Sorcière de Chair

Si vous aimez les thrillers bien noirs et si le fantastique ne vous rebute pas, notez le nom de Sarah Buschmann. Sa Sorcière de Chair a de quoi donner des cauchemars à Maxime Chattam ou Jean-Christophe Grangé sans aucun souci.
Lors de notre rencontre au Salon fantastique, l’autrice m’avait prévenue que son livre était sombre. En effet, il l’est, très noir même, mais également très prenant. Sous couvert d’une réinterprétation originale de la sorcellerie, elle signe ici une vengeance familiale implacable.
Le point de départ ? Des meurtres sanglants où seul un type bien particulier de sorcellerie a pu être utilisé comme arme secouent Melbourne. Pour le lieutenant Arabella Malvo de la police criminelle, ces tueries sont encore plus choquantes, car elles lui rappellent un autre massacre par sorcellerie dans lequel elle fut personnellement impliquée sept ans auparavant à l’autre bout du pays.
De flashback en scène de crime, Arabella Malvo va devoir chercher dans son passé la réponse aux crimes du présent, sans pour autant ni dévoiler son secret à ses collègues, ni perdre pied en affrontant ses fantômes.
Dès les premières pages, le lecteur se doute que la fin sera tragique, et que l’héroïne n’est peut-être pas si incorruptible que ça. Tout l’intérêt de la lecture réside dans le cheminement vers la chute finale. Trouver quelle sera cette chute, qui trahira qui. Et deviner qui se cache réellement derrière ces meurtres. Et là, j’avoue que Sorcière de Chair m’a surprise, même si en reprenant l’histoire depuis le début, les indices étaient présents dès les premières pages. Après un démarrage assez lent, mais bien sanglant pour les amateurs du genre, je me suis prise au jeu et ai dévoré la suite de ce roman en quelques heures. Bonne lecture !

Sorcière de Chair
de Sarah Buschmann
Éditions Noir d’absinthe

Sorcières – La puissance invaincue des femmes

Mi-exploration historique de la persécution des femmes depuis les premières chasses aux sorcières (qui débutèrent certes à la fin du Moyen-âge, mais connurent leur pic à la Renaissance), mi-pamphlet, Sorcières —La puissance invaincue des femmes de Mona Chollet est un livre qui bouscule.
Que vous soyez une femme ou un homme ou que vous définissiez comme non binaire, que vous vous viviez comme féministe militant.e, assumé.e tranquille ou pas du tout, ce livre va vous déranger. Plus exactement, il va mettre vos idées « à nouveau sens dessus dessous » comme l’annonce la dernière citation du livre. Mona Chollet y aborde la guerre faite aux femmes suivant cinq axes. D’abord une perspective historique montre l’origine des chasses aux sorcières, leurs impacts dans l’Histoire, mais également sur la façon dont l’Histoire elle-même est abordée. Ensuite, elle s’attaque à la lutte pour l’indépendance féminine, c’est à dire être libre de décider des différents aspects de sa vie sans dépendre du bon vouloir d’une figure masculine ; puis au choix de ne pas avoir d’enfants ou de ne pas aimer la maternité et ses engagements. Sa quatrième partie aborde la double peine des femmes âgées, victime du sexisme, mais également d’une ségrégation liée à leurs vieillesses (y compris, semble-t-il, au sein des mouvements féministes). Enfin, la dernière partie plus confuse aborde pêle-mêle le monde médical face au corps féminin, l’écologie, le débat sciences dites dures contre sciences dites molles ou le besoin de sacré.
Prenant ses exemples aussi bien dans la réalité historique, dans l’actualité la plus brûlante ou dans la fiction, en 229 pages Mona Chollet signe un essai brillant où toutes les lectrices pourront trouver matière à se conforter dans certaines de leurs opinions, mais également à les réviser. Le tout sur des thèmes aussi anodins a priori que la question des cheveux blancs (les assumer, les teindre) ou aussi importants que l’envie ou non d’enfants. Même si certains points de vue de l’autrice ne sont pas partagés par toutes, elle ne braque pas son auditoire. Au contraire, elle m’a poussée plus d’une fois à poser son livre et à m’interroger sur les raisons pour lesquelles l’une de ses affirmations heurtait mes convictions, à réfléchir sans énervement, et sans forcément changer d’avis. Mon seul vrai reproche à Sorcières — La puissance invaincue des femmes est le côté fourre-tout de la dernière partie. Celle-ci donne l’impression que Mona Chollet a voulu aborder plusieurs thèmes qui lui tenaient à cœur, sans pour autant avoir la place nécessaire pour les approfondir comme ils le méritaient. Dommage.

Sorcières —La puissance invaincue des femmes
De Mona Chollet
Éditions La découverte