Dark Worlds

Si vous aimez l’horreur, quel que soit votre média de prédilection pour frissonner, il y a de fortes chances pour que vous ayez croisé d’une façon ou d’une autre Clive Barker. En effet, le natif de Liverpool est tantôt comédien et dramaturge, tantôt photographe, tantôt peintre, tantôt écrivain, tantôt cinéaste, tantôt scénariste de BD et de jeu vidéo… Au cinéma, il est à l’origine de la saga Hellraiser, inspirée de son roman The Hellbound Heart (paru sous le titre Hellraiser en français), et de la saga Candyman, inspirée elle d’une nouvelle, Lieux interdits, qui figure au sommaire de son cinquième Livres de sang, Prison de chair). Mais son œuvre a également été adaptée par d’autres, comme avec Midnight Meat Train de Ryuhei Kitamura. En littérature, il va s’imposer un des fondateurs du splatterpunk (un mouvement de l’horreur fictionnelle qui se distingue par son côté très graphique, souvent gore, des descriptions de violence, un aspect contre-culturel, et l’absence de limites dans la description de l’horreur selon la définition de Wikipédia) et jouer aussi bien dans l’horreur pure (ses six recueils de nouvelles, Les Livres de Sang par exemple) que dans le fantastique (Imajica ou Cabal par exemple, qu’il adaptera lui-même en film, même si la Fox va lourdement intervenir dans le montage), ou la fantasy (Abarat).
Bref depuis son arrivée sur le devant de la scène dans les années 1980, l’artiste est prolifique et toujours là où on ne l’attend. Et pourtant, derrière ses différentes créations, l’homme est assez peu connu en France et en Belgique. Pour le découvrir, aussi bien dans sa vie personnelle que dans les coulisses de ses œuvres les plus connues, Clive Barker’s Dark Worlds (ou plus simplement Dark Worlds) de Phil et Sarah Stokes est le livre idéal. Attention d’un point de vue purement physique, ce livre est un beau bébé de 360 pages au format A4 et écrit petit. Soit 1,272 kg d’informations, d’illustrations (y compris des photos de famille
et personnelles, ou des œuvres de Clive Barker lui-même) autour de Clive Barker et de ses différentes œuvres. Que vous soyez fan de l’écrivain, aficionado de l’une ou l’autre de ses franchises horrifiques au cinéma, ou que vous fassiez partie, comme moi, des rares joueurs ayant apprécié Clive Barker’s Jericho, ce livre est une mine d’information et de découverte. Et son sommaire mélange ordre chronologique et thématique pour vous permettre d’entrer dans l’univers de Clive Barker par le « trou » qui vous intéresse et d’en ressortir par un autre auquel vous ne vous attendiez pas du tout. Vous donnant ainsi l’occasion de revenir sans cesse à son œuvre. Ses auteurs, Phil et Sarah Stokes, apprécient l’œuvre de Clive Barker depuis ses débuts et la documente depuis au moins 1998 et leur premier site Web consacré à l’artiste. Et depuis une vingtaine d’années, ils collaborent avec lui en tant qu’archivistes et documentaristes de sa vie et de ses œuvres. Publié en anglais en 2022, Dark Worlds est la somme de leur travail, particulièrement riche par le fait qu’ils y mêlent leurs propres expériences personnelles et disposent souvent du témoignage de première main de Clive Barker lui-même. Quitte pour certains passages à croiser ses dires avec d’autres sources plus facilement vérifiables (catalogues, programmes, etc.). Bref, c’est un régal que je vous recommande grandement si vous aimez votre dose d’horreur soigneusement épicée, bien saignante et multimodale. Personnellement, outre le contenu du texte, ce que j’ai préféré dans cet ouvrage, sont la présence des nombreuses peintures et photographies de Clive Barker, comme le vis-à-vis entre le portrait de Nicholas Vince et le rendu final pour l’une des couvertures des Livres de sang volume 6.

Clive Barker’s Dark Worlds
de 
Phil et Sarah Stokes
Traduction de Thomas Bauduret
Éditions
Faute de Frappe et Livr’s

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