Alice au pays des morts-vivants

C’est curieux… Je ne suis pas particulièrement fan de Lewis Carroll même si Alice au pays des merveilles fait partie des rares films Disney que j’apprécie. De même, les zombies ne sont pas mes monstres favoris, contrairement aux vampires ou aux loups-garous. Alors, pourquoi diable lire un livre intitulé Alice au pays des morts-vivants ? Et surtout en parler ? Tout simplement parce qu’il m’a intriguée. En effet, j’ai lu de l’imaginaire venu d’un peu partout dans le monde, mais hormis les anciens récits mythologiques, jamais venu d’Inde.
Or l’auteur de ce roman qui n’est que le premier tome d’une trilogie (suivron
t De l’autre côté du mouroir et Qu’on leur coupe la tête pour des titres filant la métaphore tout en finesse) est indien. Fils d’un écrivain célèbre dans son pays et cadre dirigeant le jour dans une grande société, il mène une double vie en écrivant ce que d’aucuns appellent de la littérature de gare ou du « mauvais genre » : technothriller, science-fiction ou comme ici horreur principalement. Parfait pour une lecture détente non ?
Que vaut donc cet Alice au pays des morts-vivants ? Déjà, sachez que vous n’échapperez pas à certains clichés de la littérature marquetée « young adult ». L’héroïne est une tête brûlée avec un défaut majeur (elle ne sait pas lire correctement) et une capacité quasi surnaturelle pour son âge. En effet, à 15 ans, c’est déjà une tireuse d’élite et tacticienne hors pair capable d’affronter des troupes d’élite et des militaires de carrière. Elle fait l’objet d’une prophétie en rapport avec le livre de Lewis Carroll (qu’elle n’a pas lu donc),
et les retournements de situations sont assez classiques dans ce genre d’ouvrage. Notons également que même si l’action se passe en plein milieu de l’Inde (et une bonne partie du temps à Delhi et sa banlieue), l’héroïne est blonde comme les blés et… Américaine !
Oui mais l’histoire ? Alice au
pays des morts-vivants nous projette dans ce qu’il reste de l’Inde, désormais appelée Pays des morts, quelques années après le Réveil. Une arme bactériologique a échappé au contrôle de l’armée américaine. Celle-ci transforme par morsures ses victimes en morts-vivants. Pour tenter d’éradiquer la propagation, la Chine et les USA se sont livrés à une guerre nucléaire. Dans les ruines du monde où grandit Alice, un mystérieux Comité Central dirige le monde. En suivant un jour dans son terrier un « mordeur », Alice va découvrir l’envers de son monde déjà pas très rose, et la prophétie qui la concerne…
Et côté plaisir de lecture ? Mainak Dhar ne m’a pas franchement impressionnée par son style. Il ne s’embarrasse pas franchement de subtilité ni dans les péripéties de ses personnages ni dans ses descriptions. Mais il est efficace. Les pages se tournent rapidement et l’histoire se termine sur un twist hollywoodien bienvenu. Ou plutôt Bollywoodien vue la débauche de figurants et de matériels utilisés dans la scène finale. J’avoue d’ailleurs me demander dans un monde en ruine comme celui-ci où le Comité central trouve l’argent et la maintenance nécessaires pour sacrifier autant d’hélicoptères et de drones… Pour autant, Alice
au pays des morts-vivants n’est pas qu’une dystopie de zombie comme il en sort chaque année beaucoup trop. La critique en filigrane sur les excès du capitalisme et la façon dont les tensions politiques, avant et après le Réveil, sont montrées sont intéressantes. D’autant plus qu’elles abordent un point de vue radicalement différent de celui habituellement présenté par les auteurs occidentaux. Au final, Alice au pays des morts-vivants est une lecture sans prétention, mais plus fine qu’il n’y paraît de prime abord et plutôt plaisante. Pour amateur de zombies.

Alice au pays des morts-vivants
de
Mainak Dhar
traduction de
Sophie Bernar-Léger
Éditions
Fleuve

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