier souvent vêtu de rouge et or.
Même si les adultes peuvent prendre beaucoup de plaisir à lire ce court roman, la cible idéale semble être les collégiens de l’âge de l’héroïne. En effet, la structure grammaticale du texte est simple, sans être trop simpliste,
et le vocabulaire clair (ou expliqué comme les « closes », ruelles si particulières de la vieille ville d’Édimbourg). Un livre idéal pour se plonger dans une première lecture en anglais.

City of Ghosts
de Victoria Schwab
Éditions Scholastic

Dômu — Rêves d’enfant

Parfois dans les rayons de ma médiathèque, je trouve des OVNIS comme les trois volumes de Dômu — Rêves d’enfants écrits et dessinés par Katsuhiro Ôtomo. Créé avant son œuvre plus célèbre, Akira, ce manga commence comme une enquête policière avant de basculer dans le fantastique, avec quelques cases qui tiennent plus de l’horreur. Le tout dans un Japon loin des clichés traditionnels de l’archipel. L’action se passe entièrement dans un ensemble de barres d’immeuble HLM déshumanisantes au possible comme on en trouve partout dans le monde depuis la fin des années 60.
Dans cet ensemble impersonnel, et, disons-le franchement propice à la déprime, depuis quelque temps les morts mystérieuses se succèdent : suicides, accidents… La police enquête, mais ne comprend pas les causes de ces morts. D’autant que certaines, comme le premier suicide montré, semblent tout bonnement impossibles. En réalité, elles sont toutes dues à un vieil homme solitaire et sénile qui utilise ses dons psychiques pour éliminer les voisins qui l’importunent ou dont il convoite les biens. Il faudra l’arrivée d’une petite fille aux pouvoirs similaires pour arrêter définitivement le massacre.
Ne cherchez pas dans Dômu — Rêves d’enfants d’explications sur l’origine de ces pouvoirs ni sur les raisons profondes poussant le vieil homme et l’enfant à agir. Ce qui intéresse plus Katsuhiro Ôtomo dans les 240 pages de ce manga, c’est de mettre en scène une série de personnages très ordinaires aux prises avec des événements dépassant leurs compréhensions. Comment leurs failles et leurs secrets vont les mener à leur perte ou leur salut.


Graphiquement, le style du dessin est incroyable par sa richesse et par son réalisme. Certaines planches se laissent admirer durant de longues minutes à la recherche du moindre détail, même si elles ne montrent rien de plus impressionnant qu’un immeuble en contre-plongée. L’utilisation du contrejour renforce également l’impression de vide et de froideur propre à cette cité. Si Dômu – Rêves d’enfants a des thématiques communes avec Akira, et notamment les pouvoirs psychiques, il en est aussi très différent avec sa façon d’être profondément ancré dans le quotidien. Créé entre 1980 et 1981, Dômu — rêves d’enfant n’a pas pris une ride et se lit toujours avec avidité.

Dômu — rêves d’enfant
de Katsuhiro Ôtomo
traduction de Anne-France Reycoquais
Éditions Les Humanoïdes associés.

Ceux des profondeurs

Au-delà du Cycle des épées, Fritz Leiber est un écrivain américain que j’apprécie, car il passe aussi bien d’un ouvrage à l’autre de la fantasy à la science-fiction pure ou au fantastique. En changeant à chaque fois de tonalité et de style, mais le plus souvent avec un égal talent. Logiquement donc, lorsque j’ai vu ce très court texte dans les allées de Livre Paris, et que je me suis rendu compte que c’était un inédit, j’ai craqué et acheté Ceux des profondeurs.
Avant toute chose, si vous ne connaissez pas bien l’univers de Lovecraft, reposez ce livre immédiatement et choisissez un autre livre de Fritz Leiber à lire : Demain les loups, Ballet de sorcières, Le Vagabond ou Epées et Démons par exemple. Fritz Leiber est un fin connaisseur de la mythologie de Cthulhu et s’amuse beaucoup avec l’œuvre du reclus de Providence dans ce texte. Si dans ses premiers récits, Fritz Leiber était fasciné par Lovecraft, cette nouvelle plus tardive peut se lire comme un pastiche du genre et une critique déguisée de ses travers.
Ceux des profondeurs met en effet en scène un homme encore jeune, mais déjà coupé du monde moderne vivant dans sa maison étrange aux portes du désert californien. Malade et difforme, il raconte comment toute sa vie il a rêvé d’étranges souterrains courant sous la colline. Ses rêves attirent l’intérêt d’Albert Wilmarth, professeur à l’université de Miskatonic et fin connaisseur de la mythologie de Lovecraft (qui dans la nouvelle est un écrivaillon qui base ses récits sur les mésaventures de ses voisins bien réels d’Arkham). Forcément leur rencontre va mal se finir, mais ceci nous le savons dès la première page.
J’ai apprécié Ceux des profondeurs en tant qu’exercice littéraire finement joué par Fritz Leiber, mais il ne restera pas dans ma mémoire comme une œuvre absolue à lire de lui. C’est une incursion intéressante dans l’univers de Cthulhu avec l’originalité de créer un lien souterrain avec le dieu endormi marin. Mais la trame de l’histoire reste très classique et sera vite oubliable. En revanche, le côté ironique de certaines descriptions de personnages ou de remarques en passant est un vrai régal pour les amateurs de fantastique et de Lovecraft lui-même. De quoi se délasser les neurones avec bonheur lors d’un voyage en train ou d’une soirée tranquille.

Ceux des profondeurs
de Fritz Leiber
Traduction de Jacques Van Herp
Éditions Mnémos