Je suis la reine

Six nouvelles. Six textes froids à la mécanique parfaitement huilée. Avec son recueil, Je suis la reine, Anna Starobinets propose un fantastique à la fois innovant et pétri de traditions.
Ici vous ne trouverez aucun monstre, aucune créature hantant ordinairement les pages d’un récit fantastique. Nul vampire, nul fantôme et encore moins de goules, de loup-garou de zombies ou autres créatures tentaculaires. À peine un domovoï, localisation en Russie oblige, est mentionné dans la dernière nouvelle, L’Éternité selon Yacha, mais ce n’est qu’à titre de comparaison. Et pourtant, les nouvelles d’Anna Starobinets dégagent une certaine familiarité pour qui aime Kafka ou Buzatti. Il y a une progression naturelle dans l’histoire qui bascule dans le fantastique presque par surprise pour le lecteur. Les thèmes de ces six nouvelles sont également très familiers. Elles parlent de la famille ou de son absence, de l’identité, de ce que c’est qu’être humain ou tout simplement être vivant. Elles sont toutes douces-amères, et malgré leurs impressions de familiarité toutes surprenantes. De toutes, il n’y a guère que L’Agent que je n’ai pas apprécié. Elle est, à mon goût, à la fois trop froide et trop confuse, comme si cette version n’était qu’un premier jet pas retouché par la suite.
N’ayant jamais été en Russie, je ne sais si l’univers moscovite que décrit Anna Starobinets est typique, mais il y a un désenchantement certain dans ses personnages qui les poussent à prendre avec philosophie l’inacceptable. Comme la mère de famille de Je suis la reine, l’une des nouvelles fantastiques les plus dérangeantes que j’ai lu depuis longtemps. Et pourtant le monstre est une créature bien ordinaire qui ne fait que quelques millimètres à peine.

Je suis la reine
de Anna Starobinets
Traduction de Raphaëlle Pache
Éditions Folio SF

Dr Jekyll and Mr Seek

Et si L’Étrange cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde de Robert Louis Stevenson ne s’était pas terminé par la mort du bon docteur ? Et si, sept ans après les événements, un homme prétendant être Henry Jekyll reprenait possession de ses biens ? Tel est le point de départ de Dr Jekyll and Mr Seek d’Anthony O’Neill, un court roman entre suite et pastiche du célèbre texte fondateur du fantastique.
Ici, le narrateur principal est Gabriel Utterson, le juriste qui avait enquêté sur les agissements de Jekyll et de Hyde avant la fin tragique du docteur. Et qui depuis devait hériter de son client. Le voir réapparaître n’arrange donc pas ses affaires personnelles. Gabriel Utterson va donc mener une croisade personnelle pour prouver que ce Jekyll 2.0 est un imposteur alors même que les autres proches du scientifique semblent convaincus que celui-ci est bien de retour.
Similaire dans sa structure au texte original de Stevenson, Dr Jekyll et Mr Seek est un jeu littéraire plaisant qui se lit plutôt vite. Malgré sa fin plutôt ambigüe, le style de l’époque est assez bien respecté hormis l’un des rêves d’Utterson au ton peut-être trop moderne. Pour pleinement apprécier ce livre, mieux vaut avoir lu le texte de Stevenson auparavant. Comme ce dernier est désormais dans le domaine public, il se trouve à petit prix en poche voire gratuitement en numérique.

