Avis d’invitée — Omale

Après nous avoir parlé de sa série favorite Malazan, Laetitia revient sur l’un de ses coups de cœur récents, l’auteur Laurent Genefort et plus précisément son livre Omale. Laissons-lui la plume…


Je rédige ce résumé quelques semaines après avoir lu le 1er tome d’Omale, sur la base des notes prises lors de cette lecture. Depuis, j’ai dévoré les autres livres de la trilogie, ainsi que toute la littérature de Genefort. Ça s’appelle un coup de cœur !

À noter que, bien qu’il soit apparemment un membre connu et reconnu de la scène SF française, j’ai découvert Laurent Genefort à cette occasion. Et pour la petite histoire (ceux qui savent…), j’ai hérité de ces livres qui appartenaient à madame la mère de @natouille.

Omale est un univers infini… et plat. Du moins au début de la saga, même si le lecteur apprendra par la suite que ce sont ses dimensions gigantesques qui empêchent de l’appréhender, d’autant plus que la science n’a pas — ou plus — droit au chapitre sur Omale. Trois races, des rehs, y cohabitent difficilement. L’une est d’origine terrestre, tandis que les 2 autres sont totalement extra-terrestres.

Les Chiles sont des guerriers, navigateurs et praticiens d’un « jeu », le fejii, qui pourrait être assimilé à une philosophie, ou une manière de vivre, voire une spiritualité si tant est que ce terme soit applicable à la perception Chile, et qu’ils sont les seuls à pouvoir maîtriser (bien qu’une version dégradée soit accessible aux autres races). Les Hodgqins sont plus contemplatifs, ce sont des linguistes et penseurs fabuleux, mais qui perdent leur langage originel quand ils en apprennent un autre. Enfin, les humains sont partagés entre panslamistes et escopaliens. Il va sans dire que la religion, dans toute son intransigeance et son sectarisme, tient une place prééminente dans la société humaine.

La manière dont les 3 races ont été amenées sur Omale ainsi que toute leur culture technologique ont été perdues au fil des siècles. Seuls quelques rares fragments de leurs savoirs d’antan subsistent.

La xénophobie, les guerres fratricides et les guerres de religion sont le décor de la quête que 6 compagnons improbables vont entreprendre, à la recherche d’un personnage historique, ou mythique, qui sait ? Les voilà réunis à bord d’un aéronef, par le hasard, ou par le fejii, ne se connaissant pas les uns les autres, et voguant pourtant vers une destinée commune. Des fragments d’œuf dont ils sont chacun dépositaires vont leur permettre, une fois leurs différences acceptées, de résoudre le puzzle ou plutôt de suivre un chemin antique dont le tracé les mènera à une révélation improbable.

Omale se déroule dans un environnement steampunk, mais doté d’une technologie agonisante plutôt que d’un grand élan vers le progrès. Nos personnages évoluent sur une terre « remodelée », des étendues maritimes immenses, avec des voyages dont la durée se compte en années plutôt qu’en mois à bord de moyens de transport, qu’il soient terrestre ou aériens, dont le nombre de passagers se chiffre en millier, voire dizaine de milliers.

La flore, la faune et l’environnement xénobiologique sont décrits dans les moindres détails, ce qui contribue à donner une épaisseur et un réalisme impressionnant à l’univers. La narration est une espèce de mélange entre Miéville et Simmons (dans Hypérion), en particulier si on prendre en compte la dimension de quête des personnages, tandis que l’histoire personnelle de chacun vient s’immiscer dans le récit principal, donnant du corps aux personnages et mettant en relief des points de vue sociétaux.

Ce premier tome m’a enthousiasmé au moins autant par la manière d’écrire de Genefort que par l’histoire en elle-même. Une découverte inestimable !

