Cicatrices

Moi, vous commencez à me connaître… Vous me vendez du folk horror, de la caféine (sous forme de thé en plus du café, je ne suis pas sectaire) et une ville sur la côte et je suis partante. Ça tombe bien c’est justement ce que propose Cicatrices, le nouveau roman d’Estelle Faye (qui a déjà prouvé il y a quelques années qu’elle s’y connaît en folk horror) chez Rageot dans leur nouveau label « New Adult ». Au passage, ne me demandez pas exactement ce que cette appellation recouvre, je n’en ai aucune idée… Et j’avoue que les étiquettes marketing de ce type n’ont — comme les bandeaux rouges, les macarons « adapté en série » ou le jaspage — aucun effet particulier sur mon appétence pour un livre ou non.
Et Cicatrices alors ? C’est un très bon roman qui fait parfaitement le job que vous soyez habituée au fantastique ou novice en la matière : à savoir vous immerger pendant de longues heures aux côtés de sa protagoniste, Maylis dite May, et découvrir avec elle les secrets de Seasmouth… Avec seulement quelques livres devant elle, et une moto engluée dans la boue en pleine forêt, May a fui sa vie parisienne après un accident d’auto dans lequel l’ancienne comédienne a été défigurée et a perdu sa meilleure amie (et sa carrière au cinéma, en prime). Un antiquaire anglais ami de son oncle lui propose de travailler dans son magasin dans une petite ville du Lancashire où le rivage est hanté par l’Ombre, et où les rivalités entre la famille aristocratique des Saint-John et les « Mud Boys » des tours HLM sont liés à d’anciens secrets et à une sorcellerie millénaire. Où, étrangement, May a un rôle à jouer et où elle découvrira peut-être de quoi apaiser ses cauchemars.
En choisissant pour personnage principal une « Frenchy » qui débarque au milieu de la petite ville côtière anglaise typique, l’autrice évite avec habilité l’écueil classique consistant à parler d’un folklore qui n’est pas le sien comme si elle le maîtrisait parfaitement. Là, elle va puiser à différentes sources — certaines créatures marines celtes, les histoires autour des villes englouties sous les flots, et même une pointe de vaudou haïtien — pour construire son histoire. Comme souvent chez elle, Estelle nous entraîne dans une direction pour mieux écarter le cliché convenu et faire un pas de côté qui nous égare sur un autre chemin. Et l’horreur dans tout ça ? Entre une Ombre dont le comportement n’est pas sans rappeler celui de The Fog de John Carpenter (épargnez-vous le remake de 2005), un homme au cœur arraché toujours battant après mille ans, des cauchemars à base d’œil crevé (pas merci pour ce passage d’ailleurs, certaines lectrices souffrent de phobie oculaire) et de version pour violon de Nirvana, de la sorcellerie, des fantômes divers et autres voyages temporels, vous allez être servis… Pas au point de refermer le livre de terreur ! Au contraire, vous tournerez de plus en plus vite les pages pour découvrir ce qui attend May et les autres habitants de Seasmouth. Tout en rêvant d’une bonne tasse de thé noir bien fort et d’un paquet de shortbreads tout juste sortis du four pour vous soutenir au fil des chapitres.

Cicatrices
d’Estelle Faye
Éditions Rageot

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.