Boys of the Dead

Parlons manga, mais parlons d’un titre qui n’est pas tout public – loin de là – et qui est diffusé de manière originale, au compte-goutte. Si vous n’êtes pas allergique au splatterpunk de Poppy Z Brite ou de Clive Barker, si vous aimez les histoires troubles et un graphisme proche des comics, alors Boys of the Dead de Douji Tomita peut vous intéresser.
De quoi s’agit-il ? D’histoires d’amour –  ou de quelque chose qui s’en rapproche peu ou prou –  au fin fond des États-Unis ravagés par une apocalypse zombie. Le manga lui-même se présente comme une anthologie d
e courts récits mettant en scène des humains normaux et des « infectés » à un stade plus ou moins avancé. Malgré des appétits divergents et une montée de la violence, les protagonistes vont essayer d’aller au-delà de la simple survie, en laissant vivre également leurs sentiments. Et en se laissant guider par eux.
Petite particularité technique, ce manga n’est – pour l’instant – disponible qu’en numérique à raison d’un chapitre par mois vendu à l’unité pour moins d’un euro : le premier est sorti le 29 avril dernier, le second le 29 mai et il en restera trois autres pour compléter le manga.
N’étant pas plus amatrice que ça de « boys’ love » (comprenez, je n’en lis pour ainsi dire jamais, je laisse ce plaisir à mon amie Last Eve), j’ai été intriguée par l’aspect horreur de Boys of the Dead. Et de ce côté là, je fus servie. Cela semble aller crescendo d’un chapitre à l’autre pour l’instant. J’y suis restée, car le trait de Douji Tomita est particulièrement envoû
tant et que, malgré le malaise profond qu’elles suscitent (notamment le chapitre 1), les histoires laissent toujours une place à de multiples interprétations à travers leurs sous-entendus et leurs non-dits. Le tout propose une version assez rare du zombie, pas toujours si décérébré qu’il n’y paraît. Aurez-vous le cœur suffisamment bien accroché pour vous laisser séduire ?

Boys of the Dead
de 
Douji Tomita
traduction d’
Alexandre Fournier
Éditions A
kata

Dylan Dog – Le point de vue des zombies

Si vous avez connu le personnage de Dylan Dog par un malheureux navet au hasard de vos pérégrinations dans les services de vidéo à la demande, oubliez tout et revenez aux sources : les bandes dessinées originales. En France, celles-ci sont peu à peu éditées par les Éditions Mosquito. Indépendant des autres, Le point de vue des zombies est une bonne porte d’entrée dans l’univers du détective à la chemise rouge.
Scénarisé par Tiziano Sclavi, le créateur du personnage, et magnifiquement mis en image par Gigi Cavenago, cet album est un court recueil d’histoires ou plutôt de vignettes dans l’univers où évolue Dylan Dog. Si celui-ci et Groucho sont bien présents, vous n’aurez pas besoin d’en savoir énormément sur eux pour comprendre l’intrigue. Tout commence le jour où Dylan Dog entre chez un antiquaire pas tout à fait de ce monde et y achète un livre, Les Contes du Lendemain (ce qui est d’ailleurs le titre original de l’album : I raconti di domani). Ces histoires parlent de ce qui arrivera peut-être : un jeune homme paniqué par la normalité du monde extérieur, un autre invoquant le diable sans succès ou un zombie qui décide de lancer sa propre révolution.
Plus que les histoires elles-mêmes, douces-amères et grinçantes à souhait, je vous conseille de vous laisser porter par la beauté des cases et par l’atmosphère qu’elles dégagent. Très coloré et avec un parti pris graphique fort, qui plait ou non, cet album arrive à la fois à dégager l’atmosphère psychédélique du Londres des années 70 et les inquiétudes de ce début de 21siècle. Et après avoir lu et relu cet album, peut être aurez-vous envie d’en découvrir plus ?