Omale
de Laurent Genefort
Éditions J’ai Lu

The Boy with Fire

Vendu par Netgalley comme un mélange entre Dune et La guerre du Pavot, The Boy with Fire est surtout un excellent premier roman et début de trilogie. Aparna Verma y décrit ce qui semble un thème assez classique en fantasy : une histoire de vengeance, de rédemption et de découverte de ses propres pouvoirs. Mais elle le place dans un univers résolument de science-fiction avec des holopads en guise de smartphones, des robots et armures à retour de force pour l’entraînement des soldats, toute une série de véhicules flottants (avec ou sans utilisation du champ magnétique) et des armes à impulsion laser.
The Boy with Fire est basé
sur Sayon, une planète qui à l’image de Madripoor et ou de celles de l’Empire dans Dune, a été colonisée depuis des millénaires par l’espèce humaine (et assez longtemps pour que certains membres changent d’apparence comme les Yumi aux cheveux tranchants ou les Jantari aux yeux décolorés). Nous y suivons en parallèle deux destins : celui d’Elena, héritière du trône de Ravence à quelques semaines de son couronnement, qui se révèle incapable de maitriser la voie du feu (ou Agneepath) comme l’ensemble des monarques avant elle ; et celui de Yassen, orphelin métis de deux nations en guerre et assassin en fuite qui tente de se reconstruire et de trouver sa liberté en acceptant l’offre d’un vieil ami. Et pourtant, rien ne se passera comme prévu. Les deux protagonistes auront leurs lots d’épreuve et devront remettre en cause certaines de leurs certitudes. Mais, The Boy with Fire n’est pas aussi prévisible que prévu et l’ensemble des personnages — et pas uniquement Elena et Yassen — sont attachants, et tout en nuances. Si les parallèles avec Dune (Yassen en Dr Yueh jeune par exemple, Elena en mélange entre Paul et sa fille Ghanima, etc.) et La guerre du Pavot (que je n’ai pas aimé) sont évidents, ils ne gênent pas la lecture et surtout, The Boy with Fire n’est pas une énième resucée de ces histoires. L’utilisation d’éléments de la culture desi (c’est à dire venant du sous-continent Indien – Inde, Pakistan, Sri Lanka, Bangladesh et la diaspora qui en découle) par petites touches dans le mode de vie de Ravence et par l’utilisation de certains concepts et non en calquant des dieux et des avatars connus dans l’histoire, aide également à se plonger dans cette épopée très originale. Pris un peu au hasard, j’ai eu un gros coup de cœur pour ce livre et je guette déjà la sortie du tome 2.

The Boy with Fire
d’ 
Aparna Verma
Éditions
New Degree Press

Les Naufragés de Velloa

Dès qu’il fait chaud, j’ai généralement envie de lecture détente et d’évasion. Quoi de mieux qu’un space opera me direz-vous ? Ça tombe bien, un nouveau titre de Romain Benassaya, présenté comme « l’une des nouvelles voix françaises » du genre est disponible au format poche : Les Naufragés de Velloa. Une bonne occasion de tester cet auteur, non ?
Dans ce livre, nous nous situons dans un futur où la Terre n’est plus habitable. Mars et Vénus ont bien été terraformés, mais les deux planètes n’accueillent qu’une portion minuscule de l’humanité. Le reste, les Naufragés ou les Blattes, s’entassent dans des habitats et vaisseaux de fortune aux quatre coins du système solaire. Sauf l’un d’entre eux qui a mystérieusement atteint une autre étoile. Comment ? Pourquoi ? Mars et Vénus doivent collaborer pour s’emparer de la mystérieuse technologie ayant permis ce tour de force. Sauf que…
Sauf que, 80 % du temps, Les Naufragés de Velloa n’est pas du space opera, mais du planet opera. Même si de nombreux flash-back nous promènent un peu partout autour de notre Soleil, passé la première partie, l’essentiel de l’action se situe sur Velloa. C’est sur cette planète hostile aux saisons marquées et aux coefficients de marée cauchemardesques que les naufragés du titre ont échoué quelques siècles auparavant et qu’ils tentent de survivre sous la coupe d’une étrange entité. Du coup, toute la seconde partie donne brutalement l’impression d’avoir atterri dans un roman de fantasy. Heureusement, l’action revient assez vite sur le terrain de la SF pour ne plus la lâcher.
Et de l’action, vous en aurez à
foison. Chaque chapitre se termine par un cliffhanger à l’américaine et les protagonistes volent de surprises en révélations… Suspendez votre incrédulité, notamment face aux prouesses des IA quantiques (et des virus traversant la barrière informatique des espèces à la manière d’Independence Day, mais sans ordinateur Apple pour l’aider), et laissez-vous porter. Si vous arrivez à supporter jusqu’au bout une Dayani égocentrique et sans nuance, qui est censée être la locale de l’étape dans l’équipe de héros, vous passerez un excellent moment de lecture plaisir.