Dr Jekyll and Mr Seek
Anthony O’Neill
Éditions Skyhorse publishing

Eymerich ressuscité

S’il est une série de science-fiction étrange, c’est bien Le cycle de Nicolas Eymerich de Valerio Evangelisti. Alors que le onzième roman, Eymerich ressuscité, est sorti il y a quelques semaines chez La Volte, penchons-nous sur cet ensemble de livres qui fascinent les amateurs du genre tout comme ceux qui y sont farouchement réfractaires.
Au départ du cycle, il y a Nicolas Eymerich, inquisiteur catalan. Le personnage historique a réellement existé et n’était pas un tendre. Il est en effet surtout connu pour avoir écrit le Directorium Inquisitorium, le manuel du parfait inquisiteur qui sera utilisé du 14
e siècle à la fin de l’Inquisition. Son éponyme de fiction s’inspire de sa vie et arrive à être encore plus sanglant et austère. Les romans de Valerio Evangelisti suivent la trame de la vie de Nicolas Eymerich. Mais l’inquisiteur se retrouve à démêler des intrigues politiques souvent entrelacées d’un élément fantastique ou même horrifique, tandis qu’à deux époques ultérieures (l’une qui pourrait passer au début pour notre présent, et l’autre étant un lointain futur), des événements étranges viennent éclairer ce qu’affronte Nicolas Eymerich dans l’histoire principale. Et au fur et à mesure des romans, la trame globale des intrigues secondaires se poursuit.
Dans Eymerich ressuscité, l’enquête principale porte sur l’apparition soudaine d’un agitateur politique en Provence liée à des phénomènes inexpliqués (incendie d’églises, apparitions lumineuses dans le ciel, personnages tantôt vieux tantôt jeunes, etc.), celle dans une variante de notre présent se déroule en Arizona et suit l’arrivée de Marcus Frullifer (un autre personnage récurrent des romans) dans un observatoire bâti sur un cimetière indien. Et celle dans le lointain futur porte sur une mystérieuse expérience scientifico-religieuse dans un laboratoire sur la Lune. Comme d’habitude, les
trois intrigues se rejoignent, et le lecteur aura revisité au passage un moment de l’histoire médiévale, aussi bien dans sa complexité politique et religieuse que dans les détails de la vie quotidienne. Si le Nicolas Eymerich du roman est ascétique, intransigeant et glacial dans ses relations avec ses semblables, des petits détails comme sa peur phobique des insectes ou ses accès de compassion inopinés le rendent humain et donnent envie de connaître toujours plus son histoire. Pour guetter les failles dans son armure inquisitoriale ?

Eymerich ressuscité
de Valerio
Evangelisti
Traduction de Jacques Barberi
(les premiers romans ont été traduits par
Serge Quadruppani)
Éditions La Volte

Les Attracteurs de Rose Street

Si vous n’avez jamais lu de texte de Lucius Shepard, profitez de la parution des Attracteurs de Rose Street dans la collection Une heure-lumière pour vous faire une idée. Si vous connaissez déjà l’auteur, cet inédit est à découvrir.
Ce très court roman fantastique est en effet la quintessence aigre-douce du style de Lucius Shepard. Qu’il écrive de la fantasy dragonesque, de la SF ou des histoires de vampire, il y a toujours un petit côté souvenir mélancolique bien présent également dans cette histoire. Pourtant, dans Les Attracteurs de Rose Street, tout semble indiquer une trame steampunk classique ou peut-être un penny dreadful de l’époque victorienne. Un jeune aliéniste gallois monté à la capitale faire fortune est engagé par un autre membre de son club pour soigner une étrange patiente dans les bas-fonds de Londres. Sous couvert d’une enquête médicale, se dessine peu à peu une véritable enquête policière au milieu des spectres hantant une ancienne maison close.
Sans jamais totalement basculer dans l’horreur, Les Attracteurs de Rose Street dégage une atmosphère délétère et embrumée. Au fur et à mesure des pages, l’intrigue se déroule sans grande surprise passé le postulat initial, mais reste toujours assez captivante pour vous entraîner de page en page. Pour être parfaitement dans l’ambiance, je vous recommande de le lire le soir au fond de votre fauteuil préféré en écoutant la pluie tomber.

Les Attracteurs de Rose Street
de Lucius Shepard
traduction de Jean-Daniel Brèque
Éditions Le Bélial’

