Paideia

Certains livres se lisent tous seuls d’une traite, et d’autres ont une progression plus difficile, mais laissent une impression durable une fois la dernière page tournée. Paideia, le premier roman « adulte » de Claire Garand entre dans la seconde catégorie. Progression difficile, car d’une certaine manière les micro-agressions subies de la narratrice forcent la lectrice à reprendre son souffle, à poser le livre et à y revenir plus tard. Progression difficile, car, et cela rejoint le premier point en nous mettant au plus près du personnage, tout le texte est écrit à la première personne à la place d’une narratrice qui n’est jamais nommée. Et qui vous jette dans son histoire en plein milieu, ou plus exactement « Un jour, avant la Descente ». Quel jour ? Avant quelle descente ? Nous le saurons plus tard. Les repères dans Paideia ne cessent d’être bousculés. La petite fille du récit n’a que sept ans, mais déjà un corps presque adulte prêt à enfanter le futur de l’humanité. Géniale, capable de converser en une multitude de langues et de concevoir des environnements biologiques, elle est considérée comme une abrutie par ses consœurs du même âge qu’elle et à la destinée similaire.
Paideia est en effet l’histoire de dix filles (ou femmes ?), élevées en orbite chacune dans sa station avec son couple parental, son animex et sa réserve de graines pour repeupler l’univers. Après une succession de catastrophes et de guerres, l’humanité dépend de ces enfants génétiquement modifiées et soigneusement éduquées pour se reconstruire et partir à la conquête des étoiles. Mais l’une d’entre elles refuse de se contenter du rôle de matrice qu’on lui impose et se rebelle. Paideia est son histoire en quasi-huis clos. C’est également le récit d’un renoncement, d’un abandon, mais également d’une quête de liberté. Il parle du rôle que les autres veulent nous imposer et de la conséquence de nos choix, de la puissance des rêves et du déni face à une réalité sordide et sans issue possible. Roman dur et pessimiste, Paideia offre pourtant une véritable ouverture vers l’infini, même si finalement tout n’est qu’illusion.

Paideia
de
Claire Garand
Éditions
La Volte

NB : Cette chronique s’inscrit dans le défi lecture imaginaire de 2023 concocté par Jean-Yves et Océane. Arbitrairement, ce livre sera dans la catégorie #M2C4. Mais il peut aussi cocher les cases #M1C6, #M4C3, #M4C4, #M4C6, #M5C6 et #M6C3.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.