Les Naufragés de Velloa
d
e Romain Benassaya
Éditions
Pocket

Quitter les monts d’Automne

Que j’aime, que je n’aime pas ou que je reste perplexe, le moins que l’on puisse dire c’est que la sélection de livres d’Albin Michel Imaginaire déjà lus ne manque jamais d’originalité ni de surprise pour son lectorat. Dernier exemple en date ? Ce Quitter les monts d’Automne d’Émilie Querbalec qui sort en ce début septembre. Je ne vous ferai pas lambiner sur toute une colonne : s’il a droit à sa propre chronique, c’est que je l’ai apprécié, malgré une protagoniste qui a une grosse tendance à se laisser porter par les événements et fait preuve d’une belle dose d’égoïsme vis-à-vis de ses amis.
De quoi par ce Quitter les monts d’Automne ? L’action commence dans les fameux monts d’Automne, un endroit reculé à la campagne sur une planète inspirée du Japon pré-époque moderne. Kaori y vit avec sa grand-mère conteuse et une troupe de danseuses et attend désespérément de savoir si elle héritera du Dit, le don de sa lignée. À la mort de sa grand-mère, celle-ci lui lègue en héritage le plus grand tabou qui soit : un texte écrit. En danger elle devra fuir sa planète, découvrir l’univers et les êtres qui l’habitent et finalement comprendre le secret de son parchemin.

Vous avez donc trois genres au moins dans un seul livre : de la fantasy pure, qui tourne au planet opéra à la Jack Vance quand Kaori part pour la capitale, avant de devenir un space opera plutôt bien rythmé dans la dernière partie, bataille à l’intérieur de station spatiale comprise. Vous y rencontrerez de tout : des intelligences artificielles caractérielles, des cyborgs, des humains à différents stades de la civilisation, et vous ne vous ennuierez pas une minute. Le style simple et l’action constante font que ce livre ne se lâche pas facilement. Pour le coup c’est un véritable « page-turner » où la progression semble se faire toute seule. J’ai juste regretté une fin un peu confuse et légèrement précipitée. Malgré cela, ce fut un très beau voyage, parfait pour s’évader avant le traintrain de la rentrée.

Quitter les monts d’Automne
D’
Émilie Querbalec
Édition Albin Michel

Terre errante

Je connaissais déjà Liu Cixin ayant lu, bien avant la création de ce blog, la traduction du Problème à trois corps et de ses suites en anglais suite à une virée dans une librairie américaine. Quand Netflix a annoncé avoir les droits de The Wandering Earth, le film adapté de sa nouvelle, je fus assez curieuse pour regarder le film et l’apprécier. C’était un bon blockbuster avec de l’action et des effets spéciaux qui en mettent plein la vue. Mais le concept qui fleure bon le Cosmos 1999 à l’échelle planétaire sans plus de base scientifique que la vieille série TV m’avait dissuadée de trouver une version de l’histoire.
Et puis, je suis tombée sur Terre errante en fouinant chez l’un de mes libraires de quartier. Le traducteur étant le même que celui qui avait traduit Membrane, j’ai acheté le petit ouvrage.
Disons-le de suite, entre Terre errante, la nouvelle de Liu Cixin et The Wandering Earth, le film de
Frant Gwo, il n’y a rien à voir, hormis le concept de faire sortir la Terre de son orbite et le nom de certains personnages. Dans les deux cas, le départ est le même : le soleil va se transformer en géante rouge et, pour éviter que la Terre ne soit vaporisée par l’héliosphère, la Coalition planétaire la dote de milliers de propulseurs géants. Ainsi transformée en vaisseau générationnel, elle doit partir pour Proxima du Centaure.
Dans la nouvelle, le narrateur est né après la construction de ces propulseurs. Il raconte de son point de vue de citoyen lambda de ce qui fut la Chine, le départ et la sortie du système solaire. Pour une aventure spatiale, Terre errante reste au ras du sol. De l’incrédulité des populations à l’impact sur leur moral des différents aléas du voyage, le narrateur reste fixé sur l’humain. Certaines scènes sont spectaculaires : la course en traîneau sur le Pacifique gelé, la pluie de météorites qui accompagne la traversée de la ceinture d’astéroïde ou le virage autour de Jupiter. Et pourtant, Liu Cixin nous entraîne dans les pas d’un homme dont les sentiments ont tiédi face aux difficultés de sa vie et à la nécessité impérieuse de la survie du groupe. En acceptant de faire un très gros effort de suspension de l’incrédulité dans les aspects scientifiques et la plausibilité d’un tel voyage, Terre errante se révèle une nouvelle poétique sur le destin extraordinaire d’un homme bien ordinaire embarqué dans un voyage sans fin.