L’Étrange cabaret des fées désenchantées

Les frimas de décembre incitent à se réfugier dans un fauteuil profond avec un bon livre et une boisson chaude pour y lire des histoires magiques. Pour cette saison, notre quête mythologique nous porte vers L’Étrange cabaret des fées désenchantées écrit et illustré par Hélène Larbaigt.
Dans ce cabaret fondé en 1884 par la fée galloise Morte Vanité et sa fille demi-humaine, Guinevra Applewood, les fées des quatre coins du monde et de tous les âges de l’humanité trouvent un refuge. Un endroit pour y retrouver un peu de leur lustre magique d’antan, quitte à ensorceler et gober l’âme de quelques spectateurs. De la Baba Yaga russe à la Circé grecque en passant par une fille de Gorgone, une déesse féline et son ami crocodile, une banshie adepte du vaudou ou 3 Nornes ayant troqué fils et runes contre des cartes de tarot et des chouettes pour lire le destin des visiteurs, ce bel ouvrage nous présente les particularités de chacune des membres de la troupe et nous conte son histoire. Cha
que récit est indépendant, mais il s’intègre tel un maillon dans la longue chaîne de la destinée de L’Étrange Cabaret et ses liens avec l’existence même de ses fondatrices.
Les différents récits sont tous richement illustrés. Ma préférence va au portrait de Morte Vanité et à la double page représentant Memory et les Jackrabbits dansant sur le pont de Prague. Des affiches de spectacles, des billets, des programmes ou des menus issus de l’Étrange cabaret accompagnent les différentes parties. Ils rythment la progression de la lecture à la manière des respirations du conteur lors d’une veillée ou de l’alternance des différents numéros dans un spectacle de music-hall. Ajoutez-y une préface de Claudine Glot et une postface de Pierre Dubois en Mme et M.Loyal de cet
Étrange Cabaret des fées désenchantées et vous obtiendrez le cadeau idéal à offrir à toutes les amoureuses et tous les rêveurs de Féérie.

L’Étrange Cabaret des fées désenchantées
de Hélène La
rbaigt
Éditions Mnémos

Sorcière de Chair

Si vous aimez les thrillers bien noirs et si le fantastique ne vous rebute pas, notez le nom de Sarah Buschmann. Sa Sorcière de Chair a de quoi donner des cauchemars à Maxime Chattam ou Jean-Christophe Grangé sans aucun souci.
Lors de notre rencontre au Salon fantastique, l’autrice m’avait prévenue que son livre était sombre. En effet, il l’est, très noir même, mais également très prenant. Sous couvert d’une réinterprétation originale de la sorcellerie, elle signe ici une vengeance familiale implacable.
Le point de départ ? Des meurtres sanglants où seul un type bien particulier de sorcellerie a pu être utilisé comme arme secouent Melbourne. Pour le lieutenant Arabella Malvo de la police criminelle, ces tueries sont encore plus choquantes, car elles lui rappellent un autre massacre par sorcellerie dans lequel elle fut personnellement impliquée sept ans auparavant à l’autre bout du pays.
De flashback en scène de crime, Arabella Malvo va devoir chercher dans son passé la réponse aux crimes du présent, sans pour autant ni dévoiler son secret à ses collègues, ni perdre pied en affrontant ses fantômes.
Dès les premières pages, le lecteur se doute que la fin sera tragique, et que l’héroïne n’est peut-être pas si incorruptible que ça. Tout l’intérêt de la lecture réside dans le cheminement vers la chute finale. Trouver quelle sera cette chute, qui trahira qui. Et deviner qui se cache réellement derrière ces meurtres. Et là, j’avoue que Sorcière de Chair m’a surprise, même si en reprenant l’histoire depuis le début, les indices étaient présents dès les premières pages. Après un démarrage assez lent, mais bien sanglant pour les amateurs du genre, je me suis prise au jeu et ai dévoré la suite de ce roman en quelques heures. Bonne lecture !

