Vous vous souvenez des films La Petite boutique des horreurs avec Audrey II, la plante bavarde qui préfère le sang à l’engrais ? Sarah Maria Griffin s’en souvient elle très bien. Mais avec Eat The Ones You Love, elle transpose l’histoire au XXIe siècle dans la banlieue de Dublin où Shell et Neve vont se rencontrer. La trentaine, Shell s’est séparée de son fiancé et a été licenciée. Retournée vivre chez ses parents avec ses deux autres sœurs, elle déprime. Jusqu’au jour où traînant dans le centre commercial décrépi du quartier, elle tombe sur une offre d’emploi chez la fleuriste. Celle-ci, Neve, s’est récemment séparée de sa compagne et semble épuisée avec des marques étranges sur le corps.
L’histoire de Sarah Maria Griffin se déroule sur une période de quelques mois, jusqu’à la fermeture annoncée et définitive du centre et de toutes ses échoppes. Chaque chapitre y est raconté en alternance du point de vue de Shell et de Neve, avec parfois des lettres de Jen l’ex de Neve ou le regard d’un tiers pas vraiment humain.
Là où Audrey II se « contentait » d’agir au fond de sa boutique et de faire entendre sa voix pour cajoler ou se faire obéir de Seymour, l’orchidée sans nom est originaire du joyau architectural du centre commercial et s’est infiltrée un peu partout dans celui-ci, voire au-delà par l’intermédiaire des bouquets que vend Neve. Cette espèce invasive est là depuis plusieurs « générations » de fleuriste et peut « infecter et influencer » les humains qu’elle côtoie. Son potentiel horrifique en est donc largement décuplé.
Le récit nous étant communiqué par une série de narratrices finalement assez peu fiables, il nous laisse toujours dans le doute et dans l’incapacité de prévoir la suite. À travers ce roman, l’autrice interroge la vacuité d’une vie « d’abord vécue en ligne » avant de l’être dans le monde physique. Pour certains des personnages, ce sont les différents groupes WhatsApp auxquels ils appartiennent, pour d’autres la différence entre la persona dont ils sont tombés amoureux en ligne et la réalité du quotidien, pour d’autres encore la course aux likes et à la validation sur les réseaux sociaux. C’est dans ce vide et cette solitude d’une banlieue décrépite où l’avenir semble bouché que l’antagoniste du livre s’enracine.
Même si Shell n’est pas la plus attachante des protagonistes, d’autant qu’elle fait preuve d’une bonne dose d’égocentrisme, l’ensemble des personnages du livre donne envie de s’intéresser à eux et à leur avenir. Mon seul reproche à ce roman ? Une résolution un peu trop rapide et sans réelle conséquence, sauf pour Neve.
Eat The Ones You Love
de Sarah Maria Griffin
Éditions Titan Books
En cadeau estival, un extrait de La Petite boutique des horreurs :