Dylan Dog – Le point de vue des zombies
de Tiziano Sclavi (scénario) et Gigi Cavenago (illustration)
Traduction de
Michel Jans
Éditions Mosquito

Alice au pays des morts-vivants

C’est curieux… Je ne suis pas particulièrement fan de Lewis Carroll même si Alice au pays des merveilles fait partie des rares films Disney que j’apprécie. De même, les zombies ne sont pas mes monstres favoris, contrairement aux vampires ou aux loups-garous. Alors, pourquoi diable lire un livre intitulé Alice au pays des morts-vivants ? Et surtout en parler ? Tout simplement parce qu’il m’a intriguée. En effet, j’ai lu de l’imaginaire venu d’un peu partout dans le monde, mais hormis les anciens récits mythologiques, jamais venu d’Inde.
Or l’auteur de ce roman qui n’est que le premier tome d’une trilogie (suivron
t De l’autre côté du mouroir et Qu’on leur coupe la tête pour des titres filant la métaphore tout en finesse) est indien. Fils d’un écrivain célèbre dans son pays et cadre dirigeant le jour dans une grande société, il mène une double vie en écrivant ce que d’aucuns appellent de la littérature de gare ou du « mauvais genre » : technothriller, science-fiction ou comme ici horreur principalement. Parfait pour une lecture détente non ?
Que vaut donc cet Alice au pays des morts-vivants ? Déjà, sachez que vous n’échapperez pas à certains clichés de la littérature marquetée « young adult ». L’héroïne est une tête brûlée avec un défaut majeur (elle ne sait pas lire correctement) et une capacité quasi surnaturelle pour son âge. En effet, à 15 ans, c’est déjà une tireuse d’élite et tacticienne hors pair capable d’affronter des troupes d’élite et des militaires de carrière. Elle fait l’objet d’une prophétie en rapport avec le livre de Lewis Carroll (qu’elle n’a pas lu donc),
et les retournements de situations sont assez classiques dans ce genre d’ouvrage. Notons également que même si l’action se passe en plein milieu de l’Inde (et une bonne partie du temps à Delhi et sa banlieue), l’héroïne est blonde comme les blés et… Américaine !
Oui mais l’histoire ? Alice au
pays des morts-vivants nous projette dans ce qu’il reste de l’Inde, désormais appelée Pays des morts, quelques années après le Réveil. Une arme bactériologique a échappé au contrôle de l’armée américaine. Celle-ci transforme par morsures ses victimes en morts-vivants. Pour tenter d’éradiquer la propagation, la Chine et les USA se sont livrés à une guerre nucléaire. Dans les ruines du monde où grandit Alice, un mystérieux Comité Central dirige le monde. En suivant un jour dans son terrier un « mordeur », Alice va découvrir l’envers de son monde déjà pas très rose, et la prophétie qui la concerne…
Et côté plaisir de lecture ? Mainak Dhar ne m’a pas franchement impressionnée par son style. Il ne s’embarrasse pas franchement de subtilité ni dans les péripéties de ses personnages ni dans ses descriptions. Mais il est efficace. Les pages se tournent rapidement et l’histoire se termine sur un twist hollywoodien bienvenu. Ou plutôt Bollywoodien vue la débauche de figurants et de matériels utilisés dans la scène finale. J’avoue d’ailleurs me demander dans un monde en ruine comme celui-ci où le Comité central trouve l’argent et la maintenance nécessaires pour sacrifier autant d’hélicoptères et de drones… Pour autant, Alice
au pays des morts-vivants n’est pas qu’une dystopie de zombie comme il en sort chaque année beaucoup trop. La critique en filigrane sur les excès du capitalisme et la façon dont les tensions politiques, avant et après le Réveil, sont montrées sont intéressantes. D’autant plus qu’elles abordent un point de vue radicalement différent de celui habituellement présenté par les auteurs occidentaux. Au final, Alice au pays des morts-vivants est une lecture sans prétention, mais plus fine qu’il n’y paraît de prime abord et plutôt plaisante. Pour amateur de zombies.

Alice au pays des morts-vivants
de
Mainak Dhar
traduction de
Sophie Bernar-Léger
Éditions
Fleuve