Sorcière de Chair
de Sarah Buschmann
Éditions Noir d’absinthe

L’Étrange Vie de Nobody Owens

À l’approche de la Toussaint, d’Halloween ou du jour des Morts mexicain (faites votre choix en matière de relation traditionnelle avec l’au-delà), replongeons-nous dans une histoire pour enfant pas si sage que ça : L’Étrange vie de Nobody Owens de Neil Gaiman. Et plus précisément, non pas dans le livre original, mais dans l’adaptation en BD qui en a été faite avec P.Craig Russell au scénario comme au dessin (même si sur cette dernière partie de nombreux autres illustrateurs comme Galen Showman, David Lafuente, Stephen Scott, Kevin Nowlan, Tony Harris, Scott Hampton ou Jill Thomson ont participé).
Que vous ayez lu le roman original ou que vous le découvriez totalement, cette BD parue en deux tomes est un pur délice d’horreur gothique. L’histoire est fidèle au roman et commence par la mort de toute la famille de notre héros, Nobody Owens, des mains du Jack. Nobody encore bébé est épargné parce que jeune bébé sachant à peine marcher, il s’était aventuré hors de son berceau et dans le cimetière à côté de sa maison. Là, devenu orphelin, il va être adopté et élevé par tous les fantômes du cimetière avec comme figure paternelle, Silas le vampire. Au long des différentes aventures de son enfance et de son début d’adolescence, il va rencontrer toutes sortes de créatures fantastiques, comme une préceptrice particulière faisant office de garde du corps loup-garou, un fantôme de sorcière, une petite fille trop curieuse et bien trop humaine, une momie… Il aura de
nombreuses aventures. Son voyage — bien involontaire — dans le monde des goules est d’ailleurs l’un des passages les plus spectaculaires du tome 1. Mais comme dans le livre, le Jack et sa société secrète n’auront de cesse de retrouver Nobody Owens pour achever le travail. Y réussiront-ils ? Si vous avez lu le roman, vous le savez déjà. Pour les autres, rendez-vous à la fin du tome 2.


Plus condensée que le roman, cette adaptation en BD
apporte une autre vision de l’œuvre. Le trait tout à tour très rond, extrêmement détaillé ou proche de l’aquarelle s’adapte à chaque chapitre. Subjectivement, j’ai trouvé qu’il suit presque la croissance de Nobody. Hormis dans le chapitre d’introduction où Nobody est plus objet à protéger que véritable sujet de l’histoire, le style du dessin s’approche assez du style de dessin des BD destinées à la tranche d’âge où il se situe plus ou moins. Attention, comme souvent avec Neil Gaiman, même les histoires qu’il destine aux enfants, à l’image des contes de fées avant leurs édulcorations par Disney, sont parfois sanglantes. Ici, en plus des mots, vous avez les images. Si vous destinez ces deux albums à un jeune public, tenez compte de sa sensibilité avant. Certaines pourront s’y plonger avec délice dès 9 ans, d’autres attendront un peu.

L’Étrange vie de Nobody Owens T.1 et 2.
Scénario de
P. Craig Russel adapté du roman de Neil Gaiman
Dessin de P. Craig Russel, Galen Showman, David Lafuente, Stephen B. Scott, Kevin Nowlan, Tony Harris, Scott Hampton ou Jill Thomson
Traduction de Jacques Colin
Éditions Delcourt

Le Terminateur

Les nouvelles ont ceci de pratique qu’elles donnent souvent l’occasion de découvrir de nouveaux talents. Ou dans le cas du recueil, Le Terminateur, d’avoir une idée de la diversité des styles de Laurence Suhner. J’ai choisi ce livre en passant sur le stand de son éditeur, L’Atalante, lors du dernier Livre Paris, principalement attirée par la couverture de Vincent Laîk et sans n’avoir rien lui de la dame. Des semaines plus tard, je l’ai attrapé, ne voulant ni me replonger de suite dans un gros roman après le précédent ni me contenter d’un format trop court. Et Le Terminateur fut une très bonne surprise.
Dans ce recueil, Laurence Suhner oscille entre la science-fiction pure (dont la nouvelle qui donne son titre au recueil et sa suite,
Au-delà du terminateur) et le fantastique (La chose du lac, La valise noire) avec des passages comiques (La fouine) ou plus tristes (Homéostasie). Pourtant, toutes ces nouvelles ont une petite musique, une trace et un rythme qui leur donne une identité commune. Les seules qui à mes yeux s’en écartent sont celles que j’ai le moins aimées (Différent et L’accord parfait). Plus distants, les protagonistes n’y ont pas la même profondeur que dans les autres. Et étrangement la nouvelle, Thimka, qui est liée aux romans déjà parus de Laurence Suhner peut se lire seule sans problème, mais sans forcément donner envie d’en savoir plus. Si je lis les romans de Laurence Suhner, ce sera parce que son style général m’a plu et non parce que j’ai envie de mieux connaître les personnages de cette nouvelle en particulier.

