Fil rouge 2018 : Un Pont sur la brume

Après La Quête onirique de Vellit Boe, continuons notre découverte des écrits de Kij Johnson avec Un Pont sur la brume pour le défi de ce mois dans le Fil rouge 2018, consacré à l’écriture féminine.
Ce court livre est à la fois un achat au récent Livre Paris 2018 et l’occasion de découvrir, enfin, la nouvelle collection Une Heure-Lumière de Le Belial’ rassemblant des histoires inédites à mi-chemin entre le roman et la nouvelle, et se lisant en une heure ou à peu près. S’il respecte ce délai en temps de lecture, Un Pont sur la brume laisse une impression forte qui s’étale dans la durée.
L’histoire est simple : un architecte, Kit Meinem, doit construire un pont au-dessus d’un fleuve dangereux pour rassembler enfin les deux parties de l’Empire. Étranger à la région, il construit au fil des années des liens entre les deux côtés du fleuve au-delà de la simple construction. Cet ouvrage gigantesque va lui, peu à peu, modifier la vie de tous, y compris celle de Kit qui ne s’y attendait pas, au fur et à mesure que la distance entre les rives diminue, que certaines activités disparaissent et que d’autres se créent.
Avec Un Pont sur la Brume, Kij Johnson s’éloigne des thèmes spécifiquement féministes de La Quête onirique de Vellit Boe. En revanche, elle explore encore une fois la nostalgie du temps qui passe. Que reste-t-il une fois que l’œuvre d’une vie devient sans objet ? Une fois qu’elle est achevée ? Comment les gens de passage finissent par marquer ceux qui restent, et vice-versa ? Sous couvert de narrer une prouesse architecturale, Kij Johnson raconte encore une fois avec talent l’âme humaine.

Un Pont sur la brume
de Kij Johnson
Traduction de Sylvie Denis
Éditions Le Belial’

Come Back to the Swamp

Parfois il est très agréable de lire un récit fantastique sans monstre et sans horreur indicible. J’ai beau aimer Lovecraft et son univers, j’aime aussi changer de style. Come Back to the Swamp, le court roman de Laura Morrison qui sortira officiellement le 7 août prochain est la solution idéale. Se passant pourtant dans un univers moite et spongieux, Come Back to the Swamp est drôle, enlevé et plein d’allant, mais il n’est jamais terrifiant et ne cache pas le moindre tentacule entre ses pages. Quand bien même, l’idée d’être perdue dans un marécage à la merci d’un être revenu à l’état sauvage à de quoi terrifier quiconque a déjà vu ou entendu parler de Délivrance.
En y réfléchissant un peu, les épreuves subies par le personnage principal, Bernice, sont assez horribles, mais l’accent du récit n’est jamais mis sur cet aspect. Au contraire, en nous mettant dans la peau de Bernice, jeune doctorante un peu paumée sur son avenir, Come back to the Swamp adopte un ton léger où l’angoisse se combat à coup de musique et de série TV culte addictive. Le parcours de notre héroïne est prévisible dès les premières pages, mais l’histoire est suffisamment courte et bien menée pour que le lecteur ne s’ennuie pas un seul instant. Je n’avais jamais rien lu de Laura Morrison auparavant, mais je vais suivre avec attention ses prochaines aventures littéraires. Et vous engage à faire de même.

Come Back to the Swamp
de Laura Morrisson
Éditions Black Spot Books.

Skin Food

Depuis Train to Busan, la Corée du Sud est devenue le nouveau terrain de jeu des zombies. Skin Food ne fait pas exception à la règle. Si ce n’est que son auteur, le mystérieux Type A, n’est pas coréen. Il a grandi entre les deux Amériques (du Nord comme du Sud) et vit désormais en Corée.
L’histoire de ce très court roman est simple : un groupe de jeunes touristes rentrant d’une soirée arrosée dans Séoul se retrouve coincé dans la ville quand se déclare une épidémie zombie. Pourtant l’histoire ne manque pas d’originalité : des faiblesses des zombies à la façon de les tuer (d’un coup perforant dans le dos pour atteindre les poumons) pour les plus évidentes au choc des cultures entre des étudiantes originaire de Floride et le monde moderne coréen, tout y passe par petites touches.
En revanche, ceux qui veulent comprendre d’où viennent ces zombies resteront sur leur faim. Tout au plus sauront-ils que selon la légende locale : « Quand le haineux meurt, la haine peut survivre et des torrents de rage peuvent inonder la terre. » Virus, mauvais karma ou sorcellerie, vous n’en saurez pas plus.
J’ai particulièrement apprécié que l’ampleur de l’invasion reste à taille humaine. Même si le lecteur comprend vite qu’une grande partie de la péninsule est concernée, les zombies croisés restent en petits groupes. Les grands rassemblements à la World War Z ne sont entraperçus que de loin. Cela rend la progression des personnages un minimum crédible, à défaut d’être parfaitement réaliste. Ceux-ci ne sont pas non plus des fous de la gâchette et à la différence de Walking Dead, les humains croisés ne sont pas des psychopathes uniquement préoccupés par leurs gains personnels. Qu’ils aident ou non les héros, ils se comportent de façon logique dans cette situation. Mon seul bémol est plus sur la forme. Je ne sais pas si la raison provient du fait que le livre soit autoédité, ou parce que l’auteur a essayé de mettre des caractères coréens dans son manuscrit, mais le début a quelques problèmes de lecture. Il reste néanmoins très compréhensible.

Skin Food de Type A
thetypea.com

Pour le #100defislecture2018 de Dame Ambre : 61 points avec celui-ci.