Terre errante
de Liu Cixin

Traduction de Gwennaël Gaffric
É
ditions Actes Sud

Histoires courtes

Entre deux pavés lus ou relus, j’aime intercaler des nouvelles, soit pour rester dans un univers soit pour découvrir de nouveaux auteurs. Ce fut le cas avec ces trois histoires :

Auberon
Vous le savez désormais si vous avez lu cet article et cet article ou encore cet autre, 
j’aime beaucoup l’univers de The Expanse. Outre tous les romans, j’ai lu presque toutes les histoires courtes (nouvelles et novellas) dans cet univers. Auberon se situe à peu près au même moment que le dernier roman. Et ce coup-ci, James SA Corey nous plonge de l’autre côté de la barrière : chez les envahisseurs venus de Laconia. Ou plus exactement il nous montre l’installation d’un nouveau gouverneur et de sa femme sur Auberon, une planète colonisée depuis suffisamment longtemps pour avoir une population prospère et une économie largement corrompue. En quelques pages, James SA Corey nous montre comment un couple pétri d’idéalisme va devoir composer avec les principes du Général Duarte pour survivre sur ce nouveau monde. Et si l’amour était la meilleure arme pour résister à l’envahisseur ?

Auberon
de James SA Corey
Éditions Orbit

Hell Creek
Parmi d’autres éditeurs, Albin Michel Imaginaire a la bonne idée de proposer des nouvelles gratuites des auteurs dont il publie les romans. Avant de savoir si j’allais acheter Un Océan de rouille, j’ai donc téléchargé Hell Creek de C. Robert Cargill. Une histoire de zombies à la préhistoire avec une tricératops en personnage principal c’est tentant non ? Oui, et pourtant ça tombe un peu à plat. La nouvelle est très courte, et une bonne moitié est consacrée à la mise en situation. Tricératops (oui c’est également son nom) est un personnage attachant, mais l’histoire en elle-même est peu développée. Comme quoi une bonne idée ne suffit pas pour faire une bonne histoire. Autant vous dire que mon intérêt pour l’auteur fut vite refroidi.

Hell Creek
de C. Robert Cargill
traduction de Laurent Philibert Caillat
Éditions Albin Michel

Zeitgeber
Éditeur de l’imaginaire reconnu, mais également site prolixe sur l’actualité des littératures de genre, Tor propose souvent des nouvelles gratuites à lire en ligne. Notamment Zeigeber de Greg Egan. Pour une fois, l’auteur reste très proche de l’humanité. Il imagine un monde où les cycles de sommeil se détraquent, imposant à certains de dormir trop, à d’autres de veiller quand il fait nuit, etc. Là où Les Bras de Morphée en faisant un polar plutôt drôle, Greg Egan imagine une histoire poignante confrontant un père de famille et sa fille atteinte du trouble. Comment réagir face à cette perturbation du rythme familial, et comment réagir si la « malade » ne veut pas guérir ? Tout en pudeur, Greg Egan signe ici un de ses plus beaux textes.

Zeitgeber
de Greg Egan
à lire en ligne sur cette page.