Fil rouge 2018 : Dune

En ce mois de juin orageux, la thématique du fil rouge apparaît un peu décalée. Ce n’est pas grave, arpentons le sable pour nous sécher avec une saga mythique de la science-fiction : Dune de Frank Herbert.
Comment parler d’un livre qui vous a fait découvrir un genre littéraire entier ? Comment aborder une série de romans qui vous tient tellement à cœur que vous les avez lu une bonne vingtaine de fois pour les plus anciens ? C’est l’exercice difficile auquel je me livre dans ces lignes, soyez indulgents. Vous l’aurez compris, Dune et ses suites écrites par Frank Herbert (Le Messie de Dune, Les Enfants de Dune, L’Empereur-Dieu de Dune, Les Hérétiques de Dune, La Maison des Mères) occupent une place à part dans ma bibliothèque et dans mon cœur de lectrice. Je l’ai découvert à 10 ans avec la première édition de poche en français. La couverture de Suidmak et ce visage aux yeux bleus sur bleus m’a attirée et je me suis laissée happer par l’écriture. Depuis, je le relis régulièrement, en redécouvrant à chaque fois quelque chose de neuf au creux de ses lignes. Grâce à Dune, j’ai découvert la littérature russe, les tragédies grecques, je me suis sensibilisée à l’écologie et à la politique. Et j’ai surtout entamé avec ce livre ma longue histoire d’amour avec la science-fiction grâce à laquelle vous lisez ces lignes.
Dune, le premier roman, est l’histoire d’une tragédie (un duc trahi sur une planète hostile) et de la vengeance menant son fils adolescent au trône de l’Empire galactique. Le deuxième roman, Le Messie de Dune, narre la fin d’un règne et montre comment lorsqu’on mêle politique et religion, tout s’emballe et mène au désastre. Le tout au milieu d’intrigues de Palais n’ayant rien à envier à Shakespeare. Chaque livre, chaque cycle de cette série aborde des thèmes forts : l’écologie, la survie de l’espèce, l’addiction aussi bien au niveau de l’individu que de la structure économique (il suffit de remplacer « Épice » par « pétrole » ou « nucléaire » pour reconnaître dans les problèmes de l’Empire des échos de notre monde actuel), la prédestination face au libre arbitre, la place de l’éducation, etc. Pour autant, Dune et les autres romans écrits par Frank Herbert ne sont pas des pensums. Les personnages sont tous – à l’exception notable du baron Harkonnen et de Wensicia Fenring – très attachants, même les plus effrayants ou les plus tordus d’entre eux. L’action est également bien présente, même dans le livre le plus intimiste de la série (L’Empereur-Dieu de Dune), au point que je ne m’y ennuie jamais que ce soit en relisant en français ou en anglais. J’aime aussi beaucoup les Appendices (à la fin de Dune et du Messie de Dune) qui expliquent le monde où l’histoire commence : lexique et glossaire des personnages, mais également écologie de Dune et place de la religion dans l’Empire.
Si vous lisez les six romans (sept en français, car Dune a été divisé en deux tomes), vous vous embarquez pour 15 000 ans d’histoire, avec parfois de grands sauts temporels d’un livre à l’autre. Et pourtant, vous ne serez jamais déstabilisés. Mon seul regret est que la mort a interrompu Frank Herbert alors qu’il donnait une nouvelle direction à sa saga. Et les livres écrits par son fils et Kevin Anderson, me direz-vous ? Faites-vous votre propre opinion. Personnellement, j’ai lu les deux premiers, et je n’ai pas reconnu les personnages que Frank Herbert m’avait fait aimer ni retrouvé la puissance évocatrice de la saga originale. Je préfère considérer qu’ils n’existent pas, ce que d’autres font très bien avec les films (déjà sorti ou à venir) et la minisérie.
Dune n’est pas un livre facile à aborder. Soit on entre dedans et on se laisse porter, soit on reste hermétique à la lecture des premiers chapitres. Dans ce deuxième cas, faites l’effort d’aller un peu plus loin. Comme le plus précieux des joyaux, Dune dévoile tout son éclat et sa richesse après quelques efforts.

Dune de Frank Herbert
Éditions Berkley
Traduction de Michel Demuth
Éditions Presse Pocket*

*Il y a de nombreuses autres éditions du livre tant en français qu’en anglais, certaines nettement plus récentes, mais j’ai préféré indiquer celles en ma possession.

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