Le Terminateur
de Laurence Suhner
Éditions L’Atalante

The Isle of Gold

Prendre la mer sur un bateau pirate, c’est savoir où commence le voyage, mais rarement où il finira. Et lire un roman autour de la piraterie, surtout The Isle of Gold de Seven Jane, offre peu ou prou la même expérience aventureuse, les dangers des océans en moins. Quand la narratrice de The Isle of Gold commence son récit, le voyage qu’elle entame semble classique. Jeune orpheline sur une île des Caraïbes à l’âge d’or de la piraterie, elle cherche à échapper à sa carrière toute trouvée dans un bordel et s’engage sur un bateau pirate en se faisant passer pour un adolescent. Sauf que… Ce bateau ne navigue pas à la recherche d’or ou de richesse, mais d’une île mystérieuse aux confins de l’océan et de la femme perdue de son capitaine.
Avec The Isle of Gold, Seven Jane crée un roman surprenant glissant peu à peu du roman d’aventures classique à l’épopée mythologique. En effet, la première partie concernant les premiers pas de la narratrice en mer est plutôt bien documentée d’un point de vue historique. Et peu à peu, à mesure que le récit avance et que la narratrice progresse dans sa quête personnelle, des éléments fantastiques apparaissent. Petit à petit, Seven Jane va convoquer toutes les mythologies européennes liées à la mer : Circé, les selkies, le Kraken ou le capitaine Davy Jones et son vaisseau fantôme. Même cette pauvre Mélusine (d’origine pourtant bien terrestre) répond à l’appel et se trouve mêlée à cette histoire de famille fantastique. Comme tout bon récit de voyage en mer, l’aventure dans The Isle of Gold va crescendo jusqu’à l’épilogue final. Seven Jane a même le talent de nous éviter le calme plat, ce moment du voyage ou du récit où rien n’arrive et tout stagne faute de vent ou d’action. Elle passe alors du déroulé des évènements à une galerie de portraits aussi variés les uns que les autres, et loin des clichés classiques de la piraterie. À l’abordage ?

The Isle of Gold
de Seven Jane
Éditions Black Spot Books

Fil rouge 2018 : L’étrange affaire Nottinger

Oui je sais, j’avais promis de ne plus relire de livre «lovecraftien» avant le prochain The Laundry Files de Charles Stross cet octobre. Mais j’ai voulu profiter de la thématique Fil rouge de juillet (un auteur francophone) pour découvrir une plume que je ne connaissais que par Twitter interposé. J’ai donc pris L’étrange affaire Nottinger de Claire Billaud sans même savoir de quoi parlerait l’intrigue. Je me doutais juste que le livre aborderait l’un de mes genres de prédilection — SF, fantastique ou policier — sans savoir lequel. Et ce fut les deux derniers genres qui sont abordés.
Sur une trame très classique pour un récit dans l’univers lovecraftien — un étranger entre en contact avec une famille maudite et se retrouve piégé par cette malédiction — L’étrange affaire Nottinger restitue un récit solide et résolument moderne. En effet, l’histoire se place dans l’Angleterre du XXIe siècle et non dans
la campagne américaine du début du XXe siècle. Et le personnage principal est une femme, détective de son état. De plus, nous ne sommes pas surpris. Dès les premières pages, le prologue nous informe que l’histoire se terminera mal pour presque tous les personnages. Sauf que…
Comme dans tout bon polar, Claire Billaud revient sur ses pas pour nous raconter comment le drame s’est noué, avec une intrigue en deux parties : d’abord du point de vue de la détective, puis de celui de l’inspecteur adjoint. Si comme moi, vous avez lu de nombreux récits sur le mythe de Cthulhu vous ne serez peut-être pas surpris par les différentes évolutions de l’histoire. Mais l’écriture fluide et la construction très bien imbriquée des différentes pièces
et indices font que vous tournerez les pages jusqu’au bout, sans vous arrêter. De plus, pour une fois ce ne sont pas les plus connus des Grands Anciens qui ont la vedette, mais l’obscur Hastur l’indicible, dont au fil des nouvelles on ne sait pas s’il est complètement mauvais ou juste légèrement. Je vous laisse découvrir quelle version a choisie Claire Billaud dans L’étrange affaire Nottinger. Au passage, ce récit relativement court est également une très bonne porte d’entrée dans l’univers de Lovecraft pour un jeune lecteur adolescent ou préadolescent.

L’étrange affaire Nottinger
de Claire Billaud
Éditions