Fil rouge 2018 : L’étrange affaire Nottinger

Oui je sais, j’avais promis de ne plus relire de livre «lovecraftien» avant le prochain The Laundry Files de Charles Stross cet octobre. Mais j’ai voulu profiter de la thématique Fil rouge de juillet (un auteur francophone) pour découvrir une plume que je ne connaissais que par Twitter interposé. J’ai donc pris L’étrange affaire Nottinger de Claire Billaud sans même savoir de quoi parlerait l’intrigue. Je me doutais juste que le livre aborderait l’un de mes genres de prédilection — SF, fantastique ou policier — sans savoir lequel. Et ce fut les deux derniers genres qui sont abordés.
Sur une trame très classique pour un récit dans l’univers lovecraftien — un étranger entre en contact avec une famille maudite et se retrouve piégé par cette malédiction — L’étrange affaire Nottinger restitue un récit solide et résolument moderne. En effet, l’histoire se place dans l’Angleterre du XXIe siècle et non dans
la campagne américaine du début du XXe siècle. Et le personnage principal est une femme, détective de son état. De plus, nous ne sommes pas surpris. Dès les premières pages, le prologue nous informe que l’histoire se terminera mal pour presque tous les personnages. Sauf que…
Comme dans tout bon polar, Claire Billaud revient sur ses pas pour nous raconter comment le drame s’est noué, avec une intrigue en deux parties : d’abord du point de vue de la détective, puis de celui de l’inspecteur adjoint. Si comme moi, vous avez lu de nombreux récits sur le mythe de Cthulhu vous ne serez peut-être pas surpris par les différentes évolutions de l’histoire. Mais l’écriture fluide et la construction très bien imbriquée des différentes pièces
et indices. De plus, pour une fois ce ne sont pas les plus connus des Grands Anciens qui ont la vedette, mais l’obscur Hastur l’indicible, dont au fil des nouvelles on ne sait pas s’il est complètement mauvais ou juste légèrement. Je vous laisse découvrir quelle version a choisie Claire Billaud dans L’étrange affaire Nottinger. Au passage, ce récit relativement court est également une très bonne porte d’entrée dans l’univers de Lovecraft pour un jeune lecteur adolescent ou préadolescent.

L’étrange affaire Nottinger
de Claire Billaud
Éditions

Les Détectives du Yorkshire — Rendez-vous avec le crime

Les premiers beaux jours arrivent, l’été est bientôt là, et l’envie de lectures légères est de retour. Ça tombe bien, NetGalley France propose un concours de lecture avec quelques titres légers. Si tous n’ont pas retenu mon attention, Les Détectives du Yorkshire – Rendez-vous avec le crime de Julia Chapman m’a convaincue. Si vous aimez les histoires policières à la sauce british comme les Agatha Christie ou les aventures de l’inspecteur Barnaby, ce premier volume d’une nouvelle série policière est fait pour vous.
Ici, l’histoire se situe dans la campagne du Yorshire au nord de l’Angleterre. Hormis des fermiers, des moutons, les pubs et du rugby, il n’y a pas grand-chose de neuf à Bruncliff. Et pourtant, deux nouvelles agences viennent d’ouvrir : une agence matrimoniale et une agence de détective privé. Quand les clients de la première meurent peu à peu, la deuxième va devoir résoudre l’énigme. Ajoutez-y à ça des personnalités bien campées, à défaut de prénoms très fins comme Samson et Delilah pour les deux héros, et une bonne dose de loufoquerie dans les personnages secondaires.
L’ensemble fournit un roman assez court (300 pages), léger, mais loin d’être idiot. J’ai particulièrement apprécié de le voir situer dans un coin d’Angleterre souvent oublié des intrigues policières, ce n’est ni le Londres de Cormoran Strike, ni le sud de l’Angleterre cher à Agatha Christie et encore moins l’Écosse, pourtant propice aux auteurs policiers.

 

Les Détectives du Yorkshire tome 1 — Rendez-vous avec le crime
de Julia Chapman
Traduction de Dominique Haas
Éditions Robert Laffont – La Bête noire

The 7 1/2 Deaths of Evelyn Hardcastle

Que se passerait-il si Agatha Christie avait écrit le scénario d’Un jour sans fin ? Certainement une histoire très similaire à celle contée par Stuart Turton dans The 7 1/2 Deaths of Evelyn Hardcastle.
Tout commence au petit matin dans une forêt automnale. Un homme amnésique se réveille avec un nom en tête, Anna, et la sensation d’avoir assisté à un meurtre. Il aura une journée et huit corps pour résoudre cette énigme et retrouver sa vie d’avant.
Plongé au cœur d’un manoir isolé en pleine campagne anglaise, The 7 1/2 Deaths of Evelyn Hardcastle nous plonge au cœur du gratin de l’aristocratie et de la haute bourgeoise anglaise avec tous ses vices et de ses bataillons de serviteurs. Le roman vole de rebondissement en rebondissement, non seulement en raison des changements d’hôtes réguliers du narrateur, mais également parce que les fils de l’intrigue à dénouer ont leur origine dans un lointain passé familial.
Premier roman particulièrement touffu, The 7 1/2 Deaths of Evelyn Hardcastle réussit l’exploit de ne pas perdre le lecteur en chemin malgré sa densité, alors que le narrateur lui-même nage souvent en pleine mélasse. Avec un style volontairement désuet, le livre balance entre la science-fiction, la fresque historique et le roman policier à tiroir. Pour autant, il arrive aà trouver un équilibre et un ton qui n’appartient qu’à lui tout en plaisant aux amateurs des différents genres. Rassurez-vous ! À la fin, tous les secrets seront dévoilés et vous n’aurez plus qu’une envie. En lire plus du même auteur.

The 7 1/2 Deaths of Evelyn Hardcastle
de Stuart Turton
Éditions Bloomsbury