Destination Outreterres

Un inédit de Robert Heinlein plus de trente ans après sa mort ? C’est tellement rare qu’il était tentant de découvrir Destination Outreterres d’autant que c’était l’occasion de tester la nouvelle collection d’Hachette Heroes, le Rayon Imaginaire, consacré à… l’imaginaire. Au fur et à mesure de l’histoire, je me suis aperçue que j’avais déjà lu ce récit il y a fort longtemps avec un exemplaire de poche en VO oublié par un autre touriste au fin fond de l’Asie. Il s’agit en effet de Tunnel in the Sky, un roman écrit en 1955 à destination de la jeunesse.
Et la trame correspond parfaitement à une histoire de passage de l’enfance à l’âge adulte. Dans Destination Outreterres, nous sommes dans un futur où notre planète est un monde surpeuplé qui ne doit sa survie qu’à la découverte de portails instantanés vers d’autres planètes où exporter des colons et d’où importer nourritures et matériaux épuisés chez elle. Dans ce futur, l’une des épreuves de fin de lycée est un stage de survie sur l’une de ces planètes non encore ouvertes à la colonisation. Mais le stage de Rod et de sa classe se passe mal et le portail de sortie n’apparait jamais. Il ne s’agit plus de vivre quelques jours en terre inconnue, mais d’y bâtir une nouvelle civilisation avec ses luttes de pouvoirs, ses conflits moraux et ses aléas divers et variés de la cuisine à l’élaboration d’un programme de loisirs.
Si vous avez déjà lu des livres de Robert Heinlein, vous retrouverez de nombreux éléments chers à l’auteur : la liberté et la responsabilité individuelle avant tout, le dégoût d’une spécialisation à outrance, une méfiance envers toute forme d’autorité, et des kilts. Et si le pitch de départ — et la présentation de l’éditeur insistant bien sur ce point — rappelle Sa Majesté des mouches de William Golding parue un an auparavant, l’histoire est nettement plus optimiste. Les adolescents et jeunes adultes de Heinlein (où se mêlent garçons et filles) ne descendent pas tous dans la barbarie et finissent au contraire par reconstruire une vraie ville avec maire, mariages, bébés, forge, etc.
En revanche, même si à partir des années 80 ce livre a été réédité dans des collections pour adultes, il a d’abord été pensé comme un livre pour la jeunesse. Ce qui dans l’esprit de ce cher Robert Anson Heinlein passe par un côté pédagogique fort sur des sujets aussi divers que pourquoi un couteau de chasse est plus intéressant pour la survie qu’un fusil ou l’importance du papier dans la civilisation, mais également par une forte coloration idéologique moins « poil à gratter » que dans ses romans pour adultes, mais pas nécessairement plus légère.
J’ai néanmoins pris beaucoup de plaisir à relire ce roman, et j’avoue que l’édition française est particulièrement soignée avec une couverture séduisante, même si j’étais au départ assez sceptique sur le choix d’un fond blanc en couverture.

Destination Outreterres
de
Robert Heinlein
traduction de Patrick Imbert

Éditions
Hachette

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